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L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 41 min 25 sec

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 2 juillet 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

jeu, 07/02/2020 - 15:02
Start: 2 Juillet 2020 - 17:15End: 2 Juillet 2020 - 19:30

Le groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas). Dans la période actuelle, les réunions ont lieu à distance.

La prochaine réunion du groupe de travail Sensibilisation aura lieu jeudi 2 juillet 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment.
Nous allons notamment réfléchir à la formulation de nouvelles questions pour le projet quiz enjeux de l'informatique.

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo

Quiz enjeux de l'informatique

C'est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Les questions, du type QCM ou vrai/faux, sont au cœur de l'expérience de sensibilisation dans le Jeu du Gnou (voir ci-dessous). En même temps, elles constituent une ressource de sensibilisation à part entière et pourront être utilisées et partagées dans beaucoup de contextes différents (stands, ateliers, sites web, etc.).

Le pad avec les questions déjà (ou presque) finalisées (à partir de la ligne 83).

Le pad pour proposer de nouvelles questions.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 23 juin 2020

mer, 07/01/2020 - 11:04


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 23 juin 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Véronique Bonnet - Isabelle Carrère - Joyce Markoll - Isabella Vanni - Frédéric Couchet - William Agasvari à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 23 juin 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière de l'émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet, professeur de philosophie et vice-présidente de l'April, sur le thème « Dire non à l'informatique injuste, même une seule fois, est une aide »
  2. Le réemploi informatique, le reconditionnement pour la réutilisation avec Isabelle Carrère d'Antanak et Joyce Markoll de l'Atelier Orditux Informatique
  3. Chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, sur son retour d'expérience concernant la recherche d’un outil adapté pour les projets du groupe de travail Sensibilisation
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Le réemploi informatique ou, autrement dit, le reconditionnement pour la réutilisation, ce sera le sujet principal de l’émission du jour, avec également au programme une chronique de Véronique Bonnet sur le thème « Dire non à l'informatique injuste, même une seule fois, est une aide » et aussi la chronique d’Isabella Vanni sur son retour d’expérience sur la recherche d’un outil adapté pour les projets de notre groupe de travail Sensibilisation.
Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France. En FM c’est de midi à 17 heures puis de 21 à 4 heures en semaine, du vendredi 21 heures au samedi 16 heures et le dimanche de 14 heures à 22 heures et c’est 24 heures sur 24 en DAB+ et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.

Le site web de l’April c’est april.org et vous pouvez y trouver une page consacrée à cette émission avec les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission.

Nous sommes mardi 23 juin 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

Je précise que l’émission est diffusée dans des conditions exceptionnelles suite à la situation sanitaire en France. Toutes les personnes participent depuis chez elles. D’un point de vue technique nous utilisons l’outil d’audioconférence Mumble, mais la qualité finale dépend fortement des conditions matérielles de chaque personne. Nous vous prions donc de nous excuser pour la qualité audio moins bonne par rapport à la qualité habituelle des émissions diffusées depuis le studio de la radio.

Si vous voulez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission #libreavous.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet, professeur de philosophie et vice-présidente de l'April, sur le thème « Dire non à l'informatique injuste, même une seule fois, est une aide »

Frédéric Couchet : Une lecture d’informations et de mise en perspective de la philosophie GNU, c’est la chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet, professeur de philosophie et vice-présidente de l’April.
Bonjour Véronique.

Véronique Bonnet : Bonjour Fred.

Frédéric Couchet : GNU c’est le projet fondateur du logiciel libre, le site c’est gnu.org, et le thème du jour de ta chronique est « Dire non à l'informatique injuste, même une seule fois, est une aide ».

Véronique Bonnet : En effet, c’est un texte qui a été très récemment traduit par Trad-Gnu de l’April à partir de Saying No to unjust computing even once is help. Si tu veux bien, Fred, je vais commencer par un bref détour au 6e siècle avant notre ère, en Grèce, chez un certain Pythagore. Pythagore c’est celui qui a inventé le mot, le néologisme « philosophie », parce qu’il voulait s’opposer aux sophistes qui étaient des affairistes et je dirais qu’il était libriste à sa manière puisqu’il défendait la cause de l’autonomie, de la réflexion. Il ne voulait pas du prêt à penser. Il voulait aussi bien que les mathématiciens que les philosophes se fassent des objections à eux-mêmes, s’interrogent. Voilà ce qu’il dit : « Les deux mots les plus brefs et les plus anciens, oui et non, sont ceux qui nécessitent, pour être prononcés, le plus de réflexion ». Il faut y réfléchir à deux fois avant de dire oui, avant de dire non.
C’est vrai que dans l’enfance il y a une période où on dit non à tout, pour s’affirmer, systématiquement on dit non.
En grandissant, c’est vrai que dans la vie sociale et professionnelle on a intérêt à dire plutôt oui, à devenir consentant, et c’est vrai que le bouton « Accepter » de nombreux sites fait des utilisateurs qui n’ont pas regardé ce à quoi ils s’engageaient, d’une certaine façon, ceux qui disent toujours oui.

L’informatique propriétaire voudrait nous transformer en utilisateurs consentants ou même nous ôter tout choix, faire en sorte que nous n’ayons plus notre mot à dire et on sait bien que qui ne dit mot consent.
Richard Stallman, celui qui a dit non en 1983 aux atteintes aux libertés des utilisateurs, commence dans le texte sur lequel porte la chronique par évoquer l’objectif à atteindre pour examiner ensuite des moyens. On est toujours dans le cadre que j’ai déjà évoqué de l’idéalisme pragmatique. On commence toujours par être intransigeant sur le but, l’autonomie des utilisateurs, pour ensuite se demander, dans tel contexte en particulier, comment faire avec les outils. Je lis le début du texte : « Notre but final est la liberté numérique pour tous, un monde sans logiciel privateur. »
C’est vrai que parmi les libristes il y a ceux qui se fixent le but, comme Richard Stallman, et ceux qui sont dans un refus systématique, sans compromis, de l’informatique injuste, ce qu’explique Richard Stallman : « Certains d’entre nous, qui avons fait de la campagne pour la liberté numérique notre but, rejettent tous les logiciels privateurs. »
Pour autant, est-ce qu’il faut dédaigner les efforts de ceux qui disent non à un logiciel, à un usage, pas toujours, pour commencer, pour essayer, pour voir, pour suivre les conseils que peut par exemple donner l’April ? Là, Richard Stallman fait l’hypothèse que tout rejet qui va dans un sens émancipateur est bon à prendre. Il y a un malentendu qui voudrait que ça soit tout ou rien ou encore que l’informatique libre soit à prendre ou à laisser globalement. Or, dire non de temps en temps peut être une aide. Voilà l’argumentaire : « Toutefois, en pratique, même un petit pas dans cette direction est bon à prendre. Une marche d’un millier de kilomètres est faite de nombreux pas. »
On est à la fois dans un optimisme, chaque pas a un effet, chaque fois qu’on dit non à Zoom, chaque fois qu’on dit non à un logiciel privateur alors quelque chose se passe, ne serait-ce que dans l’esprit de celui auquel on dit non parce qu’on va l’expliquer, on va dire pourquoi si on entre dans cet engrenage alors il va y avoir des effets désagréables pour nous. Et, en même temps, Richard Stallman évoque une marche d’un millier de kilomètres. Bien sûr la tâche est lourde. Si vous êtes pris dans une toile de logiciels privateurs vous cherchez sans doute un moyen d’en retirer quelques fils de votre corps. Retirer quelques fils de votre corps. Ceci impacte notre personnalité même, notre être, ce qui est le plus intime, ce qui est le plus subjectif est affecté par les logiciels privateurs. Donc il faut retirer les fils, il faut éviter que cette toile de l’araignée ne nous concerne tout entier.
C’est vrai que savoir dire qu’on ne se connectera pas avec Zoom ou Skype pour alerter les autres de cette toile de l’araignée qui noue ses fils pour s’emparer des données, c’est faire avancer l’autonomie. WhatsApp, Facebook, Slack, Google Docs peuvent faire l’objet de refus ponctuels mais qui sont déjà constructifs. Idem pour Eventbrite, Meetup et c’est vrai que parfois il y a des effets de groupe qui font que si on est le seul à dire « non, désolé, on ne pourra s’inscrire à cet événement parce qu’il faut passer par Eventbrite » ou alors si on est le seul à dire « eh bien non, on ne pourra pas assister à cette réunion parce que, pour ça, il faudrait se connecter à Zoom et qu’on n’en a aucune envie », il est important, et là c’est le texte qui continue, « d’adopter une fermeté bienveillante » parce que « les refus s’additionnent », se renforcent. Faire remarquer que tel logiciel peut avoir des effets indésirables est certainement plus compliqué que dire oui directement. Peut-être que si on a réussi à dire non, on pourra dire non une seconde fois, ce sera plus simple que de le dire la première fois.
On voit que Richard Stallman désigne ici toute une série de logiciels et de plateformes dont les noms paraissent inoffensifs et positifs pour une grande partie de la population. Ce qui veut dire que chaque non, même s’il est isolé, même si c’est pour voir ce que ça fait quand on refuse d’entrer dans ce jeu, a un effet qui est intense – déjà il peut surprendre, déjà il va y avoir quelque chose d’un peu surprenant de la part de celui qui renonce à des outils qui ont l’air si anodins, si conviviaux et si utiles – et il est certain qu’il faut mettre les formes. Par conséquent, dites à quelqu’un « merci de m’avoir invité mais ou Skype ou WhatsApp est un programme liberticide qui épie ses utilisateurs… Je veux vivre dans un monde différent, et en refusant d’utiliser ce programme aujourd’hui, je fais un pas dans ce sens. »
C’est vrai que c’est encore mieux si on peut faire une contre-proposition et c’est vrai que pendant ces mois où je faisais cours à distance à mes étudiants il m’est arrivé plusieurs fois de proposer des alternatives libres. C’est vrai que si on est capable de faire une contre-proposition, si on est capable de dire à l’autre qui nous interpelle « si je n’utilise pas Zoom, qu’est-ce que je peux faire ? », il est certain que là l’autonomie, la cause de l’autonomie, avance encore davantage. Si on est capable de dire à l’autre que si nous avions cette conversation sur un autre logiciel, je pourrais me joindre à vous, c’est un premier pas et après il y en aura un autre et puis un autre.
Dire que c’est pour respecter soi-même, c’est dire à ceux auxquels on dit non qu’on les respecte, que s’ils font comme nous alors ils se respecteront eux-mêmes encore davantage. D’où cette conclusion : « Non seulement vous aurez gagné en liberté, mais vous aurez également aidé votre communauté en lui faisant prendre conscience de cet enjeu. »
Donc allez sur le Chapril, utilisez le Mumble de l’April, le Jitsi de l’April.
Il se trouve que l’un des slogans de l’April a été Liberté je code ton nom. Fred, je ne sais pas ce que tu en penses et bien sûr tu peux me dire non, moi je dirais volontiers : liberté, dans mes pratiques et dans mes usages, en ton nom, j’essaye dans la mesure du possible, le plus souvent, de dire non à ce qui me dépossède de moi-même. Et c’est pourquoi il est bien d’avoir toujours en tête un logiciel alternatif. Se tenir tout à fait au courant de ce qui, dans le monde du logiciel libre, avance, permet des supports pédagogiques qui ne sont pas offensifs, qui ne sont pas dangereux pour nos étudiants et non seulement Liberté je code ton nom, mais, en ton nom, je n’hésite pas à dire non.

Frédéric Couchet : Véronique je suis tout à fait d’accord. C’est une belle conclusion de chronique.
Tu cites le Chapril, le site c’est chapril.org. Vous y trouverez des services libres et loyaux que vous pouvez utiliser librement. Par exemple, actuellement nous utilisons un serveur Mumble qui est un serveur d’audioconférence. Vous pouvez utiliser le même sur le Chapril si vous avez envie par exemple de faire des conférences ou simplement des discussions. Jitsi c’est de la visioconférence. On a reçu le créateur de Jitsi il y a quelques semaines dans Libre à vous !, vous retrouverez les podcasts sur causecommune.fm et sur april.org.
Tu as également cité Trad-Gnu. Trad-Gnu est un de nos groupes de travail qui traduit la philosophie GNU. Les textes qui sont en anglais sur gnu.org sont traduits en français. N’hésitez pas à rejoindre ce groupe, c’est un groupe qui est ouvert à toute personne, vous retrouverez les références sur april.org et causecommune.fm de la même façon. Nous en reparlerons la semaine prochaine lors de l’émission consacrée à l’April, la deuxième édition de « Au cœur de l’April ».
Véronique, je te remercie pour cette belle chronique qui clôt la saison 3, en tout cas pour tes chroniques et on se retrouve à la rentrée pour la saison 4 des chroniques « Partager est bon ».

Véronique Bonnet : Avec grand plaisir Fred. Très bonne journée à toi.

Frédéric Couchet : Bonne journée. Passe un bel été.
Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Grand Orrery par StellarDrone. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Grand Orrery par StellarDrone.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Grand Orrery par StellarDrone, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org et sur le site de la radio, causecommune.fm.
Je précise que StellarDrone est un compositeur originaire de Vilnius en Lituanie. Le site auboutdufil.com sur lequel on a trouvé cette musique nous dit que « cet artiste n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il a déjà composé une dizaine d’albums dans le genre depuis 2007. On pourrait qualifier son style musical de drone ambiant ou encore soundscape, sous-genre de la musique électronique », je cite auboutdufil.com. N’hésitez pas à consulter ce site pour trouver de la musique libre de qualité.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous allons passer maintenant au sujet principal.

[Virgule musicale]

Le réemploi informatique, le reconditionnement pour la réutilisation avec Isabelle Carrère d'Antanak et Joyce Markoll de l'Atelier Orditux Informatique

Frédéric Couchet : Notre sujet principal va porter sur le réemploi informatique avec nos deux invitées, Isabelle Carrère d'Antanak et Joyce Markoll de l'Atelier Orditux Informatique. Isabelle, Joyce vous êtes bien avec nous ?

Isabelle Carrère : Absolument.

Joyce Markoll : Oui, je suis là.

Frédéric Couchet : OK. Super. Je précise en introduction que Isabelle d'Antanak anime aussi des émissions sur Cause Commune, notamment Un coin quelque part, je crois que ce sont les deuxième et quatrième lundis à 14 heures, en tout cas vous trouverez évidemment toutes les informations sur le site causecommune.fm, donc Isabelle est une collègue de radio et les locaux d’Antanak sont situés juste à côté des studios de la radio même si aujourd’hui, comme je l’ai expliqué en introduction, on intervient chacun de chez soi sauf Isabelle qui est au studio exceptionnellement.
On va parler aujourd’hui de réemploi informatique. J’emploie ce terme-là même si très rapidement je pense qu’Isabelle va employer un autre terme.
Si vous souhaitez participer à notre conversation ou poser des questions, n’hésitez pas à venir sur le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton « chat », salon #libreavous.
Première question, on va commencer par Isabelle, une présentation personnelle et un petit peu de la structure en quelques mots. Isabelle Carrère.

Isabelle Carrère : Merci beaucoup Fred de cette invitation, je suis ravie d’être parmi vous aujourd’hui.
Présentation de l’association. Antanak est une petite asso qui est dans sa sixième année d’existence. Je suis vraiment très contente de ce qu’on vient d’entendre, de ce que Véronique a dit, a décrit dans sa chronique, juste avant la musique, parce que c’est un des axes vraiment très fort au moment de la création d’Antanak : j'aime l’idée de l’idéalisme pragmatique, d'une part, et la capacité à dire oui et non. La question du discernement que tout un chacun, chacune peut avoir en face des outils ou de la technologie ne peut se faire que s’il y a une vraie appropriation. L’appropriation du numérique par tous et toutes est un des axes essentiels d’Antanak, le second étant la lutte contre l’extractivisme forcené et les D3E [déchets d'équipements électriques et électroniques], on y reviendra, le tout soutenu évidemment grâce au Libre qui permet tout ça. Voilà, pour faire bref. Donc c’est une association de quartier mais qui voit venir vers elle des tas de gens de beaucoup plus loin, avec diverses activités qu’on pourra développer un peu plus tard.

Frédéric Couchet : Merci. On précise que le quartier c’est le quartier du 18e, rue Bernard Dimey, juste à côté des studios de la radio. On y reviendra.
De ton côté, Joyce Markoll, de l’Atelier Orditux Informatique.

Joyce Markoll : J’ai 61 ans, j’ai commencé à utiliser un ordinateur au quotidien à 40 ans passés. L’ordinateur m’a bien embêtée au début. J’ai mis tous les problèmes sur le compte du système. J’ai décidé de passer à Linux dont j’avais entendu dire que c’était stable, que c’était fiable, que c’était un truc pour les professionnels. Je me suis dit professionnels, je ne vois pas trop ! Un jour je me suis retrouvée dans un magasin de la presse en train d’acheter deux magazines Linux (GNU/Linux) et grâce aux communautés du logiciel libre en ligne je me suis retrouvée trois mois plus tard sous une distribution Linux. Par la suite j’en ai essayé plusieurs pour des raisons différentes, par curiosité, par goût de la découverte, pour essayer d’avoir quelque chose qui corresponde mieux à mes ordinateurs et je me suis mise à en reconstruire.
Entre temps j’ai évolué, j’ai eu des opportunités de rendre des services, des prestations de services numériques et informatiques. J’ai toujours gardé en tête que le Libre ce n’est pas juste de la sécurité, de la stabilité, ce sont aussi des gens qui s’entraident de manière spontanée et naturelle au travers de la toile et en réel. J’ai assisté à des rencontres in situ, dans un garage au début, en Bourgogne, c’était une fois par mois le dimanche. J’ai assisté à des rencontres à diverses reprises dans diverses conditions, une fois dans un écovillage. Je m’intéressais, j’avais un diplôme en bio fraîchement acquis, agriculture bio. Et puis, au fil du temps, j’ai complètement plongé dans la marmite. Il y a deux ans, après avoir été plusieurs années free-lance en portage salarial toujours dans le service informatique et numérique orienté, fortement orienté logiciel libre, je me suis installée à mon compte en 2018. J’ai pu dépanner beaucoup plus de gens, en faire passer beaucoup plus au Libre. J’ai aussi initié et cocréé l’association Linux Ariège en 2016. L’association a eu un temps où ça a bien marché. Ça s’est un peu endormi à la suite de diverses problématiques – accès facile à une salle, accès à Internet – qui ont mis beaucoup de temps à se résoudre et puis beaucoup de personnes de l’association se sont aussi retrouvées un peu trop prises par leurs activités professionnelles et personnelles. Le magasin, la boutique Atelier y a fait beaucoup pour inciter les gens à passer au Libre. Ils ont vu que ça pouvait être simple, que ça fonctionnait et c’est tout ce qu’ils veulent ; ils veulent que ce soit simple et que ça marche. C’est mon leitmotiv. Au final, quand ils s’aperçoivent que c’est simple et que ça marche, après ils posent les autres questions. Il m’est arrivé d’avoir quelqu’un qui reparte avec un PC en disant « et l’antivirus ? »

Frédéric Couchet : Joyce, je me permets de te couper. Là c’est l’introduction de présentation, on ne va pas rentrer tout de suite dans les arguments, on va y revenir après, sinon je pense que tu peux faire l’émission toute seule ce qui serait très bien, mais…

Joyce Markoll : Vas-y je t’écoute, je suis.

Frédéric Couchet : On va préciser qu'Antanak c’est dans le 18e à Paris et l’Atelier Orditux Informatique c’est à Pamiers donc au sud de Toulouse, deux régions totalement différentes.
Je vais aussi préciser que tu as souvent cité le nom Linux qui est un noyau de système d’exploitation. Nous on préfère, et la chronique de Véronique Bonnet en parle souvent, appeler le système du nom GNU/Linux parce que ça reconnaît le rôle important que joue la liberté informatique dans ce projet, dans la construction de ce système et des communautés, et ça aide le public à reconnaître l’importance pratique de ces idéaux. Je renvoie d’ailleurs à la chronique de Véronique Bonnet « L’importance d’utiliser la dénomination GNU/Linux », je crois que c’était fin avril, le 28 avril 2020. C’était juste une précision.
Maintenant on va rentrer un petit peu dans le cœur du sujet sur le réemploi informatique. Avant de parler de la partie logiciel libre qui est évidemment fondamentale pour nous, j’aimerais que vous nous expliquiez ce qu’est le réemploi informatique. Est-ce que c’est le bon terme d’ailleurs ? Quels sont les principes, quels sont les types de structures qui interviennent ? On va commencer par Isabelle Carrère. Isabelle.

Isabelle Carrère : C’est intéressant effectivement de redonner quelques définitions dans les termes parce qu’on utilise beaucoup, un peu partout, le réemploi ou bien la réutilisation et nous on parle aussi de reconditionnement et après il y a le recyclage. Ça fait beaucoup de termes tout ça.
Ce qu’on dit très souvent c’est que réutiliser ça permet, en fait, d’utiliser une deuxième fois un matériel aux mêmes fins que celles pour lesquelles il a été créé. Donc un ordinateur, si je fais un travail de reconditionnement c’est-à-dire que je le répare ou bien je change quelques pièces ou bien je change son système d’exploitation ou, etc., là je fais de la réutilisation.
Le réemploi, pour nous, ça va plutôt être d’arriver à employer à nouveau des pièces pour autre chose. D’accord ? À la limite peu importe. Ce qui est très important de voir, en tout cas ce qu’on essaye de pousser vraiment chez Antanak, c’est de dire et de promouvoir le fait que plus on arrive à réutiliser plusieurs fois de suite un ordinateur, plus on agit à la fois pour que les gens prennent conscience, toute personne puisse prendre conscience de ce qu’on n’a pas besoin d’avoir toujours le dernier appareil, dernier cri, ça dépend de l’utilisation qu’on en a. Deuxièmement, quand je parlais tout à l’heure de la lutte contre les D3E, les déchets électroniques, ça permet aussi de redonner une vie plus longue à des pièces qui, sinon, se retrouvent malheureusement dans des déchetteries à des tas d’endroits, forment des amalgames avec d’autres produits et des matériaux très rares. En fait c’est ça la vraie question, c’est d’arriver à bien connaître de quoi est fait un ordinateur, et c’est ce qu’on commence toujours par faire avec les personnes qui ont envie de suivre ces choses-là avec nous à Antanak, c’est de bien expliquer, de montrer par l’expérience, par le démontage d’une unité centrale ou d’un portable, de quoi c’est fait.

Frédéric Couchet : D’accord. Joyce est-ce que tu veux compléter sur cette partie introductive au niveau de la terminologie ou peut-être des concepts de base ?

Joyce Markoll : Je suis totalement d’accord dans les grandes lignes. L’importance de préciser que, par exemple, le recyclage c’est beaucoup plus cher sur le plan de l’écologie que le réemploi et que le reconditionnement. Rajeunir un ordinateur, rénover un ordinateur, le faire durer, c’est ce qui coûte le moins cher pour la planète, c’est aussi ce qui est le plus économique au final pour le porte-monnaie du consommateur.

Isabelle Carrère : Absolument.

Joyce Markoll : Après, au niveau du monde du reconditionnement, il faut connaître deux sites web importants qui ne sont pas si connus que ça : ordi3-0.fr qui est un site initié par un acteur du gouvernement. Ce n’est pas le gouvernement, ce n‘est pas l’État, c’est un des acteurs de l’État qui a initié cela il y a longtemps. Il y avait ordi2.0, il y a maintenant ordi3-0.fr, il y a un annuaire avec des points sur la carte de France. Cet annuaire gagnera à être encore plus fourni par le nombre de personnes qui sont donc dans le reconditionnement d’ordinateurs.
Il y a, au niveau du Web, un endroit très intéressant, planetoscope.com, où on peut lire des statistiques sur le gaspillage des ordinateurs. Les statistiques sont un petit peu anciennes, elles datent d’il y a au moins trois/quatre ans, mais c’est quand même intéressant.
Enfin, pour toutes les personnes qui, comme moi, sont installées en nom propre ou en entreprise, nous pouvons être au Commerce, nous pouvons aussi être à l’Artisanat, je suis donc aux deux, à la Chambre des métiers également. Les Chambres des métiers en France ont créé des plateformes avec également des cartographies où on peut trouver les coordonnées des personnes qui font de la réparation tous domaines confondus.

Isabelle Carrère : Joyce, du coup si je peux me permettre, si on en est à donner des adresses et des liens internet, on peut aussi citer celui qui s’appelle donordi, tout simplement, et qui permet de voir sur le territoire français notamment mais aussi ailleurs, quelles sont les structures dans lesquelles, auprès desquelles on peut se procurer, avec des moyens différents selon les modèles économiques ou pas des structures en question, des ordinateurs libérés, reconditionnés, en réutilisation et majoritairement avec des systèmes d’exploitation GNU/Linux.

Joyce Markoll : C’est donordi.fr, d, o, n, o, r, d, i point fr, c’est bien ça ?

Isabelle Carrère : C’est cela même.

Frédéric Couchet : Je vais juste vous préciser qu’on mettra toutes les références évidemment sur le site de la radio, sur causecommune.fm, pour les personnes qui ne peuvent pas noter toutes les références. En tout cas, votre échange introductif montre déjà qu’il y a différents types de structures qui interviennent sur le reconditionnement pour la réutilisation et qu’on peut trouver partout en France et même, évidemment, partout dans le monde des structures qui font du reconditionnement.
Tu voulais ajouter quelque chose Isabelle ?

Isabelle Carrère : Oui, parce que, du coup, on n’en a pas parlé, Joyce vient de parler du recyclage, pour bien expliquer là aussi. C’est important de comprendre ce qu’est le recyclage. Le recyclage c’est ce qui permet, une fois qu’on a bien séparé des matières, par exemple si j’enlève complètement tout ce qui est plastique, je le mets à part, je mets à part le métal, les objets ferreux, les autres matières, etc., là on peut recycler des matériels. Et c’est pour ça que c’est vrai, je suis d’accord avec ce que disait Joyce, c’est plus coûteux, plus cher. Beaucoup de structures, d’organismes, y compris les grandes boîtes qui s’occupent théoriquement des D3E, parfois rechignent à vraiment faire un démontage très fin, donc on se retrouve, c’est pour ça que je parlais d’amalgame tout à l’heure, avec un mélange, en fait, de choses qui ne devraient pas rester ensemble pour le recyclage ; elles ne font pas un bon tri des déchets. C’est une vraie problématique dans la suite pour le recyclage alors qu’on le fait très bien, par exemple, pour l’automobile mais ça a pris du temps, ça a pris 30 ans à se faire dans l’automobile. Ça ne fait pas encore, de manière suffisamment correcte, avec les ordinateurs, les serveurs, etc.

Joyce Markoll : Oui, c'est compliqué.

Frédéric Couchet : Avant de passer la parole à Joyce, juste préciser que D3E c’est déchets d’équipements électriques et électroniques, pour les personnes qui se poseraient la question.
Joyce, est-ce que tu veux ajouter quelque chose sur cette partie introductive, donc sur le reconditionnement ?

Joyce Markoll : Nous pouvons faire état que le site web greenit.fr fait également un énorme travail et est totalement pro-libriste. C’est important de le dire parce qu’ils ont énormément de chiffres très intéressants. Leur rôle c’est de retransmettre des chiffres, de publier de l’information sur tout ce qui permet de faire bien et mieux en matière de ré-usage, en matière de faire durer les choses quand il s’agit d’outils numériques et d’outils informatiques.

Frédéric Couchet : Je vais préciser, comme tu le dis, qu’on a eu le plaisir de recevoir Frédéric Bordage, le fondateur de Green IT. Green IT c’est un peu la communauté des acteurs et actrices du numérique responsable dans les pays francophones. On l’a reçu dans l’émission du 17 septembre 2019, justement sur le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et l’économie circulaire. Évidemment le podcast est en ligne.
Avant de passer au deuxième point, on va dire les arguments pour le public, pour la société, sur le salon web de la radio il y a une question. Évidemment vous pouvez nous rejoindre sur le salon web, vous allez sur causecommune.fm, bouton « chat » et salon #libreavous. Marie-Odile demande « ce reconditionnement, c’est ouvert à tout le monde ? Faut-il justifier de quelque chose ? ». Je suppose que Marie-Odile parle pour le grand public. Est-ce que n’importe qui peut ou est-ce que la question concerne les entreprises, je ne sais pas en fait. Vas-y Joyce. Joyce Markoll.

Joyce Markoll : Je peux répondre à ça. Quand je me suis inscrite sur ordi3.0 j’ai répondu à tout un questionnaire qui est relatif à la charte. Ce qui est notamment important pour les personnes qui donnent des ordinateurs pour que ceux-ci soient réutilisés, soient remis à neuf, c’est l’assurance pour elles que leurs données ne seront jamais récupérées, récupérables. Donc il y a une question concernant le logiciel ou les logiciels utilisés pour effacer les disques durs.

Frédéric Couchet : D’accord. J’ai récemment commandé des ordinateurs d’occasion, justement sur un site qui fait ça, Ecodair, et sur le site il est précisé qu’ils utilisent effectivement un outil spécialisé pour l’effacement des données.
Le temps avance, on va passer au deuxième point, les arguments pour le public, la société. En préparant l’émission vous m’avez parlé d’écologie, vous m’avez parlé de coûts, vous m’avez parlé de liberté. Quels sont les arguments forts pour le grand public ? Je pense vraiment à la personne qui veut utiliser ou se procurer un ordinateur ou un téléphone mobile, on reviendra tout à l’heure un petit peu sur la différence, quels sont les arguments forts pour le public ? Joyce Markoll.

Joyce Markoll : Concernant les personnes qui vont se procurer un ordinateur, il faut préciser une question : veulent-ils un ordinateur neuf ou un ordinateur d’occasion ? Si elles veulent un ordinateur neuf sous GNU/Linux, elles peuvent trouver de très bons appareils chez divers prestataires en France, chez un prestataire en Suisse, il y a du choix parmi, on va dire, peut-être quatre, cinq ou six professionnels qui sont totalement aguerris pour procurer des PC faciles à réparer soi-même, faciles à remettre en état et où le suivi des pièces est assuré pendant plusieurs années.
Quand il s’agit de matériel d’occasion, de matériel de réemploi, nous avons également des entreprises qui sont spécialisées, qui ne font que ça. Si on prend l'exemple des Ateliers du Bocage, ils peuvent avoir quelqu’un qui est formé en trois jours pour remettre en état quelque chose comme 400 ordinateurs par mois ; c’est énorme, c’est monumental !
Pour un petit atelier comme le mien, j’ai fait une statistique. Je ne fais pas que de la réparation, du réemploi et de l’installation de systèmes, je fais aussi de la formation, je reçois aussi des personnes qui viennent pour surfer sur Internet, qui se retrouvent automatiquement sous GNU/Linux – elles ne le savent même pas, elles veulent un navigateur web c’est tout – et de la démonstration, etc. Au final, sur la première année, juste moins d’une centaine d’ordinateurs qui sont partis sous GNU/Linux soit en réparation soit en revente, ça a représenté, en prenant justement les chiffres fournis par Green IT et en faisant un calcul, plus de 28 tonnes d’équivalent carbone.

Frédéric Couchet : Selon toi, l’aspect vraiment écologique, impact environnemental, est l’un des critères importants pour le public qui s’adresse à du reconditionnement du réemploi ?

Joyce Markoll : Ce n’est pas le tout premier critère. Le tout premier critère pour eux, il faut que ce soit simple et que ça marche. Le deuxième critère, il faut que ce soit économique. En matière d’informatique, ce que je peux constater avec tous les chiffres que j’ai lus, avec tous les calculs qui ont été présentés, Green IT et d’autres, c’est justement que économie rime avec écologie, ça va de pair.

Frédéric Couchet : D’accord. Isabelle, de ton côté ?

Isabelle Carrère : L’expérience qu’on a à Antanak depuis plusieurs années, c’est que, outre le fait qu’effectivement les gens s’habituent très vite à utiliser un système d’exploitation GNU/Linux ou des logiciels libres sans aucun souci, on voit que les personnes qui viennent avec une volonté soit d’avoir un nouvel ordinateur mais reconditionné, soit qui viennent nous demander de les aider à passer à autre chose avec leur propre ordinateur, s’aperçoivent vite du fait que dès lors qu’on a pu réparer quelques pièces, rajouter un peu de mémoire vive, etc., on a immédiatement une meilleure performance dès qu’on a mis un système d’exploitation libre. C’est-à-dire que là où par exemple pour Windows 10 il va falloir déjà 40 gigas, on n’a encore rien fait, mais il y a déjà 40 gigas du disque dur qui sont utilisés, alors qu’une distribution va être à un, deux, allez trois grand max pour certaines, pour les plus gourmandes. On a des choses qui sont vraiment aidantes pour le reconditionnement grâce au Libre. C‘est-à-dire que c’est un vrai argument qui est « je veux garder ma même machine – on a par exemple beaucoup de gens qui viennent comme ça – là, du coup, comment je peux faire ? C’est trop long. En fait, je ne voulais pas Windows 10, mais c’est comme si j’avais été forcé pour le mettre ». Les gens ont tous des tas d'histoires diverses et variées comme ça, sur des mises à jour un peu fallacieuses qu’ils ont faites en fait sans savoir qu’ils étaient en train de la faire et ils s’aperçoivent que, du coup, ça ne marche pas avec la machine qu’ils avaient. Donc parfois le réemploi ou la réutilisation vient de la vie des gens et de la vie de l’ordinateur. La relation d’une personne avec son ordinateur c’est vraiment un truc très intéressant qu’on voit et qu’on analyse avec des tas de gens.
Ceux qui viennent en disant déjà « je voudrais un ordinateur autrement », il y a la raison économique et ça on va y revenir parce qu’à Antanak, par exemple, on se positionne sur la chaîne du don. De la même manière que ce sont des entreprises et/ou des particuliers qui nous donnent du matériel on travaille dessus soit le noyau des membres actifs et actives de l’association, soit avec d’autres gens également, et ensuite on donne ces ordinateurs reconditionnés, réparés, etc., à des adhérents, à des adhérentes. Donc cette chaîne-là, d’un point de vue économique, est évidemment appréciable et les gens l’apprécient, mais aussi parce qu’on a tous à y gagner d’un point de vue environnemental, d’un point de l’environnement dans lequel on veut vivre demain. Est-ce qu’on veut continuer à promouvoir, en achetant du neuf, des destructions phénoménales ? Et quand je parle de nature ces sont également les hommes et femmes qui y vivent, la nature ce n’est pas que les arbres et les oiseaux, ce sont aussi les gens sur des territoires plus ou moins proches de nous ici, en France, qui sont, en quelque sorte, expulsés de leurs terres parce que ce qu’on va y faire une mine pour avoir les matériaux qui sont nécessaires pour avoir des ordinateurs neufs et très beaux et très fins et très plats et très légers, etc. C’est tout ça.
Je pense qu’il y a une vraie meilleure conscientisation là maintenant de ces événements, de ces sujets-là. Ça c’est le début de la chaîne, l’extractivisme, et à l’autre bout il y a donc les D3E, les déchets et des pièces qui se retrouvent n’importe comment ou qu’on envoie très loin de nous pour qu’elles soient démantelées parce que chez nous ça coûte trop cher.
C’est toute cette chaîne-là qu’on essaye de mettre en exergue et en pratique à Antanak, c’est-à-dire comment on fait pour que réellement on arrive à être dans d’autres usages et d’autres pratiques. Et le Libre est vraiment un atout là-dessus.

Frédéric Couchet : On va revenir justement après sur la pratique de vos structures. On va rappeler que l’extractivisme c’est l’exploitation massive des ressources de la nature.
On a bien compris, effectivement, les aspects, les arguments. J’ai juste une précision. Joyce est intervenue tout à l’heure sur les ordinateurs neufs, elle disait que c’était facile de se procurer des ordinateurs neufs avec des systèmes libres, etc. Je vais quand même rappeler que se procurer des ordinateurs avec des systèmes d'exploitation préinstallés avec du Libre c’est juste impossible aujourd’hui parce que la vente forcée existe toujours. Même si la Cour de justice de l’Union européenne a considéré que ce n’est pas une pratique abusive, déloyale, ça reste aujourd’hui très compliqué de se procurer un ordinateur préinstallé avec du logiciel libre. Les gens qui vont dans n’importe quel magasin aujourd’hui c’est préinstallé avec du Windows ou du Mac. C’était juste une précision.
On va revenir un petit peu maintenant sur vos structures. Comment vous faites en pratique et j’ai quand même cru comprendre dans vos introductions respectives que le choix du logiciel libre était un choix fondateur pour la « libération », entre guillemets, des ordinateurs et des pratiques. Joyce, est-ce que c’est le cas ?

Joyce Markoll : Oui, tout à fait. Tout ce que disait Isabelle m’a rappelé pas mal de choses dont je peux parler maintenant.
Lorsque j’ai débuté, je voyais surtout la nécessité d’avoir un ordinateur fonctionnel et qui n’ait pas des ratés pendant l’utilisation. Une fois que j’ai été sous Linux je me suis dit « ça c’est formidable, il n’y a pas de problèmes de sécurité, je ne vais pas avoir besoin de faire la chasse aux logiciels malfaisants, aux malwares, je ne vais pas avoir besoin de prendre du temps pour protéger le château et chercher les intrus qui rentrent, je vais pouvoir prendre le temps d’apprendre ». Au final, on gagne un temps phénoménal avec un ordinateur sous GNU/Linux pour plusieurs raisons. D’abord il y a beaucoup de familles de distributions. Il y a un choix qui permet d’adapter l’ordinateur et le système l’un à l’autre ainsi qu’à l’utilisateur, en fonction de ce que l’utilisateur veut faire. Je vais donner un exemple extrême : demain il y a un gars qui me dit « je produis de la musique, j’ai besoin de Cubase, mon ordinateur c’est ça et puis ça, il y a trois gigas de RAM, trois gigas de mémoire vive, un disque dur de 120 gigas, admettons, ou de 150 gigas ». Je vais dire « oui d’accord, oui mais non. Je ne peux pas intervenir dans ces conditions-là, ce n’est pas possible ». Par contre, si la personne me dit « c’est compliqué, je ne suis pas bon en informatique », je dis « vous voyez cet ordinateur, là ». On a des choix dans les systèmes GNU/Linux, on a antiX, on a Ubuntu, on a Debian, on a encore Mandriva et Mageia, on a un choix phénoménal. Tout le problème, pour l’utilisateur final, c’est qu’il n’y connaît rien et il a besoin qu’on l’aide à choisir en fonction de ce qu’il fait, en fonction de l’ordinateur qu’il a et en fonction de l’aide qu’il pourra trouver près de chez lui quand il aura ce système en main.
Quand je fais passer quelqu’un à GNU/Linux, je lui offre une heure à une heure et demie de formation avec la prestation de service. De la sorte, je suis sûre que la personne ne va pas se sentir perdue, elle va se sentir en familiarité, en confiance avec son ordinateur rénové.
Ensuite, il y a des ordinateurs pour lesquels j’ai fait un article. J’ai entre les mains un appareil, un portable Toshiba de 2008 que j’ai rajeuni, j’y ai changé la mémoire, j’y ai changé aussi le processeur et puis j’ai mis un support de stockage moderne, rapide, un SSD, grâce à quoi maintenant, avec un système super léger dedans, une dame qui n’avait plus d’ordinateur fonctionnel peut s’en servir tous les jours et elle doit revenir dans quelques jours pour entamer une série de formations car, à 70 ans passés, elle n’avait jamais vraiment touché à l’ordinateur.

Frédéric Couchet : D’accord. On comprend bien que ce que toi en tant que prestataire ce que tu « factures », entre guillemets, c’est le reconditionnement de l’ordinateur, l’installation du système et tu offres, en plus, une heure de formation gratuite pour que la personne s’y mette, et après tu peux faire des formations.

Joyce Markoll : Excuse-moi de t’interrompre. En fait, dans ce cas-là, l’ordinateur je l’avais eu gratuitement, j’ai fait des frais dessus et je l’ai vendu. Cette dame était intéressée, je lui ai fait essayer, elle l’a trouvé bien, donc j’ai vendu ça à un prix très raisonnable puisque j’avais changé le processeur, etc., et, au final, elle est repartie très contente. J’ai vendu l’ordinateur mais, en fait, je me suis payée, j’ai payé les services que j’ai mis dessus comme si on me l’avait apporté, comme si on me l’avait confié pour le remettre en état.
Mais c’est pareil : que la personne achète un ordinateur sous GNU/Linux ou qu’elle le fasse passer à GNU/Linux, j’offre systématiquement un cours pour que la personne puisse commencer avec. Ce cours comportera des informations telles que comment on installe un programme, comment on met à jour, comment on désinstalle un programme, comment on range ses fichiers, comment on s’y retrouve, comment on trouve des choses dans les menus. Si les menus c’est trop compliqué, ça arrive, eh bien je vais lui mettre des lanceurs rapides sur le tableau de bord ou, si elle veut vraiment des icônes sur le bureau, elle aura des icônes sur le bureau. Tout ce qui fait que la personne va pouvoir s’en sortir au quotidien sans se sentir prise en défaut.

Frédéric Couchet : D’accord. Parfait. C’est tout à fait compréhensible.
De ton côté à Antanak, comment ça fonctionne avec le public qui vient te voir pour se faire reconditionner un ordinateur ou acheter ? Comment ça se passe ?

Isabelle Carrère : On est assez proches, en fait. En écoutant Joyce je me dis que ce sont à peu près les mêmes choses que nous faisons, en tout cas nous avons une base commune d’activité, avec la grosse différence qu’on n’a pas l’axe économique puisqu’Antanak ne vend rien. Pour le moment, en tout cas, on n’est pas du tout sur un modèle économique, il n’y a pas d’argent entre nous à part une cotisation des membres comme pour toute association, bien sûr. Pour être dans cette logique-là il faut adhérer à l’association, mais l’adhésion est libre et on n’a jamais dit à quelqu’un « non, tu ne pourras pas avoir d’ordi parce que tu n’as pas d’argent pour le faire ». Les gens font ce qu’ils peuvent.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’on est là-dedans aussi, c’est-à-dire qu’on a, d’une part, ouvert une salle qu’on a appelée la salle OLAA, Ordinateur en Libre Accès Accompagné, dans laquelle nous avons mis une douzaine de postes. N’importe qui peut venir et utiliser. Chaque poste a une distribution différente, je ne vais pas les citer à nouveau puisque Joyce l’a fait tout à l’heure, chaque poste est différent de manière à ce que la personne qui vient se rende compte que même si elle va sur ce poste-là ou plutôt sur l’autre, etc., elle ne va pas être perdue, elle va retrouver majoritairement des icônes qu’au bout d’un moment elle va connaître, donc il n’y a plus l’angoisse de « oh là, là, je ne retrouve pas les choses que j’avais déjà vues une fois en formation ». Non, pas du tout. En fait, les gens s’y retrouvent très bien. On a beaucoup de public qui n’avait jamais utilisé un ordinateur et pour qui c’est la première fois et pas simplement à 70 ans, on a des tas de gens qui viennent et qui étaient éloignés du numérique, comme disent les politiques. Donc ça c’est une première chose.
On a des permanences d’écrivains publics. Ça n’a rien à voir avec notre sujet mais juste pour dire que ça permet aussi une entrée. C’est-à-dire que quand on vient d’abord pour être aidé, pour faire une actualisation Pôle emploi ou pour faire une démarche administrative des impôts ou pour la préfecture ou que sais-je, on passe par là et, petit à petit, la fois d’après on revient, peut-être qu’on va faire soi-même les choses, et voilà. On accompagne aussi les gens sur une trajectoire puisqu’un des objectifs de l’appropriation numérique est là, il est aussi de pouvoir faire les choses soi-même en se sentant autonome, en ne se sentant pas complètement perdu. Et puis on fait des ateliers, des formations, des ateliers de partage et d’entraide, un truc qu’on a appelé le chemin numérique où on commence par proposer aux gens de venir d’abord démonter un ordinateur et puis on va le remonter, ça va marcher, on va faire ça ensemble. Le tout toujours dans une optique d’entraide et de partage avec les principes qui sont ceux du Libre et les nôtres aussi. Ça ce sont les activités historiques en fait.

Joyce Markoll : Isabelle, pardon je voudrais parler à Isabelle. Vous agissez dans votre association pour l’inclusion numérique. Je me suis inscrite à un endroit qui ne m’a rien apporté pour l’instant mais j’y suis et j’y reste, ça pourrait vous intéresser aussi, cela ça se nomme aptic.fr, a, p, t, i, c point fr comme aptitude pour les technologies de l’information et de la communication.

Isabelle Carrère : Je vois ce que c’est, Joyce.

Joyce Markoll : En deux mots, vite fait, APTIC n’a pas encore suffisamment d’informations sur les logiciels libres et, bien entendu, c’est un message pour peut-être plus tard communiquer avec eux sur des questions autour du Libre, faire un peu plus la part belle au Libre dans leur questionnaire d’introduction. Quand on s’inscrit on répond à, je ne sais pas, peut-être 200 questions. J’ai dû répondre non à un tas de questions qui concernaient des logiciels non-libres alors que je connais leur équivalent en Libre qui n’étaient pas cités. Ça m’a un petit peu frustrée.

Isabelle Carrère : Je comprends Joyce, mais tu vois, déjà pour moi le terme « inclusion numérique » ! Je sais qu’on nous met beaucoup dans cette affaire-là et on nous met dans ce grand mot valise dont personnellement je me méfie comme de la peste. On ne se vit pas, à Antanak en tout cas, comme des véhicules pour faire de l’inclusion numérique et pour forcer encore plus que ne le font déjà les politiques et autres institutions à ce que tout le monde soit tout le temps sur le numérique et que c’est vachement bien, c’est super, il faut y aller. On n’est pas là-dedans. On est vraiment sur la question que les gens arrivent à le faire avec discernement. Justement, qu’est-ce qu’on essaie de faire ? Il y a d’une part les injonctions. On essaie de dire aux gens « OK ! Vous êtes obligé pour les impôts maintenant. D’accord, on va faire ça ». Mais ensuite, sachons ce que nous faisons, choisissons ce que nous voulons faire, choisissons là où on dit oui, là où on dit non, pour revenir à ce que disait Véronique. Notre idée est vraiment de donner un maximum, de soutenir un maximum de recherche sur le discernement qu’on peut avoir en utilisant tel GAFAM ou tel site ou telle façon de faire, telle pratique.
Donc inclusion numérique, pff !, oui mais non ! Je ne dis pas toujours non. Quand il s’agit effectivement d’aller chercher une subvention quelque part pour nous aider sur un projet, OK, on va dire que oui. Mais là, entre nous, à Cause Commune, je vais dire que ce n’est pas notre terme de prédilection.

Joyce Markoll : La terminologie c’est une chose, par contre l’objectif de faire passer les gens au Libre en leur en montrant les avantages aussi sur le plan de la pérennité des données, aussi sur le plan de la préservation de la vie privée, sur tous ces plans-là, je pense que c’est quand même un message à faire passer à des entreprises comme APTIC qui sont soutenues par l’État depuis 2015 je crois, parce que, en passant par eux, en passant aussi par lesbonsclics.fr, on permet à l’information de traverser de manière horizontale.

Isabelle Carrère : Bien sûr. Je te rejoins.

Joyce Markoll : Est-ce que je peux prendre la parole ?

Frédéric Couchet : En fait, depuis trois minutes j’essaye de prendre la parole pour dire qu’on va faire une pause musicale pour permettre aux gens de respirer.

Joyce Markoll : On est obligé ?

Isabelle Carrère : Oui. Il faut que les gens respirent.

Frédéric Couchet : On est obligé. Si tu ne veux pas faire de pause musicale, si tu veux tu peux aussi raccrocher et revenir un autre jour, je n’en sais rien. À la radio, les gens ont aussi besoin de pauses éventuellement pour bien assimiler ce qui est dit. On reviendra sur ce sujet.

Joyce Markoll : On reprend dans combien de minutes à peu près ?

Frédéric Couchet : Tu écoutes la pause musicale et tu verras.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : On va écouter The rest of the world par The Imaginary Suitcase. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : The rest of the world par The Imaginary Suitcase.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter The rest of the world par The Imaginary Suitcase, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio causecommune.fm.
Je précise que The Imaginary Suitcase c’est Laurent Leemans, un artiste belge que nous avons reçu dans l’émission Libre à vous ! du 21 avril 2020. C’est l’ancien chanteur du groupe Ceilí Moss duquel nous avons diffusé de la musique libre. Je vous invite à écouter le podcast. J’entends énormément de bruit dans le casque, j’espère que ce n’est pas diffusé à l’antenne.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous discutions avec Isabelle Carrère d’Antanak et Joyce Markoll de l’Atelier Orditux Informatique, je vais d’ailleurs indiquer les sites web. Antanak c’est antanak.com avec un « k » à un Antanak et Orditux c’est orditux.org. Nous parlons de reconditionnement informatique pour la réutilisation.
Juste avant la pause il y avait une discussion entre Joyce et Isabelle. Je crois, Joyce, que tu voulais poursuivre. Vas-y.

Joyce Markoll : Il y a longtemps de ça, ce que je voulais au départ, c’est que ce soit simple et que ça marche. Ensuite, quelques années plus tard, je me suis retrouvée avec des personnes qui voulaient aussi la même chose mais qui ne savaient pas trop comment. Par la suite je me suis rendu compte que ce que je voulais et ce que j’avais ça marchait aussi pour d’autres. J’ai commencé en 2009 à apprendre à reconstruire des systèmes. En 2011 ça a mené à la création d’un site collaboratif qui se nomme, pardon pour le GNU qui est manquant, linuxvillage.org. Sur ce site on peut trouver les entrées vers un forum, vers des téléchargements, vers de la documentation. Je contribue par la reconstruction de systèmes en les rendant plus légers pour les ordinateurs tout en les conservant simples. J’avais découvert que léger ça existait mais ce n’était pas simple, du moins moi je trouvais, à mon niveau, que ça n’était pas simple à l’époque. Facile, je trouvais que ça existait mais que ce n’était pas léger pour les ordinateurs. J’ai voulu que ce soit les deux, ça a donné une recette Bento Openbox et Bento Openbox c’est simple et c’est rapide. Tout le monde peut se procurer les versions à partir du téléchargement. L’intérêt que tout le monde puisse se le procurer c’est que les associations peuvent l’avoir, les particuliers peuvent l’avoir, toutes les personnes qui souhaitent le tester et l’utiliser peuvent l’avoir et c’est largement diffusé maintenant.

Frédéric Couchet : OK. Merci Joyce. Vas-y Isabelle.

Isabelle Carrère : Je voulais réagir parce que ce que dit là Joyce c’est génial, à condition que les gens soient déjà dans l’optique d’aller chercher et de savoir ce qu’ils vont chercher, là, sur le Libre. En fait, ce sont des gens qui sont déjà peu ou prou engagés dans cette démarche et/ou qui s’interrogent.

Joyce Markoll : Tout à fait.

Isabelle Carrère : Du coup, ce que j’ai trouvé très intéressant dans la période que nous venons de vivre, c’est que nous avons à Antanak, en un mois et demi, deux mois, donné presque autant d’ordinateurs qu’en une année « grâce », entre guillemets, au fait que la continuité pédagogique aidant, tous les enseignants et l’Éducation nationale, etc., ont demandé à chaque enfant, chaque jeune, chaque étudiant, d’avoir un ordinateur et bien sûr une caméra pour pouvoir suivre les choses. Du coup, ils se sont retrouvés tous à dire que oui, bien sûr ça allait marcher très bien sauf qu’il y avait un manque d’équipement phénoménal. Pourquoi je dis ça maintenant ? C’est qu’avec nos petits ordinateurs reconditionnés, avec dessus une distribution libre, nous avons pu « inonder » entre guillemets – pour répondre à ce que tu disais tout à l’heure Joyce, il faut faire connaître, etc. – nous, à Antanak, on est assez pragmatiques et là on a été très contents en fait d’inonder les familles, notamment dans le 18e arrondissement mais aussi au-delà, d’ordinateurs, de postes qui sont libres. Quand les gens venaient chercher l’ordinateur qu’on leur donnait, on passait une petite demi-heure à expliquer, je raconte l’histoire des trois frères, il y avait Apple, il y avait Microsoft et puis il y avait les autres et voilà. Donc on raconte, on explique, on démontre et là les gens accrochent tout de suite, il n’y a pas de souci. On n’a pas eu de retours, on a eu quelques personnes qui ont dit : « Ça comment ça marche ? Je n’ai pas compris. – Très bien. – On me demande vraiment d’utiliser Zoom, est-ce qu’on peut ? – Oui, tu peux. – D’accord, OK. », mais on n’a pas eu de refus, on n’a pas eu de « non, ça ne marche pas », on n’a pas eu tout ça parce que c’est simple, en fait c’est simple maintenant. Je te rejoins, il y a eu une époque où c’était peut-être moins simple, où il n’y avait pas toutes les interfaces graphiques que nous avons maintenant et on a pu penser, à une époque, que c’était simplement pour des libristes ou simplement pour des geeks ou simplement des informaticiens, des informaticiennes, ça n’est plus le cas. Je pense qu’on est maintenant sur un autre terrain sur lequel on peut se battre, il faut y aller !

Frédéric Couchet : Joyce, je pourrais poser une question ? Après tout je peux vous laisser aussi. Il n’y a pas de problème !
Je vous ai signalé qu’il nous restait dix minutes il y a déjà deux minutes, donc le temps file, il y a des sujets qu’on n’a pas encore abordés. Je voulais revenir par rapport à ce que tu venais de dire Isabelle, et la question est pour vous deux. En introduction, je ne sais plus quel terme tu as employé, mais les problématiques des personnes qui, en fait, ne savaient pas utiliser un ordinateur, ce qu’on appelle l’illettrisme numérique, et ma question à toutes les deux est : est-ce que c’est quelque chose qui est vraiment répandu aujourd’hui dans le public que vous voyez, et comment, concrètement, vous faites pour traiter cette question-là ? Isabelle et ensuite Joyce.

Isabelle Carrère : C’est effectivement très répandu et pas simplement parce qu’on est là dans un quartier dit populaire, politique de la ville, etc., au Nord de Paris. Je vois bien qu’il y a des tas de gens qui viennent de partout et, même à d’autres endroits, on se retrouve avec les mêmes situations quand on parle avec d’autres associations ou d’autres gens qui travaillent un peu de la même façon que nous. Oui, il y a beaucoup de gens qui sont éloignés. Pourquoi ? On va dire « tout le monde a un téléphone ». Oui, beaucoup de gens, une majorité de gens a maintenant même un smartphone. Sauf qu’utiliser un smartphone et utiliser un ordinateur, ce n’est pas pareil ! On croit, on fait croire aux gens que c’est pareil parce qu’on essaye de mixer un peu les applications et puis on te fait une application qui est pareille sur le téléphone et sur l’ordi mais en fait ce n’est pas vrai, ce n’est pas la même chose, ce n’est pas la même relation physique et il y a des tas de gens qui, en plus, « se sont faits », entre guillemets, installer des trucs sur un téléphone sans maîtriser. Ça, c’est ce sur quoi on essaye vraiment de lutter, on continue de lutter là-dessus. Il y a une assistante sociale, un jour, quelque part, qui a installé, qui a ouvert une boite mail pour une personne, en lieu et place. La personne n’a même pas son mot de passe, peut-être même que l’assistante sociale ne l’a plus parce que sur le téléphone ce n’est pas grave, c’est tout le temps ouvert ! D'accord ? Le Wifi aussi est tout le temps ouvert, la géolocalisation aussi et puis et j’en passe et des meilleures ! Tout ce qu’on essaie de faire, grâce aussi à l’ordinateur, c’est de remontrer les chemins par lesquels c’est passé et de faire en sorte que les gens se réapproprient leur machin et puissent dire oui ou non à telle ou telle chose. Mais oui, l’illettrisme numérique existe, bien sûr.

Frédéric Couchet : Joyce, de ton côté ?

Joyce Markoll : C’est une vaste problématique. Le monde, dans son ensemble, n’a pas eu le temps de s’habituer, de s’adapter. Tout un chacun et chacune depuis 20, 30 ans ou 40 ans est surbooké·e, c’est la maladie du siècle. On veut toujours en mettre plus dans la liste des choses à faire, le boulot, la famille, les sorties et puis faire du boulot dans la maison et puis bricoler et faire un deuxième job si on peut. Avec tout ça, beaucoup d’utilisateurs, même qui emploient l’ordinateur déjà depuis plusieurs années, n’ont pas encore trouvé la différence entre le clic gauche et le clic droit. J’ai eu la chance, quand j’ai commencé à 40 ans passés, de tomber au bon endroit où c’est la première chose qu’on m’a montrée, du coup je croyais que tout le monde avait appris la même chose, ce qui n’est pas le cas. La majeure partie des individus ne sait pas se servir de plus de deux à trois doigts, quatre doigts peut-être, pour saisir un message ou faire une lettre avec le clavier. Finalement, tout part des bases qui sont manquantes. Dans un lieu pour apprendre l’informatique, on vous montre une fenêtre, on vous montre à enregistrer un fichier, on vous montre Word, Excel, donc vous croyez que vous faites un fichier Word, vous croyez que vous faites un fichier Excel, alors que vous pourriez utiliser n’importe quel traitement de texte ce serait la même chose. Les gens n’ont pas appris sur un principe, ils ont appris sur des recettes et ça c’est bien dommage.

Isabelle Carrère : Des recettes et des marques. Effectivement, le nombre de gens qui viennent en disant « il faut que je fasse un texte en Word ». Je dis « de quoi tu me parles ? » Et on apprend le terme de traitement de texte et après on va pouvoir parler d’un tableur, etc. Oui, c’est ça !

Frédéric Couchet : OK. Vas-y Joyce.

Joyce Markoll : Je voulais revenir sur ce que j’ai dit tout à l’heure. Isabelle a raison de dire qu’aujourd’hui il y a beaucoup d’interfaces graphiques et que c’est facile. Vous prenez un bureau simple comme on a chez Ubuntu avec Lubuntu ou dans d’autres distributions avec le bureau LXDE, c’est simple, c’est rapide. Ce que j’ai fait ça va plus loin, donc je vous invite à l’essayer.

Frédéric Couchet : OK. Merci. Le temps file, il va falloir passer à notre sujet d’après. Si, en une minute et 30 secondes, vous avez des annonces à faire ou simplement des projets à annoncer, allez-y. Vas-y Isabelle.

Isabelle Carrère : Oui. Je voulais quand même dire un truc. On a l’air de dire que notre monde est vachement beau et que tout ce qu’on fait à Antanak marche bien. C’est vrai, mais en même temps le sujet de base, celui que tu avais choisi pour nous inviter, c’était la question du reconditionnement, donc une partie très matérielle en fait. Je voulais juste dire un truc c’est que le frein majeur au développement de cela, et les difficultés que nous pouvons avoir, du coup ça fait aussi un appel pour les gens, les auditeurs et auditrices qui peut-être nous écoutent là, c’est « il nous manque du matériel ». C’est-à-dire que si vous connaissez une entreprise qui n’a pas encore un contrat, une convention déjà passée avec les gros, Emmaüs Connect ou Artisans sans Frontières ou autres, il y a plusieurs grosses structures comme ça qui récupèrent du matériel, on est preneurs, on est demandeurs. Pour le moment ce sont les PME, PMI de Paris ou d’Île-de-France qui nous donnent leur matériel pour qu’on puisse le reconditionner et le donner pour une nouvelle utilisation, ou des particuliers. Il nous manque du matériel. On doit encore avoir une liste de presque 100 personnes, là où on est, qui nous ont fait une demande d’un ordinateur portable avec une caméra et nous n’en avons quasi plus. On a tout donné, on a relancé des structures [un peu partout, mais pour le moment on n'a pas assez de retours, Note de l'orateur]. Oui, c’est une annonce que je peux faire, effectivement une demande !

Frédéric Couchet : Donc annonce passée, c’était Isabelle Carrère d’Antanak. Joyce, en 30 secondes, si tu veux ajouter quelque chose.

Joyce Markoll : Je suis en train de préparer un nouveau projet qui est issu du confinement et qui est issu d’autres choses, de mes expériences. Ce projet va consister à proposer en ligne et par formation et par cooptation et par bouche à oreille par la suite un kit modulaire pour que chacun et chacune, même sans connaissances techniques, puisse remettre en état son ordinateur soi-même. Il aura entre les mains tout ce qu’il faut en premier module pour pouvoir faire le diagnostic même sans rien y connaître, c’est un travail qui est en cours de route, qui est presque prêt. Le deuxième module ce seront des ensembles qui seront déjà prêts à l’emploi pour brancher et démarrer sur l’ordinateur, pas juste des clefs USB, mais ça ira beaucoup plus loin, avec un petit manuel papier pour qu’une personne qui sait lire puisse le faire, qu’une personne qui sait même lire et utiliser un tournevis n’ait pas peur de remplacer ce qu’elle a dans l’ordinateur par une autre chose qui sera prête à l’emploi.

Frédéric Couchet : OK. Merci.
C’était Isabelle Carrère d’Antanak, antanak.com, et Joyce Markoll de l’Atelier Orditux Informatique, orditux.org. Je rappelle qu’Isabelle anime également une émission sur Cause Commune, Un coin quelque part, vous retrouverez les podcasts sur causecommune.fm.
Merci à vous et passez une belle fin de journée.

Isabelle Carrère : Merci à toi Fred. Merci pour cette opportunité et merci à l’April.

Joyce Markoll : Merci beaucoup Fred.

Frédéric Couchet : Nous allons faire une petite pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Lovers lane par Sucrepop. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Lovers lane par Sucrepop.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Lovers lane par Sucrepop, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA. Cette musique douce fait beaucoup de bien. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, sur son retour d'expérience concernant la recherche d’un outil adapté pour les projets du groupe de travail Sensibilisation

Frédéric Couchet : Nous allons parler avec ma collègue Isabella Vanni qui est coordinatrice vie associative et responsable projets à l’April de son retour d’expérience sur la recherche d’un outil adapté pour les projets du groupe de travail Sensibilisation de l’April.
Bonjour Isabella, je te passe la parole.

Isabella Vanni : Bonjour à tout le monde.
Je prends la parole et bien sûr, Fred, tu m’interromps, tu me poses des questions.

Frédéric Couchet : Tu as vu, je suis très fort pour interrompre les gens. Vas-y Isabella, raconte-nous un petit peu ce retour d’expérience.

Isabella Vanni : C’est vrai. En fait, historiquement on va dire, dans le groupe de travail Sensibilisation, on a l’habitude d’utiliser un outil qui s’appelle Etherpad. Il s’agit d’un éditeur de texte collaboratif. En gros, c’est une page web, on peut s’y connecter depuis son navigateur et dès qu’on arrive sur la page, on peut directement taper dedans. La seule manipulation qu’on demande à la personne qui souhaite contribuer à ces pages collaboratives c’est de préciser son nom ou son pseudonyme, ce qui permet, en fait, d’identifier facilement qui écrit, parce que chaque personne connectée est identifiée par une couleur différente. C’est la seule manip qu’on demande. Pourquoi ? Parce que, si on n’écrit pas son pseudo, eh bien ce qu’on écrit c’est en fait anonyme. Mettons qu’il y ait une bonne idée qu’on veut approfondir ou alors mettons qu’on ait besoin d’une source ou d’une référence qui n’est pas présente dans la page, si on ne sait pas qui a écrit c’est un peu dommage parce qu’on ne peut pas solliciter la personne ultérieurement. Normalement c’est tout. Après, il faut juste utiliser son clavier et apporter ses contributions.

Frédéric Couchet : C’est simple en fait ! Où est le problème Isabella ?

Isabella Vanni : L’utilisation de l’outil, on a dit le nom de ce logiciel libre qui est Etherpad, quand on ouvre une page en fait on l’appelle pad. Je ne sais pas si vous avez déjà entendu « ouvre ce pad », « je ne trouve plus le lien du pad ! ». Quand on dit « pad », c’est vraiment la page qu’on ouvre grâce à ce logiciel. On peut aussi parler de bloc-notes pour utiliser un terme alternatif.
L’utilisation, telle que je l’ai décrite, parait plutôt simple. En fait, ça se complique dans le cas d’un document particulièrement long, un document qui va prendre plusieurs lignes.
Ce qui est intéressant dans le pad, dans la page qui est crée grâce à l’Etherpad, c’est que chaque ligne est numérotée ce qui est très pratique parce que, comme ça, on peut dire aux personnes qui contribuent à un projet « j’ai mis une modification, va voir à la ligne, je ne sais pas, 37 ». On peut facilement indiquer où aller dans le pad.
Il se trouve que, à présent, le groupe de travail Sensibilisation travaille sur deux projets : le quiz Enjeux de l’informatique et le jeu coopératif Jeu du Gnou, qui utilisent tous les deux des pads longs, mais longs c’est un euphémisme, ce sont vraiment des pads avec beaucoup de lignes, on dépasse largement les 1000 lignes, voire plus. Ce qui se passe c’est qu’une personne qui souhaiterait contribuer et qui arrive sur ce pad, elle est un peu perdue parce que l'Etherpad, le logiciel qu’on utilise aujourd’hui premet, en fait, une mise en forme très basique. C’est-à-dire qu’il est possible de mettre un texte en gras ou en italique, il est possible aussi d’utiliser des titres, mais on ne peut pas faire beaucoup plus. Ce que je veux dire c’est que, même si écrire dans un pad est facile, naviguer dans le pad tel qu’on le connaît aujourd’hui, ce n’est pas du tout évident. Je m’en suis rendu compte en fait quand j’ai sollicité des personnes pour participer à nos projets, suite à des ateliers par exemple du Jeu du Gnou – on a fait des ateliers notamment lors d’une Ubuntu Party à Paris en novembre 2019, l’Ubuntu Party est un évènement organisé par Ubuntu-fr, la distribution GNU/Linux Ubuntu – j’avais des personnes très enthousiastes pour ce jeu, qui avaient envie de contribuer, qui m’ont dit « écrivez-moi, j’ai envie de faire ma part, d’apporter ma pierre à l’édifice ». Une fois envoyé le lien du pad, je n’ai plus vu personne. Du coup je me suis posé une question, je me suis dit peut-être qu’on utilise un outil et, nous qui l’utilisons tous les jours, même assez régulièrement, on ne se rend pas compte que ce n’est pas si évident que ça finalement pour les autres. Donc j’ai demandé un peu de retours d’expérience à des personnes qui ne connaissaient pas nos documents de travail actuels. Comme vous le savez j’aime bien lire les citations parce que c’est plus parlant, j’ai noté : « Pour l’instant, c’est effectivement le volume du projet avec des liens partout qui me fait un peu peur ». Voilà une personne qui a décidé de ne pas contribuer et elle a donné ses raisons. Ou bien « j’avoue que je n’ai rien compris sur le pad classique », ou encore « il est difficile de passer d’une section à l’autre du pad. » Voilà. J’ai eu ma réponse. Ou bien, j’ai eu une confirmation : quand c’est trop long et quand il y a des liens partout, l’Etherpad classique on va dire, la version qu’on utilise aujourd’hui à l’April, n’est pas l’outil le plus adapté pour attirer de nouvelles personnes contributrices.
Donc je me suis demandé qu’est-ce qu’on peut faire ?
Déjà voir s’il y a d’autres outils qui peuvent répondre à nos besoins, voire, éventuellement, faire évoluer l’outil qu’on a aujourd’hui en sachant que les besoins qu’on a identifiés sont la facilité d’utilisation, comme je disais tout au début, la facilité de navigation, c’est-à-dire la possibilité de retrouver l’information facilement, que les personnes ne soient pas frustrées et qu’elles restent sur le pad et aussi une mise en forme agréable. Les personnes, aujourd’hui, sont habituées à aller sur le Web, à voir des jolies pages avec une jolie mise en forme, avec beaucoup d’images, et c’est vrai que la version actuelle du pad de l’April peut être vue comme un peu brute, on va dire un peu tristounette. Si on veut attirer de nouvelles personnes contributrices, il faut agir aussi là-dessus.
Grace à l’aide de personnes du groupe de travail Sensibilisation, mais pas que, j’ai sollicité d’autres membres actifs et actives de l’April qui m’ont donné des billes, de possibles outils alternatifs, notamment CodiMD et CryptPad. Les deux sont des éditeurs de texte collaboratif. Grâce à ces retours j’ai créé un comparatif pour avoir les idées un peu plus claires. Je pense que finalement la solution la plus simple sera celle de garder Etherpad. Une version plus récente d’Etherpad est récemment sortie ce qui permettra, normalement, une meilleure navigation, notamment parce qu’il y aura la possibilité de mettre des liens hypertextes et j’espère aussi des ancres.
Il est peut-être utile d’expliquer ce qu’est une ancre.

Frédéric Couchet : Vas-y.

Isabella Vanni : C’est un truc génial, je vais vous expliquer, c’est très simple, c’est juste le mot qui est spécifique. Vous pouvez mettre des liens hypertextes, c’est-à-dire que sur une page web vous pouvez intégrer un lien dans un texte de façon à ce que, quand vous cliquez dessus, une autre page web s’ouvre. L’ancre, en fait ça marche à peu près de la même façon, sauf qu’au lieu de mettre le lien à une autre page web, vous mettez le lien à un lieu précis dans la même page. En gros, l’ancre c’est comme si je mettais un marque-page dans un document et après je mets un lien qui me permet, si je clique dessus, d’arriver directement dans le lieu que j’avais indiqué précédemment. Tout ça pour dire que ça permet vraiment de faciliter énormément la navigation.
J’espère qu’il y aura aussi la possibilité d’ajouter une table des matières. Je n’ai pas encore vu si la nouvelle version d’Etherpad la contient déjà par défaut.
Ce qui est vraiment intéressant avec Etherpad, c’est que c’est un logiciel qui est très utilisé, qui plaît beaucoup, du coup il y a énormément de personnes qui contribuent. J’ai vu qu’il y a plus de 270 plugins, c’est-à-dire de fonctionnalités complémentaires qu’on peut, en fait, installer pour ajouter des fonctionnalités, donc pour personnaliser, on va dire pour augmenter les performances de son pad. Du coup j’espère qu’il y aura la table des matières intégrée dans la nouvelle version ou bien qu’on pourra l’ajouter par le biais d’un plugin.
J’ai beaucoup parlé. Peut-être que tu as une question pour moi.

Frédéric Couchet : Je n’ai pas de question parce que ça me paraît très clair. Je vais juste préciser que le lien pour les références de ton comparatif est sur le site april.org et sur le site causecommune.fm. Je vais aussi préciser, on en a déjà parlé la semaine dernière mais on en reparlera la semaine prochaine dans les émissions « Au cœur de l’April », notre organisation concernant les émissions Libre à vous ! se fait de façon publique justement sur des blocs-notes. Il y a deux bloc-notes principaux, je viens de vérifier, ils font chacun 1200 lignes. Il y en a un uniquement sur les musiques et l’autre sur l’organisation générale. En plus on a des pages wiki où on formalise un peu plus la documentation.
On espère effectivement, comme tu viens de dire, qu’avec la nouvelle version d’Etherpad, avec une table des matières et avec des ancres, c’est-à-dire la possibilité de faire de liens d’un endroit à l’autre dans la même page, ça permettra effectivement de faciliter la contribution parce que, ce qui est le plus important évidemment pour nous, c’est de faciliter la contribution de personnes extérieures, ne serait-ce que, par exemple, pour proposer des musiques libres.
Dernier point : les personnes qui voudraient tester le pad actuel peuvent aller sur le site chapril.org, dont on a parlé tout à l’heure, notre site qui propose des services libres et loyaux dont un bloc-notes.
Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose ?

Isabella Vanni : Non. Je pense qu’on a tout dit. Je serais ravie que cette recherche que j’ai faite pour le groupe Sensibilisation puisse servir à d’autres projets au sein de l’April.

Frédéric Couchet : Super. On va préciser que toute personne est la bienvenue au sein du groupe Sensibilisation de l’April. Vous allez sur april.org et vous pouvez rejoindre la liste de discussion.
C’était la chronique de ma collègue Isabella Vanni qui est coordinatrice vie associative et responsable projets à l’April.
Bonne fin de journée Isabella.

Isabella Vanni : Merci. Bonne fin de journée à vous aussi.

Frédéric Couchet : Nous approchons de la fin de l’émission, nous allons terminer par quelques annonces. Je regarde le temps qui me reste. On y va.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : D’abord un rappel aux membres de l’April. Nous organisons notre AG, assemblée générale décentralisée, ce samedi 27 juin 2020 à 14 heures. Toutes les informations utiles sont disponibles dans votre espace membre. Évidemment, suite à la condition sanitaire en France en mars 2020 nous n’avons pas pu organiser notre assemblée générale donc elle a lieu ce samedi mais en mode décentralisé.
La fin de la saison 3 de Libre à vous ! approche ; avant la pause estivale nous sommes en période de bilan, de préparation de la saison 4. N’hésitez pas à contribuer. On vient juste de parler de bloc-notes. Vous pouvez aller voir sur le bloc-notes de 1200 lignes, mais vous n’allez peut-être pas vouloir contribuer ! N’hésitez pas à nous envoyer tout simplement un courriel ou à nous contacter sur le salon web de la radio. On a besoin de vos retours. Expliquez-nous ce qui vous plaît dans l’émission, les sujets, les chroniques, les points de vigilance, les points d’amélioration, des suggestions pour la saison 4 de manière à ce qu’on puisse démarrer la saison 4 en septembre en beauté avec vos contributions.
Jeudi soir, jeudi 25 juin 2020, Isabella anime une réunion à distance du groupe Sensibilisation. Toutes les informations sont sur april.org et toute personne peut participer, qu’elle soit membre ou pas de l’April.
Ça se sont des annonces un peu April, émission de radio.
Deux actus importantes récemment autour d’Internet.
La première c’est la loi contre la cyberhaine portée avec brio – Ah ! Ah ! Ah !, on rit, il faudrait des fois un jingle rire – par Lætitia Avia qui a été très largement censurée par le Conseil constitutionnel. Le Conseil a en effet déclaré contraire à la Constitution la quasi-intégralité de la loi de lutte contre la haine en ligne. Et au-delà de sa décision, le Conseil constitutionnel refuse le principe d’une censure sans juge dans un délai imposé d'une heure ou de 24 heures comme le prévoyait la loi. Si vous voulez en savoir plus vous allez sur le site de La Quadrature du Net, laquadrature.net et sur le site de Next INpact, nextinpact.com, où il y a un excellent article de Marc Rees.
Toujours au niveau numérique, le Health Data Hub, la plateforme d'exploitation des données de santé des patients et patientes français, on avait parlé des problèmes posés par cette plateforme dans l’émission Libre à vous! du 28 janvier 2020, suite à un dépôt en référé-liberté par un collectif d’organisations, le Conseil d’État ordonne au Health Data Hub de se mettre en conformité avec la CNIL, la Commission nationale informatique et libertés, et d’informer les personnes que leurs données peuvent être transférées aux États-Unis. Plus de détails sur le site du CNLL, cnll.fr, il y a un communiqué de presse et je crois qu’il y a le lien vers la décision du Conseil d’État.
Pour tous les autres évènements vous allez sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.

Notre émission se termine. Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Véronique Bonnet, Isabelle Carrère, Joyce Markoll, Isabella Vanni.
Aux manettes de la régie aujourd’hui William Agasvari qui anime les émissions Et pour cause et Cyberculture sur la radio. Merci également à Sylvain Kuntzmann, Antoine, Olivier Grieco qui s’occupent de la post-production des podcasts.
Merci également à Quentin Gibeaux qui fait de la découpe des podcasts.

Vous retrouverez sur le site web, april.org et sur le site causecommune.fm, une page avec toutes les références utiles.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et faites connaître également la radio Cause Commune, la voix des possibles.
La prochaine émission aura lieu en direct mardi 30 juin 2020. Notre sujet principal portera sur l’April avec la deuxième partie de « Au cœur de l’April » : des personnes actives au sein de l’association parleront de nos actions, de notre fonctionnement pour vous expliquer comment fonctionne l’April.

Nous vous souhaitons de passer une agréable fin de journée. On se retrouve en direct mardi 30 juin et d’ici là portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Lettre d'information publique de l'April du 1er juillet 2020

mer, 07/01/2020 - 10:40

Bonjour,

Samedi 27 juin s'est déroulée l'assemblée générale de l'April, organisée de façon décentralisée, au vu des conditions sanitaires. Véronique Bonnet succède à Jean-Christophe Becquet et devient présidente de l'April.

L'April fait partie du Comité d'Orientation du label « Territoire Numérique Libre » et du jury. Les collectivités territoriales peuvent proposer leur candidature au label avant le 15 octobre 2020 minuit.

N'hésitez pas à contribuer aux actions de notre groupe de travail Sensibilisation. Le groupe travaille notamment actuellement sur « Le jeu du Gnou » (jeu coopératif et pédagogique) et sur un « Quiz enjeux de l'informatique ». Vous pouvez relire les propositions de questions et réponses, voire en proposer de nouvelles. Toutes les informations utiles pour contribuer sont disponibles sur la page wiki du groupe.

Retrouvez-nous sur les ondes de radio Cause Commune, mardi 7 juillet 2020 de 15 h 30 à 17 h (puis en podcast) pour la dernière émission Libre à vous ! de la saison. Le sujet principal portera sur l'April. Plusieurs personnes actives au sein de l'April parleront des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement. Il y aura peut-être aussi une émission spéciale « La playlist de Libre à vous ! » : diffusion de musiques libres commentées par Valentin (qui anime une émission musicale sur la radio cause commune). Pensez à vous abonner au podcast de l'émission.

Vous pouvez retrouver les podcasts des émissions de juin. Au programme : Framabook - les framabooks sont dits « livres libres » parce qu’ils sont placés sous une licence qui permet au lecteur de disposer des mêmes libertés qu’une personne utilisatrice de logiciels libres ; chronique de Véronique Bonnet sur le thème « Quel niveau de surveillance la démocratie peut-elle endurer ? » ; Inventaire : une application web libre permettant de faire l’inventaire de ses livres et de le partager avec ses amis et groupes et même publiquement ; des nouvelles de Nicolas Dandrimont, avec qui nous avons fait un point sur Debian et sur Software Heritage. L'envers du décor du travail parlementaire avec Christian Quest, collaborateur parlementaire de la députée Paula Forteza ; des nouvelles de Laurent Costy, vice-président de l’April, animateur du groupe Libre Association, avec qui nous avons fait un point sur comment les associations ont pu, dû, s’adapter au confinement, « Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? », argument régulièrement invoqué par les adversaires des libertés en ligne ; la chronique de Marie-Odile Morandi sur le thème « Naïveté, cynisme, danger. Mark Zuckerberg et Facebook » ; la pituite de Luk sur Parcoursup et l'éducation en général ; « Au cœur de l'April », plusieurs personnes actives au sein de l'April parlent des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement ; la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez sur l'application StopCovid ; présentation du label Territoire Numérique Libre.

Le groupe Transcriptions vous offre huit nouvelles transcriptions.

N'oubliez pas d'écouter les dernières éditions du Décryptualité.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une vingtaine d'articles.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Véronique Bonnet, nouvelle présidente de l'April

Suite à son assemblée générale, l'April a le plaisir de vous annoncer que Véronique Bonnet devient présidente de l'association, et succède à Jean-Christophe Becquet. L'actualité d'annonce contient notamment les propos de Véronique à la clôture de l'assemblée générale.

Collectivités, participez à l'édition 2020 du label Territoire Numérique Libre

Les collectivités territoriales peuvent proposer leur candidature au label « Territoire Numérique Libre » avant le 15 octobre 2020 minuit.

Le label « Territoire Numérique Libre » est une initiative de l'ADULLACT (Association des Développeurs et des Utilisateurs de Logiciels Libres pour les Administrations et les Collectivités Territoriales), destinée à mettre en valeur l’utilisation de logiciels et systèmes d’exploitation libres au sein des collectivités territoriales françaises.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Véronique Bonnet, nouvelle présidente de l'April
  2. Collectivités, participez à l'édition 2020 du label Territoire Numérique Libre
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. Contribuer aux projets du groupe de travail Sensibilisation
    2. Les libristes et la gratuité en 2020
    3. Émissions Libre à vous ! diffusées sur radio Cause Commune
    4. Décryptualité
    5. Huit nouvelles transcriptions
    6. Revue de presse
  4. Vie associative
    1. Revue hebdomadaire
    2. Adhésions
  5. Soutenir l'association
  6. Rejoindre l'association à titre individuel
  7. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  8. Archives
Dossiers, campagnes et projets Contribuer aux projets du groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre. Le groupe travaille notamment actuellement sur « Le jeu du Gnou » (jeu coopératif et pédagogique) et sur un « Quiz enjeux de l'informatique » (questions autour du logiciel libre, les licences libres, etc). Le groupe organise régulièrement des réunions de travail à distance.

Toutes les informations utiles pour contribuer sont disponibles sur la page wiki du groupe.

Les libristes et la gratuité en 2020

Une tribune proposée par Laurent Costy, vice-président de l'April, Les libristes et la gratuité en 2020 (mais il y en a un peu plus, je vous le mets quand même).

Émissions Libre à vous ! diffusées sur radio Cause Commune

Quatre nouvelles éditions de notre émission Libre à vous ! ont été diffusées en direct sur radio Cause Commune.

Émission du 26 mai 2020

Au programme : Framabook - les framabooks sont dits « livres libres » parce qu’ils sont placés sous une licence qui permet au lecteur de disposer des mêmes libertés qu’une personne utilisatrice de logiciels libres ; chronique de Véronique Bonnet sur le thème « Quel niveau de surveillance la démocratie peut-elle endurer ? » ; Inventaire : une application web libre permettant de faire l’inventaire de ses livres et de le partager avec ses amis et groupes et même publiquement.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 2 juin 2020

Au programme : des nouvelles de Nicolas Dandrimont, avec qui nous avons fait un point sur Debian et sur Software Heritage. L'envers du décor du travail parlementaire avec Christian Quest, collaborateur parlementaire de la députée Paula Forteza. Des nouvelles de Laurent Costy, vice-président de l’April, animateur du groupe Libre Association, avec qui nous avons fait un point sur comment les associations ont pu, dû, s’adapter au confinement.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 9 juin 2020

Au programme : « Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? », argument régulièrement invoqué par les adversaires des libertés en ligne ; la chronique de Marie-Odile Morandi sur le thème « Naïveté, cynisme, danger. Mark Zuckerberg et Facebook » ; la pituite de Luk sur Parcoursup et l'éducation en général.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 16 juin 2020

Au programme : « Au cœur de l'April ». Plusieurs personnes actives au sein de l'April parleront des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement ; la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez sur l'application StopCovid ; présentation du label Territoire Numérique Libre.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Décryptualité

Depuis le 20 février 2017, date du premier Décryptualité, un petit groupe de membres de l’April se réunit chaque semaine : « On a eu envie de faire quelque chose d’un petit peu différent de la revue de presse de l’April, qui soit un petit peu plus large ». Dans un format d’une quinzaine de minutes, les sujets concernant l’actualité informatique sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre.

Huit nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec huit nouvelles transcriptions :

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide de la revue de presse est disponible pour celles et ceux qui souhaiteraient contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Vie associative Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 5 juin 2020, la synthèse de la revue du 12 juin 2020, la synthèse de la revue du 19 juin 2020, la synthèse de la revue du 26 juin 2020.

Adhésions

Au 1er juillet 2020, l'association compte 3 961 membres (3 655 personnes physiques, 306 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante https://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, vous pouvez remplir le formulaire en ligne.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

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Véronique Bonnet, nouvelle présidente de l'April

mer, 07/01/2020 - 09:02

L'assemblée générale de l'April, initialement prévue samedi 21 mars 2020 à l'Université Paris 8 à Saint-Denis, a eu lieu samedi 27 mars 2020 en mode décentralisé grâce à la solution de visioconférence BigBlueButton 1. Suite à cette assemblée générale, l'April a le plaisir de vous annoncer que Véronique Bonnet devient présidente de l'association, et succède à Jean-Christophe Becquet.

Domicilié à Digne-les-Bains, Jean-Christophe Becquet exerce une activité de formateur et conseil en informatique libre. Jean-Christophe s'implique dans les communautés du logiciel libre depuis 1997. Il a notamment travaillé sur les liens entre logiciel libre et éducation populaire. Il est également l'initiateur de l'Expolibre, une exposition consacrée au logiciel libre publiée sous licence Creative Commons BY-SA. Jean-Christophe, président de l'April depuis 2015, reste membre du conseil d'administration de l'association.

Domiciliée à Paris, Véronique Bonnet, membre de l'April depuis 2014, devient présidente de l'association. Véronique est professeur de philosophie. Elle utilise, dans ses conférences et ses publications, les outils de la philosophie qu'elle met au service des enjeux de l'informatique libre, héritière, selon elle, de la philosophie des Lumières, parce qu'elle défend l'accès à un espace commun et constitue des moyens pour éviter la confiscation du savoir par les pouvoirs. Véronique propose une chronique mensuelle « Partager est bon » dans Libre à vous !, l'émission de radio de l'April.

La composition complète du conseil d'administration est disponible.

Propos de Véronique Bonnet à la clôture de l'assemblée générale

Ces derniers mois, s'il en était besoin, montrent que « le logiciel libre est plus important que jamais », pour reprendre le titre d'un article de Richard Stallman à l'occasion des 30 ans du projet GNU.

Il nous faut donc battre le fer tant qu'il est chaud, forger de plus en plus la transmission des outils libres pour devenir encore plus intensément forgerons. J'ai rencontré beaucoup de professeurs, parmi mes collègues, qui étaient réceptifs à mes propositions d'alternatives libres. Chaque fois j'expliquais que beaucoup de dispositifs de visio, aux noms apparemment anodins, Zoom, Skype, Discord, étaient loin d'être fréquentables, surtout pour des activités éducatives.

Vous connaissez l'expression Code is Law : l'usage de tel ou tel code détermine telle ou telle manière de concevoir la société, et les rapports entre les êtres. Code is Law. On pourrait dire aussi Code is Education. Le code qu'utilise le futur adulte n'est pas innocent. Ce code peut respecter ce que nous déciderons d'être, ou pas. Il peut épanouir celui qui l'utilise, ou pas. C'est ainsi que le code que l'on propose aux élèves et aux étudiants fait partie intégrante de leur formation. Il peut les dresser à la dépendance, en faire des adultes consentants, ou les éduquer à l'indépendance. Cette autonomie est si précieuse, pour toute la vie, que nous saurons, avec l'April, nous attacher à la transmettre.

  • 1. L'assemblée générale a eu lieu sur un serveur BigBlueButton mis gracieusement à notre disposition par la société Octopuce que nous remercions chaleureusement

Visioconférence simple et sécurisée, notre nouveau service Chapril

mar, 06/30/2020 - 00:22

Nous avons le plaisir de vous annoncer que le Chapril compte un nouveau service libre en ligne et accessibles à tout le monde : https://visio.chapril.org/

Le service visio.chapril.org propose une solution de visioconférence simple et sécurisée. Rien à installer, tout se passe dans votre navigateur. Pas de réglage à faire, le son est parfait par défaut. Anonyme, pas de besoin de compte. Chiffré, votre intimité numérique est préservée. Ouvert à tout le monde, invitez qui vous voulez, quand vous voulez. Un lien web, vous cliquez, on vous voit, vous pouvez parler. Le service s'appuie sur le logiciel libre Jitsi Meet.

Bravo et merci à François Poulain et Christian Momon pour ce nouveau service. Si vous aussi voulez déployer et animer un service Chapril, rejoignez-nous sur la liste de discussion chapril@april.org.

Pour rappel, le Chapril est une plateforme de l'April qui met à disposition de tout le monde des services libres en ligne. Ouvert en 2018, le Chapril se fait en tant que membre du projet CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires) lancé par Framasoft.

Venez découvrir tous les services du Chapril :

Une messagerie instantanée XMPP, notre nouveau service Chapril

lun, 06/29/2020 - 23:58

Nous avons le plaisir de vous annoncer que le Chapril compte un nouveau service libre en ligne et accessibles à tout le monde : un service de messagerie XMPP.

Le service xmpp.chapril.org propose une messagerie instantanée qui respecte vos libertés et votre vie privée. Il vous permet d’échanger avec vos proches des messages, des photos, des vidéos, sans pour autant les obliger à utiliser le même logiciel que vous ni le même type d’appareil. De plus, vos échanges restent privés et vos données personnelles ne sont pas exploitées. Le service s'appuie sur ejabberd.

Bravo et merci à l'animateur de ce nouveau service. Si vous aussi voulez déployer et animer un service Chapril, rejoignez-nous sur la liste de discussion chapril@april.org.

Pour rappel, le Chapril est une plateforme de l'April qui met à disposition de tout le monde des services libres en ligne. Ouvert en 2018, le Chapril se fait en tant que membre du projet CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires) lancé par Framasoft.

Venez découvrir tous les services du Chapril :

Revue de presse de l'April pour la semaine 26 de l'année 2020

lun, 06/29/2020 - 21:17

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Next INpact] Health Data Hub: le patron de l'ANSSI appelle à son tour à un hébergement en Europe

Le vendredi 26 juin 2020.

Le sujet de la dépendance à Microsoft Azure est revenu sur le tapis à l’occasion de la conférence autour de StopCovid, cette dernière étant hébergée par Outscale de Dassault, une différence qui pose question.

Voir aussi: [francetv info] Le député breton Eric Bothorel missionné par l'Etat sur la circulation et le partage des données

✍ Lucas Hobé, le mercredi 24 juin 2020.

Le Premier ministre Edouard Philippe a confié au député des Côtes-d’Armor Eric Bothorel (LREM) une mission sur les moyens de favoriser la circulation et le partage des données, selon le Journal officiel.

[TV5MONDE] Le télétravail, une solution d'avenir pour le salarié et l'entreprise? 3/3

✍ Elena Lionnet, le mardi 23 juin 2020.

Le confinement imposé pour lutter contre l’épidémie de coronavirus a forcé des millions de personnes à rester chez elles. Pour certaines il a été impossible de continuer leur activité, d’autres y ont été obligées même si cela signifiait mettre leur vie en danger. Et puis il y a eu toutes celles qui ont pu travailler chez elles. Avec le déconfinement progressif, la question du télétravail revient donc sur le devant de la scène. Mais qu’est-ce-que le télétravail exactement? Quels sont ses forces et ses faiblesses? Qui peut travailler en télétravail? Et si c’était une occasion pour repenser la façon dont nous travaillons?

[Trust My Science] Premier modèle complet «open source» de la protéine de pointe du coronavirus SARS-CoV-2

✍ Fleur Brosseau, le mardi 23 juin 2020.

La protéine de pointe du SARS-CoV-2 permet au nouveau coronavirus de pénétrer dans les cellules humaines. Elle est donc au cœur des recherches dans le monde entier. Une équipe internationale de chercheurs propose aujourd’hui le tout premier modèle open source complet de cette protéine, ce qui permettra à toute la communauté scientifique d’effectuer diverses simulations dans le cadre de leurs recherches autour du COVID-19.

[The Conversation] Universités: l'«open education», clé de la résilience post-Covid?

✍ Pierre Boulet, le mardi 23 juin 2020.

Pour préparer une rentrée soumise aux nouvelles règles de distanciation physique, les établissements du supérieur peuvent mobiliser les ressources libres qui ont fait leurs preuves pendant la crise.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 16 juin 2020

lun, 06/29/2020 - 11:33


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 16 juin 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Noémie Bergez - Magali Garnero - Antoine Bardelli - Quentin Gibeaux - Laurent Poujoulat - Isabella Vanni - Béatrice Pradillon - Frédéric Couchet - William Agasvari à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 16 juin 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration :
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate, qui porte sur l'application StopCovid sous l'angle du traitement des données personnelles des personnes utilisatrices
  2. « Au cœur de l'April ». Plusieurs personnes actives au sein de l'April – Antoine Bardelli, Magali Garnero, Quentin Gibeaux, Isabella Vanni, Laurent Poujoulat, Frédéric Couchet – parlent des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement
  3. Interview de Béatrice Pradillon, de l'ADULLACT, pour présenter le label Territoire Numérique Libre
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
« Au cœur de l’April », ce sera le sujet principal de l’émission du jour. J’aurai le plaisir d’avoir avec moi plusieurs personnes actives au sein de l’April pour parler des activités de l’April, de son fonctionnement. Posez-nous toutes vos questions pendant le direct, nous y répondrons. Avec également au programme StopCovid et une présentation du label Territoire Numérique Libre ouvert à toutes les collectivités.
Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France, en DAB+ 24 heures sur 24 et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose également d’une application Cause Commune pour téléphone mobile.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.

Le site web de l’April c’est april.org. Vous y trouvez d’ores et déjà une page consacrée à cette émission avec les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission.

Nous sommes mardi 16 juin 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

Si vous voulez réagir avec nous, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission #libreavous.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate, qui porte sur l'application StopCovid sous l'angle du traitement des données personnelles des personnes utilisatrices

Frédéric Couchet : Évoquer le code à la main une règle de droit ou un procès en lien avec les œuvres, les données, les logiciels ou les technologies, c´est la chronique « In code we trust », « Dans le code nous croyons » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune.
Déjà on a le plaisir d'avoir le retour de Noémie après quelques semaines d’absence. Bonjour Noémie.

Noémie Bergez : Fred, bonjour. Est-ce que tu m’entends ?

Frédéric Couchet : Là c’est parfait. Bonjour Noémie.
Noémie, tu souhaites aujourd’hui de nous parler de l’application StopCovid sous l’angle du traitement des données personnelles des personnes utilisatrices. Je te laisse la parole.

Noémie Bergez : Bonjour à tous. J’espère que vous vous portez bien.

La chronique de ce jour est consacrée à StopCovid, l’application pour smartphone développée dans le cadre du déconfinement.
C’est une première. Cette application a fait couler beaucoup d’encre avant même sa mise en œuvre. Beaucoup s’interrogent sur l’utilité de cette application ou, plus grave, les atteintes aux libertés publiques qu’elle pourrait engendrer. Y a-t-il suffisamment de garde-fous autour de cette application ?
Après avoir identifié les caractéristiques de StopCodvid et les conditions de son développement, nous reviendrons sur quelques avis émis par des experts et nous aborderons comment le public a réceptionné cette application.

Les caractéristiques de l’application.
StopCovid est une application mobile de suivi de contacts qui repose sur le volontariat des personnes et utilise la technologie Bluetooth. Elle vise à dépister et isoler les personnes infectées par le coronavirus et alerter les personnes en contact avec ces dernières.
Cette application est placée sous la responsabilité du ministère des Solidarités et de la Santé. Elle est disponible depuis le 2 juin 2020 en téléchargement depuis les plateformes des GAFA. On l’installe de manière non obligatoire, elle est gratuite, son téléchargement est gratuit. Elle implique pour son utilisateur l’acceptation de la politique de données.
En pratique, le smartphone va stocker une liste de pseudonymes temporaires des appareils qu’il a croisés pendant 14 jours, c’est ce qu’on appelle l’historique de proximité. Ensuite, l’application va alerter l’utilisateur ayant été récemment en contact prolongé à moins d’un mètre de distance et durant au moins 15 minutes avec une personne ayant volontairement déclaré avoir été testée positive au coronavirus. Donc L’utilisateur peut volontairement déclarer dans l’application qu’il est positif en saisissant pour cela un code transmis par son médecin ou un laboratoire. Cela va générer une alerte envoyée à l’ensemble des utilisateurs ayant été en contact rapproché avec lui les jours précédents et dans la limite des 14 jours.
Vraisemblablement, à la suite d’une alerte, l’utilisateur en contact va très certainement se faire dépister et, s’il le souhaite, il se confinera dans l’attente du résultat et de la suite du protocole. Il y est d’ailleurs grandement invité par l’application.
Cette application est présentée comme étant transparente et protectrice de la vie privée. Son objectif annoncé c’est de casser la chaîne de transmission du coronavirus.
L’application en elle-même, évidemment, traite des données de santé. Pour rappel, les données de santé sont toutes les données relatives à la santé physique ou mentale, passées, présentes ou futures d’une personne physique et qui révèlent des informations sur son état de santé.
En revanche, il n’y a pas de données de localisation des personnes qui sont utilisées via l’application puisque c’est la technique du Bluetooth.
Il faut savoir que les données collectées sont rendues anonymes car l’application va générer des pseudonymes au moyen d’identifiants.
Tout ça fait que cette application est soumise au Règlement général sur la protection des données, le RGPD.
Il faut également noter que l’application est temporaire et qu´elle n´a pas vocation à être proposée au public après la fin de l’épidémie. La durée de vie de cette application est en principe de six mois à compter de la fin de l'état d’urgence sanitaire.

S´agissant des conditions du développement de l´application.
Le développement a été confié à l´Inria, l´Institut national de recherche en informatique, qui est également en charge de la recherche en sciences et technologies du numérique. Dans le cadre du projet de cette application StopCovid l´Inria et un institut allemand ont publié le protocole ROBERT [ROBust and privacy-presERving proximity Tracing]. Ce protocole peut être utilisé pour la construction d’applications mobiles de suivi de contacts avec deux objectifs :
le premier, le respect de la réglementation sur les données ;
le deuxième objectif c’est de pouvoir être résistant à des attaques crédibles.
S’agissant de ce protocole la Commission nationale de l´informatique et des libertés, la CNIL, s’est prononcée dans son avis du 25 mai 2020, on y reviendra. Pour la CNIL, ce protocole est conçu dans une logique de minimisation et de protection des données, donc il est considéré comme satisfaisant.
S’agissant du code source de l´application, il est publié non pas en intégralité mais en partie, c’est d’ailleurs ce qui fait débat puisque la politique de publication du code source développé dans le cadre de ce projet est présentée comme reposant sur trois catégories : une partie restreinte non publiée qui serait des tests ou des parties critiques pour la sécurité de l’infrastructure ; une partie rendue publique sans appel à contribution qui correspondrait à des parties qui implémentent directement des spécifications très précises et une partie relevant de l’« open source », entre guillemets, avec des appels à contribution sur le cœur de l’application, notamment l’implémentation du protocole ROBERT.
Ces critiques sont continues et, jusqu’à présent, c’est vrai qu’elles ont notamment eu comme point principal de dire que les parties de ce code qui n’étaient pas soumises à des licences propriétaires étaient critiquables. Il n’y a pas eu publication sous licence libre de l’application et la CNIL avait en fait demandé, elle, nous le verrons un peu plus tard, que le code source soit librement accessible, ce qui n’a pas été suivi.
Il y a d’autres analyses qui ont été faites à propos de cette application. Plusieurs experts se sont prononcés dans le milieu médical — on a le Conseil national de l’ordre des médecins, le Conseil scientifique, l’Académie nationale de Médecine —, mais également dans le domaine du numérique avec le Comité Consultatif National d'Éthique, la Commission Supérieure du Numérique et des Postes.
De mon côté j’ai retenu les informations des avis de la CNIL, du Conseil national du Numérique et de la Commission nationale consultative des droits de l’homme qui m’ont semblé très intéressantes d’un point de vue juridique puisque la CNIL, à deux reprises, avant et après la mise en œuvre de StopCovid, s’est prononcée. Le 24 avril 2020 nous avons un premier avis de la CNIL sur le principe même de mise en œuvre de cette application. La CNIL indique qu’il faudra respecter certaines conditions pour être conforme au RGPD, elle insiste notamment sur l’usage volontaire de l´application, l’utilisation de pseudonymes, une utilisation temporaire et, évidemment, une conservation des données limitée dans le temps, la sécurisation des données, ainsi qu’une vigilance particulière pour le traitement des données de santé.
Pour la CNIL, la finalité de cette application doit être strictement limitée à l’alerte de personnes exposées au risque de contamination et surtout ne pas avoir pour objet de surveiller le respect des mesures de confinement ou d’autres obligations sanitaires ou bien même d’organiser une prise de contact avec la personne alertée ou de réaliser un suivi du nombre de personnes qui auraient été infectées, voire d’identifier des zones dans lesquelles ces personnes se seraient déplacées. La CNIL avait considéré que dans ces conditions la mise en œuvre de StopCovid, sous réserve qu’elle soit utile à la stratégie de déconfinement et qu’elle soit conçue de façon à protéger la vie privée des utilisateurs, était envisageable.
Le 25 mai 2020, la CNIL a rendu un second avis cette fois-ci sur le projet de décret encadrant StopCovid. La CNIL va rappeler que cette application doit être mise en œuvre avec prudence. Elle relève que l’application est utile et que le traitement est nécessaire et qu’il existe des garanties pour limiter les atteintes à la protection des données. Elle retient également que la durée limitée à six mois est satisfaisante. Elle émet cependant quelques critiques sur la manière de fonctionner de cette application, également aussi sur les informations qui sont transmises, notamment à l’égard des mineurs et des parents des mineurs. Elle évoquait aussi dans cet avis le libre accès à l’intégralité du code source de l’application.
Nous avons ensuite un arrêt également favorable par rapport à cette application qui a été émis par le Conseil national du Numérique avec quelques recommandations qui n’ont pas toutes été suivies d’effet.
En revanche, beaucoup plus limitée, la Commission nationale consultative des droits de l’homme s’était auto-saisie sur ce projet. Elle a considéré que la conformité à la seule réglementation sur la protection des données personnelles n’équivaut pas au respect des droits et libertés fondamentaux, donc elle émet un avis mettant en avant une atteinte disproportionnée.
L’Ordre des avocats du barreau de Paris a également déconseillé l’utilisation de cette application.

Aujourd’hui qu’en est-il ?
La CNIL a lancé dès le mois de juin une série de contrôles qui vont se poursuivre jusqu’à la suppression des données donc sur une période quand même de plusieurs mois et ces constatations pourront être suivies, si nécessaire, de sanctions.

Comment l’application est-elle reçue par le public ?
Le bilan est mitigé à ce jour. Il y a 1,5 million de téléchargements, ce qui représente à peine 2 % de la population française qui aurait téléchargé l´application. On ne sait même pas si ceux qui l’ont téléchargée en ont une fait une utilisation active ; est-ce que ce sont vraiment des utilisateurs ?, on ne sait pas. Le gouvernement a lancé une nouvelle campagne de communication qui est quand même teintée de certaines polémiques notamment sur la localisation des serveurs et également sur la maintenance et l’hébergement qui auraient été confiés à une société sans appel d’offres. Il faut savoir que dans d’autres pays de telles applications ont également été développées, proposées à la population et que certains ont commencé à suspendre leurs applications, notamment la Norvège.

En conclusion StopCovid est une application qui fédère peu d’utilisateurs, avec quelques points juridiques qui demeurent quand même assez flous. Donc on peut s’interroger sur l’avenir de cette application. Ce sera donc à suivre dans les prochains mois.

Frédéric Couchet : Merci Noémie. Je rajouterai que ce matin, dans un article, Mediapart explique que la collecte des données est beaucoup plus large que ce qui était annoncé et notamment prévu par le décret. Je renvoie les personnes qui écoutent l´émission à l´article de Mediapart et aussi, évidemment, aux références que nous mettrons sur april.org et causecommune.fm.
Merci Noémie pour cette reprise de chronique et j’espère qu’après la pause estivale on se retrouvera dans le studio de la radio pour ta prochaine chronique en septembre.

Noémie Bergez : Ce sera avec grand plaisir.

Frédéric Couchet : Merci Noémie. Passe un bel été.

Noémie Bergez : Merci. Au revoir.

Frédéric Couchet : On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : On va écouter Gimnastka par Alexandr Zhelanov. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Gimnastka par Alexandr Zhelanov.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Gimnastka par Alexandr Zhelanov, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

On va passer au sujet principal.

[Virgule musicale]

« Au cœur de l'April ». Plusieurs personnes actives au sein de l'April – Antoine Bardelli, Magali Garnero, Quentin Gibeaux, Isabella Vanni, Laurent Poujoulat, Frédéric Couchet – parlent des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement

Frédéric Couchet : Le sujet principal va porter sur l’April. Nous avons intitulé ce sujet principal « Au cœur de l’April ». Depuis 1996 l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre, diffuse l’esprit du Libre. Notre vision étant que la liberté informatique est un enjeu de société.

L’émission Libre à vous ! est un de nos projets, mais il y en a bien d’autres.

On va essayer aujourd’hui et également dans le cadre d’une deuxième émission mardi 30 juin, de vous faire découvrir les coulisses de l’association, quelques actions, découvrir les personnes, soit membres de l’équipe salariée soit bénévoles, qui nous permettent d’avoir une association vivante et active pour la promotion et la défense du logiciel libre. On va tenter, modestement, de vous diffuser l’esprit de l’April.

N’hésitez pas à participer à notre conversation, à nous faire des remarques, à nous poser des questions. Pour cela rendez-vous sur le salon web de l’association, site causecommune.fm, bouton « chat », salon #libreavous.

Avec moi il y a cinq personnes. Je vais simplement commencer par une petite question. J’avais prévenu chacun et chacune d’entre vous de vous présenter, d’où vous venez, ce que vous faites à l’April, de façon courte évidemment. Je vais commencer par l’ordre des gens que je vois affichés sur le salon Mumble. Mumble est l’outil d’audioconférence qu’on utilise pour l’émission du jour. Je vais commencer par Antoine Bardelli.

Antoine Bardelli : Bonjour. Je suis designer graphique, ou graphiste, et j’interviens sur la liste Sensibilisation de l’April.

Frédéric Couchet : Super. Magali Garnero.

Magali Garnero : Bonjour. Je suis libraire et j’anime les stands de l’April. Je fais aussi un peu de radio avec le Décryptualité, tous les lundis soir.

Frédéric Couchet : Merci Magali. Isabella Vanni.

Isabella Vanni : Bonjour à tout le monde. Je fais partie de l’équipe salariée depuis 2014. Je suis coordinatrice vie associative et responsable projets. Je m’occupe de la gestion des membres, de l’organisation administrative et des nombreuses actions liées à la sensibilisation, notamment auprès du grand public.

Frédéric Couchet : Laurent Poujoulat.

Laurent Poujoulat : Bonjour. Je suis informaticien, je suis membre de l’April depuis 2016. Je participe au Chapril comme animateur des services Valise et Mumble et je participe aussi au groupe de traduction GNU.

Frédéric Couchet : Bien sûr on aura l’occasion tout à l’heure d’expliquer ce qu’est le Chapril.
Dernière personne, Quentin Gibeaux.

Quentin Gibeaux : Bonjour. Moi c’est Quentin, alias QGuLL. Je suis membre de l’April depuis 2009. Je suis entré dans l’aspect technique en 2012 avec un stage pendant mes études. Je suis revenu après en 2016 en tant que bénévole sur l’admin-sys de l’April et je suis actuellement le scrum master de l’équipe admin-sys de l’April. On gère l’infrastructure et tous les outils nécessaires au fonctionnement de l’association.

Frédéric Couchet : Merci Quentin. Tout à l’heure on aura l’occasion d’expliquer ce qu’est un scrum master.
Première remarque que je vais faire : sur les cinq personnes qui sont présentes il y a deux informaticiens et les trois autres personnes ne sont pas informaticiennes. L’April n’est pas une association remplie d’informaticiens ou d’informaticiennes, au contraire c’est une association très diverses.
Vous avez vu cinq personnes avec moi, on va aborder plusieurs sujets. On fera une deuxième émission avec d’autres personnes. On va commencer par la partie sensibilisation. L’April c’est promouvoir et défendre le logiciel libre. Aujourd’hui on va parler plutôt parler de la partie promotion. On va commencer par le groupe de travail Sensibilisation notamment avec Antoine et Isabella qui sont deux personnes très actives au niveau de ce groupe.
Première question Isabella, est-ce que tu peux nous expliquer ce que fait ce groupe, les objectifs et le fonctionnement du groupe de travail Sensibilisation ?

Isabella Vanni : Le groupe de travail Sensibilisation a pour but de proposer des outils de communication pour sensibiliser notamment le grand public aux logiciels libres et aux formats ouverts. Quand je parle d’outils de communication, ça peut être plusieurs choses, ça peut être des flyers, des dépliants, des affiches, des autocollants, voire des panneaux d’information comme l’Expolibre, on en parlera peut-être tout à l’heure. Au cours des deux dernières années on a lancé aussi deux nouveaux projets, un quiz sur les enjeux de l’informatique et un jeu de plateau coopératif.
C’est important de dire que toutes les ressources sont disponibles sur notre site, elles sont publiées sous licence libre, cela va de soi. De cette façon tout le monde peut les utiliser, les partager, les adapter à ses besoins.
Pour ce qui concerne le fonctionnement, le groupe, en fait, a une liste de discussion dédiée, ouverte à tout le monde, n’importe qui intéressé à ces sujets peut s’inscrire, membre de l’April ou pas.
On fait aussi des réunions régulières chaque troisième jeudi du mois. Avant cette situation sanitaire particulière, on faisait des réunions physiques à Paris. Depuis le confinement, on a l’habitude de les faire à distance, ça marche très bien.
On a aussi une page wiki et on travaille énormément sur les pads, c’est-à-dire des documents collaboratifs auxquels chacun et chacune peut contribuer à distance.
C’est important de dire, comme tu le rappelais tout à l’heure, qu’on parle de la promotion, donc il ne faut pas être forcément informaticien/informaticienne pour participer au groupe. On parle de sensibilisation, des principes, de la philosophie du logiciel libre, donc n’importe qui intéressé par ce sujet peut participer, peut nous donner des idées, faire des relectures, faire des propositions, relever des points d’amélioration sur les ressources qu’on a produites. C’est vraiment un groupe ouvert à tout le monde.

Frédéric Couchet : Merci Isabella. Avant de passer la parole à Antoine, dans l’émission on va essayer aussi de mettre en valeur des points communs à l’ensemble des actions de l’April et des groupes de travail. Une chose importante que tu as dite c’est que la plupart, la quasi-totalité des activités de l’April sont des activités publiques, c’est-à-dire que n’importe qui, que la personne soit membre ou pas de l’April, peut participer à l’activité. Typiquement, pour le groupe de travail Sensibilisation, c’est simplement l’inscription sur une liste de discussion qui permet de participer et participer à des réunions, sans vérification que la personne est membre ou pas.
Parmi les outils que tu as cités un outil qu’on utilise beaucoup, tu as parlé du pad, en fait ce sont des bloc-notes, ce sont des outils en ligne qui permettent de modifier du texte sans avoir à se créer un compte, etc. Un autre exemple d’utilisation de blocs-notes c’est la préparation de l’émission Libre à vous !. Toute la préparation de l’émission Libre à vous !, si vous allez sur april.org ou sur causecommune.fm vous trouverez le lien, se fait via un bloc-notes dédié sur lequel on place nos idées d’émission, nos idées de personnes à inviter. Pour les musiques on a aussi un bloc-notes dédié. On les met, on les choisit là-dedans et d’autres personnes peuvent contribuer. C’est un point essentiel dans l’activité de l’April : c’est une activité qui peut être faite par n’importe quelle personne, qu’elle soit membre ou pas de l’April.
D’ailleurs Antoine Bardelli, toi tu es graphiste. Je ne me souviens pas si, quand tu as rejoint le groupe Sensibilisation, tu étais déjà membre ou pas de l’April, à la limite peu importe, en tout cas tu es arrivé il y a quelques années maintenant, plus d’une dizaine d’années je pense, à un moment où on avait bien besoin de graphistes, tu es arrivé dans le groupe Sensibilisation. Tu as commencé par travailler sur un projet qui existe toujours qui est un poster et un dépliant qui s’appelle « Le logiciel libre comment ça marche ? » Quelle a été ton expérience de contribution justement à ce groupe Sensibilisation ?

Antoine Bardelli : Isabella a déjà bien décrit le groupe. Effectivement, je suis arrivé il y a plus d’une dizaine d’années dans le groupe Sensibilisation parce que je voulais contribuer au logiciel libre. Avant, on va dire deux ans avant, j’étais déjà passé au logiciel libre, mais c’est vrai que j’avais envie de contribuer. Je me suis tourné vers quelque chose qui était le plus proche de mes activités, j’étais directeur artistique en agence à l’époque, ça m’intéressait le de mettre en application pour le logiciel libre que je ne trouvais pas forcément assez bien mis en valeur dans la communication en général, on ne le voyait pas forcément. Le logiciel libre, on va dire, n’a pas des moyens d’une entreprise pour se payer de la communication. C’était intéressant pour moi d’intervenir à ce niveau-là.
Quand je suis arrivé dans le groupe Sensibilisation il y avait effectivement, quand même, beaucoup de projets qui étaient en place, des choses qui étaient faites, mais il fallait quand même travailler l’aspect final pour qu’on puisse le diffuser avec plus d’impact vers le public, donc c’était une des premières phases, une des premières intentions quand je suis arrivé dans ce groupe. Après, bien entendu, dans la sensibilisation il y a tout un process – on va dire qu’on fait tous plus ou moins un petit peu comme on souhaite, ce n’est pas forcément un process établi –, mais il y a des étapes où on discute beaucoup sur ce qu’on peut faire, sur ce qu’on a envie de faire, ce qu’on a envie de prendre en charge et puis on propose. C’est-à-dire qu’on fait le travail un petit peu dans son coin, des fois, puis on propose une version et des personnes annotent, etc. Petit à petit on arrive à des outils de communication qui sont finalement assez aboutis, mais ça prend effectivement un certain temps.

Frédéric Couchet : C’était il y a combien de temps ? Est-ce que tu t’en souviens ?

Antoine Bardelli : C’était en 2011 [2009, correction de l’intervenant] à peu près.

Frédéric Couchet : D’accord. Je croyais que c’était plus ancien. 2011, ça fait quand même presque neuf ans et tu continues à contribuer. On parlera aussi tout à l’heure d’un autre projet, l’Expolibre, qui a commencé il y a bien longtemps et dont on vient de publier récemment une version italienne après les versions espagnole, anglaise et française.
Tu disais qu’à l’époque tu étais directeur artistique, par rapport à ton expérience d’avant, quand tu es arrivé dans la communauté du groupe Sensibilisation de l’April est-ce que c’était pareil ? Est-ce que les remarques étaient du même format ? Est-ce que c’était plus compliqué de travailler avec nous ? Comment c’était ?

Antoine Bardelli : Non ! Moi je suis arrivé dans univers qui est totalement différent. La création graphique ou la création artistique c’est relié au droit d’auteur et tout le monde travaillait avec des logiciels propriétaires. J’étais arrivé un petit peu comme le loup dans la bergerie. Effectivement, une fois qu’on a acquis tous les principes du logiciel libre, tout ce qui relève des licences libres, etc., on peut aussi faire la même chose. Donc effectivement, quand je suis arrivé, on se demandait un petit peu comment j’allais pouvoir participer.

Frédéric Couchet : Quand tu disais qu’on se demandait comment tu allais pouvoir participer, c’est-à-dire que ton expérience d’outils, notamment pour la création que ce soit d’images, de flyers, c’était que le logiciel libre était en retard ou pas à cette époque-là ?

Antoine Bardelli : Ce n’était pas un retard, c’était que ça prenait beaucoup plus de temps pour réaliser les mêmes tâches. Avec le logiciel propriétaire, les flux de production dans ce domaine sont assez avancés. Aujourd’hui on peut faire pratiquement tout ce qu’on veut avec du logiciel libre, sans problème, on peut faire la même chose. Il faut juste connaître les logiciels et c’est effectivement ce que j’ai fait en arrivant. J’ai vu que je devais passer par des logiciels libres à fond pour pouvoir produire des documents. Donc il y a effectivement une année où j’ai appris tous les logiciels libres qui étaient les plus proches de mon métier pour faire les documents de l’April.

Frédéric Couchet : Finalement ça t’a permis d’augmenter ta capacité de travail et de découvrir une nouvelle informatique. Par exemple aujourd’hui, si je me souviens bien, même pour tes clients tu fais tes sites web en Wordpress ou en Spip qui sont deux logiciels libres pour créer des sites web.

Antoine Bardelli : Oui, aujourd’hui effectivement le logiciel libre fait partie intégrante de mon offre on va dire professionnelle, de ce que je propose à mes clients. Oui, même s’ils n’en ont pas toujours conscience !

Frédéric Couchet : D’accord. En tout cas, sur le site de l’April, il doit y avoir un historique de nos productions de type sensibilisation, je pense que vous verrez un avant et un après un Antoine Bardelli sur la qualité. L’avant Bardelli c’est sans doute très noir avec beaucoup de texte. L’Après Bardelli il y a beaucoup plus de couleurs, beaucoup plus d’images, c’est beaucoup plus aéré, en tout cas c’est beaucoup plus joli et surtout beaucoup plus percutant pour les publics cibles.

Antoine Bardelli : La coupure ne se verra peut-être pas forcément si bien que ça, quand même, mais il y a effectivement des documents qui sont déjà beaucoup plus illustrés, on va dire. Effectivement, avant il y avait beaucoup de texte, c’était très verbeux. Il a fallu beaucoup travailler sur la réduction ou sur la synthèse des textes, bien avant de commencer à faire des choses visuelles. C’est pour ça qu’il y a des process qui sont parfois assez longs sur la liste Sensibilisation, parce qu’effectivement les textes ça se discute, beaucoup, alors que le graphisme, finalement, étant donné qu’il y a moins de graphistes ou de designers sur la liste, je suis un petit peu en autonomie.

Frédéric Couchet : Ça c’est un point intéressant. Je précise que sur le salon Quentin précise qu’on devrait parler de l’époque « pendant Bardelli » plutôt que « après Bardelli », parce qu'Antoine Bardelli est évidemment toujours avec nous et j’espère pour longtemps.
Justement, tu parles du process, je vais relancer Isabella sur ce sujet, sur la partie textuelle, pas sur la partie des images là où, effectivement, Antoine se retrouve peut-être un petit peu tout seul, donc on encourage également les gens graphistes, les personnes graphistes à rejoindre le groupe Sensibilisation. Donc pour les textes comment ça se discute ? Quel est le processus pour arriver finalement à un texte validé ? Isabella.

Isabella Vanni : C’est une bonne question. J’ai en tête deux possibilités. Déjà une personne qui a envie de proposer un outil, par exemple une nouvelle affiche, va proposer cet outil sur la liste de discussion, va peut-être ouvrir un pad pour commencer déjà à rédiger quelques suggestions de texte. Ça peut être aussi une proposition de ma part lors de réunions, je peux dire « je vous propose de travailler, de réfléchir à ce sujet », donc j’ouvre un pad ou bloc-notes, pour mieux me faire comprendre, et on commence à faire une « tempête de cerveaux », comme on dit en français, pour donner des idées. Donc on va dire que l’éditeur de texte en ligne c’est vraiment l’outil le plus pratique parce que c’est très intuitif, il n’y a pas besoin d’inscription. Il suffit juste de se connecter avec un navigateur et on peut commencer à écrire et, en plus, chaque contributeur a une couleur, donc il est aussi possible de suivre les propositions, il est possible de faire des commentaires. C’est une façon de travailler qui est très enrichissante, très inspirante et aussi très bruyante parfois, c’est-à-dire qu’il peut y avoir beaucoup de propositions, de variantes, de personnes qui ne sont pas d’accord sur une phrase, qui voudraient la reformuler, mais ça fait partie du processus et c’est comme ça qu’on arrive à faire un texte.

Frédéric Couchet : Tu disais effectivement que sur les textes il faut être précis, c’est de la sensibilisation. Il faut être d’autant plus précis que le texte peut être court. On va prendre un exemple qui est l’Expolibre. Le site web consacré à l’Expolibre c’est expolibre.org, ce sont actuellement huit panneaux de sensibilisation au logiciel libre. Les premiers panneaux, ce n’est pas nous qui les avions faits, il y avait beaucoup de texte et l’une des premières contributions d’Antoine a été de dire « il faut revoir le graphisme, mais il faut aussi réduire le texte ». Dans ce cadre-là, en réduisant le texte, forcément on met moins de texte, donc il faut être plus précis sur les mots en sachant qu’en plus l’Expolibre s’adresse au grand public. L’un des choix qui avait été fait, si je me souviens bien, ça a été aussi de dire de ne pas mettre des noms de logiciels ou autres pour ne pas dater l’Expolibre, parce qu’on considère que l’Expolibre doit être affichée dans des endroits où il y a des gens qui vont répondre aux questions.
Antoine, est-ce que je résume bien ta contribution sur la partie Expolibre et qu’est-ce que tu as retiré de ta version 2 en français et ensuite des différentes traductions ?

Antoine Bardelli : Effectivement, l’idée c’est de synthétiser.
Dans les versions 1 et 2 de l’Expolibre, il y avait vraiment beaucoup de texte, donc il fallait vraiment faire quelque chose de beaucoup plus synthétique sur l’Expolibre 3. Le fait de faire quelque chose de plus synthétique ça permet aussi d’avoir plus de place, de travailler et de mettre un petit peu en avant des visuels. Ça c’était effectivement l’objectif et je pense qu’on a relativement bien réussi ce projet. Il y a des projets qui sont effectivement du même ordre. Au début il y a beaucoup de contenu et puis il faut le réduire pour qu’il y ait vraiment une synthèse pour le grand public. Ça c’est effectivement très important.

Frédéric Couchet : Oui, tout à fait. Je vois sur le salon qu’il y a une remarque sur les pads, les blocs-notes. Effectivement, un outil ne suffit pas à lui seul, il y a toute une méthode de travail et justement une des actions actuellement de Isabella, on en parlera peut-être tout à l’heure, c’est d’accompagner les gens, les personnes à utiliser les blocs-notes et peut-être trouver des nouvelles versions, des nouveaux outils, pour permettre aux personnes néophytes de pouvoir contribuer facilement. Isabella tu en parles rapidement, maintenant, comme ça après on va passer à des aspects un peu plus techniques, mais on reviendra évidemment sur la sensibilisation. Isabella, justement sur ces fameux blocs-notes.

Isabella Vanni : Le pad est très utile, mais dans le cas d’un texte particulièrement long et complexe on s’est rendu compte qu’on avait du mal à recruter de nouvelles personnes contributrices, c’est-à-dire qu’on s’est rendu compte que c’était, comment dire, un peu brut et aussi un peu difficile pour ce qui concerne la navigation, c’est-à-dire que les personnes disaient « je ne trouve pas l’information, c’est trop long, je ne comprends pas trop ce qui se passe ». L’idée c’est de faire évoluer notre outil actuel pour que ce soit plus agréable à lire, pour que ce soit plus facile concernant la navigation et que, du coup, ça attire du monde et que ça donne envie de participer. L’outil c’est important, mais il faut aussi prendre en compte les besoins et les aptitudes des personnes qui souhaiteraient participer. Donc on est en train de chercher.

Frédéric Couchet : Exactement. Comme je le dis, l’outil principal qu’on utilise actuellement notamment pour préparer l’émission de radio c’est un bloc-notes, vous retrouverez les références sur april.org et causecommune.fm. Vous verrez que c’est assez long, mais tant qu’on n’a pas trouvé de meilleur outil on continue à l’utiliser. Le point important c’est que vous pouvez contribuer en proposant des sujets, en proposant des musiques, donc n’hésitez pas surtout pas.
Tu parlais de point technique, on va justement enchaîner avec l’aspect technique au niveau de l’April, même si, évidemment, on va revenir tout à l’heure sur la sensibilisation et qu’on ne s’en éloigne pas totalement, en fait, avec l’un des autres projets. On va passer un petit peu à l’admin-sys et à Chapril. L’admin-sys c’est donc l’administration système, c’est la gestion des serveurs et des services pour l’April et Chapril ce sont des services libres et loyaux proposés par l’April à toute personne qui souhaite les utiliser. On va déjà commencer par une courte explication sur ces deux groupes de travail. Pour l’admin-sys Quentin Gibeaux. Quentin, explique-nous ce que fait, quel est l’objectif de ce groupe de travail admin-sys et comment il fonctionne.

Quentin Gibeaux : Le groupe de travail admin-sys c’est une petite équipe de bénévoles tous membres de l’April. C’est une petite contrainte qu’on a : comme on gère un petit peu les données, on a un engagement personnel à faire les choses correctement, donc il faut au moins que les personnes soient adhérentes.
On est quelques bénévoles et on gère l’infrastructure, donc tous les serveurs, tous les services, tous les outils techniques qui permettent à l’association de fonctionner. Ça va être le site web, les différents services en ligne, ce Mumble qu’on utilise actuellement pour l’émission de radio. C’est à la fois du travail d’installation, beaucoup de travail aussi de maintenance, réparer les pannes quand elles surviennent, changer un disque dur quand il y a un disque dur à changer sur le serveur, etc.
La particularité de ce groupe, un peu comme pour tous les groupes de l’April, c’est de n’être composé que de bénévoles ce qui impose certaines contraintes, en fait, sur ce métier-là qui ne sont pas forcément présentes professionnellement : on est peut-être sur du temps un peu plus long que professionnellement car c’est suivant les agendas des gens qui contribuent. C’est pour ça qu’on a une organisation qui se force à avoir des réunions mensuelles pour faire le point sur l’infrastructure et à avoir une certaine agilité qu’on a mise en place pour pouvoir se forcer à se poser les questions des choses qui sont à faire en ce moment, les différentes urgences, etc. Après on a forcément adapté l’agilité pour qu’elle soit un petit peu plus sur le long terme que sur le court terme parce qu’évidemment c’est difficile d’être sur des temps très courts en tant que bénévole, mais c’est comme ça qu’on fonctionne.
Je voulais refaire un petit parallèle, du coup, avec ce qu'Antoine disait sur le fait de se forcer à utiliser des logiciels libres. On a la même chose, en fait, dans ce groupe de travail. Tous les outils de l’April sont des logiciels libres, donc c’est aussi intéressant professionnellement pour nous parce que ça nous pose dans un contexte spécial. Si notre métier c’est de faire de l’admin-sys, dans le contexte du travail on ne va pas forcément avoir les contraintes de n’utiliser que du logiciel libre, donc ça va être facile de tomber dans « on va utiliser tel logiciel privateur à côté et ne pas se poser la question de est-ce qu’il y a vraiment une solution libre disponible ? » Donc une manière aussi de s’émanciper dans ce groupe de travail c’est de se forcer à avoir ce contexte 100 % libre, de ne chercher vraiment que des solutions libres pour répondre à tous les besoins qui peuvent se présenter.
Peut-être, pour faire un petit parallèle avec Chapril, le projet Chapril a été créé dans un premier temps par l’équipe admin-sys parce qu’il fallait bien démarrer de quelque part, mais justement on l’a créé de manière à ce qu’il s’émancipe lui-même et toujours avec l’idée que ce soit indépendant l’un de l’autre, comme ça il n’y a pas de conflit sur l’infrastructure et sur les différents outils.

Frédéric Couchet : Quentin, sur le salon web mon collègue Étienne Gonnu, Isabella aussi et moi-même disons qu’on tient à saluer la réactivité des admin-sys de l’April car même si vous êtes bénévoles vous êtes très réactifs. Vraiment félicitations et un grand merci.
Tout à l’heure, en introduction, tu as employé un mot, scrum master. Il faut que tu mettes un terme à ce suspense, c’est quoi un scrum master en quelques mots ?

Quentin Gibeaux : En fait ça fait partie de la philosophie de l’agilité. C’est simplement une manière de concevoir le besoin et les choses à faire. On a défini plusieurs rôles : le product owner c’est la personne qui « gère » le produit entre guillemets ; le scrum master c’est la personne qui gère les scrums d’agilité. En fait, c’est simplement qu’il y a une personne qui se positionne dans la réflexion de « de quoi a-t-on besoin pour l’April » et il y a une personne qui va se positionner sur « comment répondre à ce besoin » et c’est cette personne-là qui va gérer l’équipe et dispatcher les tâches, le travail, suivant les bénévoles, les disponibilités et les choses à faire.

Frédéric Couchet : Antoine tu es le scrum master, on va dire que c’est toi qui animes l’équipe d’admin-sys, c’est une sorte de coordinateur. Moi je suis ce qu’on appelle le product owner en anglais, je ne sais pas comment ça se traduit, mais en fait, en gros, je représente l’association et j’exprime les besoins. Chaque mois, comme tu l’as dit tout à l’heure, à 21 heures sur Mumble on fait un point entre moi et l’équipe sur les besoins, où on en est, etc. C’est un travail d’équipe mais effectivement, la majeure partie de l’admin-sys de l’April est gérée par des bénévoles.
Tu viens d’expliquer que l’admin-sys c’est pour les services de l’April, pour l’association, ses membres, son équipe salariée. Il y a quelques années on a lancé le Chapril pour participer au collectif CHATONS de Framasoft. Laurent Poujoulat, tu fais partie du Chapril. Explique-nous ce qu’est le Chapril et qu’elle est la différence d’objectifs et peut-être la différence de fonctionnement, de complémentarité, avec le groupe admin-sys.

Laurent Poujoulat : Le Chapril c’est un groupe qui a pour but de montrer qu’on peut utiliser au quotidien des services libres, pas forcément directement des logiciels libres mais au moins des services libres, montrer aux gens qu’on peut se passer des services des GAFAM, tout simplement.
Pour ça l’April s’est dotée du groupe Chapril et, en se basant sur l’infrastructure construite par les admin-sys, on a un groupe d’admin-sys, non pas d'anim-sys, qui chacun va gérer un service.
Pour la gestion de ces services chacun choisit le service qui lui plaît le plus, évidemment on en discute, on ne met pas n’importe quoi, puis le met en place, le déploie dans l’infrastructure du Chapril et après le gère et l’anime, ou non anim-sys d’ailleurs.

Frédéric Couchet : D’accord. On va rappeler que les GAFAM sont les fameux géants du Net qui se gavent de nos données personnelles, Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft et autres.
Le site Chapril sur lequel vous pouvez trouver les services Chapril c’est chapril.org. Par exemple vous allez trouver un service de blocs-notes, vous allez trouver un service de copie de documents, enfin d’hébergement de fichiers, vous allez trouver un serveur d’audioconférence Mumble et d’autres services qui existent et qui vont arriver. D’ailleurs, dans l’émission du 30 juin nous aurons Christian-Pierre Momon qui est l’animateur du Chapril. Ces services, contrairement aux services de l’admin-sys, sont ouverts à toute personne qui le souhaite, qu’elle soit ou pas membre de l’April ; ils sont offerts librement et gratuitement et on a un engagement de les maintenir sur le long terme.
Je vois quand même que le temps file. On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : On va écouter Memories par Atch. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Memories par Atch.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Memories par Atch, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio causecommune.fm.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous allons poursuivre notre tour d’horizon des activités de l’April et du fonctionnement de l’April.
Juste avant la pause musicale on parlait un petit de technique, on va y revenir après. Je voudrais qu’on aborde un nouveau sujet qui est un petit peu lié au premier, la sensibilisation, c’est la présence de l’April à des conférences, à des évènements, à des stands, donc de l’importance de la présence à ces évènements, quels types d’évènements, etc. Je vais commencer par demander à Magali Garnero qui a tenu de très nombreux stands pour l’April. Magali, est-ce que tu peux expliquer pourquoi il est important, selon toi, d’être présente à des évènements et à quels types d’évènements l’April est présente ?

Magali Garnero : L’April est présente à de nombreux évènements que ce soit des évènements pour libristes comme les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre, les Journées du Logiciel Libre à Lyon ou le Capitole du Libre à Toulouse. Là on est un peu entre informaticiens, donc on tient au courant de toutes les actions que l’April fait parce que l’April fait énormément de choses, il est quasiment impossible de tout suivre.
Il y a d’autres évènements beaucoup plus grand public. On est allé à la Fête de l'Huma, on est allé aux Geek Faëries, à Geekopolis à l’époque où ça existait encore, au Paris Open Source Summit où là ce sont plutôt des gens du grand public, qui ne connaissent pas forcément grand-chose à l’informatique et on essaie, comment dire, de les sensibiliser aux enjeux du logiciel libre, à toutes les lois qui sont passées qui vont à l’encontre du logiciel libre ou, tout simplement, aux risques que les GAFAM — Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft — font peser sur le logiciel libre.

Frédéric Couchet : C’est l’occasion, je suppose, de diffuser, distribuer des documents de sensibilisation produits par le groupe Sensibilisation, que ce soit des dépliants, de mettre l’Expolibre, évidemment tu parles également du Chapril. Est-ce qu’il faut des connaissances particulières, notamment pointues, pour animer un stand de l’April, pour expliquer, pour être présent sur un stand de l’April ? Est-ce qu’il faut des compétences particulières ?

Magali Garnero : Il faut aimer parler. Il faut savoir communiquer avec des gens qu’on ne connaît pas, tout simplement, ne pas avoir peur d’aller vers les inconnus. Il faut quand même se tenir au courant de l’actualité de l’April et depuis des années, depuis qu’Isabella est là mais même avant avec Aurélia, il y a toujours une très bonne ambiance sur les stands, ce qui permet aux bénévoles de se connaître, de discuter, des fois il y a des projets qui se montent comme ça. C’est vraiment sympathique de participer aux stands sans avoir besoin de beaucoup de connaissances. Typiquement suivre la lettre d’information suffit amplement pour tenir un stand.

Frédéric Couchet : On va préciser que les groupes dont on a parlé juste avant et notamment admin-sys et Chapril, c’est un engagement un petit peu sur la durée, parce que l’admin-sys, si les serveurs de l’association tombent, eh bien on est mal ! Le service Chapril, comme l’a expliqué tout à l’heure Laurent, on s’engage à maintenir un service Chapril sur la durée parce qu’il va être utilisé par des personnes. Les stands, par contre, une contribution ponctuelle est possible. Je crois d’ailleurs qu’on a plusieurs membres dont la contribution est d’être présents à des stands ; ils prennent une journée ou deux parce que ce sont souvent des stands en semaine et ça permet à ces gens-là de contribuer ponctuellement à l’association.

Magali Garnero : L’avantage d’aller sur des stands, Christian et moi y allons souvent, Isabella également, c'est qu'à chaque fois qu’on est dans une autre ville que Paris on rencontre les bénévoles du coin. On rencontre la communauté locale qui n’ira pas forcément à d’autres évènements, dans d’autres villes. Donc ça permet vraiment de créer du lien dans les différents endroits où on va.

Frédéric Couchet : Je vais demander à Isabella ce qu’elle en pense. Je suis en train de regarder le salon web de la radio. N’hésitez pas à nous rejoindre sur le site web causesommune.fm, vous cliquez sur le bouton « chat » et vous nous rejoignez sur le salon #libreavous. Je vois que Danke revient sur la partie sensibilisation de tout à l’heure : « Le choix de l’outil libre comme postulat influence la méthode de travail à cause de sa moindre disponibilité. Ça peut être déroutant, voire bloquant, en fonction des personnes auxquelles on s’adresse. » Effectivement, c’est un point qui a été évoqué au début par Antoine, tout à fait. Néanmoins nous ne sommes pas des gens qui, disons, repoussons tout le monde. Si la personne n’utilise pas 100 % de logiciel libre, un point qui peut être important, c’est que la personne peut produire un document de sensibilisation avec un outil privateur, mais si elle peut l’exporter, d’ailleurs elle doit le faire si possible dans un format ouvert, ça nous permet de le récupérer et ensuite de pouvoir le modifier avec des logiciels libres, donc aussi l’importance des formats ouverts. D’ailleurs le groupe Sensibilisation a fait un dépliant et même un mini site web sur les formats ouverts que vous retrouverez en référence évidemment sur les pages consacrées à l’émission. C’était une excellente remarque, effectivement on essaye d’accompagner les gens comme le dit d’ailleurs Christian-Pierre Momon qui est sur le salon.
Isabella, Bookynette venait juste de parler des stands et de la bonne humeur. C’est vrai que c’est quelque chose qui me marque toujours, l’incroyable bonne humeur qu’il y a sur les stands, on sent presque, je vais dire, une famille, je ne sais pas. J’avais l’impression de ça, je suis marqué par le fait qu’il y a une vraie bonne ambiance sur les stands, on a l’impression d’avoir une petite famille, une petite communauté interne. D’ailleurs l’April c’est un petit peu ça, c’est un peu une communauté de différents projets qui, de temps en temps, se retrouvent lors d’évènements plus grands, que ce soit des assemblées générales, des April Camp sur un week-end, même sur des visioconférences.

Isabella Vanni : On a aussi parlédes apéros April ou pas encore ?

Frédéric Couchet : On n’a parlé des apéros April, effectivement. Vas-y, parle-nous des apéros April.

Isabella Vanni : Déjà, je suis contente d’entendre que vous vivez cette ambiance joyeuse et chaleureuse sur nos stands. Je suis de l’autre côté donc je suis bien, je suis contente d’avoir les bénévoles avec moi. Ça fait plaisir d’avoir cet autre point de vue.
Oui, on participe à des évènements qui sont organisés un peu partout en France, mais on organise nous-mêmes des évènements et tout particulièrement on organise un évènement par mois qui s’appelle l’apéro de l’April, qui a lieu un vendredi par mois. Ce n’est jamais le même vendredi, ça peut être le premier, le dernier, ça va vraiment dépendre de la disponibilité de l’équipe salariée pour animer la soirée. C’est un rendez-vous informel, autour d’un verre, qui permet de discuter des actualités de l’April, mais aussi de mieux se connaître. C’est vraiment important cette fonction d’animer la vie associative. On est une association, on a besoin de nos membres, donc on cherche aussi des occasions pour les voir, pour les connaître pour qu’ils se sentent bien à l’April.

Frédéric Couchet : C’est un point important parce que contrairement à beaucoup d’associations qui, quand elles ont une équipe salariée, finalement se reposent sur l’équipe salariée, à l’April on a toujours eu la volonté d’avoir à la fois une équipe salariée mais aussi des bénévoles. Effectivement les apéros c’est une façon de créer du lien mais aussi de lancer des projets. Les apéros ont lieu au local, à Paris, parce que l’équipe salariée est à Paris, mais, comme tu le dis, il y a aussi des apéros en région et évidemment si vous nous invitez à venir on viendra. Actuellement c’est un peu plus compliqué mais bientôt il sera de nouveau possible de voyager et de pouvoir aller à des apéros.
Avant de passer la parole à Magali qui veut intervenir, je vois que sur le salon web Françoise62_-_ nous dit « j’aimerais bien voir l’April chez nous ». En fait, l’April n’est pas loin de chez vous. Elle est déjà sur les listes de discussion que vous pouvez rejoindre et après, physiquement, il y a sans doute des évènements auxquels on peut participer, je ne sais pas du tout dans quelle région vous êtes. Quand des groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices locaux organisent des évènements, nous on est présents, on peut se déplacer. C’est vrai que l’équipe salariée est basée à Paris, mais une bonne partie de l’activité de l’April se fait, en fait, en ligne. Pour répondre à Étienne qui est toujours sur le salon web qu’il y aura un retour des apéros à Paris au local en septembre et, je pense, à Boulogne-sur-mer. Je pense qu’on serait ravis d’aller à Boulogne-sur-mer si un apéro s’organise. On peut, et d’ailleurs c’est un appel aux membres et aux soutiens de l’April, si vous voulez organiser un apéro autour de l’April, on l’a déjà fait plusieurs fois, vous trouvez une salle, un café ou autre, et nous on vient pour parler de l’April et répondre à vos questions.
Je regarde sur l’autre salon, sur le salon interne Mumble qui voulait réagir. On va commencer par Magali qui souhaite parler et ensuite ce sera Quentin. Magali.

Magali Garnero : En fait, que ce soit les apéros organisés par l’équipe salariée, que ce soit les salons, il faut savoir qu’on est très bien traité en tant que bénévole. On arrive sur un stand, il y a Isabella qui dit « il faut faire ci, il faut faire ça », donc on sait exactement ce qu’il y a à faire. Ensuite on est abreuvé si on a soif. Elle est vraiment aux petits soins avec nous et l’ambiance est chaleureuse, les gens viennent nous rencontrer et sont heureux de retrouver l’April, ils sont heureux des activités qu’on fait ce qui fait qu’on se sent vraiment utile sur un stand où même à un apéro où on peut discuter de sujets bien pointus et c’est un bonheur d’être à l’April.

Frédéric Couchet : Quentin, tu voulais faire une remarque sur le 62. Je suppose que c’est le département 62.

Quentin Gibeaux : Oui. Je ne sais pas exactement, c’est peut-être dans le Nord, en tout cas c’est juste à côté, je crois que c’était peut-être en 2017, on avait fait un stand de l’April directement sur un évènement qui se situait à la Coupelle-Neuve. C’était un évènement un peu transversal où il y avait des associations écologistes, des associations un peu culturelles et, du coup, il y avait aussi un stand de l’April qui était venue sur cet évènement qui s’appelait Les Coquelicots, je crois que c’est organisé par l’association A Petits Pas. Je crois que ça revient tous les deux ans et ce n’est pas dit qu’on n'y pas retourne et qu’on participe à nouveau, donc c’est une occasion de venir nous voir. Après, s’il y a d’autres évènements sur d’autres villes de la région on peut aussi participer. Sinon, dans la région Nord-Pas-de-Calais, tous les ans on tient un stand avec les autres associations libristes de la métropole de Lille à la Braderie de Lille le dernier week-end d’août ou le premier week-end de septembre, je ne sais plus. Ce n’est pas forcément un stand April, c’est un stand commun, géré sans hiérarchie, de toutes les associations libristes du coin. Il y a Chtinux, il y a Cliss XXI, il y a d’autres associations du coin qui viennent et qui participent.

Frédéric Couchet : On va préciser que la Braderie de Lille c’est le premier week-end de septembre et, à Coupelle-Neuve, vous aurez le plaisir de rencontrer le trésorier, admin-sys, enfin multi-activiste à l’April François Poulain. Il habite pas très loin de Coupelle-Neuve ou même à Coupelle-Neuve, je crois, je ne sais plus exactement.
On parlait un peu de vie associative, tant qu’à faire parlons-en encore, peu importe le déroulé qu’on a prévu. J’ai envie de vous poser une petite question un peu personnelle, j’avais prévu sur la fin mais on va le faire maintenant, comme ça je suis sûr que je vais la poser. J’aimerais bien savoir pourquoi, individuellement, vous n’êtes pas tous et toutes obligés de répondre, vous avez le choix de ne pas répondre, pourquoi vous contribuez à l’April ? Qu’est-ce que ça vous apporte de contribuer à l’April ? Et qu’est-ce que vous avez éventuellement appris, soit sur le Libre soit sur vous, en contribuant à l’April ? Je ne donne pas d’ordre d’intervention. Vous me dites qui veut intervenir, j’espère qu’il y aura au moins une personne qui interviendra. Est-ce que quelqu’un veut répondre à cette question-là, sinon j’en désigne une ou un. Quentin. Vas-y Quentin.

Quentin Gibeaux : Moi, personnellement ça m’a permis déjà dès 2012, dans le cadre d’un stage, de découvrir aussi le métier d’admin-sys et de faire un petit peu une entrée professionnelle là-dedans. C’est aussi découvrir les outils libres dans ce cadre-là, comme j’ai pu le dire dans la partie sur le groupe Sensibilisation, et après on en retire aussi une satisfaction de faire quelque chose pour le bien commun et pas forcément pour soi-même.

Frédéric Couchet : Super. Je ne sais plus dans quel document on avait essayé un jour de lister un certain nombre de valeurs. Le bien commun notamment, l’intérêt général, l’utilité sociale revenaient assez souvent pour les personnes qui contribuent à l’April. Je vois que Magali souhaite aussi répondre. Vas-y Magali.

Magali Garnero : Quand j’ai découvert le logiciel libre je venais tout juste de monter ma librairie, je m’étais équipée en ordinateurs, mais j’avais pris le minimum du minimum parce que pas beaucoup de sous. Mon geek à domicile est venu et il m’a dit « si tu veux faire ci il y a LibreOffice, si tu veux faire ça il y a Inskape, si tu veux faire ça il y a Scribus » et il m’a apporté énormément de logiciels libres et gratuits qui m’ont vraiment aidée professionnellement. Je suis au contact de mes clients tous les jours, une trentaine de clients tous les jours, et j’adore partager ces connaissances-là, j’adore aussi former mes collègues au logiciel libre. Il y a vraiment une sorte d’échange de connaissances qui se fait et qui se fait à chaque fois. Sans le logiciel libre on ne pourrait pas transmettre aussi facilement parce qu’il y aurait toujours l’argent qui arrêterait les gens. Alors que là ils rentrent chez eux, ils installent le logiciel, ils le testent et après on en discute.

Frédéric Couchet : Oui, il n’y a pas de barrière à la contribution. C’est effectivement un bon point.
Je vois qu'Isabella veut aussi intervenir, j’en suis ravi, Vas-y Isabella.

Isabella Vanni : J’ai rejoins l’April d’abord pour des raisons professionnelles. Je cherchais un travail et j’étais tombée sur une annonce. Je suis allée tout de suite voir le site et j’ai été tout de suite assez impressionnée par la quantité d’informations, d’actions que l’association menait. J’ai vraiment vu le caractère militant de l’association, le sérieux. J’étais plutôt néophyte et, une fois arrivée, je me suis vite convertie au logiciel libre, non seulement au quotidien dans le travail, c’est-à-dire que de toute façon à l’April on n’utilise que des logiciels libres, bien sûr, donc il faut s’adapter à des nouveaux logiciels la plupart du temps, mais ce sont aussi les principes, la philosophie, auxquels j’ai adhéré.
Je rebondis un peu sur ce que Magali disait sur le partage. Je suis complètement d’accord, c’est le partage qui est vraiment une caractéristique qui me tient à cœur, c’est aussi l’échange. C’est-à-dire que, par principe, ce sont des logiciels auxquels n’importe qui peut participer, n’importe qui peut contribuer avec ses compétences. C’est ce caractère ouvert, ouvert à tout le monde, à toutes les compétences, qui me plaît, entre autres.

Frédéric Couchet : Merci. Antoine, toi aussi tu veux préciser, vas-y.

Antoine Bardelli : Oui effectivement. Quand j’ai adhéré, je me rappelle c’était essentiellement pour quitter un univers qui était très encarté. Il y avait effectivement beaucoup de logiciels propriétaires dans mon métier et c’était vraiment une façon de se libérer un peu de tous ces carcans. Il y avait aussi les aspects d’échange qui sont très importants et que j’ai trouvé bien plus présents dans les listes de l’April que, des fois, dans le cœur de mon métier.

Frédéric Couchet : Avant de passer éventuellement la parole à Laurent, je ne sais pas s’il voudra parler là-dessus, je voudrais qu’il parle un petit peu du Chapril. Antoine, vu que tu as la parole, un des projets auquel tu participes actuellement, un autre projet important notamment pour l’émission de radio, c’est le futur site libreavous.org. Est-ce que tu peux nous en parler rapidement ? Qu’est-ce que tu es en train de mettre en place et, question piège évidemment, quand est-ce que le site sera disponible ?

Antoine Bardelli : Ah ! Ah ! Ah ! Quand est-ce que le site sera disponible ? Pour l’instant on vient, enfin tu viens de valider le plan, puisque effectivement avant de faire le site web, il a quand même fallu savoir un petit peu ce qu’on faisait comme arborescence, comment on sortait de l’information du site de l’April et comment on faisait un site dédié à l’émission de radio. Effectivement, maintenant on est sur la phase de design, on va dire, sur laquelle je travaille en ce moment, après il faudra trouver un très gentil contributeur pour monter le site.

Frédéric Couchet : Ça se passe une autre liste de discussion qui, pareil, est ouverte à toute personne qui le souhaite. Toi tu as fait une proposition d’abord d’arborescence puis maintenant de plan de site. Il y a des échanges qui se font sur la liste. Il y a quelqu’un qui contribue aussi sur la mise en place, en tout cas à la réflexion vu que le site sera fait en Spip. Effectivement il y a eu une validation. Quand tu dis que « j’ai validé », oui je valide par rapport aux commentaires que j’ai reçus et aussi parce que c’est ma responsabilité. J’espère que le site sera ouvert pour la reprise de la saison 4 de la radio, de l’émission Libre à vous !, c’est-à-dire début septembre et si ce n’est pas prêt, eh bien ça ne sera pas prêt ! En tout cas il y aura un nouveau site. On demande sur le salon web de quelle couleur il sera. Est-ce que tu peux au moins nous dire quelles sont les deux couleurs majoritaires ?

Antoine Bardelli : Pour les sites April on part sur une base qui est généralement bleue, historiquement, et orange. Là je pense que j’ai plutôt envie de partir sur de l’orange ; à priori on va quand même garder un peu de bleu, mais c’est plutôt la tendance. Le design, la première version du design c’est pour ce mois-ci. Après, ça sera en fonction du délai des retours. Si ça doit sortir en septembre on aura deux mois pour développer.

Frédéric Couchet : Super. Je précise pour les personnes qui ont déjà vu le tee-shirt dont tu as fait le design récemment qu’il est aussi bleu et orange et dont les premières, ce n’est pas vraiment la première, on ne va pas revenir sur l’historique de ce tee-shirt, peut-être que ça pourrait faire l’objet d’une question Easter-eggs, c’est-à-dire quel est le problème avec la première version. En tout cas, on vient de passer commande de ces tee-shirts qui devraient arriver d’ici quelques semaines et qui seront disponibles lors des prochains évènements April quand il sera à nouveau possible d’avoir des évènements. C’est assez bleu et assez orange, en tout cas on aime beaucoup au sein de l’équipe.
Je vois que le temps file vite, je voulais que Laurent – je ne sais s’il a envie de répondre à la question que j’ai posée tout à l’heure, il me dira – revienne un petit peu sur le Chapril. Pourquoi je dis ça ? Parce qu’en fait, en préparant l’émission – je recherche la question, est-ce que je vais la retrouver ? Oui, je vais la retrouver – on a reçu une question. La personne souhaitait savoir comment va l’engagement bénévole à l’April. Est-il stable, en augmentation ou en baisse ? Y a-t-il de plus en plus de dossiers traités ou pas ?
Déjà, sur la partie dossiers purement institutionnelle c'est-à-dire la partie défense, on y répondra plus en détail le 30 juin. Certes, il y a une très forte baisse de l’engagement bénévole sur cette partie-là, on en parlera notamment avec mon collègue Étienne Gonnu qui est chargé de mission sur ces dossiers-là. Par contre, sur le reste, il y a peut-être un vieillissement de certains bénévoles on pourrait dire, y compris dans l’équipe salariée d’ailleurs, mais il y a de nouveaux bénévoles. Sur le groupe Sensibilisation, par exemple, il y a une forte activité mais également sur le Chapril, parce qu’en fait le Chapril a recruté récemment des nouveaux bénévoles. Comment vous recrutez et quel est le profil des personnes qui viennent d’arriver sur le Chapril ? Laurent.

Laurent Poujoulat : Les personnes qui viennent d’arriver sur le Chapril, les derniers arrivés sont des développeurs qui développent pour l’essentiel du logiciel libre, du moins en logiciel libre mais pas que, on ne peut pas toujours faire comme on a envie, hélas, qui ont une forte capacité technique et qui nous ont installé un dernier service, le kanban, qui est un support de la méthode agile.

Frédéric Couchet : Est-ce que tu peux juste nous expliquer ce qu’est un kanban ? C’est une sorte de tableau où on répartit des tâches entre « à faire », « en attente », « faites », etc.

Laurent Poujoulat : Voilà. C’est un tableau qui permet d’organiser un projet on va dire de manière sympathique et rapide. Initialement c’était fait avec des post-it sur un tableau blanc. On met par exemple les tâches à faire ou à réaliser sur une première colonne « à faire » avec la liste des tâches et puis on les passe sur la colonne « en cours » avec le nom de la personne qui va les suivre et ainsi de suite. C’est très visuel, c’est très ludique et ça va très vite. On a actuellement, en préouverture au Chapril, le service kanban qui est un support informatique qui simule tout ce qu’on faisait avec des post-it et des tableaux blancs mais de manière beaucoup plus sympathique. On peut associer à chaque carte, à chaque post-it, des documents, des informations, des états, des couleurs, etc.

Frédéric Couchet : D’accord. Je vois sur le salon qu’on nous rappelle que tu peux répondre à la question que j’avais posée à savoir pourquoi tu contribues à l’April, qu’est-ce que ça t’apporte ?

Laurent Poujoulat : J’ai utilisé beaucoup le logiciel libre avant d’arriver à l’April et un jour je me suis dit « OK, j’en profite énormément, que ça soit personnellement ou professionnellement d’ailleurs », du point de vue professionnel ça permet de réduire les coûts dans ma société de manière assez drastique, c’était l’argument massue je dois dire, pas forcément le meilleur mais le plus efficace. À un moment je me suis dit « qu’est-ce que je pourrais faire pour renvoyer l’ascenseur ? » Je traînais dans un salon, je suis tombé sur le stand April, et je dois dire que j’ai été convaincu là-bas de m’inscrire à l’April. Après on m’a demandé un petit peu ce que je pouvais faire et dans le temps que j’avais j’ai commencé par les traductions du groupe GNU qui est un groupe qui traduit les documents de la Free Software Foundation qui est anglaise, américaine, en français, pour pouvoir les diffuser plus largement. J’ai commencé comme ça. Un jour quelqu’un s’est avisé que j’étais programmeur, administrateur-système de métier et j’ai été recruté pour le Chapril.

Frédéric Couchet : D’accord. On va bientôt arriver à la conclusion de cette première émission. Tu viens de parler de Trad-GNU, traduction de la philosophie GNU, je vais juste préciser qu’en fait c’est un projet historique de l’April car c’est le premier projet, le premier groupe de travail qu’on a ouvert en 1996. Quand l’April a été créée on s’est dit « tiens, on va mettre en ligne des textes expliquant la philosophie du logiciel libre ». À l’époque, évidemment, il y avait déjà le site gnu.org qui existait et on s’est dit que le mieux c’est carrément de traduire ce que les personnes ont mis en ligne, ce sont souvent des textes de Richard Stallman. C’est un projet qui existe depuis 1996 et qui continue à pouvoir maintenir et traduire de nouveaux textes, souvent de Richard Stallman, du site gnu.org et également la newsletter, la lettre d’information de la FSF sur le site fsf.org, FSF c’est la Free Softrware Foundation, la Fondation pour le logiciel libre.
Je ne sais pas si quelqu’un, une personne a envie d’intervenir, une dernière intervention avant qu’on mette un terme à cette première émission, n’hésitez pas à me le dire sur le salon web sinon on va en rester là pour cette première émission. À priori personne ne veut intervenir. Isabella nous dit qu’on a oublié de dire que sur les stands c’est aussi un moment idéal pour recruter, proposer d’adhérer à l’April et également de rejoindre les groupes de travail. Juste préciser, on ne l’a peut-être pas dit, que le modèle de financement de l’April c’est exclusivement la cotisation des membres. On reviendra peut-être un peu plus sur ces détails le 30 juin notamment avec Elsa Pottier qui travaille à l’April justement dans la partie vie associative.
Antoine nous dit « comment adhérer ? » Vous allez sur april.org et vous pouvez nous rejoindre soit un adhérant soit en faisant un don.
J’en profite pour dire que l’assemblée générale de l’April aura lieu le 27 juin en visioconférence donc à distance. N’hésitez pas à rejoindre l’April avant pour participer à cette assemblée générale.
Quentin Gibeaux me précise que l’admin-sys April et le Chapril recrutent également. Vous trouverez toutes les informations pour nous rejoindre, pour trouver une manière de contribuer sur april.org. Antoine nous dit que la liste Sensibilisation recrute. En fait tout l’April recrute ! On recrute évidemment des bénévoles avant toute chose. Vous allez sur april.org, vous trouverez toutes les informations nécessaires.
Venez aux apéros. Invitez-nous à des apéros en dehors de Paris. Françoise, nous viendrons à Boulogne-sur-mer dès que ce sera possible, n’hésitez pas à nous inviter. On va dans un café, on discute un petit peu, on parle de l’April, etc.

Je remercie Antoine Bardelli, Magali Garnero, Isabella Vanni, Laurent Poujoulat, Quentin Gibeaux pour la participation à cette première émission. Je précise que la deuxième aura lieu le 30 juin avec d’autres personnes qui sont actives au sein de l’April. Ce sera la deuxième partie de « Au cœur de l’April ». Je vous remercie.
On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Friends par Les gueules noires. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Friends par Les gueules noires.

Voix off : Cause Commune, 93.1

Frédéric Couchet : L’avantage d’animer les émissions debout c’est qu’on peut danser. Nous venons d’écouter Friends par Les gueules noires, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org et sur le site de la radio, causecommune.fm.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous allons passer maintenant au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Interview de Béatrice Pradillon, de l'ADULLACT, pour présenter le label Territoire Numérique Libre

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre et finir avec la présentation du label Territoire Numérique Libre qui s’adresse à toutes les collectivités. Nous avons le plaisir d’avoir avec nous Béatrice Pradillon chargée de communication à l’ADULLACT, Association des développeurs et utilisateurs de logiciel libre pour l’administration et les collectivités territoriales, le site de l’ADULLACT c’est adullact.org et le site du Territoire Numérique Libre c’est territoire-numerique-libre.org.
Béatrice est-ce que tu es bien avec nous ?

Béatrice Pradillon : Oui, je suis là. Bonjour et merci pour l’invitation.

Frédéric Couchet : Merci à toi Béatrice d’être avec nous.
Première question simple : qu’est-ce que le label Territoire Numérique Libre ? À qui s’adresse-t-il, comment fonctionne-t-il et quel est l’intérêt pour les collectivités de candidater et d’obtenir ce label ?

Béatrice Pradillon : Le label a été créé en 2016 à l’initiative de l’ADULLACT. Le projet de ce label c’est vraiment de valoriser, au sein des collectivités territoriales, toutes les initiatives et les politiques en faveur du Libre. En fait il se passe beaucoup de choses dans les territoires, dans les collectivités, il y a beaucoup d’initiatives et même nous, l’ADULLACT, qui travaillons depuis 18 ans avec les collectivités, nous ne savons pas tout ce qui se passe dans ces collectivités. C’est une occasion à la fois de mettre en valeur ces initiatives d’une part et de permettre vraiment aux collectivités de faire un état des lieux, une évaluation de « où j’en suis au niveau de mes usages du Libre ».
On a créé un questionnaire qui est aujourd’hui réparti en cinq grandes parties et qui touche un petit peu à tous les domaines, à la fois la stratégie, les logiciels libres, les systèmes libres, l’open data, la communication, la formation. Ce formulaire permet à la collectivité de faire un état des lieux complet de ses usages, de son fonctionnement, de ses projets sur les cinq/dix dernières années. En fonction de ça elle va obtenir une note qui va aller de 1 à 5. Ce ne sont pas des étoiles ce sont des copyleft. Donc depuis 2016 nous attribuons chaque année ce label. C’est un label millésimé qu’on peut renouveler chaque année.
Je précise que le label va du niveau 1 au niveau 5, le niveau 1 étant en fait un premier pas dans le domaine du logiciel libre et le niveau 5 étant le niveau vraiment d’excellence en la matière.

Frédéric Couchet : D’accord. Combien y a-t-il eu de lauréats depuis la première édition ? Approximativement.

Béatrice Pradillon : On a une cinquantaine de collectivités labellisées en France, vraiment de tous types, des départements, des villes, on a aussi une région. On a eu aussi quelques établissements publics, la première année on a eu un SDIS, un Service départemental d’incendie et de secours, qui a candidaté. On a principalement des villes, des départements, des communautés de communes, communautés d’agglo et on se rend compte, en fait, que d’une année sur l’autre les collectivités qui ont été labellisées aiment renouveler leur label. Elles aiment voir un petit peu, refaire un état des lieux, donc on a beaucoup de collectivités qui reviennent vers nous d’une année sur l’autre.

Frédéric Couchet : Il faut préciser que le label est millésimé, donc chaque année il faut candidater à nouveau et ça peut permettre à une collectivité d’augmenter le niveau, par exemple de passer de 3 au niveau 4, donc de montrer une amélioration dans la prise en compte des libertés informatiques, que ce soit le logiciel libre ou les données publiques.

Béatrice Pradillon : Tout à fait. On encourage à le faire tous les ans, voire tous les deux ans pour les collectivités qui ont petit peu moins de temps à accorder. Ça peut vraiment permettre de se fixer des objectifs, de décider qu'on se donne deux ans pour atteindre par exemple le niveau 4. Ça peut être un marqueur pour la collectivité de sa progression.

Frédéric Couchet : Tout à fait. Ce label, on l’a dit, est organisé par l’ADULLACT, c’est une initiative de l’ADULLACT. Est-ce qu’il est organisé en partenariat avec d’autres structures ? Est-ce qu’il y a aussi le soutien de structures institutionnelles ?

Béatrice Pradillon : En fait, j’ai envie de parler, on parle en termes de comité d’orientation, c’est-à-dire que ce sont vraiment des structures qui sont déjà impliquées sur le sujet et qui nous aident chaque année à la fois à promouvoir le label mais aussi à repenser le questionnaire, le fonctionnement. Au sein de ce comité, il y a l’AFUL, l’Association Francophone des Utilisateurs de Logiciels Libres, l’April. Cette année nous avons ajouté, enfin coopté un nouveau membre, l’association Déclic qui est une association en fait de structures mutualisantes dans le domaine du numérique. Il y a le cluster NAOS [Nouvelle-Aquitaine Open Source], c’est le nouveau nom du pôle Aquinetic, et la ville de Saint Martin d'Uriage qui nous permet d’avoir aussi le point de vue des petites collectivités, le point de vue des élus. Ce qui fait qu’au sein de ce comité d’orientation on a à la fois des associations libristes, on a des associations de mutualisants, des entreprises du numérique libre et aussi des élus qui œuvrent chaque jour dans ce domaine-là. Ça permet d’avoir des points de vue très différents qui nous permettent aussi de faire avancer les choses chaque année.

Frédéric Couchet : C’est très bien et nous, au niveau de l’April, on est évidemment ravis de participer à cette initiative. C’est important que tu précises que le label n’est pas que pour les grandes collectivités. Toute collectivité, quelle que soit sa taille, peut obtenir un label de niveau 4 en fonction de ce qu’elle fait parce qu’évidemment la notation tient compte de la structure de la collectivité.
Béatrice, c’est la cinquième édition. Est-ce qu’il y a des nouveautés ? Est-ce qu’il y a un bilan ? Des candidatures manquantes ?

Béatrice Pradillon : La principale nouveauté de cette année, on a associé l’association Déclic au comité. C’est vrai qu’au niveau du fonctionnement même on n’a pas fait de changements cette année et même au niveau du formulaire, on a rajouté, on va dire, la notion d’influence au niveau du territoire, c’est-à-dire qu’on essaye de mesurer, de dire si une collectivité peut avoir influencé d’autres collectivités du point de vue des logiciels libres. On a apporté cette petite notion en plus. Dans l’ensemble on a voulu garder un formulaire assez similaire à 2019. C’est vrai qu’on est quand même dans une situation un petit peu exceptionnelle, on sait qu'en ce moment les collectivités ont beaucoup de priorités qui ne sont pas forcément de candidater à un label. Donc on s’est aussi dit que cette année en ayant un formulaire, un questionnaire, qui est semblable à celui 2019 on va aussi encourager les collectivités déjà labellisées à renouveler leur label. Remplir ce dossier ça demande quand même un petit temps d’investissement, donc on a voulu s’assurer que les collectivités n’aient justement pas de grosses nouveautés qui leur demandent un travail vraiment supplémentaire cette année.

Frédéric Couchet : D’accord. Le formulaire de candidature est en ligne depuis le 10 juin. Il faut le remplir. Quelle est la date limite ? Est-ce qu’un jury va se réunir ? Est-ce qu’il va se réunir physiquement et quand?

Béatrice Pradillon : Cette année les dates de candidature vont du 10 juin au 15 octobre 2020 à minuit. En fait on conseille aux candidats de fonctionner en deux étapes : on a d’abord une liste de questions à télécharger, à imprimer, ce qui permet vraiment de faire le tour des services, d’aller voir les différents agents, les élus, de pouvoir préparer le dossier et, dans un second temps, de remplir le questionnaire en ligne sur Framaforms avant le 15 octobre. Il y a à peu près un petit peu plus de 100 questions, je crois, réparties en cinq parties. Ce n’est pas non plus un temps incroyable que de remplir ce questionnaire, certaines collectivités le font en une demi-journée sans problème.
Au niveau de la suite, on se laisse toujours cinq/six semaines à peu près de traitement des candidatures, donc ça veut dire qu’à peu près aux alentours de mi-novembre, fin novembre, on réunit le jury et ensuite on fait la remise des labels. Cette année on n’a pas encore de date déjà fixée, mais on sait que ce sera aux alentours de fin novembre. On va certainement faire ça à peu près en même temps que le salon des maires, comme on avait fait l’an dernier, je n’ai plus la date exacte mais c’est fin novembre.

Frédéric Couchet : Oui, ça doit être fin novembre. D’accord.
On encourage toutes les collectivités à candidater. Je vais rappeler le site web, territoire-numerique-libre.org, donc le label Territoire Numérique Libre.
Nous étions avec Béatrice Pradillon, chargée de communication à l’ADULLACT. Béatrice je te remercie de ta participation et au plaisir de se voir peut-être pour la remise des prix au salon des maires à la rentrée, fin novembre.

Béatrice Pradillon : Merci beaucoup pour l’invitation en tout cas.

Frédéric Couchet : À bientôt.
On approche de la fin de l’émission, Je vais regarder quelles annonces je peux faire.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : Une annonce importante. On vous a dit tout à l’heure dans la partie « Au cœur de l’April » que ce qu’on fait c’est majoritairement public. Nous sommes en train de préparer le bilan de la saison 3 de Libre à vous ! et de préparer la saison 4. Pour cela il y a le bloc-notes en référence sur april.org et sur causecommune.fm où vous pouvez déjà mettre vos commentaires, signaler ce qui vous plaît dans l’émission, les sujets, les chroniques, les points de vigilance, d’amélioration, des suggestions pour la saison 4 ; vous pouvez le faire quand vous voulez parce qu’on a besoin de vos retours et nous organisons une réunion sur Mumble, donc sur l’outil d’audioconférence ce vendredi 19 juin 2020 à 10 heures 30 jusqu’à midi maximum. N’hésitez pas à vous connecter sur le salon Mumble, toutes les informations sont sur le site april.org. Sinon vous pouvez contribuer sur le bloc-notes ou nous envoyer un courriel, vous trouverez les références sur le site april.org ou sur le site de Cause Commune, causecommune.fm.
Sinon il y a aussi une reprise d’activité physique. Par exemple à Digne-les-Bains il y a une cartopartie OpenStreetMap. OpenStreetMap est un projet de cartographie qui a pour but de constituer une base de données géographiques libre du monde. On en a déjà parlé dans l’émission à deux reprises. À Digne-les-Bains il y a une cartopartie, mes pensées vont à Jean-Christophe Becquet président de l’April qui habite Digne-les bains.
À Paris, à la Cité des sciences et de l’industrie, les ateliers reprennent, il y a notamment un atelier Inskape qui est un logiciel libre de dessin vectoriel qui reprend à partir du 30 juin.
Toutes les informations sont sur le site de l’agenda du Libre, agendadulibre.org.

Notre émission se termine. Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Noémie Bergez, Magali Garnero, Laurent Poujoulat, Antoine Bardelli, Quentin Gibeaux, Isabella Vanni, Béatrice Pradillon et également toutes les personnes qui étaient sur le salon web de la radio.
Aux manettes de la régie aujourd’hui William Agasvari, William anime les émissions Et pour cause et Cyberculture sur la radio. Merci également à Sylvain Kuntzmann, Antoine, bénévoles à l’April, Olivier Grieco le directeur d’antenne de la radio qui s’occupent de la post-production des podcasts.
Un nouveau merci à Quentin Gibeaux, le même que tout à l’heure, qui s’occupe de la découpe du podcast complet en podcasts individuels par sujet.

Vous retrouverez sur les sites april.org et sur causecommune.fm, une page avec toutes les références utiles.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous. Faites connaître également la radio Cause Commune, la voix des possibles.
La prochaine émission aura lieu en direct mardi 23 juin 2020 à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur le réemploi informatique et les libertés informatiques.

Nous vous souhaitons de passer une agréable fin de journée. On se retrouve en direct mardi 23 juin 2020 et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Dividende Universel : unité de mesure économique sous logiciel libre

ven, 06/26/2020 - 16:39


Titre : Le Dividende Universel : l'unité de mesure économique sous logiciel libre
Intervenant·e·s : Matiou - Nadou
Lieu : Capitole du Libre - Toulouse
Date : Novembre 2019
Durée : 52 min 15
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Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière, Création Monétaire - Ğ1 pour une économie libre -Licence creative Commons [http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/fr/ By SA}
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Nadou : Moi c’est Nadou. Merci d’être venus, d’être sortis du lit si tôt.
Notre propos aujourd’hui c’est le Dividende Universel, l’unité de mesure économique sous logiciel libre.
Je vais vous présenter le plan de cette présentation.
Dans une première partie, on va définir la monnaie. Qu’est-ce que la monnaie ? Ensuite on va parler de la première fonction, donc le moyen d’échange pour faire société. La deuxième fonction, une unité de mesure commune. La monnaie utilisée c’est de la dette. Comparaison des monnaies et des moyens d’échange existants.
En deuxième partie on va parler de la TRM, la Théorie Relative de la Monnaie, avec ses quatre libertés économiques axiomatiques. L’humanité est un flux. Nous verrons aussi l’équation de formation du DU, le DU est le Dividende Universel. Puis, dans cette partie, le dernier point sera la propriété de convergence des comptes coproducteurs du DU.

En troisième point on verra la mise en pratique de la TRM avec Duniter, le cœur générateur du DU et sa toile de confiance. L’écosystème Duniter et ses applications clientes puis on prendra l’exemple de Cesium qui est donc une des applications clientes.
La mise en pratique de la Ğ1, prononcé « June ». On parlera de où faire son marché, on abordera rapidement le jeu Ğeconomicus puis les modules d’approfondissement de la TRM.
Si on a un peu de temps, on fera un petit résumé de tout ça et une petite conclusion.

Qu’est-ce que la monnaie ?

Je démarre cette présentation par qu’est-ce que la monnaie ?
On a fait quelques recherches et on est tombé sur des textes très anciens, le plus ancien d’Aristote, –350 ans avant Jésus-Christ, qui nous dit ceci à propos de la monnaie : « C’est pourquoi on a recours à la monnaie qui est pour ainsi dire un intermédiaire. Elle mesure tout, la valeur supérieure d’un objet et la valeur inférieure d’un autre. Par exemple combien il faut de chaussures pour équivaloir à une maison ou à l’alimentation d’une personne, faute de quoi, il n’y aura ni échange, ni communauté de rapports. » Il y a des mots clefs ici qui sont très importants, que je vous ai mis en gras.
On s’est rendu compte que Nicolas Copernic aussi, au 16e siècle, dans le Traité de la monnaie, a tenté de définir la monnaie et il dit ceci, j’ai extrait cette partie : « La monnaie est une mesure commune d’estimation des valeurs qui doit toujours être fixe et conforme à la règle établie. Autrement, il y aurait, de toute nécessité, désordre dans l’État : acheteurs et vendeurs seraient à tout moment trompés comme si l’aune, le boisseau – ce sont des unités de mesure – ou le poids ne conservaient point une quotité certaine. »
Qu’est-ce qu’on peut conclure de ces deux extraits ? En fait c’est que la monnaie se définit selon deux grandes fonctions, en tout cas comme un moyen d’échange, c’est sûr, une unité de mesure commune de biens et de services.
Là je laisse la parole à Matiou.

Matiou : Nous allons définir la première fonction de la monnaie qui est de servir de moyen d’échange pour faire société.

Là nous pouvons voir un schéma qui nous montre le troc, en fait une société sans monnaie. Il y a Alice, Chris et Bob, ça peut être trois communautés d’individus, qui produisent des valeurs et s’ils veulent échanger leurs valeurs, ils sont nécessairement obligés d’accepter la réciprocité, la valeur réciproque de l’autre. S’il n’y a pas de réciprocité, ils ne peuvent pas échanger. Donc, depuis 5000 ans, les individus ont trouvé une solution, c’est d’utiliser un intermédiaire d’échange, un moyen d’échange donc une monnaie qui permet de faciliter les échanges très facilement comme vous pouvez le voir. Ils utilisent donc des chiffres mesureurs pour mesurer les valeurs. Ça permet d’éviter la nécessité de réciprocité.
On peut voir dans l’Histoire que les premiers supports de monnaie étaient des monnaies marchandises, puis on est passé aux monnaies métalliques, solides, et aujourd’hui toutes les monnaies sont cryptées, en fait ce sont des cryptomonnaies.

La deuxième fonction de la monnaie, c’est de servir d’unité de mesure commune. C’est très important. Nous allons comparer avec les autres types d’unités de mesure que nous utilisons pour mesurer les températures, le temps, les distances. À chaque fois nous utilisons des unités de mesure qui sont facilement vérifiables et qui comportent un invariant spatio-temporel, qui ne varie pas dans l’espace et dans le temps entre les observateurs. Par exemple, pour mesurer les températures, le degré Celsius ; le degré Celsius c’est un centième de l’écart entre le gel et l’ébullition de l’eau à 1024 hectopascals, évidemment. Tous les individus sont égaux à l’instant t mais aussi à l’instant t + 1 face à cette unité de mesure qui est facilement vérifiable et qui comporte un invariant.
Pour le temps pareil, la seconde c’est, en gros, le temps d’oscillation du rayon du soleil à travers l’atome de césium. Cet événement est identique, il ne varie pas en fonction des individus ni dans l’espace ni dans le temps.
Pour mesurer les distances nous avons utilisé une part du méridien terrestre. Le mètre c’est 1/40 millionième du méridien terrestre. Nous vivons tous sur la même planète, c’est donc bien une unité de mesure qui est facilement vérifiable, quand même assez facilement, et qui comporte un invariant spatio-temporel.
Ce sont donc des étalons neutres entre les individus. Ils permettent une propriété de symétrie entre nous, ils permettent de générer la compréhension, la collaboration, l’élaboration de projets en dialoguant, en pouvant échanger de façon symétrique. Nous pouvons faire société avec ces unités de mesure, car, je le répète, elles sont vérifiables facilement et comportent un invariant.

Qu’en est-il de la monnaie utilisée ? Comporte-t-elle un invariant spatial et temporel vérifiable par autrui ? Est-ce un étalon neutre ? Cette monnaie utilisée c’est quoi, l’euro ? Eh bien c’est de la dette. Donc évidemment la dette ne comporte pas d’invariant spatial et temporel.

On va voir comment est créée la monnaie dette, l’euro. Eh bien par la rencontre de deux agents, un agent bancaire et un agent non-bancaire. La monnaie dette ne se crée pas par un seul agent, elle ne se crée pas, contrairement à ce que beaucoup de gens croient, par juste les banquiers. Pas du tout ! Il faut qu’il y ait un agent non bancaire qui signe un titre de dette ; un agent bancaire qui l’accepte, évidemment. Cet agent bancaire vérifie que l’agent non bancaire est bien solvable. La majorité des agents non bancaires qui créent la monnaie, qui signent des crédits, sont les ministres d’État. 82 % de l’euro est créé par les ministres d’État.
L’agent bancaire va donc créer la monnaie on dit ex-nihilo, mais en fait à partir du titre de dette et cette monnaie percole dans la société, dans la baignoire monétaire, on peut voir, en formant, en dessinant une asymétrie, une pyramide. Ceux qui sont au-dessus de la barre rouge sont les créateurs de monnaie, sont les agents non bancaires qui signent des crédits et ceux qui sont en dessous de cette barre rouge, eh bien ce sont tous les individus qui utilisent cette unité de mesure, la monnaie dette, cet euro, alors qu’ils ne participent pas à sa production. Ils sont forcément dominés et ils doivent de facto, a fortiori, travailler à obtenir un salaire, on voit une petite icône qui vous fait comprendre un peu notre situation. On est obligé de travailler au bénéfice de ceux qui créent la monnaie afin d’obtenir d’eux, de ces derniers, de la monnaie qu’ils produisent. Donc si vous n’avez pas accès au travail pour obtenir de la monnaie, il vous reste quoi ? L’aide sociale et puis le vol, ceux qui sont tout en bas de la pyramide, comme conséquence socio-économique.
La monnaie étant crée par un titre de dette, les remboursements détruisent ce titre de dette, les remboursements sont détruits.
L’intérêt c’est le paiement du salaire des banquiers, ça on ne peut pas non plus l’abolir, il va dans la poche des banquiers qui, après, achètent ce qu’ils veulent dans la baignoire, dans la société.
Donc la conclusion, double conclusion fondamentale à retenir, quelque chose qu’on devrait nous apprendre à tous à l’école, ce schéma qui est quand même assez simple à comprendre, c’est que l’absence d’invariant spatial et temporel et la dette créatrice de monnaie engendrent une société inégalitaire, fondamentalement, c’est la source des inégalités, basée sur la compétition et la recherche de croissance, que certains appellent, en gros, le capitalisme. Donc l’inégalité et le « capitalisme », entre guillemets, sont la conséquence mécanique, physique, sociale, d’un type de monnaie utilisé qui ne comporte pas d’invariant spatial et temporel.

Là on y va, c’est la dernière diapo où on va parler encore des autres types de monnaie que la monnaie libre, c’est un tableau comparatif de différents types de monnaie, moyens d’existence existants. Nous n’en connaissons que quatre.
Le premier type de monnaie a plusieurs noms, c’est la monnaie bancaire, la monnaie dette, la monnaie crédit, l’argent. Les monnaies locales complémentaires sont de la monnaie dette.
Le deuxième type de monnaie, enfin de moyen d’échange, c’est ce qu’on appelle le sel [Système d'échange local], le troc, le jardin d’échange universel, l’échange marchandise ou le crédit temps d’activité, c’est la même chose.
Le troisième type de monnaie, ce sont les bitcoins1 et Allcoins depuis 2009. Il y en a plus de 3000 aujourd’hui.
Puis on va y arriver après, on va bien décortiquer cela, la monnaie libre qu’on appelle aussi la monnaie en Dividende Universel, la monnaie en revenu de base, selon les quatre libertés économiques axiomatiques de la Théorie Relative de la Monnaie2 de Stéphane Laborde écrite sous licence libre en 2010. On y va.

La monnaie crédit, la monnaie dette, l’euro, comment est-il produit ? De façon centralisée. Son type de production est centralisé, on le voit, la pyramide. Est-ce qu’il existe un principe d’invariant spatial et temporel ? Eh bien non ! On peut voir l’évolution de l’euro depuis l’an 2000, d’ailleurs on peut voir cette chute en 2008, ce palier, cette crise, donc on voit bien qu’il n’y a pas d’invariance, en tout cas temporelle, dans la création des euros.
Le code d’émission de la monnaie dette est privé et privateur, double peine.

Maintenant les sels, les trocs, les moyens d’échange sans monnaie, leur type de production est, entre guillemets, « décentralisé », un simple livre de compte entre agents économiques permet de troquer, d’établir des échanges. Est-ce qu’il y a un invariant spatial et temporel ? Eh bien non. C’est limité à des individus qui acceptent la réciprocité, qui se connaissent, c’est vraiment limité dans l’espace et dans le temps aussi à des petites communautés, des tribus, des individus qui n’utilisent pas de monnaie ça existe encore aujourd’hui sur la planète, eh bien ils ne font pas société, ils vivent en tribu.
Le code d’émission est ouvert, évidemment tout le monde peut troquer, mais il n’est pas commun, justement, parce que le troc, le sel ne comportent pas d’invariant spatial et temporel.

Les bitcoins et Allcoins sont décentralisés, très bien, il n’y a pas de centre émetteur de bitcoin, il n’y a pas de banque.
Le bitcoin et les Allcoins, les autres cryptomonnaies comportent-elles une invariance spatiale et temporelle ? Eh bien non. Il y a une dysmétrie, on va dire dans le code même de ces cryptomonnaies puisqu’elles nécessitent un minage, donc un privilège de ceux qui ont des grosses machines ou qui ont, en tout cas, pu miner en premier. Le code d’émission de ces cryptomonnaies est ouvert, tout le monde peut décider de miner du bitcoin ou d’autres types de cryptomonnaies, mais il n’est pas commun. On n’est pas tous égaux face à la création de ces cryptomonnaies qui nécessitent une preuve de travail par minage, donc qui nécessitent une utilisation énergétique très forte. Il faut, en gros, trois centrales nucléaires rien que pour le bitcoin.

La monnaie libre

Maintenant c’est parti. Maintenant on ne va vous parler que de la monnaie libre. On répète, la monnaie libre Duniter Ğ13, Duniter c’est le logiciel libre générateur de la monnaie libre. Ce Dividende Universel est décentralisé vraiment en peer to peer numérique. Comporte-t-il une invariance spatiale et temporelle, eh bien justement c’est sa spécificité de comporter même une symétrie précisément spatiale et temporelle entre les individus. Selon quel code ? Un code qui est public, commun, un code qui ne varie pas, qui est la vitesse moyenne de renouvellement du vivant. Tous les individus naissent, vivent et meurent. C’est commun à tous les individus vivants.
On va décortiquer cette chose que la TRM, la Théorie Relative de la Monnaie, décrit précisément de façon mathématique.
Avant de décrire une théorie, la TRM s’affaire d’abord à établir un cadre, un cadre axiomatique, les quatre libertés économiques axiomatiques d’une monnaie libre, à l’instar des quatre libertés du logiciel libre que j’ai mises en noir ici. Je vais vous lire uniquement les quatre libertés économiques :

  • la première liberté, la liberté du choix de son système monétaire. Une monnaie libre ne peut pas s’imposer. D’ailleurs, est-ce que la monnaie euro respecte cette liberté du choix du système monétaire ? Non, puisque, si vous vendez quelque chose, vous êtes obligé de proposer un prix, si on vous le demande, en monnaie euro, il faut le savoir, si vous êtes sur le territoire européen ;
  • la deuxième liberté, c’est la liberté d’utilisation des ressources. Cette utilisation doit être conforme à la non-nuisance réciproque. C’est ça la non-nuisance, c’est quand il y a réciprocité. C’est la « clause lockéenne ». Par exemple je suis dans le désert, je trouve une source d’eau, j’ai le droit d’utiliser cette ressource, mais je dois en laisser pour les autres. Si j’utilise toute l’eau et qu’il y a d’autres personnes qui en ont besoin, je dois leur compenser ce monopole que j’aurais initié d’utilisation d’une ressource ;
  • la troisième liberté, très importante aussi, c’est la liberté de production et d’estimation de toute valeur. C’est la notion de relativité des valeurs. Une valeur absolue n’existe pas. Aucune valeur n’est absolue. Il n’existe pas de valeur intrinsèque aux choses. Toute valeur est relative à l’observateur. Par exemple un verre d’eau, on revient à l’eau, un verre d’eau dans les Pyrénées n’a pas beaucoup de valeur avec toutes les sources qu’il y a. Par contre, ce même verre d’eau dans le désert a beaucoup de valeur. Les valeurs sont relatives dans l’espace et entre individus, dans le temps aussi par rapport aux individus ;
  • la dernière liberté qui est donc la quatrième liberté, c’est la liberté d’afficher les prix, de comptabiliser, d’échanger réellement dans cette monnaie choisie. C’est cohérent.

Une fois qu’on a établi, qu’on a compris ces quatre libertés économiques axiomatiques, voila ce que nous enseigne la Théorie Relative de la Monnaie. Elle nous enseigne — je pense que tout le monde le sait, mais on a tendance à l’oublier — que l’humanité est un flux de vie. Personne n’est éternel. Nous naissons, nous vivons et nous mourons. Là nous pouvons voir chronologiquement, de 1938 à 2054, que les individus naissent, on est tous bébés, puis adolescents, puis adultes. On voit un individu en rouge qui est né en 1940, les individus nés en 1940 vont mourir en moyenne 80 ans plus tard.
Pareil en 1974, en bleu, un individu qui naît en 1974 a de grandes chances, en moyenne, de disparaître en 2054.
On peut voir que, pour chaque génération, il y a des valeurs qui sont mesurées et que ces valeurs changent au cours du temps, donc elles ne peuvent pas servir. Aucune valeur ne peut servir d’invariant, ne peut servir de référence au Dividende Universel, ne peut servir de référence à une bonne unité de mesure.
Les individus, pareil, ils changent au fur et à mesure du temps. On s’aperçoit même qu’ils changent selon un cycle. Tous les 80 ans, tous les individus se renouvellent en moyenne, toujours en moyenne ; bien sûr qu’il y a des gens qui vont vivre plus longtemps que 80 ans, mais, en moyenne tous les 80 ans, la société se renouvelle. On peut le voir à travers cette cascade. Les gouttes d’eau forment une cascade, c’est toujours la même humanité, c’est toujours la même cascade, mais ce ne sont jamais les mêmes gouttes d’eau.
Il y a quand même un délai, un temps de résidence humaine, on va dire, des gouttes d’eau dans cette cascade. En haut c’est la naissance des gouttes d’eau, leur vie c’est la chute qui dure 80 ans et, on va dire, la mort une fois que les gouttes atteignent le sol.
Si on cherche à établir une symétrie, c’est-à-dire qu’il n’y ait pas de privilèges des jeunes sur les anciens ou des anciens sur les jeunes, cette espérance de vie de 80 ans, cette hauteur de flux, on obtient de cette prérogative de chercher la symétrie spatiale et temporelle, une célérité de la vie humaine, un petit « c » qui est une une constante de 10 % par an. La vitesse moyenne de renouvellement de la vie humaine est de 10 % par an.

Là on y va. Nous sommes dans une école d’ingénieurs en mathématiques. La TRM, la Théorie Relative de la Monnaie établit une équation du Dividende Universel de façon mathématique par un mathématicien, Stéphane Laborde - je ne le suis pas, excusez-moi pour les digressions que je vais faire. Cette équation du DU provient d’une recherche pour concrétiser une symétrie spatiale et temporelle, c’est-à-dire pour concrétiser une égalité à l’instant t entre les membres et une équité entre les générations.
On peut le voir, la première contrainte, l’écart entre deux individus à l’instant t doit être égal à zéro face à la création monétaire et l’écart entre les générations successives doit être égal à une constante, la célérité dont je parlais juste avant.
Le résultat de ces deux contraintes est une forme unique ; c’est ça que démontre la Théorie Relative de la Monnaie. C’est une valeur économique qui se crée sous la forme d’un DU, un Dividende Universel, dont le montant, le nombre de Ğ1, est proportionnel à la masse monétaire moyenne. Ceci est fait pour N éternellement stable ; N c’est le nombre de membres.
Donc on a bien le DU à l’instant t qui est une proportion, qui est égal à la célérité multipliée par le portefeuille moyen. Mais comme le nombre d’individus n’est pas stable, N n’étant pas éternellement stable, à l’initialisation d’une monnaie comme en ce moment depuis deux ans et demi, la Ğ1, la monnaie libre, s’initialise. Il peut aussi y avoir des variations à la baisse, imaginons que des gens soient déçus et révoquent leur compte, il y aurait donc un nombre de membres qui baisse, eh bien nous avons choisi une bonne forme du DU, c’est l’équation du second degré, une équation qui convergerait vers ce rapport, ce premier rapport, qui est de la forme : le DU de demain, le DU (t + 1), est égal au DU d’aujourd’hui + c2 fois M/N ; c2, le carré de la célérité fois le portefeuille moyen.
DU(t +1)= DU(t) + c2 (M/N
Autrement dit pour un nombre stable, un nombre de membres stable, la deuxième équation convergera vers la première.

Nous avons quoi comme paramètres ? Cette sacro-sainte célérité de 10 % par an. Nous avons choisi de partager l’année en deux pour ne faire un palier trop élevé. Donc à chaque équinoxe, le petit c choisi est donc est précisément de 4,88 %.
Le DU à l’instant 0, le premier bloc, nous étions 59 membres, était de 10 Ğ1.
Et les variables, ce sont la masse monétaire et le nombre de membres qui évoluent, évidemment, au fur et à mesure du temps.
La Ğ1 se produit ainsi via un Dividende Universel, c’est un paquet quotidien pour tout être humain membre de la toile de confiance Ğ1 qui est de la forme un DU par personne et par jour.
Le montant du DU, c’est-à-dire que le nombre de Ğ1 dans le DU, est identique chaque jour jusqu’au prochain équinoxe où le DU sera alors réévalué.

Une propriété qui est démontrée encore une fois dans la Théorie Relative de la Monnaie, on est encore dans la théorie, c’est la propriété de convergence des comptes membres coproducteurs de la monnaie libre.
On voit trois comptes en Dividende Universel ; c’est relatif à la masse monétaire, ce n’est pas une vue quantitative des comptes, c’est une vue en relatif.
On voit en bleu un entrant, on pourrait dire un pauvre en monnaie libre.
En jaune, c’est quelqu’un qui a la moyenne, il perçoit le Dividende Universel, donc il reste à la moyenne sur 80 ans, sur une espérance de vie.
En rouge, on voit un individu qui est deux fois plus riche que la moyenne.
Là on estime que les individus soit ils vendent autant qu’ils achètent ou bien qu’ils ne font pas d’échanges, ce qui n’est pas possible dans une société, donc on va plutôt considérer qu’ils achètent autant qu’ils vendent comme ça on voit vraiment l’influence de la création monétaire sur leurs comptes. Eh bien on voit que le riche et le pauvre convergent à la moyenne en une demi-vie. Il y a bien une symétrie spatiale et temporelle, donc il n’y a pas de privilèges. Le compte épargné des riches perd de son poids économique, ce qui va pousser, on le verra après, les épargnants au-dessus de la moyenne à prêter leur Dividende Universel.

Maintenant on va passer de la théorie à la pratique. Depuis le 8 mars 2017, le logiciel dont on va parler maintenant, Duniter, permet de générer et d’utiliser cette monnaie libre à l’aide de ses clients et permet de faire nouvellement société.
À toi Nadou.

Duniter

Nadou : Merci. Là on va passer à la mise en pratique de la TRM.
Duniter, c’est le cœur générateur du DU qui a demandé quatre ans de développement. C’est une technologie écrite en Type Script. C’est cgeek qui a beaucoup travaillé, qui a été rejoint par d’autres développeurs.
On va aussi parler de la toile de confiance qui permet une blockchain écolo. On va voir pourquoi on l’estime écolo, parce que seuls les nœuds membres volontaires, en ce moment il y en a 73, au moment où on a fait les slides en tous cas il y avait 73 nœuds qu’on appelle forgerons parce qu’il n’y a pas de minage, qui font partie de la toile de confiance. Ils participent sans course à la preuve de travail, au calcul, à l’écriture des blocs en permanence. Il y en a un tiers qui peuvent être en dormance.
Il n’y a pas de récompense monétaire, donc pas d’incitation économique au calcul des blocs contrairement aux autres blockchains, par exemple Bitcoin, Mathieu en a parlé tout à l’heure.
Là je vous ai fait une petite représentation de ce que pourrait être la blockchain Duniter. On voit qu’un nœud membre calcule un bloc toutes les cinq minutes. La blockchain, vous connaissez sûrement, c’est un registre, un grand livre de comptes sécurisé, infalsifiable et chaque bloc serait une feuille dans laquelle on peut retrouver l’écriture. Pour Duniter ça va être les certifications, les transferts par exemple. On peut aussi voir l’écriture de soldes ou les certifications.
Qu’est-ce que je peux en dire d’autre ? En ce moment Duniter est en train d’être réécrit en Rust et, pour la petite histoire, c’est Loïs, un Montpelliérain qui a, je pense en faisant mes recherches, découvert Rust au Capitole du libre 2017 et qui s’est mis en tête de réécrire Duniter en Rust, toujours dans cette volonté de monter en échelle et de sécuriser le système.

Là on passe à l’écosystème de Duniter et à ses applications clientes.
On l’a dit, c’est de la licence libre, c’est du GNU AGPL v3.
Autour des nœuds Duniter on a ses applications clientes au nombre de trois. Il y a Silkaj, Sakia, ça c’est plutôt pour les avertis, je vais dire, ce sont des clients qui sont écrits en Python, je pense, ou en ligne de commande donc c’est plutôt pour des avertis.
Je vais plutôt vous parler de Cesium4 parce que c’est le client le plus utilisé, le plus friendly, le plus sympa, que la majorité des gens utilisent.
On peut le télécharger sur tout support, notamment sur GNU/Linux. Il n’y a vraiment pas d’excuse pour ne pas télécharger l’application Cesium, il suffit de taper cesium.app. Cesium, comme je disais, c’est le client le plus simple d’utilisation. Il permet notamment la création et la recherche des comptes dans l’annuaire, l’affichage des certifications. On y retrouve aussi le solde et les transferts. Ça permet aussi la visualisation du réseau et le contenu des blocs.

Quand vous avez téléchargé, que vous souhaitez créer un wallet, un compte, vous avez la possibilité de choisir soit d’ouvrir un simple compte portefeuille. Dans ce cas vous trouvez un identifiant et un mot de passe qui génèrent automatiquement une clef publique. Il faut absolument sauvegarder, écrire précieusement vos identifiants et votre mot de passe. Je ne le dirai jamais suffisamment. On le répète régulièrement : c’est du décentralisé et quand on est dans un système décentralisé, je rappelle que la responsabilité porte sur nos épaules, il n’y a pas une hotline qu’on appelle pour avoir son mot de passe, donc il faut être responsable et sérieux.
Une fois que vous avez un compte portefeuille, vous pouvez démarrer l’expérimentation, vendre des biens, des services. Je peux aussi vous faire un don pour pouvoir commencer à expérimenter la Ğ1.

Sinon, vous pouvez aussi ouvrir un compte membre. Le compte membre c’est le compte producteur du DU. Il faut être d’autant plus vigilant, il faut un identifiant et un mot de passe suffisamment solides, par exemple une longue phrase, qui vont vous générer une clef publique qui va être associée à un pseudo. On ne vous demande pas de carte d’identité. Ici on est en décentralisé, c’est une clef publique avec un pseudo.
Mes préconisations, quand vous êtes dans ces étapes-là, c’est de bien lire et accepter la licence, de toutes façons Cesium vous le propose. Je conseille aussi aux gens de faire ça plutôt dans un temps calme et accompagnés. Sauvegarder l’identifiant et le mot de passe puisqu’il n’y a pas de tiers. Aller à la rencontre et connaître au moins cinq membres, ça c’est la question des certifications pour être dans la toile de confiance. Et surtout, télécharger le fichier de révocation.

Là je vous ai mis une photo de mon compte membre en fait. C’est bien moi. J’ai fait le choix de mettre une photo, nom, prénom et ici vous avez le début de ma clef publique. Sur la gauche, ce sont les gens qui m’ont certifiée, ce sont les certifications reçues, j’en ai reçues 39 et, à mon tour, j’ai certifié, donc j’ai émis 56 certifications. On a un paquet de 100 certifications pour deux ans je pense.

Sur cette partie-là vous avez un visuel sur la vie de mon compte. La chose à retenir ici ce sont les 10,11 Ğ1, ça c’est le DU que je coproduis puisque je suis membre de la toile et vivante, donc je coproduis 10,11 Ğ1 par jour. En bleu, vous avez un visuel sur les entrées, le positif. J’ai eu des dons. J’ai vendu des choses donc j’ai reçu de la monnaie. Et en négatif ce sont mes petites emplettes. Vous avez vraiment un visu sur mon compte membre.
Ces transactions, en fait, sont visibles sur les blocs qui sont calculés. Là j’ai choisi de vous mettre le bloc 279 146 qui a été forgé par Donadieu, donc Jean-Luc, qui a forgé ce bloc de manière volontaire, comme on l’expliquait il n’y a pas d’incitation à la récompense, donc merci Jean-Luc. Là on voit effectivement qu’on peut lire ce qui a été écrit. On a une opération, donc un transfert. Il y a eu les certifications. On peut voir aussi un nouveau membre.

Sur Cesium, tout le monde a aussi la possibilité de voir ces données-là, par exemple voir l’évolution de la masse monétaire. Ce qui est important de retenir ici c’est le portefeuille moyen. La masse monétaire était de 590 parce qu’ils étaient 59 le 8 mars 2017 et aujourd’hui, quand on a fait les slides, on a passé à 11 millions, c’est la masse monétaire totale et le portefeuille moyen est de 4700 Ğ1.

Matiou : 2373 membres hier soir. Peut-être qu’il y a eu des rentrées.

Nadou : De 59 membres, effectivement on voit qu’il y a une belle progression, on a plus 2373 membres.
La dernière image permet de voir qu’en fait c’est une monnaie d’échange, on l’utilise. Ici c’est le PIB, on a le nombre de transactions ainsi que le volume échangé et on voit très bien la progression jusqu’à aujourd’hui, jusqu’en novembre, on est en novembre 2019, avec des pics quand on a fait par exemple des événements comme des marchés de Noël ou des choses comme ça.
Comme je le disais c’est une monnaie, réellement un intermédiaire d’échange.

La mise en pratique de la Ğ1 pour faire son marché, eh bien partout. Partout où il y a des membres, partout où il y a des gens qui ont de la Ğ1, qui ont un portefeuille, qui sont membres, avec qui vous pouvez échanger. Là vous avez une carte pour ceux qui ont choisi de se géolocaliser. On a le nombre de personnes par région, par ville ou par le département. On peut être un peu chauvins, il y en a beaucoup en Occitanie, notamment à Toulouse.

Matiou : Ce n’est pas pour rien !

Nadou : Mais pas que ! Là il n’y a pas l’Europe, mais il y en a aussi en Espagne, beaucoup en Belgique, ça va de Douarnenez en Bretagne à la Suisse ; il y en a de plus en plus.

Les plateformes d’échange. La plus utilisée, on va dire, c’est ğchange. Vous avez des demandes et des offres de service et de biens. C’est gchange.fr5, il y a ğannonce.org. Je ne les ai pas toutes listées, il y a aussi g1bien.fr.
Et puis la barre de progression, c’est un développeur qui a mis ça en place pour financer des projets, donc des caisses communes, en fait, de financement participatif en monnaie libre. C’est très important.
En visu, in vivo, des marchés classiques, lors de nos rencontres on peut s’échanger des biens et des services.

Si vous ne souhaitez pas ouvrir de portefeuille ou compte membre, vous pouvez expérimenter avec le jeu Ğeconomicus6 et les modules d’approfondissement de la TRM.
C’est quoi le jeu Ğeconomicus ? C’est un jeu de simulation, on joue avec des cartes valeurs et des cartes monnaie. Ça se déroule en deux temps. Dans un premier temps on simule une société sous monnaie dette et dans un deuxième temps une société sous monnaie libre. Ensuite, en dernier, on a une analyse des résultats et là on va comparer la part des valeurs créées par personne et la part moyenne des valeurs créées ainsi que le poids des inégalités. Ça c’est très important.
Je ne donne pas plus de détails. On trouve souvent les mêmes résultats, donc c’est une expérience qui a été faite, je crois, une soixantaine de fois.
Pour ceux qui souhaitent pousser la compréhension, l’approfondissement, il y a d’autres modules. Le module Galilée, il y a Yoland Bresson et puis ça va jusqu’à Kurt Gödel et Ğ(x). Il y a quelques développeurs qui ont fini le module Yoland Bresson ou Leibnitz, je ne sais pas trop.

Matiou : Il n’y a que quatre individus qui sont allés jusqu’au troisième module, donc il y a encore du pain sur la planche, intellectuellement on va dire.

Résumé et conclusion

Matiou : En résumé, comme on l’a dit tout à l’heure, le cadre axiomatique, la monnaie libre se positionne dans quatre libertés axiomatiques. Elle se caractérise par deux symétries, une spatiale et une temporelle, une équation : le DU de demain est égal au DU d’aujourd’hui + C2 fois M/N. [DU(t + 1)= DU (t) + C2 (M/N)]. Vous allez bientôt voir des tee-shirts avec cette équation.
Je produis un DU de Ğ1 par jour.
J’exprime les prix en DU, je mesure tout selon ce DU journalier.
C’est une unité de mesure stable qui comporte une invariance spatiale et temporelle, il faut le répéter.
C’est une création monétaire symétrique précisément dans l’espace entre les individus et dans le temps entre les générations, qui ne génère pas d’inflation ni de déflation, qui génère un auto-équilibre à la moyenne par la notion de propriété de convergence des comptes et tout le système est transparent.
En conclusion.

Nadou : Petite conclusion. L’expérience d’utilisation du DU, l’unité de mesure économique qui comporte un invariant relativiste, permet aux utilisateurs depuis le 8 mars 2017, de développer librement leurs aspirations à l’autonomie économique, sociale et culturelle de type collaborative, mutualiste et contributive.
Les formes d’économie qui semblent se libérer sont de type circulaire d’usage et de fonctionnalité, du solide, durable, du recyclable, du réparable. C’est ce qu’on constate.
À l’image de la sobriété énergétique de l’écosystème Duniter, la toile de confiance semble privilégier le respect du vivant et s’orienter vers l’usage des ressources énergétiques facilement renouvelables.

Merci pour votre attention. Il nous reste quelques minutes pour des questions/réponses.

Matiou : Merci.

[Applaudissements]

Questions et réponses

Public : Bonjour. Merci beaucoup pour cette présentation. J’aurais deux questions sur la présentation que je viens de voir.
La première c’est sur la première partie de la présentation, sur le fait que ça part du principe que les gens dépensent autant que ce qu’ils gagnent, quand il y avait les deux schémas de convergence. Sauf que si c’était le cas, il n’y aurait aucun problème avec l’euro puisqu’en fait le gros problème c‘est notamment le fait que les gens deviennent milliardaires et, du coup, choppent toute la valeur qui ne va pas aux autres personnes. Pareil, si on mettait un seuil maximum je pense que ça réglerait beaucoup de problèmes.
La deuxième question c’est par rapport à la consommation d’énergie de la blockchain parce que, même si on ne mine pas, le fait d’avoir une blockchain qui continue à croître de manière continue fait que rien que le fait de maintenir cette blockchain, en tout cas dans le bitcoin il y a ça aussi comme problème, il n’y a pas que le minage, il y a aussi le fait que la blockchain est tellement énorme, que l’échange lui-même de la blockchain consomme énormément.
Merci.

Matiou : D’abord pour cette deuxième question, eh bien non justement, elle n’est pas énergivore, cette blockchain de Duniter consomme très peu, elle est sobre énergétiquement. Certes la base de données va grossir mais, au fur et à mesure que les informaticiens – d’ailleurs on a oublié une slide – viennent dans la monnaie libre, eh bien ils travaillent. On propose sur Toulouse les 14e Rencontres de la Monnaie Libre, il y en tous les six mois dans une ville différente. Le but de ces Rencontres c’est de se faire rencontrer les informaticiens afin justement d’optimiser parce qu’il y a besoin de passer à l’échelle. Aujourd’hui, on pourrait dire que la blockchain Duniter pèse le poids énergétique d’une souris comparativement au bitcoin ou même à l’euro qui lui pèserait le poids d’un éléphant.
Je veux bien qu’on réfléchisse à anticiper la montée à l’échelle de cette monnaie libre, mais il faut déjà savoir qu’on part de très bas et qu’on va se soucier au fur et à mesure à faire en sorte qu’elle consomme encore moins d’énergie. Une monnaie ça s’entretient. C’est notamment ce que va permettre Dunitrust, donc Duniter en langage Rust, qui va permettre de pouvoir optimiser, en tout cas contenir cette base de données en utilisant le moins possible d’énergie. Ce n’est pas un problème. On va dire que quand il y a un problème il y a toujours une solution.
Pour la première question, la convergence des comptes. Ça c’est une spécificité, une propriété unique de la monnaie libre. Ça vous ne pouvez pas le retrouver en monnaie dette, en monnaie non libre. Parce que là on voit, je vous l’ai dit, la création monétaire, l’effet de la création monétaire sur des individus, sur des comptes d’individus, la création monétaire sur les comptes en monnaie dette, sur les individus, elle est là : ce sont quelques-uns en haut qui dominent tous les autres. La pyramide. Alors qu’ici qu’est-ce qu’on voit ? On voit une convergence des comptes. Au fur et à mesure du temps, la monnaie épargnée au-dessus du portefeuille moyen perd de son poids économique avec le temps. On peut dire autrement que le riche, s’il s’en va aux Bahamas, dans un paradis fiscal, avec sa richesse en Dividende Universel, eh bien les autres individus qui restent sur le territoire, vu qu’ils coproduisent la monnaie avec lui, en fait leur coproduction commune va faire diluer l’épargne du riche qui s’est caché aux Bahamas avec sa bourse, en fait sa bourse ne va pas manquer. Elle ne va pas manquer pour les autres qui sont restés en France et qui, eux, coproduisent la monnaie. On va dire qu’ils vont faire fondre l’épargne du riche qui est planqué aux Bahamas, juste par la création monétaire. Les échanges, après, c’est indépendant, c’est-à-dire que ça peut s’inverser. C’est-à-dire que l’entrant, celui qui est en bleu, qui commence à peine, il suffit qu’il vende une valeur, par exemple un logiciel ou, je ne sais pas, un service informatique à celui qui est très riche – c’est notre cas aujourd’hui, on a vendu pas mal de choses, on a loué une maison en Ğ1, donc on se retrouve avec un portefeuille à peu près de 9000 Ğ1 chacun. Le portefeuille moyen, on l’a vu est de 4700 Ğ1 aujourd’hui, donc nous sommes, on va dire, des individus en rouge. Les jaunes sont à 4700 Ğ1 et vous, les nouveaux entrants, vous êtes en bleu. Si vous nous vendez un service qui vraiment nous plaît beaucoup et que vous nous le faites payer assez cher, eh bien on va vous refiler toutes nos Ğ1, on va se retrouver à votre place, on va se retrouver bleu et vous, vous serez rouges.

Public : En fait, oui, en effet, si la personne ne fait aucun placement, sa monnaie ne fructifie pas, et pour moi c’est exactement comme pour l’euro. Si le mec part aux Bahamas sans faire aucun placement, avec l’évolution de la monnaie, forcément il perd de la valeur, évidemment il se stabilise.

Matiou : Une chose qui est importante, toute valeur étant relative, un placement n’existe pas dans le sens où vous pouvez placer et perdre vos sous. Placer ça ne va pas dire que ça va forcément rapporter, toute valeur étant relative.

Public : Bien sûr. En tout cas sur le principe que s’il part et qu’il garde juste l’argent qu’il a sur lui, dans toutes les autres monnaies c’est pareil.

Matiou : Nnon. Celui qui produit la monnaie va justement assécher ceux qui ne produisent pas de monnaie.

Nadou : On est sur deux types de création de monnaie complémentent différents en fait. C’est-à-dire qu'en monnaie dette, monnaie euro actuellement, comme on l’a démontré, c’est complètement asymétrique. Alors que sous monnaie libre, avec le Dividende Universel, chaque membre de la toile de confiance coproduit sa part quotidienne. Donc il pleut toujours un petit peu. Alors qu’en monnaie dette, actuellement il y a une concentration de cette monnaie en fait. Du coup, au niveau topologique, il y a de la rareté dans certains endroits, par exemple au niveau des gilets jaunes.

Matiou : Pour prendre un exemple qui va répondre à votre question, on voit ici en haut le compte du RSA en quantitatif. On voit bien qu’en l’an 2000 le nombre d’unités euros dans un RSA mensuel était de 398 unités. Chaque année on parle du coup de pouce, on nous parle du coup de pouce, eh oui, en quantitatif le RSA augmente. Il est aujourd’hui autour, je crois, de 600 euros. Donc en effet, le RSA quantitativement monte. Mais la production totale d’euros, la masse monétaire – on ne nous en parle jamais, la quantité des crédits existants – la masse monétaire euro grandissant plus vite que le RSA, eh bien quelle est la part relative du RSA, c’est-à-dire le poids économique du RSA, il n’a jamais été aussi bas aujourd’hui. Ça explique un petit événement, les Gilets jaunes, je ne sais pas si vous en avez entendu parler, qui ressentent une baisse du pouvoir d’achat, alors que le SMIC et le RSA augmentent quantitativement. Ça cause un gros problème.

Public : Tout à fait. Ce que je disais c’était juste par rapport au fait que les riches se stabilisent vers la moyenne. Par contre, le fait que les pauvres remontent vers la moyenne, ça je suis d’accord que c’est quand même une belle avancée sur la monnaie.

Matiou : Vérifiez, vous comprendrez.

Public : J’avais une question à propos de Cesium justement. Il y a deux ans, j’ai été introduit à la monnaie libre par Loïs. J’ai ouvert un compte sur Cesium. Il avait ouvert deux comptes portefeuilles pour moi, du coup je n’ai jamais pu être certifié sur ce compte-là. Est-ce que c’est un problème qui est encore d’actualité ou pas ?

Nadou : Sur l’application Cesium on peut demander que le compte portefeuille devienne membre, vous pouvez le transformer. Si vous savez retourner, si vous savez y aller, si vous avez votre identifiant, votre mot de passe, vous pouvez demander…

Public : Ce n’est pas ça le souci. Le souci c’est qu’en fait il a écrit deux fois dans la blockchain que ce compte-là devenait membre. En inscrivant comme ça deux fois, ce compte est complètement bloqué, il ne peut plus devenir membre. J’ai vu ça avec Denis La Plume, on a essayé de chercher.

Nadou : On ne peut avoir qu’un compte membre, effectivement, là ça devient un peu compliqué.

Matiou : Au bout de deux mois ça se règle. C’est-à-dire que toute activité est oubliée si elle n’a pas abouti au bout de deux mois.

Nadou : C’est vraiment une étape importante. Ce que je préconise c’est vraiment de prendre le temps et surtout de ne pas le faire faire par quelqu’un, vraiment d’être acteur dans cette démarche. Comme on l’a dit, la première des libertés c’est de la choisir. Du coup, il y a une phase de compréhension et une fois que vous êtes vraiment sûr, que vous avez envie d’expérimenter, le simple compte portefeuille permet d’expérimenter et de tisser des liens. Dans un deuxième temps, si vous avez envie de devenir coproducteur de DU, prenez vraiment le temps de le faire au calme, de bien lire la licence et de bien noter, effectivement, l’identifiant, le mot de passe et la clef publique qui est vraiment unique, qui vous identifie.
On est vraiment dans un nouveau paradigme, c’est-à-dire qu’on essaie de faire passer ce message qu’on a envie de construire une société décentralisée, sans dominant, du coup on a des responsabilités vis-à-vis de nous-même et vis-à-vis de la communauté. Ça implique beaucoup de responsabilités.

Public : Excusez-moi. Je voudrais que vous reveniez sur les financements participatifs. Si j’ai bien compris, les comptes c’est forcément des personnes physiques. Ça peut être des personnes morales ? Je voudrais savoir comment ça se passe. Si on veut financer le projet de quelqu’un, ça c’est bien, par contre si on veut financer le projet d’un collectif et que, du coup, ça ne va pas sur une personne, c’est pareil ? Je sais que dans les monnaies locales qui sont des monnaies dettes, j’ai bien compris, ça permet aussi y compris de payer une partie du salaire de ses salariés en monnaie locale donc de favoriser une économie locale. Est-ce que là il serait envisageable, il serait possible de payer une partie du salaire en Ğ1 pour favoriser ça ? Merci.

Nadou : Bonne question. Effectivement, je n’ai abordé que les comptes portefeuilles, les comptes membres pour les personnes. Mais effectivement associations, entreprises, organisations peuvent ouvrir un compte. Ce compte ne sera producteur de DU par contre, parce que seules les personnes vivantes, en fait, sont productrices du DU. Il y a déjà eu des expériences de caisses de financement participatif. Un instituteur, dans le Tarn je crois, a demandé un certain nombre de Ğ1 pour financer l’achat d’ordinateurs pour les mettre sous GNU/Linux et pouvoir faire faire des jeux aux enfants. Son projet a même été financé à 150 %, je crois. On peut le voir sur Ğannonce.
Et puis la question des entreprises, payer des salariés. Effectivement, on a des chefs d’entreprise qui ont plusieurs salariés, à Toulouse par exemple il y a Djoliba, Altsysnet à Cazères, qui effectivement vendent des produits et des services en Ğ1 et je pense par exemple qu'Olivier Fontes qui a une boîte à Cazères, paye le 13e mois, un genre de prime, en Ğ1, à ses salariés.

Organisateur : C'est fini..

Matiou : On peut répondre après aux questions au stand.

Nadou : On a aussi un stand. Et surtout on peut insister rapidement sur la 14e édition des RML qui a lieu à ici Toulouse. On reçoit les informaticiens le week-end prochain, du jeudi 28 au 1er décembre 2019. Je vous invite à venir.
Sinon les liens pour aller plus loin, vous avez : Mlog1.org, ça c’est le site local ; forum.Duniter.org7 c’est pour les développeurs, donc si vous voulez nous aider, allez-y ; monnaie-libre.fr8 c’est plutôt un site généraliste et puis un super site Creationmonetaire.info9, très garni, de Stéphane Laborde.

Matiou : Merci.

Matiou : Merci pour votre attention.

[Applaudissements]

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (30 juin 2020)

ven, 06/26/2020 - 12:57
Start: 30 Juin 2020 - 15:30End: 30 Juin 2020 - 17:00

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71e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 30 juin 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • notre sujet principal : « au cœur de l'April ». Plusieurs personnes actives au sein de l'April (Marie-Odile Morandi, Étienne Gonnu, Christian Momon, Elsa Pottier, François Poulain, Laurent Costy) parleront des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement. Posez-nous toutes vos questions, soit avant l'émission, soit pendant le direct, nous y répondrons
  • la chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah sur le thème « Be kind, Document »
  • la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April. La chronique sera consacrée aux activités de l'Axul

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 30 juin 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 30 juin 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Faut-il plus de police sur Internet ? - Décryptualité du 23 juin 2020

jeu, 06/25/2020 - 13:46


Titre : Décryptualité du 23 juin 2020 - Faut-il plus de police sur Internet ?
Intervenant·e·s : Nolwenn - Nico - Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 23 juin 2020
Durée : 15 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 25 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : 22 People Icons, Creative Tail - Licence Creative Commons CC BY 4.0
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Alors que la loi Avia vient d'être vidée de son contenu par le Conseil constitutionnel, la lutte contre la haine sur Internet ne passe-t-elle pas par plus de moyens pour la police ?

Transcription

Voix off de Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 25. Salut Manu.

Manu : Salut Nolwenn.

Nolwenn : Salut Nico.

Nico : Salut Luc.

Luc : Il se passe un truc super bizarre là, le son est correct. Non ?

Manu : On suppose. On espère.

Nico : La fin du confinement ça aide !

Luc : Je suis rentré. Vous êtes là. C’est Marie-Odile qui va moins souffrir. On n’a jamais parlé de Marie-Odile, mais on aurait dû. Elle transcrit tout ce qu’on fait. Toutes les semaines elle passe un temps incroyable et elle fait un boulot phénoménal pour nous transcrire, ce qui permet de pouvoir nous lire derrière. Bravo Marie-Odile et merci beaucoup.

Manu : Merci.

Nolwenn : Merci beaucoup.

Luc : Ce sera le dernier podcast de la saison. On va arrêter un petit poil en avance. On va s’arrêter sur un son correct. Donc revue de presse.

Nolwenn : ouest-france.fr, « Rostrenen. Esprit FabLab lutte contre l’exclusion numérique », un article de la rédaction.

Manu : Une petite association locale qui se lance pour aider les citoyens de la commune, notamment dans le cadre éducatif parce qu’on se rend compte qu’il y a plein de gens qui ont eu besoin de suivre leurs cours à distance mais qui n’avaient pas d’ordinateur. C’est l’occasion de récupérer des vieux ordinateurs, de les remettre en forme, mettre du logiciel libre dessus, les distribuer aux étudiants. C’est une bonne initiative.

Luc : Ces temps-ci je fréquente beaucoup d’enfants et je découvre que l’usage de l’ordinateur n’est pas gagné. Pendant longtemps on disait que les jeunes étaient à l’aise avec l’informatique. Je pense que ce n’est plus vrai parce qu’avec les consoles, les téléphones portables, il y a plein de gamins qui utilisent rarement un ordinateur et il y a plein de gens qui sont perdus.

Nolwenn : Oui. J’ai une collègue qui est enseignante dans le supérieur et qui, chaque année, est époustouflée par le niveau de plus en plus bas des étudiants sur l’usage des outils numériques. Et ça fait très peur.
ZDNet France, « Libre et open source : Hambourg, pseudonymisation Etalab, cloud libre Rapid.Space, mécénat Code Lutin, Smile », un article de Thierry Noisette.

Manu : C’est un pot-pourri de différentes nouvelles qui concernent le logiciel libre à un moment ou un autre, entre Allemagne et entreprises, notamment entreprise nantaise, il me semble que Code Lutin c’est par là-bas.

Luc : Oui, pas loin.

Manu : Allez jeter un œil si vous voulez voir, c’est assez sympa.

Nolwenn : Leblogauto.com – on parle voitures – « Volkswagen : l'Open Source pour affiner l'OS du véhicule », un article d’Elisabeth Studer.

Luc : Elle est ouvrier spécialisé ?

Manu : L’open source, l’OS, ah oui, l’OS, le système d’exploitation mais en anglais, l’Operating System. Effectivement dans les voitures, les véhicules en général, il y a de plus en plus d’informatique, ça peut être bien, mais justement il y a des problématiques qui sont autour de cela, c’est difficile à développer et il est intéressant de passer sur du logiciel libre pour mettre en commun, c’est-à-dire que les constructeurs peuvent essayer de standardiser un système qu’ils vont pouvoir réutiliser entre leurs différents véhicules. Ça peut être bien pour la sécurité, pour les coûts de développement. C’est compliqué.

Luc : Et pour ne pas tricher aux tests de pollution !

Manu : Tu veux dire ! Non ! Volkswagen ne ferait jamais ça !

Nolwenn : ZDNet France,« Pseudonymisation des données : la plateforme Health Data Hub sommée d'éclaircir ce point devant la CNIL », un article de Clarisse Treilles.

Manu : C’est une sommation intéressante parce qu’on en a parlé plusieurs fois. On est embêté : les données de santé françaises sont envoyées sur des ordinateurs américains et on connaît les lois américaines, on sait qu’elles sont un peu dures et qu’elles se donnent le droit d’accéder à ces données-là, donc c’est gênant. Dans ce cadre-là la CNIL demande un peu plus d’informations pour s’assurer que ce soient bien les lois européennes qui vont s’appliquer.

Luc : Merci. Pour notre sujet de la semaine on va se poser une question importante : faut-il plus de police sur Internet ?

Manu : Là vraiment tu nous trolles, tu commences fort !

Nolwenn : On va finir par porter plainte !

Luc : Pourquoi ? Dans le paysage il s’est passé quelques trucs. Déjà la loi Avia dont on a parlé il n’y a pas très longtemps.

Manu : Qui était un de nos sujets.

Luc : Qui a été votée, loi contre la haine sur Internet et grosse déception pour La République en Marche, le Conseil constitutionnel a, en gros, saqué1 l’essentiel de la loi.

Nico : Ils ont appelé ça une non-conformité partielle, mais de partiel il ne doit rester plus ou moins que le titre, tout a été fait sauter. En fait, ils ont considéré que tout ce qu’on disait depuis le début, les conditions de suppression des contenus en 24 heures en prenant le risque de surcensure ou de sous censure, n’était pas viable et que ça allait conduire à des effets de bord vraiment pas cool, que les éditeurs et les hébergeurs allaient massacrer les contenus pour éviter les risques juridiques. Ils ont dit que ce n’était pas constitutionnel, ils ont supprimé l’intégralité du pan de tout ce qui était censure et retrait des contenus, donc il ne reste plus rien de cette loi.

Luc : Du coup on est tristes !

Manu : Tellement tristes !

Nolwenn : Du coup on va parler d’autre chose !

Luc : En tout cas ça pose cette question. La haine sur Internet, c’est un sujet, même si on aime bien se moquer de Lætitia Avia et de sa loi, surtout de sa loi, le sujet est pertinent malgré tout.

Manu : On en rencontre régulièrement dans tous les domaines, tous les lieux, et dans des contextes qui sont assez étranges.

Luc : Effectivement. La logique qu’il y avait derrière cette loi c’était de faire porter la responsabilité sur les hébergeurs, sur les intermédiaires techniques. En quelque sorte, un des reproches qui a été fait c’était de dire que c’est une mission régalienne qui devrait être celle…

Manu : Du roi.

Luc : La souveraineté du roi, la souveraineté de l’État et qui est sous-traitée à des entreprises qui sont juge et partie, ce qui est très problématique.
Dans l’actualité on a un autre truc qui est de la haine sur Internet, mais d’un calibre tout à fait différent.

Manu : C’est presque amusant tellement c’est idiot et ça va loin quand même. Ce sont des employés d’eBay.

Nolwenn : Et des employés haut-placés !

Manu : Haut-placés, des directeurs des services de sécurité, de l’intelligence de l’entreprise, l’intelligence globale, des gens seniors, pas n’importe qui, y compris un ancien policier, qui ont été impliqués dans toute une histoire où ils ont fait du cyberharcèlement2 à un couple dont la femme, blogueuse, avait écrit un article très critique envers eBay. Il n’est pas certain, mais il est possible que ce soit un de leurs chefs qui leur ait demandé, ce n’est pas sûr du tout, mais ils ont décidé de les harceler en leur envoyant des colis de cafards vivants, d’araignées, en envoyant des masques de cochons sanglants, en envoyant un fœtus de porc, en envoyant des magazines pornos à leurs voisins mais à leur nom, en les abonnant à des mailing-lists et à des discussions d’échangisme en indiquant leur adresse et en disant « vous pouvez venir à partir de 10 heures tous les soirs, il n’y a pas de problème, on est ouverts », des trucs particulièrement sympathiques ! Ils se sont déplacés pour aller les surveiller et ils ont même essayé d’installer un système GPS sur leur voiture, un système physique. Ces six employés haut-placés, très intelligents, se sont fait avoir lourdement parce que, notamment, ils avaient essayé de tricher et de cacher les preuves de leurs méfaits.

Luc : Quand on achète quelque chose, du coup ça laisse des traces parce qu’on a payé ?

Nico : Oui. Mais eux avaient fait les choses à peu près proprement, en tout cas ils ont essayé. Ils avaient acheté des téléphones qu’ils utilisaient juste pour ça, ils avaient des ordinateurs qu’ils avaient achetés exprès pour harceler. Ils utilisaient des cartes prépayées pour faire leurs achats en ligne, etc. Donc ils essayaient vraiment de se cacher le plus possible quand ils commettaient leurs méfaits.

Nolwenn : Ils ont quand même mis les gros moyens !

Nico : Oui, surtout pour le ridicule. Un blog juste avec quelques critiques, quand on voit comment ça a été monté en épingle, c’est quand même assez fort !

Luc : Ce que je trouve bien c’est que tu peux te dire que tu peux être petite blogueuse dans un coin et faire un article qui énerve vraiment un géant comme eBay. Finalement je trouve ça plutôt encourageant en se disant qu’on peut être petit et néanmoins faire la différence.

Nolwenn : Je n’ai pas forcément envie qu’il m’arrive tout ça, tu vois ! Je vais éviter de faire des critiques.

Luc : Les cafards ce n’est pas si mauvais que ça !

[Rires]

Luc : C’est clairement du cyberharcèlement et on découvre l’étendue de tout ce qu’on peut acheter sur Internet, c’est vraiment impressionnant ! Ils se sont fait choper malgré tout.

Manu : On ne connaît pas les détails, en tout cas je n’ai pas trouvé les détails sur la manière dont ils se sont fait attraper, je ne sais pas si vous avez entendu parler du truc, ça va sûrement apparaître avec le temps, j’espère, mais c’est assez grave. Une entreprise, effectivement, c’est quelque chose d’inhumain et de conséquent. La plupart du temps, le cyberharcèlement ce sont quand même des petits idiots sur Internet qui se font choper assez rapidement, on a eu assez souvent des cas, on en a parlé plusieurs fois.

Luc : Oui, mais à mon sens si tu vas porter plainte parce que quelqu’un dit des misères sur toi je pense qu’il ne se passe rien. Toi, Nicolas, tu as un loisir dans la vie qui consiste à faire des procédures judiciaires. C’est ça ?

Nico : C’est un peu ça. J’essaye de faire respecter mes droits, j’en ai déjà six ou sept, je crois, à mon actif. C’est vrai que si on porte plainte comme ça, généralement ça ne débouche pas sur grand-chose. Il y a déjà des modèles de lettres sur Internet pour déposer plainte. Vous écrivez juste une lettre au procureur, mais, en fait, ça ne suffit pas. Généralement au bout d’un an, je crois que maintenant c’est réduit à trois mois, vous avez une réponse du procureur disant « désolé, on la classe sans suite » et il n’y a rien qui se passe. Moi, dans mes affaires, en fait je ne lâche pas le morceau et c’est vrai que je prends tout de suite des avocats, je fais une constitution de partie civile. Les gens ne connaissent pas cette démarche ; ça permet d’imposer au procureur de faire les instructions nécessaires.

Luc : En gros, tu commences un procès.

Nico : C’est surtout l’instruction avant le procès. Le procureur ne peut pas classer la plainte sans suite. Du coup il faut un avocat, il faut être bien accompagné.

Nolwenn : Il faut de l’argent.

Nico : Et de l’argent aussi.

Luc : Ça coûte combien ?

Nico : Une procédure, globalement, c’est dans les 2000/3000 euros déjà pour commencer. Après, ça dépendra de ce qu’on trouvera derrière, forcément, et de l’ampleur de la chose. J’ai été jusqu’à 80 000 euros sur des procès d’assises. Il peut vraiment y avoir de tout. C’était des petites affaires d’escroquerie, des choses de type là ou du piratage informatique, c’est presque moi qui ai fait tout le boulot de recherche, de remonter la trace des gens. On essaie de trouver des pistes pour savoir où est-ce qu’ils étaient, relever leur anonymat, essayer de comprendre comment ils fonctionnaient et arriver avec un gros dossier à poser sur la table du juge, parce que les policiers n’étaient clairement pas compétents. Il faut vraiment avoir de la chance.

Luc : Voilà ! Du coup tout le monde ne peut pas être Nico et si les policiers ne sont pas compétents, c’est foutu ! Il faut plus de police !

Nolwenn : Et surtout, comment tu fais pour avoir ces compétences-là ? Toi tu les as de part ton métier et ton expérience, mais là voisine du dessous qui se fait harceler par son petit copain, elle fait comment ?

Nico : C’est là où effectivement c’est compliqué et c’est là où on manque peut-être de moyens policiers en France, mais pas la police, la BAC [Brigade anti-criminalité] ou autre comme on voit dans les rues, vraiment des personnes de terrain qui sont capables d’accompagner les victimes, de faire justement ce travail d’investigation et de ne pas juste avoir des bouts de papier sur un coin qui restent pendant des années.

Luc : Ou des gens qui soient techniquement compétents.

Nico : Techniquement compétents, adresser vite aux bonnes personnes. Moi c’était assez technique, mais quand j’arrive au commissariat de quartier pour porter plainte pour un piratage informatique, le policier m’a demandé comment écrire IP, adresse IP quoi ! Forcément que ça va être compliqué dans ce cas-là. Il a fallu que j’arrive sur Paris et que je prenne contact avec la BEFTI [Brigade d'enquêtes sur les fraudes aux technologies de l'information], le bureau spécialité dans ce type de fraude, pour qu’on se retrouve avec des gens compétents et qui comprennent le langage et qu’on commence à avancer.

Luc : Si on n’est pas Nico, on est foutu !

Nico : Après, il faut aussi savoir s’encadrer de bons avocats. Il faut trouver un avocat qui soit du domaine pour vous accompagner, que ce soit du harcèlement, du piratage informatique, de l’escroquerie, il faut vraiment trouver des personnes qui soient précises sur votre sujet et là il va connaître les textes de loi, il va savoir les bonnes actions à faire. Par exemple dans le cas du harcèlement en ligne il faut tout de suite aller bloquer les données sur les serveurs pour que ça ne s’évapore pas. On sait qu’au bout de 15 jours on a déjà perdu beaucoup de choses, au bout d’un mois on ne retrouvera quasiment plus rien.

Luc : Oui, parce qu’il y a des obligations légales à garder certaines informations de type adresse IP, etc., les horaires de connexion.

Nico : C’est ça. Les lois européennes disent 15 jours, donc on sait qu’au bout d’un mois on risque déjà savoir des pertes, donc il faut agir très vite et savoir ce qu’on fait. C’est malheureusement compliqué aujourd’hui de faire rendre justice quand on ne connaît pas et qu’on n’est pas informé de ce qu’on peut faire.

Nolwenn : Et qu’on n’a pas le temps et aussi qu’on n’a pas les moyens financiers ou physiques pour le faire.

Nico : Oui, parce que c’est très chronophage et effectivement il faut aussi avoir de l’argent. Vos assurances peuvent vous accompagner là-dessus, on le sait assez rarement mais la plupart des assurances habitation contiennent des assurances juridiques à l’intérieur. Mais pareil, il faut aller combattre son assurance parce qu’elle ne va pas vouloir prendre ça en charge, donc il faut aussi taper de ce côté-là. On arrive à quelque chose à la fin, mais ça prend du temps. La plus grande affaire que j’ai eue a duré quasiment dix ans. Pour juste une escroquerie à la serrurerie on est déjà à plus de dix ans, on n’a toujours pas de visibilité sur la chose derrière.

Nolwenn : Comment tu fais pour porter plainte et réussir à faire toutes ces démarches quand tu es personne seule, isolée, que tu es déjà fragile et que tu es encore plus fragilisée parce que tu viens d’être lésée ? Est-ce qu’il y a des associations pour aider ?

Nico : Il y a certainement des associations. Sur le harcèlement au autre vous pouvez vous tourner vers des associations féministes qui vont être capables de vous aider.

Luc : Quand on est une femme !

Nico : Quand vous êtes une femme ou même un homme. La plupart des problèmes de violence conjugale ça va malheureusement toucher les femmes. Effectivement, tournez-vous vers des associations, des associations de consommateurs si c’est du droit du commerce ou de l’escroquerie. Pour le harcèlement en ligne ou les violences conjugales, tournez-vous vers les associations féministes et spécialisées dans le domaine ; généralement elles vont vous envoyer vers les bonnes personnes qui vont pouvoir prendre le relais et vous accompagner.

Manu : Il va falloir que tu publies des données un petit peu plus conséquentes. Je sais que tu as un truc sur le RGPD [Règlement général sur la protection des données], que tu veux t’assurer de l’usage de tes données. Il va falloir que tu mettes tout ça en ligne et que tu en parles un peu plus. Que tu fasses des livres !

Nico : C’est sûr qu’on pourrait écrire des bouquins. D’un autre côté, justement, mes différentes expériences ont montré qu’on manque cruellement de cet accompagnement et de cette volonté de la police d’investiguer sur les affaires. La plupart du temps ils se considèrent débordés, en fait il y a toujours plus urgent et ils ne transmettent pas aux bonnes personnes et aux bonnes brigades qui elles, potentiellement, sont moins chargées que le commissariat de quartier qui va avoir des plaintes toute la journée.

Manu : Effectivement il y a des crimes, il y a des meurtres, des viols, donc ça me paraît logique qu’on mette souvent ça en priorité. Mais effectivement c’est une question de volonté et à un moment donné, quand il a une jeune fille qui se fait cyberharceler parce qu’elle a mal parlé d’une religion3, là ça remonte au niveau politique et ça redescend sur les autorités qui vont dire « là il faut qu’on fasse quelque chose ». Là il y a une volonté qui apparaît.

Nolwenn : Ça c’est uniquement quand il y a du buzz. S’il n’y a pas de buzz ça ne remontera jamais.

Luc : De fait, dans ce cas précis, l’avocat a fait monter le buzz : la famille a pris un avocat et c’est lui qui a monté l’affaire en épingle dans les médias pour forcer le pouvoir politique et la justice à prendre l’affaire en main ; sans quoi, effectivement, il ne se serait pas passé grand-chose.

Manu : C’est là où j’appelle une volonté. La volonté ce n’est pas juste une personne qui a des moyens limités, c’est que ça remonte à quelque chose de conséquent, le pouvoir politique notamment, et quand ce pouvoir-là veut quelque chose, il va le faire avec de la difficulté, mais il peut mettre les moyens. Et mettre les moyens c’est choper des experts qui vont se déplacer et pas forcément aller très loin parce que souvent, c’est ça qui est amusant, la plupart des cyberharceleurs sont des petits idiots.

Nico : Et ça va aller très vite pour les trouver. On va aller voir le forum directement. La police va aller taper aux carreaux « bonjour, vous pouvez me donner l’identité de ces personnes ? » On va les avoir, en 24 heures c’est fini.

Luc : Un cas de ce type-là ça va être Nadia Daam4, cette journaliste qui avait été harcelée par des membres du forum 18-25 de jeuxvideo.com. Effectivement ils en ont chopé deux qui se sont écrasés au tribunal et, à priori, ça a été assez simple et assez rapide.
En tout cas l’affaire qu’on mentionnait au début avec eBay nous démontre que ce ne sont pas nécessairement que des petits idiots.

Manu : Non, ça fait même peur!

Luc : Cette semaine il y a également UFC-Que Choisir5 qui a fait condamner Apple pas sur des questions de harcèlement mais sur des questions notamment de non-respect du RGPD, du droit des consommateurs, ce qui nous rappelle que même les grosses boîtes peuvent très volontiers ne pas respecter la loi et quand on veut la leur faire respecter, eh bien ça coûte cher, ça prend du temps. De l’intérêt d’avoir des démarches collectives, des associations dont tu parlais Nicolas. Il y a clairement sur la haine en ligne des besoins qui aujourd’hui, à priori, ne sont pas trop couverts.

Nico : Comme on a toujours dit sur la loi Avia, on n’a pas besoin d'avoir de nouvelles lois et de choses comme ça. Ils ont besoin d’essence pour leur voiture, d’encre pour leurs stylos et, avec ça, ils sont capables d’aller trouver les personnes. Il n’y a pas besoin d’avoir toute cette automatisation, d’intelligence artificielle ou de boulot des GAFAM.

Luc : Il faut peut-être un ordinateur, parce que juste avec un stylo !

Manu : Oui. L’équivalent.

Nico : Mettez du monde pour résoudre ces problèmes-là et ça disparaîtra. Arrêtez de croire que la technologie va tout régler.

Luc : En tout cas on va le contrôler.

Nico : Voilà !

Luc : Très bien. On s’arrête là-dessus.

Manu : On vous dit bonnes vacances à tous. Bon été.

Nico : Et à la rentrée.

Luc : Salut tout le monde.

Nolwenn : Au revoir.

Les libristes et la gratuité en 2020 (mais il y en a un peu plus, je vous le mets quand même)

mer, 06/24/2020 - 22:30

Texte proposé par : Laurent Costy, Vice-président de l'April
Illustration : Lorette1

Le texte qui va suivre emploie régulièrement le mot « libriste ». Il s'agit ici de parler de personnes convaincues que, dans le champ de l'informatique, l'usage de logiciels libres est meilleur pour la société.
Le terme « libriste » utilisé ci-après pourrait laisser penser à une catégorie homogène, à un ensemble de personnes unies dans une communion de pensées convergentes et magnifiques. Bien sûr il n'en est rien et la mouvance libriste — ainsi que ceux qui ne s'en revendiquent pas mais qui pourraient y prétendre —, comme toute catégorie, est hétérogène et l'emploi du terme dans la suite du texte a pour seule vocation de simplifier la lecture et de donner des tendances probablement dominantes[2.


Depuis les premières heures du logiciel libre dans le milieu des années 1980, le rapport à la gratuité, en particulier en ce qui concerne les biens immatériels, a évolué. Celles et ceux qui ont connu l'âge d'or des DVD se souviendront sans doute de la petite vidéo épileptique et agressive qui se lançait automatiquement et qui se concluait en assénant sur un ton culpabilisant « Copier, c'est voler ! ». Tout énervé que vous étiez d'avoir tenté de passer cette petite leçon de morale en sautant le chapitre (ce qui n'était généralement pas possible), vous vous interrogiez alors quant à la pertinence d'un tel message pour un DVD que vous aviez acheté, d'autant qu'une personne qui aurait illégalement téléchargé le film n'aurait vraisemblablement pas eu le droit à cette punition !
Cet exemple montre la difficulté qu'il a pu y avoir à transformer l'économie pour passer du monde physique au virtuel.
Le premier réflexe des industries du divertissement a été de vouloir transposer leur mode de fonctionnement organisé autour de supports physiques qui recevaient les œuvres de l'esprit. Ainsi, alors que les techniques peer-to-peer ou l'augmentation des capacités de transmission telles l'ADSL puis la fibre, rendaient le support physique chaque jour moins pertinent pour la circulation des œuvres, le choix a été fait de procéder à cette analogie douteuse et moquée plus tard sur un plan mathématique. En effet, si, dans le monde physique, voler une bicyclette à son propriétaire lui soustrait effectivement le bien, dans le monde informatique copier une œuvre la multiplie sans en priver la personne qui l'avait au départ. Nina Paley a magnifiquement illustré cette incohérence par une animation d'une minute sur ce sujet. Cette vidéo est de surcroît distribuée sous licence Creative Commons, ce qui autorise donc, de fait, à la redistribuer en citant son auteur.
Autre entreprise qui a très bien compris, à l'époque, l'intérêt de transposer la logique du monde matériel au monde informatique : Microsoft. En « revendant » pratiquement à l'infini son système d'exploitation développé une fois, cette entreprise a dépassé en valeur les plus grandes firmes dont la lucrativité reposait sur des biens matériels. Là où le boulanger doit préalablement acheter les matières premières pour fabriquer puis vendre son pain, le vendeur de logiciel, dès lors que le produit est fini, n'a plus de charges spécifiques à la vente de chaque unité (outre respectivement les frais fixes et la recherche et développement). Microsoft a su instaurer une rente et la maximiser dans le temps en se plaçant en situation de monopole.

Avec ces exemples, on voit bien que transposer nos logiques commerciales déployées dans un monde physique à un monde virtuel n'est pas pertinent ou mène à des excès.

Par ailleurs, ce dernier exemple n'a pas été choisi au hasard puisque c'est finalement Microsoft qui a contribué fortement à la cristallisation d'une communauté libriste. Cette entreprise représentait à l'époque la cible principale pour, d'une part, les personnes qui avaient déjà appréhendé les enjeux d'une informatique libre mais aussi pour celles qui voyaient là une occasion de dénoncer les bénéfices colossaux engrangés et lutter contre le capitalisme. Ces deux approches concomitantes, parfois mêlées, ont sans doute contribué à rendre confus le rapport entre logiciel libre, la gratuité et, subsidiairement, la dénonciation du capitalisme néolibéral et ses excès.

Sur ce dernier point, il convient de revenir un instant sur les origines d'une grande majorité d'informaticiens et de libristes, en particulier avant même l’avènement de l'informatique grand public. Un bon moyen d'appréhender les tendances sous-jacentes au monde informatique est de lire le livre de Fred Turner Aux sources de l’utopie numérique. De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand un homme d’influence. De manière extrêmement bien documentée, l'auteur montre une origine libertarienne3 pour beaucoup d'informaticiens (on ne déclinera pas le féminin de ce terme ici étant donnée la prédominance, à l'origine, de « mâles blancs issus de milieux aisés »). Il montre comment de nombreuses personnes déçues par l'avenir radieux que proposaient les communautés aux États-Unis dans les années 60 et 70, se sont orientées vers cet Eldorado naissant et en friche qu'était l'univers informatique. Tout était ouvert ou presque et la liberté (valeur centrale pour les libristes, cela va de soi) pouvait s'exprimer dans cet espace où peu de règles contraignaient le quotidien. Ce détour par les origines — origines qu'il convient une nouvelle fois de relativiser et qui est d'abord là pour expliciter des tendances — peut permettre de lire la réaction et la posture du monde libriste face au monopole de Microsoft Windows comme une lutte contre la limitation des libertés dans l'univers informatique mais aussi, indirectement, contre l'excès de richesses dans le monde réel qui permettait de contraindre les autres et d'imposer un cadre.

L'une des préoccupations des libristes a été de se battre pour expliquer qu'il n'existe pas de liens entre gratuité et logiciel libre. Pour exemple, dans la majeure partie des conférences données par l'April, ce point est inlassablement rappelé. De surcroît, l'intervenant est souvent contraint d'expliciter la confusion entretenue par le terme anglais free (qui peut avoir la signification gratuit ou libre en fonction du contexte ; d'où la nécessité de préciser parfois en anglais le sens que l'on souhaite lui donner et la désormais célèbre formule, dans le monde libriste, de Richard Stallman Think free as in free speech, not free beer). Ceci alors même que notre langue possède deux termes qui distinguent clairement le libre du gratuit.

Le libriste n'est donc certainement pas celui qui veut s'affranchir de l'argent. Il considère par exemple que la licence Creative Commons avec la clause NC (Non Commercial) ne fait pas de cette licence une licence libre. Il préfère laisser la possibilité d'utiliser sa production dans un cadre commercial et ne met jamais cette clause lorsqu'il distribue une production. Le libriste n'est pas non plus le vilain que l'on assimile au « pirate »4 qui télécharge illégalement et qui souhaite ne rien payer. Au contraire, il défend la juste rétribution. Dès le début de son existence, l'April s'est bien souciée de cette question et l'une de ses actions a été de recenser les modèles économiques qui pouvaient exister autour du libre. L'exemple récent du développement du logiciel libre Bénévalibre illustre ce souci de la juste rétribution et de la volonté de rendre l'usage le plus accessible possible. La gratuité y contribue. Ainsi, au sein du collectif dont le besoin commun était la valorisation du bénévolat, des ressources financières ont été collectées pour rétribuer la société coopérative d'intérêt collectif qui avait été identifiée pour le développement. Une fois le travail produit, le logiciel est gratuit à l'usage et les développeurs ont été payés pour leur travail.

Le monde du libre a mis du temps pour prendre conscience qu'il y avait une distorsion entre ce qu'il proposait et la manière dont cela était reçu : alors qu'il promettait une informatique libre, c'est l'argument de gratuité qui était majoritairement entendu, entre autres pour la raison explicitée plus haut. Devant l'immense besoin d'accompagnement technique et de formation devenues nécessaires face un changement du rapport au logiciel5, la communauté libriste, relativement petite, a peiné à répondre aux attentes, occupée qu'elle était par ailleurs à défendre le logiciel libre qui subissait des attaques sur le plan législatif.

Si c'est gratuit (en apparence), c'est vous le produit (ou pas)
Le rapport à la gratuité a beaucoup évolué ces deux dernières décennies.

Les solutions ont mûri et des succès libres planétaires tel VLC6, pour n'en citer qu'un, sont devenus incontournables.
Alors que dans ses premières heures, le logiciel libre a souffert du biais cognitif (entretenu pour partie par un manque d'accompagnement) « gratuit ou pas cher égale moins bonne qualité », cette gratuité, qui aurait pu devenir un atout puisque les logiciels libres étaient désormais plus mûrs, plus stables et capables de répondre à la majeure partie des usages, a été polluée par la gratuité perverse et malsaine des GAFAM 7. Là où la gratuité d'usage souvent offerte par les logiciels libres est sincère, les GAFAM l'utilisent comme un appât pour mieux enfermer l'utilisateur et traire alors ses données pour un profit toujours plus grand. Il est donc vital et essentiel de distinguer systématiquement ces deux types de gratuité !

Pour vous aider, voici une liste d'alternatives, certes pas aussi punchline que l'incomplet « si c'est gratuit, c'est vous le produit » (quoique) :
Si c'est gratuit et libre, ce n'est pas vous le produit
Si c'est gratuit et libre, je fais un don
Si c'est gratuit et libre, c'est bon pour la planète
Si c'est gratuit à l'usage, je lis les CGU8
Si c'est gratuit à l'usage, je cherche le modèle économique
Si c'est gratuit à l'usage et que je donne pleins d'infos sur moi, rouloulou, méfiance méfiance ! (Il y a baleine sous graviers)
Si c'est gratuit à l'usage, où sont stockées mes données ?
Si c'est gratuit à l'usage, il y a eu néanmoins un travail produit
Gratuité GAFAM, je donne mon âme au diable !
Gratuité GAFAM, je le paierai plus tard au 42tuple.
Gratuité GAFAM, tu me tiens par la barbichette
Gratuité GAFAM, vos silos sont nos données
Gratuité GAFAM, refroidissement social
Service Startup payant, je reste méfiant !
Vous aurez sans doute d'autres formules meilleures que celles ci-dessus : n'hésitez pas, lâchez-vous sur Mastodon avec le mot-dièse #CVPoP, «C'est Vous le Produit (ou Pas)».

Les combats libristes ne sont plus les mêmes qu'à leurs débuts : il n'y a plus cette pensée dominante qui désignait Microsoft comme le seul grand méchant à abattre. Les « cibles » se sont diversifiées. Désormais, les GAFAM sont devenus plus « gris » en apparence. Ils ont intégré dans leur modèle économique les logiciels libres. Dans leur milieu, on dit Open Source pour ne pas faire peur et pour montrer que l'on ne s'intéresse qu'à l'aspect technique et certainement pas politique., entre autres pour améliorer leur image. Ils sont désormais tournés vers l'Intelligence Artificielle et le traitement du big data pour maximiser toujours plus leurs profits et consolider un pouvoir qui ne cesse de s'accroître par rapport aux États (pour s'en convaincre, voir les investissements respectifs des GAFAM pour faire du lobbying auprès de la Commission européenne).9

Là où l'enjeu des premiers combats libristes pouvait être perçu comme anticapitaliste, les révélations d'Edward Snowden quant à la réalité de la surveillance généralisée ou le scandale Cambridge Analytica ont démontré un danger fort et réel pour nos démocraties.
Le combat pour une informatique libre est donc loin d'être terminé. Le logiciel libre est une condition nécessaire (mais non suffisante) pour une informatique respectueuse des utilisatrices et utilisateurs. Il est une condition de l'émancipation des citoyennes et citoyens et la pièce maîtresse d'une décentralisation d'Internet inéluctable si l'on souhaite préserver nos démocraties.

#70 - Réemploi informatique - Dire non à l'informatique injuste - Choisir l'outil adapté - « Libre à vous ! » diffusée mardi 23 juin 2020 sur radio Cause Commune

mar, 06/23/2020 - 15:30

Au programme : le réemploi informatique et le reconditionnement pour la réutilisation, la chronique « Partager est bon  » sur le thème « Dire non à l'informatique injuste, même une seule fois, est une aide » et le retour d'expérience d'Isabella Vanni, dans sa chronique « Le libre fait sa comm' », sur la recherche d'un outil adapté pour les projets du groupe de travail Sensibilisation.

Émission Références Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 70e émission :

  • notre sujet principal : le réemploi informatique, le reconditionnement pour la réutilisation avec Isabelle Carrère d'Antanak et Joyce Markoll de l'Atelier Orditux Informatique
  • la chronique « Partager est bon  » de Véronique Bonnet, professeur de philosophie et vice-présidente de l'April, sur le thème « Dire non à l'informatique injuste, même une seule fois, est une aide ».
  • la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, sur son retour d'expérience sur la recherche d'un outil adapté pour les projets du groupe de travail Sensibilisation
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Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Galerie photos
  3. Références pour la chronique « Partager est bon »
  4. Références pour la partie sur : le réemploi informatique et le reconditionnement pour la réutilisation
  5. Références pour la chronique « Le libre fait sa comm' »
  6. Références pour la partie sur les annonces diverses
  7. Pauses musicales
  8. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April
  • Véronique Bonnet, professeur de philosophie et administratrice de l'April
  • Isabelle Carrère d'Antanak
  • Joyce Markoll de l'Atelier Orditux Informatique
  • William Agasvari, de radio Cause Commune, à la régie

L'émission a été exceptionnellement réalisée à distance, notamment en utilisant Mumble. Vous pouvez tester et utiliser ce logiciel sur Chapril.org.

Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

--> Références pour la chronique « Partager est bon » Références pour la partie sur : le réemploi informatique et le reconditionnement pour la réutilisation Références pour la chronique « Le libre fait sa comm' » Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

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Réunion à distance du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 25 juin 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15)

mar, 06/23/2020 - 12:38
Start: 25 Juin 2020 - 17:15End: 25 Juin 2020 - 19:30

Le groupe de travail Sensibilisation ?

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas). Dans la période actuelle, les réunions ont lieu à distance.

La prochaine réunion du groupe de travail Sensibilisation aura lieu jeudi 25 juin 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment.

Nous allons notamment passer en revue les propositions d'amendements au quiz sur les enjeux de l'informatique (voir ci-dessous) et réfléchir à la formulation de nouvelles questions.

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo

Quiz enjeux de l'informatique

C'est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Les questions, du type QCM ou vrai/faux, sont au cœur de l'expérience de sensibilisation dans le Jeu du Gnou (voir ci-dessous). En même temps, elles constituent une ressource de sensibilisation à part entière et pourront être utilisées et partagées dans beaucoup de contextes différents (stands, ateliers, sites web, etc.).

Le pad avec les questions déjà (ou presque) finalisées (à partir de la ligne 82).

Le pad pour proposer de nouvelles questions.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

Décryptualité du 23 juin 2020 - Faut-il plus de police sur internet ?

mar, 06/23/2020 - 00:34

Écouter ou télécharger le Décryptualité du 23 juin 2020 (15 minutes)

Alors que la loi Avia vient d'être vidée de son contenu par le conseil constitutionnel, la lutte de la haine sur internet ne passe-t-elle pas par plus de moyen pour la police ?
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Revue de presse de l'April pour la semaine 25 de l'année 2020

lun, 06/22/2020 - 21:38

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[ouest-france.fr] Rostrenen. Esprit FabLab lutte contre l’exclusion numérique

Le dimanche 21 juin 2020.

Avec le confinement et la mise en place de la continuité pédagogique, l’association Esprit Fablab, à Rostrenen (Côtes-d’Armor) a été alertée sur l’exclusion numérique pour certaines familles.

[ZDNet France] Libre et open source: Hambourg, pseudonymisation Etalab, cloud libre Rapid.Space, mécénat Code Lutin, Smile

✍ Thierry Noisette, le samedi 20 juin 2020.

Express: l’Allemagne portée sur les logiciels libres, un outil d’IA de pseudonymisation, du cloud 100% en code libre, mécénat pour projets libres, un VP e-commerce chez Smile.

[Leblogauto.com] Volkswagen: l'Open Source pour affiner l'OS du véhicule

✍ Elisabeth Studer, le samedi 20 juin 2020.

Volkswagen souhaite utiliser une approche Open Source pour affiner les éléments du système d’exploitation du véhicule basé sur un logiciel développé par le constructeur. C’est ce qu’indique Christian Senger, membre du conseil d’administration responsable des services et logiciels numériques.

[ZDNet France] Pseudonymisation des données: la plateforme Health Data Hub sommée d'éclaircir ce point devant la CNIL

✍ Clarisse Treilles, le vendredi 19 juin 2020.

La plus haute juridiction administrative estime globalement, dans une décision publiée ce vendredi, que le projet de plateforme centralisée des données santé France n’a pas lieu de porter atteinte au droit au respect de la vie privée et à la protection des données personnelles.

Voir aussi: [Le Monde.fr] La loi Avia contre la haine en ligne largement retoquée par le Conseil constitutionnel

✍ Martin Untersinger et Alexandre Piquard, le jeudi 18 juin 2020.

Les obligations pesant sur les réseaux sociaux de retirer en vingt-quatre heures les contenus illégaux n’ont pas été jugées compatibles avec la liberté d’expression.

Et aussi:

La désinformation, une facette d'Internet - Décryptualité du 15 juin 2020

lun, 06/22/2020 - 13:49


Titre : Décryptualité du 15 juin 2020 - La désinformation, une facette d'Internet
Intervenant·e·s : Nolwenn - Nico - Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 15 juin 2020
Durée : 14 min 30
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 24 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Publicum, Wikimedia Commons - Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic, 1.0 Generic.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

L'article de Next INpact sur les organismes de désinformation russes est l'occasion de parler de cette facette d'Internet qui sévit à plus ou moins grande échelle un peu partout.

Transcription

Voix off de Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 24. Salut Manu.

Manu : Salut Nolwenn.

Nolwenn : Salut Nico.

Nico : Salut Luc.

Luc : Nous allons commencer directement par la revue de presse.

Nolwenn : France Culture, « Les Communs » : une alternative à la propriété ou une propriété alternative ? », un article de la rédaction.

Manu : Qui regroupe, parce que c’est France Culture, différentes conférences et bouts de conférences. C’est assez intéressant parce que c’est un sujet super innovant et à la mode.

Nolwenn : Le Monde.fr, « Logiciels libres et école à distance : la sortie de la suite « Apps.education » précipitée par le confinement », un article de Bastien Lion.

Manu : Ça reparle d’un sujet qu’on a déjà abordé. Ça met en avant apps.education, un site qu’on espère conserver avec le temps parce qu’utiliser des logiciels libres pendant le déconfinement mais aussi pendant le reste de l’année ça peut paraître intéressant.

Luc : Il y a des écoles où ce n’est pas utilisé, des profs qui ne le connaissent pas.

Manu : C’est dommage !

Luc : N’hésitez pas à en parler, à solliciter les enseignants de vos enfants, etc., pour que ça se diffuse.

Nolwenn : usine-digitale.fr, « Que reproche-t-on au Health Data Hub attaqué devant le Conseil d’État ? », un article d’Alice Vitard.

Manu : Il y a plein de trucs qu’on reproche au Health Data Hub parce que ça nous embête que les données médicales des citoyens français soient envoyées notamment à Microsoft aux États-Unis. Ça nous embête et on sait que nécessairement, avec leurs lois, ils auront le droit d’y accéder.

Luc : On rappelle que la santé et la banque sont annoncées comme étant les nouveaux eldorados des GAFAM dans les années à venir, donc c’est doublement inquiétant.

Nolwenn : LeMagIT, « Visioconférence sécurisée : les options françaises ou open source », un article de la rédaction.

Manu : On a déjà abordé plein de fois le sujet, la visioconférence ça marche bien par le logiciel libre, la preuve on est en train de s’enregistrer sur BigBlueButtom1.

Nolwenn : ZDNet France, « Les vulnérabilités des projets open source populaires ont doublé en 2019 », un article de Catalin Cimpanu.

Manu : C’est une liste de vulnérabilités, il y en a des dizaines. C’est classé par logiciel. En premier, malheureusement, c’est la base de données PostgreSQL que personnellement j’adore. Ça n’empêche, il faut les utiliser. Des vulnérabilités qui apparaissent ça veut dire aussi qu’elles vont rapidement disparaître, car on est au courant qu’elles sont là donc les développeurs peuvent se lancer dessus. C’est un peu l’avantage du modèle.

Luc : C’est peut-être aussi que ça a été testé. Là où on n’a rien qui sort c’est peut-être aussi que personne ne regarde.
Pour le sujet de la semaine, j’avais proposé qu’on parte d’un article de Next INpact, un très bon article. On va élargir un petit peu pour ne pas juste les plagier. Ils ont sorti un article qu’ils ont appelé « Les poupées russes de la désinformation à travers des médias "alternatifs" français », qui relève le travail d’une association belge pour essayer de comprendre les mécanismes de la politique de désinformation de la Russie. C’est un sujet qu’on avait un petit peu évoqué la semaine dernière quand on a parlé de souveraineté, du coup je trouvais que ce n’était pas mal. J’ai toujours eu, au-delà de cette question purement russe, une question qui me taraude de savoir quelle est l’ampleur des gens qui vont essayer de faire changer les opinions, de manipuler les idées, etc., sur Internet parce que ça existe et je pense que c’est beaucoup plus fréquent que ce qu’on peut le penser.

Nico : Dans la revue de presse on avait déjà parlé de sites internet un peu fantômes, d’ailleurs Manu je crois que tu avais récupéré des articles de chez eux à une époque. En fait, on ne savait pas trop d’où ça sortait. En commençant à creuser c’est vrai que c’est assez tentaculaire et on ne comprend pas vraiment le véritable but de ces choses-là. On sait aussi que récemment il y a des agences de communication qui se sont fait avoir à manipuler Wikipédia en essayant d’éditer les articles pour les positiver un petit peu et essayer de placer un peu de communication de la part de politiques, d’entreprises ou autres, pas forcément bien cotés.

Luc : On parlait du cas de Lætitia Avia, la députée. Très récemment, il y a quelques semaines, ses anciens assistants parlementaires ont expliqué qu’elle leur avait donné pour ordre d’effacer les informations compromettantes puisqu’elle a quelques petites affaires de comportement aux fesses, pour soigner sa réputation et qu'ils avaient fait du nettoyage sur Wikipédia, sans succès je crois. Mais voilà, ça peut être divers et varié.

Nolwenn : Il n’y a seulement des modifications d’informations, ça peut aussi être juste glisser une photo, par exemple pour placer un produit. C'est déjà arrivé qu’il y ait des pages Wikipédia, je crois que c’était Quechua à l’époque où un agent avait mis une photo d’une personne qui faisait du sport dans une montagne pour justement mettre en avant le produit. Ça ne s’est pas vu tout suite, mais quand ça s’est vu, par contre, ils se sont fait taper très fort sur les doigts.

Luc : Le Web ce n’est pas que Wikipédia. On comprend assez facilement cette démarche commerciale et sur les sites bizarres dont on avait parlé il y a quelques mois qui ressortaient dans la revue de presse de Manu.

Manu : Des sites fantômes.

Luc : Qui étaient manifestement des sites générés automatiquement, on pouvait facilement imaginer que c’était quelque chose pour générer de la publicité et, en gros, faire des sites à la pelle en se disant « on gagnera de l’argent ». Dans le même genre, si on veut acheter du matériel et qu’on cherche des tests, il existe des tonnes de sites sur Internet qui vont faire le top 10 de tel type de matériel. Ils vont prendre du matos qui existe, ils le mettent dans un ordre on ne sait pas pourquoi, par contre il y a des liens Amazon derrière et on imagine qu’ils gagnent à chaque fois que quelqu’un clique dessus. Là on parle plus de cette question de désinformation, pas uniquement de gagner de l’argent ; ça peut être complètement lié puisqu’il y a des gens qui racontent n’importe quoi pour gagner de l’argent.

Nico : Là il y a aussi une question politique. Ce sont en particulier les Russes qui essayent de louvoyer un peu pour placer leurs pions et orienter les politiques étrangères. Il y a déjà eu le cas avec Clinton et autres, ce qui avait quand même bien changé les élections aux États-Unis. C’est vrai que c’est assez difficile aujourd’hui de cerner exactement l’ampleur du problème et de voir ce qui relève du fantasme et ce qui relève vraiment de la stratégie de manipulation de la part de puissances étrangères.

Manu : Là, dans l’article, ils remontent une ONG bruxelloise qui s’appelle EU DisinfoLab. Eux auraient essayé justement de retrouver un petit peu ce qui se passe et de remonter des informations fiables, d’après ce qu’ils disent. Ils ont fait un rapport d’une soixantaine de pages qui essaierait d’expliquer un petit peu ce réseau, ce réseau flou de désinformation ou de contrôle de l’information ou de manipulation générale. Ils ont l’air de mettre en avant que c’est essentiellement la Russie qui fait ça, mais pas que.

Nico : L’enquête est compliquée. Ça se réfugie derrière des sociétés qui sont des sociétés écran, des prête-noms, des choses comme ça. Même eux ont avoué dans leur article qu’ils ne peuvent pas publier toutes données qu’ils ont parce qu’il y en a beaucoup qu’ils n’arrivent pas même à qualifier. Il semble qu’il y a un problème, mais ils n’arrivent pas à trouver l’origine, comment l’info se propage et ils ne peuvent pas aller leur dire « voilà ce qui se passe ». Il y a juste une espèce de pifomètre journalistique sur le sujet, mais même eux ont reconnu qu’ils ne pouvaient tout publier parce que ça repose sur du vent.

Nolwenn : Du pifomètre journaliste ? Quand c'est inventé, ce n'est pas que du pifomètre.

Luc : Ce qu’ils disent dans l’article c’est qu’ils n’ont justement retenu que les cas dont ils étaient sûrs, donc ils ont quand même des choses solides. Ils sont allés voir des trucs tout bêtes, comme le Whois, c’est-à-dire voir qui a déposé le nom de domaine. Ils ont également constaté qu’il y avait des bouts de code qu’on retrouvait sur plusieurs sites différents et qui étaient identiques. Ils ont même retrouvé certains sites d’information qui pouvaient être des sites en français, mais quand il y a des messages d’erreur, le message d’erreur est en russe, ce qui fait tâche.

Nolwenn : On a le droit de se faire héberger en Russie !

Luc : C’est ça. Ce qui est intéressant dans le mécanisme, c’est notamment qu’ils citent une sorte de site de quelqu’un qui est censé produire des articles et qui est très peu suivi, donc ils posent cette question en disant « mais quel est l’intérêt si on veut de faire de la désinformation d’avoir un site avec aussi peu d’abonnés ? ». Ils montraient que les articles étaient ensuite repris, repartagés sur des réseaux sociaux et notamment sur un grand nombre de sites d’information « alternatifs » dans lesquels on trouve énormément de choses, notamment ce type d’articles.

Nico : Ils profitent aussi — ce n’est pas dans l’article mais c’est quelque chose qui se voit assez régulièrement — de la notoriété par exemple de journaux type Mediapart qui ont une plateforme blog où n’importe qui peut publier dessus, donc ils espèrent jouer sur l’amalgame entre un article officiel de Mediapart et un article qui vient du blog de Mediapart. Si vous allez sur les blogs de Mediapart, vous allez trouver plein d’articles sur la théorie du complot, sur la 4G, sur le Wifi, sur les ondes, sur plein de choses. Les gens profitent de cette notoriété-là pour faire leur pub et dire « regardez, je l’ai lu dans Mediapart, ça doit forcément être vrai », en plus avec beaucoup de commentaires, beaucoup de personnes qui ont relayé ça. C’est vrai que ça sert après de caisse de résonance à ces contenus qui n’auraient jamais percé s’ils n’avaient pas été sur ces sites un peu plus fréquentables.

Nolwenn : Après, là ça peut aussi porter préjudice à Mediapart parce qu’il y a beaucoup de gens qui vont dire « ça vient de Mediapart, donc ça vient de la rédaction », alors qu’au final ce sont des blogs qui sont proposés justement aux abonnés de Mediapart pour qu’ils puissent publier. Le Monde le fait également. Par exemple je suis beaucoup un journaliste qui est aussi médecin sur Réalités Biomédicales, il a son blog sur Le Monde. Quand il publie ce n’est pas un article du Monde c’est un article que lui-même a écrit.

Luc : Je pense qu’il y a effectivement une différence entre inviter des gens que tu as sélectionnés à avoir des blogs chez toi et faire un truc où n’importe qui peut ouvrir un blog et tu te retrouves effectivement avec ce genre de choses.
Ce que je trouve important dans les descriptions qui sont données c’est qu’il citait un cas, ce n’est pas sur cette étude-là mais ils citaient une autre étude qui avait été faite, où une même entité de ce type-là de désinformation avait pu sortir 15 versions différentes autour du même fait, qui toutes n’étaient pas compatibles les unes avec les autres. On n’est pas dans un système où on défend une version différente, on est bien dans un système où on va raconter n’importe quoi, se contredire. On n’est pas du tout dans la défense d’un point de vue.

Manu : Ce qui est original parce qu’effectivement on pourrait s’attendre à ce qu’il y ait une direction bien précise, une volonté bien précise. Mais non ! C’est plutôt une manière de saper la volonté d’une alternative, peut-être de l’Occident en général. Il faut voir ça à un niveau qui est un peu plus complexe que juste un désir en particulier.

Nico : Ça perd aussi l’adversaire qui, du coup, va se retrouver avec 15 versions d’un même sujet à aller débunker ou, en tout cas, à aller essayer de contrer. Comme il y a plein de détails qui changent à chaque fois, eh bien il est obligé d'attaquer sur tous les fronts. On est complètement perdu. Plutôt que d’essayer de casser une théorie du complot et de la démonter une fois pour toutes, on est en permanence sous la flotte et avec une inondation de choses à combattre, du coup ça laisse moins de temps pour son propre combat et ses propres idées. C’est vrai qui ça peut être aussi une théorie qui marche assez bien et noyer l'ennemi sous le déluge ça peut être efficace.

Nolwenn : C’est combien ? C’est dix heures de redonner une bonne information sur une désinformation. C’est ça ?

Nico : Il faut dix minutes pour balancer quelque chose, c’est dix heures de boulot derrière pour le contrer.

Manu : Ça ne marche pas toujours ! Par exemple il suffit de voir les théories sur la 5G qui pullulent et qui ont explosé avec l’épidémie de covid. Effectivement ça paraît être impossible à bloquer ce truc, ce genre de désinformation, une fois qu’elle est sortie, on ne peut plus la rentrer dans sa boîte de Pandore.

Nolwenn : S’il y a beaucoup de personnes qui vont dire exactement la même chose, alors c’est que ça va être vrai. Ça paraît idiot, mais on est câblé comme ça, on va avoir tendance à croire la masse plutôt que celui à côté qui va dire « ce sont des bêtises, il ne faut pas écouter ».

Manu : La masse ou la personne importante.

Nolwenn : Ou la personne importante.

Luc : On est au courant que Manu tue des chatons quand même !

Manu : J’ai arrêté ! Officiellement stop !

Luc : On sait que la Russie finance des partis politiques. Il y avait cette affaire un peu louche, notamment d’Alexandre Benalla qui avait un contrat très juteux avec un oligarque russe. En fait il s’est retrouvé coincé, sa conversation privée a été enregistrée et, à ma connaissance, on ne sait toujours pas comment.

Manu : Les hommes politiques derrière le Brexit avaient des liens plus ou moins directs avec la Russie aussi.

Luc : Et Trump également. Au point de vue géopolitique manifestement les Russes sont les spécialistes de ça. Après, il y a une contestation qu’on pourrait faire c’est dire « regardez les grands médias français, ils appartiennent massivement à quelques intérêts privés, essentiellement des grosses boîtes françaises, quelques milliardaires, au final il n’y a pas d’information qui soit neutre ! »

Nolwenn : Quand tu t’intéresses à l’histoire du journalisme, au départ c’était l’État qui gérait, après ça a été dispatché, c’était plutôt des bourgeois. Même si tu es dans un journal un peu indépendant, il y a toujours quelqu’un qui apporte la monnaie.

Nico : On voit aujourd’hui que les sites de presse, en tout cas ceux qui sont indépendants, ont toujours du mal à survivre alors que les gros médias, contrôlés par deux/trois têtes en France, se gavent de subventions ou d’aides parce qu’ils ont aussi les bons lobbies ou les bonnes entrées auprès des politiques. Forcément, aujourd’hui les médias entre guillemets mainstream en France sont très orientés, vous n’en trouverez quasiment pas à taper sur la politique de Macron. Il faut aller vers des journaux indépendants type Mediapart pour faire le boulot.
On l’a vu par exemple sur l’IGPN, il n’y a que Mediapart qui a dit non, est monté au créneau. Vous allez dans Le Figaro, L’ExpressLe Canard enchaîné est peut-être un peu à côté —, tout le monde se nourrit de la soupe de Macron.

Luc : Et Next INpact pour l’informatique.

Nico : Next INpact pour l´informatique.

Manu : Il y a quelques sites qui se sont regroupés, qui essayent justement de ne pas être juste vendus à des intérêts privés mais qui sont financés par leurs utilisateurs. Luc, Nicolas, vous êtes abonnés à ce genre de sites justement ?

Luc : C’est la presse libre dont Next INpact est membre et on retrouve dedans d’autres choses qu’on connaît bien comme Arrêt sur images par exemple. Il y a, je crois, un journal qui s’appelle Les Jours, que je ne connais pas plus que ça, mais il y en a toute une série avec une charte derrière pour assurer qu’ils sont réellement indépendants.

Manu : C’est quoi le site web pour aller se connecter dessus ?

Nico : lapresselibre.fr2

Luc : Par rapport à ces questions-là, la différence pour moi est quand même que dans l’exemple de l’article on est sur de la désinformation, c’est-à-dire avec nos 15 versions différentes d’un même fait. Même si rien n’est parfait, c’est quand même important de savoir qui parle au moins pour remettre une information dans le contexte. Or, avec Internet c’est moins évident parce qu’on peut faire plein de sites dans tous les sens, on peut avoir de multiples sources d’information. Si on veut éviter de se faire un peu promener il faut au moins essayer de pouvoir avoir en tête qui parle, quels sont ses intérêts, est-ce que ces gens se contredisent et est-ce que les faits qu’ils rapportent sont vérifiables par d’autres personnes pour au moins éviter de se faire trop promener.

Nico : Du coup vous pouvez aller sur lapresselibre.fr. Aujourd’hui il y a six médias qui sont regroupés derrière ça et Mediapart risque d’être le septième qui va arriver bientôt.

Manu : Sur ce, à la semaine prochaine.

Luc : À la semaine prochaine à tout le monde.

Nolwenn : Salut.

Nico : Salut.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 9 juin 2020

lun, 06/22/2020 - 10:41


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 9 juin 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Marie-Odile Morandi - Christiane Féral-Schuhl - Marc Rees - Luk - Étienne Gonnu - William Agasvari à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 9 juin 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration :
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, sur le thème « Naïveté, cynisme, danger. Mark Zuckerberg et Facebook »
  2. « Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? », argument régulièrement invoqué par les adversaires des libertés en ligne, avec Christiane Féral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux, avocate spécialiste des nouvelles technologies et Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact
  3. Chronique « La pituite de Luk » sur Parcoursup et l'éducation en général
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Étienne Gonnu : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? Nous en discuterons dans le sujet principal avec également au programme de l’émission du jour « Dans la tête de Mark Zuckerbeg » et la pituite de Luk sur Parcoursup.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. Cause Commune, sur la bande FM, c’est de midi à 17 heures puis de 21 heures à 4 heures en semaine, du vendredi 21 heures au samedi 16 heures et le dimanche de 14 heures à 22 heures ; sur Internet c’est 24 heures sur 24. La radio dispose également d’une application Cause Commune pour téléphone mobile et la radio diffuse désormais en DAB+, la radio numérique terrestre, 24 heures sur 24. Capter le DAB+ est gratuit, sans abonnement, il faut juste avoir un récepteur compatible.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Étienne Gonnu chargé d’affaires publiques pour l’April.
Le site web de l’April est april.org. Vous pouvez y trouver une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission, et également les moyens de contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.
Je précise, comme depuis plusieurs semaines maintenant, dans une logique de sécurité sanitaire, que l’émission est entièrement réalisée à distance, notamment grâce au logiciel libre d’audioconférence Mumble.

Nous sommes mardi 9 juin 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Voici maintenant le programme détaillé de cette émission :

  • nous commencerons par la chronique de Marie-Odile Morandi, « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » sur le thème « Naïveté, cynisme, danger. Mark Zuckerberg et Facebook » ;
  • d’ici une quinzaine de minutes nous aborderons notre sujet principal. Nous discuterons et déconstruirons un argument régulièrement invoqué par les adversaires des libertés en ligne selon qui Internet serait une zone de non-droit. J’aurai le plaisir de recevoir Christiane Féral-Schuhl, avocate spécialisée dans le droit des nouvelles technologies et présidente du Conseil national des barreaux, et Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact et habitué de Libre à vous ! ;
  • en fin d’émission nous aurons la pituite de Luk qui portera sur Parcoursup et l’Éducation en général.

À la réalisation de l’émission, William Agasvari.

Tout de suite place au premier sujet.

Chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, sur le thème « Naïveté, cynisme, danger. Mark Zuckerberg et Facebook »

Étienne Gonnu : Marie-Odile, tu dois être avec nous par téléphone je crois.

Marie-Odile Morandi : Oui, je suis là. Bonjour.

Étienne Gonnu : Bonjour Marie-Odile. À toi la parole.

Marie-Odile Morandi : Aujourd’hui je voulais vous présenter une chronique un peu particulière.
Depuis le mois de février 2020, une nouvelle émission intitulée Le code a changé, animée par Xavier de La Porte sur France Inter, a attiré mon attention. « En quoi toutes ces technos changent quelque chose à nos vies ? » est la question que se pose Xavier de La Porte avec l’intention de réaliser une vingtaine d’épisodes. Divers podcasts ont été transcrits et publiés par le groupe Transcriptions, vous pouvez les retrouver sur le site de l’April.
La forme de l’émission est intéressante : Xavier de La Porte émet des hypothèses qu’il soumet à son intervenant.

Aujourd’hui, très modestement, je souhaitais revenir particulièrement sur deux épisodes qui traitent de Facebook et de son créateur. Le premier épisode intitulé « Mark Zuckerberg est-il un génie ? » revient aux origines de Facebook. Le second épisode, « Mark Zuckerberg est-il dangereux ? », souhaite permettre de comprendre ce qu’est Facebook. Chacun de ces épisodes, enregistrés en avril 2020, dure environ 28 minutes.

Certains libristes avec lesquels je communique ont dit : « À la vue de ces noms, je passe immédiatement mon chemin, je tourne la tête ». Cependant il me semble qu’il est bon de revenir sur la genèse et sur la façon dont de ce phénomène a évolué, car qu’en sait-on réellement ? Qu’en savent jeunes et moins jeunes ?
Dans les deux épisodes l’intervenant est Julien Le Bot, expert sur le sujet puisqu’il a récemment publié un livre intitulé Dans la tête de Mark Zuckerberg.

On apprend que, très jeune, Mark avait créé un réseau informatique qui reliait les machines de sa famille à celles du cabinet dentaire de son père qui s’intéressait aux ordinateurs, importance du père dans la carrière du fils. Il est doué, surdoué et dans la Silicon Valley l’idée a couru qu’il avait un syndrome d’Asperger, mais c’est un personnage bien plus complexe que cela. À l’université, il choisira d’étudier en priorité la psychologie des foules et non l’informatique comme on aurait pu le penser. Avec un ami il crée, à 20 ans, un premier logiciel de recommandation de fichiers musicaux et déjà à l’époque ce travail avait intéressé Microsoft.
Facemash, son premier réseau social, a pour but de comparer les photos de deux filles pour les noter et savoir laquelle est la plus sexy. Comme dit Julien Le Bot, site un peu cradingue !
À la sortie d’un dîner, il entend que des étudiants souhaiteraient disposer d’un trombinoscope en ligne pour avoir de bonnes informations sur les filles, encore ! Quelques mois plus tard il lance un projet qui remplace les albums papier distribués chaque année aux étudiants avec deux choses essentielles : le nom et la photo. Le succès est immédiat : 30 000 étudiants inscrits au bout de deux mois. Facebook était né.

Plateforme très simple, fonctionnalités qui correspondent à une demande.
Quoi que plus bénin que de cliquer sur l’expression « Je partage » pour recommander à ses amis même un contenu qui ne provient pas de Facebook ? Cela permet de savoir ce que ressentent les internautes, quelles sont les thématiques qui les intéressent.
Quoi de plus simple que d’arriver sur un site et pouvoir se loguer avec son compte Facebook sans avoir à créer un nouveau compte ? Facebook devient un intermédiaire entre les internautes et des sites qui n’ont rien à voir avec Facebook.
Ces fonctionnalités deviennent à leur tour des outils de mesure au service de futurs algorithmes.

Pour Mark Zuckerberg, une partie de la vie privée doit être abolie. Les usagers sont surveillés. Facebook sait ce qu’ils font même quand ils ne sont pas sur Facebook et c’est très pernicieux parce que toutes ces informations sont livrées librement ; on n’a pas l’impression de se dévoiler à une entreprise privée.
Ce modèle économique, le capitalisme de surveillance avec développement de fonctionnalités qui captent l’attention des internautes pour qu’ils restent le plus longtemps possible sur la plateforme, permet ensuite à Facebook de monétiser cette attention. Facebook est une immense régie publicitaire. Les bases de données personnelles toujours plus complètes, grâce aussi à des applications comme Instagram, WhatsApp rachetées par Facebook, sont vendues aux annonceurs, leur permettant de cibler encore mieux.
Certes, quand on reste sur des choses anodines, cela peut ne pas sembler très grave. Mais quand il s’agit de questions politiques, de questions religieuses, ça devient très inquiétant parce que cela donne beaucoup de pouvoirs à Zuckerberg, d’autant plus quand on apprend que plus de la moitié des Américains disent aujourd’hui s’informer prioritairement par Facebook.

Mark Zuckerberg admire Bill Gates, l’homme grâce auquel il y a un PC dans toutes les maisons, tout le monde a les mêmes logiciels et communique avec les mêmes outils. Avec Facebook, tout le monde est sur le même réseau social. Il est convaincu que relier les gens, les connecter, suffit à faire le bien et à améliorer le monde.
De telles convictions dues à une naïveté feinte ou réelle, font que Zuckerberg a mis longtemps à réaliser les dommages collatéraux provoqués par ce mépris manifeste de la vie privée. Il a été obligé de reconnaître les dérives de Facebook, certes du bout des lèvres quand on écoute les réponses lapidaires qu’il fournit lors de son interrogation par une commission parlementaire au sujet du scandale Cambridge Analytica, entreprise qui avait utilisé des données de Facebook pour adresser des messages politiques ciblés à des électeurs avant la présidentielle américaine. Cette vidéo dans laquelle Zuckerberg se fait laminer a été diffusée ; les « like » des internautes voulant dire « on est en colère » ont donné des indices sur leurs opinions politiques, reversées, selon Julien Le Bot, dans la régie publicitaire pour encore cibler des catégories d’individus et encore en tirer profit.
Paradoxe des uns, cynisme de l’autre.

Aujourd’hui Facebook est valorisé aux alentours de 600 milliards de dollars ; la fortune de Zuckerberg, 36 ans, estimée à 60 milliards de dollars. Richesse qui va de pair avec la puissance. Il est à la tête d’une sorte de pays numérique, un lieu fréquenté par 2,4 milliards de personnes, un tiers quasiment de l’humanité, et il sait sur chacun de ces habitants autant de choses, voire plus, que les États dont ils dépendent.
Une des seules passions intellectuelles avouée de Zuckerberg c’est l’Empire romain, il a d’ailleurs étudié le latin, le grec aussi. Il est reçu comme presque un égal par les chefs d’État parce qu’ils savent que LUI est l’empereur d’un monde sur lequel ILS ont peu de pouvoir, le monde numérique.
Dans ce monde il fabrique les lois, les « conditions générales d’utilisation » que personne ne lit jamais mais que personne n’est censé ignorer non plus du moment où il est sur Facebook. Ce réseau social a réalisé le cauchemar de Lessig exprimé en 1999 dans son essai Code is Law, le code informatique fait la loi. Le code entier de la plateforme, dont on ignore tout, n’exerce-t-il pas une sorte de tyrannie informatique sur ses utilisateurs consentants ?
La programmation informatique est une activité politique. Facebook est une puissance géopolitique. La vision de Zuckerberg lui donne l’impression d’emmener les gens dans son projet de fusionner l’humanité. Il est persuadé que sa plateforme est une force positive et peut-être espère-t-il qu’on se rendra compte dans deux cents ans que Facebook était une étape fondamentale dans l’histoire de l’humanité.
Facebook inquiète. Des critiques de plus en plus féroces sont adressées à Zuckerberg. Il est devant une machine devenue aujourd’hui complètement folle et il devient très compliqué de redresser la barre. De plus en plus de gens plaident pour un démantèlement de Facebook, mais est-ce techniquement possible ? Peut-on continuer à laisser les citoyens offrir leur vie privée, leurs pensées les plus intimes à une entreprise cynique, irresponsable, entraînant de multiples dangers pour nos démocraties ?

Les transcriptions sont relues avant d’être finalisées et publiées sur le site de l’April. Un des relecteurs avait commenté : « Comment est-ce encore possible que des gens continuent à utiliser ce réseau. C’est inouï ! »
Bien entendu j’encourage les auditeurs à écouter ces deux podcasts, à lire ou relire leurs transcriptions. Cela donnera des éléments de réflexion et des arguments aux personnes qui souhaitent conseiller des réseaux interopérables, basés sur des logiciels libres, et qui ont à cœur de susciter autant que possible, auprès de toutes et tous, l’utilisation d’une informatique respectueuse de la vie privée, protégeant les libertés informatiques, thème cher à l’April.

Étienne Gonnu : Super Marie-Odile. Merci beaucoup. C’est un très bon texte et tu nous offres une introduction parfaite à notre sujet à venir. Encore une fois les transcriptions s’avèrent être un outil très riche, justement dans ce que tu nous décrivais, une manière de former et de faire passer du savoir pour libérer notre informatique.
En tout cas un grand merci Marie-Odile, encore une fois.

Marie-Odile Morandi : C’est toi que je remercie. À la prochaine. Bonne continuation.

Étienne Gonnu : À la prochaine. Merci. Bonne journée Marie-Odile.
Avant de passer à notre sujet principal nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Nous allons écouter L'Étoile danse (part.1) par Meydän. On se retrouve juste après. Une belle journée à l’écoute de Cause Commune, 93.1 FM, la voix des possibles.

Pause musicale : L'Étoile danse (part.1) par Meydän .

Voix off : Cause Commune. 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter L'Étoile danse (part.1) par Meydän, disponible sous licence libre Creative Commons, Attribution. C’est de la musique libre, la musique libre c’est justement le partage et ça passe aussi par la mise en valeur des artistes qui sont derrière. Nous avons donc contacté cet artiste de 27 ans qui nous dit composer pour le plaisir depuis de nombreuses années et qui publie justement la majorité de son travail sous licence libre. Il dit, c’est intéressant, avoir découvert le monde du Libre via GNU/Linux puis s’être rendu compte que la démarche du Libre dépassait largement le cadre des seuls systèmes d’exploitation. Pour lui, ses morceaux sont sa contribution au vaste monde du Libre.
Merci à Meydän pour ce retour et puis pour sa musique.
Vous retrouverez toutes ces références sur le site de l’April, april.org, et notamment une page pour soutenir Meydän.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
Je suis Étienne Gonnu en charge des affaires publiques pour l’April.
Nous allons maintenant passer à notre sujet principal.

« Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? », argument régulièrement invoqué par les adversaires des libertés en ligne, avec Christiane Féral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux, avocate spécialiste des nouvelles technologies et Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact

Étienne Gonnu : « Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? » comme semblent le revendiquer certaines personnes, plus généralement le revendiquer à des fins politiques comme nous allons le voir.
Je vais ouvrir une très courte parenthèse avant cela, sans vouloir m’étaler sur les détails de ma vie personnelle. Lorsque j’ai repris mes études de droit en droit du numérique en 2013, j’avais deux références, deux sources principales d’information : Next INpact d’un côté, en particulier les articles de Marc Rees et de Xavier Berne, c’était vraiment ma référence pour faire ma veille juridique, mon actualité sur les questions numériques, et puis l’ouvrage Cyberdroit - Le droit à l'épreuve de l'Internet de Christiane Féral-Schuhl qui était un peu ma bible et celle de mes camarades de classe. C’est avec un grand plaisir, avec beaucoup de plaisir que j’accueille aujourd’hui nos deux invités du jour pour discuter de notre sujet « Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? »
Comme je vous le disais, c’est un argument qui est régulièrement invoqué par les adversaires des libertés en ligne. Encore récemment d’ailleurs et on va s’arrêter un moment, je pense, sur la loi Avia contre les propos haineux où il était répété ad nauseum que ce qui n’est pas toléré dans la rue n’a pas sa place sur Internet.
Pour discuter de cela, déconstruire ce sophisme, nous sommes donc avec Christiane Féral-Schuhl, avocate spécialisée du droit des nouvelles technologies et présidente du Conseil national des barreaux, et Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact et habitué de l’antenne de Libre à vous !.
Christiane Féral-Schuhl bonjour. Merci d’avoir accepté notre invitation. Vous êtes avec nous ?

Christiane Féral-Schuhl : Bonjour. Absolument. Je suis là, je suis bien là.

Étienne Gonnu : Parfait. Est-ce que vous souhaitez compléter cette présentation succincte ?

Christiane Féral-Schuhl : Non, tout a été dit. En fait le cyberdroit [le droit relatif à Internet, NdT] permet de pallier très largement beaucoup de problèmes. J’ai trouvé que l’introduction était extrêmement intéressante et va permettre d’illustrer très bien la réponse à apporter qui est évidemment que nous ne sommes pas dans une zone de non-droit.

Étienne Gonnu : On voit bien et je pense qu’il y aura largement de quoi dire dans les cinquante minutes d’antenne à venir.
Marc Rees, que je vais tutoyer puisqu’on a régulièrement l’habitude… Tu es avec nous par téléphone il me semble.

Marc Rees : Bonjour Christiane. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu : Salut Marc. Je vous propose donc d’attaquer.
Christiane Féral-Schuhl, puisque vous êtes justement une spécialiste, comme on le disait, des questions du droit et d’Internet, peut-être une bonne première chose c’est de se poser cette question : comment le droit appréhende-t-il l’objet qu’est Internet ? C’est quoi Internet juridiquement, si cette question fait sens d’ailleurs ?

Christiane Féral-Schuhl : Internet, si nous revenons à la définition, c’est un réseau de communication en ligne et c’est vrai que la principale difficulté – d’ailleurs vous avez raison de le positionner sous le nom d’objet – la principale difficulté a été cette confrontation du droit à l’Internet pour finalement appréhender les questions nouvelles posées.
Ça va me permettre de revenir sur ce concept de vie privée qui a été très bien exprimé en introduction. On vit dans une société et la question est s’il y a un droit à la vie privée à l’ère du numérique, confronté à l’Internet.
Je rappelle que certains, je pense au journaliste Jean-Marc Manach qui avait publié un livre très provocateur, en tous les cas le titre l’était, avec La vie privée, un problème de « vieux cons » ?. La question était : est-ce que la vie privée a encore du sens ? On a parlé de Mark Zuckerberg et c’est une très bonne chose parce que lui prône une nouvelle norme sociale. Il considère que les gens sont désormais à l’aise avec l’idée de partager plus d’informations différentes, plus ouvertes, avec plus d’internautes. Il est vrai que tout est fait pour que les internautes soient incités à communiquer des informations les concernant, largement encouragés par la culture de cette notion de l’exposition de soi. Ils n’hésitent pas à se dévoiler en toute impudeur et ils livrent des pans entiers de leur vie privée, voire des aspects extrêmement privés de la vie de tiers, celle de leur famille, celle de leurs amis. Où est le problème dans ce cas-là ? C’est l’absence de définition légale du concept de vie privée. Cette notion a évolué à travers le temps. Elle est différente d’un pays à l’autre. Par exemple, la notion de vie privée en Angleterre n’a rien a à voir avec la nôtre. On voit bien toute la difficulté d’appréhender cela.
C’est vrai qu’il y a un droit, mais un droit qui s’est construit à travers le temps. Il y a une jurisprudence qui s’est construite, il y a une appréciation. Et puis l’Internet, finalement, c’est presque un miroir déformant qui va se confronter à un droit qui n’est pas inscrit dans le marbre. En fait, on a ces deux éléments qui évoluent. La vraie difficulté c’est quoi ? Ce n’est pas le droit. Le droit va s’appliquer. Vous avez évoqué la loi Avia, on pourra y revenir. Le droit s’applique pour autant dans les limites de ces définitions. La difficulté va se situer où ? Elle va se situer dans l’appréhension de l’infraction, si on est sur le terrain de l’infraction, comment on va identifier, comment on va faire la preuve, comment on va identifier l’auteur d’une infraction, et puis ça va être comment l’exécuter parce que l’Internet est transnational.
En fait vous avez tous les éléments du problème.
Ensuite on peut le détricoter de toutes les manières. Vous le voyez, les incriminations pour discours violent ou incitant à la haine raciale demeurent, existent. Il n’y a pas besoin de loi pour ça. Les droits d’auteur existent et demeurent protégés. Les infractions d’injure, de diffamation existent. On voit bien quelle est la difficulté : c’est cette confrontation.
Lorsque le législateur décide de créer une loi, la difficulté par rapport justement à l’Internet, ça va être l’évolution des questions posées par rapport à la capacité de légiférer. Le meilleur exemple que je puisse vous donner c’est la loi pour la confiance dans l’économie numérique de 2004. On a mis dix ans à construire cette loi en essayant de faire une distinction claire entre l’hébergeur qui n’est pas responsable du contenu sauf notification d’un contenu illicite, manifestement illicite. On a identifié le fournisseur d’accès qui n’a pas de responsabilité, qui bénéficie de ce principe d’exonération de responsabilité. On avait bien situé l’éditeur, donc on voit bien les catégories émerger. Et puis, au moment où sort la loi, qu’est-ce qui se passe ? Vous avez les Dailymotion, les Facebook qui apparaissent et qui revendiquent le statut d’hébergeur, alors que les ayants droit vont leur dire « pas du tout, vous n’êtes pas un hébergeur, vous êtes un éditeur », et vous avez là à nouveau 15 années de jurisprudence pour essayer de décortiquer.
Donc ce n’est pas une zone de non-droit, mais Internet est confronté au droit ou plutôt c’est le droit qui est à l’épreuve des technologies mais qui résiste bien, qui résiste même plutôt très bien.

Étienne Gonnu : C’est une très belle introduction, très complète. C’était exhaustif.
Je vais vous inviter à couper votre micro, ça crée un écho, je ne sais pas si je suis le seul à l’entendre. On est sur Mumble, c’est une problématique technique, mais on s’adapte à la situation.
Je pense que c’est une introduction très complète, ça a couvert, à mon avis, la plupart des choses qu’on va être amené à voir. D’une part c’est sa spécificité, mais les règles qui s’appliquent dans notre vie quotidienne, les règles de responsabilité notamment, sont indifférentes aux outils qu’on va utiliser si on est responsable ; ce n’est pas un espace qui échappe aux règles habituelles, fussent-elles notamment légales, de notre société. Et se pose la question, on verra si on peut en parler aussi, de ce qu’est une bonne loi, comment on crée de la loi : on pose des principes généraux finalement indifféremment des spécificités techniques, des objets, enfin, des médias utilisés.
Marc Rees, de Next INpact, qu’est-ce que tu souhaiterais rajouter à ce propos ? Tu es, en plus, quelqu’un qui suit depuis longtemps l’actualité du droit du numérique. Tu as pu voir ces évolutions, notamment cette idée qu’Internet serait une zone de non-droit. Comment tout cela a-t-il évolué ?

Marc Rees : D’abord merci Christiane pour ce large panorama, ce qui n’est jamais un exercice très facile.
Qu’est-ce que je peux rajouter ? Déjà, lorsque j’entends un parlementaire ou un représentant du gouvernement nous expliquer qu’Internet est une zone de non-droit, qu’il faut des règles, etc., il y a deux solutions : soit c’est de l’ignorance absolue, c’est-à-dire qu’ils ne connaissent pas les textes en vigueur, ce que je ne peux pas imaginer ; soit c’est une forme d’escroquerie mentale qui sert justement comme moteur pour justifier la remise à niveau ou la mise à niveau des textes en vigueur.
Internet est un réseau de communication. Juridiquement, techniquement, technico-juridiquement on a des flux et on a du stock et il y a différents acteurs qui interviennent dans cette drôle de scène qui nous passionne depuis des années : un émetteur, un récepteur, parfois et souvent conjugués au pluriel, et puis des intermédiaires, des intermédiaires qui sont les fournisseurs d’accès pour gérer le flux et l’hébergeur qui est là pour gérer le stock. Dans cette distribution des rôles, chacun va endosser une casquette qui va lui être propre avec des obligations spécifiques. Et ça c’est en vigueur depuis la nuit des temps, notamment il y a cette fameuse loi sur la confiance dans l’économie numérique de 2004 qui est quand même un des textes ultra importants du secteur qui est bouleversée aujourd’hui et par la directive sur le droit d’auteur et par la loi Avia qui est aujourd’hui auscultée par le Conseil constitutionnel.
Dire qu’Internet est une zone de non-droit ! Avec mon collègue Xavier Berne, je m’étais amusé dans le premier numéro du magazine à dresser une espèce de panorama des différents textes. Je peux vous garantir qu’on a des dizaines et des dizaines de textes qui sont en vigueur pour gérer aussi bien des infractions ultra graves dans l’échelle normative sociale au pénal type pédopornographie, lutte contre terrorisme. On a des infractions dites de presse qui sont des infractions venues de la bouche ou de la plume, la diffamation, l’injure. On a des infractions qui touchent au droit d’auteur et là, pour le coup, on a du monde au balcon puisque c’est un sujet qui mobilise de longue date les sociétés de gestion collective et les sociétés de défense des ayants droit au sens large. Bref ! À dire vrai, j’ai du mal à concevoir qu’il puisse exister cette fameuse zone de non-droit. En fait, encore aujourd’hui je ne sais pas si elle existe vraiment, s’il y a des strates qui seraient, comme ça, hors champ normatif.
Le droit a ceci d’intéressant que de pouvoir s’appliquer à des situations qui n’ont pas encore été imaginées lors de la production de la norme. C’est peut-être ça aussi la qualité d’une bonne loi, on pourra le voir plus tard.
Dès que j’entends cette expression, je saute sur ma chaise, voire j’en tombe, parce que c’est vraiment faire preuve d’une mauvaise foi ou d’une ignorance crasse.

Étienne Gonnu : Oui, cynisme ou naïveté pour faire le pont avec la chronique de Marie-Odile. C’est vrai qu’on voit bien que cette injonction, ce prétexte d’une zone non-droit qui se traduit, paradoxalement ou pas, par un empilement de strates de lois. D’ailleurs on peut se demander comment ça se traduit. Déjà ça va, tel que je le comprends de ce que vous avez pu dire, Christiane Féral-Schuhl et Marc Rees, finalement avec des lois supplémentaires qui vont faire redondance. C’est-à-dire qu’en plus de la loi générale qui pourrait s’appliquer à des faits, à différentes cause – par exemple à la diffamation qui peut exister sans passer par l’outil qu’est Internet mais par une autre voie – peut-être pas dans le cas de la diffamation, mais on va avoir une nouvelle loi, des lois supplémentaires qui vont porter sur le même objet simplement parce que l‘usage d’Internet va être présent. Il me semble qu’on peut avoir des cas où l’usage d’Internet va pouvoir être considéré comme un facteur aggravant, on va avoir peut-être des peines plus lourdes. Il me semble qu’il y a ce genre de choses assez inquiétant qui va créer peut-être une forme de criminalisation des usages d’Internet. Est-ce que je vais trop loin en disant ça, Christiane Féral-Schuhl par exemple ?

Christiane Féral-Schuhl : Non, vous n’allez pas trop loin. J’ai envie de dire que la logique aujourd’hui, la tendance évidente c’est que quand un parlementaire voit un problème il cherche une loi. Or, nous sommes à l’intersection de plein de textes et c’est cet empilement de textes qui brouille parfois les messages et brouille l’analyse qu’on pourrait faire d’une situation. On a tous les textes, tous les fondamentaux. Vous remontez jusqu’à la loi Godfrain, vous avez tous les textes fondamentaux.
Tout à l’heure je vous disais que la loi résiste plutôt bien, mais vous constaterez que la loi résiste bien lorsque est sur une notion de principe. Je vais vous donner deux exemples.

Le premier exemple c’est celui de l’exception de copie privée. Vous savez que l’exception de copie privée c’est la possibilité qui a été donnée à une personne de faire une copie d’un texte original et de pouvoir l’utiliser, mais ça a été pensé dans un environnement analogique. Il n’y a jamais eu aucune confusion possible entre l’original et la copie. Cela a résisté aux fax, ça a résisté à la photocopie, il n’y avait pas de difficultés et il n’y avait jamais de doute possible.
À un moment donné on est passé dans l’environnement numérique et le problème vient de quoi ? Il vient de cette notion de clone qui apparaît à un moment donné et qui fait que si on mélange l’original et le clone, eh bien on ne sait plus quel est l’original, on ne sait plus quelle est copie.
On a assisté à toute la jurisprudence sur le téléchargement. Il a fallu là aussi 15 années de jurisprudence pour constater que le téléchargement, l’acte de copie est possible – à partir du moment bien sûr où on copie sur un site légal – lorsque c’est pour une utilisation privée, et pour déconnecter cet acte de téléchargement pour une utilisation propre avec l’acte de communication qui va consister à repartager l’information avec d’autres utilisateurs. Mais on est resté sur un fondamental qui est l’exception de copie privée et on n’y a pas touché.
L’autre exemple que je voulais donner c’est la loi informatique et libertés. La loi informatique et libertés, certes on vient de la remanier, nous avons eu en juin 2018 un toilettage important suite au RGPD, mais les fondamentaux de la loi informatique et libertés sont restés et vous avez tous les principes. En fait, la Commission nationale informatique et libertés a fait quelque chose d’intéressant, elle a créé les recommandations. Moi j’ai mis très longtemps à comprendre qu’une recommandation ce n’est pas une recommandation au sens premier et que ça a force d’autorité. Les recommandations ont permis de s’adapter à l’évolution des technologies, mais on est toujours resté sur un texte. Je ne sais plus combien il y avait d’articles mais, avec sa cinquantaine d’articles, la loi informatique et libertés a survécu à 40 années d’évolution des technologies. Simplement chaque fois l’évolution de la technologie faisait qu’il y avait une recommandation, parfois suppression d’une recommandation pour en mettre une nouvelle, mais la dynamique a été constructive.
Pour aller dans votre sens et ce que vous venez tous les deux de très bien expliquer, oui, nous avons trop de textes, nous avons des textes de circonstance qui n’anticipent pas l’évolution des technologies. Quand on revient aux fondamentaux, le droit tient la route. Et les difficultés que l’on rencontre sont souvent sur des textes de circonstances qu’on a rencontrées.

Étienne Gonnu : Merci beaucoup. Vous y êtes revenue plusieurs fois et à raison ; c’est un point essentiel et je trouve que c’est la meilleure façon de le formuler : le droit tient la route. Je pense qu’on va revenir sur ce qu’est une bonne loi justement par comparaison à la loi Avia, on y reviendra. Une loi qui dure dans le temps, qui est solide, une bonne loi doit finalement intégrer un maximum de réalités pour pouvoir s’adapter aux contextes, aux évolutions du temps, des usages et des technologies.
Ces derniers temps, on entend souvent parler de solutionnisme technologique comme s’il suffisait de lancer une technologie pour répondre magiquement à un problème. Quelque part j’ai l’impression là aussi qu’il y a une forme de solutionnisme juridique où, tout d’un coup, il suffirait de proposer un nouveau texte de loi, une nouvelle strate de réglementation qui serait vue comme la réponse à des problèmes sociaux et politiques dont, en fait, les technologies comme Internet ne sont que des révélateurs. J’ai l’impression qu’on fait face à quelque chose comme ça et que c’est aussi un peu ça que vous avez exprimé.
Puisqu’on parle de copie privée, mais vous n’êtes pas obligés de répondre là-dessus, je sais que c’est un des dadas de Marc, je ne trouve pas de meilleure manière de le dire, est-ce que tu souhaites rajouter quelque chose Marc ?

Marc Rees : Tout cela est très juste. C’est vrai que l’exception pour copie privée a été évoquée dans des actions en contrefaçon par des personnes qui téléchargeaient. Le problème c’est que dans la mesure où initialement l’œuvre, notamment en réseau peer to peer, a été proposée à la communauté entière des utilisateurs, il suffisait de se baisser et de se servir, eh bien automatiquement la copie n’était plus privée, elle avait, dans son existence, dans son ADN, une graine publique qui a corrompu, quelque part, toute la chaîne de transmission.
Ce qui est rigolo c’est que là où les ayants droit ont obtenu gain de cause, ils ont justifié du fait que dès lors qu’il y a à un moment donné communication au public d’une œuvre, c’est-à-dire à tous les internautes, automatiquement on ne peut plus parler de copie privée dans les strates successives. Dans le même temps les études d’usage qui étaient menées en commission copie privée, elles, mélangeaient aussi bien les copies illicites que les copies licites afin de maximiser les études d’usage. Bon ! Je ne veux pas rouvrir le dossier parce qu’il pourrait faire l’objet d’une publication ou d’une émission dédiée. En tout cas, ce qui est sûr c’est que les ayants droit ont maximisé les études d’usage qui servent à jauger les pratiques de copie auprès d’un panel en tenant compte des copies licites. Pendant des années et des années, ils ont tenu compte des copies licites pour gonfler au maximum le taux de la redevance qui s’appliquait d’abord sur les supports analogiques comme l’a très bien rappelé Christiane et ensuite sur les supports numériques.
Sinon, sur cette inflation législative, oui, c’est vraiment une plaie des démocraties actuelles, voire des autres systèmes politiques, que de découvrir un problème ou de feindre de découvrir un problème et puis d’imaginer une loi taillée pour la circonstance, ces fameuses lois de circonstance.
Dans le même temps, ce que j’aimerais qu’il soit systématiquement rappelé, c’est ce chiffre qui a été donné par le Trésor, par les services de Bercy lors du grand débat mené par Emmanuel Macron l’an dernier, de l’argent public qui est attribué à la justice. Il y a un tableau que vous trouvez sur le site de Bercy qui explique que pour 1000 euros de dépense publique on a 4 euros qui vont à la justice. Dans ces 4 euros on a aussi le pénitentiaire.
C’est bien beau d’empiler des textes pour répondre à des problèmes spécifiques, c’est magnifique d’avoir comme ça ce réflexe législatif. Mais, d’un autre côté, si la justice n’est pas là et n’a pas les moyens attendus à la hauteur des prétentions décrites et définies par le politique, on arrive à des mesures d’affichage ou du n’importe quoi. C’est-à-dire que la loi va avoir une efficacité devant les micros, sous la plume, dans les journaux, sur Internet, mais c’est tout. C’est tout ! Derrière on a des juges qui sont, excusez-moi du terme, à la ramasse, qui sont les derniers wagons du train et qui n’arrivent pas à suivre parce que, sur leur bureau, trônent des centaines et des centaines de dossiers d’instances en cours qu’ils n’arrivent pas à digérer. Il est là le vrai problème. Il est vraiment là !

Étienn Gonnu : Oui, c’est un point très juste.

Christiane Féral-Schuhl : Il est là, je suis totalement d’accord avec vous et ça évoque pour moi une affaire, la première affaire dont j’avais eue à m’occuper, une affaire de virus. Le premier virus qui avait été trouvé dans un CD qui avait été pressé et vendu avec une revue. Je ne sais pas si vous vous en souvenez.

Marc Rees : Je m’en souviens.

Christiane Féral-Schuhl : Cette affaire avait fait beaucoup de bruit. J’avais eu le privilège de défendre le prévenu et cette affaire est allée jusqu’en cassation, elle a duré des années. Je me souviendrai toujours de mon dernier échange avec lui puisqu’il a obtenu une relaxe mais au bout de je ne sais pas combien d’expertises et de débats parfois, je dois le dire, assez fumeux ; il m’avait dit : « Je n’ai qu’un vœu, vous m’avez très bien défendu, mais je souhaite ne plus jamais entendre parler d’informatique ni d’Internet ». Je pense qu’il s’est retiré et qu’il n’a plus voulu faire quoi que ce soit.
C’est vrai que d’une certaine manière, entre temps, pendant toutes ces années, on avait parlé, compris qu’il faut aussi que les juges se forment, apprivoisent. C’est un problème qui se gère avec les générations qui se succèdent, forcément. Il y a les concepts juridiques, mais il y a aussi l’enquête en amont, les preuves numériques. Il a aussi fallu faire appréhender toutes ces notions. Et encore une fois, une fois que vous avez la décision, il faut la faire exécuter et quand vous avez cette approche transnationale de l’Internet, c’est compliqué. Donc il faut que tous les acteurs montent en puissance en termes de compétences, les juges comme vous l’avez dit, les avocats, bien sûr, parce qu’il y a encore une marge de progression et je trouve qu’ils ne sont pas encore suffisamment présents sur des sujets comme la cyber-sécurité et d’autres domaines, mais il y a aussi les cyber-policiers, les cyber-gendarmes, les cyber-enquêteurs, il y a tout cela qui participe de l’œuvre de justice. Si vous avez une belle décision mais que vous ne pouvez pas l’exécuter, vous y avez passé des années, le résultat vous ne l’avez pas.

Étienne Gonnu : C’est vrai qu’on entend très souvent, enfin on rappelle très souvent la nécessité des moyens de la justice ou s’il n’y a pas les moyens mis en œuvre pour donner corps à un nouveau droit écrit, il reste lettre morte. C’est quelque chose de très important. Je pense que ça re-situe aussi la question des relations, tout ça s’inscrit également dans des relations de pouvoir. Je croise des choses qui ont été évoquées mais, pour revenir sur un point qui est très important il me semble, c’est la responsabilité des intermédiaires techniques. Je fais un parallèle.

Marc Rees : Étienne, si tu veux je peux résumer.

Étienne Gonnu : On parlait justement de copie privée, il y a des enjeux économiques, des enjeux politiques. Tout ça s’inscrit là-dedans et là où ces zones de non-droit sont le plus invoquées, là où ces arguments un peu fallacieux sont invoqués, on voit que c’est beaucoup sur les lois sécuritaires et sur le droit d’auteur, parce que tout ça s’inscrit dans un contexte politique. Sur cette notion de responsabilité, Marc, je vais te repasser le micro.

Marc Rees : La responsabilité des intermédiaires techniques, c’est une des pierres angulaires du droit du numérique. Quelle est l’idée ? L’idée a été évoquée, après bien des années, dans le cadre d’une directive de 2000 sur le commerce électronique, qui a été transposée en France en 2004 avec la fameuse loi sur la confiance dans l’économie numérique. Elle s’attache tout particulièrement à la question des hébergeurs. Les hébergeurs, qui sont-ils ? Ce sont des acteurs qui opèrent, pas forcément à des fins financières, mais ce sont des acteurs qui opèrent et qui vont stocker des informations, des contenus à la demande des internautes. Puis, éventuellement, ces contenus vont être mis à disposition des tiers. Dit comme ça ce n’est pas très compréhensible mais, quelques années plus tard, YouTube est arrivé. YouTube est un réceptacle dans lequel des personnes vont mettre en ligne des vidéos qui vont être possiblement partagées ou possiblement stockées ou possiblement non partagées puisqu’on peut se servir de ce réceptacle uniquement comme d’une espèce de tiroir, comme d'un disque dur distant.
Pour gérer la responsabilité de ces acteurs, que ce soit Twitter, Facebook ou les hébergeurs purement techniques, peu importe, trois angles ont été choisis. Il a fallu trouver une solution qui puisse protéger la liberté d’entreprendre, puisque c’est une liberté fondamentale, la vie privée des internautes aussi, mais également la nécessaire lutte contre les infractions.
Le principe qui a été défini en 2000 puis transposé en France en 2004 c’est qu’un hébergeur n’est pas responsable des contenus qu’il stocke, qui sont éventuellement mis à disposition des tiers, mais il le devient dès lors que ces contenus sont manifestement illicites, c’est-à-dire dont l’illicéité est flagrante ou parce qu’un tribunal lui a demandé de les retirer.
Lorsqu’un intermédiaire technique se retrouve face à un contenu qui présente ces deux adverbes, ces deux qualités, donc manifestement illicite, il doit retirer cette fois-ci promptement, c’est-à-dire sans attendre, en fonction du contexte.
Voilà le socle de responsabilité qui a été imaginé dès le début. Sauf que vous pensez bien que ce régime-là n’a pas satisfait tout le monde. Christiane a rappelé très justement la problématique des ayants droit qui ont pesté contre ce régime. Pourquoi ? On va imaginer : si un site comme Flickr ou comme YouTube, peu importe lequel, héberge un contenu sur lequel moi je revendique une paternité, je contacte YouTube et je dis « attendez, cette vidéo qui a été mise en ligne par Kevin Michu, en fait elle m’appartient ; c’est mon œuvre ». Le problème c’est : est-ce qu’on est bien face, là, à une violation manifeste ? Est-ce qu’on est manifestement face à quelque chose d’illicite ? Le problème c’est que l’intermédiaire technique, il est intermédiaire technique, il n’est pas spécialiste en droit d’auteur. Pour être éligible à la protection du droit d’auteur, il faut que l’œuvre soit originale et surtout empreinte de la personnalité individuelle de celui qui se prétend être le père ou la mère. Les ayants droit ont pesté contre cette difficulté parce que cela signifiait aussi pour eux de devoir adresser des notifications extrêmement détaillées où ils devaient revendiquer la paternité d’une œuvre, exposer moult arguments pour inciter les YouTube et les Twitter et les Facebook et les Flickr et tout ce que vous voulez à retirer ces éléments-là. C’est aussi pour ça qu’ils ont fait pression d’abord en France et ensuite à l’échelle européenne pour que, dans la directive sur le droit d’auteur, soit adopté ce fameux article 17 qui industrialise le filtrage sur certaines plateformes afin de régler cette question du manifestement illicite ou du retrait prompt.
Si, en quelques mots, je devais définir cette problématique, eh bien ce serait cela.

Étienne Gonnu : Tu es parfait Marc ! Tu as clarifié mon moment de confusion. Je pense que c’est important de se tourner vers ça parce qu‘on voit bien l’importance de l’enjeu. Il y a des droits complexes comme le droit d’auteur, il y en d’autres, et on va avoir cette tendance, il me semble, de déléguer aussi l’application du droit à des entités privées en leur faisant porter une responsabilité excessive. Ça va être le cas dans le droit d’auteur et on va le voir, je pense après la pause, avec la loi Avia sur la liberté d’expression en elle-même, sur ce qu’est la liberté d’expression.
On va bientôt attaquer la pause mais Christiane Féral-Schuhl, je pense que vous vouliez prendre la parole. Je vous laisse dire un dernier mot avant que nous fassions la pause.

Christiane Féral-Schuhl : Oui, merci. Je pense que les toutes récentes explications mettent en exergue le pouvoir des GAFA. Ce sont ces acteurs auxquels on délègue le pouvoir régalien du juge. Vous l’avez très bien dit, l’appréciation doit se faire dans un contexte donné. En fait, quand vous évoquiez la justice tout à l’heure, qu’est-ce qui est important ? Quel est le rôle de l’avocat ? Ce n’est pas de dire le droit, ce n‘est pas de faire rentrer une affaire sous une bannière juridique, c’est d’expliquer un contexte et mettre en relief le contexte de manière à voir comment la règle de droit va s’appliquer. Avec l’évolution des textes et tout particulièrement avec cette dimension à la fois extraordinaire et parfois anxiogène d’Internet, certains problèmes ont finalement dépassé les limites qui avaient été imaginées par le rédacteur. La question a toujours été de voir si ça résistait à cette évolution.
Ensuite, vous avez la loi nationale confrontée au reste du monde. Nous l’avons bien vu avec des affaires comme Google Spain et d’autres dans lesquelles on obtient bien une décision à un moment donné pour retirer des éléments qui causent grief à une personne au regard de sa vie privée, de ses données personnelles et, en face, un acteur comme Google qui dit « moi je l’applique régionalement. Dans le reste du monde, ce que vous, juge local, avez décidé, n’a pas vocation à s’appliquer ailleurs ». Il a fallu remonter au créneau, il a fallu que le RGPD s’en mêle, il a fallu cette contamination positive, d’une certaine manière, de valeurs fondamentales pour que les données personnelles, donc la vie privée, prennent l’importance que ça a pris. Ici encore c’est par contamination que l’on voit émerger des voix sur la vie privée un petit peu partout. Je pense que c’est l’occasion de souligner que la France a été moteur sur ce terrain-là. En 1978 on a eu cette loi de principe qui a rappelé que l’informatique était au service de l’humain, et cette disposition existe encore dans cette formulation, que vous pouvez ensuite transposer puisqu’on ne parle plus d’informatique : le numérique est au service de l’humain, il ne doit jamais perdre cette dimension humaine. Mais je vous dis la même chose pour la justice : on peut utiliser tous les outils technologiques, on voit bien ce que ça peut apporter, faciliter et autres, mais attention à la part d’humain. Au moment où on rentre dans l’intelligence artificielle, dans l’utilisation des algorithmes, dans les risques des biais, on voit bien que de nouvelles questions se posent et que ce n’est pas une loi qui va régler ça. C’est une prise de conscience collective avec des principes fondamentaux comme la Charte des principes énoncés par le Conseil de l’Europe pour l’élaboration des algorithmes. C’est la notion d’ethic by design ou ethic by default comme le privacy by design ou le privacy by default. On voit bien que l’éthique prend sa place dans le dispositif et va permettre d’organiser l’utilisation de l’Internet, mais il va falloir trouver des dénominateurs communs au niveau de la planète.

Étienne Gonnu : Marie-Odile dit « très intéressant » sur notre salon web et je ne peux qu’être d’accord. Pour faire écho à ce que Marie-Odile mentionnait dans sa chronique précédente, elle a parlé de ce Code is Law de Lessig. Par rapport à ce que vous dites, ce respect, que l’informatique ne doit pas servir à l’oppression des humains, je pense que justement le logiciel libre, l’éthique du logiciel libre est une des réponses extrêmement importante puisqu’elle replace aussi, finalement, un contrôle populaire, le contrôle humain sur la manière dont est développé le code informatique, comment on le développe collectivement dans une approche de transparence, en fait dans une approche démocratique. C’est vrai que tout cela est fondamental.
C’est passionnant, mais je vous propose quand même de s’oxygéner un peu le cerveau avec un peu de musique. Nous allons donc faire une petite pause musicale.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Nous allons écouter Confluence par Cloudkicker. On se retrouve juste après. Une belle journée à l’écoute de Cause Commune 93.1 FM, la voix des possibles.

Pause musicale : Confluence par Cloudkicker.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Confluence par Cloudkicker, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Étienne Gonnu en charge des affaires publiques pour l’April. Nous discutons avec Christiane Féral-Schuhl, avocate spécialisée dans le droit des nouvelles technologies, et Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact, afin de voir justement qu’Internet n’est pas une zone de non-droit.
De nombreuses références ont été évoquées, la loi Godfrain de 1988 sur la fraude informatique, l’arrêt Google Spain, la loi informatique et libertés de 1978, la loi sur la confiance numérique de 2004. Vous retrouverez toutes ces références, nous les mettrons en ligne sur la page april.org. Ne vous inquiétez pas.
On l’a souvent évoquée, j’aimerais bien qu’on parle un petit peu de la loi Avia, d’une part parce que c’est l’actualité récente, une des rares lois passées dans l’urgence [dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, NdT]. Visiblement il y avait urgence à passer cette loi contre, je cite, la haine en ligne, et parce qu’elle est, je pense, extrêmement emblématique de ce qu’on a pu évoquer.
Marc Rees, en tant que journaliste, tu as suivi, tu as consacré vraiment beaucoup de temps à décortiquer cette loi. Est-ce que tu pourrais, s’il te plaît, nous en donner le sel ?

Marc Rees : Effectivement, c’est la première hors question covid qui a été adoptée durant l’état d’urgence. En ça elle est assez symbolique et c’est sans doute un écho à la LCEN ; elle est aussi importante que la loi sur la confiance dans l’économie numérique de 2004.Quand je dis « important» ça ne veut pas dire qu’elle est très bien, je réserve mon avis là-dessus.
Sur ce texte en question, quelle est l’idée ? L’idée serait qu’Internet serait cette fameuse zone de non-droit et qu’il convient, pour certaines infractions, de prévoir un dispositif très particulier de retrait des contenus manifestement illicites, mais pas tous. Pas tous ! Uniquement ceux qui ont trait, notamment, à l’injure raciale, à l’injure pour handicap, au racisme en ligne, etc. On a aussi l’apologie du terrorisme dedans, la pédopornographie, également l’accès des mineurs à la pornographie, donc c’est assez bizarre comme fourre-tout.
L’idée de la loi Avia, quelle est-elle ? Elle explique ça à l’article 1. Tout à l’heure je vous ai dis que, dans la loi de 2004, l’idée était de laisser aux intermédiaires techniques, aux hébergeurs, le soin de jauger le manifestement illicite d’un contenu mis en ligne, à savoir que lorsque je notifie quelque chose à YouTube, si ce quelque chose est manifestement illicite, YouTube va le retirer promptement. Voilà l’idée. La loi Avia corrige un petit peu ces adverbes. Elle dit que s’il y a des contenus qui se raccrochent à une espèce de liste noire, c’est la liste des infractions que je vous ai mentionnées tout à l’heure, à ce moment-là l’hébergeur ne doit pas le retirer promptement, ce n’est pas ça, il doit le retirer en 24 heures. Et là, ça change tout ! Ça change tout pourquoi ? Parce qu’on a va laisser à Twitter, à Facebook, à YouTube, à Snapchat, à Instagram, à des hébergeurs techniques ou autres, un délai de 24 heures pour jauger le caractère manifestement illicite d’un contenu et, si ce caractère est avéré, il doit le retirer, il doit impérativement le retirer.
Le problème, vous l’imaginez assez facilement, c’est qu’un hébergeur, par définition, se frotte à beaucoup d’internautes. Donc quand vous avez un acteur comme Twitter qui n’a pas du tout les mêmes moyens que Facebook, on n’est pas du tout sur la même planète financière, qui reçoit des tombereaux de notifications, eh bien traiter en 24 heures ces contenus-là et surtout contextualiser les contenus qui seraient manifestement illicites, c’est extrêmement difficile. Le problème c’est que la loi Avia a un effet couperet, c’est-à-dire que si au bout de 24 heures plus une seconde le contenu est toujours présent, un juge pourra décider de sanctionner cette plateforme à 250 000 euros multiplié par cinq lorsque c’est une personne morale. Donc 1 million et 250 000 euros d’amende à l’acteur qui n’aura pas retiré dans le délai imparti ces contenus.
Le problème est assez vite vu, c’est-à-dire que l’amende pour défaut de retrait d’un contenu manifestement illicite n’a pas d’équivalent en cas de sur-censure. C’est-à-dire que si Twitter retire un contenu qui finalement n’est pas manifestement illicite, eh bien il n’existe pas une amende similaire pour sanctionner cette atteinte à la liberté d’expression.
Donc le problème et toute l’idée, tout le moteur aussi, j’allais même dire la motivation, la stratégie qui a été développée par les instigateurs de ce texte, et je pense particulièrement à Lætitia Avia, ça a été de créer ce déséquilibre pour inciter à une espèce de nettoyage en profondeur des réseaux. Le problème, je pense que Christiane Féral-Schuhl pourra nous le rappeler, c’est que la Cour européenne des droits de l’homme nous a longtemps expliqué que la liberté d’expression ce n’est pas forcément de parler que des Bisounours, de l’arc-en-ciel et des petits oiseaux qui chantent. C’est aussi flirter avec l’expression presque outrageante, à la limite de la diffamation, à la limite de l’injure, parce que le monde est complexe et l’humain est parfois énervé. Je crains vraiment des effets délétères pour la liberté d’expression dans la conception même de ce texte.

Étienne Gonnu : Christiane Féral-Schuhl, puisque vous êtes justement invitée.

Christiane Féral-Schuhl : Merci. Marc a dit beaucoup de choses et je le rejoins dans ses explications.
En fait il n’y a pas de parallélisme qui existe entre la victime d'un propos qui va en exiger le retrait et la victime du retrait abusif. En fait il n’y a pas de chemin pour rétablir des propos qui auraient été anormalement considérés comme haineux, abusifs ou autres. Le parallélisme n’existe pas.
Pour nous, le problème important c’est celui de la délégation du pouvoir de censure à des organismes privés, à des plateformes. C’est, quelque part, une renonciation au pouvoir régalien du juge dans l’appréciation. L’appréciation est compliquée, elle nécessite un véritable savoir-faire et c’est vrai que le montant de l’amende peut inciter à retirer plutôt qu’à aller regarder de plus près si réellement il y a une difficulté ou pas.
On est sur quelque chose qui est très fondamental dans un pays démocratique, c’est le contrôle de la liberté d’expression, une liberté fondamentale dont l’appréciation ressort du seul pouvoir judiciaire normalement. Donc ça donne, dans le contexte actuel, une acuité particulière à la solution qui a été apportée parce qu’aujourd’hui vous entendez partout parler de la souveraineté numérique nationale, vous entendez partout parler de l’indispensable contrôle par les autorités étatiques des flux numériques. Et qu’est-ce qu’on constate ? Eh bien que sur ce sujet qui est un sujet important et, encore une fois, Marc et moi sommes évidemment d’accord qu’il y a des propos haineux, insupportables sur lesquels il faut agir pour les retirer, mais on est en train de trouver une solution qui retire à l’État, à la justice d’un État, le pouvoir de contrôle. Et on dit finalement que, dans le cadre d’une collaboration à mener avec des plateformes, on va trouver la solution.
Je ne vous parle pas, si ce n’est quand même pour insister sur le traitement différencié selon que l’on est auteur ou victime du propos haineux, le signalement par une victime entraîne la suppression préventive et le contrôle subsidiaire du contenu. Donc on est en train de mettre en place une procédure qui facilite la censure hors contrôle judiciaire. Pardon d’insister, mais c’est véritablement cela qui est important.
Le Conseil national des barreaux avait demandé un retrait à titre provisoire du contenu signalé dans l’attente de la décision du juge judiciaire s’il y avait une contestation. Ce juge judiciaire aurait pu être saisi de façon systématique par l’opérateur de la plateforme pour chaque retrait. Mais bon ! Nous ne l’avons pas obtenu et c’est vrai que nous sommes dubitatifs sur l’efficacité. Nous sommes typiquement dans une situation où l'on comprend les griefs énoncés, la loi sur la presse peut être compliquée à mettre en œuvre à cause d’un certain nombre de critères, de délai de saisines, un formalisme qui est pesant, mais on pouvait l’adapter. On a réussi pour les propos sexistes à le faire, donc on peut étendre l’application de la loi, on peut, encore une fois avec les outils qui existent, arriver à trouver des solutions.
On est, pour nous, dans l’élaboration d’un texte qui risque de poser des difficultés d’application, mais en tous les cas le principal c’est de dire que quelque part on renonce au contrôle judiciaire.

Étienne Gonnu : On l’a senti et on a pu le voir sur la directive droit d’auteur et là c’est la même chose mais en pire, quelque part, puisque là on a touché au fondamental de la liberté d’expression. Je vais citer très rapidement une tribune de Laurent Chemla, qui correspond pile à notre sujet, une tribune de 2013, qui a déjà sept ans, « La liberté dans sa plus simple expression ». Il dit, et je le rejoins : « Internet est le seul outil qui fasse de ce droit — donc la liberté d’expression — autre chose qu’une pétition de principe. Vouloir « encadrer l’expression publique sur Internet » ou « réguler » « autoréguler » ou — pour les moins xylolaliques — « censurer », nous dit-il, ce n’est pas contrôler l’utilisation d’un nouveau média, c’est toucher — sans oser le dire — au principal fondement de ce qui fait la différence entre une démocratie et une dictature. La liberté d’expression du citoyen, à ce jour, n’existe QUE sur Internet ». La liberté d’expression active et pas seulement passive par exemple à travers la télévision. On voit d’autant plus le danger de déléguer son contrôle, l’exercice de cette liberté d’expression, aux plateformes privées.
D’ailleurs j’avais l’impression qu’il y avait un paradoxe dans les débats lorsque la loi a été discutée en hémicycle, si je me souviens bien, tout d’un coup finalement le droit revenait puisque, lorsqu’on leur opposait cette asymétrie des formes et les risque de sur-censure, on disait « vous pourrez aller devant le juge et faire constater la sur-censure ». Tout d’un coup, finalement, le droit normal revenait lorsqu’il s’agissait d’évoquer cette sur-censure.
C’est vrai que l’enjeu de la haine en ligne et l’expression est importante. En plus, on voit bien la difficulté de qualification de ce que va être un propos haineux, ce qui a été qualifié de zone grise, ce qui est, en plus, déjà difficile pour des magistrats, on parlait de la formation. Il y a peut-être aussi cet aspect difficile du travail en termes de formation. Je veux bien votre regard là-dessus également. On parlait de la formation, des moyens de la justice pour contrecarrer ça. Est-ce que ça suffit ? Est-ce qu’il suffit de donner plus de moyens à un magistrat parce qu’il y a aussi une réalité : tous ces propos haineux, tous ces antagonismes qu’on observe en ligne, toutes ces tensions ne sont, en fait, que le reflet développé sur Internet peut-être comme une chambre d’écho. Mais ça s’inscrit aussi dans un contexte politique et on a peut-être tendance un peu à oublier ça. Les moyens de la justice sont effectivement une réponse indispensable, mais est-elle vraiment suffisante, si on ne fait pas aussi ce travail de politique publique ?

Marc Rees : Là-dessus on peut aussi compter sur l’effet des décisions, l’effet épouvantail des décisions. Lorsqu’une personne est condamnée publiquement à une peine juste et sévère pour des propos absolument abjects qui auraient été tenus en ligne, ça peut également servir d’épouvantail et d’effet exemplaire au regard des autres qui seraient tentés. Le droit pénal a aussi cette vocation de servir d’exemple, faire des peines exemplaires pour inciter les autres à ne pas reproduire de telles choses.
Mais là, avec la loi Avia, on n’est pas du tout dans cette stratégie. La stratégie, comme l’expliquait Christiane, c’est cette privatisation, cette délégation d'un service public qui est confié aux mains des acteurs du numérique. On parle des GAFA mais peut-être d’autres aussi, puisque c’est un décret qui viendra fixer le seuil d’activité au-delà duquel la loi Avia va s’appliquer, et on ne sait pas encore ce qu’est ce seuil d’activité. Il y a un flou là-dessus et on va déléguer à ces personnes-là le soin de jouer au juge, jouer au juge mais en 24 heures. Un magistrat, c’est quelqu’un qui est le fruit d’une formation solide faite de stages et de cours théoriques, c’est quelqu’un qui va ausculter des textes, qui va ausculter des dossiers, qui va surtout contextualiser et qui va décider. Il va estimer que là, non, on est dans les limites de la liberté d’expression ; là, par contre, on a été au-delà, ici c’est de l’humour. Je parle d’humour parce que l’OCLCTIC, l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication, qui est une excroissance du ministère de l’Intérieur, qui est chargé de certaines infractions sur Internet, avait demandé un retrait administratif d’un tweet, or il n’avait pas compris que ce tweet était humoristique. C’est finalement la personnalité qualifiée de la CNIL, qui s’appelle Alexandre Linden, qui l’avait remis dans le droit chemin. Il a couché noir sur blanc ce que je dis là dans son rapport annuel, je crois que c’était l’an dernier.
Voilà ! La contextualisation est importante. On ne peut pas s’imaginer ou s’initier magistrat en deux secondes d’un claquement de doigts ; il faut peser le pour et le contre. Là on a des libertés qui sont en jeu, on a la dignité de la personne humaine d’un côté, on a la liberté d’expression, et il faut jouer des plateaux, il faut jouer d’équilibre et savoir s’il n’y a pas un déséquilibre qui est manifeste, auquel cas il faut plaider pour cette suppression. Il faut aussi que les personnes qui tiennent ce genre de propos soient condamnées et il faut qu’elles puissent être condamnables. Mais là, le choix qui a été fait par Lætitia Avia, cette délégation massive pour la plupart des infractions liées à la liberté d’expression, pour moi c’est une erreur forte si ce n’est tragique qui a été faite par le législateur. Je vous rappelle que le texte est actuellement ausculté par le Conseil constitutionnel et on attend sa décision dans les jours à venir.

Étienne Gonnu : Oui, décision qui sera extrêmement importante. Christiane Féral-Schuhl, je vous laisse peut-être le mot de la fin parce que je vois qu’on arrive sur la fin du temps qui nous est alloué.

Christiane Féral-Schuhl : D’abord je voudrais vous remercier de m’avoir donné la possibilité de revenir sur beaucoup de sujets.
En fait, quand on regarde l’Internet, cette zone dite de non-droit, on voit bien que la particularité de l’Internet c’est que certains garde-fous qui existent dans nos textes ont du mal à s’appliquer. Par exemple je pensais à la prescription ou la publicité d’un jugement. En fait, la publicité d’une décision de justice est une sanction. J’ai le souvenir d’avoir plaidé pour ou contre le fait que la décision qui allait être rendue serait publiée ou pas. Aujourd’hui ça n’a plus de sens parce que le jugement est public, le jugement est à la dimension de la planète. On voit bien que la particularité de l’Internet, c’est que, finalement, une situation préjudiciable peut être préjudiciable pour la victime, elle peut aussi dépasser la sanction qui va être prononcée parce qu’on va avoir les vidéos braquées, on voit bien que lorsqu’on parle de la justice médiatique qui se fait en marge, on a à la fois les projecteurs sur ce qui se passe à l’intérieur du tribunal et sur les réseaux. On voit bien que cette notion de justice est tentaculaire et que cette mémoire d’éléphant de l’Internet fait que le préjudice n’est pas réparable, n’est jamais réparable.
En vous écoutant tout à l’heure, je me suis souvenue que j’avais eu un débat avec une journaliste qui était beaucoup sur la liberté d’expression à un moment où moi je rappelais qu’il y avait des fondamentaux dans la justice et notamment le respect du contradictoire, le secret professionnel. Il y a des valeurs qui existent et qui, pour conduire à une justice sereine, nécessitent que tout ne soit pas déballé sur Internet. C’était en lien avec ce rapport qui avait été rendu public par, est-ce que je me trompe, Kenneth Starr qui était le procureur de Bill Clinton au moment de toute cette histoire et où son rapport avait été diffusé sur Internet et, finalement, il n’y avait pas eu de débat contradictoire, on ne savait pas où allait cette affaire.
Tout ça pour vous dire que sur Internet tout est géant. La difficulté est d’arriver à tout canaliser. Et dans cette espèce de boucle gigantesque, il y a, et je terminerai par là, des concepts qui naissent, qui n’ont pas besoin de loi. On va parler du logiciel libre puisque nous sommes sur ce concept. Le concept de partage est né de cette inspiration mutualiste communautaire qui s’est développée avec ce concept et, vous le savez, il y a ces deux notions de gratuité et de liberté, mais, en fait, sur quoi s’appuie le logiciel libre ? Sur la notion de propriété à l’envers. Quand vous analysez ce dont on parle, la caractéristique principale réside dans une liberté encadrée. C’est, à un moment donné, un auteur qui n’a pas renoncé au droit né de la création, qui va dire « c’est parce que je détiens ce droit que je décide que l’utilisation en sera libre ». Il ne pourrait pas le faire autrement. On voit qu’à travers l’Internet sont nés des concepts, des concepts qui n’ont pas été encadrés par la loi et qui, néanmoins, ont fait jurisprudence.
J’en reviens à ce que j’ai déjà évoqué, à savoir que ce qui est important, c’est la prise de conscience de l’individu, du possible et de tout ce qu’on peut faire avec l’Internet. Ce n’est pas parce que c’est un champ illimité que le droit n’a pas vocation à s’y appliquer. Il peut être compliqué de l’exercer, mais il ne faut pas renoncer à l’exercer. C’est ce code de la route, d’une certaine manière, qui fait que les principes d’éthique, toutes ces notions qui émergent, permettent de cadrer les comportements. Et c’est la collectivité, c’est cette approche communautaire, qui permet de réguler. Pour le logiciel libre on y est bien arrivé. Pour le reste on peut y arriver, question de volonté, question de détermination, question de conscience, de conscience individuelle et collective.

Étienne Gonnu : Merci. C’était passionnant et ça méritait largement de prendre ce temps. Vous concluez exactement où je voulais conclure, que la liberté se pense aussi collectivement.
Merci beaucoup Christiane Féral-Schuhl. Merci beaucoup Marc Rees pour cet échange passionnant sur un sujet extrêmement vaste, néanmoins indispensable politiquement.
Je vous souhaite une excellente fin de journée, merci encore d’être intervenus sur Libre à vous !

Marc Rees : Merci beaucoup.

Christiane Féral-Schuhl : Merci. Bonsoir à Marc. Merci à vous et bonne soirée.

Marc Rees : Au revoir Étienne.

Étienne Gonnu : Je vois qu’il est 16 heures 50. Nous allons changer nos habitudes. On va éviter la pause musicale pour être sûrs que Luk puisse tranquillement proposer sa pituite et nous enchaînerons éventuellement ensuite sur la pause musicale.

Chronique « La pituite de Luk » sur Parcoursup et l'éducation en général

Étienne Gonnu : Luk est-ce que tu es avec nous ?

Luk : Oui, tu m’entends ?

Étienne Gonnu : Je t’entends bien.

Luk : Excuse-moi, je ne peux pas parler trop fort, je me suis planqué pour t’appeler. J’avais prévu de venir, mais je crois que je suis victime d’un bug majeur de Parcoursup. Depuis l’audit de la Cour des comptes on sait que son code source est d’une extrême médiocrité, mais je ne pensais pas que ce serait à ce point. C’est un peu embarrassant à dire, mais bon !
Mon souhait initial était de prendre contact avec une authentique maîtresse, du genre sévère, qui aurait fait chauffer mon petit cul à coups de cravache. Mais ça a mal tourné, j’ai dû me planter de site ou alors Parcoursup a des ramifications inattendues. Le résultat est que je suis affecté à une classe de primaire, coincé avec une authentique maîtresse d’école et c’est bien pire ! Déjà, parce qu’enseigner dans l’Éducation nationale, ça rend pervers. Oui ! Être massivement à gauche tout en faisant tourner un colossal système de reproduction des inégalités sociales est un paradoxe majeur qui marque forcément la santé mentale. Ensuite, parce que l’école c’est comme la prison. Je sens la mauvaise note poindre mais, pour les inégalités, c’est Bourdieu qui l’a dit et, pour la prison, c’est Foucault. Moi, je ne fais que cafter.

L’école où je me trouve est un établissement pilote qui regroupe le top de la pédagogique digitale numérique. Ça reste une authentique école de la République malgré tout. C’est écrit Liberté, Égalité, Fraternité au-dessus de la porte blindée de l’entrée, verrouillée par un contrôle d’accès biométrique et, en plus de ça, équipée d’un portique qui bipe quand on porte du métal. Nos empreintes servent à rentrer dans toutes les classes ou à manger à la cantine. C’est ça, la révolution digitale !
Hier on a fait notre sortie pédagogique à l’Apple Store. En constatant les prix, toute la classe a eu l’ambition de devenir millionnaire. On ne peut pas compter sur l’iPad fourni par l’école. C’est une vieille bouze corrézienne de 2010. Elle était encore accompagnée de son bulletin de vote pour François Hollande quand je l’ai déballée.
A côté du tableau blanc électronique en panne, se trouvent les kits pédagogiques Hadopi avec lesquels on apprend à profiter de l’offre légale. Apprendre à devenir un bon consommateur, c’est important !
Grâce à l’accord Microsoft/Éducation nationale, les gamins téléversent toute leur jeunesse sur Office 365 et ce genre de services qui sont offerts à vil prix. Apprendre à devenir un bon produit, c’est important aussi.

Au fond de la classe, il y a le cadavre momifié du dernier élève qui a utilisé l’ENT [espace numérique de travail], sa page n’a pas encore fini de charger. Du coup, les gamins sont attentifs, ils n’osent pas regarder derrière eux par peur de ses orbites vides qui semblent fixer quiconque le regarde.
Mais bon, ça fait quand même moins peur que la photo qui est affichée au coin où sont assignés les enfants pas sages. On a Najat Vallaud-Belkacem quand elle était ministre de l’Éducation et qu’elle signait l’accord avec Microsoft. J’ai personnellement passé dix minutes au coin avec son sourire de psychopathe à bout portant ; j’ai fait des cauchemars toute la nuit et j’ai même pissé au lit.

La vie scolaire, c’est un peu comme en Chine. Les individus se résument à des notes. On n’a pas encore la reconnaissance faciale dans les classes pour évaluer le niveau d’attention comme là-bas, mais il faut garder espoir.

Bon, il ne faut pas que je traîne de trop parce que je prends des risques. L’autre jour, Manu, un camarade d’école avait tagué « la propriété intellectuelle, c’est le vol » sur le mur. On l’a retrouvé pendu avec une corde à sauter dans les toilettes deux jours plus tard. On a eu une double ration de sensibilisation aux dangers d’Internet et du piratage en cours d’éducation civique après ça.
Et il faut savoir que le renseignement a déployé des IMSI-catchers tout autour de l’école. En plus, c’est aujourd’hui que Castaner vient faire son cours sur le bon usage du LBD 40. S’il me choppe avec un téléphone, il va voir jaune fluo.
En plus ça me coûte une blinde. Un petit morveux me loue un téléphone de contrebande au prix exorbitant d’un Booster Pokemon par minute. Ceci dit, j’ai de la chance d’avoir rencontré cette graine de délinquant ; ça fait longtemps qu’il est dans le business, il a été repéré par les algos prédictifs de Sarkozy quand il avait trois ans. Il a dit qu’il peut me mettre en relation avec une cellule clandestine de libristes de l’Éducation nationale. J’espère pouvoir sortir pour la chronique du mois prochain.

Étienne Gonnu : On espère aussi Luk, que tu puisses enfin nous rejoindre en studio.

Luk : Je crois qu’ils s’approchent. Je te laisse.

Étienne Gonnu : Courage ! Courage à toi !
Après un échange sur la pénalisation d'Internet, on voit bien aussi son utilisation pour restreindre les libertés dans leur ensemble.
Je vois que le temps file et nous arrivons sur la fin de notre émission le temps de quelques annonces.

[Virgule musicale]

Annonces

Étienne Gonnu : Je vous annonce une réunion spéciale du groupe Sensibilisation de l‘April consacrée au projet du Jeu du gnou et plus spécifiquement au quiz sur les enjeux de l’informatique. Elle aura donc lieu jeudi 11 juin 2020 entre 17 heures 30 et 19 heures 30 à distance en utilisant l’instance Jitsi qui est un logiciel de vidéoconférence du Chapril. Les détails sont sur le site.
Ce quiz est le centre du Jeu du gnou qui est un des projets du groupe Sensibilisation animé par ma collègue Isabella Vanni, qui anime notamment la chronique « Le libre fait sa com’ » sur Libre à vous !. Pas besoin d’être spécialiste ni même membre de l’April, la réunion est ouverte à toutes les bonnes volontés et toutes les personnes intéressées par le sujet.

La saison 3 de Libre à vous ! touche à sa fin, la dernière émission devrait se tenir le mardi 30 juin ou le 7 juillet. Les personnes faisant vivre l’émission vont se réunir vendredi 18 juin au matin pour faire un bilan de cette saison écoulée, préparer la quatrième saison qui reprendra en septembre. Là aussi toute contribution est bienvenue par courriel. Vous pouvez nous écrire, nous dire ce qui vous a plu, ce que vous souhaiteriez pour la prochaine saison, ce qui vous a déplu, toute contribution est la bienvenue. Il faut nous écrire avant le 18 juin à libreavous tout attaché @ april.org [libreavous@april.org]. On me dit que cette réunion sera publique via Mumble. On vous redonnera, bien sûr, toutes les informations nécessaires.

Notre émission se termine. Je vais remercier toutes les personnes qui ont participé à cette émission : Marie-Odile Morandi, Christiane Féral-Schuhl, Marc Rees, l’incroyable Luk.
Aux manettes de la régie aujourd’hui William Agasvari depuis le studio de Cause Commune
Merci également à Sylvain Kuntzmann, bénévole à l’April, Olivier Grieco, directeur d’antenne de la radio, qui s’occupent de la post-production des podcasts. Merci également à Quentin Gibeaux, bénévole à l’April, qui découpe le podcast complet en podcasts individuels par sujets, et à Frédéric Couchet, délégué général de l’April et principal artisan de Libre à vous!.

Vous retrouverez toutes les références utiles sur notre site, april.org, ainsi que sur le site de la radio, causecommune.fm. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Toutes les remarques et questions sont les bienvenues à l’adresse libreavous@april.org comme mentionnée plus tôt.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et également à faire connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.

Nous vous souhaitons de passer une très belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 16 juin à 15 heures 30, le sujet est encore en construction, en tout cas d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (23 juin 2020)

ven, 06/19/2020 - 15:55
Start: 23 Juin 2020 - 15:30End: 23 Juin 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

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70e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 23 juin 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • sujet principal : le réemploi informatique, le reconditionnement pour la réutilisation avec Isabelle Carrère d'Antanak et Joyce Markoll de l'Atelier Orditux Informatique
  • la chronique « Partager est bon  » de Véronique Bonnet, professeur de philophie et vice-présidente de l'April, sur le thème « Dire non à l'informatique injuste, même une seule fois, est une aide ».
  • la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, sur son retour d'expérience sur la recherche d'un outil adapté pour les projets du groupe de travail Sensibilisation

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 23 juin 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 23 juin 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Réunion à distance du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 18 juin 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15)

mer, 06/17/2020 - 11:46
Start: 18 Juin 2020 - 17:15End: 18 Juin 2020 - 17:15

Le groupe de travail Sensibilisation ?

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas). Dans la période actuelle, les réunions ont lieu à distance.

La prochaine réunion du groupe de travail Sensibilisation aura lieu jeudi 18 juin en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment.
Nous allons notamment passer en revue les propositions d'amendements au quiz sur les enjeux de l'informatique (voir ci-dessous) et réfléchir à la formulation de nouvelles questions.

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo

Quiz enjeux de l'informatique

C'est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Les questions, du type QCM ou vrai/faux, sont au cœur de l'expérience de sensibilisation dans le Jeu du Gnou (voir ci-dessous). En même temps, elles constituent une ressource de sensibilisation à part entière et pourront être utilisées et partagées dans beaucoup de contextes différents (stands, ateliers, sites web, etc.).

Le pad avec les questions déjà (ou presque) finalisées (à partir de la ligne 82).

Le pad pour proposer de nouvelles questions.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

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