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L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 3 min 51 sec

#69 – Au cœur de l’April – Label Territoire numérique libre – StopCovid - « Libre à vous ! » diffusée mardi 16 juin 2020 sur radio Cause Commune

mar, 06/16/2020 - 15:30

Au programme : « au cœur de l'April ». Plusieurs personnes actives au sein de l'April parleront des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement ; la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez sur l'application StopCovid ; présentation du label Territoire Numérique Libre.

Émission Références Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 69e émission :

  • sujet principal : « au cœur de l'April ». Plusieurs personnes actives au sein de l'April (Antoine Bardelli, Magali Garnero, Quentin Gibeaux, Isabella Vanni, Laurent Poujoulat, Frédéric Couchet) parlent des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement. Posez-nous toutes vos questions, soit avant l'émission, soit pendant le direct, nous y répondrons
  • la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, qui porte sur l'application StopCovid sous l'angle du traitement des données personnelles des personnes utilisatrices
  • Interview de Béatrice Pradillon, de l'ADULLACT, pour présenter le label Territoire Numérique Libre
  • diverses annonces
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Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Références pour la chronique de Noémie Bergez
  3. Références pour la partie « Au cœur de l'April »
  4. Références pour la partie sur le label Territoire Numérique Libre
  5. Références pour la partie sur les annonces diverses
  6. Pauses musicales
  7. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April
  • Magali Garnero, administratice de l'April
  • Antoine Bardelli, bénévole à l'April
  • Quentin Gibeaux, bénévole à l'April
  • Laurent Poujoulat, bénévole à l'April
  • Béatrice Pradillon, responsable communication de l'ADULLACT
  • Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune
  • William Agasvari, de radio Cause Commune, à la régie

L'émission a été exceptionnellement réalisée à distance, notamment en utilisant Mumble. Vous pouvez tester et utiliser ce logiciel sur Chapril.org.

Références pour la chronique de Noémie Bergez Références pour la partie « Au cœur de l'April » Références pour la partie sur le label Territoire Numérique Libre Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 24 de l'année 2020

lun, 06/15/2020 - 21:30

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[France Culture] «Les Communs»: une alternative à la propriété ou une propriété alternative?

Le vendredi 12 juin 2020.

Jardins partagés, habitats participatifs, plateformes d'échanges de services, logiciels libres…, : « Les Communs » sont de plus en plus présents dans notre quotidien.

[Le Monde.fr] Logiciels libres et école à distance: la sortie de la suite «Apps.education» précipitée par le confinement

✍ Bastien Lion, le mardi 9 juin 2020.

En pleine crise sanitaire, le ministère de l’éducation nationale a déployé la première version d’une plate-forme d’outils numériques pour les professeurs, composée de logiciels respectueux des réglementations sur les données des utilisateurs.

Et aussi: Voir aussi: [usine-digitale.fr] Que reproche-t-on au Health Data Hub, attaqué devant le Conseil d'Etat?

✍ Alice Vitard, le mardi 9 juin 2020.

Le déploiement du Health Data Hub est attaqué devant le Conseil d’Etat. Les requérants estiment que cette base de données médicales portent atteinte à la vie privée des 67 millions de Français. Le choix de l’hébergeur, Microsoft, est au centre des plaintes.

Et aussi: Voir aussi: [LeMagIT] Visioconférence sécurisée: les options françaises ou open source

Le mardi 9 juin 2020.

Pour les fonctions et les conversations critiques, il existe de nombreuses alternatives simples, françaises ou open source, afin d’éviter un risque d’espionnage désormais inutile.

Voir aussi: [ZDNet France] Les vulnérabilités des projets open source populaires ont doublé en 2019

✍ Catalin Cimpanu, le lundi 8 juin 2020.

Jenkins et MySQL sont les projets dont les vulnérabilités ont le plus souvent été exploitées par des attaquants au cours des cinq dernières années.

Assemblée générale de l'April

lun, 06/15/2020 - 15:16
Start: 27 Juin 2020 - 14:00End: 27 Juin 2020 - 17:00

L'assemblée générale de l'April, qui devait se tenir samedi 21 mars 2020 à l'Université Paris 8 à Saint-Denis, avait dû être reportée suite au confinement de la population. Au vu des conditions sanitaires actuelles il n'est pas possible d'organiser l'assemblée générale dans les conditions habituelles, c'est-à-dire avec un rendez-vous physique, convivial.

L'assemblée générale se déroulera exclusivement en ligne. L'assemblée générale aura lieu le samedi 27 juin 2020 à partir de 14h, grâce à la solution de visioconférence BigBlueButton, sur un serveur mis gracieusement à notre disposition par la société Octopuce que nous remercions chaleureusement. Cette solution permettra aux membres à jour de cotisation de voter en direct le 27 juin. Il sera également possible de voter avant l'assemblée générale grâce à l'outil de vote en ligne habituel.

Samedi 27 juin, à partir de 13h, connectez vous sur votre espace membre. Vous aurez alors un lien pour accéder au salon BigBlueButton qui sera utilisé pour l'assemblée générale.

Pour toute question d'ici le 27 juin, les membres peuvent nous contacter par courriel.

Réunion de bilan « Libre à vous ! » saison 3 et préparation de la saison 4

lun, 06/15/2020 - 12:50
Start: 19 Juin 2020 - 10:30End: 19 Juin 2020 - 12:00

L'April propose depuis mai 2018 l'émission « Libre à vous ! », chaque mardi de 15h30 à 17h sur radio Cause Commune. La fin de saison pour l'émission approche, dernière émission a priori le 7 juillet 2020, puis pause estivale, avec un objectif de reprise au mardi 1er septembre. L'heure d'un point d'étape auquel vous pouvez participer.

Nous organisons une réunion pour échanger sur le bilan de la saison 3, et préparer la saison 4. Cette réunion aura lieu vendredi 19 juin de 10h30 à 12h maximum. Cette réunion sera ouverte à toute personne qui le souhaite. Elle aura lieu sur le serveur Mumble de l'April dont l'adresse est mumble.april.org, dans le salon Cause Commune. N'hésitez pas à vous connecter avant 10h30 pour d'éventuels tests.

Si vous ne pouvez pas participer à cette réunion, n'hésitez pas à contribuer avant la réunion en nous signalant ce qui vous plaît dans l'émission, des points de vigilance/d'amélioration, des suggestions pour la saison 4.

Vous pouvez le faire sur le bloc-notes dédié à l'émssion à partir de la ligne 953 (ou cherchez « bilan après 3e saison et préparation de la saison 4 »). Vous pouvez également le faire par courriel.

Participer à la réunion via Mumble

Pour participer à la réunion, il faut installer soit installe un client Mumble sur votre ordinateur, soit utiliser un navigateur web et se connecter à l'adresse https://mumble.april.org/.

Sur la version web, par défaut, pour pouvoir parler il faut appuyer et maintenir appuyées les touches Ctrl et Majuscule (shift) (c'est le mode Appuyer pour parler).

Sur le client Mumble cela dépendra de la configuration que vous choisirez, le plus simple est d'utiliser l'assistant de configuration qui vérifier casque, micro et permettra de configurer le mode pour pouvoir parler.

Pour installer le client Mumble sur ton poste il y a un bon tutorial fait par Framasoft. Au moment de la configuration il faut remplacer le serveur Mumble de Framasoft par celui de l'April : mumble.april.org avec le port par défaut.

Pour la réunion utilisera le salon Cause Commune. Il faut faire un double-clic sur le nom du salon pour le rejoindre.

La souveraineté numérique, c'est quoi en fait ? - Décryptualité du 8 juin 2020

jeu, 06/11/2020 - 14:19


Titre : Décryptualité du 8 juin 2020 - La souveraineté numérique, c'est quoi en fait ?
Intervenant·e·s : Mag - Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 8 juin 2020
Durée : 14 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 23 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Point d’interrogation bonhomme blanc 3D, Fotomelia - Creative Commons Deed CC0.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

La notion de souveraineté dans le domaine de l'informatique refait son apparition de temps à autre. Mais de quoi s'agit-il au final ?

Transcription

Voix off de Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 23. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Luc. Je t’ai manqué hein !

Luc : Mais qui êtes-vous Madame ? Qu’a-t-on au sommaire cette semaine ?

Mag : On a quatre petits articles, mais ils ne sont pas mal.
Techniques de l'Ingénieur, « Souveraineté numérique : une fausse bonne idée ? », par Philippe Richard.

Manu : La souveraineté numérique c’est un sujet vaste qu’on va essayer d’aborder juste après parce qu’il y a plein de choses qui tournent autour de ça.

Mag : Le Monde Informatique, « Hambourg évalue une migration de Microsoft à l'open source », par Jacques Cheminat.

Manu : Il s’agit effectivement d’une migration qu’on a déjà abordée pour Munich et qui concerne là une autre ville. Le sujet est à peu près du même ordre. Il est vrai qu’il y a beaucoup d’alternances politiques qui font qu’il y a des choix qui en découlent, qui sont des choix sur le logiciel libre ou sur le logiciel privateur.

Mag : Alternatives-economiques, « Masques, valves, ventilateurs… L'impression 3D au secours des soins », par la rédaction.

Manu : Il s’agit de matériel libre et le fait de pouvoir imprimer rapidement des outils qui sont utiles, notamment dans le cadre de la pandémie, qui met en avant toute cette notion, toute cette nouvelle manufacture en utilisant l’impression 3D ; c'est quelque chose d’assez novateur finalement. On en parle déjà depuis quelque temps mais là ça a percolé, ça a vraiment percé.

Luc : Parallèlement à ça il y a un certain nombre d’articles qui sont parus sur le fait que les makers lâchent le morceau parce que maintenant que l’urgence est passée on leur dit que leur matériel n’est pas conforme aux normes et, évidemment, il faut être un industriel bien installé si on veut respecter toutes ces normes-là.

Mag : Contrepoints, « Tirer profit du Big Data sans compromettre nos libertés », par Philippe Mösching.

Manu : C’est un sujet assez original par rapport à ceux qu’on aborde d’habitude. Il s’agit de vie privée, de données personnelles et une idée qui viendrait, je crois, d’un parti libéral français, met en avant cette possibilité de donner une valeur monétaire à nos données personnelles pour s’assurer que quand Facebook ou une autre entreprise les utilise, les partage, les travaille, eh bien elle doit nous compenser en retour d’une certaine somme qui serait à déterminer, par exemple sous forme de contrat, en tout cas sous une forme de propriété.

Mag : De quoi on parle ce soir ?

Luc : On avait dit qu’on parlait de souveraineté numérique, un sujet qu’on avait déjà abordé un petit peu sous un certain angle, en racontant notamment ce qui s’était fait en France sur le sujet. Il y a cet article dans la revue de presse qui en parle et qui pose la question : est-ce que c’est une bonne idée ou pas ?

Manu : Eux commencent en abordant le sujet du point de vue de StopCovid parce qu’il s’agit de quoi ? Il s’agit notamment d’une souveraineté : la France veut pouvoir contrôler ce qui se passe pour le contrôle de la pandémie.

Luc : Du coup ça pose plein de questions parce que c’est une application qui surveille qui rencontre qui et on peut très facilement deviner où. En termes de libertés publiques ça pose plein de problèmes, mais, en même temps, certes, on pourra dire que quand on est dans une situation grave, de danger, avec plein de morts à la clef, eh bien il y a un moment où les règles tranquilles doivent sauter pour laisser la place à un système beaucoup plus bordé.

Mag : En gros, tu es en train de dire c’est trop tard. StopCovid c’était bien pendant le confinement, mais maintenant qu’on en est sorti et qu’on applique les gestes barrières, c’est inutile ?

Luc : Je n’en sais rien. En tout cas certaines personnes le disent et on peut se dire qu’il y aura peut-être une deuxième vague et que ça serait utile. Je crois savoir qu’en Australie ils ont un logiciel comme ça qui a donné des résultats extrêmement médiocres. Après il y a toujours cette question de dire : est-ce qu’il faut avoir un système de surveillance complet sur la totalité de la population alors qu’on a peut-être d’autres solutions qui ne sont pas aussi risquées en termes de libertés publiques.

Manu : Justement, c’est ça qui nous intéresse du point de vue de la souveraineté. il y a des solutions que d’autres pays ont mises en avant. Parfois c’est l’Europe qui essaye de travailler là-dessus. La Grande-Bretagne a aussi une solution à elle qu’elle est en train d’essayer de déployer et qui a l’air d’être très problématique techniquement. Il y a Google, Microsoft et Apple qui, par l’intermédiaire de leurs téléphones portables et de leurs systèmes d’exploitation, essayent aussi de mettre des applications à eux mais qui, justement, ne sont pas gérées par les États ce qui pose encore d’autres problèmes ; ce sont les entreprises ou les nations.

Mag : Je ne me vois pas aller mettre mes données personnelles chez Apple, Microsoft ou Facebook !

Luc : Tu es une exception ! En fait plein de gens le font et c’est une des choses qui est critiquée. À partir d’un certain moment, on posait la question la semaine dernière : quand est-ce qu’on cesse de considérer ce genre de très grosse entreprise, ces gros réseaux sociaux comme des réseaux privés et qu’on dit qu’ils sont devenus tellement énormes que ça devient des biens publics ? Eh bien, de la même façon, ils commencent à avoir tellement de poids et ils vont se répandre dans la santé et dans la banque également que ça pose aussi cette question de dire : est-ce qu’ils ne sont pas en train de prendre des missions dites régaliennes qui sont tellement importantes qu’ils vont finir par avoir le pouvoir et rendre nos systèmes politiques complètement caduques.

Mag : Je trouve ça assez tragique que des entreprises soient plus puissantes que des États.

Luc : Oui. Après tu peux dire que ça dépend de l'État et que ça dépend de l’entreprise. Effectivement, une entreprise c’est géré par la recherche du profit, c’est le principe de base. Un État, en tout cas on l’espère, est censé se doter de systèmes de contre-pouvoirs, de contestation, tout ça est très loin d’être parfait bien entendu, mais ce sont des choses qu’on n’a pas dans une entreprise où effectivement c’est le profit, c’est privé, c’est comme ça.

Manu : C’est intéressant. Il y a un rapport1 du Sénat qui est sorti et l’April2 est en train de les travailler un peu au corps pour faire comprendre que le logiciel libre c’est une alternative, les licences libres sont utiles pour l’État et les administrations, et pour éviter d’enfermer les gens. Ça n’empêche oui, les logiciels peuvent être libres, peuvent être décentralisés, mais les données elles-mêmes souvent c’est plus compliqué. On a entendu parler il y a quelques semaines que notamment les données de santé françaises sont en train d’être exportées, je crois que c’est à Microsoft aux États-Unis. Je pense que ce sera un sujet qu’on abordera une prochaine fois parce que c’est assez touffu et assez large. C’est Health Data Hub3, il me semble, et ça devrait être un sujet en soi.

Luc : On a l’équivalent en Grande-Bretagne. L’équivalent de la Sécurité sociale là-bas a signé un accord avec Amazon pour que les Britanniques puissent choisir de déléguer la gestion de leurs données de santé à Amazon.
Derrière, évidemment, c’est beaucoup d’argent, il y a une dimension économique.

Manu : On dit souvent que c’est le pétrole du 21e siècle.

Luc : Oui. Il ne faut pas le négliger puisque c’est important. Sur cette question de la souveraineté on rappelle qu’on en avait parlé à l’occasion de ce qui avait été tenté il y a quelques années avec le cloud souverain.

Manu : Oui. Ça fait rire Magali juste à côté.

Mag : Je suis désolée !

Manu : Pourtant c’était des milliards et des milliards, des milliards de l’État français.

Luc : Des milliards je ne sais plus, en tout cas des centaines de millions. L’idée était d’avoir des entreprises françaises qui puissent héberger les données, en gros faire du cloud. Je crois que c’est le grand emprunt de Sarkozy qui avait servi à financer ça, des boîtes avaient été montées dans lesquelles on avait retrouvé toutes les grosses boîtes françaises habituelles, les Orange, les Thalès, les machins comme ça, qui sont des grosses boîtes dans lesquelles les grands fonctionnaires pantouflent ; il y a des allers-retours, ce sont des copains. Ça avait fait beaucoup jaser parce que déjà l’époque il y avait des PME françaises qui offraient des services en cloud. Peut-être que si on avait voulu un cloud souverain il aurait fallu financer ces gens qui savaient déjà faire pour qu’ils fassent mieux et plus vite et non pas donner de l’argent aux copains qui ont démarré de zéro et qui se sont plantés.

Manu : Il me semble que c’est même pire que ça, c’est qu’avec ces nouvelles boîtes qui s’étaient créées à côté ils sont allés faire du braconnage et récupérer des talents qui travaillaient dans ces boîtes déjà existantes, déjà installées, qui ne fonctionnaient pas mal. Et les nouvelles qui se sont installées, avec ces projets, elles ont grossi, elles se sont mises en place et finalement elles ont fait pouf ! Elles se sont écroulées.

Luc : Eh oui, parce qu’en fait elles n’ont pas généré vraiment d’activité, c’était en déficit assez considérable et, en plus de ça, il n’y avait pas de vision claire sur la stratégie, donc tout le monde s’est étripé.
Par rapport à ce truc-là et par rapport à cette notion de souveraineté, pour moi ça éclaire aussi cette vision, indépendamment de l’intérêt économique et du pantouflage que je mentionnais, c’est aussi qu’avoir des PME françaises qui offrent des services, ça ne rentre pas manifestement pas dans la notion de souveraineté. On va se dire qu’avoir nos gros champions nationaux où on a nos copains qui sont à la tête, là ça devient souverain. On retombe sur cette question qu’on évoquait tout à l’heure avec Stop-Covid, cette question de maîtrise et le fait d’avoir du pouvoir sur le système. Effectivement, si ce sont des PME qui ne sont redevables de rien par rapport à l’État et disent « on mène nos affaires comme on a envie », l’État se dit « on n’est pas dans du souverain puisqu’on n’a pas le pouvoir dessus, ou pas beaucoup ».

Manu : Ça paraît bien correspondre. Effectivement, on peut entendre souverain comme j’ai la main, j’ai le pouvoir, je contrôle, j’organise et ça, ça marche bien quand ce sont des grosses boîtes avec lesquelles je travaille d’habitude et peut-être que les petites, oui, ce sont des choses qui t’échappent. On connaît d’autres exemples : il y a des États qui sont moins libéraux, on va dire, et qui essayent de contrôler plus que leur cloud, qui essayent de contrôler leur internet, leur informatique, les machines et qui y arrivent dans une certaine mesure.

Luc : La Chine y arrive plutôt bien !

Manu : Je rajouterais la Russie qui a déjà mis en place un Internet un peu contrôlé. Ils ont fait des expériences pour tester et il semblerait qu’ils ont réussi à se couper du reste d’Internet. Donc ils arrivent à avoir un Internet à eux et qui, à priori, peut se débrancher quand ils en ont besoin.

Luc : Du coup, c’est un vrai projet pour eux. C’est un truc où ils se sont dit il faut qu’on soit indépendants. Il faut qu’on puisse se couper du reste d’Internet. En Chine, tous les grands services, les réseaux sociaux, les grands sites marchands, etc., tout ça est chinois ; la population est très largement surveillée, les services sont chinois, les entreprises sont main dans la main avec le pouvoir politique. Les gens sont très largement surveillés avec le système de notation chinois qu’on avait évoqué ici. C’est du business, ça fait de l’argent, ça leur en rapporte beaucoup, mais il s’agit bien de contrôler son économie, sa population.

Mag : Mais là vous êtes dans le contrôle, vous êtes dans le côté négatif. Le souverain ce n’est pas forcément négatif, on peut très bien faire du local, du local bio et du local bien.

Luc : Dans ce cas-là pour moi ce n’est pas souverain. Dans ce cas-là c’est du local.

Manu : À mon avis, on est sur des notions qui sont proches et effectivement il y a des choses à ne pas mélanger. Parfois, quand j’entends parler de souverain, moi je vois venir, même si on n’y est pas forcément, national. National, nationaliste, c’est un lien qu’il faut éviter de faire, je trouve, dans beaucoup de cas.

Luc : Après, ça dépend du sens que tu mets dessus. Si on fait un parallèle avec un sujet non informatique qui va être par exemple la crise du Covid-19, à un moment l’État dit « restez chez vous c’est confinement ». De deux choses l’une, soit les gens font, dans ce cas-là on peut dire que l’État fonctionne et qu’il y a une forme de souveraineté. Soit les gens disent massivement « eh bien non, on n’en a rien à foutre, vous pouvez raconter ce que vous voulez, on ne reconnaît aucune autorité à l’État et on décide de ne pas le respecter », eh bien l’État ne peut rien faire. Si la population dans son ensemble refuse d’obéir, il ne peut pas se mettre à tirer dans le tas ! Il peut le faire, mais on voit tout de suite que ça ne va pas très loin en fait.
Pour moi la souveraineté c’est ça, c’est une notion politique : est-ce que le pays est gouvernable avec des gens qui décident de reconnaître une légitimité à un État qui va leur donner des ordres et ce genre de choses ou pas.

Manu : Ça marche assez bien, ce sont les limites. C’est justement quand l’État veut contrôler en utilisant Stop-Covid — c’est une manière de contrôler ou, en tout cas, d’avoir un levier sur la population et sur la pandémie —, mais il faut qu’ils aillent jusqu’au bout d’un État démocratique qui ne veut pas juste contrôler. Il faut qu’ils mettent leur logiciel en libre, complètement, il faut qu’ils le partagent et il faut qu’ils essayent de le travailler à l’international, c’est-à-dire monter une communauté, partager avec d’autres États, avec des entreprises — c’est justement une des particularités du Libre, on ne se limite pas — et s’assurer que ce logiciel n’est pas qu'un logiciel franco-français fait par l’administration.

Luc : Pour moi, cette question de la souveraineté est d’abord politique ; c’est une question de pouvoir. Le logiciel libre est un outil qui peut être très utile pour l’État, mais ce n’est pas une solution en soi, peut-être même au contraire parce que les libertés individuelles, d’une certaine façon, peuvent se heurter à la volonté de pouvoir.
Je pense que cette question de souveraineté va s’exprimer à l’avenir par rapport à des questions de rivalité entre États. Quand on pense aux usines à trolls, au site d’information russe qui, en parallèle, va mener des campagnes pour essayer de peser sur des élections, tout ça c’est, du point de vue de ces pays-là, tu avais cité la Russie, également de la souveraineté numérique, c’est-à-dire qu’ils vont utiliser Internet et leur informatique comme un outil, comme une arme pour peser dans les rivalités entre pays.
Je pense que la crise du covid a révélé ça, ne serait-ce que sur la dépendance qu’on avait aux usines chinoises. Les élections de Trump, notamment, ont souligné ça et je pense que ça commence à faire pas mal de domaines dans lesquels le pouvoir politique a pris conscience de son impuissance sur Internet.

Manu : Avec tous ces changements qui sont en cours et qui vont arriver, on a parlé de l’impression 3D, c‘était un des exemples pour ramener des choses et les produire localement ; avec l’impression 3D je crois qu’on est précisément dedans. Mais oui, on peut relocaliser, on peut réintroduire une forme de pouvoir sur ce qu’on a et sur ce qu’on fait et oui, le logiciel libre, la communauté du Libre c’est quand même un bon levier pour ça.

Mag : Si les politiques se rendent compte qu’ils n’ont aucun pouvoir de contrôler Internet, ils vont peut-être passer à autre chose et arrêter d’essayer de contrôler. Ce serait bien ça, non ? OK ! Je retourne dans mon monde de Bisounours.

Luc : Je fais une prédiction, j’aime bien de temps en temps, ce sera faux nécessairement, mais je fais la prédiction que d’ici à quelques années la question géostratégique de la sécurité militaire, de l’espionnage, de la désinformation, déstabilisation par les puissances étrangères va prendre de plus en plus d’ampleur et que ça viendra télescoper nos libertés sur Internet.

Manu : C’est un peu négatif. On espère et on va travailler à ce que n’arrive pas et qu’on puisse garder nos libertés entre nos mains et les faire fructifier telles qu’elles sont là.
Je vous dis à la semaine prochaine.

Mag : Salut.

Luc : À la semaine prochaine. Salut.

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (16 juin 2020)

jeu, 06/11/2020 - 09:57
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Lire la transcription

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69e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 16 juin 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • notre sujet principal : « au cœur de l'April ». Plusieurs personnes actives au sein de l'April parleront des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement. Posez-nous toutes vos questions, soit avant l'émission, soit pendant le direct, nous y répondrons
  • la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, qui portera sur l'application StopCovid sous l'angle du traitement des données personnelles des personnes utilisatrices
  • Interview de Béatrice Pradillon, de l'ADULLACT, pour présenter le label Territoire Numérique Libre

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 16 juin 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 16 juin 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Collectivités, participez à l'édition 2020 du label Territoire Numérique Libre

jeu, 06/11/2020 - 08:51

Les collectivités territoriales peuvent proposer leur candidature au label « Territoire Numérique Libre » avant le 15 octobre 2020 minuit.

Le label « Territoire Numérique Libre » est une initiative de l'ADULLACT (Association des Développeurs et des Utilisateurs de Logiciels Libres pour les Administrations et les Collectivités Territoriales), destinée à mettre en valeur l’utilisation de logiciels et systèmes d’exploitation libres au sein des collectivités territoriales françaises. Depuis sa première édition en 2016 son objectif est aussi d'y promouvoir l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts ainsi que la mise à disposition de données ouvertes.

L'April fait partie du Comité d'Orientation du label et du jury, et a travaillé de concert avec d'autres acteurs ainsi qu'avec l'ADULLACT pour produire et mettre à jour le questionnaire et le règlement de ce label.

Pour en savoir plus et pour candidater, consulter le site web du label « Territoire Numérique Libre ».

#68 - Internet, une zone de non-droit ? - Mark Zuckerberg - Parcoursup - « Libre à vous ! » diffusée mardi 9 juin 2020 sur radio Cause Commune

mar, 06/09/2020 - 15:30

Au programme : « Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? », argument régulièrement invoqué par les adversaires des libertés en ligne. La chronique de Marie-Odile Morandi sur le thème « Naïveté, cynisme, danger. Mark Zuckerberg et Facebook ». La pituite de Luk sur Parcoursup et l'éducation en général.

Émission Références Transcription --> Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 68e émission :

  • notre sujet principal : « Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? », argument régulièrement invoqué par les adversaires des libertés en ligne. Nous en discuterons avec Christiane Féral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux, avocate spécialiste des nouvelles technologies et Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact.
  • la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April sur le thème « Naïveté, cynisme, danger. Mark Zuckerberg et Facebook », à partir de la transcription de deux épisodes de l'émission Le code a changé.
  • la chronique « La pituite de Luk » sur Parcoursup et l'éducation en général.
  • nous terminerons par diverses annonces
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Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Références pour la chronique de Marie-Odile Morandi « les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture »
  3. Références pour la partie sur le droit et internet
  4. Références pour la Pituite de Luk
  5. Références pour la partie sur les annonces diverses
  6. Pauses musicales
  7. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques pour l'April
  • Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcription et administratrice de l'April
  • Christiane Féral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux, avocate spécialiste des nouvelles technologies
  • Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact.
  • Luk

L'émission a été exceptionnellement réalisée à distance, notamment en utilisant Mumble. Vous pouvez tester et utiliser ce logiciel sur Chapril.org.

Références pour la chronique de Marie-Odile Morandi « les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » Références pour la partie sur le droit et internet Références pour la Pituite de Luk Références pour la partie sur les annonces diverses
Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

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Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 11 juin 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

mar, 06/09/2020 - 12:48
Start: 11 Juin 2020 - 17:15End: 11 Juin 2020 - 19:30 Le groupe de travail Sensibilisation ? L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement. Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois. Dans la période actuelle, les réunions ont lieu à distance.

Une réunion spéciale consacrée au projet « Quiz enjeux de l'informatique » (voir ci-dessous) aura lieu jeudi 11 juin 2020 à distance. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. Nous allons notamment réfléchir à la formulation de questions sur les libertés fondamentales garanties par le logiciel libre.

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo

Quiz enjeux de l'informatique

C'est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Les questions, du type QCM ou vrai/faux, sont au cœur de l'expérience de sensibilisation dans le Jeu du Gnou (voir ci-dessous). En même temps, elles constituent une ressource de sensibilisation à part entière et pourront être utilisées et partagées dans beaucoup de contextes différents (stands, ateliers, sites web, etc.). Le pad avec les questions déjà (ou presque) finalisées. Le pad pour proposer de nouvelles questions.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers). L'équipe doit atteindre la fin du parcours en un nombre de tour pré-défini. Au passage, elle se trouve confrontée à des dangers qui peuvent être éliminés à l'aide de protections. Ces protections peuvent être acquises à certains endroits du parcours ou transmises par un autre joueur. Cette acquisition nécessite de répondre correctement à un quiz. La page wiki du projet.

Décryptualité du 8 juin 2020 - La souveraine numérique, c'est quoi en fait ?

mar, 06/09/2020 - 00:49

Écouter ou télécharger le Décryptualité du 8 juin 2020 (14 minutes)

La notion de souveraineté dans le domaine de l'informatique refait son apparition de temps à autre. Mais de quoi s'agit-il au final ?

Decryptualité sur Mastodon

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Revue de presse de l'April pour la semaine 23 de l'année 2020

lun, 06/08/2020 - 20:49

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Alternatives-economiques] Masques, valves, ventilateurs… L'impression 3D au secours des soins

Le vendredi 5 juin 2020.

Des phases de croissance accélérée de la pandémie de Covid-19 ont débouché sur des crises sanitaires fulgurantes. Celles-ci ont conduit à des cas de saturation de l’infrastructure hospitalière et des dispositifs médicaux.

[Techniques de l'Ingénieur] Souveraineté numérique: une fausse bonne idée?

✍ Philippe Richard, le vendredi 5 juin 2020.

Le lancement de l’application de traçage StopCovid a été l’occasion d'évoquer à nouveau l’idée de souveraineté numérique. Plusieurs projets ont été lancés en France pour relever ce défi. Sans grande réussite…

Voir aussi: [Le Monde Informatique] Hambourg évalue une migration de Microsoft à l'open source

✍ Jacques Cheminat, le mercredi 3 juin 2020.

Open Source: Suivant les traces de Munich, la ville de Hambourg a entamé une réflexion pour adopter des logiciels libres à la place des solutions Microsoft.

[Contrepoints] Tirer profit du Big Data sans compromettre nos libertés (4/5)

✍ Philippe Mösching, le lundi 1 juin 2020.

Analyse de la proposition de Génération Libre qui souhaite voir nos données rémunérées en échange de leur collecte. Une idée qui ne protège pas nos libertés..

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 2 juin 2020

lun, 06/08/2020 - 17:55


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 2 juin 2020 sur radio Cause Commune
Intervenants : Nicolas Dandrimont - Christian Quest - Laurent Costy - Étienne Gonnu - William Agasvari à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 2 juin 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration :
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Entretien avec Nicolas Dandrimont, ancien président de Debian France et membre de l'équipe travaillant sur le projet Software Héritage
  2. Échange avec Christian Quest, collaborateur de la députée Paula Forteza, coprésidente du groupe Écologie Démocratie Solidarité, sur le travail parlementaire à l'Assemblée nationale
  3. Entretien avec Laurent Costy, vice-président de l'April, en charge du groupe Libre Association, comment les associations ont pu s'adapter au confinement
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Étienne Gonnu : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
L’envers du décor du travail parlementaire, c’est le sujet principal de l’émission du jour avec également au programme des nouvelles de Nicolas Dandridont avec qui nous échangerons sur Debian et sur Software Heritage, des nouvelles de Laurent Costy sur les associations dans la période de confinement.
Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. Cause Commune sur la bande FM c’est de midi à 17 heures puis de 21 heures à 4 heures en semaine, du vendredi 21 heures au samedi 16 heures et le dimanche de 14 heures à 22 heures ; sur Internet c’est 24 heures sur 24. La radio dispose également d’une application Cause Commune pour téléphone mobile et elle diffuse désormais en DAB+ 24 heures sur 24 ; le DAB+ c’est la radio numérique terrestre avec notamment un meilleur son et c’est le terme officiel choisi par le CSA. Le DAB+ est gratuit, sans abonnement, pour le capter il faut juste avoir un récepteur compatible avec la réception DAB+.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Étienne Gonnu chargé des affaires publiques pour l’April.
Le site web de l’April est april.org. Vous pouvez y trouver une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission, et également les moyens de contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours en indiquant ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.

Nous sommes mardi 2 juin 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Voici maintenant le programme détaillé de cette émission.

  • Nous commencerons donc par prendre des nouvelles de Nicolas Dandrimont de la communauté Debian et qui travaille sur le fabuleux projet Software Heritage.
  • D’ici 15/20 minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur le travail parlementaire. Nous devions recevoir la députée Paula Forteza mais, étant finalement indisponible, nous aurons le plaisir de recevoir un de ses collaborateurs parlementaires, libriste convaincu, Christian Quest.
  • En fin d’émission nous prendrons des nouvelles de Laurent Costy, vice-président de l’April, animateur du groupe Libre Association et nous ferons un point avec lui sur comment les associations ont pu, ont dû même s’adapter pendant la période de confinement.

À la réalisation de l’émission, William Agasvari.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Entretien avec Nicolas Dandrimont, ancien président de Debian France et membre de l'équipe travaillant sur le projet Software Héritage

Étienne Gonnu : Normalement j’ai le plaisir d’être avec Nicolas Dandrimont. Est-ce que tu es avec nous ?

Nicolas Dandrimont : Oui bonjour.

Étienne Gonnu : Comment ça va déjà ?

Nicolas Dandrimont : Tout va bien avec ce beau temps et les oiseaux qui chantent dehors c’est assez chouette.

Étienne Gonnu : Oui, ça fait du bien au moral, c’est sûr.
On avait eu le plaisir de te recevoir dans une émission sur les distributions GNU/Linux, le 30 avril 2019, on mettra le lien sur la page de l’April, pour nous parler de Debian puisque tu es très engagé dans la communauté de cette distribution libre, tu as même été président de Debian France, si je ne me trompe pas. Pour nos auditeurs et auditrices qui n’auraient pas le plaisir de te connaître, est-ce que tu pourrais te présenter rapidement s’il te plaît ?

Nicolas Dandrimont : Oui. Nicolas Dandrimont, je suis développeur de logiciels libres, depuis longtemps maintenant, ça va faire 12 ans à peu près. Je suis pas mal actif effectivement dans Debian et je travaille en tant qu’ingénieur dans le projet Software Heritage qui est un projet d’archivage de tout le patrimoine logiciel de l’humanité.

Étienne Gonnu : Une belle ambition en tout cas.
Du coup j’imagine que le confinement a dû potentiellement t’impacter, comme tout le monde d’ailleurs. Professionnellement dans le cadre de ton travail sur Software Heritage et dans le cadre de ton engagement associatif dans la communauté Debian, en commençant par l’un ou par l’autre comme tu le sens, est-ce que tu peux nous expliquer comment a pu se passer cette période pour toi et pour le projet ?

Nicolas Dandrimont : Je crois que le changement principal c’est bien sûr la distanciation physique et le fait que ce soit très compliqué de se rencontrer physiquement. C’est moins vrai sur Debian qui est quand même un projet sur lequel les gens travaillent en ligne, donc on a l’habitude de travailler de manière désynchronisée et à distance. Plus encore, effectivement, pour mon travail au jour le jour sur Software Heritage : c’était assez bizarre de se retrouver du jour au lendemain isolé chez soi sans pouvoir discuter avec son équipe à la pause café. On va dire que ça nous a mis tête la première dans une modalité complètement remote. Je pense que c’est quelque chose qui va continuer au moins pendant quelques mois, puisqu’il y a assez peu de chance qu’on retrouve nos bureaux avant la fin de l’été si ce n’est plus tard.

Étienne Gonnu : Du coup je te propose qu’on commence par Software Heritage puisque tu abordes la question. Vous avez été amenés à télétravailler, j’imagine que du fait de vos profils de travail ce n’était pas trop compliqué techniquement, mais tu pourras me corriger. C’est quelque chose que vous avez déjà l’habitude de faire ou est-ce que ça a été provoqué justement par la situation ?

Nicolas Dandrimont : C’est quelque chose qu’on est habitués à faire à la marge, c’est-à-dire qu’actuellement en tout cas, tous les membres de l’équipe travaillent sur le même site, du coup on se retrouve au bureau tous les jours en temps normal. Mais là, effectivement, on s’est retrouvés à passer en distant par défaut et je pense qu’il y a du bon et du moins bon. C’est assez clair que c’est important pour un projet comme le nôtre qui a une portée mondiale et qui fait un gros travail de collaboration de faire en sorte que nos échanges puissent être suivis même à l’extérieur. Tout notre travail est ouvert à l’extérieur, d’ailleurs c’est quelque chose qu’on veut encore plus favoriser à l’avenir. Par exemple, là on a commencé à travailler sur l’archivage d’une forge de logiciels qui s’appelle Bitbucket, qui a annoncé il y a quelques mois qu’ils allaient fermer au mois de mars – ils ont repoussé cette fermeture avec la pandémie. On a travaillé avec la NLnet Foundation qui est une fondation internationale pour le financement et avec Octobus qui est une entreprise française pour la réalisation du travail d’archivage de Bitbucket, en collaborant, du coup, avec une équipe extérieure, ce qui est une nouveauté pour nous.

Étienne Gonnu : OK. C’est important.
Tu as déjà évoqué Software Heritage. Je pense que tout le monde n’a pas forcément en tête ce qu’est Software Heritage et que ça pourrait justement éclairer ces informations que tu nous donnes. On avait reçu en février 2019 Roberto Di Cosmo qui est à l’initiative du projet, on mettra le lien vers l’émission. Il faut quand même souligner à quel point ce projet est démentiel et fondamental dans son principe. Est-ce que tu pourrais nous le vendre un petit peu ? Nous rappeler un peu ce que c’est dans les grandes lignes ? Plus concrètement, on sait que le projet est porté au sein de l’Inria, c’est vraiment un projet de recherche, je ne sais pas combien vous êtes maintenant à bosser dessus. Est-ce que tu pourrais nous donner ces quelques éléments pour remettre dans le contexte ?

Nicolas Dandrimont : Bien sûr. J’aurais certainement dû le mentionner au début. Software Heritage c’est la bibliothèque d’Alexandrie du logiciel. L’objectif du projet c’est de construire une archive pérenne et intégrale de tout le code source des logiciels développés par l’humanité, que ce soit des logiciels qui sont développés aujourd’hui sous la forme de logiciels libres ou des logiciels plus anciens que l’on souhaite archiver pour la postérité.
En fait, notre projet c’est effectivement une plateforme qui est impulsée par Inria, le grand laboratoire de recherche publique en informatique en France. Ce projet est à vocation internationale, il a vocation aussi à sortir de juste un projet de recherche et à être un projet qui est utilisé évidemment par la communauté de la recherche, mais aussi par l’industrie pour ses besoins et même en tant qu’objet d’héritage culturel de notre société.

Étienne Gonnu : Clairement en tant que libriste, défendant l’éthique du logiciel libre, on voit immédiatement à quel point garder ces archivages pour finalement maintenir la connaissance accessible est extrêmement important. Peut-être qu’on peut même dire que pendant cette période de pandémie où les outils de communication ont joué un rôle fondamental, on voit peut-être là, encore une fois, l’importance d’avoir des outils de qualité dans la durée, sur lesquels on pourra reconstruire. Peut-être que je suis un peu utopiste dans la manière dont je le décris, mais il me semble que c’est à nouveau révélateur de l’importance d’avoir ce genre de bibliothèque.

Nicolas Dandrimont : Je pense que tu as tout à fait raison. Je pense que ce n’est pas utopique et, effectivement, cette situation de pandémie nous l’envoie en pleine face en fait : on a besoin de partager les connaissances de manière massive pour la collaboration de la société toute entière. Pour faire ça, on a besoin de se préparer pour le futur et de construire des infrastructures qui soient transverses, pérennes, collaboratives, sur lesquelles des gens peuvent collaborer de manière ouverte.
Par exemple nous, à Software Heritage, on a pu avoir des retours de certaines personnes qui nous disent on a retrouvé des logiciels qui étaient des objets de recherche il y a cinq ans, dont l’hébergement a disparu et qui, aujourd’hui, reprennent un intérêt nouveau. Je crois que ça c’est le cœur de notre mission et de notre volonté.

Étienne Gonnu : Il y a quand même eu un impact de cette pandémie, des enjeux qui en ressortent pour Software Heritage du coup.
Pour revenir à ton cas personnel, pour revenir un peu à cette idée du télétravail parce que ça a été un peu une arlésienne nos chroniques de prises de nouvelles, comment s’est passé pour toi le télétravail ? Est-ce que c’est vraiment un truc que tu avais, même à la marge, l’habitude de faire, que tu apprécies ou, au contraire, que tu n’aimes pas ? Comment tu as pu te mettre par rapport à ton travail sur ce projet ?

Nicolas Dandrimont : Le télétravail c’était vraiment quelque chose que je n’ai jamais fait entre guillemets « sérieusement ». C’est-à-dire que chez moi je n’ai pas d’installation correcte pour faire du télétravail en temps normal. Là j’ai eu la chance de pouvoir me déplacer chez ma compagne dans un espace plus grand, dans lequel on a pu s’organiser pour avoir chacun des espaces pour travailler sans s’embêter les uns les autres. J’ai récupéré du matériel de mon bureau, en fait j’ai reconfiguré mon bureau chez moi. Mais, comment dire, si on passe à un mode plus pérenne de travail à distance, de télétravail, il est clair que toutes les bonnes pratiques d’ergonomie, de séparation du privé et du travail ne sont pas vraiment mises en place aujourd’hui, donc on est toujours, entre guillemets, sur du « télétravail d’urgence » et pas sur du pérenne.

Étienne Gonnu : OK. Effectivement, donc pour la qualité du travail j’imagine que ça peut avoir un impact.
Est-ce que tu voulais rajouter quelque chose sur Software Heritage, n’hésite pas à en faire de la pub, sinon on peut passer à l’autre sujet qui t’intéresse.

Nicolas Dandrimont : J’ai juste une petite mention. Je parlais de notre collaboration avec l’équipe d’Octobus pour l’archivage de Bitbucket. On a d’autres bourses qui sont ouvertes grâce à la fondation Sloan. Donc si des gens sont intéressés à collaborer avec nous pour améliorer la couverture de notre archive sur les codes sources de logiciels, il y a sur notre site web, sur notre blog softwareheritage.org tout attaché, un appel à projet qui est ouvert pour les gens qui seraient des développeurs et qui seraient intéressés à venir nous aider.

Étienne Gonnu : Ça marche. On ne manquera pas de relayer et je te redemanderai les liens qu’on pourra mettre sur la page consacrée à l’émission pour que les personnes les retrouvent facilement, tu as cité Bitbucket, Sloan Foundation, Octobus, on pourra mettre les liens là-dessus. En tout cas le message est passé.
Du coup je te propose de parler de Debian qui a en plus une actualité ce week-end, les MiniDebConférences on line. C’était une nouveauté il me semble, ou j’ai peut-être mal lu, et j’imagine que c’est en répercussion à la situation de pandémie et de distanciation.

Nicolas Dandrimont : Oui, c’était une première, effectivement. Le projet Debian est un projet qui vit sur Internet. C’est un projet qui est complètement distribué. Les gens sont aux quatre coins du monde et contribuent au projet. On a régulièrement des événements en présentiel, des Debconfs, des conférences Debian, et on a des MiniDebConfs qui sont des minis conférences Debian qui ont lieu à peu près sur un week-end, qui sont des événements de plus petite nature où développeurs, utilisatrices et tous les gens intéressés par Debian peuvent effectivement venir et voir ce qui se passe dans la distribution.
Ça fait quelques mois, un peu plus d’un an qu’on discute d’améliorer la participation à distance à ces événements parce que, d’un point de vue écologique par exemple, faire voler la moitié de la planète vers un site commun ça a un impact très important. Peu importe le pays que tu choisis pour héberger un événement, tu empêches des gens de s’y déplacer pour des raisons politiques, pour des raisons sociales, etc., donc ça fait un bon moment qu’on se dit que ce serait intéressant de faire des événements un peu plus distribués, un peu moins physiques.
Là, effectivement, on a pris un peu – je dis « on », mais c’est le travail d’une équipe, j’ai juste participé à la marge – la balle au rebond cette situation de pandémie mondiale pour organiser notre première MiniDebConf on line. Donc pendant le week-end passé, des développeurs, des développeuses se sont rassemblés et ont fait des présentations de leur travail dans Debian et autour de Debian avec des interactions en ligne, à distance. C’était une première, je pense que ça a été un succès. Évidemment, aujourd’hui ce sont des conférences qui étaient plutôt axées développeurs, c’est vrai que les MiniDebConfs ont plus de discussions techniques en profondeur que la DebConf, la grosse conférence DebConf. C’est aussi en anglais, donc ce n’est pas forcément très accessible à tout le monde, mais ce sont des formes d’interaction et de conférences qu’on est en train de développer.

Étienne Gonnu : Super. Tu devances une question d’un auditeur qui nous pose exactement ces questions-là : est-ce qu’il n’y aura pas une volonté d’inclure des conférences plus grand public vu le niveau de connaissance technique exigé et la barrière potentielle de la langue. Écoute, tu devances, du coup, la question.
Quel bilan en tires-tu ? J’imagine que ça a été riche pour toi, d’une part parce qu’il y avait peut-être un peu d’enjeu technique à mettre ça en place et après dans la qualité est-ce que tu as senti un impact ? Est-ce que c’était finalement la même qualité que celle que tu as pu trouver dans des MiniDebConfs précédentes ? Qu’en tires-tu finalement ?

Nicolas Dandrimont : D’un point de vue technique, c’était assez intéressant parce que l’équipe vidéo s’est concentrée sur l’utilisation d’outils libres à 100 % avec du déploiement, à ma connaissance, sur Debian. Du coup c’était un bon test, peut-être pas un test de stress, mais au moins un test d’intégration de tous les outils ; il y avait de l’IRC pour la discussion en direct, il y avait du Jitsi pour la prise de parole des conférencières et conférenciers. Effectivement, on avait un petit peu d’infrastructure à mettre en place ; ça s’est plutôt bien intégré à notre système habituel de diffusion en direct, c’était assez confortable. On va se retrouver à devoir faire la grande DebConf, celle qui dure une semaine complète, à distance aussi, à priori, il me semble que la décision finale a été prise cette semaine. Du coup, là on va effectivement avoir un vrai test des modalités d’interaction, parce que toutes ces rencontres entre développeurs ont un gros impact sur la qualité de la collaboration entre ces gens qui sont tous distribués à droite à gauche sur la planète. Ce sont des événements où tu peux avoir des conversations avec une bande passante très élevée de manière synchrone, donc ça permet de résoudre tout un tas de problèmes que tu peux avoir si tu es à distance. Pour ça, effectivement, on a réussi à avoir ce qu’on appelle en anglais une hallway track, c’est un peu, comment dire, la série de conférences du couloir, en gros c’est un salon de discussions libres où tu peux discuter de choses et d’autres. Ça ne remplace pas des interactions de vive voix, mais c’était quand même assez chouette de voir une partie des copains et des copines en direct.

Étienne Gonnu : J’imagine ! Tu parles de discussions informelles à distance. Il y a eu potentiellement un enjeu, j’imagine, de modération pour que ça reste audible, pour que les personnes qui souhaitent s’exprimer puissent le faire, ce qui est déjà un enjeu en présentiel physique parce qu’on sait qu’il y a des personnes pour lesquelles la prise de parole est peut-être moins évidente, d’autres qui ont tendance à prendre plus de place. Est-ce que c’est quelque chose que vous aviez anticipé ? Est-ce que vous avez laissé faire les choses naturellement ? Comment ça s’est passé de ce point de vue ?

Nicolas Dandrimont : En tout cas, pour ce qui est des conférences qui étaient planifiées, on avait une seule discussion de groupe. Pour cette discussion-là, en fait, on avait séparé les intervenantes et intervenants dans un chat Jitsi séparé, avec un mot de passe. Du coup ils se modéraient entre eux et on n’a pas fait spécifiquement de système pour améliorer l’équité dans la prise de parole, c’est quelque chose qu’on ne fait pas non plus en vrai. Je pense que c’est aussi un problème en vrai, mais on n’a pas encore travaillé sur des solutions pour ça, malheureusement.

Étienne Gonnu : OK. Après, par itération, j’imagine qu’on améliore, c’est aussi l’intérêt d’améliorer à chaque fois, au moins d’être vigilant sur les potentiels problèmes.
On nous pose une question sur le salon #libreavous de Cause Commune : les conférences ont-elles été captées, j’imagine que oui, et seront-elles visionnables bientôt ?

Nicolas Dandrimont : Les conférences ont effectivement été enregistrées en direct. Je pense qu’il y a déjà une partie des conférences qui est disponible sur notre archive vidéo, j’ai vu des discussions de gens de l’équipe vidéo sur la publication. Si ce n’est pas le cas, ce sera le cas, je pense, d’ici la fin de la semaine et ce sera aussi publié sur notre instance de PeerTube et sur YouTube parce qu’il y a des gens qui utilisent toujours ça.

Étienne Gonnu : Précisons PeerTube, je n’aime pas forcément le terme « alternative », mais un système de partage de vidéos basé sur du logiciel libre qui avait été mis en place par Framasoft. C’est toujours bien aussi de s’appuyer sur ces outils, même si on sait qu’ils n’ont pas la même portée. Il faut les faire vivre, justement, c’est un super projet.
Je vois que le temps avance. Est-ce que qu'il y a une dernière chose que tu aurais aimé dire sur Debian, MiniDebConf, sur un autre sujet qui te tient à cœur et qui n’a pas été évoqué ?

Nicolas Dandrimont : Sur Debian, pendant cette MiniDebConf, il y a eu une tendance qui se confirme qui est que le projet a de plus en plus conscience de sa difficulté à recruter de nouvelles bonnes volontés et commence à travailler sérieusement pour améliorer l’intégration de nouvelles contributrices, de nouveaux contributeurs. Si vous avez envie de contribuer, quel que soit votre niveau de compétence, il ne faut surtout pas hésiter à vous rapprocher des associations locales, il y a une association Debian France qui est active en France. On a prévu une MiniDebConf au mois d’octobre, si je ne dis pas de bêtises, j’espère que la situation sanitaire permettra qu’elle ait lieu dans les meilleures conditions. Je vous invite à vous rapprocher de Debian France si ça vous intéresse de contribuer.

Étienne Gonnu : Le message est à nouveau passé. Il me semble, en plus, que vous avez quand même historiquement à Debian une vraie vigilance pour créer des espaces accueillants, sécurisants, pour toutes les personnes, en fait, quelle que soit leur situation, pour les femmes notamment, pour les personnes transgenres, pour les personnes racisées. Il me semble qu’il y quand même une vigilance de ce point de vue, peut-être que je me trompe.

Nicolas Dandrimont : Non, tu as raison, c’est un travail de longue haleine. En tout cas j’ai l’impression qu’il y a des améliorations visibles de mois en mois sur ce sujet.

Étienne Gonnu : Dernière question de métrique et après on te laissera : cpm demande combien de confs et combien d’intervenants il y a eu ce week-end ?

Nicolas Dandrimont : Ce week-end il y a eu une dizaine de conférences et, je pense, une quinzaine d’intervenantes et d’intervenants en tout. Mon comptage des personnes qui ont visionné le stream c’est autour de 230/250, c’est en nombre d’adresses IP, c’est une surestimation du nombre de personnes qui ont vu les conférences en direct.

Étienne Gonnu : En direct, ça me paraît tout à fait honorable pour une première.

Nicolas Dandrimont : C’est assez impressionnant vu la communication limitée qui a été faite autour de la conférence, c’est une très bonne surprise.

Étienne Gonnu : Parfait. Vous le méritez, je trouve.
Un grand merci, Nicolas Dandrimont de Debian et de Software Heritage. Grand merci d’avoir pris ce temps avec nous et je te souhaite une excellente fin de journée.

Nicolas Dandrimont : Merci beaucoup de m’avoir reçu et bonne émission.

Étienne Gonnu : Merci.
Nous allons faire une pause musicale avant de passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Nous allons écouter Intro par Quantum Jazz. On se retrouve juste après. Je vous souhaite une belle journée à l’écoute de Cause Commune, 93.1 FM, la voix des possibles.

Pause musicale : Intro par Quantum Jazz.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Intro par Quantum Jazz. Intro bien sûr étant l’introduction de leur excellent album, disponible sous licence libre Creative Commons, Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez l’émission Libre à vous! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Étienne Gonnu en charge des affaires publiques pour l’April.
Nous allons maintenant passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Échange avec Christian Quest, collaborateur de la députée Paula Forteza, coprésidente du groupe Écologie Démocratie Solidarité, sur le travail parlementaire à l'Assemblée nationale

Étienne Gonnu : Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui porte donc sur le travail parlementaire.
Comme je vous le disais nous devions recevoir la députée Paula Forteza, connue notamment pour avoir été rapporteure sur la loi de transposition du Règlement général sur la protection des données. Étant finalement indisponible, nous avons le plaisir de recevoir un de ses collaborateurs parlementaires, Christian Quest. Christian est connu dans les milieux libristes notamment pour sa forte implications dans le projet OpenStreetMap, nous l’avions d’ailleurs reçu pour en parler lors de notre émission du 24 septembre 2019, mais ce n’est pas le sujet du jour. Aujourd’hui, ce qui va nous intéresser c’est essayer de comprendre, comme je vous le disais, l’envers du décor du travail parlementaire, comment fonctionnent les équipes des députés, l’importance centrale du travail en commission – on a surtout l’image de l’hémicycle mais c’est vraiment en commission que se trouve le cœur du travail – le travail de préparation des amendements, les relations avec les représentants d’intérêt, l’April en est un, les groupes politiques, chose importante. Le sujet est vaste, on va essayer de couvrir un maximum de terrain dans le peu de temps, finalement, que nous avons. N’hésitez pas à participer à notre conversation sur le salon web dédié à l’émission, sur le site causecommune.fm, bouton « chat ».
J’ai donc le plaisir d’être avec Christian Quest. Bonjour Christian.

Christian Quest : Bonjour.

Étienne Gonnu : Tu m’entends ?
Tu es donc collaborateur parlementaire de la députée Paula Forteza. Déjà depuis combien de temps ça pourrait être intéressant, mais je pense que c’est aussi une bonne manière de commencer le sujet du travail parlementaire par la question : c’est quoi un collaborateur parlementaire ? Quel est son rôle ?

Christian Quest : Il peut avoir plein de rôles. C’est, en fait, d’assister le parlementaire dans sa mission de représentant du peuple à l’Assemblée. Il y a beaucoup de choses à faire. Il y a évidemment du travail de secrétariat, ce qui est assez évident : gérer l’agenda, répondre aux sollicitations, répondre aux e-mails. Et puis il y a tout le travail législatif d’étude des textes qui arrivent, voire de proposition de nouveaux textes, donc tout ce qui est amendements et tout ça.

Étienne Gonnu : Vous êtes combien dans votre équipe de collaborateurs ?

Christian Quest : Actuellement on est cinq, on a aussi des stagiaires. C’est à peu près la moyenne, je pense, peut-être un petit peu au-dessus de la moyenne.

Étienne Gonnu : Il me semble qu’on dit souvent que l’équipe, qu’un bureau de parlementaire c’est presque une TPE, PME. Il me semble qu’ils sont autonomes dans leurs choix, ils se servent de ce qu’on appelle leur réserve parlementaire, tu me corrigeras si je me trompe, donc il y a une certaine autonomie de ce point de vue-là. Ils recrutent qui ils veulent, en somme, et vous avez un contrat de travail classique j’imagine.

Christian Quest : Au niveau du financement il y a ce qu’on appelle l'AFM, l’avance de frais de mandat, qui permet de subvenir à certaines dépenses. Il y a une enveloppe prévue pour la rémunération des collaborateurs qui est d’environ 10 000 euros tout compris. Ensuite, oui, on est sous contrat, on a un contrat assez particulier, c’est un CDI, donc à durée indéterminée mais déterminée par le mandat. C’est-à-dire que si le parlementaire perd son mandat, s’il démissionne ou si, par exemple, il devient ministre, eh bien on perd son job.

Étienne Gonnu : Oui, ça fait penser quelque part à l’entreprise que ça représenterait qui, finalement, disparaît, le contrat de travail part avec. Il y a une certaine cohérence.
Ça ne va pas être le cœur de notre échange, mais puisqu’on est une association qui promeut le logiciel libre, ce qui est intéressant aussi c’est peut-être la question des outils techniques qui ont, j’imagine, une place importante dans votre travail quotidien. Là, à nouveau, les parlementaires doivent être assez autonomes, j’imagine, dans leurs choix. Vous êtes complètement autonomes ? On imagine que l’Assemblée a des services techniques. Est-ce qu’ils vous proposent des outils ? Est-ce que vous êtes justement autonomes ? Est-ce qu’il y a des rapports avec eux ? Comment tout ça se met en place ?

Christian Quest : L’Assemblée offre tout un ensemble de services aux parlementaires. On a à disposition du matériel, on a aussi à disposition une infrastructure donc de la connexion réseau, des services de messagerie, des services de type partage de fichiers, ce genre de choses. Il y a aussi tous les services internes de l’Assemblée, la gestion même de l’Assemblée, c’est-à-dire l’agenda, toute la gestion législative des textes, on va dire l’intranet de l’Assemblée. On a une autonomie, évidemment, on n’est pas du tout obligé de passer par les services que propose l’Assemblée par exemple en termes d’outils. On peut très bien déployer ses propres outils si on a des besoins qui ne sont pas satisfaits ou qu’on n’est pas satisfait de ce qui est proposé.

Étienne Gonnu : Je connais malheureusement un peu le sens de la réponse, mais j’imagine que la plupart des services proposés ou utilisés au sein de l’Assemblée ne sont pas tous du logiciel libre.

Christian Quest : Oui, pas tous, c’est un euphémisme. Il n’y a pas beaucoup de logiciel libre dans ce qui est déployé. C’est essentiellement des outils Microsoft, donc c’est de l’Outlook, c’est du webmail Outlook, Exchange, etc. Ce n’est pas l’idéal pour quelqu’un comme moi. Ce n’est pas grave, j’ai ma machine et je suis autonome !

Étienne Gonnu : Paula Forteza fait partie des députés qui sont plutôt, on va dire, spécialistes des questions relatives aux enjeux du numérique, elle est notamment connue pour utiliser du logiciel libre, il me semble, parmi les outils qu’elle utilise. Je crois que son site est sous WordPress. Elle a un agenda qui est librement accessible sous Nextcloud, il me semble tu m’as expliqué que c’est justement toi qui a mis en place ce système. C’est bien sûr un exemple qu’on peut saluer. Est-ce qu’il y a eu des difficultés à mettre ça en place ? Est-ce que ça a fait des émules parmi d’autres parlementaires ? Comment ça se passe ?

Christian Quest : Il n’y a pas eu de difficultés à mettre en place. Vu qu’on est autonomes, on loue un serveur dédié que j’administre complètement, sur lequel j’ai déployé les outils dont j’avais besoin. Mon prédécesseur avait fait de même, avait utilisé des solutions un petit peu différentes mais toutes libres ; c’est vraiment, comment dire, dans l’ADN de Paula Forteza d’utiliser des outils libres et open source et aussi d’en faire la promotion. Donc on a vraiment utilisé et exploré, dans les outils qui existent, ceux qui peuvent être bien adaptés à un travail quotidien, un travail en confidentialité, en sécurité, etc., puisque ce sont des points qui sont quand même assez importants quand on parle du Parlement.

Étienne Gonnu : Tu parles d’autonomie, des outils. Lorsqu’on a discuté un peu avant l’émission, on a évoqué que la difficulté qu’il peut y avoir sur l’interconnexion puisque les systèmes ont besoin de communiquer entre eux, de se passer des informations. Peux-tu nous expliquer comment ça se résout ou pas ? Vous utilisez certains outils qui ne sont pas forcément les mêmes que les autres, est-ce qu’il peut y avoir des frictions par rapport à ça ?

Christian Quest : Il y a des frictions qui peuvent être liées à des problèmes d’interopérabilité et il y a aussi des frictions qui viennent des règles de sécurité du système d’information de l’Assemblée ce qui fait que, par exemple, même si on peut gérer un agenda avec les outils que nous propose l’Assemblée, il est impossible de le partager à l’extérieur. Du coup, on est obligé d’avoir un agenda qui ne soit pas géré par ce que nous propose l’Assemblée parce qu’on ne pourrait pas le partager. Donc il y a des choses comme ça qui tiennent soit de l’interopérabilité soit de règles de sécurité qu’on peut comprendre mais qui sont un peu contraignantes quand on veut être un petit peu plus ouvert que la moyenne.

Étienne Gonnu : On en discutait : la période de confinement, enfin cette situation de pandémie, a amené son lot de difficultés et j’imagine la nécessité d’avoir des outils de visioconférence, d’échange de textes, etc. Peut-être que ça a heurté des manques qu’il peut y avoir, que ça a sans doute été un révélateur. Comment l’as-tu perçu et ton bagage technique notamment t’a-t-il offert un regard particulier sur ce sujet ?

Christian Quest : On a déjà l’habitude de faire du télétravail. Moi, à titre personnel, je fais déjà une grande partie de mon travail à distance, donc ça ne m’a pas beaucoup perturbé sauf le fait de ne pas voir mes collègues ce qui est quand même, au bout d’un certain temps, un petit peu gênant.
On était assez habitués à travailler d’une façon très dématérialisée et qui ne pose pas de problème avec du télétravail. On a l’habitude d’utiliser des pads, on a l’habitude d’utiliser ce genre d’outils, donc ça ne nous a pas vraiment posé de gros problèmes.
J’ai déployé des petits outils nouveaux. On a profité un peu de ce temps atypique pour tester de nouveaux outils, par exemple CryptPad que je ne connaissais pas trop et que j’ai beaucoup apprécié, un logiciel qui est développé essentiellement en France, c’est intéressant de le signaler aussi. C'est un pad sécurisé avec du chiffrement de bout en bout et plus qu’un pad, on peut avoir du tableur, ce genre de choses. On a aussi utilisé et abusé de Jitsi, il y a eu pas mal d’instances publiques qui ont été installées, je pense par exemple aux instances de Scaleway, mais il y a aussi la Fondation de l’entreprise Free qui en a installé et il y en a d’autres. On a utilisé ces outils-là, qu’on avait déjà un peu l’habitude d’utiliser, mais là on les a utilisés beaucoup plus régulièrement, ça c’est sûr.

Étienne Gonnu : Justement tu parles d’outils, Cryptpad, Jitsi, on a fait des émissions avec les personnes qui gèrent, qui pilotent un peu ces projets, les émissions 61 et 63 pour être précis. On mettra les liens sur notre page pour les personnes qui souhaitent creuser la question. Merci pour ces précisions.
Je propose qu’on avance et qu’on passe un petit peu à ce qui va faire le sel du travail parlementaire, c’est-à-dire la production finalement de textes législatifs, la production de la loi qui est même le rôle déterminant de l’Assemblée. On a évoqué l’importance du travail en commissions. Il va y avoir des projets de loi, des propositions de lois, des propositions de textes, comment vous les accueillez ? J’imagine que vous vous répartissez le travail en fonction des spécialités de chacun, vous allez produire des amendements. Pour dire les choses de manière très générale, comment attaquez-vous un texte ?

Christian Quest : Tu as raison de préciser qu’il y a une grosse partie du travail de l’Assemblée qui n’est pas le travail en hémicycle. L’hémicycle c’est la partie visible de l’iceberg, mais l’iceberg est gigantesque en dessous.
Le choix par rapport aux textes qui arrivent, sur lesquels on va beaucoup plus s’investir, travailler ? Il y a tellement de textes qui sont mis à l’ordre du jour que c’est extrêmement difficile, sauf à faire un travail superficiel, de s’exprimer sur tous les textes.

Il y a des textes sur lesquels, naturellement, certains parlementaires ont plus d’appétence et vont, du coup, beaucoup plus s’investir parce que c’est un sujet qu’ils connaissent bien, c’est un sujet qu’ils maîtrisent, donc il va y avoir beaucoup plus de travail, des choses beaucoup plus fouillées ; c’est ça qui fait la qualité du travail de construction de la loi. Évidemment, quand des gens connaissent certains sujets, eh bien ça évite d’avoir, on va dire, des amendements de principe ou de posture, pour avoir des choses un peu plus techniques, qui vont dans des détails qui peuvent être parfois très importants : une virgule mal placée dans un texte de loi peut en changer le sens, donc il faut être très attentif à la façon qu’on a d’écrire mais aussi à la façon dont les autres ont écrit certains textes pour dire « attention là ça ne va pas, il ne faut pas que ça soit écrit comme ça, il faut que ça soit écrit autrement ».
C’est un travail énorme en commissions mais même en amont, parce qu’il faut travailler, préparer les amendements, les répartir, lister un petit peu tout ce qui a besoin d’être revu dans le texte qui est proposé et le faire en collaboration avec d’autres parlementaires avec qui on travaille régulièrement.

Étienne Gonnu : Oui, ce que j’allais te demander, on voit justement le travail : les textes sont inscrits à l’ordre du jour, la commission saisie au fond, parce qu’il y a plusieurs commissions sur le sujet, va se saisir du texte, c’est là où il va y avoir les premières réunions de travail, mais même en amont tout cela se prépare, comme tu le dis, ça demande énormément de préparation.
Paula Forteza est membre de la commission des lois, si je ne me trompe pas. On sait que c’est une commission qui est quand même assez importante, elle touche notamment à des textes importants du point de vue de l’April tout ce qui va être droit d’auteur, je confonds avec le niveau européen. Pardon. Est-ce qu’il y a des spécificités sur ce travail en commission des lois ?

Christian Quest : Ce n’est pas trop mon domaine, donc je ne vais pas pouvoir beaucoup vous renseigner sur la partie purement législative. Je sais qu’en fonction du type d’amendements et du type de sujets, ce n’est pas quelque chose qu’on peut voir dans n’importe quelle commission. Un député ne peut pas, non plus, siéger dans un grand nombre de commissions, il ne peut pas être partout ni par volonté, ni par définition ; il y a des choix, des attributions qui sont faites. C’est pour ça aussi qu’il y a un travail entre les députés : si un député doit faire avancer un amendement dans une commission alors que c’est une commission de laquelle il ne fait pas directement partie, il va le faire soutenir par quelqu’un d’autre, etc. Donc il y a tout ce travail un peu d’équipe. Le travail d’un député n’est pas qu’un travail en solo.

Étienne Gonnu : C’est là où je voulais en venir. Dans ce travail en amont il y a déjà la partie rédactionnelle qui est très importante pour faire des propositions d’amendements, prendre connaissance des autres et essayer de voir s’il y a des propositions similaires en termes d’arrangement. Je pense qu’il a aussi beaucoup de travail de relations pour créer des rapports de force, pour s’organiser. Comment cela s’organise-t-il ? J’imagine qu’il y a des contacts plus ou moins formels entre les députés, il y a des réunions préparatoires sans doute aussi au sein des groupes. Qu’est-ce que tu pourrais nous en dire ?

Christian Quest : Oui, quand il y a des nouveaux textes, le texte est analysé par le groupe pour déjà voir un petit peu quels sont les points de principe actuels du groupe par rapport au texte, voir ce qui a besoin d’être rectifié, d’être amélioré, d’être peaufiné. Et puis, comme je disais, vu que les parlementaires ne sont pas dans toutes les commissions qui vont étudier un texte, ils peuvent avoir besoin d’un collègue qui va porter des amendements en commission. Il y a vraiment ce besoin de fonctionnement entre les députés, ce qui rend finalement les groupes parlementaires assez importants, quand même, parce que du coup il y a une forme de travail d’équipe qui s’instaure et pas simplement le travail solitaire d’un député qui aurait de bonnes idées d’amendement, mais il ne peut pas les porter tout seul, il faut qu’il ait un peu de soutien, il faut éventuellement qu’il y ait quelqu’un qui le présente à sa place parce qu’il n’est pas dans la bonne commission, etc. Donc il y a vraiment besoin du travail du parlementaire et de son équipe mais aussi d’un travail avec le reste du groupe et de ses collègues.

Étienne Gonnu : Du coup, ça c’est à l’échelle d’un texte. Tu en parlais, les textes sont extrêmement nombreux, donc, en plus, ça peut avoir un impact. Comment tu perçois, le terme ne se veut pas péjoratif mais presque du service rendu, « tiens tu me soutiens sur ce texte, je vais te soutenir sur l’autre », il y a un peu ces rapports-là et ça fait partie de la création, sur le long terme, d’un rapport de force. Je pense, enfin j’imagine que c’est une réalité du travail parlementaire.
Il me semble, à titre personnel, que tu étais déjà intéressé par les questions du travail parlementaire. Maintenant tu es passé de l’autre côté des coulisses, un petit peu, quelle est ta vision du travail ? Comment ça a pu faire évoluer ta vision du travail parlementaire, si ça l’a changée ?

Christian Quest : C’est vrai que j’avais un regard extérieur là-dessus. Mais je l’avais connu aussi quand je travaillais à la mission Etalab, entre autres quand on a travaillé sur la loi Lemaire, la loi pour une République numérique, on a beaucoup suivi l’avancée de ce texte, là c’était un texte. Après, c’est vrai qu’observer de l’extérieur et observer de l’intérieur ce n’est pas la même chose.
Je découvre surtout le rythme effréné qu’il y a pour travailler sur les textes. Aujourd’hui l’essentiel des textes passe en procédure d’urgence, ça veut dire des délais relativement raccourcis, des allers-retours qui sont moins nombreux, ce genre de choses. Et ça force à aller toujours plus vite ce qui, parfois, ne permet pas de prendre le temps et le recul pour que des textes de loi soient, on va dire, plus des fondations pour construire des choses sur le long terme que souvent des replâtrages de textes précédents qui ont été sortis aussi un peu vite. L’impression que j’ai c’est un peu celle d’une fuite en avant dans la quantité de productions législatives et puis un peu aussi des textes de circonstance, d’affichage, qui sont très discutables. Je n’ai pas envie de rentrer dans des questions politiques, je pense que ce n’est pas tellement le sujet de Libre à vous !, mais voilà ! Vous avez sûrement beaucoup discuté de la loi Avia. Plus récemment on a pu discuter, on a été nombreux à discuter de la fameuse application StopCovid. Il y a des choses pour lesquelles on sent que c’est pour boucher des choses à court terme et, malheureusement, pas tellement pour construire sur du long terme.

Étienne Gonnu : Je dirais même que c’est le cœur du sujet, on est finalement dans ce qui fait le sang du travail parlementaire. Il y a toute une logistique, toute une procédure, toute une manière de faire correctement, on va dire, un bon travail législatif, mais ça reste du travail politique et toutes ces coulisses, les rapports de force qu’il peut y avoir derrière pour faire passer des lois, c’est exactement le sujet.
Clairement, d’un point de vue extérieur, quand on travaille sur ces questions, je suis d’accord : on a effectivement l’impression que les procédures d’urgence sont devenues la norme, qui ont d’ailleurs pour effet de limiter le nombre d’allers-retours donc la qualité, le nombre de débats, la capacité aussi à des contributions extérieures de se faire, donc c’est très important.
Évidemment on a parlé de loi Avia qui mériterait tout un sujet, je pense qu’on en parlera beaucoup la semaine prochaine puisqu’on parlera justement de la sur-législation, on va dire, d’Internet. La loi Avia, on peut le dire en deux mots, est une loi absolument terrifiante à tel point elle est liberticide. Oui c’est le sujet.
Puisqu’on parle de rapports politiques, il y a cette question qu’on entend souvent sur les lobbies, des représentations extérieures qui vont proposer des choses. L’April fait du travail de lobbying, de relations extérieures, puisqu’elle propose des amendements, mais elle essaie de le faire en transparence et selon ce qu’elle considère être l'intérêt général de son point de vue, selon son éthique, je pense ce n’est pas le sens de toutes les propositions. J’imagine que vous recevez énormément de propositions d’amendements, comment ça se passe au sein de votre équipe ? Comment vous le percevez ? Comment vous traitez ces propositions ?

Christian Quest : Ce n’est pas forcément sous la forme de propositions d’amendements, là ça va déjà très loin. Ce sont souvent des contacts pour expliquer, en fait, la problématique de ceci cela. Par exemple sur la loi pour l’économie circulaire, j’ai eu l’occasion de rencontrer des lobbies au niveau des fabricants de matériel électronique ou ce genre de choses, qui ont parfois des arguments qui sont tout à fait recevables ; il y a des choses qui peuvent être tout à fait recevables sur le réalisme. Il ne faut pas non plus qu’on écrive des textes idéalistes et qui ne peuvent pas être applicables, donc il y a des moments où il faut quand même avoir une vue pas trop éloignée de la réalité pour pouvoir faire évoluer réellement les choses et pas simplement avoir des textes de principe finalement inappliqués parce que inapplicables.
C’est toujours intéressant, de toutes façons, d’écouter les différents avis, même si on n’est pas d’accord avec. Par contre, il faut effectivement faire attention à, on va dire, de la manipulation, c’est-à-dire de l’information totalement tronquée, partiale, qui ne correspond pas vraiment à la réalité. Je ne citerai pas de nom, mais un grand réseau social a fait des ateliers pour, comment dire, expliquer aux députés ce qu'est le travail de modération sur un réseau social. Il fallait quand même avoir un peu d’esprit critique pour démonter leur argumentation. Il y a parfois un côté manipulatoire de certains lobbies qui peut être assez dangereux, surtout dans des domaines qui ne sont pas vraiment maîtrisés par les députés.

Étienne Gonnu : Si on va par là, je vais me lancer, j’imagine que tu parles de Facebook, ça pourrait être d’autres réseaux. J’imagine que c’est en lien avec la loi Avia puisque Facebook va être amené à jouer le rôle de l’État, de la justice, et décider ce qui va relever d’une parole légitime. Facebook est quelque part dans son rôle. C’est le rôle du député et je pense que c’est aussi tout ça le travail législatif, c’est aux députés et à leurs équipes d’être capables d’avoir l’esprit critique et le recul sur les informations qu’ils vont recevoir pour pouvoir intelligemment construire une loi. Malheureusement, sur certaines prises de parole de certains députés, tous bords confondus, on se demande parfois où est ce recul critique. Bien sûr, on est tous contre la haine en ligne, pour continuer à parler de la même loi. Les enjeux sont quand même bien plus complexes que simplement mettre à la charge de Facebook. Je pense que l’enjeu est difficile à trancher et qu’il faut peut-être éviter de blâmer uniquement l’acteur privé mais l’esprit critique et la capacité d’analyse des équipes législatives du Parlement.

Christian Quest : Oui. Là je parlais d’un lobbying qui, comment dire, tient plus dans certains cas d’une forme de manipulation que d’une claire information des parlementaires.
Qu’un lobby explique quels problèmes ça va causer, etc., c’est une chose. Quand les informations qui sont données sont fausses, ça pose d’autres questions. C’est juste ça que je voulais signaler et je n’ai pas dit de qui je parlais.

Étienne Gonnu : Je me suis permis d’imaginer, de tirer mes propres conclusions, je ne te mets pas les mots dans la bouche.
Je pense qu’il peut être intéressant qu’on aborde ensuite quels sont les outils justement pour permettre un travail informé, notamment dans les commissions, en amont de l’hémicycle par rapport à permettre aux parlementaires d’avoir des votes informés.
On va faire une petite pause musicale avant pour s’aérer un peu la tête. Je vous propose d’écouter Waiting For Nothing par The Fisherman. On se retrouve juste après. Je vous souhaite une belle journée à l’écoute de Cause Commune 93.1 FM, la voix des possibles.

Pause musicale : Waiting For Nothing par The Fisherman.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Waiting For Nothing par The Fisherman, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Comme la pause précédente il s’agit d’un morceau que nous avons découvert grâce au site auboutdufil.com qui, en plus, donne tout un panel d’informations, tout un tas d’informations, d’historique sur les groupes. On ne peut que vous inviter à découvrir auboutdufil.com. Vous retrouverez bien sûr les références sur le site april.org.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Étienne Gonnu en charge des affaires publiques pour l’April et nous discutons avec Christian Quest, collaborateur parlementaire de la députée Paula Forteza, sur l’envers du décor du travail parlementaire.
N’hésitez pas à participer à notre conversation via le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton « chat ».
Avec Christian, on discutait un petit peu. Il y a beaucoup d’informations, potentiellement de tentatives de manipulation, mais je pense que c’est un peu le jeu politique aussi. Comment les parlementaires, les équipes parlementaires font-elles le tri dans ça, quels sont les outils à leur disposition pour avoir un avis informé, individuellement mais aussi collectivement, au sein de la commission, des groupes politiques, etc. ?

Christian Quest : Il n’y a pas vraiment d’outils. Il y a des outils mis en place par l’Assemblée pour gérer les textes, c’est-à-dire pour proposer des amendements, ce genre de choses. Par contre, des outils pour travailler de façon collaborative sur les textes, ce n’est pas quelque chose qui a l’air d’être très développé. Évidemment, je ne connais pas le fonctionnement de tous les groupes, de tous les partis, qui peuvent avoir des modes assez différents.
Je suis actuellement dans un passage particulier. Un nouveau groupe a été créé avec comme co-présidente Paula Forteza, donc je suis impliqué pour donner un coup de main, pour proposer des outils pour qu’il y ait un travail collaboratif un peu plus efficace qui se mette en place. On est en train de réfléchir à certains outils pour aider les parlementaires à faire le travail législatif un petit peu autrement et d’une façon, je ne peux pas dire plus moderne, mais sortir des simples outils bureautiques qui sont très utilisés mais qui ne sont pas forcément ce qu’il y a de plus efficace pour suivre tout un projet.

Étienne Gonnu : Tu abordes effectivement quelque chose de très intéressant, les outils collaboratifs. Finalement on nous vend beaucoup la startup nation et même sans rentrer dans ce terme péjoratif, on a des outils à disposition qui doivent permettre une meilleure collaboration.
Quand je parlais d’outils, sans aller jusqu’à la commission d’enquête, mais on voit parfois quand on suit des auditions, des auditions d’experts. Par exemple, vous pouvez demander certaines auditions, je crois que ce sont plutôt les groupes qui vont pouvoir demander des auditions. Comment ça se passe ? Par exemple comment un réseau social, quel qu’il soit, peut venir au sein du Parlement proposer les informations qui manipuleraient pour arriver à ses fins ?

Christian Quest : Je ne comprends pas très bien ta question, je suis désolé.

Étienne Gonnu : On sait qu’il y a des auditions en amont de certains textes : pour avoir de l’information, on va chercher et faire venir des experts. Comment on décide qui on invite ? Comment est-ce que ça se met en place ? Je pense que c’est au niveau de la commission ou des commissions qui vont avoir cette possibilité. Tu nous disais qu’il va y avoir par exemple des entités privées, donc un réseau social, qui vont, au sein de l’Assemblée, proposer des conférences ou des choses, proposer leurs informations, leur vérité, elles sont dans leur rôle, ça aussi comment ça se met en place ? Je ne sais pas si c’est plus clair comme ça.

Christian Quest : Pour les auditions et tout ça, il y a des listes de gens qui sont proposés pour les commissions. Je ne connais pas le mécanisme précis. En général il y a le président et les rapporteurs de la commission qui gèrent un petit peu l’agenda des auditions qui vont être faites. Il y a des personnes qui sont sélectionnées pour être entendues sur tel ou tel sujet. Je ne sais pas s’il y a des mécanismes pour que des personnes se proposent pour être entendues, je ne peux pas vraiment dire.
Je vois aussi sur le chat que parfois il y a des huis clos en commission. Oui, c’est possible, certaines commissions ne sont pas totalement ouvertes. Il y a des raisons qui peuvent se comprendre, d’autres où ça peut être un peu plus compliqué. Je pense par exemple à la commission de la défense, ça peut se comprendre que tout ne soit pas sur la place publique. Pour d’autres commissions ça peut être un peu plus compliqué, mais ça permet aussi, parfois, de libérer la parole des gens qui vont être auditionnés ; le fait de savoir que c’est à huis clos, ils peuvent s’exprimer plus librement. Donc ce n’est pas forcément négatif.

Étienne Gonnu : Oui. Je pense qu’il y a un vrai débat là-dessus. Après, on pourrait dire que tout est transparent et que tout le public devrait pouvoir suivre et avoir un débat complètement informé. Je pense que c’est un débat qui est important. On en avait parlé avec Regards Citoyens quand ils étaient intervenus.
Je soulevais aussi cette question-là puisque qu'on parlait potentiellement des influences extérieures et l’April, parfois, va prendre contact avec des parlementaires sur des textes pour proposer aussi nos argumentaires, notre point de vue ; la question c’est de le faire en transparence. C’est aussi tout l’enjeu des rapports de force pour une structure comme l’April d’avoir un historique, d’avoir plus de 4000 membres, pour arriver avec un poids politique. Je pense qu’il y a là des arbitrages à faire. On sait que les groupes politiques vont négocier peut-être aussi entre eux.

Tu parlais des groupes dans les outils de collaboration. Le temps avance, je pense que c’est un sujet qui est intéressant notamment parce que Paula Forteza était avant dans le groupe majoritaire LREM et elle a créé un groupe. On sait que les groupes politiques sont des instances extrêmement importantes dans le travail parlementaire. Tu as été finalement collaborateur d’une députée LREM et maintenant d’une députée de l’opposition, comment tu perçois ce changement ? Quelle est pour toi l’importance des groupes ? Je te laisse la parole, qu’est-ce que tu peux nous dire là-dessus ?

Christian Quest : Pour mon travail ça n’a pas changé grand-chose, je continue à faire de la veille et du conseil sur les sujets numériques et puis d’entretenir toute une partie d’outils et d’infrastructures. Donc si tu veux, quel que soit le parti auquel elle est rattachée, ça ne change pas grand-chose pour moi. Il y a juste, peut-être, plus de possibilités aujourd’hui d’être entendus au niveau du groupe, certes beaucoup plus petit. Il y a ça, il y a beaucoup plus de choses à construire avec ce groupe tout nouveau, tout frais. C’est assez intéressant de ce point de vue-là de partir, pas d’une feuille blanche, mais il y a quand même beaucoup de choses encore à écrire dans ce groupe sur la façon de fonctionner, sur les outils. J’essaye d’apporter mes connaissances, je ne cherche pas à imposer, je pense que c’est un peu la règle avec le Libre, il faut arriver à convaincre et pas forcer les gens à basculer en leur montrant que oui on peut utiliser autre chose que Google Docs. Ça se fait petit à petit.

Étienne Gonnu : En discussion générale sur StopCovid qui est une application dont on peut dire beaucoup de mal tant elle est liberticide et intrusive et qu’elle s’oppose vraiment à l’éthique du Libre en étant vraiment dans un rapport de surveillance, ce n’est pas le sujet, en tout cas Paula Forteza a d’ailleurs pris une position plutôt bonne et on a senti, du moins j’ai senti une expression plus libérée dans sa parole.
D’un point de vue, d'un regard extérieur que tu as peut-être eu avant de travailler là-dedans, on voit ce qu’on appelle la discipline du groupe majoritaire qui finalement impose, qui limite la capacité de sortir du sentier prévu. comment l'as-tu vécu ? Est-ce que tu as vu qu’il y avait effectivement une discipline de groupe forte, ou pas ?

Christian Quest : C’est sûr qu’à partir du moment où on est dans un groupe, eh bien il y a aussi un fonctionnement du groupe, des règles du groupe, des rapports de force qui font qu’il faut faire des compromis. Je pense que même au sein d’une association on retrouve la même chose, on ne peut pas vraiment faire les choses tout seul, on a besoin d’être ensemble pour porter certains sujets un peu plus loin.
Après, quand on ne se sent plus bien avec le fonctionnement d’un groupe, eh bien oui, on prend ses distances, on forke et on essaye de faire un petit peu autrement. On connaît bien tout ça dans le Libre !

Étienne Gonnu : Bien sûr. C’est vrai qu’on parle des groupes et il faut dire qu’être dans un groupe c’est extrêmement important pour un député ou une députée, c’est-à-dire que hors groupe on a beaucoup moins de temps de parole, on a beaucoup moins de capacité de poser des questions écrites ou orales, les dépôts de propositions de textes sont beaucoup plus difficiles. On voit aussi l’importance, mais quelque part c’est normal, de devoir créer finalement des compromis avec d’autres personnes pour avoir un groupe. Être dans un groupe est très important, le risque d’être exclus d’un groupe est aussi une réalité politique pour les parlementaires.

Christian Quest : C’est sûr. Il y a une chose qui est importante à l’Assemblée, c’est son règlement qui est un beau pavé, il y a quand même pas mal de pages dedans. Il y a beaucoup de choses qu’un député ne peut pas faire seul, ne peut pas faire directement, qu’il ne peut faire qu’à travers son groupe parlementaire ou bien il n’y a que le groupe parlementaire qui peut le faire et pas un député tout seul.
Être non-inscrit, c’est-à-dire dans aucun groupe, c’est d’une certaine façon une liberté totale si on regarde un côté de la pièce, mais, de l’autre côté, c’est moins de possibilités parce que, justement, on n’est dans aucun groupe. Il y a des avantages et des inconvénients. Les députés qui sont non-inscrits, qui ne sont dans aucun groupe, sont quand même très peu nombreux et ce n’est pas pour rien. Il y a beaucoup plus de possibilités quand on est à l’intérieur d’un groupe. Quand il y a un certain nombre de députés qui sont non-inscrits ou qui souhaitent un peu changer les choses, ils se reconstituent sous forme d’un groupe. Là, en dix jours, on en a vu deux nouveaux qui se sont créés, le neuvième et le dixième groupes. Il y a de temps en temps des changements comme ça.

Étienne Gonnu : Je vois malheureusement que le temps nous échappe un peu. Il y a des questions qui ont été posées ; je pense que si on refait un sujet on pourra les aborder. Merci beaucoup Christian, sauf peut-être si tu as un dernier mot que tu aurais aimé partager, sinon je te souhaite une bonne après-midi. Je ne vais pas te censurer.

Christian Quest : Je vois quand même des questions, je vais essayer de répondre très rapidement : écrire aux députés ça marche ? Oui, ils reçoivent des mails, ils les lisent. Ensuite, répondre systématiquement à tout le monde, on essaye tous de le faire. Après, il faut voir la quantité. Soit on renvoie, malheureusement, un mail un peu générique et pas forcément avec un suivi, ce qu’on essaye d’éviter, mais quand vous recevez beaucoup de messages c’est effectivement compliqué. On essaye de faire au mieux, mais ce n’est pas toujours parfait.

Étienne Gonnu : Oui, c’est avec du mail qu’ils reçoivent les informations.
Christian, vraiment merci d’avoir passé ce temps avec nous. Je te souhaite une très bonne fin de journée et à bientôt.

Christian Quest : Je reviendrai pour d’autres sujets, on parlait d’archive de logiciels avant, je ne sais pas si tu es au courant, je m’occupe d’archiver l’open data, c’est peut-être un autre sujet.

Étienne Gonnu : Rendez-vous est pris.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : On va faire une petite pause musicale avant de passer à notre dernier sujet. Nous allons écouter La valse des vieux sabots par Les bretons de l'est. On se retrouve juste après. Je vous souhaite une belle journée à l’écoute de Cause Commune 93.1 FM.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Pause musicale : La valse des vieux sabots par Les bretons de l'est.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter La valse des vieux sabots par Les bretons de l'est disponible sous licence Art libre. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.
Je vois que le temps file vite. Nous allons passer tout de suite passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Entretien avec Laurent Costy, vice-président de l'April, en charge du groupe Libre Association, comment les associations ont pu s'adapter au confinement

Étienne Gonnu : Nous allons prendre des nouvelles de Laurent Costy qui est vice-président de l'April, responsable du groupe Libre Association. Bonjour Laurent.

Laurent Costy : Bonjour à toutes et tous. Je ne sais pas si vous m’entendez.

Étienne Gonnu : Parfaitement.

Laurent Costy : Super. Très bien.

Étienne Gonnu : Parfait. Comme pour le premier sujet, l’objet de notre échange c’est de prendre des nouvelles par rapport à toi, tes prismes, tes occupations. Comment ça va pour toi ? Comment s’est passée cette période de confinement d’un point de vue associatif à travers l’April et professionnellemnt ?

Laurent Costy : Professionnellement et personnellement, j’ai eu la chance de pouvoir me confiner en région avec une maison et un jardin, ça n’a sans doute pas été le cas de tout le monde. Je dirais que le confinement a sans doute été moins pénible pour moi que pour d’autres personnes qui étaient contraintes de rester dans des appartements et sans capacité de pouvoir bénéficier de la nature autour. Ça c’est plutôt une chance.
En termes de rythme de travail ça n’a pas changé grand-chose parce que je dirais que la fédération dans laquelle je travaille était préparée, majoritairement on va dire, à travailler en télétravail, donc en termes de rythme de travail ça n’a pas changé grand-chose, c’est juste le cadre qui a changé, mais ce n’est quand même pas négligeable. Donc on a beaucoup télétravaillé, le rythme a très peu changé.

Étienne Gonnu : Tu parlais de fondation, donc MJC, je pense que c’est intéressant aussi. Est-ce que tu peux nous dire ce que sont les MJC ?

Laurent Costy : Ce sont les Maisons des jeunes et de la culture. C’est une fédération qui est née après la guerre, au sortir de la guerre, en 1945/48, je vous épargne l’histoire dans le détail, mais c’est issu de la suite de la guerre. Ça avait pour objet d’avoir des équipements dans les quartiers, pas forcément dans les quartiers en particulier au départ, mais en tout cas d’avoir des équipements pour pouvoir, au départ, occuper les jeunes, c’était ça la grande préoccupation du gouvernement à l’époque. En tout cas, l’idée c’était quand même de doter les territoires d’équipements pour que les jeunes puissent avoir des activités, être accompagnés, formés, etc.
C’est une fédération d’éducation populaire, c’est quelque chose auquel je tiens beaucoup, parce que l’idée c’est quand même de rendre les gens capables et autonomes, les jeunes en particulier. Après, évidemment, le projet s’est élargi. C’est bien une logique intergénérationnelle qui est poussée dans tous les projets des MJC sur les territoires.

Étienne Gonnu : On peut voir l’importance de tout ça dans une période comme celle que nous traversons.
Avançons. Tu es membre du groupe Libre Association, on sait que tu as un rapport qui va défendre l’intérêt du logiciel libre auprès des associations. Tu travailles beaucoup dans le milieu associatif, c’est vraiment, il me semble, une chose qui te tient beaucoup à cœur.

Laurent Costy : Oui. C’est tout ce lien-là entre l’éducation populaire et le logiciel libre qui me parait une évidence depuis très longtemps. C’est vrai que c’est quelque chose qui m’a toujours questionné, intéressé. J’ai toujours essayé d’œuvrer, au sein de l’April, dans le groupe Libre Association, pour essayer d’augmenter les liens qui pouvaient exister entre l’univers libriste, on va dire, et le milieu associatif.
De fait, dans les associations, on constate qu’il y a des militants sur les territoires, dans les diverses fédérations d’éducation populaire, toutes les autres fédérations. On trouve toujours des gens passionnés qui ont aussi compris que l’éducation populaire et le logiciel libre avaient à travailler ensemble parce que la convergence de valeurs est forte. Mais après, c’est vrai que pour réussir à passer le cap, à mettre en œuvre, ça reste très compliqué parce que, en tout cas jusqu’à il n'y a pas longtemps, ces questions-là n’étaient pas traitées politiquement au sein des conseils d’administration et c’était systématiquement renvoyé comme question technique, donc qui ne concerne pas le conseil d’administration. Or, fondamentalement c’est une erreur. Il commence à y avoir des prises de conscience. Effectivement depuis Snowden, depuis le RGPD ça s’accélère un peu et les associations comprennent qu’il y a aussi des enjeux sur ce plan-là, mais c’est vrai qu’au départ c’était extrêmement compliqué de faire entendre l’importance de penser son informatique dans le milieu associatif.

Étienne Gonnu : RGPD, Réglement général sur la protection des données, c’est vrai que c’est un enjeu ; on voit que c’est très vrai dans le milieu associatif qui, en plus, généralement défend une certaine éthique. Et politiser le rapport aux outils techniques est aussi au cœur de notre combat, d’où toute la pertinence de ton action au sein de l’April de ce point de vue.
Une question qu’on voulait aussi aborder, tu travailles beaucoup avec les associations. On imagine bien que toute la difficulté qu’a pu représenter cette période-là, toute cette période de confinement pour les associations, chacune avec ses spécificités, et comment certains outils, les outils libres notamment, ont été mis à disposition par des associations comme l’April, Framasoft à travers le Collectif CHATONS, etc., on mettra les liens puisqu’on en a parlé au sein de Libre à vous !. Comment as-tu perçu ça, puisque tu as pu voir comment les associations ont pu et ont dû s’adapter au confinement ?

Laurent Costy : Il y a plusieurs échelles en fait, c’est important de considérer les échelles.
Par exemple si je parle du territoire, du local, une MJC est sur un territoire qui, en général, permet systématiquement la rencontre physique. Et c’est vrai que, du coup, le travail à distance ce n’est pas quelque chose qui est dans les gènes parce qu’il n’y en pas un besoin fort. Bien sûr on peut coproduire des documents, on peut prendre une date de réunion à distance, etc., mais fondamentalement la logique d’une association de ce type-là, comme une maison de quartier, comme un centre social, c’est bien d’être au contact avec les habitants, les adhérents.
C’est vrai que quand il a fallu, du coup, être confiné et garder du contact, il a fallu se mettre un peu en ordre de bataille par rapport à tous les outils qui permettaient de le faire. De fait, un des premiers outils ça a quand même été le téléphone pour rester en contact avec les adhérents, avec les personnes qui pouvaient avoir des difficultés, les personnes âgées qui devaient faire les courses, etc. Il y a eu plein de petites choses, comme ça, qui se sont mises en place et évidemment tous les outils de contact à distance, le mail, ont été amplifiés, ont permis de continuer à entretenir le lien. C’est entre autres ce qui s’est passé en local.
Après, pour l’échelle en réseau, quand on est plus loin dans la logique fédérale, on est un peu plus équipé, normalement, pour pouvoir travailler avec des outils déjà en place. C’est vrai qu’on n’était pas complètement préparé mais, en tout cas, je dirais que l’infrastructure principale était posée pour qu’on puisse continuer à travailler. Il a fallu faire quelques petits réglages, ça a permis de passer en production un peu rapidement des serveurs qui étaient en train d’être installés, pour tester, pour pouvoir soutenir les habitudes de travail.
Il faut bien considérer les niveaux de cette manière-là.

Étienne Gonnu : Très intéressant.
Est-ce que tu as un bilan que tu tires justement de cette période-là ou un autre point que tu souhaiterais évoquer parce qu’on touche déjà presque à la fin de l’émission ?

Laurent Costy : Je ne sais pas. Je peux peut-être en profiter pour lancer un sujet qu’on aura dans l’émission dans les semaines ou les mois à venir qui sera l’outil YunoHost qui, justement, est un serveur qui peut être installé assez facilement et qui permet de déployer plein de petits services. Du coup j’ai expérimenté ça pendant le confinement, vraiment à titre expérimental, mais ça a aidé un peu. On peut installer très rapidement un pad, donc avoir son propre pad, gérer ses propres pads, installer l’équivalent d’un serveur Framateam, je ne sais plus sur quel logiciel c’est appuyé. Il y a la capacité d’installer assez simplement un serveur. Il faut quelques compétences, je ne suis pas informaticien, mais effectivement j’ai acquis de la compétence au fil des années. On essaiera d’ouvrir une émission sur ce sujet-là parce que je pense que pour la décentralisation et le sujet que vous avez déjà abordé autour des chatons, c'est quand même une voie extrêmement intéressante pour les associations qui souhaitent prendre un peu en main leurs données et les maîtriser.

Étienne Gonnu : Tout à fait. C’était très clair. Vivement, finalement,la réalisation de l’émission.

Laurent Costy : Je ne sais pas combien de temps il nous reste. Bénévalibre continue d’être utilisé, déployé, expérimenté par les associations.

Étienne Gonnu : Du coup, tu peux nous dire en deux mots ce qu’est Bénévalibre puisque tu le mentionnes ?

Laurent Costy : C’est un logiciel libre qui permet de faciliter la valorisation du bénévolat dans les associations. Le CRAJEP, Comité régional des associations de jeunesse et d’éducation populaire de Bourgogne-Franche-Comté, a porté le projet, a réuni les financements et a permis de financer la SCIC Cliss XXI pour le développement de cet outil qui est désormais opérationnel sur benevalibre.org. Sur leur lancée, à titre complètement autonome, on peut même signaler que Cliss XXI a développé un logiciel qui s’appelle GvoT qui permet maintenant de faciliter les votes à distance pour les associations. C’est pareil, c’est un outil qui était franchement bienvenu, il est au tout début de son exploitation mais n’hésitez pas à aller voir sur le site de Cliss XXI cet outil-là qui pourra peut-être vous aider pour votre prochaine AG ou vous prochains CA à distance si vous n’avez pas encore la possibilité de les organiser en présentiel, et peut-être pour être complémentaire du présentiel.

Étienne Gonnu : Parfait. On mettra le lien sur notre site et tu soulèves une question qui va nous intéresser dans nos annonces.
Un grand merci Laurent, désolé pour ce temps court. En tout cas un grand merci pour ces différentes informations. C’était un plaisir de t’avoir.

Laurent Costy : Pas de souci. Merci à vous toutes et tous. Au revoir.

Étienne Gonnu : Bonne fin de journée.

Annonces

Étienne Gonnu : L’émission touche à sa fin. Comme je vous le disais quelques annonces rapides.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Laurent parlait d’assemblée générale. Celle de l’April avait été reportée du fait du confinement. Une nouvelle date a été posée. L’assemblée générale de l‘April aura lieu le 27 juin à 14 heures, à distance. À priori nous utiliserons le logiciel libre de visioconférence BigBlueButton.
Le groupe de travail Traductions de la philosophie GNU a publié en ligne la traduction de deux nouveaux textes de Richard Stallman, un sur la mise de vidéos en ligne et sur le fait que dire non à l’informatique injuste, même une seule fois, ça aide.

L’émission touche à sa fin. Je remercie les personnes qui ont participé : Nicolas Dandrimont, Christian Quest, Laurent Costy.
Aux manettes de la régie aujourd’hui William Agasvari.
Merci également à Sylvain Kuntzmann, bénévole à l’April, Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio, qui s’occupent de la post-production des podcasts, Merci à Quentin Gibeaux, bénévole à l’April, qui découpe les podcasts complets en podcasts individuels par sujet, et Frédéric Couchet, délégué général de l’April et principal artisan de Libre à vous !>

Vous retrouverez sur notre site web, april.org, toutes les références utiles qu’on a pu citer pendant l’émission. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plus, les points d’amélioration, toutes vos remarques sont les bienvenues à l’adresse libreavous@april.org.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et à faire connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 9 juin 2020 à 15 heures 30. Nous tenterons de répondre à la question que les adversaires des libertés informatiques aiment poser : Internet est-il une zone de non-droit ?, ou plutôt aiment affirmer. Nous aurons l’honneur de recevoir Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact et Christiane Féral-Schuhl, avocate spécialisée dans le droit des nouvelles technologies et présidente du Conseil national des barreaux.

Nous vous souhaitons de passer une très belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 9 juin et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 26 mai 2020

lun, 06/08/2020 - 15:46


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 26 mai 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Véronique Bonnet - Yann Kervran - Stéphane Crozat - jums - Magali Garnero - Frédéric Couchet - William Agasvari à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 26 mai 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration :
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet, professeur de philosophie et vice-présidente de l'April, sur le thème « Quel niveau de surveillance la démocratie peut-elle endurer ? »
  2. Framabook : les Framabooks sont dits « livres libres » parce qu’ils sont placés sous une licence qui permet au lecteur de disposer des mêmes libertés qu’une personne utilisatrice de logiciels libres.
  3. Inventaire : une application web libre permettant de faire l’inventaire de ses livres et de le partager avec ses amis et groupes, ou même publiquement.
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
La collection Framabook c’est-à-dire des livres libres, ce sera le sujet principal de l’émission du jour. Avec également au programme une chronique sur le thème « Quel niveau de surveillance la démocratie peut-elle endurer ? » et l’interview autour de inventaire.io, une application web libre permettant de faire l’inventaire de ses livres, de le partager avec ses amis, groupes ou même publiquement. Nous allons parler de tout ça dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose également d’une application Cause Commune pour téléphone mobile et elle diffuse désormais 24 heures sur 24 en DAB+ c’est-à-dire la radio numérique terrestre.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’April c’est april.org. Vous y trouvez déjà une page consacrée à cette émission avec les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission, et également les moyens de nous contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration

Nous sommes mardi 26 mai 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast et je fais un petit coucou à notre réalisateur du jour, William Agasvari qui adore que je dise cette phrase.

Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur le bouton « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission #libreavous.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Nous allons passer directement au premier sujet.

Chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet, professeur de philosophie et vice-présidente de l'April, sur le thème « Quel niveau de surveillance la démocratie peut-elle endurer ? »

Frédéric Couchet : Une lecture d’informations et de mise en perspective de la philosophie GNU, c’est la chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet, professeur de philosophie et vice-présidente de l’April. Véronique bonnet va nous parler aujourd’hui du thème « Quel niveau de surveillance la démocratie peut-elle endurer ? »
Bonjour Véronique. Je te laisse la parole.

Véronique Bonnet : Bonjour Fred.
En effet, c’est un texte de Richard Stallman qui a été publié il y a déjà sept ans, c’était à l’automne 2013, dans la revue Wired, qui a été traduit, repris sur le Framablog. Il se trouve que j’ai donné ce texte, « Quel niveau de surveillance la démocratie peut-elle endurer ? », en travail à mes deux classes de Maths spé puisque cette année le thème est la démocratie. Il se trouve que ce texte de Richard Stallman qui est très argumenté, qui est un repère puissant pour nourrir les réflexions sur la démocratie, a été une façon de prolonger ce qui, dans le programme de mes élèves, avait déjà fait émerger des thématiques qui regardent directement le rapport entre la démocratie et le logiciel libre.
Je vais donner trois exemples avant de passer au commentaire du texte de Richard Stallman.
Par exemple nous avons au programme une pièce d’un Grec qui s’appelle Aristophane. Aristophane qui, alors que la Grèce a inventé la démocratie, en −424 – on retourne un petit peu en arrière – se demande ce qui se passe quand par exemple Athènes, démocratie, est en guerre. Lorsque Athènes est en guerre, nécessairement l’Assemblée va donner les pleins pouvoirs aux généraux et peut-être que l’exercice de la parole, le libre exercice de la parole autonome sur l’agora, sur la place publique, va se trouver affecté.
Autre thématique qui a un rapport direct avec une des questions abordées par Richard Stallman dans ce texte, il y a chez Tocqueville, là on va avancer un petit peu dans l’histoire, 1840, un texte qui est très important, qui s’appelle De la démocratie en Amérique. La thèse de Tocqueville consiste à se demander ce qui se passe lorsque l’État central se mêle de plus en plus de la vie privée des individus sans que ceux-ci se révoltent parce qu’on est dans une logique de soft power et il y a une porosité de plus en plus grande entre vie publique et vie privée, c’est-à-dire que le pouvoir central a de plus en plus d’informations sur les citoyens. Je pense que là un lien très essentiel peut être articulé avec le texte de Richard.
Enfin, dernière référence, il y a au programme un ouvrage de Philippe Roth, là on est en 2004, Le Complot contre l'Amérique, la thématique du totalitarisme. Il se trouve que ce texte va être un brûlot aux États-Unis en 2004. C’est une dystopie, c’est-à-dire Philippe Roth se demande ce qui se serait passé si Lindbergh avait été élu à la place de Roosevelt président des États-Unis et s’il avait eu des ententes avec Hitler, on est dans une dystopie. La question du totalitarisme, la question de l’emprise d’une puissance sur les vies privées, sur les vies intimes des individus, émerge et peut également nourrir la réflexion sur la démocratie.

On va abondamment retrouver ces trois thématiques dans le texte de Richard Stallman. J’avais proposé à mes élèves de Maths spé de disserter à partir du sujet suivant : « Mettre la démocratie en sécurité exige une réduction de la collecte des données privées, écrit Richard Stallman. Vous vous demanderez de manière ordonnée si une dissociation entre la vie publique et la vie privée des citoyens est requise pour que la démocratie soit effectivement une démocratie. »

Nous entrons dans le texte de Richard Stallman. Je vais me focaliser sur son argumentation et je vais montrer que cet article est non seulement très équilibré, il est dans un pragmatisme très respectueux du droit aussi bien des citoyens à se protéger que de l’impératif pour la démocratie de pouvoir se défendre contre ce qui la menace. Je dirais qu’il y a dans ce texte deux volets. Il y a un volet préventif, c’est-à-dire que le logiciel libre relève d’une logique de prévention et, en même temps, il y a un versant curatif : que se passe-t-il lorsqu‘il y a excès dans la récolte des métadonnées et quels sont très prosaïquement les outils numériques qui permettent de se protéger et de faire marche arrière.

Au tout début de son texte, Richard Stallman fait d’abord référence à Edward Snowden, le lanceur d’alerte et, au tout début, il dit : « Grâce à Edward Snowden nous comprenons aujourd’hui que le niveau de surveillance dans nos sociétés est incompatible avec les droits de l’homme ». Idéalisme pragmatique de Richard Matthew Stallman. Idéalisme c’est-à-dire qu’il y a des valeurs non négociables, les droits de l’homme, mais, en même temps, pragmatisme puisqu’il est à la recherche d’un seuil.
Dans ce texte il n’y a pas un refus radical de surveillance puisque la démocratie, pour fonctionner, doit se protéger, il ne s’agit pas de supprimer la surveillance, il s’agit de la réduire. Je cite le texte : « Nous devons réduire le niveau de surveillance mais jusqu’où ? Quel seuil tolérable à ne pas dépasser pour ne pas interférer avec la démocratie. »

Il semblerait qu’il y ait dans cette recherche de seuil une difficulté – où est le trop ? Où est le suffisamment ? Le pas assez ? – il y a dans le texte immédiatement une première proposition. À savoir peut-être y a-t-il excès de surveillance lorsque des lanceurs d’alerte comme Snowden sont susceptibles d’être attrapés.
Là on voit tout de suite qu’il y a un paradoxe, parce que plus il y a de collectes de données, plus il faut réagir, plus il faut lancer des alertes, mais, en même temps, moins on le peut, plus ceci devient délicat. Il se trouve qu’Edward Snowden, pour lancer son alerte, a dû s’entourer de précautions très précises pour contacter les journalistes et de façon à pouvoir le faire en sécurité.
Conséquence de cela, vous avez deux axes qui sont proposés par Richard Stallman : il faut d’une part que le peuple sache ce qui se passe dans la démocratie, il faut qu’il y ait une lisibilité de la démocratie et il faut que les lanceurs d’alerte puissent faire leur travail. Et pour qu'ils puissent faire leur travail il ne faut pas qu’il y ait de porosité entre la vie privée et la vie publique, il faut qu’on puisse disposer d’un espace intime, ne serait-ce que l’espace intime du recul, de la réflexion et de la critique.

Quelles préconisations ? Vous avez deviné, les logiciels libres.
Je vous ai dit que ce texte était de 2013, c’est-à-dire que c’est un texte qui est écrit juste 30 ans après l’automne 1983 où le projet GNU a été lancé par Richard Stallman, donc un appel à coder, un appel à protéger le code de toute appropriation qui irait à l’encontre des idéaux de la communauté libriste. Vous avez donc de la part de Richard Stallman le rappel qu’il y a eu une anticipation, qu’il y a bien eu une démarche préventive puisque, grâce au Libre, le contrôle est effectif sur les ordinateurs personnels, celui qui a besoin d’éléments pour se protéger sur son ordinateur personnel le peut, mais nous ne sommes pas protégés sur Internet.

Cette dissociation est d’un extrême intérêt puisqu’en effet si nous faisons usage des outils libres qui ont été réalisés depuis 30 ans par la communauté alors en 2013 nous sommes protégés, nous le peuple – vous avez souvent dans ce texte, de la part de Richard Stallman, un « nous le peuple » – nous sommes protégés dans notre informatique, à ceci près que sur l’Internet, non, nous ne sommes pas pleinement autonomes, il y a une part de risque pour nos données. Il se trouve que cette part qui est non maîtrisée, fait qu’il est néanmoins important de tenter de se protéger, il est important que les lanceurs d’alerte se protègent et que les groupes dissidents, pacifistes se protègent.
Certes, rappelle Richard Stallman, l’État a la tentation de les infiltrer pour savoir s’il n’y a pas un risque d’attentat, de complot, de terrorisme, mais là on voit bien que l’éventualité de complots peut servir de prétexte et d’alibi. Vous avez dans le dispositif législatif américain, ceci est une information donnée dans la suite, le rappel que soupçonner un délit est un motif suffisant pour accéder aux données.
L’accumulation des données est une emprise et certaines lois permettent une campagne de pêche à grande échelle. Ici il est fait référence aux filets dérivants qui ne trient pas dans un premier temps et qui ont été désignés par Edward Snowden.

C’est pourquoi la deuxième partie du texte est ce que j’appellerais un volet curatif. Après le préventif, le curatif. Il y a une énumération de différents points qui sont des appels à la prudence et, en même temps, des appels à ce pouvoir technique qui est celui de l’informatique, qui peut parfois servir d’antidote à des dispositifs informatiques qui portent atteinte à la vie privée.
Premier point, une protection solide de la vie privée doit être technique. Pourquoi ? Elle ne peut pas être simplement juridique puisque les lois sont soit trop floues soit ignorées, donc les remèdes sont des remèdes logiciels. Ceci est le premier point : des remèdes logiciels qui visent l’autonomie de l’utilisateur.
Deuxième point, il faut être soi-même prudent. Il faut soi-même être un acteur de la protection de sa propre vie privée, le premier acteur c’est soi-même et là vous avez le rappel que sur Internet on peut faire usage de Tor, on peut faire usage de logiciels qui bloquent le traçage, de GPG [GNU Privacy Guard]. Autrement dit, il y a des démarches qui sont elles-mêmes techniques, qui résistent à la technicité de certains dispositifs de collecte de données. Vous avez des éléments qui ont l’air plus anecdotiques mais qui ne le sont pas. En 2013, Richard Stallman recommande encore de payer en liquide. Il recommande encore de garder l’anonymat sur les réseaux sociaux, il rappelle aussi qu’il est important de protéger ses correspondants, ses amis, autrement dit il fait appel à l’autonomie.

Viennent ensuite quelques points qui rappellent qu’il est important d’intégrer à chaque système le respect de la vie privée et vous avez une mise en garde concernant ce qu’on appelle les téléphones intelligents ou les objets intelligents, on dit maintenant les objets connectés, qui peuvent être des pièges desquels on ne se méfie pas.
Il est conseillé, toujours dans le registre de cette autonomie, de cette préservation dont on est le premier acteur, de garder ses propres données dispersées, de ne pas faciliter les choses.
Il est proposé d’utiliser des remèdes à la surveillance du commerce sur Internet, également d’utiliser certains remèdes concernant les dossiers sur les communications téléphoniques, toujours la fameuse protection de ce qu’on appelle le sociographe, parce que même si on ne déchiffre pas le message on pourra toujours savoir qu’on a appelé celui-ci après celui-là.
Et brusquement, après ce travail de rappel de la prudence autonome à avoir et des outils techniques disponibles à déployer, vous avez, d’une façon totalement responsable, le rappel par Richard Stallman qu’un minimum de surveillance est néanmoins nécessaire. L’approche est équilibrée. Il s’agit de pouvoir rechercher les auteurs de crimes et de délits. Certes il peut y avoir des abus. Les entreprises, par exemple, ne sont pas des personnes relevant des droits de l’homme, elles doivent rendre compte elles-mêmes à des personnes. La phrase finale est la suivante : « La technologie numérique a connu un extrême accroissement, plus que dans les années 90, plus que dans les années 80 pour les personnes qui étaient derrière le rideau de fer, et cet accroissement a accentué la récolte de données, d’où une invitation à inverser la tendance par le logiciel libre. C’est-à-dire non seulement être armé technologiquement, mais être armé humainement et là, Fred, je me tourne vers toi, je pense que tu en seras d’accord, il me semble que prudence et vigilance sont des mots clés à l’April.

Frédéric Couchet : Tout à fait et je pense que ça devrait être le cas partout ailleurs. On pensera à certains projets de loi qui sont en cours, à certains projets actuellement en cours au vu du contexte.
Merci Véronique. On va conclure rapidement parce que le temps a filé plus vite que d’habitude pour cette chronique. Je vais juste rappeler le titre de l’article de Richard Stallman, « Quel niveau de surveillance la démocratie peut-elle endurer ? ». Vous le retrouvez sur le site de gnu.org en version anglaise et française, traduit d’ailleurs par notre groupe Traductions de la philosophie GNU que vous pouvez rejoindre si vous voulez participer. Toutes les informations sont sur le site de l’April, april.org.
Véronique, on se retrouve en juin pour la prochaine chronique « Partager est bon ». Ça te va ?

Véronique Bonnet : Avec grand plaisir Fred. Bonne journée.

Frédéric Couchet : Bonne journée Véronique.
On va faire une pause musicale. On va écouter Reality par Niwel. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, 93.1 FM, la voix des possibles.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1.

Pause musicale : Reality par Niwel.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Reality par Niwel, disponible sous licence libre Creative Commons, Partage dans les mêmes conditions, CC By SA. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, sur le site de la radio, causecommune.fm et sur le site de l’artiste, il a une page, soundcloud.com/niwel, n, i, w, e, l. Je vais préciser que Niwel a été une découverte via le site auboutdufil.com qui propose de faire découvrir des artistes dont les œuvres sont sous licence libre. Niwel est en fait un Parisien de 22 ans, étudiant en médecine, qui produit de la musique un petit peu de manière indépendante. Il m’a indiqué que le choix des licences libres c’était parce qu’il trouvait que c’était un plus de laisser la chance aux autres de pouvoir l’utiliser et, en plus, ça peut lui apporter de la crédibilité si les gens qui l’utilisent ont la gentillesse de le créditer lors de l’utilisation. Non seulement ils doivent avoir la gentillesse mais c’est une obligation de la licence CC By SA.
Sur le site auboutdufil.com on trouve quelques informations. Niwel a une préférence pour l’électro, on retrouve ses principaux modèles Avicii, Madeon et Diplo. Il a appris très jeune le piano, le violon ou encore la mandoline. Actuellement il compose principalement sa musique avec un ordinateur. N’hésitez pas à aller sur le site auboutdufil.com, vous en apprendrez plus sur Niwel. On aura l’occasion de rediffuser des morceaux de cet artiste talentueux.

Vous êtes toujours sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! consacrée aux libertés informatiques.

Framabook : les Framabooks sont dits « livres libres » parce qu’ils sont placés sous une licence qui permet au lecteur de disposer des mêmes libertés qu’une personne utilisatrice de logiciels libres.

Frédéric Couchet : On va passer au sujet principal, le pari du livre libre, c’est-à-dire la collection Framabook, avec nos invités aujourd’hui, Magali Garnero, Yann Kervran et Stéphane Crozat. On va essayer de vous présenter un petit peu ce pari des livres libres, donc la collection Framabook. Je vérifie, ils sont tous là, donc on va peut-être commencer par une présentation personnelle rapide. On va commencer par Magali Garnero, en une petite phrase, Magali.

Magali Garnero : Je gère sur Paris À Livr’Ouvert. Je suis aussi administratrice à l’April et membre de Framasoft.

Frédéric Couchet : On va préciser qu’À Livr’Ouvert c’est dans le 11e arrondissement de Paris et le site c’est alivreouvert.fr.
Stéphane Crozat.

Stéphane Crozat : Bonjour. Stéphane Crozat. Je suis membre de Framasoft, je suis prof à l’Université de Technologie de Compiègne, je suis également membre du chaton Picasoft et de l’association Scenari, un logiciel libre de création documentaire.

Frédéric Couchet : Merci Stéphane. On va préciser que Picasoft propose une émission de radio hebdomadaire La voix est libre, du côté de Compiègne sur Graf'hit 94.9 FM et sur Internet, sur radio.picasoft.net ; on vous encourage à écouter nos collègues.
On va finir par Yann Kervran.

Yann Kervran : Bonjour à toutes et à tous. Je suis écrivain, je ne fais que ça. Je suis membre de Framasoft maintenant depuis quelques années où je m’occupe surtout de culture.

Frédéric Couchet : D’accord. Justement, la première question va être pour toi Yann, pareil, assez rapidement, en quelques mots, c’est quoi Framasoft pour les personnes qui ne connaîtraient pas encore Framasoft ?

Yann Kervran : Framasoft est une association d’éducation populaire aux enjeux du numérique, souvent on s’arrête là, mais moi je rajoute et j’aime qu’on n’oublie pas, aux enjeux des communs culturels également.
L’association a eu un gros coup de projecteur depuis quelques années puisqu’on avait lancé l’opération « Dégooglisons Internet » suite aux révélations de Snowden, où on proposait des alternatives basées sur des logiciels libres aux principaux services proposés par les GAFAM. Ceci a entraîné la mise en place de plusieurs dizaines de services en ligne qui sont très utilisés, genre les pads, le partage vidéo, le partage de liens, le partage d’images, etc., pour pouvoir travailler en ligne. Depuis quelques années on a lancé une autre feuille de route qui s’appelle Contributopia. L’idée c’est de passer à, de faciliter, d’outiller la société de la contribution.

Frédéric Couchet : Très bien, merci Yann. D’ailleurs, pour en savoir plus en format podcast, vous pouvez réécouter l’émission du 7 avril 2020, nous avions pris des nouvelles de Framasoft avec Angie Gaudion qui travaille à Framasoft et, un peu plus ancien, dans l’émission du 4 juin 2019, nous avions Pierre-Yves Gosset ; les podcasts sont sur causecommune.fm et sur april.org.
Le sujet du jour c’est donc Framabook, « les framabooks sont dits "des livres libres" parce qu’ils sont placés sous une licence qui permet aux personnes qui lisent de disposer des mêmes libertés qu’une personne utilisatrice de logiciels libres ».
Première question : quand et comment est né le projet ? C’est-à-dire à quelle période et quelle est l’idée initiale ? Comment ce projet a-t-il germé ? Peut-être Yann et ensuite Magali qui, je crois, a participé un petit peu ou, en tout cas, a suivi un petit peu le démarrage. Yann.

Yann Kervran : On parle de collection mais je préfère parler de maison d’édition puisque, à l’intérieur de Framabook, on a plusieurs collections puisqu’on peut faire aussi bien des manuels, des essais, du roman et même de la BD, de la BD noir et blanc uniquement mais de la BD tout de même.
À la base c’est né de l’envie de publier justement du contenu livresque sous format papier donc au début des collaborations ont été mises en place avec d’autres éditeurs pour pouvoir créer les objets papier puisque c’est quand même un métier à part entière. L’idée c’était d’assister en faisant un petit peu de la curation de contenus et, petit à petit, je dirais que Framabook a pris son indépendance et désormais on « fabrique nous-mêmes » entre guillemets le papier, c’est-à-dire qu’on fabrique les fichiers qui permettent d’imprimer le papier et on se sert d’un prestataire extérieur pour faire de l’impression à la demande, pour pouvoir diffuser les versions papier en plus des versions électroniques qui sont sur le site.

Frédéric Couchet : D’accord. C’était à peu près en quelle année le démarrage ?

Yann Kervran : Je n’y étais pas encore. Je crois que c’est 2006/2007, quelque chose comme ça, vraiment pour les premiers débuts. Magali pourra confirmer.

Frédéric Couchet : Justement, Magali Garnero, toi qui étais au démarrage, en tout cas tu as vu le démarrage, notamment aussi de ton côté libraire.

Magali Garnero : Au début, en 2006, ça a été les premiers framabooks mais avec un autre éditeur. Ce n’est qu’en 2011 qu’on est vraiment devenus éditeur papier, où on a commencé à diffuser des livres qui pouvaient, d’autre part, être téléchargés gratuitement en PDF ou en EPUB.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc, à partir de 2011, Framasoft est devenu une maison d’édition de livres libres, on va y revenir un petit peu dans les détails.
J’ai lu l’introduction que j’ai trouvée sur le site, donc « donner les mêmes libertés qu’à un personne utilisatrice de logiciels libres », les personnes utilisatrices de logiciels libres se référent à des licences de logiciels libres qui sont bien connues. Dans le monde on va dire du contenu non logiciel, il y a d’autres licences type licence Art libre, Creative Commons avec leurs différentes variances. Quelles licences libres ont été utilisées, sont choisies et pour quelles raisons ? J’ai vu que ce sont vraiment des licences qui, notamment, n’interdisent pas la réutilisation commerciale ni même les modifications. Ce sont donc les licences qu’on considère comme les plus libres permettant de réutiliser, y compris pour des questions commerciales ou même en modifiant, les œuvres qui sont produites dans le cadre de Framabook. Pourquoi le choix de ces licences libres à ce niveau-là ? Yann peut-être.

Yann Kervran : C‘est-à-dire qu'on différencie vraiment ce qu’on appelle les licences libres et les licences de libre circulation. Les licences de libre circulation c’est en particulier, dans les Creative Commons, celles qui incluent le NC, donc non-commercial, et NoDerivatives donc pas de modifications. Ça permet de diffuser largement mais l’utilisateur ne peut pas vraiment se réapproprier le contenu parce qu’il ne peut pas en faire ce qu’il veut, il ne peut pas réécrire la fin du livre ou faire une pièce de théâtre d’un roman ou, par exemple, le traduire. On n’accepte que les travaux qui sont sous licence libre, tu as évoqué la licence Art libre. Dans les Creative Commons, il y a la CC By, la CC By SA, il y a aussi la CC zero donc le domaine public volontaire, c’est absolument compatible avec la maison d’édition. On veut justement garantir aux utilisateurs, comme tu le disais, les mêmes droits qu’aux utilisateurs de logiciels libres, c’est-à-dire que les gens puissent utiliser le contenu pour en faire ce dont ils ont envie d’un point de vue culturel.
On essaye de fournir également ce qui pourrait être des sources, c’est-à-dire qu’on donne les fichiers LaTeX qui nous permettent de générer en particulier le PDF et certains auteurs dont moi donnent carrément les fichiers Markdown qui sont les fichiers texte les plus simples qui soient pour que les gens puissent les manipuler facilement. Je crois que Stéphane fait également la même chose, il y a Gee qui fait les BD, il y a quelques auteurs qui essaient de mettre à disposition le maximum de sources pour que les gens puissent ensuite créer à partir de la matière culturelle qu’on a proposée.

Frédéric Couchet : C’est-à-dire que ce qui est mis à disposition ce n’est pas simplement le produit fini, que ce soit en format PDF ou EPUB pour des liseuses, mais c’est le format source original. On va rappeler que LaTeX c’est un langage et un système de composition de document ; Markdown c’est un formatage de document. Ce sont de choses qui sont textuelles et assez simples, enfin, qu’on peut apprendre et, en tout cas, qui permettent de modifier.
Je vais préciser que sur les choix des licences libres, par rapport aux licences de libre diffusion, on a fait exactement le même choix dans l’émission Libre à vous !. On a le même type de licence pour les musiques, donc des licences CC By, CC By SA ou la licence Art libre qui est née en France, je le rappelle, peut-être en 2010 ou en 2011, mais je dis peut-être des bêtises.
Stéphane Crozat, toi tu ne fais pas partie de Framabook mais tu es auteur. Tu as dit tout à l’heure que tu es enseignant-chercheur à l’Université de Technologie de Compiègne et, par ailleurs, tu écris aussi des livres. Ça va nous permettre d’aborder un petit peu la politique éditoriale de Framabook, Yann va la détailler, mais toi, en tant qu’auteur qui a écrit un livre – évidemment tu nous expliqueras le titre du livre et le sujet – pourquoi avoir choisi la maison d’édition Framabook et pas avoir choisi une autre maison d’édition ?

Stéphane Crozat : Le livre s’appelle Traces et pourquoi avoir choisi Framabook ? J’avais déjà évidemment une attirance, on va dire assez forte, pour la culture libre par mon parcours, je suivais également l’ensemble des travaux de Framasoft, mais je dirais que le premier point c’est effectivement de maximiser la diffusion et je pense qu’on retrouvera aussi des choses que l’on connaît dans les logiciels libres. En fait, on se rend compte que le fait de diffuser le roman sous licence libre à travers une maison d’édition, eh bien ça va lui permettre, in fine, de toucher plus de personnes. Je crois que c’est vraiment le premier élément. Ce que je ne savais pas à l’époque et que j’ai découvert depuis – je ne sais pas si on pourra l’approfondir un petit peu, du coup ça ferait un autre argument – c’est qu’en fait on peut considérer que le droit d’auteur ne fonctionne pas aujourd’hui en termes économiques, c’est-à-dire que, de toutes façons, il ne permet pas de rémunérer ou il permet extrêmement mal de rémunérer les gens qui produisent du contenu.
D’une certaine façon, il n’y a rien à perdre pour ceux qui pensent que l’on pourrait perdre avec les licences libres et il y a tout à gagner en termes de diffusion.

Frédéric Couchet : D’accord. On va parler du modèle économique. On peut en parler tout de suite, on est en mode discussion.
On va quand même finir un petit peu sur la politique éditoriale. Tu nous as expliqué que tu t’es dit que finalement tu n’as rien à perdre, que quelque part tu as beaucoup de choses à gagner en proposant ton livre chez Framabook. Mais ton livre Traces n’est pas un livre qui parle de logiciel libre directement, si je me souviens bien, ni de culture libre, on peut dire que c’est un livre d’anticipation, c’est ça ?

Stéphane Crozat : Oui, tout à fait.

Frédéric Couchet : À ce moment-là, côté Framabook, donc plutôt Yann et Magali, comment se fait le choix des livres que vous allez choisir d’éditer ? Par exemple est-ce que vous avez une catégorie de livres dont vous avez envie, des thématiques ? Est-ce que vous proposez des livres en cherchant des auteurs ou est-ce que, quand les gens vous contactent, eh bien vous décidez par rapport à une politique éditoriale que vous auriez fixée ? Est-ce qu’il y a une politique éditoriale vraiment fixée au niveau de Framabook ou, finalement, beaucoup de choses peuvent être faites ?

Magali Garnero : Le cœur. Le coup de cœur.

Frédéric Couchet : Le coup de cœur. Ça c’est la libraire qui parle.

Magali Garnero : En fait, pour la plupart des livres, ce sont des auteurs qui vont être en contact avec des bénévoles. Ce ne sont vraiment que des bénévoles du côté de Framasoft. Si un bénévole a un coup de cœur pour un livre, il va accompagner l’auteur jusqu’à la publication.

Frédéric Couchet : D’accord. Là c’est le coup effectivement, mais, Yann, est-ce qu’il y a quand même des limites ? Tout à l’heure tu parlais de bande dessinée, donc finalement tout livre peut être édité par Framabook à partir du moment où ça doit correspondre à un coup de cœur, sans doute par rapport à ce que vous avez comme comité éditorial, et ça doit être, évidemment, sous licence libre ?

Yann Kervran : Oui. Effectivement, c’est important de le dire, c’est une partie de Framasoft où il n’y a que des bénévoles, il n’y a pas de salariés qui s’occupent des éditions Framabook.
Il faut qu’il y ait une rencontre de la part d’un des bénévoles pour le projet qui est proposé, comme le dit Magali, parce que c’est lui qui va faire le travail d’éditeur, donc il faut avoir le temps et l’énergie de s’investir sur le projet.
Après, d’un point de vue très prosaïque, effectivement on a une ligne éditoriale qui est de s’intéresser justement aux communs culturels, à la culture libre de façon générale. C’est très plastique comme définition de ligne éditoriale, c’est-à-dire qu’on a envie que les gens qui viennent proposer des livres, soit réfléchissent sur des problématiques qui gravitent autour des questions des communs culturels et du Libre ou que ce soit des ouvrages techniques sur des logiciels libres par exemple ; si c’est de la fiction, qu’il y ait une réflexion de la part de l’auteur, sur la forme ou sur le fond, qui concerne quand même le Libre.
J’en suis un exemple. Framabook est aussi un bon terrain de recrutement pour Framasoft puisque je suis entré à Framasoft par Framabook, comme Stéphane. Moi j’écris des romans policiers qui se passent pendant les croisades. Ça a l’air extrêmement éloigné, sauf que j’avais été publié chez un éditeur traditionnel, j’avais déjà deux romans publiés, et je voulais récupérer les droits sur mes romans pour les mettre sous licence libre. J’avais envie de le faire avec un éditeur parce que je pense, comme Stéphane, que c’est important de travailler avec un éditeur — quand on est auteur on a petit peu le nez dans le guidon, on est un petit peu tout seul —, donc je cherchais quelqu’un qui puisse m’assister. C’est là où j’ai rencontré Framabook et, ce qui a intéressé Framabook au début, c’est que j’étais un auteur qui venait de l’édition traditionnelle et qui avait envie de passer ses textes sous licence libre pour, comme disait Stéphane, augmenter la diffusion, etc. Maintenant l’intégralité de mon œuvre, en tout cas romanesque, est publiée par Framabook puisque c’est dans la continuité. Effectivement, à priori on peut se poser la question de quel est le rapport entre le Moyen-Orient des croisades et le monde du Libre. Il y a vraiment eu une volonté politique de ma part et aussi d'expliquer pourquoi je fais ce choix, etc., de quitter l’édition traditionnelle pour faire de la culture libre.

Frédéric Couchet : D’accord. Je vais juste te poser une question et après je vais poser une question collective. Tu as employé plusieurs fois le mot « commun culturel ». Est-ce que tu pourrais nous expliquer, en une petite phrase ou deux, ce qu’est un commun culturel ?

Yann Kervran : En une phrase ou deux, c’est un peu dur !
Je pars du principe que la culture n’est pas un produit, que la culture c’est quelque chose qui est le résultat d’une interaction au sein de la société et que ça appartient donc à tout le monde et à personne en particulier, qu’on n’en a qu’un droit d’usage. Je suis donc pour promouvoir la culture comme quelque chose qui n’appartient à personne, sur lequel il ne doit pas y avoir des enclosures, que tout le monde puisse se l’approprier pour ensuite s’en servir pour faire son propre langage. Donc qu’il n’y ait pas de propriété lucrative, qu’il n’y ait qu’une propriété d’usage, pour faire extrêmement rapide et court.

Frédéric Couchet : D’accord. De toute façon, je pense qu’on consacrera un jour une émission complète à cette thématique des communs parce que c’est quelque chose qui n’est effectivement pas simple à résumer même si tu l’as bien fait, mais il y a plein d’implications derrière.
Ma question collective. On a parlé d’éditeur, est-ce que vous pourriez nous expliquer le rôle que joue un éditeur entre l’auteur ou l’autrice et la maison d’édition ?, parce que ce n’est pas uniquement le fait de recevoir un bouquin et de dire c’est bien ou pas. Qu’est-ce qu’apporte la maison d’édition ?
On va commencer par Magali parce que, de son expérience de libraire, elle va avoir un point de vue. Ensuite Stéphane, lui en tant qu’auteur, et après Yann, le côté maison d’édition Framabook.

Magali Garnero : Un éditeur c’est déjà celui qui va choisir les livres. Il en reçoit énormément, il y a souvent un comité de lecture. Après on choisit le livre, on rencontre l’auteur, on va retravailler l’œuvre avec lui. Puis on va la mettre en page. On va la rendre accessible, on va la mettre dans différents formats, puis on va contacter un diffuseur-distributeur ou directement des libraires pour pouvoir les mettre en vente. Après on va gérer les stocks de livres qui ont été imprimés et récupérer ce qu’on appelle des retours, ce sont les livres invendus. Et là j’ai résumé en une phrase !

Frédéric Couchet : Super Magali. On peut le faire, autrefois j’étais très fort pour faire des phrases super longues, la phrase se terminant juste par un point à la fin.
Stéphane, justement dans ton expérience, dans ton processus éditorial, avec qui as-tu été en contact côté Framabook et comment ça s’est passé ?

Stéphane Crozat : Mon éditeur c’était Goofy, je vais y revenir un petit peu.
Je me permets juste de revenir sur la question que tu as posée avant qui est directement en lien. En fait, dans les critères pour éditer un livre chez Framabook il y a le fait de rechercher un éditeur, c’est aussi quelque chose que j’ai vu chemin faisant, c’est qu’il y a pas mal de gens qui ont juste envie, quelque part, d’avoir un petit peu une caisse de résonance ou d’avoir un livre qui est diffusé et ce qu’on m’a dit dès le début, et on va voir que c’est la vraie valeur ajoutée, c’est que l’enjeu c’est aussi de rechercher un regard critique, une volonté de voir son travail modifié, amélioré, etc. Ça c’est vraiment un point super important, cette volonté de rentrer dans un processus éditorial et pas juste, en quelque sorte, de faire valoir son écriture.
Par rapport à mon expérience avec Goofy, je vous en touche justement deux mots. En fait, ça a commencé quand j’ai pris contact avec Framabook. Il faut envoyer un petit projet d’une ou deux pages qui décrit un peu l’ouvrage en plus de qu’on a écrit et, pour moi, c’était une première version. À partir de ce moment-là, la première chose qui se passe c’est qu’on reçoit un gros mail, c’était Christophe Masutti qui me l’avait envoyé, qui reprend la synthèse de plusieurs lectures, ça veut dire que j’avais déjà été lu je ne sais pas exactement par qui, mais par quatre/cinq personnes, je crois me souvenir qu’il y avait Yann dans le lot. Christophe avait pas mal insisté, justement, sur ce que je viens de dire, c’est-à-dire le fait d’accepter la critique, des modifications et de rentrer dans un processus éditorial. Ensuite je suis rentré dans un cycle infernal ou vertueux avec Goofy et, en fait, c’étaient des échanges quasiment tous les jours ; tous les deux/trois jours on s’envoyait des mails, je lui envoyais des versions, il me renvoyait des propositions de correction, je renvoyais des choses, etc.
Donc le travail de l’éditeur, pour moi concrètement, ça a été à peu près 30 % d’ajouts à ce que j’avais envoyé, ça a été des modifications assez importantes, des personnages qui ont été améliorés, des trames qui ont été un peu mieux ciselées, etc. Et c’est là-dessus que je conclus, pour moi, du coup, il y a eu un vrai boulot d’éditeur, c’est-à-dire que ce que j’ai publié à la fin est, je pense, bien mieux que ce que j’ai envoyé au début.

Frédéric Couchet : Super. Je vais laisser Yann finir sur la partie rôle de l’édition et ensuite on fera une pause musicale. Après la pause on reviendra un petit peu sur les aspects économiques. Yann, sur ce rôle d’éditeur, est-ce que tu veux ajouter quelque chose ?

Yann Kervran : Oui, juste un détail. Les gens ont tendance à prendre Framabook pour l’éditeur DU Libre, mais on est un éditeur DE Libre. C’est-à-dire qu’on fait du Libre, malheureusement il y a presque que nous ; il y en a d’autres qui le font. On n’a pas vocation à publier tout ce qui est sous licence libre. On essaye vraiment d’accompagner, comme le disait Stéphane, et comme ça ne repose que sur des énergies bénévoles, parfois il n’y en a pas beaucoup. Du coup, on refuse quand même énormément de projets parce que, comme je le disais, il faut qu’un éditeur se propose même si le livre nous a l'air intéressant. En ce moment on est en train de discuter sur un projet qui nous a été proposé, le projet a l’air intéressant, mais il s’avère que personne, parmi les gens disponibles, ne se sent les compétences pour l’accompagner suffisamment. Ça va sûrement se terminer en refus parce qu’on a envie d’accompagner et de faire ce que, dans beaucoup de maisons d’édition traditionnelle, les éditeurs ne peuvent pas faire parce qu’ils ont la culture du chiffre, malheureusement — on les oblige ce n’est pas par choix. Donc quand ils ont des dizaines d’auteurs à suivre, eh bien ils n’ont pas le temps de faire le suivi éditorial. Nous on a le luxe de pouvoir se le permettre parce qu’on est bénévoles au sein d’une structure associative.

Frédéric Couchet : D’accord. Super.
On va faire une petite pause musicale. Nous allons écouter Une étincelle par Law. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune 93.1 FM, la voix des possibles.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Pause musicale : Une étincelle par Law.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Une étincelle par Law, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous allons poursuivre notre discussion sur le pari du livre libre, la collection Framabook, avec nos invités, Stéphane Crozat, Magali Garnero et Yann Kervran.
Juste avant la pause musicale nous parlions un petit peu du rôle de la maison d’édition et de la personne qui accompagne l’auteur ou l’autrice pour arriver à produire un livre. En début d’émission on a évoqué très rapidement la notion de droit d’auteur et autre, on va y revenir un petit peu, parce que j’ai lu sur le site, je crois, « le pari du livre libre c’est non seulement réussir à créer une collection de qualité mais aussi arriver à rendre le modèle économique viable ». Déjà, première question toute simple : c’est quoi le modèle économique de la maison d’édition Framabook ? Peut-être que Yann veut commencer.

Yann Kervran : C’est très simple, pour l’instant on ne cherche pas à générer de l’argent avec la structure, la maison d’édition, parce qu‘on a la chance de faire partie d’une association qui est financée par le don. Donc on ne cherche pas la rentabilité sur chacun des titres ce qui nous permet de passer du temps puisqu’on est des bénévoles, on n’a pas de temps de salarié non plus qui est affecté sur le projet. L’idée c’était d’arriver à trouver des outils qui soient pratiques, efficaces, pertinents.
Le problème c’est qu’on a un peu tout testé et ça change absolument régulièrement. On aurait aimé, dans l’absolu, pouvoir proposer des sets d’outils qui puissent servir à des petits éditeurs, par exemple des petits éditeurs indépendants. Finalement, on se rend que les pipelines de production sont tellement spécifiques selon les individus, les besoins, les auteurs, les autrices, qu’on a été obligé régulièrement de modifier en fonction des contributeurs et des contributrices parce qu’il y en a qui sont à l’aise avec l’informatique d’autres qui ne le sont pas. Du coup on n’a pas vraiment réussi, justement, cet aspect-là de l’envie qu’il y avait. Je pense que finalement on est en train d’assumer ça et de se dire qu’on est plus une maison d’édition d’expérimentation, de test, de proposition, et profiter du statut associatif pour justement expliquer qu’on a le luxe de pouvoir tester des choses qui, peut-être, ne fonctionneront pas mais qui, peut-être, déboucheront sur des possibilités qui pourront être offertes à d’autres, parce que, bien sûr, tout est toujours diffusé de façon transparente et ouverte.

Frédéric Couchet : D’accord. Ça c’est le point de vue, on va dire, de la maison d’édition. Du point de vue de l’auteur ou l’autrice, toi Yann tu es aussi auteur, mais on va commencer par Stéphane. Je ne sais plus quelle expression tu as employé tout à l’heure quand tu parlais des droits d’auteur, mais tu vas sans doute la retrouver, tu n’avais pas l’air d’y croire beaucoup. D’ailleurs, ça va me permettre une question, je prends mes notes. En préparant l’émission j’ai reçu des propositions de questions, il y en a une qui est en lien avec le sujet, le modèle économique et la rémunération : comment est gérée la question des droits d’auteur en termes juridiques, notamment s’il y a plusieurs personnes à être intervenues sur le livre mais avec un travail inégal ?
Déjà première question, Stéphane, au niveau de la gestion des droits d’auteurs comment ça se passe ? Et question plus générale, s’il y a plusieurs personnes qui interviennent sur un livre, comment se passe la gestion des droits d’auteur ? C’est une question qu’on a reçue avant, en préparation de l’émission. Stéphane Crozat.

Stéphane Crozat : Concernant les droits d’auteur, ce que j’ai dû dire tout à l’heure c’était que ça ne marche pas !

Frédéric Couchet : Oui, je crois, un truc comme ça.

Stéphane Crozat : En gros, aujourd’hui, il y a un principe de départ qui est que c’est censé protéger les gens qui créent pour ensuite amener à les rémunérer. Ce n’est pas le sujet de cette émission d’approfondir ça, mais on se rend compte qu’à peu près dans tous les domaines, c’est particulièrement vrai en littérature, dans la musique etc., en fait il y a quelques stars qui en vivent et une grande majorité des gens ne touche presque rien. Yann pourra nous redonner ça ou peut-être Magali plus en détail, mais je crois que les revenus moyens d’un auteur c’est 100 euros ou 200 euros par an de droits d’auteur. De ce point de vue-là Framabook ne fait pas mieux du tout !
Du coup, le modèle de rémunération, eh bien aujourd’hui il ne fonctionne pas, il n’y a aucun auteur chez Framabook qui est en mesure de gagner sa vie avec ça. En revanche, l’idée c’est justement d’aller explorer, comme le disait Yann, des choses. Parmi ces choses il pourrait y avoir, effectivement, le fait de financer en quelque sorte à priori, peut-être d’explorer des crowdfundings. Une autre piste qu’on a également évoquée, pas encore concrétisée, mais que j’aimerais bien à nouveau activer pour mon prochain roman, ce sont des idées de coédition avec des maisons d’édition qui, disons, ont un peu plus de notoriété, de la présence en librairie, pour essayer de combiner la logique de la diffusion libre par exemple sur les versions électroniques et essayer de trouver des modèles un petit peu plus rémunérateurs sur le papier.

Frédéric Couchet : Avant de passer la parole à Magali, je voudrais lui demander son avis sur ce sujet-là. Si je me souviens bien, quand j’ai préparé l’émission, les contrats de diffusion d'un framabook ne sont pas exclusifs, c’est-à-dire que, justement, ils laissent à l’auteur ou l’autrice l’entière maîtrise des modes de diffusion, donc de choisir de générer différents contrats, donc de traiter différents contrats avec différentes maisons d’édition. C’est bien de ça dont tu parles ?

Stéphane Crozat : Exactement. J’aurais pu préciser avant. Framabook reverse 15 % des revenus des ventes des livres papier aux auteurs, ce qui est plus que les maisons d’édition traditionnelles. On a, effectivement, la possibilité de mettre en place une logique de dons pour essayer d’avoir des revenus complémentaires. Et, comme tu l’as dit, on peut et ça fait aussi partie des objectifs de Framabook, essayer de se faire éditer par ailleurs dans une logique non exclusive.

Frédéric Couchet : D’accord. Bookynette, c’est quoi ton avis à la fois en tant que libriste et aussi libraire ?

Magali Garnero : Il faut déjà savoir qu’il n’y a que les livres sous format papier qui sont vendus. Si vous les voulez sous les autres formats numériques, PDF ou EPUB, c’est gratuit. Déjà, rien que là-dessus, les auteurs ne touchent rien. C’est bien aussi de le signaler parce que notre cible, la plupart des acheteurs de framabooks sont des informaticiens qui lisent plus sous numérique que sous format papier. Après, c’est aussi difficile de vendre des framabooks parce qu’on ne les trouve pas forcément en librairie. Ce n’est pas pour rien qu’en 2011, quand l’éditeur Framabook est né, j’ai dit « moi je les vends en librairie » parce que je les achetais par En Vente Libre et, à l’époque déjà, les frais de port étaient assez importants. Donc je me suis dit « si je les ai en stock je pourrais inonder toute l’Île-de-France et permettre aux libraires de ne pas payer de frais de port ».

Frédéric Couchet : J’avais justement une question sur comment on accède aux framabooks en version numérique, c’est-à-dire PDF, EPUB, donc pour les liseuses, comme tu l’as dit c’est sur framabook.org. Je crois qu’on n’a même pas cité le nom du site, excusez-moi, c’est framabook.org, sur lequel les versions des framabooks sont disponibles. Je crois me souvenir qu’il y a une page où on peut faire un don, mais je ne suis pas sûr, vous me corrigerez.
Pour la version papier aujourd’hui c’est principalement via le site dont tu as parlé tout à l’heure, enventelibre.org, sur lequel on peut commander des versions papier et on les trouve dans quelques librairies dont la tienne à Paris, on va rappeler le nom, c’est À Livr’Ouvert et l’adresse c’est 171b boulevard Voltaire. C’est ça, Magali ?

Magali Garnero : C’est exactement ça. On peut aussi les commander chez lulu.com qui est, en fait, notre imprimeur.

Frédéric Couchet : D’accord. D’un point de vue technique, quand Yann parlait tout à l’heure de l‘impression à la demande avec des prestataires si je me souviens bien, votre prestataire c’est donc lulu.com qui vous permet, quand vous venez sur Framabook ou sur enventelibre pour une version papier, en fait c’est l’impression à la demande et c’est lulu.com qui imprime le document et l’envoie. C’est bien ça Yann ?

Yann Kervran : Oui, c’est ça. En fait, sur le site Framabook vous avez des liens pour télécharger les fichiers de livres électroniques, le fichier PDF, les sources LaTeX dont je parlais tout à l’heure, et un lien vers notre boutique Lulu où vous pouvez commander la version papier en sachant qu’après tout est pris en charge par Lulu : l’impression, l’acheminement, la livraison et tout ça, c’est le prestataire extérieur qui s’en occupe. En tant qu’association, on n’avait pas les moyens humains de gérer du stock, de faire de l’impression et tout ça, c’est pour ça qu’on a préféré faire de l’impression à la demande.

Frédéric Couchet : D’accord. J’ai une petite question technique : tu viens de parler de LaTeX qui est un langage et un système de composition de documents. Au moment de la préparation de l’émission j’ai reçu une question technique sur les livres multilingues, dans plusieurs langues. Est-ce que dans l’équipe de Framabook il y a des personnes qui maîtrisent LaTeX, qui sont capables de faire des livres multilingues ? Je ne sais pas si l’un de vous est capable de répondre.

Yann Kervran : Moi non. On a des gens qui sont relativement compétents en LaTeX, je ne pourrai pas répondre comme ça. En tout cas, on n’a jamais été confrontés au cas. Il faudrait que la personne nous envoie un message par le biais de contact.framasoft.org, par le formulaire, en disant « Pour Framabook » et on pourra lui répondre, parce que là, à froid, je ne pourrai pas répondre.
Par contre, j’aimerais bien revenir sur la question du droit d’auteur s’il y a le temps.

Frédéric Couchet : En fait j’ai vu, dans tes dernières publications un billet de blog sur Framablog – on mettra évidemment les références sur le site de la radio, causecommune.fm, et sur le site de l’April, april.org – où tu expliques ton choix pour tes dernières publications justement sur cette question du droit d’auteur. Tu as dit tout à l’heure, pareil, je ne sais plus quelle expression tu as employé par rapport à ça et je voudrais bien connaître ta position en tant que Yann Kervran et si cette position que tu as expliquée en préparant est la position officielle de Framasoft, en tout cas de Framabook ?

Yann Kervran : Quand on a parlé tout à l’heure j’ai peut-être utilisé le mot « imposture », c’est peut-être celui-là.

Frédéric Couchet : C‘est possible oui.

Yann Kervran : Ce qui pourrait paraître un petit peu déconcertant vu que je suis écrivain, je suis farouchement contre le droit d’auteur qui, pour moi, relève justement d’une imposture intellectuelle et qui, pour moi, infuse finalement de façon très sournoise des concepts capitalistes dans la façon de voir le monde en tant qu’auteur, en le faisant comme une espèce d’horizon indépassable. C’est-à-dire que si je veux pouvoir vivre de mes écrits, il faut que j’aie une vision de capitaliste. Ce n’est pas moi que le dis, c’est Warren Buffett, pour lui les écrivains sont les meilleurs capitalistes qui soient. Personnellement je cite souvent Jean Zay qui, dans les années 30, a préconisé de faire une loi qui considère l’écrivain comme un ouvrier, un prolétaire, dont le règlement est seulement différé, avec des contrats d’édition extrêmement stricts.
Je suis farouchement contre le droit d’auteur donc j’ai proposé qu’il n’y ait pas de contrat d’édition pour mes quatre derniers livres qui sont sortis il y a 15 jours chez Framabook ; justement, comme ce sont des ouvrages sous licence libre, à priori il n’y a pas besoin de contrat d’édition. Je ne suis pas le premier à le faire, David Revoy l’a fait pour une BD avec Glénat il y a déjà quelques années. Donc il n’y a pas besoin de faire de contrat d’édition pour que Framabook puisse légalement imprimer les ouvrages. Vu qu’il n’y a pas de contrat d’édition, il n’y a pas besoin de me rémunérer sur les ventes que Framabook va faire. Moi ça ne me regarde pas : j’ai mis mes œuvres sous licence libre et il se trouve que Framabook qui m’a aidé à les mettre en forme les édite aussi, c’est tout. L’idée c’est justement d’essayer de décorréler le revenu des gens qui essaient de faire du contenu culturel de la vente, selon des principes capitalistes, des supports de cette culture. Je trouve que ça pose vraiment un problème de vision du monde, donc j’essaye de proposer de le décorréler et le seul moyen c’est de supprimer le droit d’auteur.
J’en parlais au début, peut-être de voir comment on peut mettre en place des formes de mécénat. Stéphane parlait un petit peu tout à l’heure de crowdfunding, d’appel au don. Ça marche très mal en littérature, d’expérience, de ce que j’ai pu voir. J’ai un appel au don ouvert depuis des années, je dois gagner à peu près 12 euros par mois de dons réguliers, pour vous donner un ordre d’idées. Donc ça marche extrêmement mal parce qu’on n’est pas, pour la littérature, dans le cadre d’une culture qui est facilement diffusée sur les médias sociaux, etc. On n’est pas du tout dans l’instantanéité : lire un bouquin ça pend du temps, en faire la critique, en parler, etc., donc on est vraiment sur un temps long qui ne correspond pas du tout aux habitudes actuelles. Finalement c’est très compliqué d’arriver à mettre en place un revenu de ce type-là. Mais je trouve intéressant de dire que la vente de livre papier ne rapporte rien à l’auteur et on essaye de trouver une autre solution. C’est peut-être à la société, ce n’est peut-être pas à Framabook de trouver la solution de comment me rémunérer ; c’est peut-être à la société d’y penser.

Frédéric Couchet : Stéphane, je vois que tu veux réagir, vas-y.

Stéphane Crozat : Juste pour rebondir sur ce que disait Yann, sur la vision capitaliste. C’est-à-dire qu’à un moment on est quand même dans un truc un peu bizarre à la base, je trouve, dans la culture. On fait d’abord ça, pour l’immense majorité je pense, par plaisir et par envie d’être lu, écouté, vu, etc., selon ce que l’on fait. Et, en fait, on se peut se faire croire, on se retrouve avec un espoir un peu absurde de se dire qu’on fera peut-être partie des 1 pour 1000 ou des 1 pour 10 000 qui arriveront à en vivre parce qu’il y aura de la chance, du talent, mais peu importe. Du coup c’est quand même un contrat un peu absurde. On part avec juste une envie et on arrive avec ce désir de faire partie d’une toute petite élite. Du coup il y a effectivement un truc assez malsain là-dedans.
Évidemment moi j’ai un métier, j’ai un salaire par ailleurs donc c’est assez facile de ne pas trop me préoccuper de ça mais, comme le dit Yann, il y a vraiment un enjeu à se préoccuper et il est vrai qu’aujourd’hui on n’a pas les réponses.

Yann Kervran : Pour finir de répondre à ta question, ça c’est ma position personnelle que je pousse quand même un petit peu à Framabook depuis quelque temps, donc on a convenu de le faire pour mes bouquins qui viennent de sortir. On envisage, on en a parlé à l’AG en début d’année et on devait en parler lors du Framacamp qui, malheureusement à cause du covid, a été annulé, mais l’idée ça va être certainement de systématiser ça, de le proposer pour essayer vraiment qu’il y ait cette rupture finalement entre le fait de vendre un objet physique et de le lier à la rémunération du créateur de contenu culturel.

Frédéric Couchet : D’accord. Il nous reste même pas trois minutes. Magali est-ce que tu voulais ajouter quelque chose sur ce point-là avant, peut-être, ma dernière question ?

Magali Garnero : Je ne crois pas, non.

Frédéric Couchet : D’accord. Je précise que sur le Framablog Yann détaille encore plus ce qu’il vient de dire et il renvoie dans les exemples possibles d’inspiration notamment aux travaux de Bernard Friot et du Réseau Salariat. En tout cas, je vous encourage à aller lire ce billet de blog et je pense qu’on consacrera une émission sur ce thème-là qui est effectivement plus large que celui qu’on aborde aujourd’hui.
Là il va nous rester deux minutes 30. J’aurais voulu vous demander si vous avez des conseils de lecture de livres framabooks actuels en dehors, évidemment, du livre Traces de Stéphane Crozat, des quatre livres qui viennent d’être publiés par Yann, Qit’a, des textes courts dont l’univers Hexagora est autour, si j’ai bien compris, du monde médiéval, et évidemment du fameux framabook Guide Libre Association coédition April et Framasoft autour des logiciels libres pour le monde associatif. Est-ce que vous avez un ou deux conseils de lecture ou simplement quelque chose à rajouter en 30 secondes chacun ?

Stéphane Crozat : Aller, je me lance. Du coup évidemment, si on donne des conseils, ça fera des jaloux. Moi j’aime beaucoup les Grise Bouille et j’ai beaucoup aimé également le premier roman de Pouhiou. Donc voilà ! Deux conseils, mais ça n’exclut pas les autres, le polar de Fred Urbain, le Working Class Heroic Fantasy. de Gee, etc.

Frédéric Couchet : Le titre du polar de Fred Urbain était Vieux Flic et Vieux Voyou, je crois, de mémoire, quelque chose comme ça, j’ai beaucoup aimé.
Yann, est-ce que tu as un conseil de lecture ou autre chose à ajouter ?

Yann Kervran : Dans les framabooks je dis « lisez Pouhiou » comme ça, ça va peut-être le motiver à revenir à l’écriture. Il avait promis huit volumes et il s’est arrêté en cours.

Frédéric Couchet : OK ! Merci. Magali, tu es la dernière.

Magali Garnero : Vous avez cité Pouhiou, vous avez cité Fred Urbain, du coup je voudrais parler de Lydie Bouriot, une jeune autrice qui avait écrit un livre qui s’appelait Dormir debout dont on n’entend pas beaucoup parler mais qui est vraiment pas mal. Et les framabooks ce ne sont pas que des romans, il y a aussi des essais et dans les derniers essais qu’on vend bien il y a Libertés numériques pour avoir les bons gestes numériques sur Internet et sur son ordinateur et puis il y a LibreOffice, c’est stylé ! qui est quand même une de mes meilleures ventes de Framabook, qui ne décortique que la partie Writer, donc la partie traitement de texte, mais qui est vraiment très bien fait, qui a été traduit par Christophe qui n’est pas là avec nous aujourd’hui.

Frédéric Couchet : Christophe Masutti.
Merci pour ces conseils de lecture. Merci pour votre participation à l’émission du jour, Stéphane Crozat, Magali Garnero et Yann Kervran autour de Framabook, dont je rappelle le site web, framabook.org. J’espère qu’on aura l’occasion et le plaisir de se retrouver bientôt dans la « vie réelle » entre guillemets, évidemment avec les distances de sécurité.
Je vous souhaite une belle fin de journée.

Yann Kervran : Bye, bye Fred. Merci beaucoup.

Magali Garnero : À toi aussi.

Stéphane Crozat : Merci de ton accueil. Au revoir.

Frédéric Couchet : Merci à vous.
Nous allons faire une pause musicale. Nous allons écouter A pink Petal par Loik Brédolèse. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause commune 93.1 FM, la voix des possibles.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Pause musicale : A pink Petal par Loik Brédolèse.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter A pink Petal par Loik Brédolèse, disponible sous licence Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, donc CC By SA. Je précise que c’est aussi une découverte du site auboutdufil.com et je salue Éric Fraudin, créateur de ce site. On trouve quelques informations sur Loik Brédolèse qui est un compositeur d’origine néocalédonienne. Sa musique est un mélange d’influences variées notamment française, kanak et australienne. Loik Brédolèse est un touche-à-tout, il a composé plusieurs bandes originales destinées à l’univers des jeux vidéo ainsi que la musique de Terre de Métal , un documentaire sur la Nouvelle-Calédonie qui a été primé. Il a également composé des bandes originales de films. Suite à une rencontre récente avec un autre artiste français, Meydän, dont on a déjà diffusé la musique ici, Loik Brédolèse a commencé à partager ses compositions sous licence libre.

Nous allons passer maintenant à notre dernier sujet.
Nous allons rester dans l’univers de la lecture, nous allons rester avec Magali Garnero mais en version enregistrée. Nous allons écouter l’interview de présentation du site inventaire.io, interview de Jums par Magali Garnero et on se retrouve après.

Inventaire : une application web libre permettant de faire l’inventaire de ses livres et de le partager avec ses amis et groupes, ou même publiquement.

Magali Garnero : Jums, tu es avec nous aujourd’hui parce que j’avais envie de parler de ton application, réseau social, plateforme, inventaire.io, sur laquelle on peut créer des bibliothèques de livres. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?

jums : Oui, tout à fait. L’idée c’est de cartographier les ressources qu’on a chez soi avec des données ouvertes et du logiciel libre. L’idée c’était de commencer par les livres. Chacun peut aller sur la plateforme et cartographier, entrer souvent l’ISBN [International Standard Book Number], pour pouvoir avoir sa propre bibliothèque, l’inventaire de sa bibliothèque en ligne et le partager, puisque c’est un réseau social, avec ses amis qui sont aussi sur cette plateforme.

Magali Garnero : J’ai vu différents niveaux de partage : juste avec ses amis, juste en mode privé ou alors totalement public.

jums : C’est ça. Sur chaque élément de chaque livre on peut déterminer si on veut le faire voir seulement à ses amis, publiquement, ou juste pour soi-même, en fait pour avoir une trace en ligne, quelque part, de ce qu’on a dans sa bibliothèque. Donc on a la capacité de pouvoir gérer la visibilité de ses livres, puisque avoir un livre dit beaucoup sur soi et le fait de cartographier qu’on a ce livre dit beaucoup sur soi, donc c’est important de pouvoir gérer ces niveaux de visibilité.

Magali Garnero : Une fois qu’on a cartographié, on peut faire autre chose, puisque vous nous donnez la possibilité de dire si c'est un livre en mode prêt, en mode vente ou si c’est juste une information. Comment vous est venue cette idée de prêt ou de vente entre particuliers ?

jums : L’idée c’était de pouvoir faire en sorte que des gens aient accès à des ressources, donc de connaître l’information sur ces ressources et de pouvoir en faire ce qu’ils en veulent ensuite. C’est-à-dire qu’on est juste pour de la mise en information donc on peut se géolocaliser si on veut, à 200 mètres près, une précision possible, et ensuite voir si d’autres gens se sont localisés dans le coin, savoir si les livres sont des livres disponibles et à combien de kilomètres ils sont.

Magali Garnero : C’est là où vient le côté réseau social puisqu’on peut communiquer entre participants si on est intéressé par le livre de quelqu’un d’autre ?

jums : On peut demander, on peut faire une requête pour savoir s’il est dispo, à quel moment il est dispo et, du coup, tout peut se faire directement sur le réseau, mais ensuite les gens s’échangent, il n’y a pas de vente ou de prestation, c’est juste de l’échange d’information, c’est une autre manière de communiquer, ils peuvent prendre rendez-vous pour s’échanger le livre.
Ça a été fait d’abord entre particuliers avec l’idée de faire l’inventaire de sa bibliothèque personnelle, mais, petit à petit, on aimerait bien aussi pouvoir associer les bibliothèques du coin, du quartier, les librairies indépendantes, ce genre d’acteurs qui sont plus en relation avec le monde du livre et pas uniquement les geeks/individus, puisqu’on s’adresse aux amateurs de livres. C’est une précision à apporter aussi, ce dont des échanges d’objets physiques.

Magali Garnero : Je sais de source sûre que vous avez au moins une bibliothèque et une librairie.

jums : C’est assez nouveau pour nous. On est ravis que tu aies pu essayer l’outil. Tu utilises Inventaire, donc maintenant même les bibliothèques le font ! Comment est-ce que tu t’en sors ?

Magali Garnero : J’ai fait un import de mon inventaire, c’est vrai que c’était un gros inventaire puisque la librairie À Livr'Ouvert a mis 6000 bouquins sur inventaire.io et, du coup, vous êtes allés récupérer les données des livres dont je vous avais donné les ISBN. Où êtes-vous allés récupérer toutes ces données ?

jums : Les données sur les livres sont assez répandues sur le Web. Il n’est pas très difficile d’aller chercher le titre du livre et le nom de l’auteur. Pour un ISBN particulier, en recoupant quelques sources, on arrive à attribuer, à faire de la donnée ouverte qui l'était puisqu'il suffit d’une recherche dans n’importe quel moteur de recherche pour pouvoir accéder au titre et à l’auteur.

Magali Garnero : Oui, mais les couvertures de livres, c’est particulier quand même !

jums : Les couvertures de livres c’est particulier et il faut savoir que c’est compliqué d’avoir une application comme celle-là sans image.

Magali Garnero : C’est impossible !

jums : C’est attractif d’avoir la visualisation de ce que représente l’objet que vous possédez, puisque vous cartographiez ce que vous avez déjà en propriété, l’outil est construit comme ça. Du coup on se débrouille pour avoir les images et si on vient nous chercher des noises, on table sur un fair-use pour une association qui fait du logiciel libre, mais ce n’est jamais arrivé.

Magali Garnero : Mon petit doigt m’a dit que vous utilisiez aussi beaucoup Wikidata.

jums : Il y a beaucoup Wikidata. Oui. En fait il y a deux faces. Là on a parlé d’une face de l’application qui est le client web, pour s’échanger des livres, mais, du coup, pour faire en sorte que le livre soit reconnu, qu’on puisse dire que tel ouvrage physique c’est bien tel auteur et pas tel autre. Les homonymes d’auteurs, par exemple, sont assez difficiles à départager puisque ce sont deux humains différents qui ont le même nom donc c’est un peu compliqué. Pour ça on utilise une base de données d’autorité, en tout cas c’est comme ça que ça s’appelle, où Victor Hugo s’appelle bien Victor Hugo, Ada Lovelace s’appelle bien Ada Lovelace, ce qui permet de fixer les choses, mais de manière partagée.
Wikidata est un projet sœur de Wikipédia qui essaye de faire une base de données libre où tout le monde peut contribuer à la Wikipédia et où inventaire.io se charge lourdement d’aller chercher de la donnée, mais aussi de contribuer en étant une forme d’antichambre. On stocke sur inventaire dans notre propre base de données en attendant que quelqu’un passe dessus et dise « ce bouquin peut-être sur Wikidata ». Donc à la fois on participe à Wikidata et on utilise cette base de données du domaine public libre et ouvert.

Magali Garnero : Quand tu dis nous, nous c’est qui ?

jums : Principalement Maxime et moi-même qui sommes les deux contributeurs réguliers et ayant inventé la plateforme. Ensuite il y a plein de gens autour qui nous aident à contribuer aux données, aux traductions qui sont principalement le fruit de la communauté Wikipédia et Wikidata. Inventaire est traduit en 15 langues.
Du coup on est deux, on est une association, on s’est montés en association de droit français établie à Lyon l’année dernière. On espère pouvoir financer l’association pour pouvoir se financer aussi dessus, puisque là on fait plus de la prestation pour des institutions publiques, c’était le cas l’année dernière, pour pouvoir se financer, pour pouvoir faire en sorte qu’on travaille à temps plein sur Inventaire. L’idée de développement futur ça serait de pouvoir vivre décemment de ce boulot et de rester dans la forme associative non capitalistique pour pouvoir durer. On voit beaucoup passer, ça nous fait un peu rigoler, d’applications qui peuvent faire en sorte que des gens s’échangent des bouquins mais souvent ça s’arrête quand, en fait, ils découvrent qu’on ne peut pas trop faire d’argent avec ça.
On voit passer les trains et on essaye d’avoir le nôtre pour pouvoir faire en sorte que les gens puissent échanger des informations et participent à la donnée de Wikidata.

Magali Garnero : Du coup, si on veut vous donner des sous, ça se passe où ?

jums : C’est sur le site, en bas, dans les informations, on peut lire un donate, Pour l’instant, c’est encore très rudimentaire. On n’a pas forcément encore passé l’étape d’avoir des cotisations et des fonds, c’est encore en cours. C’est gentil de tendre la perche. Il va falloir qu’on trouve de l’argent au bout d’un moment, mais là on essaye de développer notre truc et le côté administratif de gérer l’association, à deux c’est quand même assez lourd, enfin pas lourd, mais c’est moins sympa que le code.

Magali Garnero : C’est pour ça que dans les associations de geeks, il faut toujours qu’il y ait des non-geeks qui s’occupent de cette partie-là que vous n’aimez pas trop.

jums : On essaye d’être polyvalents.

Magali Garnero : Quelles sont les fonctionnalités que vous avez prévues dans les mois voire années qui arrivent ?

jums : On a déjà bien changé l’interface d’utilisation d’Inventaire, maintenant on peut faire du multi édit, on peut faire des choses un peu plus sympas avec la nouvelle interface qui vient de sortir ces derniers mois.
On travaille sur le côté faire des listes, donc des listes d’éléments qu’on a, pour pouvoir dire « je les ai lus » ou « je les conseille » ou « je les conseille à tel groupe ». Ça, ça serait peut-être un petit peu plus avancé. Ce qui va sortir d’abord c’est de pouvoir rassembler, parce que là, typiquement, en plus toi par exemple, tu as 6000 choses, ça serait sympa de les arranger en rayons par exemple.

Magali Garnero : J’adorerais.

jums : Du coup on travaille là-dessus. L’idée c’est aussi de faire d’autres formes de listes, des bibliographies cette fois-ci, un peu compatibles avec les formats de Zotero, enfin qui utilisent Zotero, ce serait intéressant de pouvoir faire en sorte de proposer à des chercheurs, par exemple, de faire des bibliographies à base de données à l’intérieur de Wikidata. C’est aussi un des trucs sur lequel on table. Après, il y a des plans à plus long terme en termes de fonctionnalités, de pouvoir avoir d’autres types de choses que des livres. On pense aux jeux de plateau, aux DVD, aux vinyles, des choses de ce style-là. Mais bon, on n’est que deux, donc on a peu de ressources. C’est Libre donc quelqu’un peut venir, forker le truc et partir avec, c’est fait pour, et on sera ravis de voir les résultats s'ils reviennent.

Magali Garnero : Comme votre appli est libre, ça peut être fait par n’importe qui.

jums : C’est du logiciel libre, tout le monde peut le reprendre, tout le monde peut le modifier et le publier. C’est aussi de la donnée libre accessible via des dumps ou via des demandes, des requêtes. On a une API, donc tout est accessible et tout est modifiable. Donc allez-y et dites-nous ce que vous en pensez.

Magali Garnero : Quelle est la technique qui se cache derrière ?

jums : La technique c’est du pur Javascript, des deux côtés. Node côté serveur qui sert principalement l’API et côté client du Backbone, ça fait un petit moment, c’est un framework, un ancêtre de React et des choses qui marchent bien en ce moment côté front et qui permettent de faire du full JS, alors pas de la Progressive Web App, mais presque. En tout cas on y travaille pour pouvoir faire en sorte qu’on soit conforme aux standards et à l’exigence de rapidité et de flexibilité des nouvelles applications d’aujourd’hui, malgré le fait que ça soit du Web. C’est important d’avoir un service qui puisse faire tourner toutes les requêtes qui peuvent être assez poussées du côté utilisateur pour rechercher un livre.

Magali Garnero : Ma petite dernière question : quelle est la licence que vous avez choisie et pourquoi ?

jums : Sur le logiciel, la licence c’est de l’AGPL, parce que ce sont des gens gentils les gens de l'AGPL. Côté données c’est du CC0, comme tout Wikidata, assimilé domaine public, qui permet d’être le plus ouvert possible.

Magali Garnero : Est-ce que tu as envie d’ajouter une dernière chose, à part que inventaire.io c’est super sympa et que tout le monde doit l’utiliser ?

jums : On aimerait avoir tes retours sur l’outil et comment ça se passe.

Magali Garnero : Il faut savoir que pensant la période de confinement toutes les plateformes de vente en ligne ont fermé leur stock sous prétexte que les librairies étaient fermées. J’ai fait appel à inventaire.io pour que mon stock reste accessible à mes clients. Effectivement, j’ai balancé un csv de 6000 références qu’ils ont eu la gentillesse de mettre sur leur site. Mes clients vont voir, ils vont piocher, ils trouvent des livres, ils ne trouvent pas les livres - je ne peux pas tout avoir non plus - et c’est vrai que c’est assez facile d’utilisation. La seule fonctionnalité qui manque, mais tu l’as déjà dit donc ce n’est pas la peine d’insister dessus, c’est de pouvoir classer par genre, par catégorie ou par rayon, mais je crois que vous travaillez déjà dessus. Moi je trouve ça très simple d’utilisation et j’ai hâte que d’autres l’utilisent aussi.
Moi je l’utilise à titre informatif avec un stock public, tout le monde peut y accéder, mais je ne prête pas et je ne vends pas sur la plateforme puisque je préfère que les gens viennent à la librairie. Je vois très bien ce qu’on pourrait faire ailleurs où, justement, on pourrait se prêter des livres les uns les autres. On saurait à qui on a prêté le fameux livre qu’on ne trouve pas. Tragique !
Je voulais vous remercier d’avoir mis ça en place et d’être aussi réactifs.

jums : Merci beaucoup de l’invitation à l’interview. Je précise simplement qu’on ne peut pas vendre de livres, on ne s’occupe pas de paiements.

Magali Garnero : Merci beaucoup jums pour avoir répondu à mes questions. À Bientôt.

jums : Pareillement, c’était très sympa, à bientôt.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter l’interview de jums qui est donc un des développeurs du site inventaire.io, une application web libre permettant de faire l’inventaire de ses livres, de le partager avec ses amis, groupes et même publiquement. Interview réalisée par Magali Garnero de la librairie À Livr’Ouvert à Paris dans le 11e.

[Virgule musicale]

Annonces

Nous approchons de la fin de l’émission. Je vais passer aux annonces.
Je surveille le temps pour voir combien d'annonces je peux faire.

Première annonce : du 28 au 31 mai, Debian qui est un système d’exploitation libre pour votre ordinateur, en particulier Debian GNU/Linux, on en a parlé dans l’émission du 22 janvier 2019, organise pour la première fois une DebConf en ligne, c’est-à-dire une conférence Debian en ligne du 28 au 31 mai ; c’est la première fois que Debian fait ce format. Ça s’adresse à des personnes qui veulent contribuer à Debian donc plutôt techniques. Plus d’infos sur le site debian.org. La semaine prochaine nous devrions normalement avoir Nicolas Dandrimont, développeur Debian, pour nous dire ce qui s’est passé.

Dans les news importantes récentes notamment au niveau américain et plus globalement autour des brevets. GNOME est un environnement de bureau libre pour système d’exploitation libre, donc un bureau intuitif, et en octobre 2019 la Fondation GNOME était attaquée par un patent troll. Un patent troll, ce qu’on peut appeler troll de brevets, c’est une entreprise dont le modèle économique se base uniquement sur la vente de licences et les contentieux sur les brevets. La fondation GNOME, attaquée par ce patent troll, qui s’appelle Rothschild Patent Imaging, RPI, avait décidé de répliquer en justice pour se défendre et défendre les intérêts des communautés du logiciel libre contre les abus du système de brevets. L’April avait soutenu la Fondation dans sa démarche, notamment en faisant un don au fonds de défense de GNOME. Récemment, le 20 mai 2020, la Fondation GNOME et Rothschild Patent Imaging ont annoncé que le différend avait été réglé. Réglé comment ? La Fondation GNOME a obtenu une clause de non-poursuite pour tout brevet détenu par Rothschild Patent Imaging et, de plus, l’accord prévoit que les logiciels libres sous licence Open Source Initiative ne pourront pas être poursuivis par Rothschild Patent Imaging pour l’ensemble des brevets, une centaine de brevets.
On peut sans doute considérer que cet accord est un bon accord pour GNOME et permet de neutraliser une centaine de brevets pour les logiciels libres sous licence validée par l’Open Source Initiative, mais au final la fondation GNOME considère quelque part que le brevet logiciel pour lequel RPI, Rothschild Patent Imaging attaquait est valide et incidemment tous les autres du portefeuille de brevets. Cet accord à l’amiable résout un cas particulier, la menace des brevets de RPI, alors que la contre-attaque annoncée par GNOME annoncée en octobre 2019 aurait pu donner lieu à une jurisprudence s’étendant au-delà de ce seul cas, dans un domaine où justement les jurisprudences sont rares.
C‘est une bonne nouvelle et à la fois pas une bonne nouvelle. Un peu de déception par le comportement de GNOME, on verra ce que ça donnera et j'espère que GNOME expliquera pourquoi, tout d’un coup, ils ont changé de stratégie en cours de route.

Autre annonce, il reste un tout petit peu de temps. Dans un récent rapport le Parlement européen a recommandé vivement que tout logiciel développé par l’institution, donc le Parlement européen, soit rendu public sous licence de logiciel libre et ouvert. C’est une disposition qui fait partie d’un rapport global sur le budget du Parlement européen. Signalons simplement que la formulation n’est pas du tout contraignante et surtout qu’elle est en recul avec l’article 47 du rapport du député Moraes qui avait été adopté en 2015 par le même Parlement européen. Dans cet article 47 du rapport Moraes, celui-ci appelait clairement l’Union européenne à migrer vers le logiciel libre. Ce rapport n’a eu aucun effet à notre connaissance. Ce nouveau rapport est en recul, mais espérons quand même que cela avance au fur et à mesure des années.

L’émission se termine. Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission du jour : Véronique Bonnet, Magali Garnero, Stéphane Crozat, Yann Kervran, jums.
Aux manettes de la régie aujourd’hui William Agasvari.
Merci également à Sylvain Kuntzmann, bénévole à l’April, Olivier Grieco, directeur d’antenne de la radio, qui s’occupent de la post-production des podcasts. Merci également à Quentin Gibeaux, bénévole à l’April, qui découpe le podcast complet en podcasts individuels par sujets.

Vous retrouverez sur notre site web, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm, toutes les références utiles.
N’hésitez pas également à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plus, mais aussi des points d’amélioration, toutes vos remarques et questions sont les bienvenues.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et faites également connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 2 juin 2020 à 15 heures 30. Vous retrouverez notamment mon collègue Étienne Gonnu qui sera de retour, je le salue au passage.
Nous vous souhaitons de passer une très belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi prochain et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (9 juin 2020)

ven, 06/05/2020 - 16:51
Start: 9 Juin 2020 - 15:30End: 9 Juin 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

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68e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 9 juin 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • notre sujet principal : « Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? », argument régulièrement invoqué par les adversaires des libertés en ligne. Nous en discuterons avec Christiane Féral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux, avocate spécialiste des nouvelles technologies et Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact.
  • la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April sur le thème « Naïveté, cynisme, danger. Mark Zuckerberg et Facebook », à partir de la transcription de deux épisode de l'émission Le code a changé.
  • la chronique « La pituite de Luk »

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 9 juin 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 9 juin 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

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