APRIL

S'abonner à flux APRIL
L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 18 min 43 sec

Informatique privatrice - copyright madness - déboires du Joueur du Grenier - Décryptualité du 19 novembre 2018 - Transcription

mer, 11/28/2018 - 10:04


Titre : L'informatique privatrice et le copyright madness font les déboires du joueur du grenier - Décryptualité du 19 novembre 2018
Intervenants : Luc - Mag - Manu - Christian
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : novembre 2018
Durée : 15 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 46 de l'année 2018
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Musée de la civilisation celtique, Bibracte, France Entrave d'esclaves (antiquité) - Domaine public
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

En avance de phase sur l'article 13, Youtube et son système Content ID mettent en péril les revenus du Joueur du Grenier qui s'en explique dans une vidéo. Sa situation illustre le fameux Code is Law et les abus du copyright. Une situation qui fait écho en négatif avec à la conférence de Nina Paley que nous avions évoquée en juin dernier.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 46. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Christian.

Christian : Salut Luuuuc !

Luc : Christian est de bonne humeur ! On n’a rien fait la semaine dernière, c’est la grosse honte, mais nos emplois du temps respectifs, essentiellement le mien pour tout dire…

Mag : Mais nous aussi on n’était pas hyper-dispos !

Luc : Ça a été très compliqué.

Christian : Cette émission ne sera pas l’émission des Caliméro ; je commence à protester !

Luc : Sommaire Manu.

Manu : On a huit gros articles.

Mag :  :Sud Ouest, « Bordeaux : le sommet du logiciel libre a rassemblé 800 personnes », par Nicolas César.

Manu : C’est une édition de B-Boost, un sommet qui concernait le logiciel libre et l’open source et c’était sa première version à Bordeaux. Donc première veut dire qu’il y en aura sûrement d’autres qui vont suivre.

Mag : Atlantico, « Pourquoi Linux est un magnifique cas d’école des forces et des faiblesses de la tech européenne », par Rémi Bourgeot.

Manu : On rappelle que l’Europe n’est pas en avance parce qu’on n’a pas de GAFA qui vient de l’Europe. Eh oui, Christian me regarde avec des gros yeux !

Mag : Ils ne viennent pas d’Europe, mais ils sont tous en Irlande !

Manu : Pour d’autres raisons c’est vrai, des raisons fiscales.

Mag : Les Numeriques, « Les grandes gueules de la high-tech : Linus Torvalds, le prophète », par Jérôme Cartegini.

Manu : On revient sur le prophète. C’est un article sur sa pomme, Linus Torvalds, qui a eu la particularité d’avoir pas mal d’articles ces derniers temps sur sa mauvaise humeur et sa personnalité un peu difficile. Il parait qu’il a changé.

Mag : IT Social, « 100 millions de "repositories" confirment l’attrait pour GitHub et l’open source », par Yves Grandmontagne.

Manu : GitHub c’est cette plateforme qui diffuse et qui héberge beaucoup de logiciels libres. Il y en a en quelque sorte 100 millions qui sont maintenant sur la plateforme. Particularité : GitHub n’est pas du logiciel libre, ça fait toujours rager et Christian se tape le front parce que, effectivement…

Luc : Ils ont été rachetés par Microsoft.

Manu : D’autant plus !

Mag : Horizons publics, « Open data, un mouvement qui démarre », par Gérard Ramirez del Villar.

Manu : Qui démarre ?! Moi je pensais que c’était déjà en cours ; l’open data ce sont les administrations, les collectivités qui partagent des données avec nous les citoyens ; c’est un mouvement qui continue, qui marche bien ; la France est en pointe dans le monde.

Mag : Developpez.com, « Directive copyright : la mise en œuvre de l’article 13 est financièrement impossible », par Bill Fassinou. Ah ! Ah ! c’est étonnant !

Manu : Ça parle du CIO [Chief Information Officer] de Youtube, Susan Wojcicki, qui se plaint de l’article 13 qui est en train d’être mis en place ; on va continuer après ; on va finir les deux autres articles, mais on revient sur le sujet.

Mag : Le Monde.fr, « Macron invite géants du Web et gouvernements à "réguler ensemble" Internet », par la rédaction.

Manu : On dirait que tous les chefs d’État ont cette idée-là : ils veulent civiliser Internet. Ça ne marche pas et c’est tant mieux parce qu’on n’a pas envie que ce soient les hommes politiques qui dirigent Internet.

Mag : leParisien.fr, « Voisins-le-Bretonneux récompensée pour son utilisation des logiciels libres », par L. Mt.

Manu : Elle a transformé, c’était « logiciels gratuits » ; il se trouve que c’est un label qui a été fourni par des amis à nous, l’ADULLACT notamment.

Mag : Là je m’insurge tout de suite. Le label Territoire Numérique Libre, en tout cas ce n’est pas que l’ADULLACT parce qu’il y a aussi l’April, il y a aussi l’AFUL, il y a aussi la DINSIC ; bref, il y a plein de gens derrière le Territoire Numérique Libre.

Luc : Le sujet du jour, quel est-il ? Il est en rapport avec l’article 13, c’est ça ?

Manu : Oui. La transmission de la culture au sens Internet et on peut parler de ce dont on a déjà discuté, c’est-à-dire le droit d’auteur : comment il s’institue là-dedans et comment il prend sa place.

Christian : Et le financement de la culture.

Luc : Oui. C’est une sorte de suite à notre podcast de juin.1. On avait parlé de Nina Paley et c’est un peu la suite par le négatif, c’est-à-dire le contre-exemple de ce qu’elle a pu avancer, pour le coup qui parle d’argent alors que Nina Paley n’en parle pas du tout. Le point de départ est une vidéo du Joueur du Grenier.

Manu : Le Joueur du Grenier est un youtubeur qui a une bonne réputation et une certaine notoriété grâce à la plateforme. Il diffuse beaucoup de vidéos régulièrement sur les jeux vidéo des années 80-90 ; il fait des critiques, des parodies, il s’amuse au-dessus de ça et il marche assez bien.

Christian : Et il a beaucoup de talent.

Luc : Ils sont deux. Ils s’appuient beaucoup sur les communautés de geeks ; dans leurs vidéos il y a plein de gens qui jouent, qui se déguisent donc c’est vraiment très sympa, il y a un côté communautaire ; moi j’aime bien !

Manu : Et ils vont loin ; ils viennent aux Geek Faëries.

Luc : La vidéo en question2 est une vidéo dite sérieuse où l’un d’entre eux explique où ils en sont avec YouTube et toutes leurs difficultés.

Christian : Pourquoi il y a des difficultés avec YouTube ? C’est étonnant !

Luc : Christian, lui, n’a pas été convaincu ; ça ne t’a pas mis la larme à l’œil ?

Christian : Moi je le plains énormément parce qu’il s’est mis dans une situation de soumission à un gros système qui se retourne contre lui et ça, je le plains.

Manu : Tu parles de quelle situation ?

Christian : Problème de monétisation. Google décide sur YouTube de comment ça fonctionne, de comment sont monétisées les vidéos qui passent et, du coup, peut faire ce qu’il veut, changer les règles, etc., et puis les youtubeurs n’ont plus qu’à pleurer derrière !

Mag : Et là, en l’occurrence, il pleure pourquoi exactement ? C’est quoi son problème ?

Luc : YouTube a mis en place en avance sur l’article 13, en tout cas c’est ce qu’ils annoncent même si certaines personnes ne sont pas convaincues.

Christian : Oui ! Oui !

Luc : Christian encore lui ! Donc le Content ID qui est un système automatique qui va regarder ce qu’il y a dans les vidéos et repérer tous les contenus qui sont « copyrightés » : la musique, les vidéos, etc. Donc Le Joueur du Grenier3, notamment, ils font des vidéos à thème, par exemple ils vont prendre tous les jeux vidéo ; récemment ils en ont faite une sur Fort Boyard et c’est l’occasion de montrer les jeux et notamment les jeux biens ridicules et tout ça. Du coup, forcément, comme ils font une parodie de Fort Boyard, ils prennent la musique de Fort Boyard et, dans le système du Content ID, il suffit qu’ils aient un peu de cette musique-là, donc 10, 20, 30 secondes sur une vidéo de 30 ou 40 minutes, tout l’argent généré par la vidéo va dans les poches des ayants droit de la musique.

Mag : Que les ayants droit touchent des sous je peux comprendre, mais pourquoi tous les sous de la vidéo vont aux ayants droit ? Pourquoi on ne rétribue pas leur travail à eux puisque, quand même, ils ont fait plus de 90 % de la vidéo ?

Christian : Parce que c’est Google qui décide !

Manu : Effectivement, il n’y a pas de négociation qui a été faite pour l’instant entre les sociétés d’auteurs et les diffuseurs et c’est une des directions que les gens qui promeuvent l’article 13 veulent mettre en place : favoriser des négociations pour dire « chaque fois qu’il y a une vidéo YouTube va payer – YouTube qui est considéré comme ceux qui ont de l’argent – une certaine somme d’argent aux ayants droit dans une négociation » et, pour l’instant, YouTube, Google ne sont pas tout à fait d’accord, eux disent : « Eh bien non, nous on est juste des intermédiaires techniques » ; ils se défendent et ils se cachent derrière cela, à tort ou à raison, à définir, mais ils se défendent derrière ça, ils ne veulent pas payer pour l’instant.

Luc : Et on le voit dans la revue de presse de cette semaine puisque la CIO de YouTube…

Manu : Donc la chef d'exploitation.

Luc : … a dit : « Ce ne serait pas rentable. On ne peut pas le faire, c’est trop cher ». Une des hypothèses c’est qu’en fait ils jouent au con. Alors ce n’est pas une des hypothèses dans la vidéo du Joueur du Grenier.

Manu : Non, c’est nous, on suppose.

Luc : Ils joueraient au con en poussant le truc au maximum pour faire râler.

Manu : Donc ils mettent l’algorithme de Content ID en place de manière stricte pour que tous les youtubeurs se plaignent, pleurent et fassent leur Caliméro.

Christian : Leur Caliméro !

Luc : Après, ça pose plein de questions parce qu’il y a la musique, mais potentiellement il y a les jeux vidéo qu’ils montrent aussi. Donc pourquoi ils donneraient l’argent aux ayants droit de la musique et pas aux studios des jeux vidéo ? Et puis, quand il parle, c’est filmé chez lui, enfin dans l’endroit où derrière il y a plein de peluches et plein de trucs qui ne sont que des trucs de jeux vidéo, donc ça aussi c’est « copyrighté » ! Il y a des choses « copyrightées » dans tous les sens ! Donc il y a quelque chose de complètement arbitraire là-dedans en disant « tiens, parce que j’ai reconnu ça, alors je file tout l’argent… »

Mag : C’est justement un des travers de l’article 13 sur lequel on combattait, puisque c’est ridicule, en fait !

Luc : Tout à fait ! Ça reprend, comme le disait Christian, ce truc que Lawrence Lessig a appelé Code is Law il y a de ça des années et des années qui est « le code est la loi ».

Manu : « Le code est la loi » : l’architecture, en fait, impose les règles.

Luc : À partir du moment où on a mis les pieds dans YouTube, eh bien on est contraint par la façon dont YouTube fonctionne et on est coincé. La solution ce serait éventuellement quoi ?

Christian : Il faut essayer de trouver des solutions alternatives, comme on fait dans les logiciels libres.

Luc : Déjà, si on se met dans sa positon, si on se dit : en gros je suis victime d’un système qui est complètement inique.

Manu : Youtubeur qui gagne bien sa vie mais qui risque de devoir changer son mode de vie assez rapidement.

Luc : Éventuellement, il pourrait faire valoir son droit. Notamment il évoque le droit à la citation, le droit à la parodie en disant « ça ne marche pas, ça n’existe pas même ! »

Manu : Ça existe d’une certaine manière dans la loi, mais ce sont des exceptions au droit d’auteur et quand il y a 400 heures de vidéo qui sont uploadées chaque minute sur YouTube, il est difficile d’imaginer qu’il y ait des humains qui vérifient ces 400 heures de vidéo et qui disent : « attention, là il y a du droit d’auteur, là il n’y a pas de droit d’auteur. » Ce sont des algorithmes automatiques et les exceptions sont très difficiles à aller pêcher.

Luc : Sauf à se mettre quelques milliers d’euros d’avocat pour aller défendre une vidéo en disant « oui, mais là je suis dans le cadre de ceci cela » et d’y passer eux ans parce que les procédures sont longues. On voit que, d’une certaine façon, ce n’est pas une solution viable dans son contexte.

Christian : C’est donc un bon argument pour dire d’arrêter de donner de l’argent à Google et plutôt de donner de l’argent aux créateurs pour qu’ils puissent se défendre et que tout soit beau.

Manu : Il y a des possibilités qui ont été évoquées par Le Joueur du Grenier ; parmi celles-ci il y a celle de passer par du sponsoring.

Luc : Oui. Et c’est celle qu’il a choisie puisque, une semaine après peut-être, il a fait une vidéo de pub, une vidéo sponsorisée.

Mag : Aie ! Aie!

Christian : Une pub ?

Luc : Oui, en gros, c’est un truc sur un jeu vidéo. Par contre, ils annoncent clairement la couleur, ils ont cette honnêteté-là, parce qu’il y a un certain nombre de youtubeurs qui intègrent de la pub dans leurs vidéos sans le dire ; je m’intéresse pas mal aux vidéos de makers donc les gens qui bricolent et tout ça et il y a un éditeur de logiciels de CAO [Conception assistée par ordinateur] qui est systématiquement utilisé par tous les mecs qui font des vidéos de ce type-là et, une fois de temps en temps, ils font un vidéo de tutoriel en disant « voilà comment j’ai résolu tel truc », mais à aucun moment ils ne disent que c’est de la pub. Or eux sont réglos là-dessus ; ils ne se cachent pas.

Mag : Après je ne suis pas sûre que se farcir de la publicité soit vraiment ce que les gens ont envie de voir.

Luc : Il y a une autre solution qu’il évoque et il dit que c’est comme ça aux États-Unis, c’est de faire appel à des dons, mais ce n’est pas celle qu’ils retiennent.

Christian : Un financement participatif.

Mag : C’est dommage parce qu’on sait que ça fonctionne pour certains artistes. David Revoy4 avec Pepper&Carrot5sa bande dessinée sur son blog fonctionne très bien, a été reprise dans plein de langues, on commence à voir des petits produits à côté et il se fait financer uniquement par dons.

Luc : Après, il y a une question derrière aussi qui est importante au niveau de la culture parce qu’on pourrait très bien dire « oui mais voilà, les ayants droit ont ces droits, ils ont des droits sur ces éléments ; on ne peut pas refaire n’importe quoi. »

Manu : Ils ont des monopoles, des monopoles légaux, artificiels.

Luc : « Oui, mais le droit d’auteur, vous voulez la mort des auteurs, c’est ça ? »

Manu : C’est un monopole légal.

Mag : Après, quand on voit que le droit d’auteur s’exprime jusqu’à 70 ans après la mort de l’artiste, on peut se dire que ce monopole-là est un peu exagéré, non ?

Manu : Que jusqu’à 70 ans parce que là il y a Walt Disney, Mickey Mouse qui risque de passer dans le domaine public bientôt donc ils risquent de l’étendre encore ; ne t’inquiète pas !

Luc : Ce droit d’auteur augmente de 20 ans tous les 20 ans.

Mag : En gros il y a un abus, certes.

Luc : Ça c’est un premier point et après, quand on dit « regardez la création, ceci cela ». Là, on a typiquement des gens qui sont dans la création et qui, du coup, se font piquer le pognon, sans parler de faire fortune, au moins payer leur travail.

Manu : C’est vrai qu’au nom du droit d’auteur on lèse des auteurs.

Mag : Se servir du droit d’auteur pour récupérer de l’argent c’est toujours très facile, mais on n’a jamais aucune certitude que cet argent aille bien aux artistes et c’est ça qui est dommage.

Luc : Là il y a un autre mécanisme qui est que dès lors qu’on veut faire une création autour d’une culture qui est « copyrightée », alors on met les pieds dans un système où on se fait ratiboiser sur son boulot, ce qui est son cas aujourd’hui ; où, du coup, on est obligé de faire attention et il y a toujours cette question de la légitimité à reprendre cette culture « copyrightée » en disant « mais oui, mais elle est "copyrightée" donc c’est le droit, donc ça appartient à quelqu’un, donc on ne peut pas prendre quelque chose qui appartient à quelqu’un, ce serait du vol ! » Ça c’est un argument qu’on entend très souvent.
Sur cette question de légitimité, on vous engage à aller regarder la vidéo de Nina Paley qu’on avait citée en juin dernier, qui est limpide et qui est extrêmement brillante, qui explique qu’on n’a pas le choix, nous, d’être exposés à la culture. Elle prend l’exemple des chansons de Noël qu’elle déteste et qui sont rentrées dans sa tête parce qu’elle vit aux États-Unis et qu’elle est bien obligée de sortir de chez elle entre novembre et décembre. On est tous bombardés par plein d’informations, ça rentre dans nos têtes, on se les approprie nécessairement, on les digère, on les recrache donc tout ça nous appartient d’une certaine façon parce qu’on n’a pas eu le choix. Et cette vision de l’enfermement total, du contrôle, de l’interdiction, elle est abusive. La culture fait partie du monde et elle nous a nourris, même si des fois on mange de la merde, même beaucoup, ça n’empêche que c’est quand même passé par notre cerveau.

Christian : Et ses vidéos, est-ce qu’il peut les héberger ailleurs ?

Luc : L’autre et le dernier problème qu’il voit là-dedans, c’est la question de la notoriété. C’est-à-dire qu’aujourd’hui sur YouTube il peut être mis en avant par rapport à des nouvelles personnes qui arrivent, c’est facile de le trouver, il doit être proposé parce que c’est du contenu de qualité donc ça va bien plaire et il dit : « Si je vais sur Dailymotion eh bien il n’y a personne sur Dailymotion donc mon auditoire ne va pas me suivre ; du coup ça veut dire que j’arrête tout ! »

Mag : Moi je trouve ça très négatif de croire que son auditoire ne va pas le suivre. Il existe d’autres alternatives à Dailymotion, il y a aussi PeerTube6 que Framasoft est en train de développer, d’améliorer. Il pourrait très bien aller sur PeerTube et, contrairement à ce qu’il pense, je suis sûre que son auditoire le suivrait. Et plus les gens connus iront sur ces plateformes-là moins connues plus il y aura de gens sur ces plateformes-là et le nombre fait la force.

Christian : Moi je m’engage à aller le voir.

Manu : Parce que tu ne vas pas le voir aujourd’hui parce qu’il est sur YouTube.

Christian : Exactement.

Luc : Il y a plein de gens qui font ce genre de vidéos. Il y a MozinorMozinor qui est également dans le détournement et dans la parodie qui lui initialement refusait YouTube parce que, au contraire, il aime bien aller à contre-courant.

Christian : Bravo !

Luc : Il y a quelques années il était sur Dailymotion pour ne pas être sur YouTube mais il a laissé tomber Dailymotion,

Christian : Bon, eh bien pas bravo.

Luc : De fait, il avait de moins en moins de gens qui le regardaient. Peut-être qu’il se trompe, ce n’est pas un gars qui a une conscience politique particulièrement développée, il est juste là pour essayer de résoudre ses problèmes dans le cadre de ce qui marche, etc. ; il ne se pose pas de questions au-delà de ça. Cette question de la notoriété, de la mise en avant est super importante. Quand on voit des réseaux sociaux comme Mastodon7 qui est un équivalent de Twitter mais libre, où c'est difficile de retrouver ses amis ; ou que ce soit sur Diaspora par exemple.

Christian : Donc c’est aux utilisateurs de reprendre leur liberté, de sortir des gros systèmes, de reconquérir leur indépendance et il y a des choses, il y a une vie, il y a de la liberté en dehors des gros systèmes.

Luc : Pour PeerTube, Magali, tu sais si cette question de la notoriété est abordée techniquement ?

Mag : Je sais qu’il y a un gros travail qui est fait par plusieurs bénévoles, par Chocobozz qui lui est salarié de Framasoft, pour améliorer PeerTube. On fait des parcours d’utilisateurs pour voir quelles sont les habitudes des gens, ce qu’ils attendent et effectivement, on en discutait avant l’émission, il y a des gens qui ont envie qu’on leur propose des choses qui correspondent à ce qu’ils aiment. Ça sous-entend aussi que pour savoir ce qu’ils aiment il faut les espionner. Pour remplir certaines fonctionnalités il va falloir traverser une ligne blanche qu’on n’a pas forcément envie de traverser. Après, peut-être que ce sera fait, peut-être pas que ce sera une option du genre « proposez-moi ou ne me proposez pas ». C’est vraiment en discussion et c’est vrai que c’est un sujet assez tendu.

Christian : Ce qui est formidable, c’est que ce sont eux qui réfléchissent, ce sont eux qui vont prendre les décisions ; ce n’est pas une entité dont ils seront dépendants et les esclaves.

Luc : Sujet très vaste, n’hésitez pas aller voir la vidéo.

Christian : Elle est où la vidéo sur You… sur quelle plateforme ?

Luc : Je ne sais plus. En tout cas je vais mettre le lien su le site de l’April, sur la page du podcast. Très bien. Eh bien merci à tout le monde.

Manu : À la semaine prochaine.

Christian : Saluuut !

Mag : Salut.

Décryptualité du 26 novembre 2018 - Quand Magali boycotte Facebook

mar, 11/27/2018 - 01:28

Écouter ou télécharger le décryptualité du 26 novembre 2018 (13 minutes)

    Lors de la semaine des Libertés numériques du bar commun, Magali a entre autre participé à une table ronde sur le thème "faut-il boycotter Facebook". L'occasion de faire un point sur ce réseau social particulièrement critiqué depuis un an.
    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

 Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

Revue de presse de l'April pour la semaine 47 de l'année 2018

lun, 11/26/2018 - 14:28

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 47

[FIGARO] Un développeur du logiciel VLC et un hacker français nommés chevaliers de l'Ordre du Mérite

Par Elisa Braun, le mercredi 21 novembre 2018. Extrait:
> Deux éminents représentants de la culture du logiciel libre ont été adoubés Chevaliers de l'Ordre national du mérite. Une reconnaissance symbolique de l'importance des modèles technologiques alternatifs.
Lien vers l'article original: http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2018/11/19/32001-20181119ARTFIG00222-un-developpeur-du-logiciel-vlc-et-un-hacker-francais-nommes-chevaliers-de-l-ordre-du-merite.php

Et aussi:
[francetv info] Nouveau monde. Le logiciel libre VLC reconnu et récompensé par la République

[InformatiqueNews.fr] L’Open Source: du SI à la transformation numérique

Par la rédaction, le mercredi 21 novembre 2018. Extrait:
> Une entreprise sur deux estime l’open source est désormais indispensable pour sa transformation numérique et sera très bien implanté dans des domaines comme la cybersécurité.
Lien vers l'article original: https://www.informatiquenews.fr/lopen-source-du-si-a-la-transformation-numerique-59061

[Next INpact] Quand le droit d'auteur devient plus vigoureux que la lutte contre les contenus terroristes

Par Marc Rees, le mercredi 21 novembre 2018. Extrait:
> Y a-t-il quelque chose qui cloche au sein des organes européens? En comparant la proposition de règlement sur la lutte contre les contenus terroristes et la future directive sur le droit d’auteur, on découvre que ce dernier va bénéficier d’une meilleure protection sur les grandes plateformes. Explications.
Lien vers l'article original: https://www.nextinpact.com/news/107320-quand-droit-dauteur-devient-plus-vigoureux-que-lutte-contre-contenus-terroristes.htm

Voir aussi:
SaveYourInternet

[Le Drenche] Faut-il boycotter Facebook?

Par la rédaction, le mercredi 21 novembre 2018. Extrait:
> Suite à l’affaire Cambridge Analytica et aux diverses accusations à l’encontre de Facebook quand à son utilisation des données personnelles de ses utilisateurs, de nombreuses voix s’élèvent pour appeler au boycott du réseau social le plus utilisé dans le monde. Facebook subit des controverses au sein même de son équipe. Des anciens employés ont critiqué le réseau social qu’ils jugent « destructeur pour le fonctionnement de notre société » selon les termes de Sean Parker, ex-président de l’entreprise de Mark Zuckerberg.
Lien vers l'article original: https://ledrenche.fr/2018/11/faut-il-boycotter-facebook-4549

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Testez, utilisez les premiers services services en ligne, libres et loyaux de notre Chapril

mar, 11/20/2018 - 14:27

Chapril est la contribution de l'April au Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS). Le projet vise à rassembler des acteurs proposant des services en ligne libres, éthiques, décentralisés et solidaires afin de permettre aux utilisateurs de trouver - rapidement - des alternatives aux produits de Google (entre autres) mais respectueux de leurs données et de leur vie privée.

Notre chaton(s) a fini sa gestation. Les conditions générales d'utilisation (CGU) ont été finalisées et des premiers services sont disponibles, notamment pour des tests en conditions réelles d'usage, sur le site Chapril :

N'hésitez pas à tester/utiliser ces services, en cas de problèmes vous pouvez contacter l'équipe par courriel.

Testez, utilisez les services de Chapril

Décryptualité du 19 novembre 2018 - L'informatique privatrice et le copyright madness font les déboires du joueur du grenier

mar, 11/20/2018 - 00:57

Écouter ou télécharger le décryptualité du 19 novembre 2018 (16 minutes)

    En avance de phase sur l'article 13, Youtube et son système content ID mettent en péril les revenus du joueur du grenier qui s'en explique dans une vidéo. Sa situation illustre le fameux code is law et les abus du copyright. Une situation qui fait écho en négatif avec à la conférence de Nina Paley que nous avions évoquée en juin dernier.
    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

 Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

Revue de presse de l'April pour la semaine 46 de l'année 2018

lun, 11/19/2018 - 20:14

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 46

[Sud Ouest] Bordeaux: le sommet du logiciel libre a rassemblé 800 personnes

Par Nicolas César, le jeudi 15 novembre 2018. Extrait:
> Les 6 et 7 novembre à Bordeaux, s’est déroulée la 1ère édition de B-Boost, sommet du logiciel libre et de l’open source. Une première, qui a permis de mettre en lumière un écosystème méconnu du grand public, dans lequel la région excelle
Lien vers l'article original: https://www.sudouest.fr/2018/11/15/bordeaux-le-sommet-du-logiciel-libre-a-rassemble-800-personnes-5569440-705.php

[Atlantico] Pourquoi Linux est un magnifique cas d’école des forces et des faiblesses de la tech européenne

Par Rémi Bourgeot, le mercredi 14 novembre 2018. Extrait:
> Alors que la France et l'Europe tentent de se faire une place dans le secteur technologique, notamment au travers d'initiatives "Frenchtech", le géant IBM vient de racheter l'entreprise Red Hat, dont le modèle économique repose sur un logiciel libre issu de Linux, qui est pourtant d'origine européenne. Du point de vue des acteurs, qu'est-ce que ce cas d'espèce nous révèle de la réalité du secteur?
Lien vers l'article original: https://www.atlantico.fr/decryptage/3558655/pourquoi-linux-est-un-magnifique-cas-d-ecole-des-forces-et-des-faiblesses-de-la-tech-europeenne-remi-bourgeot-

[Les Numeriques] Les grandes gueules de la high-tech: Linus Torvalds, le prophète

Par Jérôme Cartegini, le mercredi 14 novembre 2018. Extrait:
> Dans l’univers feutré des géants de la high-tech, certains personnages sont aussi connus pour leurs frasques que pour leurs créations révolutionnaires. Véritable génie de la programmation, Linus Torvalds a créé à seulement 21 ans Linux, le système d’exploitation le plus utilisé dans le monde. À la tête de son développement depuis 30 ans, l’informaticien s’est forgé une réputation épouvantable. Arrogant, antipathique, grossier... à tel point que son langage fleuri fait régulièrement la une des médias.
Lien vers l'article original: https://www.lesnumeriques.com/vie-du-net/grandes-gueules-high-tech-linus-torvalds-prophete-e1493.html

[IT Social] 100 millions de repositories confirment l’attrait pour GitHub et l’open source

Par Yves Grandmontagne, le mardi 13 novembre 2018. Extrait:
> La plateforme aux 31 millions de développeurs GitHub a franchi la barre symbolique des 100 millions de repositories (dépôts). Deux enseignements dans ce record: la communauté open source est toujours aussi active, et le rachat de GitHub par Microsoft a peu pesé sur le devenir de la plateforme.
Lien vers l'article original: https://itsocial.fr/enjeux/production/developpements/100-millions-de-repositories-confirment-lattrait-github-lopen-source

[Horizons publics] Open data, un mouvement qui démarre

Par Gérard Ramirez del Villar, le mardi 13 novembre 2018. Extrait:
> Au regard des obligations qui pèsent sur les collectivités en matière d’Open data, les chiffres sur le terrain restent en retrait. Mais les ambitions pour l’avenir sont grandes et les terrains d’application potentiels presque sans limites.
Lien vers l'article original: https://www.horizonspublics.fr/open-data-un-mouvement-qui-demarre

[Developpez.com] Directive copyright: la mise en oeuvre de l'article 13 est financièrement impossible

Par Bill Fassinou, le mardi 13 novembre 2018. Extrait:
> En octobre dernier, Susan Wojcicki, la CEO de YouTube est monté au créneau pour appeler les créateurs de vidéos à protester contre l'article 13 de la directive Copyright qui, selon elle, menace des milliers d'emplois. Elle a, en effet, mis en garde les réalisateurs de vidéos contre la directive et les a exhorté à protester vivement contre la réglementation: s’appesantissant tout particulièrement sur l’article 13, elle explique aux réalisateurs de vidéos dans un billet de blog que «cette législation menace à la fois leur gagne-pain et leur capacité à partager leur voix avec le monde».
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/233059/Directive-copyright-la-mise-en-oeuvre-de-l-article-13-est-financierement-impossible-selon-la-CEO-de-YouTube

Voir aussi:
SaveYourInternet

[Le Monde.fr] Macron invite géants du Web et gouvernements à «réguler ensemble» Internet

Par la rédaction, le lundi 12 novembre 2018. Extrait:
> Dans son discours d’inauguration de l’Internet Governance Forum, à l’Unesco, le président a réaffirmé sa volonté de réguler davantage le fonctionnement des plateformes, mais avec une certaine forme de concertation.
Lien vers l'article original: https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/11/12/macron-invite-geants-du-web-et-gouvernements-a-reguler-ensemble-internet_5382544_4408996.html

[leParisien.fr] Voisins-le-Bretonneux récompensée pour son utilisation des logiciels gratuits

Par L. Mt., le lundi 12 novembre 2018. Extrait:
> Grâce à l’emploi de ces outils collaboratifs dans ses services, la commune vient de recevoir le label Territoire numérique libre.
Lien vers l'article original: http://www.leparisien.fr/yvelines-78/voisins-le-bretonneux-recompensee-pour-son-utilisation-des-logiciels-gratuits-12-11-2018-7940781.php

Voir aussi:
Résultats du label Territoire Numérique Libre 2018

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Open Source : liberté, égalité ? La méthode scientifique

lun, 11/19/2018 - 16:34


Titre : Open Source : liberté, égalité ?
Intervenants : Stéfane Fermigier - Alexandre Hocquet - Voix off de Richard Stallman et de son traducteur - Ivaylo Ganchev - Antoine Beauchamp - Vincent Strubel - Nicolas Martin
Lieu : Émission La méthode scientifique - France Culture
Date : novembre 2018
Durée : 58 min 50
Site de l'émission ou télécharger le podcast
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Logo GNU Aurelio A. Heckert, inspiré d'un dessin d'Étienne Suvasa - Licence Art libre. Logo France Culture Wikipédia
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenants mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Qu'est-ce que l'open source ? Qui en sont les principaux acteurs ? Quel intérêt pour les développeurs, les administrations, les entreprises, les citoyens ? Comment ce mouvement influence-t-il la recherche en informatique ?

Transcription relecture auditive faite par Juu

Nicolas Martin : Après Microsoft, qui s’est offert GitHub et sa plateforme au mois de juin dernier pour la coquette somme de 7 milliards et demi de dollars, c’est IBM qui est passée à la caisse au mois d’octobre pour acquérir Red Hat cette fois, pour 34 milliards de dollars. Le point commun entre ces deux rachats ? GitHub et Red Hat sont deux mastodontes de l’open source, ce mouvement initié à la fin des années 90 qui revendique le droit d’accéder au code, de le modifier, de le transformer et de le céder de façon libre. Un avatar du logiciel libre qui en serait, en quelque sorte, la philosophie sous-jacente. Est-ce à dire que l’informatique s’est radicalement convertie à une idéologie libertaire ? C’est assez loin d’être le cas.
Open source, logiciel libre : liberté, égalité ? C’est le problème à trous que nous allons examiner dans l’heure qui vient. Bienvenue dans La Méthode scientifique.
Et pour évoquer ces questions et ces philosophies de l’informatique nous avons le plaisir de recevoir aujourd’hui Stéfane Fermigier, bonjour.

Stéfane Fermigier : Bonjour.

Nicolas Martin : Vous êtes président du groupe thématique Logiciel Libre dans Systematic, coprésident du Conseil National du Logiciel Libre, et PDG de la société Abilian et Alexandre Hocquet, bonjour.

Alexandre Hocquet : Bonjour.

Nicolas Martin : Vous êtes historien des sciences, professeur attaché aux Archives Poincaré de l’Université de Lorraine.

Vous pouvez suivre cette émission, comme chaque jour en direct sur les ondes de France Culture, sur votre poste de radio mais aussi en replay sur le site franceculture.fr et en podcast quand bon vous semble via votre application préférée qui n’est vraisemblablement pas sous logiciel libre comme on aura l’occasion de le dire dans quelques instants.

Pour commencer rien de tel qu’une bonne petite analogie pour bien définir ce dont il va être question tout au long de cette heure via un extrait, celui d’un documentaire qui fait office un peu de référence en matière de vulgarisation du sujet. Ce documentaire s’appelle Nom de code : Linux1, il est signé par Hannu Puttonen et il est sorti en 2002. Linux c’est ce système d’exploitation open source, un logiciel libre qui est l'un des piliers fondateurs de ces mouvements. Écoutez comment il est défini dans ce documentaire.

Voix off, traduction des propos de Richard Stallman : Permettez-moi de faire une analogie entre les programmes informatiques et les recettes de cuisine. Il existe de nombreux points communs entre un logiciel et une recette, avec une liste d’étapes à suivre, des règles qui déterminent à quel moment vous avez fini ou comment revenir en arrière. À la fin on obtient un certain résultat.
Si vous aimez cuisiner, vous échangez sans doute vos recettes avec vos amis et vous êtes probablement amené à les modifier. Si vous avez modifié votre recette, que le résultat vous plaît et que vos amis s’en régalent, il y a des chances pour que vous leur donniez la nouvelle version de cette recette.
Et maintenant imaginez un monde dans lequel vous ne pourriez pas changer votre recette parce que quelqu’un aurait décrété qu’il est impossible de la modifier. Et imaginez que si vous partagiez quand même la recette avec vos amis, il vous traiterait de pirate et ferait tout pour vous envoyer en prison pendant des années.

Nicolas Martin : Voilà le logiciel et la cuisine. Finalement cette analogie a du bon, elle est extrêmement claire. Une réaction, peut-être, Stéfane Fermigier.

Stéfane Fermigier : Il m’a semblé reconnaître la voix de Richard Stallman dans ce documentaire, qui est le père fondateur du logiciel libre en 1983. Pour moi le logiciel libre, l’open source c’est une continuité et il y a une évolution sur les 35 dernières années maintenant, où on est passé bien sûr d’une logique un peu idéaliste telle qu’elle est exprimée par Richard Stallman à une industrie qui représente les milliards et même les centaines de milliards de dollars maintenant comme vous l’avez évoqué en début d’émission.

Nicolas Martin : Alexandre Hocquet.

Alexandre Hocquet : Ce qui est intéressant dans l’analogie avec la recette de cuisine c’est qu’en fait il existe un entrepreneur qui a créé un repas complet dont la licence est une licence libre donc qui est modifiable, contrairement à la recette du Coca-Cola par exemple.

Nicolas Martin : Qui serait une sorte de recette propriétaire pour le coup.

Alexandre Hocquet : Bien sûr. La recette libre, ça s’appelle le Soylent. Son but c’est aussi de partager et de faire améliorer la recette au monde entier.

Nicolas Martin : Du moment que ce n’est pas Soylent Green

Alexandre Hocquet : C'est la référence à Richard Fleischer…

Nicolas Martin : …Mais Soylent ce n’est pas forcément très bon à manger pour tout le monde. Peut-être un mot pour rappeler que ce qu’on va définir aujourd’hui, les débuts de l’informatique, même les débuts d’Internet se passent, au maximum, en tout cas les grands entrepreneurs du secteur essayent au maximum de développer des langages propriétaires. On l’a oublié aujourd’hui, mais au début d’Internet AOL, Infonie en France, essayent de développer des plateformes en langage propriétaire qui ne soit pas accessible, lisible, transformable par tout le monde, Stéfane Fermigier.

Stéfane Fermigier : Effectivement. Là on est sur la question des standards ouverts qui dépasse, d’ailleurs, et qui est plus profonde que la notion de logiciel libre puisqu’elle concerne l’interopérabilité entre différents types de logiciels. Là, en l’occurrence, ce sont les logiciels côté serveur qui restent la propriété des géants, maintenant des géants d’Internet, et puis ceux que l’utilisateur final ou l’entreprise a sur son poste de travail ou dans son téléphone qui est ce qu’on appelle le navigateur.
Là il y a eu un mouvement effectivement très fort à la fin des années 90 de standardisation, l’arrivée du Web, d’HTML[HyperText Markup Language], le standard HTTP [Hypertext Transfer Protocol] et tout ce qui est venu derrière et qui a aussi été un moteur formidable pour l’évolution du logiciel libre et le fait que le logiciel libre a réussi à percer face à des positions qui semblaient inexpugnables d’acteurs propriétaires comme Microsoft.

Nicolas Martin : Alexandre Hocquet on a dire qu’effectivement que l’âge d’or, un peu, du logiciel libre ce sont les années 90-2000 et qu’aujourd’hui on est dans une sorte de contre-mouvement avec l’arrivée massive de la téléphonie par des opérateurs qui font disparaître derrière des interfaces propriétaires tout ce qui peut être justement accessible, programmable, développable. Est-ce que c’est la réalité ? Est-ce que c’est ce que vous ressentez ?

Alexandre Hocquet : Oui. Je peux aussi rebondir sur le fait de citer Microsoft. En tant qu’historien du logiciel, il y a une chose qui est intéressante, c’est que l’histoire de l’ordinateur est souvent faite sous l’angle de l’histoire du matériel. C’est une histoire à la limite hollywoodienne dans le fait d’être de plus en plus puissant, de plus en plus rapide, ce qui est vrai et le software, là-dedans, est souvent un peu laissé de côté. Depuis que le software existe, si vous voulez, c’est une industrie qui est en crise, en fait. Le software crisis c’est quelque chose qui date de 1967, si je me souviens bien, et qui est, grosso modo, l’idée que le design, la programmation, la diffusion, la portabilité, la maintenance, le support, tout ça font que le rythme de production est impossible à tenir vu l’évolution du matériel et que le software n’est jamais un produit fini en fait.
Donc la stratégie de Microsoft dans les années 80, qui a quand même supplanté en tant qu’entreprise de logiciels IBM qui était une entreprise de matériel, c’est qu’elle a eu une stratégie de captivité : le logiciel s’en sort, en fait il est florissant si les utilisateurs ne peuvent pas partir, puisque de toute façon le logiciel ne marche pas. D’où l’idée de propriétaire, et le Libre et l’open se sont construits en réaction à cette ambiance-là. Si vous me permettez juste un détail à propos du matériel cette fois, c’est que si le Libre de Stallman, de tout ce qui est free, a pu dans les années 80 s’implanter c’est aussi que le matériel, le personal computer, le PC qui est un objet standard, modulable l’a permis et, pour rebondir sur votre question, effectivement depuis que le téléphone a supplanté l’ordinateur alors ça devient de plus en plus dur.

Nicolas Martin : Oui, Stéfane Fermigier.

Stéfane Fermigier : Je ne suis pas d’accord pour dire que l’âge d’or du logiciel libre serait derrière nous ; au contraire ! Quand on regarde le poids économique de la filière du logiciel libre, je pense qu’on en reparlera, quand on regarde les opportunités qu’elle offre aux gens qui veulent démarrer, les start-ups. On parle de « start-up nation » depuis un an ou deux en France, mais c’est un phénomène mondial et ça ne pourrait pas être possible si tous les outils de développement pour développer des applications web, des applications mobiles, de l’intelligence artificielle depuis un ou deux ans qu’on s’y intéresse de près, n’étaient pas disponibles aujourd’hui en logiciels libres, avec tout ce qui va autour, même les outils pour apprendre. Et on voit aussi dans la réforme de l’enseignement scolaire en France qu’on va apprendre à nos jeunes à coder ; on utilise le mot « coder » ; moi je préfère « programmer ». Allez, on va utiliser la terminologique ambiante.

Nicolas Martin : On avait consacré justement une émission entière à l’apprentissage du code ou du programme informatique sur lequel nous avions largement débattu. On va mettre le lien sur le fil Twitter de l’émission. Un mot pour conclure cette introduction, si vous m’autorisez cet oxymore ; le film d’Hannu Puttonen se conclut par cette phrase que je trouve intéressante : « ce serait peut-être l’une des plus grandes opportunités manquées de notre époque si le logiciel libre ne libérait rien d’autre que du code ». Vous avez le sentiment qu’aujourd’hui le logiciel libre a libéré un peu plus que du code ? Ou au contraire, que les portes se sont refermées un peu plus vite que ce qu’on imaginait, Stéfane Fermigier ?

Stéfane Fermigier : Certainement ; c’est un mouvement bien sûr économique, technologique quand on le regarde uniquement sous l’angle du logiciel, mais on voit que ça a influencé d’autres domaines : on parle d’open hardware, donc du matériel libre, bien sûr des recettes de certains produits alimentaires on va dire ; on parle d’open data, en partant aussi de la phrase connue qui est que la donnée serait l’essence ou le pétrole du 21e siècle ; on parle d’open science aussi. On est dans une émission scientifique, le logiciel libre vient au départ peut-être de concepts qui venaient de la science : l'idée de revue par les pairs est absolument fondamentale dans la recherche scientifique. Eh bien maintenant la science reprend l'idée du logiciel libre qui est la reproductibilité, donc l’idée qu’il faut absolument publier l’ensemble des outils qui ont été utilisés pour produire un résultat scientifique et non pas simplement une feuille de papier avec des mots et quelques formules.

Nicolas Martin : Alexandre Hocquet.

Alexandre Hocquet : C’est la devise de Framasoft2, en fait, la citation que vous venez de citer. Il y a un autre exemple encore plus simple, que le grand public connaît bien, c’est Wikipédia en fait. Wikipédia c’est la transcription dans un monde connu du grand public de principes politiques du logiciel libre.

Voix off : La Méthode scientifique – Nicolas Martin

Nicolas Martin : À 16 heures 10 sur France Culture nous parlons de logiciel libre et d’open source ; vous allez voir que ça n’est pas tout à fait la même chose, mais on va justement essayer de préciser cette différence dans quelques instants. Nous en parlons avec Stéfane Fermigier et Alexandre Hocquet. Eh bien justement, commençons peut-être par là, Alexandre Hocquet : logiciel libre, open source, est-ce qu’on parle de la même chose ? Est-ce qu’on ne parle pas de la même chose ?

Alexandre Hocquet : Bien sûr, cette fameuse distinction est source de tensions. Si vous me permettez de remonter dans le temps un peu plus loin que les années 80 et Richard Stallman.

Nicolas Martin : Bien sûr.

Alexandre Hocquet : En fait le mot open on le retrouve chez un philosophe que vous aimez bien citer, Nicolas, qui est Karl Popper.

Nicolas Martin : On en parle effectivement assez souvent dans cette émission.

Alexandre Hocquet : Vous connaissez Popper pour sa méthode de la réfutation. Le but de la réfutation c’est de tracer une frontière entre ce qui est science et ce qui ne l’est pas. L’idée derrière la tête de Karl Popper, ce qu’il visait comme n’appartenant pas à la science c’était le marxisme, le marxisme en tant que théorie scientifique de l’histoire. Pour Popper tout ce qui est vérité réfutable ne fait pas partie de la science. De la philo des sciences à la philo politique, Popper a écrit un libre pendant la Deuxième guerre mondiale qui s’appelle The Open Society and Its Enemies.

Nicolas Martin : La société ouverte et ses ennemis, donc.

Alexandre Hocquet : Voilà, exactement. Les ennemis de Popper, en l’occurrence, sont le communisme et le fascisme ou ce qu’il appelle le totalitarisme ; ce livre est une espèce de plaidoyer pour une société ouverte qui, grosso modo, correspond à la démocratie occidentale. La vision politique open de Popper est une critique de ce qui est immuable, une théorie individualiste pour qu’il y ait une diversité de la critique. Ce livre a été repris par Hayek, la Société du Mont-Pèlerin ; en fait il a été enrôlé dans une doctrine ultralibérale. Et c’est ça être open.
Open c’est un mot qui veut dire « gentil » en général, qui est facile à se définir contre ce qui est fermé mais qui est flou sur ce que c’est vraiment. Le paradoxe des années 80 c’est que pour les gens comme Stallman et donc du logiciel, c'est que l’ennemi c’est devenu justement cette société ultralibérale qui était promue par Hayek, ses multinationales, ses monopoles et donc le fait que ça provoquait quelque chose de fermé.
Du coup les principes ne sont pas si différents : anti-monopole, compétition juste, liberté en tant que libre marché, etc. Et c’est là où politiquement on fait une différence entre open et free, si vous voulez entre open et libre, c’est que la vision open est pragmatique, il s’agit de mettre la participation, la transparence, au service de l’efficacité qu’elle soit technique ou même business, tandis que la version free c’est un programme politique de résistance on peut dire, de lutte contre ce qui est propriétaire.

Nicolas Martin : On dit souvent effectivement pour essayer de distinguer, de faire le distinguo entre logiciel libre et open source, Stéfane Fermigier, que le logiciel libre ce serait finalement l’articulation philosophique de l’open source qui en serait l’adaptation méthodologique en quelque sorte.

Stéfane Fermigier : On peut voir ça comme ça. J’ai quand même tendance à dire que la différence entre les deux est très ténue. Donc il faut revenir un peu à l’histoire.

Nicolas Martin : À l’histoire peut-être. Repartons effectivement de Stallman.

Stéfane Fermigier : Pourquoi le mot open source a été introduit. Free software est une expression qui a été inventée essentiellement en 1983 ou 1984 par Richard Stallman et pendant 15 ans il y a eu un développement déjà assez considérable ; des dizaines, des centaines de logiciels libres ont été produits pas la Foundation Free Software Foundation3, l’organisation qui a été montée par Richard Stallman, et plein d’autres gens, et on avait déjà une offre tout à fait foisonnante en 1998, mais il y avait deux problèmes. Pour moi le principal c’est quand même le mot free en anglais qui veut dire à la fois libre et gratuit. Et quand vous dites free software ou freeware on disait aussi à l’époque.

Nicolas Martin : Gratuiciel, si on peut le traduire en français.

Stéfane Fermigier : On pensait essentiellement à la gratuité. Je vais dire que le sujet est encore d’actualité aujourd’hui. Ce matin, en lisant mon flux d’actualités, je tombe sur un article en anglais, c’était I have made a free Photoshop clone, ask me anything. ; « J’ai fait un clone free de Photoshop, posez-moi toutes vos questions ». Je me suis demandé, allez 50-50, 90, c’est quoi la probabilité que le mot free veuille dire « libre » et quelle est la probabilité qu’il veuille dire « gratuit » dans ce domaine qui est quand même le domaine du logiciel ; on parle d’un domaine sur lequel l’expression free software existe depuis 35 ans. Évidemment, le clone en question était gratuit, il n’était pas libre. Donc il y a vraiment un problème de branding.

Nicolas Martin : De marque.

Stéfane Fermigier : De marque pour un certain nombre de personnes dont certaines étaient des entrepreneurs ou associés, proches d’entrepreneurs, et qui se sont dit : on n’arrivera jamais à vendre quelque chose en le qualifiant avec un mot sur lequel il y a un risque fort d’ambiguïté. Elles ont inventé l’expression open source. Après elles ont pris une définition, qui n’est pas exactement la même que celle de Richard Stallman, mais, en pratique, il s’avère que ce sont tout le temps les mêmes logiciels qui sont à la fois free software et open source software. Donc en pratique, quand on a un logiciel, que l’on vous dise : « Tiens, prends ça c’est du logiciel libre » ou « Tiens c’est de l’open source » c’est la même chose.
Les gens qui travaillent dans ce domaine vont parfois avoir tendance à s’identifier plus à un mouvement qu’à un autre ou à une expression qu’à une autre. Il y a des gens qui sont effectivement plus attachés à l’éthique du développement logiciel et donc ils vont plutôt essayer d’utiliser « logiciel libre » ; d’autres, aussi parce qu’il y a une mode malheureuse en informatique en France qui est d’utiliser systématiquement les mots américains ; on n’ose même plus dire « informatique » on dit « je fais de l’IT », c’est beaucoup plus fashionable.

Nicolas Martin : À la mode.

Stéfane Fermigier : Voilà ! Donc on dit open source soit pour faire plus américain, ça fait plus sérieux ! Ou simplement pour lever l’ambiguïté, même si certains Français n’ont pas pensé que « libre », finalement, il n’y avait pas le problème en français, donc on peut continuer. Moi, personnellement, j’utilise les deux indifféremment ; j’essaie dans mes phrases, dans le même paragraphe, d’utiliser une fois l’un une fois l’autre pour ne vexer personne et surtout pour essayer d’unifier, de garder une cohésion au sein de notre communauté.

Nicolas Martin : L’open source, Alexandre Hocquet, ce serait du coup, une sorte de compatibilité de la logique d’entreprise avec ce qu’est, finalement, la pensée éthique du logiciel libre.

Alexandre Hocquet : Effectivement et rhétoriquement c’est assez compatible avec le fait que les gens qui sont plutôt du côté open source considèrent que finalement c’est à peu pareil, tandis que ceux qui sont du côté free software considèrent, que eh bien non, c’est vraiment différent. Une manière technique mais simple de résoudre l’ambiguïté c’est de s’intéresser à la licence du logiciel. Il y a des licences qui sont clairement du côté free software et d’autres qui ne sont pas compatibles avec le free software.

Stéfane Fermigier : Non !

Alexandre Hocquet : Eh bien si ! Tout simplement, par exemple, si on s’intéresse aux licences Creative Commons.

Nicolas Martin : On peut redire en quelques mots de quoi il s’agit pour les gens qui ne sont pas complètement bilingues avec le langage informatique et avec ce type de terminologie.

Alexandre Hocquet : La licence, c’est ce qui va permettre la diffusion du logiciel sous certaines conditions. En particulier, pour ce qui est de la licence Creative Commons4, ça peut s’appliquer à autre chose que des logiciels, par exemple une recette de cuisine.

Nicolas Martin : À une photographie ; à un document que l’on met en ligne dont on accepte qu’il soit partagé indéfiniment, par exemple.

Alexandre Hocquet : Par exemple une encyclopédie en ligne ; c’est ça.
Donc il y a une clause dans la licence Creative Commons qui s’appelle Share Alike, qu’on peut mettre ou ne pas mettre, et qui fait toute la différence entre quelque chose qui est considéré comme du coup free et quelque chose qui est considéré comme open. C’est-à-dire que le fait de mettre Share Alike ça oblige celui qui reprend à rester dans le monde du free. Ça veut dire que la vision politique du free c’est de dire, idéalement, le monde entier serait sous cette forme-là, donc on va essayer de propager cette idée. Tandis que du côté open, là on est beaucoup plus pragmatique.

Nicolas Martin : Peut-être un mot pour préciser cette mention Share Alike, c’est-à-dire que concrètement qu’est-ce que ça change vis-à-vis de la capacité à partager ou à modifier le document ou le logiciel quel que soit ce qui a été mis en ligne.

Stéfane Fermigier : J’ai deux objections.
La première c’est d’introduire les licences Creative Commons qui ne sont pas faites pour le logiciel, effectivement qui viennent de l’univers du logiciel libre mais qui ont été appliquées à des objets qui sont plutôt des œuvres d’ordre artistique, on va dire.
La deuxième, effectivement, c’est de dire qu’il y aurait des licences qui seraient open source au sens reconnu par l’Open Source Initiative qui est l’organisme qui certifie les licences open source.

Nicolas Martin : L’OSI5.

Stéfane Fermigier : Et le free Software.

Nicolas Martin : La FSF, la Free Software Foundation.

Stéfane Fermigier : Encore une fois les définitions précises sont différentes mais sont vraiment très similaires. La définition FSF est plus vague, elle rentre moins dans les détails. La définition OSI est plus opérationnelle. La définition OSI vient de la communauté Debian qui est une communauté de gens qui sont vraiment à fond pour le logiciel libre, donc on ne peut les accuser d’avoir de mauvaises intentions.

Maintenant dans les licences il est vrai aussi qu’il y a essentiellement deux grands types de licences, les licences dites à copyleft6 et les licences dites permissives — on utilise souvent ce terme —, qui viennent aussi de deux idéologies différentes et qui ont des applications business différentes.
Copyleft c’est essentiellement ce que vous appelez Share Alike, c’est-à-dire on demande aux gens qui vont utiliser mon logiciel de respecter ma volonté, de faire en sorte qu’il soit diffusé plus largement et donc de rediffuser toute modification dans certaines circonstances — il y a un certain nombre de points de détails —, mais de façon à en faire profiter le maximum.
Et les licences dites permissives, la plus connue étant la licence BSD7 qui vient d’une communauté très forte aussi, celle des UNIX BSD, qui est une autre forme de système d’exploitation libre où, au contraire, les gens sont tout à fait contents qu’on utilise le logiciel sans qu’il y ait forcément de réciprocité.

Donc il y a tout un éventail, il y en a peut-être 70 ; il y en a une dizaine ou une quinzaine qui sont vraiment importantes. Elles peuvent être classées en deux ou trois catégories. Il est important de bien les connaître. Il y a des enjeux juridiques forts quand on est développeur, quand on est chef d’entreprise, quand on est chercheur et qu’on veut valoriser sa recherche pour choisir les bonnes licences en fonction d’un usage. Évidemment ça peut être aussi en fonction d’une idéologie qu’on a soi-même, mais c’est aussi en fonction de l’usage qu’on veut en faire en termes, par exemple, de valorisation.

Nicolas Martin : On en va pas trop s’éterniser non plus sur ces différences-là qui sont certes importantes, mais il y a quand même énormément d’autres choses à dire. Peut-être qu’on peut revenir quelques instants sur l’évolution de la pensée et de l’introduction dans le monde de l’informatique de cette pensée du logiciel libre, de comprendre en quoi elles s’opposent. Quel est le point de départ en fait ? On a parlé de Richard Stallman, on l’appelle rms parce qu’il s’appelle Richard Matthew Stallman tout simplement, à l’origine il est programmeur au MIT. D’où ça vient ? Pourquoi cette volonté à un moment donné de sortir, de casser le langage propriétaire pour pouvoir donner accès au plus grand nombre, Alexandre Hocquet ?

Alexandre Hocquet : Il y a la fameuse anecdote de l’imprimante Xerox de Richard Stallman8 ; elle est fondatrice au sens où la vision, du coup, du free software, la vision Stallman compatible est très liée à une opposition à ce qui est propriétaire, qui prive les utilisateurs de possibilité de voir le code, possibilité de modifier le code ; ce sont les quatre libertés fondamentales.

Nicolas Martin : Qui sont les fondatrices de la FSF, les 4 libertés fondamentales numérotées de 0 à 3.

Alexandre Hocquet : C’est ça. Politiquement il y a vraiment un côté résistance de ce point de vue-là qui, à mon avis, est absent de la culture open source qui, au contraire, s’adapte.

Nicolas Martin : On peut les redonner rapidement :

  • la liberté 0, c’est la liberté d’exécuter le programme pour tous les usages ;
  • la liberté 1, la liberté d’étudier le fonctionnement du programme et de l’adapter à ses besoins ;
  • la liberté 2, la liberté de redistribuer des copies du logiciel ;
  • la liberté 3, la liberté d’améliorer le programme et de publier ses propres améliorations.

Alexandre Hocquet : C’est ça.

Nicolas Martin : Donc ça c’est le point de départ. À partir de là Stallman ne se contente pas de développer, enfin de poser les jalons, les bases de ce que veut être la FSF ; il va développer ce qu’on appelle le projet GNU ; vous voulez nous en dire un mot, s’il vous plaît, Stéfane Fermigier.

Stéfane Fermigier : Il y a, à un moment, le double génie de Richard Stallman c’est à la fois d’avoir des idées d’ordre philosophique et de les traduire sous une forme juridique assez complexe, comme tous les sujets juridiques, mais ça a été aussi de mettre en œuvre son programme. Parce que s’il s’était contenté d’être juste un agitateur d’idées, on n’en serait pas là.

Il a commencé d’abord tout seul, ou avec peut-être avec deux ou trois personnes, à créer les logiciels nécessaires pour faire ce qu’on appelle un système d’exploitation ; donc c’est l’ensemble des logiciels qui sont nécessaires pour faire tourner un ordinateur d’usage courant. À l’époque, le système dominant c’était déjà Windows, on connaît MacOS qui existait déjà aussi. Lui il est parti d’un truc qui était moins connu du grand public certainement, qu’on appelle UNIX, qui remontait aux années 70, qui pendant toutes les années 70 avait été essentiellement libre ; il était libre dans les faits mais pas juridiquement au sens où les universités, les laboratoires de recherche et certains industriels s’échangeaient librement le code source, amélioraient le code source du système UNIX jusqu’au moment où AT&T est arrivé.

Nicolas Martin : AT&T qui est un grand opérateur téléphonique américain.

Alexandre Hocquet : Voilà, et qui a racheté Bell Labs d’où sortait le système UNIX et qui a dit : « À partir de maintenant on passe à la caisse, on va essayer de monétiser », pour utiliser ce mot affreux.
Richard Stallman était contre la monétisation, en tout cas par le biais de la vente de licences, et il a entrepris, vraiment avec son talent de développeur et l’aide de quelques personnes, d’écrire les outils fondamentaux pour créer un système d’exploitation complet en commençant par ce qu’on appelle le compilateur, c’est-à-dire l’outil qui permet de traduire d’un langage source vers un programme exécutable. C’est un effort colossal, monumental et, à la fin des années 80, au début des années 90, il n’avait toujours pas vraiment avancé sur un sujet primordial qu’on appelle le noyau. Le noyau c’est le bout de programme qui est vraiment l’interface entre la machine et les programmes que l’utilisateur exécute. Et c’est là qu’il y a un deuxième programmeur extrêmement doué et également une personnalité extrêmement forte qui est arrivé, Linus Torvalds9 qui lui, jeune étudiant d’une vingtaine d’années s’est dit : pour m’amuser je vais faire un noyau et je vais l’appeler Linux parce que ça sonne bien avec mon prénom.
Comme on dit le reste appartient à l’Histoire. Linux est devenu un système dominant. Il faut savoir que c’est le système qui est dans Android.

Nicolas Martin : Aujourd’hui.

Alexandre Hocquet : Android équipe 90 % des téléphones portables dans le monde. Il y a, je ne sais trop combien de milliards de téléphones, de smartphones dans le monde donc presque tout le monde a un Linux dans sa poche.

Nicolas Martin : Peut-être un mot aussi de contexte sur la popularité des débuts de ce mouvement puisque Stallman fonde la Free Software Foundation en 1985. On est vraiment au tout début de l’informatique grand public, à l’époque de la multiplication des marques encore une fois, des langages propriétaires où, au contraire, il y a plein d’opérateurs qui apparaissent dans le secteur et qui comptent bien monétiser au maximum leurs programmes, leurs langages à eux développés maison et de les rendre les moins compatibles. On n’est pas du tout dans une logique de réseau et de partage à cette époque-là, Alexandre Hocquet.

Alexandre Hocquet : Oui. Mais paradoxalement ces deux idées, à la fois le côté Microsoft de cette époque-là de la domination du monde par le logiciel et, comment dire, toutes les histoires à propos de Stallman et ensuite de Linus Torvalds qu’on vient de raconter, leur point commun est d’avoir, ce que je disais tout à l’heure, un matériel qui était le personal computer, le PC, qui s’adaptait à ça. C’est-à-dire qu’avant le PC on avait des superbes computers ou des minis-computers, des modèles qui étaient tous différents ; des marques avec toutes leurs propres systèmes d’exploitation, complètement incompatibles les uns avec les autres et depuis on a des téléphones qui effectivement sont tous, à 90 % sous un système Linux, mais un système Linux proposé par Android, donc par Google, qui est partiellement libre.

Nicolas Martin : Ou partiellement propriétaire.

Alexandre Hocquet : Ou partiellement propriétaire. Du coup, comme les téléphones sont eux aussi très différents matériellement, c’est très compliqué d’avoir par exemple Lineage10, un système Android Linux débarrassé de Google ; chaque protocole pour chaque téléphone est très différent : c’est très complexe d’avoir quelque chose d’effectivement entièrement libre dans son téléphone.

Nicolas Martin : Entre 1985 et 1998, entre Stallman, Eric Raymond et Bruce Perens qui vont être à l’origine justement de l’Open Source Initiative que se passe-t-il ? Et pourquoi ce besoin de traduire cette Free Software Foundation, ce logiciel libre dans une autre forme, finalement, plus « entreprise compatible » entre guillemets. Alexandre Hocquet ?

Alexandre Hocquet : J’en reviens aux licences. C’est-à-dire que si vous considérez que votre but ce n’est pas que le monde entier soit libre, mais de développer des outils qui soient le plus possible compatibles avec vos outils et les outils qui existent dans le monde, du coup vous développez des choses que vous allez pouvoir essayer de rendre compatibles avec des choses qui sont propriétaires. Effectivement par exemple, que ce soit Google ou Microsoft, ce sont aujourd’hui des entreprises qui contribuent énormément au logiciel open source, pas avec la philosophie de rendre le monde entier libre, mais avec la philosophie, comment dire ça, de développer des communautés qui puissent participer à des outils, donc de rendre compatible cette vision du logiciel avec leur propre agenda économique ou politique.

Nicolas Martin : Stéfane Fermigier.

Stéfane Fermigier : Ce qui s’est passé effectivement autour de 1997-1998, c’est l’émergence de sociétés de plus en plus importantes qui ont fondé leur modèle d’affaires et, comment dire, qui ont réutilisé de manière extrêmement profonde le logiciel libre qui avait été développé un peu dans la nature soit par la Free Software Foundation de manière très structurée, mais aussi de manière beaucoup plus diffuse par une multitude d’acteurs, y compris Linus Torvalds et tous les gens qui tournaient autour du noyau Linux. Donc il y a un certain nombre de sociétés qui se sont créées pour distribuer sous une forme packagée, sous une forme vraiment utilisable par, je ne dirais peut-être pas déjà le grand public mais en tout cas un public beaucoup plus large que le public d’informaticiens qui était celui du départ et ces sociétés sont montées en gamme. Au début elles ne faisaient essentiellement que vendre des CD, souvent par correspondance, avec des petites annonces dans les magazines et, progressivement, elles se sont dit : non, si on veut vraiment développer notre activité il faut aller voir des entreprises » ; des entreprises qui déjà à l’époque pensaient à remplacer leurs UNIX propriétaires, donc des machines assez chères, avec des marges énormes côté constructeur, par du PC générique, du PC finalement acheté à un coût beaucoup moins élevé, mais avec le logiciel qu’il fallait trouver pour avoir le même type de service que ce qu’on avait avant.
Donc il y a eu cette bascule. C’est vraiment le monde économique ou, en tout cas, une partie du monde économique qui a voulu s’emparer, qui s’est emparé du sujet, mais qui s’est retrouvé face à ce problème de marque, d’image de marque et de branding dont je parlais tout à l’heure.

Pause musicale : Logiciel par Isolee.

Nicolas Martin : Le titre de ce morceau ne vous aura certainement pas échappé. Morceau du groupe Isolee qui s’appelle donc Logiciel, puisque nous parlons d’open source et donc de logiciel libre tout au long de cette heure. Nous en parlons avec Stéfane Fermigier qui est président du groupe thématique Logiciel Libre dans Systematic, coprésident du Conseil National du Logiciel Libre et PDG de la société Abilian ; avec Alexandre Hocquet, historien des sciences, professeur attaché aux Archives Poincaré de l’Université de Lorraine. Comme tous les mercredis aux alentours de 16 heures 30 c’est l’heure de retrouver La Recherche montre en main.

Tous les mercredis la voix d’un jeune ou d’une jeune chercheuse qui vient nous parler de ses travaux de recherche ; aujourd’hui c’est un jeune chercheur. Ivaylo Ganchev bonjour.

Ivaylo Ganchev : Bonjour.

Nicolas Martin : Vous êtes en thèse au laboratoire d’informatique avancée de Seine-Saint-Denis de l’Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis ; vous travaillez sur « Bugs, failles et sécurité dans la conception, la construction et la compréhension de logiciels. Applications au logiciel libre ». Bienvenue à La Recherche montre en main ; c’est à vous.

Ivaylo Ganchev : Merci beaucoup ; merci pour cette invitation.

Fournir des logiciels sans bogues

Nous voulons tous utiliser des logiciels sans bogues et bénéficier d’une expérience utilisateur décente. Or la maintenance, dans le logiciel, est une activité très coûteuse. Selon les auteurs, les estimations varient entre 40 % et 90 % du coût initial du projet. Eh oui, ça coûte presque aussi cher de maintenir un logiciel que de le produire.

Une analyse préliminaire

Pour cette raison, les éditeurs de logiciels essaient d’anticiper, de corriger les bogues avant le lancement d’une version. Pour cela différentes techniques sont utilisées.

Historiquement la méthode formalisée et la plus ancienne est celle qu’on appelle la complexité cyclomatique de McCabe.

Une autre méthode consiste à utiliser des fuzzers.

Ma recherche fait partie d’une troisième voie : l’analyse des métadonnées des dépôts logiciels. Dans mon cas il s’agit bien de dépôts de logiciels libres.

Métadonnées, ce sont des données qui expliquent des données. Par exemple, si on considère qu’un fichier de code source est une donnée, les métadonnées sont des informations comme : qui a produit la dernière modification du fichier, à quelle heure et depuis où ; ou encore combien de lignes ont été modifiées depuis la dernière version. On peut appeler cela des métadonnées simples ou non-liées.
On distingue aussi des métadonnées complexes qui nécessitent le recoupement de plusieurs métadonnées simples voire des informations provenant de plusieurs dépôts différents, par exemple combien de personnes ont travaillé sur un fichier, comment organiser le réseau des développeurs entre différents modules d’un programme, le temps de résolution d’un bogue ou bien le nombre de bogues par version.

En quoi consiste ma recherche

Ma recherche consiste dans le fait d’explorer différents dépôts de données, principalement des dépôts de code source ou des dépôts de bogues, de récupérer et d’analyser les métadonnées à la recherche d’informations pertinentes.
La plupart du temps la récupération est simple, car les dépôts sont ouverts et en ligne. Il suffit de lancer des petits robots qui vont aller récupérer les métadonnées et les intégrer à une base de données locale.
Par la suite je procède au traitement et à l’analyse des données. J’utilise soit des outils disponibles librement, soit des outils que j’ai fabriqués dans le cadre de ma recherche. La plupart des problèmes que je rencontre sont des problèmes propres au domaine des mégadonnées ou big data en anglais. Par exemple, la qualité des données n’est souvent pas au rendez-vous et on doit passer un certain temps à les nettoyer. Ou bien on doit interconnecter des bases qui ne sont que très peu liées entre elles.
Finalement, si j’observe des résultats intéressants, je gratte un peu plus pour voir si on n'a pas trouver une métrique intéressante.
Actuellement je me focalise sur la recherche des métriques autres que celles déjà trouvées qui me permettent de déceler des parties d’un logiciel qui contiennent des bogues.
Eh oui, en analysant seulement les métadonnées on peut trouver, avec une confiance relativement importante, les endroits qui contiennent potentiellement des bogues. On peut aussi trouver des périodes de la semaine ou de la journée pendant lesquelles, statistiquement, on commet le plus de bogues et attirer l’attention des meneurs d’un projet sur ces points.
Au-delà de la recherche des endroits avec des bogues, je m’intéresse aussi à des questions comme les cycles de vie d’un logiciel et les étapes de son évolution.

Au-delà de la recherche des bogues

Bien sûr, au-delà des dépôts de code source et des bogues, on peut analyser d’autres types de dépôts comme les archives des listes de diffusion, les archives de chat IRC ou encore les archives documentaires comme les wikis.
Du fait de l’ouverture du processus de développement les logiciels libres et à code ouvert fournissent d’énormes quantités de données qui ne demandent qu’à être explorées et exploitées.
Ces données peuvent être et sont utilisées à dresser des profils des projets : combien de développeurs actifs se trouvent derrière un projet ; est-ce qu’il y a des sociétés derrière un projet libre ; est-ce qu’il y a une communauté active ; quel est le temps moyen de résolution d’un bogue, etc.
Tout ceci est fait dans le but d’améliorer la qualité des programmes et de permettre aux utilisateurs d’avoir des logiciels avec moins de bogues. Cela permet aussi à des décideurs de savoir facilement si l’intégration d’un logiciel libre dans un système d’information est risquée ou non.
Cette activité de recherche fait partie d’un domaine de recherche qui s’appelle Empirical Software Engineering. Plusieurs conférences et journaux existent sur le sujet comme la conférence annuelle Mining Software Repositories.
Ce domaine n’est pas propre au logiciel libre. Les grands groupes industriels se sont approprié ces techniques et les utilisent en permanence pour améliorer la qualité de leurs produits.
Ce qu’apportent les logiciels libres, ce sont les grandes quantités de données disponibles librement. Ceci facilite énormément la recherche. Par exemple on n’est pas lié par des clauses de non-divulgation ou bien des restrictions d’accès au code source. Le point le plus important est certainement le fait que toutes les découvertes peuvent être vérifiées et toutes les expériences refaites.

De plus, personnellement étant utilisateur de logiciels libres de longue date, c’était un moyen modeste de faire un retour à la communauté et ainsi de contribuer à ce mouvement extraordinaire que sont les logiciels libres.

Nicolas Martin : Merci beaucoup Ivaylo Ganchev pour votre présentation. Je vous voyais sourire, à un moment donné, Alexandre Hocquet. Effectivement on sent, et c’est quelque chose d’important qu’on n’a peut-être pas vraiment évoqué dans la première partie de cette émission, l’importance, la puissance de la communauté qui est autour de la notion de logiciel libre qui est effectivement une communauté qui est soutenue par ce mouvement qu’on pourrait considérer comme un mouvement social.

Alexandre Hocquet : La communauté c’est effectivement ce qu’il y a de plus important. Dans l’introduction, si je me souviens bien, vous mentionniez le rachat de GitHub par Microsoft.

Nicolas Martin : Par Microsoft, on en a parlé.

Alexandre Hocquet : En fait GitHub est une plateforme qui est propriétaire et qui est rachetée par une entreprise propriétaire. Pourquoi la communauté du Libre pourrait s’émouvoir d’un tel rachat ? C’est qu’en fait GitHub est l’endroit où la communauté du Libre dépose ses logiciels. Donc c’est un endroit qui est important pour la communauté.
Et il y a quelque chose de très important dans le Libre, pour le coup que ce soit open source ou free software, c’est la notion de forking, l’idée qu’un projet peut se séparer en deux à n’importe quel moment : c’est à la fois une grande liberté propre au Libre et une grande menace parce que ce qui fait qu’un projet logiciel va mourir ou pas c’est la vitalité de sa communauté. Si on la divise en deux, on prend beaucoup de risques.
Une autre chose qui est importante dans la question de la communauté, qui est très liée à la période actuelle qui est différente de celle des débuts du Libre, c’est que le logiciel lui-même devient plus rarement le composant critique de la compétitivité. Du coup c’est plus facile de libérer beaucoup de code et de se concentrer sur rendre propriétaire seulement ce qui est à reprendre, comme GitHub par exemple, et la stratégie consiste à rendre open tout ce qui n’est pas grave d’être piqué. Donc pouvoir profiter d’une communauté de développeurs, du coup c’est typique du capitalisme qui absorbe sa critique, si vous voulez ; c’est profiter d’une main d’œuvre.

Nicolas Martin : Stéfane Fermigier.

Stéfane Fermigier : J’ai une remarque par rapport à tout le travail qui a été présenté, c’est qu’il s’appuie sur un corpus de méthodologies de développement qui s’est développé on va dire depuis peut-être une vingtaine d’années à peu près, à la création de SourceForge, ce qu’on a appelé les forges logicielles. Une forge logicielle c’est une application web, un site web collaboratif, l’ancêtre des réseaux sociaux si on veut, où les développeurs se regroupent autour de projets et vont contribuer en utilisant des outils de développement, mais des outils de développement qui sont faits pour le 21e siècle on va dire, donc des outils pour gérer le code source, des outils pour communiquer et, notamment, des outils pour communiquer les problèmes ou les améliorations à apporter sur une base de code.
À l’aide de ces différents outils on est capable de récupérer, comme l’a dit Ivaylo, les données ou les métadonnées ; il y a plusieurs types de recherche, là il s’attache aux métadonnées ; on peut aussi travailler directement sur les données, sur le code source lui-même, analyser les milliards de lignes de code source. Ça a un intérêt scientifique, ça a aussi un intérêt, maintenant, business. Il y a des entreprises, j’en connais quelques-unes, qui fournissent des outils d’analyse de code, en ligne, qui vont permettre aux entreprises qui prennent un abonnement d’améliorer, en tout cas de détecter les erreurs qu’il peut y avoir sur leur code, et qui sont, en général, mis à disposition gratuitement pour les logiciels libres. C’est à la fois du marketing, il ne faut pas le nier, mais c’est aussi une façon de redonner à la communauté quelque chose en retour.

Nicolas Martin : On en arrive aux temps présents, à l’heure actuelle avec un exemple important, une question centrale en tout cas, qui est la position de rôle de l’administration et des entités publiques vis-à-vis de l’open source et du logiciel libre. Bonjour Antoine Beauchamp.

Antoine Beauchamp : Bonjour Nicolas. Bonjour à tous, bonjour à toutes.

Nicolas Martin : Vous vous êtes rendu à l’ANSSI, qui est l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, pour examiner un système qui s’appelle CLIP OS, un système qui a pour vocation, précisément, de renforcer la sécurité informatique.

Antoine Beauchamp : Oui l’ANSSI, cette agence est rattachée en France au cabinet du Premier ministre et son but est d’assurer la défense des systèmes d’information de l’État mais aussi de conseiller et de soutenir les administrations et les opérateurs d’importance vitale dans leur sécurité informatique.
J’ai rencontré Vincent Strubel qui est sous-directeur de l’ANSSI et qui m’a parlé de CLIP OS, ce système d’exploitation développé par l’Agence et qui s’ouvre, grâce à l’open source, aux contributions extérieures. Vincent Strubel nous explique l’intérêt de l’open source dans le développement d’un système informatique comme CLIP OS et nous dit aussi pourquoi l’open source peut jouer un rôle dans la sûreté informatique et la protection d’informations sensibles, que ce soit au sein de l’administration ou bien d’industries dites critiques.

Vincent Strubel : CLIP OS est un système d’exploitation Linux, donc c’est ce qu’on appelle une distribution Linux. C’est un ensemble de logiciels qui forme tout l’environnement logiciel d’un ordinateur. Sa spécificité, c’est qu’il a été non pas écrit mais adapté par l’ANSSI pour renforcer sa sécurité. En particulier, il permet de cloisonner plusieurs environnements logiciels sur le même poste, c’est-à-dire qu’on a deux bureaux complètement isolés entre eux qui permettent de traiter des informations sensibles d’un côté et non sensibles de l’autre. Parce que par exemple on est connecté sur Internet mais en même temps on veut faire de la messagerie sensible ou administrer à distance des systèmes d’information critiques ou des choses comme ça, donc ça permet d’isoler ces deux cas d’usage. Plus généralement, c’est quelque chose qu’on a pensé pour résister aux attaques informatiques qu’on connaît, soit ne pas y être vulnérable, soit y être vulnérable mais moins qu’un système d’exploitation classique. Je prendrais l’analogie de la construction navale : quand on veut faire un bateau qui ne coule pas, non seulement on lui donne une coque solide mais en plus on le découpe en compartiments de telle sorte que quand il y a un trou dans la coque on perd un compartiment mais pas tout le bateau. Eh bien là on a fait pareil en informatique avec CLIP OS qui est découpé en compartiments, de telle sorte que si un virus, par exemple, prend la main quelque part sur un compartiment du système, il n’infecte pas tout et donc on garde l’essentiel.

Antoine Beauchamp : Ce système est développé en open source. Est-ce que tout le monde peut y contribuer ?

Vincent Strubel : Il n’a pas été initialement développé en open source. C’est quelque chose qui existe depuis plus dix ans à l’ANSSI, qui n’était pas conçu à la base pour faire de l’open source. Ça fait un moment qu’on se dit qu’on veut le publier ; on a été confronté au dilemme classique dans ce cas qui est : on a fait un développement insulaire, en vase clos, et ouvrir ça à des contributeurs externes ce n’est pas forcément leur faciliter la tâche parce que c’est devenu quelque chose de très compliqué. Donc là on saisit l’occasion d’une réécriture partielle, de reposer un certain nombre de concepts de base qui ont un peu vieilli ou qui pourraient être mieux faits maintenant et donc on ouvre une nouvelle version. On a publié la version antérieure à titre de référence, je ne pense pas qu’elle soit utilisable telle quelle par un extérieur à l’ANSSI. On ouvre le développement d’une nouvelle version, qui est dans un état assez préliminaire à ce stade, mais là-dessus toutes les contributions sont évidemment bienvenues.

Antoine Beauchamp : Qu’est-ce que vous répondez à ceux qui vous disent qu’une agence nationale de sécurité informatique ne doit pas se mélanger avec l’open source, avec l’ouverture ?

Vincent Strubel : Fondamentalement on ne s’interdit rien ; on cherche à remplir notre mission le mieux possible. Après il y a beaucoup de simplifications, on en sort un petit peu, mais sur l’open source et la sécurité, c’est peut-être l’occasion d’en contredire certaines. On affirme parfois un peu rapidement que l’open source c’est contraire à la sécurité parce que l’attaquant peut voir le code source du logiciel qu’il cherche à attaquer. Ce n’est pas vrai en général. D’un point de vue théorique il y a quelque chose qui s’appelle le principe de Kerckhoffs, qui vient de la cryptographie, qui dit qu’une solution ne doit pas reposer pour sa sécurité sur le secret de son implémentation ; c’est un peu complexe à dire mais ça veut dire que si la solidité de la solution dépend du fait que l’attaquant ne sait pas comment elle est conçue ça ne marchera jamais. Et c’est très vrai dans la pratique puisqu’un attaquant qui a accès à un logiciel, même sans son code source, peut largement conduire les analyses dont il a besoin pour ses finalités à lui.
A contrario on dit aussi, parfois, que l’open source c’est mieux pour la sécurité parce que tout le monde regarde le code source et donc les bugs sont trouvés plus vite. C’est potentiellement vrai pour certains grands projets open source qui ont des millions et des millions d’utilisateurs et de contributeurs ; c’est quand même beaucoup moins vrai pour la majorité des projets open source parce qu’ils sont potentiellement développés par deux-trois personnes et franchement il n’y a pas grand monde qui va se livrer de son plein gré et de sa propre initiative à l’analyse d’un code source pour en chercher les faiblesses potentielles.
Donc il n’y a pas de plus ou de moins, il n’y a pas de positif ou de négatif dans l’open source ; c’est à peu près équivalent de ce point de vue-là avec du logiciel propriétaire.
Après, notre intérêt pour l’open source au-delà de notre propre contribution, ce sont les possibilités qu’elle offre. Avec l’open source on peut évaluer, de fait, la sécurité en regardant le code source, en l’analysant. Ce n’est pas magique mais si on s’en donne les moyens on peut le faire. C’est quelque chose qu’on pousse beaucoup de manière générale : l’évaluation par un tiers est un de nos fondamentaux historiques et on continue à le faire et on développe très largement de labelliser des solutions informatiques.
Avec l’open source on peut le faire, si j’ose dire, sans la coopération du développeur. Et on le fait dans la pratique, on lance de notre propre initiative des évaluations de logiciels open source qui nous semblent intéressants. On informe le développeur, on lui donne les résultats, il en fait ce qu’il veut, on n’attend rien de lui, donc c’est quand même intéressant.
Et l’autre possibilité c’est ce qu’on a fait avec CLIP OS, c’est que l’open source on peut l’adapter. Donc si on a un cas d’usage bien spécifique en tête, on peut adapter la solution à ce cas d’usage, la sécuriser mieux pour ce cas d’usage, quitte à perdre un peu de généricité ou d’ergonomie le cas d’échéant, mais on peut faire beaucoup plus dans ce cas-là.

Antoine Beauchamp : Est-ce qu’il y a beaucoup d’autres acteurs institutionnels de l’envergure de l’ANSSI qui se reposent sur l’open source ? Et si oui, est-ce que vous avez des exemples à me donner ?

Vincent Strubel : Qui se reposent sur l’open source, je pense que toute l’administration française s’appuie dans une large mesure sur l’open source, sans que ce soit une exclusivité, on a aussi du logiciel propriétaire évidemment, mais on a un large recours à des briques open source assez classiques comme n’importe quelle organisation aujourd’hui. Et de plus en plus on a une politique active au niveau de l’État de contribution à l’open source et des acteurs. Il y a évidemment la DINSIC et Etalab qui sont la DSI, direction informatique de l’État, qui sont en pointe là-dessus, qui, à la fois, contribuent elles-mêmes et encouragent les différentes administrations à contribuer. Là encore pas pour des raisons philosophiques mais simplement pour des considérations pragmatiques, que ça nous aide à travailler mieux et à mieux faire notre travail.

Nicolas Martin : Voilà le reportage du jour sur ce système CLIP OS développé par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information. Peut-être une réaction simplement à ce que vous venez d’entendre, Alexandre Hocquet ?

Alexandre Hocquet : Là on parle de problématiques de défense nationale en fait et du coup on parle de système d’exploitation fait pour résister aux attaques. Ce qui m’a fait sourire c’est que, par exemple, le ministère de l’Éducation nationale, lui, est complètement inféodé à Microsoft, les contrats… Mais là, quand il s’agit de problèmes sérieux, contrairement à ce qui est suggéré dans le reportage, effectivement il vaut mieux et clairement, ils ne font pas appel à Microsoft pour ce genre de problèmes ! Effectivement, bien que ça soit open source, ils font des choix pour des questions de sécurité, des choix ouverts.

Nicolas Martin : Stéfane Fermigier pourtant il y a une loi en France, la loi du 7 octobre 2016, pour une République numérique, qui impose l’ouverture par défaut des codes sources composant les logiciels des administrations.

Stéfane Fermigier : Oui. C’est un de ses aspects, d’ailleurs on pourrait dire que c’est finalement la traduction de cette loi. Elle contient aussi un passage qui nous intéresse nous, promoteurs disons du logiciel libre, c’est l’idée que l’État doit faire la promotion du logiciel libre au sein de l’administration qu’elle soit centrale, services déconcentrés, services hospitaliers, enfin tout ce qui dépend de l’État. Ça c’est aussi quelque chose sur lequel on attend encore des actions je dirais fortes de l’État sachant que la DINSIC, par exemple, doit être le bras armé.

Nicolas Martin : La DINSIC qui est la direction…

Stéfane Fermigier : Interministérielle sur les systèmes d’information. Il y a un mot clef sur ce sujet c’est « souveraineté numérique ». Donc qu’on parle de sécurité avec l’ANSSI, mais qu’on parle plus généralement de l’utilisation du logiciel libre au sein de l’administration, c’est probablement le principal argument pour utiliser le logiciel libre : c’est à la fois de garder au sein de l’appareil de l’État la maîtrise de son informatique, de son système d’information, une chose qui devient de plus en plus cruciale et stratégique. On pense aussi que c’est l’occasion de renforcer une filière en France et en Europe d’entreprises qui sont spécialisées dans le logiciel libre et qui représente aujourd’hui 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 50 000 emplois ; un secteur qui recrute, sur lequel on espère aussi que les universités, les écoles d’ingénieurs, etc. vont continuer à former et former de plus en plus d’ingénieurs ou de développeurs à ces méthodes de travail, à ces outils de développement, à ces langages de programmation qui sont au cœur du développement logiciel open source.

Nicolas Martin : Ivaylo Ganchev, vous voulez réagir à ce reportage ?

Ivaylo Ganchev : Oui je voulais réagir un petit peu, surtout à la remarque de monsieur Hocquet. Effectivement, on peut penser que stratégiquement c’est plus intéressant pour un pays comme la France de privilégier le logiciel libre quand il s’agit d’infrastructures stratégiques. Mais bizarrement il y a l’exemple de l’armée : depuis 2009 l’Armée [le ministère des Armées, NdT] continue à souscrire un contrat de type Open Bar avec Microsoft.

Nicolas Martin : Open Bar ça veut dire tous les logiciels Microsoft, tout gratuit jusqu’au bout ?

Ivaylo Ganchev : C’est à peu près ça.

Stéfane Fermigier : Ce n’est pas gratuit !

Nicolas Martin : Pas gratuitement !

Stéfane Fermigier : On paye une cotisation globale et après on est encouragé à utiliser le maximum. Du coup ça n’encourage pas, au contraire, à l’utilisation de solutions alternatives.

Ivaylo Ganchev : C’était à peu près ça en fait ma remarque. C’est un sujet qui est très délicat, sur lequel plusieurs ministres ont été importunés, mais sur lequel il n’y a pas vraiment de position claire de la part du gouvernement, malheureusement je dirais. En plus de la loi pour une République numérique, on peut citer des lois un petit peu plus anciennes comme la loi sur l’Enseignement supérieur qui préconise la préférence du logiciel libre, son utilisation dans le cadre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Nicolas Martin : Alexandre Hocquet.

Alexandre Hocquet : Voilà ! Mais le ministère de l’Éducation nationale signe des contrats avec Microsoft. Là c’est carrément une question d’éducation et de culture ! Le projet de Microsoft c’est comme un dealer : habituer les gens aux outils pour ne plus s’en passer.

Stéfane Fermigier : Notre constat au sein du CNLL et d’autres organisations comme l’Aful [Association Francophone des Utilisateurs de Logiciels Libres ], l’April et plein d’autres, ça fait 20 ans qu’on discute avec des décideurs publics, avec des administrations, les représentants d’agences qui sont dédiées au numérique au sein de l’État ; on constate le plus souvent avec nos interlocuteurs directs vraiment un intérêt fort, plus que fort pour certains, une véritable volonté d’encourager le développement du logiciel libre dans l’administration.
Maintenant il faut savoir aussi qu’il y a des enjeux économiques majeurs, il y a du lobbying, comme on dit, d’acteurs qui ont un intérêt différent. C’est aussi pour cela qu’on essaie de se structurer, d’avoir un discours clair, d’avoir un discours à la fois clair mais aussi actionnable, de pouvoir dire : sur tel type de solutions, notamment les solutions infrastructures, mais aussi un certain type d’applicatifs il y a des solutions et il vaut mieux utiliser ces solutions, encourager le développement de logiciels d’origine française et garantir l’indépendance des services.

Nicolas Martin : Un tout dernier mot pour conclure, genre un tour de table pour vous entendre toutes les trois sur la question. On parle de l’effet incitatif des administrations ; on sait qu’il y a un certain nombre de décisions de justice antitrust qui ont empêché les constructeurs de vendre leurs logiciels, d’intégrer leurs logiciels propriétaires à l’intérieur des machines, etc. Néanmoins, aujourd’hui, quels sont les mouvements à faire quand on est face à des terminaux qui sont de plus en plus fermés, qui sont de moins en moins accessibles comme évidemment les téléphones portables ? Comment faire pour encourager, aujourd’hui, les citoyens, les consommateurs à avoir plus facilement recours à des logiciels libres, à des logiciels open source plutôt qu’à des logiciels propriétaires auxquels effectivement on a été certainement habitués comme des consommateurs par des dealers ? Votre avis rapidement Alexandre Hocquet, pour un dernier tour de table.

Alexandre Hocquet : Je pense qu’au-delà de la question de la technique et donc de la formation d’informaticiens, d’apprendre à coder ou ce genre de choses, il y a aussi une question de culture. Par exemple j’enseigne Wikipédia et Wikipédia c’est une façon d’essayer de comprendre des enjeux liés à tous ces problèmes dont on vient de parler dans un monde grand public, dans un monde qui n’est pas celui de l’informatique.

Nicolas Martin : Ivaylo Ganchev.

Ivaylo Ganchev : Aujourd’hui il faut absolument une approche stratégique, parce que les lois ne suffisent pas pour décréter le déploiement des logiciels libres. On a eu plusieurs cas de déploiements avortés qui ont mené à une catastrophe parce qu’il n’y a pas de méthodologie ; on ne déploie pas des logiciels libres comme ça ! Donc il faut absolument se munir d’une méthodologie de déploiement avec des documentations, des formations ; c’est un cycle qui est relativement complexe. Il ne faut pas penser qu’on peut changer les habitudes et les technologies qui sont quand même très ancrées aux usages quotidiens, juste comme ça par un coup de baguette. Il y a deux méthodologies : par top-down, du haut vers le bas avec des décisions ministérielles, mais il y en a une autre qui est le bottom-up qui est du bas venant de l’intérêt des usagers, des utilisateurs qui demandent à avoir plus d’outils maniables, libres, interopérables. Je pense que le secret se cache quelque part dans le rapprochement de ces deux méthodes.

Nicolas Martin : Stéfane Fermigier pour conclure.

Stéfane Fermigier : Il y a plusieurs types d’utilisateurs de logiciels. Il y a d’un côté le grand public et de l’autre les entreprises et les administrations. On va avoir des problématiques complètement différentes que ce soit d’un point de vue stratégique à long terme ou simplement de satisfaction de besoins immédiats. La recommandation qu’on peut faire pour le grand public c’est d’utiliser les logiciels libres les plus en vue, donc un navigateur libre Firefox bien connu, la suite bureautique LibreOffice, VLC un logiciel libre d’origine française que pratiquement tout le monde a sur son portable.

Alexandre Hocquet : Avec lequel on peut écouter votre émission, utilisé par des millions d’utilisateurs.

Nicolas Martin : Exactement, on peut écouter La Méthode scientifique, regarder ses vidéos.

Stéfane Fermigier : Ça c’est pour le grand public. Après pour s’initier au codage on peut partir sur des plateformes de développement qui sont très ouvertes comme le Rasberry Pi, avec lequel il y a possibilité pour les jeunes de s’éclater complètement en utilisant toutes sortes d’outils de développement et permettant d’expérimenter. Et puis, pour les entreprises, c’est d’avoir effectivement une stratégie plus sur le long terme que sur le court terme et communiquer, comment dire, aller voir les gens qui font du logiciel libre.

Nicolas Martin : Les gens qui font du logiciel libre.

Stéfane Fermigier : Exactement.

Nicolas Martin : On est très en retard, merci beaucoup.

Alexandre Hocquet : Et piratez vos téléphones !

Nicolas Martin : Et piratez vos téléphones !

Alexandre Hocquet : Arrêtez on va avoir des problèmes après !

Nicolas Martin : Merci beaucoup à tous les trois. Merci Stéfane Fermigier, Alexandre Hocquet, Ivaylo Ganchev. Merci à toute l’équipe de La Méthode scientifique. N’oubliez pas qu’aujourd’hui vous pouvez retrouver le podcast des Idées claires sur la question : est-ce que les aides sociales coûtent vraiment beaucoup trop de pognon à l’État ? La réponse est sur Facebook, Twitter et sur votre application de podcast préféré. Demain nous parlerons des biais idéologiques dans certaines études scientifiques, que ce soit dans les sciences humaines et sociales mais aussi dans les sciences dures. On se donne rendez-vous demain à 16 heures jusqu’à preuve du contraire.

L'April présente aux Journées Méditerranéennes du Logiciel Libre (JM2L) le 15 décembre 2018 à Sophia Antipolis (06)

lun, 11/19/2018 - 16:24
Début: 15 Décembre 2018 - 10:00Fin: 15 Décembre 2018 - 19:00

La 11ème édition des Journées Méditerranéennes du Logiciel Libre (JM2L), organisée par Linux Azur, aura lieu le 15 décembre 2018 à l'École Polytech Nice-Sophia à Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes) : une journée de conférences, ateliers et rencontres autour du logiciel libre pour tous publics.
Le thème de cette année sera « Par Pur Plaisir », maxime favorite des bénévoles. :-)

Retrouvez les détails du programme sur le site de la manifestation.

À cette occasion, l'April est invitée à tenir un stand. Nous cherchons de l'aide pour l'animer, ainsi nous faisons appel à votre aide ! Si vous avez des disponibilités, vous pouvez vous inscrire sur le wiki ou envoyer un courriel à evenements AT april POINT org.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 6 novembre 2018

mer, 11/14/2018 - 20:05


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 6 novembre 2018 sur radio Cause Commune
Intervenants : Frédéric Couchet - Thierry Bayoud - Paul Kocialkowski - Aurélien Couderc
Lieu : Radio Cause commune
Date : 6 novembre 2018
Durée : 1 h 26 min
Écouter ou télécharger le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustrations : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenants mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site cause-commune.fm. La radio dispose d’un webchat, n’hésitez pas à utiliser votre navigateur web et rendez-vous sur chat.libre-a-toi.org ou sur le site de la radio, vous cliquez sur « chat » et vous nous retrouvez sur le salon dédié à l’émission ; j’y suis présent et certains de nos invités également.
Nous sommes mardi 6 novembre 2018, nous diffusons en direct l’émission mais vous écoutez peut-être un podcast dans le futur.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, délégué général de l’April.
Je vais vous rappeler le site web de l’April, c’est simple, c’est april.org, a, p, r, i, l point org, et vous y trouvez dès maintenant une page consacrée à cette émission avec les liens, les références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission. Si on rajoute des références, la page sera mise à jour après l’émission. Nous vous souhaitons, une excellente écoute.

On va passer maintenant au programme du jour avec trois sujets :

  • nous allons commencer par une courte présentation du dernier hors série Les dossiers du Canard enchaîné qui est consacré à la question de la vie privée ;
  • nous aurons ensuite une présentation de la Semaine des libertés numériques qui a lieu au Bar commun, à Paris, du 21 au 25 novembre 2018
  • et ensuite notre sujet principal sera « téléphonie mobile et libertés », d’ici 15-20 minutes.

J’ai le plaisir d’avoir en studio avec moi Thierry Bayoud, bénévole au Bar commun. Bonjour Thierry.

Thierry Bayoud : Bonjour Frédéric.

Frédéric Couchet : J’ai également Paul Kocialkowski, contributeur à différents projets libres de prise en charge du matériel. Bonjour Paul.

Paul Kocialkowski : Bonjour tout le monde.

Frédéric Couchet : Et Aurélien Couderc, responsable d’équipe informatique et de longue date promoteur et défenseur des libertés informatiques. Bonjour Aurélien.

Aurélien Couderc : Bonjour à tous.

Frédéric Couchet : À la réalisation de l’émission il y a notre ami Olivier Fraysse dit Olive.

Olivier Fraysse : Salut.

Frédéric Couchet : Assisté de Charlotte qui est à ses côtés.
Tout de suite nous allons passer au premier sujet. C’est un petit sujet qui concerne la presse. Le Canard enchaîné consacre son dernier hors-série Les Dossiers du Canard d’octobre 2018 à la question de la vie privée. Les hors-série du Canard c’est trimestriel.
Je vais vous citer la description de ce hors-série pour vous donner envie de le lire :

« Bienvenue dans ce monde merveilleux des GAFAM – Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft – les rois de l’Internet qui chassent vos données personnelles à tout-va et les revendent aux publicitaires et aux entreprises pour leur plus grand profit. Le pire c’est que leur commerce très enrichissant et liberticide se fait avec l’assentiment de chacun d’entre nous. Nos données personnelles, désormais, sont récoltées partout et par tous, dès que l’on utilise un moteur de recherche, un objet connecté, son téléphone — et on y reviendra tout à l’heure bien sûr —, mais aussi sa voiture, sa montre, son compteur électrique.
Les assureurs adorent ces mouchards qui renseignent sur nos petites manies. Ils calculent déjà leurs primes en fonction de notre mode de vie et tous les imitent, de l’Assurance maladie au fisc. Si l’on ajoute à cette traque le goût des autorités pour le fichage et la vidéosurveillance, on comprendra qu’on n’a plus une once d’intimité.
Autant de bonnes raisons de se précipiter sur le nouveau numéro des Dossiers. »

Nouveau numéro des Dossiers qui fait 120 pages, 6 euros, garanti sans pub, avec un certain nombre de sujets qui ont été un peu cités dans la description du hors-série : le fichage à la maternelle, les assurances-vie via les sites de coaching, la santé, les objets connectés, les cartes de fidélité dont on parlait à l’instant hors micro, les GAFAM ou géants du Web, c’est-à-dire ces grandes entreprises du secteur informatique qui font payer leurs services avec nos libertés, la vidéosurveillance, l’intelligence artificielle, l’usage des données personnelles à usage électoral pour influencer les résultats. Et ça finit par une petite histoire de la surveillance avec un rappel, notamment, de l’histoire des plombiers du Canard à l’époque de la présidence Pompidou.

Pourquoi je vous parle aussi de ce hors-série ? Tout simplement parce qu’il y a un article qui nous concerne. Pour les personnes qui écoutent Libre à vous ! ou qui suivent les activités de l’April, vous connaissez notre dossier Open Bar Microsoft/Défense, eh bien j’ai eu le plaisir d’être interviewé par la journaliste Marjolaine Koch, qui est une journaliste freelance et qui travaille pour plusieurs médias. Donc dans l’article intitulé « Microsoft Power », pages 64 et 65, le Canard revient à cette occasion sur l’emprise de Microsoft sur les ministères français, en particulier celui des Armées mais également le ministère de l’Éducation nationale, donc « pantouflage, marchés publics opaques, rapports opposés aux contrats, enjeux de souveraineté et de sécurité », le Canard rappelle sur deux pages l’accumulation de couacs concernant l’Open Bar Microsoft au ministère des Armées.

L’article commence par une citation de la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam dont le nom vous dit peut-être quelque chose, car c’est en effet la Secrétaire de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées au Sénat et qui a déposé, en octobre 2017, une proposition de résolution visant à la création d’une commission d’enquête parlementaire.
L’article commence ainsi : « On m’a dit qu’il y avait eu quand même des pressions importantes du ministère de la Défense pour que cette commission d’enquête ne soit pas établie et, sauf miracle, elle ne sera pas établie ; mais il y a longtemps que je ne crois plus aux miracles. »

Si vous avez écouté la première émission Libre à vous ! diffusée fin mai 2018, ces propos vous disent peut-être quelque chose car oui, c’est un extrait de notre première émission ; nous avions en effet interviewé la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam à l’époque ; nous avions consacré environ une cinquantaine de minutes à cet Open Bar Microsoft/Défense afin d’en expliquer les enjeux, les dangers et les parts d’ombre. Nous étions également en compagnie de Marc Rees rédacteur en chef de Next Inpact.
Je vous invite, si vous n’avez pas écouté cette émission ou si vous avez envie de la réécouter, à consulter le podcast de cette émission ou à en lire également la transcription qui est disponible. Pour cela vous allez sur le site de l’April, vous cliquez sur la page consacrée à l’émission d’aujourd’hui et vous y trouvez un lien vers le podcast de l’émission consacrée à l’Open Bar, ce qui vous permettra de reprendre connaissance de ce dossier.

Je vous encourage à acheter ce hors-série, 6 euros. Je peux même vous citer des noms de journalistes dont certains que vous connaissez peut-être. Comme vous le savez les articles des hors-séries du Canard ne sont pas signés, mais on trouve page 121 la liste des journalistes qui ont contribué. Je vais juste vous citer trois noms :

  • le premier Marc Rees, rédacteur en chef de Next Inpact, qui était notre invité lors de la première émission.
  • Antoine Champagne, journaliste, peut-être plus connu pour son pseudo kitetoa, qui a travaillé pour plusieurs journaux et, plus récemment, a cofondé Reflets.info, journal d’investigation en ligne et d’information-hacking ;
  • et, dernier nom, Jérôme Thorel. Jérôme Thorel s’est intéressé très tôt à la portée disciplinaire des techniques numériques. Il s’est engagé dans divers collectifs de veille sur la société de la surveillance ; il a participé à l’organisation des Big Brother Awards France il y a quelques années qui remettaient des prix Orwell à ceux qui nous surveillent et il fait partie de l’ONG britannique Privacy International.

Voilà ! Je vous encourage à acheter ce numéro, 6 euros, 120 pages ; il va être encore disponible en kiosque je pense encore pendant un mois ou deux, donc le hors-série du Canard enchaîné consacré à la vie privée.

Nous allons passer à notre deuxième sujet qui n’est pas si éloigné que ça en fait du premier. Nous allons avoir un échange avec Thierry Bayoud qui est avec nous aujourd’hui, bénévole au Bar commun et qui fait partie de l’organisation de la Semaine des libertés numériques au Bar commun qui aura lieu du mercredi 21 au dimanche 25 novembre 2018. Rebonjour Thierry.

Thierry Bayoud : Rebonjour Frédéric.

Frédéric Couchet : Première question : je vais te laisser te présenter en quelques mots et présenter également le lieu d’accueil de cette Semaine des libertés numériques, Le Bar commun qui, je crois d’ailleurs, n’est pas très loin des studios dans lesquels on enregistre.

Thierry Bayoud : Tout à fait. Comme tu l’as très bien dit je suis Thierry Bayoud, je suis bénévole au Bar commun qui est situé au 135 rue des Poissonniers dans le 18e à Paris donc, on va dire, à un bon quart d’heure à pied des studios de Cause commune.
Qu’est-ce que Le Bar commun ? C’est un café associatif comme il en existe pas mal en France, quelques-uns à Paris. Le but est évidemment de remettre au goût du jour la solidarité, de remettre plus d’humanité dans notre économie, donc c’est un projet économique. Le produit d’appel c’est le bar pour essayer d’attirer le plus de monde possible, mais ça n’est pas la finalité de ce lieu. La finalité de ce lieu est de créer des activités pour essayer de réfléchir concrètement à ce qu’on peut tous faire pour faire évoluer notre société vers des valeurs plus humaines, plus solidaires.

Frédéric Couchet : D’accord. Dans ce cadre-là, effectivement comme ce n’est pas qu'un bar, vous organisez une Semaine des libertés numériques. Première question : pourquoi organiser un tel événement et quels sont les thèmes principaux de cette Semaine des libertés numériques ?

Thierry Bayoud : Les thèmes principaux de cette Semaine sont la neutralité du Net et le logiciel libre.
Pourquoi organiser la Semaine des libertés numériques ? Déjà parce que ça rentre complètement dans l’objectif de cette association qui est de créer des activités pour réfléchir à notre société et parce que, tout simplement, moi qui suis bénévole là-bas depuis le mois d’avril de cette année, je me suis rendu déjà compte qu’au sein des adhérents et des bénévoles de ce bar le thème des logiciels libres n’était pas quelque chose de très connu ; la neutralité du Net non plus.

Frédéric Couchet : Encore moins je suppose !

Thierry Bayoud : Exactement ! Comme je sais aussi que ce sont des sujets plutôt complexes à comprendre, on va dire de prime abord, on a eu l’idée d’organiser toute une semaine là-dessus, donc de dédier cet espace qu’est Le Bar commun à cette problématique.

Frédéric Couchet : D’accord. D’ailleurs, quand j’ai consulté le programme de cette Semaine, il y a un extrait qui m’a bien plu c’est : « Si vous ne savez pas bien ce qu’englobent ces deux notions — donc neutralité du Net et logiciel libre — alors cet événement est fait pour vous ! » Justement le « vous », à qui s’adresse cet événement ? Quels sont les publics cibles ? Est-ce que toute personne peut y assister quelles que soient ses compétences ou ses connaissances sur le logiciel libre, sur l’informatique, sur la neutralité du Net ?

Thierry Bayoud : Oui.

Frédéric Couchet : Super !

Thierry Bayoud : Le public cible est le grand public, ce qu’on appelle le grand public. Le but c’est simplement d’attirer le plus de monde possible pour faire réfléchir sur ces deux sujets-là et, comme je l’indique dans les articles que je poste sur Diaspora pour communiquer autour de cet événement, même si vous, vous vous sentez tout à fait au fait de ces sujets-là n’hésitez certainement pas à venir, simplement par solidarité avec cet événement parce que plus il y aura de monde, évidemment plus on aura de chances de le reproduire, pourquoi pas une fois par an.

Frédéric Couchet : D’accord. Là c’est la première édition et effectivement, si ça se passe bien, l’objectif serait de le reconduire chaque année à peu près à la même période je suppose.

Thierry Bayoud : Ça c’est un objectif tout à fait personnel, qui n’engage que moi, mais c’est tout à fait envisageable.

Frédéric Couchet : D'acord ! En tout cas il y a cette première édition. Donc c’est du 21 au 25 novembre ; ça se passe au Bar commun, 135 rue des Poissonniers dans le 18e. Est-ce que ça se passe en journée ? Le soir ? Les deux ?

Thierry Bayoud : Le Bar commun est ouvert du mercredi au dimanche : mercredi, jeudi, vendredi que les après-midis à partir de 14 heures et, cette Semaine des libertés numériques prend vraiment, j’ai envie de dire, en otage le Bar commun. C’est-à-dire que tous les jours, à partir du moment où le bar ouvre, il y a des ateliers, il y a des activités, il y a des intervenants.

Frédéric Couchet : Donc c’est Occupy Bar en commun !

Thierry Bayoud : Exactement, du mercredi au dimanche, soirées incluses.

Frédéric Couchet : Soirées jusqu’à 22 heures, 23 heures, c’est ça ?

Thierry Bayoud : Oui, voilà !

Frédéric Couchet : D’accord. Je suppose qu’évidement sur une semaine il y a beaucoup d'événements, surtout si c’est de 14 heures jusqu’à la fin de soirée. Le programme est en ligne sur le site du Bar commun, donc c’est barcommun.fr.

Thierry Bayoud : lebarcommun.fr.

Frédéric Couchet : Excuse-moi, en plus je l’ai sous les yeux et je te regardais en parlant, donc lebarcommun.fr, tout attaché lebarcommun. Est-ce que tu peux nous parler de quelques événements ou quelques temps forts, selon toi, qui peuvent attirer différents publics pendant ces quelques jours de Semaine des libertés numériques ?

Thierry Bayoud : Eh bien déjà, il y a deux ateliers qui sont vraiment ciblés adolescents pour essayer de sensibiliser les nouvelles générations à ces thématiques. Le premier c’est le mercredi après-midi, donc le 21 novembre à 15 heures, présenté par Isabelle Dutailly qui nous propose comment faire un exposé avec LibreOffice. Le but c’est simplement de permettre à des jeunes qui sont encore au collège ou qui sont au lycée d’apprendre à utiliser libre Office pour l’utiliser ensuite au quotidien, pour rendre leurs devoirs.

Frédéric Couchet : On va rappeler que LibreOffice est une suite bureautique libre, pour les gens qui pourraient l’ignorer.

Thierry Bayoud : Tout à fait.

Frédéric Couchet : Effectivement elle est très utilisée, enfin très utilisée, elle est pas mal utilisée dans les écoles ; je sais que ma fille l’utilise dans son école. C’est assez répandu, notamment par la dynamique d’enseignants qui installent LibreOffice sur les postes de travail.

Thierry Bayoud : C’est une bonne nouvelle !
Le deuxième événement ciblé adolescents sera le dimanche 25 novembre à 14 heures, animé par l’association Le Mouton Numérique, par Yaël et Valéry ; ça sera vraiment un atelier de pratique aussi, donc on vous conseille de venir avec vos téléphones portables. Le titre de l’atelier c’est : « Les aventures du Mouton invisible qui ne l’était plus », donc pourquoi ce Mouton n’est plus invisible avec son téléphone et sur Internet ? C’est cette question qui va amener Yaël et Valéry à sensibiliser les jeunes justement aux attaques contre la vie privée.

Frédéric Couchet : Je précise que Le Mouton Numérique a une émission sur radio Cause commune, par contre je ne me souviens plus quel jour donc je vais demander l’aide d’Olive s’il s’en souvient, mais sinon on regardera sur le programme ; il ne s’en souvient pas ! En tout cas Le Mouton Numérique a une émission sur la radio Cause commune. Vous allez sur causecommune.fm et vous pourrez retrouver la date de diffusion de cette émission.

J’ai noté aussi d’autres points forts, ou en tout cas des choses qui me paraissent intéressantes, c’est notamment la présence de l’association de la distribution logiciel libre Mageia qui, apparemment, va être présente sur toute la semaine. Pour les personnes qui connaissent plus Ubuntu, parce qu’ici, à radio Cause commune, on connaît beaucoup Ubuntu, Mageia est une distribution libre portée par une association qui est d’ailleurs basée à Paris. J’ai noté qu’ils étaient présents toute la semaine ; c’est l’occasion de découvrir un système d’exploitation entièrement libre qui permet d’utiliser un ordinateur pour tous usages. Est-ce qu’il va y avoir des fêtes d’installation ou est-ce que ce sont simplement des démonstrations de Mageia ?

Thierry Bayoud : J’ai voulu organiser une fête de l’installation mais Ubuntu ne m’a pas répondu et je n’ai pas non plus énormément de contacts parmi les associations ou les structures qui gèrent des systèmes d’exploitation. Mageia a répondu et a été tout de suite partante pour faire une permanence sur toute la semaine. Donc ils seront là pourquoi ? Ils seront là tout simplement pour vous parler de Mageia. Je pense qu’on improvisera tous les jours une petite présentation d’un quart d’heure, une demi-heure, entre deux intervenants, et aussi pour vous aider à installer Mageia sur votre ordinateur si vous venez avec.

Frédéric Couchet : C’est super. Donc on a deux personnes d’Ubuntu derrière, qui sont en régie effectivement. Je précise que je trouve très bien que Mageia soit là, il ne fallait pas du tout y voir, au contraire, une critique ; je trouve ça très bien. D’ailleurs je vais en profiter pour signaler que sans doute, début 2019, nous consacrerons une émission aux distributions logiciel libre type Ubuntu, Mageia et Debian ; je suppose que les gens d’Ubuntu répondront présents ce coup-ci vu que, de toutes façons, ils sont en partie à la radio. On invitera évidemment Mageia et aussi Debian pour faire un petit peu un tour d’horizon sur ces trois distributions, pourquoi elles existent, comment on peut les installer, les utiliser, et les découvrir.

Je parcours encore rapidement le programme pour signaler deux événements qui me paraissent intéressants :

  • le vendredi 23 novembre à 20 heures il y a une conférence gesticulée « Informatique ou libertés » par Lunar. J’ai eu l’occasion de voir, en tout cas en vidéo, la première qu’il avait donnée à Rennes, je crois l’an dernier. Les conférences gesticulées c’est la rencontre entre des savoirs chauds, donc des savoirs de vie populaire, et des savoirs froids, des savoirs théoriques, politiques, pour démontrer un problème ou, au contraire, une possibilité et permettre en fait aux gens de pouvoir se l’approprier et agir. Donc c’est une conférence que je vous encourage à aller voir ; elle est très intéressante, elle soit durer peut-être deux heures mais en tout cas on ne voit pas le temps passer et c’est vraiment très intéressant.
  • Un deuxième événement c’est le dimanche 25 novembre à 17 heures : Marie Duponchelle, qui était intervenue dans notre précédente émission Libre à vous ! sur la partie DRM, va faire une présentation sur l’obsolescence programmée en informatique. L’obsolescence programmée c’est l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement. Malheureusement c’est une grosse tendance et pas simplement dans le monde informatique. Un autre événement intéressant et, pour les personnes qui ont écouté Marie Duponchelle à la radio il y a un mois, eh bien c’est l’occasion de la voir sur place, donc au Bar commun.

En pratique comment cela se passe pour les personnes qui veulent participer ? Est-ce qu’elles doivent s’inscrire ? Est-ce que l’accès est payant ?

Thierry Bayoud : Non, rien de tout cela : l’accès est gratuit. Vous pouvez même venir assister à un atelier, à une intervention, sans consommer et sans adhérer au Bar commun.

Frédéric Couchet : Je n’avais même pas pensé à la question de la consommation, effectivement. On vous encourage à consommer modérément, évidemment, si c’est de l’alcool. Est-ce que tu vois autre chose à ajouter à part, peut-être, rappeler l’adresse et le site web. Je vais te laisser le faire parce que tout à l’heure je me suis trompé.

Thierry Bayoud : La Semaine des libertés numériques se fera du 21 au 25 novembre prochains au Bar commun qui est situé au 135 rue des Poissonniers dans le 18e à Paris, métro Marcadet – Poissonniers. Le programme est téléchargeable sur le site lebarcommun.fr et vous pouvez aussi vous inscrire à l’info-lettre si ça vous intéresse, libertenumerique@lebarcommun.fr, pour avoir de plus amples détails sur la Semaine et éventuellement sur les suites données à cet événement.

Frédéric Couchet : Sur le site du Bar commun vous avez le programme synthétique, le programme détaillé, toutes les informations. On encourage évidemment les gens qui habitent en Île-de-France à se rendre au Bar commun ; vous allez forcément trouver un atelier ou une présentation qui vous intéressera. Écoute Thierry je te remercie et je te souhaite en tout cas une bonne fin d’organisation et un beau succès pour cette Semaine des libertés numériques, pour cette première édition et, peut-être, une pérennisation sur le long terme.

Thierry Bayoud : C’est moi qui te remercie de m’avoir invité sur cette émission Libre à vous !

Frédéric Couchet : C’est normal.
Nous allons faire une petite pause musicale. Le titre que je vous propose, en fait, vous est plutôt proposé par un de nos invités, par Paul, c’est You've Done It de l’Album Lights And Shades donc « Vous l’avez fait » de l’Album « Lumières et nuances » et on se retrouve juste après ça.

Voix off : Cause commune – cause-commune.fm – 93.1

Pause musicale : You've Done It par Richtaste

Voix off : Cause commune 93.1

Frédéric Couchet : Vous êtes de retour sur Cause commune, dans l’émission Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April. Vous venez d’entendre You've Done It de l’Album Lights And Shades par Richtaste ; vous retrouvez la référence sur le site de l’April, april.org, vous cliquez sur la petite image ou sur le lien consacré à l’émission du jour et vous retrouverez tout en bas la référence de cette pause musicale que nous a proposée Paul Kocialkowski que nous allons retrouver tout de suite pour aborder le troisième sujet et sujet principal de l’émission, en compagnie également d’Aurélien Couderc, rebonjour Aurélien et Paul.
Le sujet va être la téléphonie mobile et les libertés. C’est une première émission parce qu’on ne va pas forcément avoir le temps d’aborder tous les sujets, mais on va essayer quand même de débroussailler un petit peu le terrain.
Vous constatez, comme tout le monde, qu’il y a de plus en plus de personnes qui sont la tête penchée sur leur téléphone mobile jouant du pouce, dans le métro, quand elles marchent, même quand elles mangent à table, même avec d’autres personnes, avec des risques physiques – j’ai appris le terme du syndrome du coup-texto qui existe apparemment – de tendinite, mais également et surtout des dangers pour notre vie privée, nos données personnelles, notre intimité.
En effet, depuis ces dernières années, les appareils mobiles sont de plus en plus privilégiés pour nos communications, notre navigation sur Internet, les réseaux sociaux et conservent et surtout partagent un grand nombre de nos données personnelles.

Pour reprendre l’expression de Richard Stallman : « Les téléphones mobiles peuvent être considérés comme le rêve de Staline ; en effet ce sont les outils de Big Brother — pour reprendre ses propos ; il s’agit là de dispositifs permettant un contrôle et une surveillance des personnes comme jamais cela n’avait été possible auparavant sans doute ». Donc à défaut de se passer de téléphone portable, comme c’est le choix de Stallman et d’autres personnes pour, évidemment, éviter ces problèmes, eh bien il semble important de pouvoir réellement mieux contrôler ces appareils si cela est possible. C’est pour ça que j’ai convié Paul et Aurélien à discuter du sujet de la téléphonie mobile et des libertés.
Je propose qu’on commence par Paul pour nous faire, peut-être, un petit point, justement, sur les systèmes d’exploitation pour les téléphones mobiles et leurs degrés de liberté.

Paul Kocialkowski : Effectivement, comme tu l’as très justement rappelé, les appareils mobiles sont des appareils sur lesquels toutes les questions à la fois de liberté et de vie privée sont très exacerbées. Ce sont des appareils qu’on a avec nous au quotidien, au travers desquels, en fait, va passer une très grande partie de nos données personnelles, qui sont également au courant de notre position géographique, des individus avec lesquels on échange et, finalement, de vraiment tout un tas de choses de nos vies.
Ce qu'il est intéressant de comprendre c’est que ces appareils mobiles, que ce soit des téléphones, des tablettes ou encore d’autres formats qui apparaissent, sont vraiment très comparables à des ordinateurs classiques. On a une sorte de miniaturisation de tous les composants qu’on avait dans nos ordinateurs de bureau ou portables, qui se retrouvent dans ces appareils et, en fait, la complexité technologique qui est mise en œuvre est vraiment similaire à ce qu’on trouve sur un ordinateur classique. Ça veut dire que les problématiques de logiciel libre sont, là aussi, au cœur de l’utilisation de ces appareils et finalement, si on regarde ce qui se fait un petit peu sur le marché et ce que peuvent trouver les utilisateurs, on a une gamme de systèmes d’exploitation différents mais qui est, en fait, assez réduite. On a par exemple l’iPhone d’Apple qui est l’exemple de premier smartphone le plus connu et puis on a tout un tas d’autres fabricants qui proposent différents modèles qui sont eux, en général, équipés d’un système d’exploitation Android.

La différence qu’on va avoir c’est que dans l’écosystème Apple où on a iOS qui est le système d’exploitation pour l’iPhone, on est dans un écosystème qui est entièrement fermé, entièrement constitué de logiciels propriétaires. D’ailleurs Apple, sur ces systèmes-là, ne permet pas par exemple la diffusion, au travers de son magasin d’applications, d’applications qui seraient libres, sous une licence copyleft type GPL. Donc là on a vraiment quelque chose de très hostile au logiciel libre.
Si on regarde ce qui se fait de l’autre côté, donc au niveau d’Android où on a plusieurs autres fabricants qui vendent leurs téléphones avec ce système pré-installé, on a là quelque chose qui est plutôt sur une base de logiciels libres. Android c’est un système développé avant tout par Google et Google va libérer la base des composants qui constituent le système. Il ne s’agit pas de l’ensemble des composants, il s’agit essentiellement des couches hautes, donc ce qui va permettre aux applications d’interagir avec le matériel, mais qui exclut en général les applications elles-mêmes et qui exclut, disons, les logiciels qui prennent en charge véritablement le matériel.

Frédéric Couchet : D’accord. Aurélien, est-ce que tu veux ajouter quelque chose déjà sur cette première introduction ?

Aurélien Couderc : C’est une bonne introduction et un bon rappel des options principales qui existent. Je pense qu’on peut rappeler aussi, par rapport aux questions de liberté, qu’un certain nombre de ces acteurs vont peut-être vendre les appareils mais vont avoir des solutions qui sont essentiellement gratuites et qui, le plus souvent, sont financées par la collecte de nos données personnelles. Donc les différentes entreprises qui, notamment, publient les applications, ont un intérêt particulier à ce qu’on y passe le plus de temps possible, puisque le temps qu’on va passer c’est du temps que ces éditeurs vont être capables de monétiser et qui est basé sur les données personnelles qu’on va leur donner, en plus, de manière volontaire.
Effectivement, quand tu parlais tout à l’heure du rêve de Staline, c’est un petit ça ; ou, si on fait référence à 1984, ce n’est même plus quelque chose d’hostile qui serait installé dans les foyers mais c’est tout un chacun qui, de manière volontaire, va révéler toute une partie de sa vie privée, publique, familiale, au travers des différentes applications et que les gestionnaires de ces applications vont pouvoir monétiser.

Frédéric Couchet : Justement, est-ce qu’on peut faire un petit listing et un petit résumé, à chaque fois, des principales problématiques posées par ces téléphonies mobiles que ce soit iOS ou Android et ensuite on entrera peut-être plus dans le détail de la partie Android, parce que, de ce que je crois comprendre, c’est que côté iPhone il est difficile de s’en libérer vu que c’est totalement fermé. Par contre, du côté d’Android, il y a des étapes pour commencer un peu à se libérer et récupérer un peu de liberté. Déjà est-ce qu’on peut lister les problématiques posées globalement par ces téléphones mobiles ?

Paul Kocialkowski : En fait, ces problématiques sont surtout liées aux données qui sont accumulées par ces appareils puisque ce sont des appareils qu’on a avec nous toute la journée et qui voient donc passer toute notre vie numérique.

Si on prend les spécificités de chaque système par rapport à ça, on a, en fait, deux modèles qui sont très différents : pour iOs Apple va prétendre, justement, ne pas monétiser ces données et, en fait, vend le système tel qu’il est avec une certaine garantie, que Apple affiche, de protéger ces données. Évidemment, c’est une protection que se fait par du logiciel propriétaire donc du logiciel dans lequel la communauté et chaque individu, chaque utilisateur, ne peut pas vraiment avoir confiance dans le sens où il n’y a aucune manière de vérifier quoi que ce soit d’un point de vue de la sécurité. Mais Apple se revendique pour autant de ceux qui ne monétisent pas les données.

Chez Google on a quelque chose de complètement inverse où là, la base du système va être libre, mais c’est justement en voulant diffuser très largement ce système que Google souhaite que, par-dessus ce système, ce soient les applications Google qui soient installées et qui vont pouvoir capter la plupart des données des utilisateurs, que les utilisateurs vont donc, volontairement disons, donner à ces applications.

Donc on a là vraiment deux modèles très différents et qui ne posent pas exactement les mêmes problématiques. C’est-à-dire que dans le cas d’Apple c’est une problématique qui va être de confiance dans le logiciel qu’on utilise puisque c’est un logiciel propriétaire. Dans le cas d’Android on va avoir une base qui est libre mais des applications par-dessus qui viennent rajouter le côté propriétaire et le côté collecte de données.

Frédéric Couchet : Aurélien est-ce qu’on peut faire confiance à Apple et à iOS ?

Aurélien Couderc : C’est une question qui est assez complexe. Évidemment, comme on ne sait pas ce qui se passe puisque, en gros, c’est derrière des barrières fermées, on ne peut pas savoir ce que, en réalité, Apple va faire des données de ses utilisateurs. Ils font beaucoup de communication sur la manière dont, par exemple, ils ont résisté à certaines demandes de l’administration américaine d’accéder aux données des utilisateurs, mais, évidemment, ils ne vont pas faire de publicité pour tous les cas où ils n’ont pas résisté ou bien où ils ont été contraints d’une manière légale, réglementaire, à céder les données de leurs utilisateurs à différentes tierces parties.
C’est vrai qu’à partir du moment où l’intégralité du code de ces systèmes est cachée, est verrouillée, c’est très difficile de se faire une idée du niveau de confiance qu’on peut avoir.
Par ailleurs, il y a plusieurs exemples de failles de sécurité, connus, qui ont permis à des entreprises malveillantes de vendre à tout un chacun qui était prêt à payer des sommes assez modiques, un moyen d’accéder aux appareils Apple pour, en fait, pirater les données des utilisateurs.

Donc c’est un bon exemple du fait que le mode de fonctionnement d’Apple et cette soi-disant protection des données personnelles qu’ils ont vendue est sans doute un peu un rideau, mais on peut se poser la question du sérieux de ces affirmations.

Frédéric Couchet : Oui. Et plus globalement effectivement dans cette émission, on a beaucoup de doutes quand même sur les solutions mises en œuvre par les entreprises qui utilisent des logiciels privateurs et qui nous demandent de leur faire confiance. Les exemples sont légions : soit des failles de sécurité, soit les réquisitions judiciaires pour lesquelles ils sont contraints et aussi les pratiques, tout simplement, de ces entreprises qui peuvent être, par rapport aux données personnelles, parfaitement scandaleuses.

Aurélien Couderc : Oui. Puisque tu parles de pratiques — on était sur les problématiques que posent les appareils modernes — je pense qu’il ne faut pas perdre de vue que les entreprises qui nous fournissent ces appareils et tous les logiciels qui sont chargés dessus vont influencer la manière dont on les utilise. C’est-à-dire qu’elles vont nous proposer des types d’applications et d’interactions avec le téléphone qui sont ce qu’elles souhaitent qu’on fasse avec. Par exemple la plupart des entreprises vont fonctionner sur un modèle qui est très centralisé pour avoir la capacité à avoir tout ce qu’on échange avec nos amis, avec notre famille. Tout va systématiquement passer par elles alors qu’il est tout à fait possible, d’un point de vue technique, de faire des applications qui échangeraient de point à point, de pair à pair, et qui ne passeraient pas par un composant central. Mais c’est vrai que le contrôle que les entreprises ont sur les logiciels qu’elles chargent sur leurs téléphones font qu’elles ne vont pas du tout favoriser ce genre de pratique-là mais bien les pratiques de contrôle centralisé qui leur sont bénéfiques pour ensuite revendre des services ou des données.

Frédéric Couchet : Est-ce que tu veux ajouter quelque chose sur Apple, Paul ?

Paul Kocialkowski : Oui. Ce qu'il est intéressant de voir ici c’est qu’on a, en fait, des entreprises qui proposent des appareils, qui proposent des produits qui vont avant tout servir les intérêts de cette entreprise avant de servir les intérêts de leurs utilisateurs. C’est-à-dire que si une entreprise comme Apple veut développer ses services, veut développer des services de ses partenaires, elle va les mettre en avant et elle va, par toutes les manières, pousser les utilisateurs à utiliser ces services.
Ça se traduit de la même manière par exemple dans les applications qu’on a le droit d’installer au travers des magasins d’applications où, comme je le rappelais, on ne peut pas déposer de logiciels libres sous une licence GPL copyleft sur le magasin d’applications d’Apple et tout ça parce que, effectivement, Apple se place, en fait, en censeur et se place dans une position où elle va d’abord chercher à mettre en avant ses intérêts et l’intérêt de ses collaborateurs et ensuite l’utilisateur.

Aurélien Couderc : Il y a des exemples multiples d’applications qui ont été retirées du catalogue Apple non pas parce qu’elles avaient des fonctionnalités problématiques, mais parce qu’elles pouvaient faire de la concurrence aux services propres d’Apple. On a des exemples sur des navigateurs qui permettaient de contourner le marché d’applications en ayant des applications web, des applications de communication, qui seraient entrées en concurrence avec ce que Apple propose elle-même. Il y a un certain nombre d’exemples comme ça d’applis qui ont été purement et simplement censurées parce que ça n’arrangeait pas les affaires d’Apple.
Et on peut aussi noter que la censure s’applique sur des points plutôt culturels et ça, peut-être sur les deux marchés d’applications. C’est-à-dire que comme ce sont des acteurs américains avec quand même une certaine forme de puritanisme côté américain qu’on n’aura typiquement pas en France, on ne va pas trouver d’applications qui proposent des nus, y compris artistiques, qui sont parfaitement acceptées en France. On a comme ça des exemples d’applications de musées ou de médias généralistes qui se sont retrouvées censurées parce qu’elles proposaient des contenus qui sont parfaitement acceptables de notre point de vue, mais que les Américains et la culture américaine considéraient comme choquantes.
Donc cette capacité de censure n’est pas uniquement théorique ; elle est utilisée de manière assez régulière par ces acteurs qui contrôlent nos téléphones.

Frédéric Couchet : Paul.

Paul Kocialkowski : Juste un dernier point sur cet aspect-là qui serait un petit peu plus technique, c’est mentionner le fait que sur les appareils Apple on ne peut pas installer un autre système que iOS qui est le système pré-installé : Apple a mis en place des mesures techniques, a mis en place des restrictions pour s’assurer que seul le système d’exploitation – donc le logiciel qui orchestre toute l’activité du téléphone, de l’appareil –, seul le logiciel d’Apple puisse s’exécuter. Donc là, en fait, on ne vend plus un téléphone comme du matériel mais comme quelque chose de vraiment lié au logiciel qui est vendu avec par le fabricant. On perd toute la distinction élémentaire entre le logiciel et le matériel et on s’attendrait à ce que l’utilisateur puisse installer n’importe quel logiciel, comme bon lui semble, sur le matériel qu’il a acheté. Et là, en fait, c’est simplement impossible : Apple ne donne pas cette possibilité-là à l’utilisateur et on a des systèmes qui sont vraiment fermés dans leur écosystème et dont on ne peut pas, techniquement, sortir.

Frédéric Couchet : Donc c’est une forme de vente forcée où le matériel s’accompagne, de façon forcée, du système d’exploitation et des applications par, effectivement, un seul et même fabricant et qu’il interdit de contourner par des moyens techniques et par des moyens légaux. On peut comparer à l’achat d’un ordinateur dans le commerce aujourd’hui : si c’était pré-installé avec un système d’exploitation et qu’il nous était strictement interdit d’installer par exemple un système libre, Debian, Ubuntu ou Mageia pour en citer trois, comme ça tout le monde sera content.

Aurélien Couderc : Et même des logiciels libres sur le système d’origine. C’est-à-dire que ce qui est imposé aujourd’hui par les fabricants de téléphones on ne l’accepterait pas sur nos ordinateurs. C’est un peu le syndrome de la prison dorée, c’est-à-dire que ce sont des appareils qui sont tout beaux, tout brillants mais sur lesquels, finalement, on est extrêmement contraint dans la manière et la latitude qu’on a d’utiliser ce matériel à sa guise. Et les fabricants rajoutent régulièrement ce type de verrous pour qu’on ne puisse pas en bénéficier de la manière qui nous intéresse.

Frédéric Couchet : Juste pour finir sur ce point-là, c’est un petit peu comme si sur Windows on avait l’obligation d’utiliser Windows Media Player et qu’on ne pouvait pas installer VLC, dont on a parlé dans la dernière émission, pour visualiser ses vidéos.
Là je crois qu’on a fait le tour d’Apple et on lui a un peu, entre guillemets, « réglé son compte ». En tout cas on voit bien qu’il n’y a pas beaucoup d’espoir.

Aurélien Couderc : De libertés !

Frédéric Couchet : L’intérêt c’est l’entreprise et pas les libertés des utilisateurs et des utilisatrices !
Paul Kocialkowski : Il faut savoir qu'Android est développé tout d’abord en interne par Google, donc c’est un projet qui est avant tout, disons, interne à l’entreprise.
En fait Google va développer plusieurs versions et ces versions seront proposées à ses partenaires, en général des fabricants de téléphones qui vont, eux, avoir accès à ce code et qui vont l’utiliser pour faire leurs versions un petit peu à leur sauce, comme ils le sentent, en rajoutant des fonctionnalités, en changeant l’interface, en ajoutant des applications par-dessus. En parallèle de ça, Google va mettre à disposition du public le code d’Android sous une licence libre, qui est une licence qui n’est pas copyleft du type MIT.

Frédéric Couchet : C’est une licence libre en tout cas.

Paul Kocialkowski : Voilà ! Ça reste une licence libre et cette base-là d’Android est certes libre, mais en fait pas très utile, parce qu’on a très peu d’applications qui en font partie et il manque également tout un tas de composants pour la prise en charge du matériel, des appareils en eux-mêmes.
Donc ce qu’on a là c’est du code qui est entre deux, qui est entre les applications et le matériel, qui est certes très utile mais qui, en tant que tel, ne constitue pas un système d’exploitation vraiment utile.

Frédéric Couchet : Donc ce n’est pas utile pour la personne qui va utiliser le téléphone.

Paul Kocialkowski : C’est ça. C’est-à-dire que cette version-là d’Android que publie Google n’est pas publiée pour que des gens s’en servent vraiment en tant que telle, elle est publiée plutôt pour permettre à d’autres fabricants, qui ne sont pas les partenaires de Google, d’utiliser quand même cette base Android essentiellement pour pouvoir distribuer les applications Google et pour que Google assure, comme ça, que son magasin d'applications soit utilisé par le plus possible d’utilisateurs.

Aurélien Couderc : On peut citer plusieurs marques ; ça va être Samsung, Sony, Motorola ; il y a tout un écosystème autour d’Android ; ils vont tous utiliser cette base de code et ensuite l’intégrer dans leurs appareils.

Paul Kocialkowski : Exactement. En parallèle de ça, on a ce qu’on appelle des versions communautaires d’Android où là, en fait, des individus, des membres de la communauté se sont organisés, se sont appropriés ce code fourni sous une licence libre par Google et le transforment en quelque chose d’utilisable pour les utilisateurs, en rajoutant toutes les briques qui pouvaient manquer. On trouve de nombreuses versions communautaires d’Android. Une de plus connues s’appelle LineageOS qui a une histoire un peu tumultueuse, qui s’appelait CyanogenMod à l’époque, et qui a regroupé le plus grand nombre d’enthousiastes pour contribuer à ce système qui prend la base d’Android et rajoute les éléments qui sont nécessaires pour que ça fonctionne.
Maintenant, ce qui est intéressant, c’est que ces éléments qui sont rajoutés sont en général des composants propriétaires parce que, aussi bien au niveau de la prise en charge du matériel que des applications, on manque très souvent de composants libres qui fassent l’affaire.

Frédéric Couchet : Aurélien, peut-être que tu veux parler un petit peu de LineageOS parce que je crois que c’est le système que tu utilises sur ton téléphone ?

Aurélien Couderc : C’est le système que j’utilise sur mon téléphone et que j’ai eu l’occasion d’installer sur un certain nombre d’appareils de connaissances ou de ma famille. C’est un système vers lequel je me suis tourné. La première raison c’était parce que, comme c’est un système qui est maintenu par la communauté, ça permet d’étendre la durée de vie d’un certain nombre d’appareils. C’est-à-dire qu’on constate qu’au bout d’un certain temps les fabricants arrêtent de fournir des mises à jour pour leurs appareils puisque eux, ce qui va les intéresser, ça va plutôt de vendre de nouveaux appareils et de faire des bénéfices sur les ventes de nouveaux appareils. Donc ils vont faire ce qui est un peu le strict minimum pour ne pas être mal vus et, au bout de quelques années, mais quand on dit « quelques » ça peut être deux ans, les fabricants vont arrêter de fournir des mises à jour logicielles.
L’intérêt d’un projet communautaire comme LineageOS [prononcé avec l’accent anglais, NdT], donc LineageOS [prononcé à la française, NdT], ça va être d’offrir la possibilité à ceux qui le souhaitent, en ayant évidemment des compétences de développeur, de maintenir et de mettre à jour les appareils les plus anciens pour proposer de nouvelles versions d’Android, les dernières mises à jour de sécurité, tout ce qu’on aurait, de manière standard à nouveau sur un ordinateur de bureau, ce qu’on a aujourd’hui sur un ordinateur de bureau. Quand on finit par arrêter d’utiliser un ordinateur de bureau, surtout si on utilise un système libre, c’est vraiment qu’il est à bout de souffle et qu’il a peut-être des dizaines d’années.
Un téléphone, on a tendance à le jeter beaucoup plus tôt entre autres parce qu’il n’est pas à jour, qu’il est devenu trop lent, et un système tel que LineageOS permet de le remettre au goût du jour et de continuer à l’utiliser. Je ne vais pas citer le modèle que j’utilise, mais c’est un téléphone qui est sorti en 2012 et j’ai toujours des mises à jour hebdomadaires de ce téléphone-là avec LineageOS.

Frédéric Couchet : C’est intéressant de signaler que tu utilises encore un téléphone que tu as acheté en 2012. Le mien j’ai dû l’acheter en 2011 ; un des points forts c’est aussi de lutter contre l’obsolescence programmée, contre le remplacement carrément forcé des téléphones. Une petite anecdote personnelle entre Aurélien et moi : récemment il m’a aidé à changer le mode vibreur.

Aurélien Couderc : Le composant…

Frédéric Couchet : Le composant vibreur qui était sur mon téléphone, qui ne fonctionnait plus, qu’on achète sur Internet à 5 euros et ensuite, en 15 minutes, il a pu changer ça. C’est effectivement un des points forts, aussi, de recourir à ce genre d’outils parce qu’aujourd’hui les téléphones coûtent de plus en plus cher, on nous force à les racheter, en tout cas pour ceux qui rentrent dans ce système-là.

Aurélien Couderc : Et puis une petite remarque puisque beaucoup de gens, enfin de plus en plus de gens sont quand même conscients et intéressés par les réalités écologiques et l’impact sur la planète de tout ce qui est numérique, des appareils et de leur fabrication. Il faut rappeler que pour un téléphone mobile, l’ordre de grandeur de où se trouve la dépense énergétique c’est 95, 98 ou 99 % dans la fabrication. C’est-à-dire que l’usage au quotidien d’un téléphone va consommer quelques watts régulièrement pour le recharger, mais la quantité d’énergie qui a été nécessaire à sa fabrication est énorme et correspond à, vraisemblablement, des centaines d’années d’utilisation.

Paul Kocialkowski : J’irais même plus loin sur le côté décorréler le logiciel du matériel pour permettre, justement, à la fois de mettre à jour son système mais également, pourquoi pas, d’entrevoir des cas d’utilisation nouveaux pour son appareil, à partir de systèmes qui viseraient différents cas d’utilisation.

Je pense par exemple au serveur personnel. Sur des téléphones anciens on pourrait tout à fait installer des logiciels qui permettraient, par exemple, d’avoir un serveur web, d’avoir un serveur mail, ce genre de choses, de le relier au réseau et, en fait, de complètement changer la fonction du téléphone, simplement parce que le logiciel, qui est à ce moment-là libre, serait décorrélé de la partie matérielle. Donc on peut, finalement, avoir tous les cas d’utilisation qu’on souhaite à partir du moment où le matériel permet de réaliser ces cas d’utilisation. Et on est, à ce moment-là, plus du tout limité par le cas d’utilisation prévu par le fabricant, prévu par le système, et on peut imaginer tout un tas de choses pour lesquelles on pourrait réutiliser des appareils peut-être plus anciens, qu’on n’utiliserait pas en tant que téléphones actuellement, mais leur donner une seconde vie en tant qu’appareils numériques plus génériques et qui rendraient des services d’autres types que ceux pour lesquels ils ont été construits à la base.

Aurélien Couderc : Je pense que ça revient à ce qu’on disait tout à l’heure, c’est-à-dire qu’on reprend l’initiative sur ce qu’on souhaite faire d’un appareil. Au lieu de subir ce qu’un fabricant particulier a décidé qu’on était autorisé à faire avec ce qu’on a acheté, là, l’idée c’est vraiment de reprendre la main et de dire « non, je souhaite utiliser cet appareil pour telle et telle raison que j’ai choisie moi-même. »

Frédéric Couchet : Ce qu’on fait déjà avec nos ordinateurs types de bureau ou laptops. Par exemple, chez moi, j’ai un laptop qui date de 2009 ou 2010 qui est mon serveur.

Aurélien Couderc : Un ordinateur portable.

Frédéric Couchet : Un ordinateur portable, merci Aurélien – c’est moi qui me fais reprendre et tu as tout à fait raison – donc un ordinateur portable à peu près, je crois, de 2009-2010, qui me sert de serveur pour les audio donc la musique, pour la vidéo et aussi un serveur de sauvegarde. Donc ce qui est possible avec ces ordinateurs qu'on connaît [ordinateurs de bureau, ordinateurs portables, NdT] devrait être possible, effectivement, avec les ordinateurs-téléphones portables.

Nous allons faire une petite pause musicale. C’est le groupe Demi-sel ; le titre s’appelle Allons voir (cercle circassien) et on se retrouve juste après ça.

Voix off : Cause commune – cause-commune.fm – 93.1

Pause musicale : Allons voir (cercle circassien) par le groupe Demi-sel

Voix off : Cause commune 93.1

Frédéric Couchet : Vous êtes de retour sur l’émission Libre à vous ! sur radio Cause commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous venons de danser sur le groupe Demi-sel Allons voir (cercle circassien) ; le site web du groupe c’est demisel.org ; ils ont des tas de concerts annoncés donc n’hésitez pas, allez les voir, leur musique était en licence Art libre. Vas-y Aurélien !

Aurélien Couderc : L’occasion peut-être de rappeler que toutes nos pauses musicales sont sous des licences libres qui permettent de les partager librement avec vos amis, votre famille, de les télécharger parfaitement légalement.

Frédéric Couchet : Exactement. Je pense que j’ai trouvé un partenaire d’animation des prochaines éditions de l’émission. Je vais noter ça. La référence est évidemment sur le site de l’April ; vous allez sur le site de l’April, sur la page consacrée à l’émission et vous retrouverez le lien de cette musique dont je rappelle le nom du groupe : Demi-sel.

Nous parlions juste avant la pause de LineageOS. On va maintenant parler de deux autres systèmes, d’ailleurs téléphones, Replicant et le Fairphone. Qui veut commencer par Replicant ou le Fairphone ? Paul ? Aurélien ? Aurélien.

Aurélien Couderc : Peut-être dire un mot sur le Fairphone puisque tout à l’heure on parlait d’écologie. Effectivement, l’entreprise qui commercialise le Fairphone a accès le plus possible son développement sur le respect écologique et le respect des conditions de travail et des conditions humaines. Ils vont notamment chercher les matériaux qui servent à la fabrication des microprocesseurs dans des pays dont on sait que ce ne sont pas des pays en guerre, où il n’y a pas de travail des enfants ou de formes d’esclavagisme. Ils ont mis une attention particulière dans le choix de l’origine de leurs composants pour avoir la garantie qu’ils ne sont pas issus notamment de pays en conflit.
Le Fairphone est livré avec une version d’Android qui est relativement classique et peu libre, mais on peut télécharger et installer une version alternative qui est plus libre, notamment sans toute la partie supérieure de Google qui essaie de contrôler un petit peu ce qu’on fait avec les téléphones Android.

Frédéric Couchet : Le Fairphone c’est une autre option. Paul, je crois que tu connais bien un autre projet qui s’appelle le projet Replicant.

Paul Kocialkowski : Effectivement. Replicant est avant tout un système d’exploitation qu’on a voulu entièrement libre. C’est-à-dire que dans la plupart des systèmes Android communautaires comme c’est le cas de LineageOS, comme c’est le cas du système proposé par le Fairphone qui est un petit peu plus libre et qui se débarrasse des applications Google, nous on a souhaité aller encore plus loin et, en fait, fournir un système d’exploitation qui soit entièrement libre, qui soit entièrement dénué de tous les composants propriétaires pour lesquels on n’aurait pas le code source et pour lesquels on ne pourrait pas recréer une image uniquement à partir des sources.

C’est un projet qui est assez ambitieux parce qu’il s’agit, en fait, de remplacer l’ensemble de ces composants propriétaires qui posent problème et ces composants-là, en général, sont en lien avec la prise en charge du matériel, des appareils, c’est-à-dire des composants spécifiques qui constituent chaque téléphone, chaque tablette et on va, en fait, devoir écrire du code en particulier pour s’adresser à chaque composant électronique et pour arriver à correctement interagir avec le matériel. Donc c’est un gros travail qui relève souvent de l’ingénierie inverse : il va s’agir de regarder les composants propriétaires, comprendre comment ils fonctionnent et écrire des équivalents en logiciels libres qui nous permettent de prendre en charge les fonctionnalités matérielles de ces appareils.

Aurélien Couderc : Concrètement, on peut peut-être citer les composants dont tu parles, c’est-à-dire que ça va aller dans tous les domaines du téléphone : l’affichage, l’audio, le vibreur, le GPS ; il y a vraiment beaucoup de composants qui sont très différents et avec des problématiques très différentes pour retrouver des logiciels libres qui les fassent fonctionner.

Paul Kocialkowski : Effectivement. En fait, ce qu’on constate, c’est qu’il y a certains types de composants qui sont plus compliqués que d’autres à prendre en charge. L’exemple le plus flagrant au niveau de Replicant c’est le GPS ; aujourd’hui on ne prend pas en charge les GPS des appareils qui fonctionnent avec Replicant parce que les logiciels propriétaires qui servent à contrôler les composants pour le GPS sont d’une complexité assez folle. En termes de mathématiques, de physique qu’il y a derrière, c’est quelque chose d’assez costaud, donc il faut des gens qui ont la capacité technique de mener à bien des projets de réécriture de ces composants-là. Et puis on a d’autres composants qui vont être plus simples à gérer ; l’exemple qui me vient en tête ce sont les capteurs, typiquement l’accéléromètre, le gyroscope, le capteur de champ magnétique, la boussole en fait ; ces choses sont assez simples à libérer, à prendre en charge, donc ce sont des choses qu’on a pu faire au niveau de Replicant. Effectivement, il est très juste de rappeler que toutes les fonctionnalités ne sont pas encore prises en charge dans Replicant. Il reste pas mal de travail pour arriver, sur les modèles qui nous intéressent, à avoir une prise en charge globale de tous les composants.

Frédéric Couchet : En tout cas le projet Replicant permet, effectivement, d’aller quasiment au maximum de la liberté avec, eh bien des contraintes. Tu parles du GPS. Moi j’ai un téléphone, je ne vais pas citer la marque non plus, mais c’est un vieux téléphone qui fonctionne très bien, qui est sur Replicant et effectivement il n’y a pas le GPS, mais je vis très bien sans et je retrouve toutes les applications dont j’ai besoin ; d’ailleurs bientôt on va parler des magasins d’applications, donc partie logicielle.

On voit déjà qu’entre LineageOS, Replicant, le Fairphone, il y a différents degrés de récupération des libertés qui peuvent correspondre aussi à différents besoins. Ce qu’il est important de comprendre pour les personnes qui nous écoutent, qui entendent parler de beaucoup de noms de systèmes différents, ça va dépendre de leurs besoins et de leurs attentes. Tout à l’heure, en fin d’émission, je vous parlerai d’un certain nombre d’événements. L’une des pratiques possible pour découvrir ce monde-là c’est d’aller voir les groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres ou des événements spécialisés pour rencontrer des gens qui, en fonction de vos besoins, vont vous orienter vers telle ou telle solution. Aurélien tu voulais ajouter quelque chose.

Aurélien Couderc : Pour rappeler que quand on parle de besoins, ce sont des besoins et aussi des envies. C’est-à-dire que ce qui nous a, un certain nombre d’entre nous, orientés vers le logiciel libre c’est de se dire : aujourd’hui je fais de plus en plus de choses qui sont de l’informatique de près ou de loin, que ce soit avec mon ordinateur ou mon téléphone, et je n’ai pas envie que telle ou telle société décide pour moi de ce qui est bon pour moi et me dicte, finalement, les axes de ma vie numérique. Je pense que ce qui attire pas mal de gens vers le logiciel libre c’est cette réflexion un peu philosophique sur qu’est-ce que je fais de ma vie, en l’occurrence numérique. Ce n’est pas forcément toute la vie, mais ça devient quand même une partie importante de notre vie moderne.

Paul Kocialkowski : Oui tout à fait. C’est vrai que ça relève, en fait, du choix personnel. Nous, ce qu’on souhaite au travers du projet Replicant, c’est fournir une alternative qui soit un minimum utilisable et qui se place vraiment à une extrémité du spectre. Donc fournir un système entièrement libre mais, comme on l’a mentionné, il y a différentes autres solutions qui peuvent être plus adaptées à certains choix personnels, à certains cas d’utilisation. Par exemple, si pour vous le GPS est quelque chose d’absolument indispensable alors Replicant n’est peut-être pas le système qui vous correspondra le mieux. Mais on souhaite quand même proposer ce choix-là pour les gens qui se reconnaîtraient dans ces valeurs-là.

Frédéric Couchet : Avant de parler d’un dernier système, d’un dernier téléphone qui s’annonce très prometteur, mais nous ferons ça en fin d’émission, on va changer légèrement de sujet. Là on a parlé, effectivement, de la partie système d’exploitation et de ce qui va autour, qui peut sembler peut-être un petit peu compliqué ou en tout cas pas très engageant pour changer son système, mais il y a des moyens de regagner de la liberté sur Android beaucoup plus simples, avec différents exemples qu’on va citer, que je vais vous demander peut-être de détailler : par exemple changer de moteur de recherche par défaut ; changer le magasin d’applications et c’est là où on va parler aussi d’un projet très important et très intéressant qui s’appelle F-Droid ; donc peut-être Aurélien, tu peux commencer là-dessus ?

Aurélien Couderc : En deux mots sur la partie moteur de recherche, puisque ce qu’on mentionnait plus tôt dans l’émission c’est qu’un certain nombre des entreprises qui nous vendent ces téléphones ont intérêt à garder tout l’historique de ce qu’on fait en ligne, notamment pour proposer de la publicité qui corresponde à notre activité. Le moteur de recherche, évidemment, c’est l'un des principaux candidats puisqu'au départ, pour tout ce qui vous passe par la tête, vous allez peut-être passer par votre moteur de recherche pour trouver les sites correspondants.
Sur la plupart des appareils on peut changer le moteur de recherche par défaut et il y a plusieurs alternatives de moteurs de recherche qui s’engagent à ne pas pister les utilisateurs et à ne pas suivre leurs recherches, tels que Qwant qui est un moteur français, qui fait de la communication sur le respect de la vie privée et un moteur américain, un petit plus ancien, qui s’appelle DuckDuckGo, duckduckgo.com, qui lui, également, se base sur l’excellence de ses algorithmes de recherche mais sans avoir besoin de profiler les utilisateurs. Un exemple de ce que peuvent faire les gens qui ont l’habitude d’utiliser des moteurs tels que Google qui sont connus pour pister les utilisateurs, c’est d’essayer de faire la même recherche avec deux téléphones différents et on peut être assez surpris par les différences de réponses qu’on va obtenir ; ça révèle aussi une partie de l’étendue de ce que Google peut savoir de vous lorsque vous utilisez ses services.

Frédéric Couchet : Tout à fait. D’ailleurs il y avait une émission sur France 2 récemment, malheureusement je ne me souviens laquelle, où quelqu’un justement, d’ailleurs je crois même que c’était le patron de Qwant qui faisait une démo de réservation d’hôtel en ligne avec différents téléphones et les prix n’étaient pas du tout les mêmes entre les différents téléphones ; c’est très impressionnant.
On va citer à nouveau les deux moteurs de recherche : Qwant, DuckDuckGo qui, en français je crois, se traduit par « canardcanardva » ; je crois que le site existe vraiment, je le dis de tête. Mais bon ! En tout cas une première opération c’est de changer, effectivement, le moteur de recherche par défaut ; éventuellement aussi de couper les synchronisations Google quand c’est possible. Et il y a le magasin d’applications, F-Droid. Paul est-ce que tu peux expliquer un petit peu ce qu’est un magasin d’applications et quel est l’objectif et le fonctionnement de F-Droid ?

Paul Kocialkowski : Un magasin d’applications c’est en fait, en soi, une application qui est parfois pré-installée avec le système, qui va permettre d’accéder à un catalogue d’un très grand nombre d’applications et, parmi ces applications, d’installer celles que l’on souhaite.
Pour les systèmes Android, Google fournit son Google Play Store qui est le magasin d’applications de référence, qui contient toutes les applications qui ont été validées par Google et que l’on peut télécharger à partir de cette application-là.

F-Droid c’est un équivalent, donc c’est un autre magasin d’applications, mais qui lui va proposer uniquement des applications qui sont des logiciels libres. Sur le Google Play Store, donc le magasin d’applications de Google, on trouve tout un tas d’applications qui ne sont pas particulièrement libres, qui ne sont pas particulièrement respectueuses de la vie privée.
F-Droid se place dans l’idée de créer quelque chose qui propose des applications libres et respectueuses de la vie privée et de la sécurité de ses utilisateurs.
F-Droid est une application qu’on peut installer sur à peu près n’importe quel téléphone Android. Il faudra parfois configurer son téléphone pour autoriser ce qu’on appelle les sources externes puisque, par défaut, beaucoup de systèmes Android n’autorisent que les applications validées par Google ; mais on peut, en général, désactiver cette fonctionnalité pour pouvoir installer F-Droid et par là installer tout un tas d’applications qui seront des logiciels libres, qui seront des applications qui respectent la vie privée et la sécurité de ses utilisateurs.

Frédéric Couchet : D’accord. Effectivement c’est une première étape. Comme tu le dis très bien, il faut désactiver les sources externes parce que sinon vous ne pourrez pas installer F-Droid et une fois que vous avez installé F-Droid, c’est une application ; avec le pouce ou le doigt que vous voulez vous l’activez et là vous pouvez faire des recherches pour installer des logiciels libres qui vont vous permettre, en fait, de répondre à tous vos besoins. On peut peut-être citer quelques exemples de logiciels libres pour un usage classique, Aurélien.

Aurélien Couderc : On va retrouver les grands logiciels libres que vous connaissez peut-être déjà sur vos ordinateurs, tels que Firefox le navigateur internet ou VLC le lecteur vidéo, et puis il y a un certain nombre de clients pour les réseaux sociaux comme Twitter, comme le réseau Mastodon qui est un petit peu plus récent et qui est un réseau décentralisé et libre. C’est vrai qu’on a beaucoup d’applications pour beaucoup d’usages différents. On peut trouver des applications de GPS qui, typiquement, vont être basées sur le projet de cartes libres qui s’appelle OpenStreetMap ; on peut citer OsmAnd, o, s, m, a, n, d comme comme OpenStreetMap Android ou Maps, simplement MAPS.ME, qui sont deux applications de GPS que vous trouverez sur le catalogue de F-Droid. Effectivement on peut trouver beaucoup de logiciels libres pour beaucoup d’usages différents sur ce catalogue.

Peut-être parler aussi des intérêts. Tout à l’heure on parlait de l’intérêt de faire ce genre de changement et de pourquoi quelqu’un peut être intéressé par ça. Il faut peut-être rappeler que lorsqu’on utilise un téléphone qui embarque les services de Google, Google Play Store et toute la pile applicative Google, ça veut dire que Google a accès, en tant qu’administrateur, à votre appareil et notamment peut faire à distance toutes les opérations qu’il souhaite quelle qu’en soit la raison. On présuppose que c’est ce qui a permis, par exemple aux Américains, de mettre un tracker, un système d’enregistrement sur le téléphone d’Angela Merkel ; on en avait parlé il y a quelques mois. Il faut vraiment réaliser, mais c’est vrai aussi pour le coup pour Apple dont on avait parlé tout à l’heure, qu’avoir ces marchés d’applications intégrées, gérées par les grandes entreprises, leur donne accès libre à votre téléphone et il n’y a que leurs belles paroles qui peut leur interdire de faire des cochonneries, mais on voit bien que dans la vie réelle tout n’est pas si rose.

Frédéric Couchet : Paul.

Paul Kocialkowski : C’est vrai que F-Droid est, en plus, un magasin d’applications qui s’enrichit à vue d’œil, j’ai envie de dire ; le nombre d’applications a dépassé le millier il y a quelques années, maintenant ça continue de grandir. On peut vraiment trouver tout un tas de choses. Pour la plupart des tâches courantes, disons, on va trouver une application libre qui correspond et donc ça nous permettra, effectivement, de sortir du monopole Google, de sortir des applications Google et de les remplacer, alors peut-être une par une, progressivement, par des équivalents libres ; il en existe beaucoup.

Finalement par là, on va pouvoir avoir une séparation entre les applications qui relèvent de Google et sur lesquelles on sait que les données sont des données auxquelles Google a accès des données qui sont gérées par des logiciels libres dans lesquels on a une certaine confiance, on a une certaine garantie de respect de la liberté et de la vie privée.

Aurélien Couderc : Tout à l’heure je mentionnais le fait que le type de système et de logiciel qu’on utilise va aussi influer sur les pratiques, puisque les producteurs de logiciels qui ne sont pas libres vont vouloir nous forcer à rentrer dans tel ou tel modèle. F-Android est un excellent exemple pour ça puisque F-Droid propose un système de partage local d’applications. C’est-à-dire que même si je suis au bout du monde et complètement déconnecté je peux partager, donner l’une de mes applications libres à quelqu’un d’autre qui a un autre téléphone, en local en passant par un point d’accès Wifi ou même en Bluetooth, je peux partager des applications comme ça. C’est quelque chose qu’on ne pourra jamais faire avec les catalogues d’applications centralisés de Google ou Apple qui eux veulent valider qu’éventuellement vous avez bien payé, vous avez bien votre Carte Bleue, un compte et tout ça, alors que là personne ne va rien vous demander, vous êtes libre de partager une application de F-Droid avec quelqu’un d’autre sans que quiconque ait à dire quoi que ce soit là-dessus.

Frédéric Couchet : Écoute, Aurélien, je ne savais même pas que ça existait. C’est en tout cas vraiment très important et très intéressant. On va peut-être donner le site, quand même, de F-Droid, c’est f-droid.org, sur lequel effectivement il y a un moteur de recherche pour toutes les applications. Vous pouvez installer F-Droid et ensuite vous l’aurez sur votre téléphone. C’est vraiment une chose que vous pouvez faire simplement. Vous allez découvrir des applications libres ; vous allez même retrouver des applications libres que vous connaissez déjà sur votre ordinateur de bureau : tu as parlé de VLC, du navigateur Firefox, vous avez des clients pour les réseaux sociaux que vous utilisez. Voilà ! Installer effectivement F-Droid, quelle soit la version installée de son Android, c’est une première étape pour regagner de la liberté.

Je vois que le temps avance, je voudrais quand même qu’on parle d’un autre projet – donc on va revenir un petit peu sur le sujet précédent – qui enthousiasme pas mal de gens parce qu’il essaye d’aborder de façon globale la problématique à la fois matérielle et logicielle, c’est Librem de la société Purism. Paul est-ce que tu peux nous parler un petit peu de ce projet ?

Paul Kocialkowski : C’est un projet qui est fort ambitieux et qui consiste à produire à la fois une plateforme matérielle, donc ce sera un téléphone 5 pouces, d’où le nom Librem5, et un système d’exploitation correspondant, qui seraient tous les deux développés en accord avec les principes du logiciel libre pour le système et en faisant du matériel on va dire documenté et sur lequel les développeurs auront la main plus que sur les appareils qu’on trouve dans le commerce.
Ce projet va tout d’abord sélectionner un certain nombre de composants matériels, de plateformes qui vont être intégrées à ce téléphone et qui sont des plateformes qu’on connaît comme étant bien prises en charge par le logiciel libre. Donc déjà on part avec une petite longueur d’avance dans le sens où on sait que la prise en charge de ce téléphone-là sera facilitée, sera compatible avec le logiciel libre et on n’aura pas besoin, ou alors très peu, de logiciels propriétaires pour cet aspect-là.

Aurélien Couderc : Donc par rapport à ce que tu disais tout à l’heure et tout le travail que vous faites sur Replicant pour essayer de recoder, finalement redévelopper des logiciels qui permettent de faire fonctionner les différents composants de téléphone, ça, toute cette partie-là serait déjà faite dans le cas du Librem ?

Paul Kocialkowski : Exactement. L’idée c’est que l’entreprise s’engage à utiliser des logiciels libres pour cette partie-là. Donc c’est quelque chose de particulièrement intéressant pour la liberté et la vie privée. En fait l’entreprise va même plus loin, puisqu’il ne s’agit pas uniquement de proposer un système libre qui aille avec la plateforme matérielle, il s’agit de repenser la manière dont on conçoit les systèmes d’exploitation pour ces appareils.
On a mentionné beaucoup Android durant cette émission parce que ça reste la principale base de code libre avec laquelle on peut espérer avoir des systèmes libres qui soient largement utilisés, largement diffusés. Un des problèmes qu’on a avec Android c’est que le développement est entièrement guidé par Google et, finalement, il n’y a aucune décision communautaire et les décisions sont en général prises dans l’intérêt de Google et dans l’intérêt de ses partenaires avant l’intérêt de l’utilisateur, encore une fois. Ça se traduit tout particulièrement par le fait que Google a progressivement enlevé les applications de sa version libre pour qu’elles soient remplacées par les applications de Google qui rendent des services équivalents, mais qui ne sont pas libres et qui sont liées aux services Google.

La société Purism qui a voulu lancer ce Librem5 a considéré qu’en fait utiliser Android comme base n’était pas quelque chose de raisonnable, de soutenable, dans le sens où utiliser une base Android ça revient à devoir défaire toutes les modifications qu’a apportées Google dans un sens qui est contraire à l’intérêt de l’utilisateur.
Finalement cette entreprise s’est dit : on a tout un tas de logiciels libres qui existent, qui fonctionnent très bien pour nos ordinateurs de bureau, pour nos ordinateurs portables, pourquoi ne pas essayer, en fait, d’adapter ces logiciels-là aux cas d’utilisation mobiles. Il faut savoir que tous les composants du système sont déjà tous prêts à être utilisés sur les appareils mobiles, mais le problème essentiel qui reste c’est l’interface. Si on essaye d’utiliser les systèmes GNU/Linux qu’on connaît, habituels, sur ces appareils-là, eh bien on va très vite se retrouver embêté parce que les interfaces sont adaptées avant tout à une utilisation au clavier et à la souris et pas du tout à une utilisation au doigt ou au tactile.
Cette entreprise-là, Purism, a donc voulu adapter les technologies qui existent déjà dans l’univers GNU/Linux pour que celles-ci puissent plus facilement être utilisées sur les téléphones donc avec des concepts d’applications qui vont prendre différentes formes selon la taille de l’écran à laquelle elles sont cantonnées, selon le mode, si on choisit un mode orienté mobile ou un mode orienté bureau.
Tout ça demande de nombreux changements dans les librairies, dans les logiciels qui sont utilisés et c’est un travail que l’entreprise est en train d’effectuer ; c’est un travail de long terme en fait. Il ne faut pas forcément s’attendre à avoir des résultats immédiats parce qu’il y a beaucoup de choses à modifier, il y a beaucoup de composants à adapter pour permettre une utilisation fluide sur ces appareils mobiles avec du tactile.

Aurélien Couderc : Ce qui est intéressant c’est que sur l’avis de ce projet-là de Librem5, alors je ne sais plus quand a eu lieu le projet de financement participatif, c’est déjà il y a plus d’un an, mais depuis plus d’un an que le projet a démarré, on voit les résultats de la collaboration de cette entreprise commerciale avec la communauté qui développe notamment le projet Gnome.

Frédéric Couchet : C’est quoi le projet Gnome ?

Aurélien Couderc : Le projet Gnome est un projet d’environnement de bureau qui est entièrement basé sur des logiciels libres. Si vous installez quelques-unes des grandes distributions de logiciels libres que tu citais tout à l’heure – Ubuntu, on n’a peut-être pas cité Fedora, Mageia – elles vont le plus souvent fournir l’environnement Gnome comme environnement de bureau, donc c’est ça qui va gérer vos applications, vos fenêtres, vos fichiers ;e projet est un projet de longue date et qui est utilisé depuis très longtemps pour les ordinateurs. La société Purism a contribué, a collaboré avec les développeurs de ce projet pour intégrer directement les modifications dont elle avait besoin d’une manière qui soit acceptable par la communauté et bénéfique à tout le monde.

Frédéric Couchet : Donc c’est une approche qui vous paraît, je te redonne la parole Paul, beaucoup plus saine que l’approche de partir d’Android pour essayer de faire un travail important pour avoir quelque chose de potable. Est-ce que c’est l’approche qui permettrait d’avoir un téléphone entre guillemets « 100 % logiciels libres » y compris la partie puce GSM ou est-ce que c’est utopique ?

Paul Kocialkowski : Pour le coup, je pense que ça va vraiment dans le bon sens. Ça permet à la communauté de réapproprier les systèmes qui s’exécutent sur ces appareils. Effectivement, comme tu le mentionnes, il n’y a pas seulement le système d’exploitation qui s’exécute sur ces appareils-là. On a notamment un deuxième système fantôme avec lequel l’utilisateur n’interagit pas ou peu, qu’on appelle le modem ou le baseband. C’est une puce à part qui va exécuter son propre système d’exploitation, qui est en général un système propriétaire sur lequel on n’a pas la main ; en fait, il n’existe pratiquement pas de logiciel libre qui permettrait de s’exécuter sur cette puce-là. Cette puce-là, donc la puce GSM, est en charge de la communication avec le réseau mobile et elle permet simplement de recevoir des appels, d’envoyer des messages SMS et de se connecter au réseau de données mobiles.
Donc ça c’est une très forte limitation qui est liée aux appareils mobiles. Il y a quelques pistes, un projet qui s’appelle OsmocomBB qui est une première implémentation libre mais qui ne concerne que des appareils vraiment dépassés aujourd’hui donc des appareils qui ont plus de dix ans.
C’est une limitation ; il y en a d’autres.
On peut également parler des logiciels de démarrage qui sont les logiciels qui s’exécutent avant le système d’exploitation dont on a parlé. Ceux-là aussi sont des logiciels qui bien souvent sont propriétaires et ça complique en fait la tâche d’obtenir un appareil entièrement libre à la fin.

Pour le Librem5, l’entreprise a choisi des composants qui permettent d’avoir un logiciel de démarrage qui devrait être libre si tout va bien. Par contre, pour la partiebaseband, pour la partie modem, là l’entreprise ne peut pas apporter de solutions clefs en main puisqu’il n’en existe pas, donc on va essayer de limiter l’influence de ce composant-là pour qu’il n’ait pas accès au reste des données du téléphone.

Frédéric Couchet : À quoi a accès cette puce aujourd’hui ?

Aurélien Couderc : Aujourd’hui, comme le mentionnait Paul, on a dans nos téléphones en fait deux systèmes : il y a celui qui est visible, qu’on manipule avec les applications et il y a un système intégré au modem qui gère tout ce qui est téléphonie et communications externes et, dans la plupart des appareils, ce système qui est dans le modem a directement accès à la mémoire centrale, la mémoire vive du téléphone. C’est-à-dire que tout ce qui va être fait par les différentes applications et tout ce que vous allez faire sur votre téléphone peut, en théorie, être espionné par le modem. Comme c’est une boîte qui est vraiment très opaque on ne sait pas si ça a déjà été utilisé pour cela, mais la possibilité technologique existe d’observer et d’espionner tout ce qui se passe sur un téléphone par ce composant modem.
Le projet Librem a choisi un composant modem qui est complètement séparé du processeur central et qui permettra de ne pas avoir ce lien privilégié vers la mémoire centrale et donc de ne pas avoir cette possibilité pour espionner tout ce qui se passe sur le téléphone.

Effectivement, quand tu demandais « est-ce que ça va dans le bon sens ? », je suis complètement d’accord avec Paul ; pour moi en tout cas, c’est ce qu’on peut faire de plus aujourd’hui. Il faut peut-être mentionner que l’association internationale de promotion et de défense du logiciel libre, la FSF [Free Software Foundation], a un programme qui s’appelle Respects Your Freedom, « Respectez vos libertés », qui a un label qui est très difficile à obtenir puisqu’il faut avoir du logiciel libre qui fasse fonctionner un appareil à tous les niveaux et la société Purism vise à avoir ce label avec ce téléphone qui serait le premier téléphone entièrement fonctionnel à avoir ce label-là. On a déjà parlé de Replicant, mais, comme Paul l’a mentionné, on n’a pas aujourd’hui le moyen de faire fonctionner tous les composants d’un téléphone Android classique avec Replicant. Là, avec le Librem, l’idée serait bien d’avoir un système entièrement libre et entièrement fonctionnel.

Frédéric Couchet : Sur le salon web de la radio, je vous rappelle sur chat.libre-a-toi.org, vous auriez pu choisir une adresse plus simple à dire, mais sinon vous allez sur le site de la radio causecommune.fm, vous cliquez sur « chat » et vous nous rejoignez, on me signale que la date estimée de disponibilité de ce Librem c’est avril 2019. Je crois qu’on est tous assez excités d’attendre ça ; maintenant on sait bien que les annonces de projets c’est un peu comme Debian, ce sera disponible quand ce sera prêt. En tout cas ça a l’air d’être très excitant de voir cette entreprise aborder une démarche saine, en collaboration avec la communauté, avec les distributions qui existent ; on me cite aussi Ubuntu sur le salon. Aurélien.

Aurélien Couderc : Oui. Ce qui est intéressant, ça faisait suite à une des remarques de Paul tout à l’heure, c’est que les fabricants classiques essaient de nous enlever la possibilité d’utiliser les logiciels et le système qui nous intéressent sur les différents appareils, les différents téléphones. Là, la société Purism est bien en train de faire l’inverse et a déjà contacté un certain nombre de projets pour leur proposer d’installer leurs différents logiciels sur le Librem. Effectivement il y a quelques exemples dans le chat de la radio.

Frédéric Couchet : Il ne reste que quelques minutes sur ce sujet-là, avant que je ne vous pose la question : voulez-vous rajouter quelque chose ?, juste eh bien comment les gens, les personnes qui nous écoutent, peuvent essayer de se faire aider ? Je l’ai cité un petit peu tout à l’heure : déjà les groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libre qui, pour beaucoup, ont des compétences ou un intérêt pour ces sujets-là et donc peuvent vous aider et vous accompagner par rapport à vos besoins et surtout par rapport à vos envies, je crois que c’est le terme qu’a employé Aurélien tout à l’heure.
Plus spécifiquement, pour les personnes qui sont en région parisienne, vous avez le Premier samedi, je vous rappelle, c’est chaque premier samedi du mois à la Cité des sciences et de l’industrie, de 14 heures à 18 heures de mémoire, vous avez une personne qui peut vous aider soit à installer F-Droid, vous faire découvrir F-Droid, soit vous installer carrément un système comme LineageOs ou Replicant. Il se trouve que c’est l’un des développeurs du projet que l’on salue aujourd’hui, qui s’appelle Denis Carikli, de mémoire son nickname, son pseudo c’est GNUtoo ; c’est quelqu’un en plus d’adorable et de très compétent, donc n’hésitez pas à aller au Premier samedi. Dans les autres régions françaises, eh bien vous allez voir les groupes locaux d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres.

Est-ce que vous voulez rajouter quelque chose, Aurélien, Paul, sur ces sujets ? Vous pouvez.

Paul Kocialkowski : Je crois qu’on a fait un bon tour des enjeux, des options qui s’ouvrent à nous et on espère juste qu’on va aller vers plus de liberté pour les appareils mobiles ; pratiquement tout le monde en a un aujourd’hui, je crois que le taux d’utilisation en France est de 98 ou 99 %, le taux d’équipement, avec certaines personnes qui en ont plusieurs ; ça ne veut pas forcément dire que tout le monde en a, mais on est à un taux très élevé d’équipement d’appareils mobiles, donc si on peut reprendre un peu de liberté sur cette partie-là de notre vie numérique, ça me paraît indispensable.

Aurélien Couderc : Oui, tout à fait. Je partage parfaitement ce constat. L’Arcep annonçait même il n’y a pas si longtemps que l’accès à Internet, aujourd’hui en France, se fait majoritairement par des appareils mobiles. En fait, ces appareils-là ont déjà dépassé les ordinateurs de bureau pour l’accès à Internet. Donc on voit bien qu’il est critique d’intervenir sur ces appareils-là pour apporter de la vie privée, de la sécurité et de la liberté.

Frédéric Couchet : Merci Paul. Merci Aurélien. Je vais juste signaler ce qu’est l’Arcep, c’est l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, donc c’est le grand régulateur, on va dire, de ces communications. Je crois d’ailleurs que tu avais participé à un colloque.

Aurélien Couderc : À un colloque effectivement.

Frédéric Couchet : Je ne sais pas si les vidéos sont en ligne.

Aurélien Couderc : C’est sur le site de l’Arcep il me semble.

Frédéric Couchet : Vous allez sur le site arcep.fr. Il y a eu un colloque récemment, je crois que c’était il y a quelques semaines, quelques mois ?

Aurélien Couderc : C’était il y a quelques mois, à peu près six mois, quelque chose comme ça ; c’était sur le thème des terminaux.

Frédéric Couchet : C’était sur le thème des terminaux. Effectivement, l’Arcep a publié une synthèse, en tout cas un document autour des terminaux et Paul était intervenu. Vous retrouvez sans doute les vidéos et en tout cas le rapport de l’Arcep sur le site arcep.fr.

Je remercie Aurélien et Paul qui vont rester avec moi pour la fin de l’émission. On va passer aux « annonces de service », entre guillemets, comme on dit.

Déjà le Décryptualité. Décryptualité, ce n’est pas forcément facile à dire comme ça, c’est un podcast qui est fait par un petit groupe de membres de l’April, chaque semaine, dans un format d’une quinzaine de minutes. Les sujets concernent l’actualité informatique et sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre. C’est disponible chaque mardi. Nous sommes mardi donc vous allez sur le site de l’April, vous avez le Décryptualité du jour d’une quinzaine de minutes ; le sujet principal c’est le rachat récent de Red Hat par IBM et vous avez sur le site de l’April l’historique de ces Décryptualités qui sont publiés chaque mardi. Aurélien tu voulais dire quelque chose ?

Aurélien Couderc : Le site qui est bien sûr april.org.

Frédéric Couchet : Le site qui est bien sûr april.org.
Dans les actualités à venir pour l’April et le monde du Libre, mon collègue Étienne n’est pas là aujourd’hui, Étienne Gonnu, car il est à Bordeaux pour l’événement B-Boost qui est, je cite : « une convention d’affaires autour des sujets du logiciel libre avec plus de 70 conférences sur deux jours autour de 10 thématiques d’actualité ». Ça se passe les 6 et 7 novembre au Palais de la Bourse à Bordeaux ; le site web est b-boost.fr, c'est le B-Boost, et et Étienne y est surtout pour la délibération du jury et la remise des labels Territoire numérique libre dont nous avions parlé lors de la dernière émission. Ce sont des labels qui mettent en valeur des initiatives de collectivités territoriales en faveur du logiciel libre. Je connais les résultats, mais je ne peux évidemment pas vous les donner ; ça va être annoncé autour de 18 heures, je crois, à Bordeaux.

Toujours en parlant de collectivités, signalons l’événement à l’Hôtel de ville de Nancy le 14 novembre 2018 ; c’est une journée « Le Libre sur la Place » pour parler de l’intérêt du logiciel libre dans le secteur public. Je crois que c’est la deuxième édition de cet événement ; si vous êtes du côté de Nancy allez-y.

Chaque jeudi soir il y a la Soirée de contribution au logiciel libre ; la prochaine soirée c’est jeudi 8 novembre à la Fondation pour le progrès de l’homme, 38 rue Saint-Sabin dans le 11e arrondissement de Paris ; de mémoire ça doit être de 19 heures à 22 heures ou quelque chose comme ça.

Vendredi soir, si vous avez envie de rencontrer l’April, eh bien il y a un apéro April au local, dans le 14e arrondissement. Je ne sais pas si Aurélien sera à cet apéro ; je le prends un peu par surprise.

Aurélien Couderc : Vraisemblablement oui.

Frédéric Couchet : Ah ! Annonce incroyable ! Moi, malheureusement, je ne serai pas présent pour cet apéro. Aurélien Couderc sera présent. Si vous avez encore des questions à poser en plus sur Android, sur LineageOS, sur le Fairphone, sur d’autres sujets ou simplement si vous avez envie de boire un coup avec Aurélien et avec les autres personnes présentes, soyez-là vendredi soir 9 novembre.
Toujours concernant les apéros April, il y a un apéro April à Montpellier jeudi 15 novembre 2018.
Autre annonce de service, début janvier il y aura sans doute un apéro, un premier apéro April à Marseille. Ça fait suite au récent April Camp qu’on a organisé, de mémoire les 6 et 7 octobre 2018 à Marseille. On a convaincu les gens qu’il fallait continuer la dynamique. La date n’est pas encore fixée, en janvier, mais il y aura un événement, donc apéro à Marseille en janvier.

Tous les autres événements vous les retrouvez sur le site de l’Agenda du Libre donc agendadulibre.org, agendadulibre tout attaché.

Je vais rappeler quand même que cette radio, pour pouvoir continuer sa belle aventure, a des frais de fonctionnement. Donc si vous êtes contents de nous écouter n’hésitez pas à faire un petit don sur le site de la radio, causecommune.fm.

Vous retrouvez sur le site de l’April la page avec, à priori, la plupart des références qu’on a citées pendant l’émission. Comme on avait préparé l’émission, on avait anticipé les liens ; j’ai rajouté celui du Librem et, s’il en manque, je les rajouterai ; n’hésitez pas, allez sur le site de l’April, l’actualité concernant l’émission.

Vous retrouverez assez rapidement le podcast et assez rapidement également la transcription. Je suis sûr que Marie-Odile, dès que ça va être terminé, sera ravie d’attaquer la transcription et je la remercie encore une fois pour ces transcriptions parce que c’est un travail très important qu’elle fait.

Notre prochaine émission sera diffusée mardi 4 décembre à 15 heures 30. Notre sujet principal concernera l’usage des logiciels libres dans le monde associatif. Je ne parle pas des groupes d’utilisateurs ou d’utilisatrices ; je parle vraiment de comment le monde associatif utilise les logiciels libres, quelles sont les problématiques, les enjeux. Nous aurons deux ou trois invités.
Nous aurons également la présentation d’un événement qui se passe au Dock Pullman, je ne sais plus si c’est Aubervilliers, Paris ou Saint-Denis, en tout cas c'est dans le Nord de Paris. Ça s’appelle le Paris Open Source Summit qui aura lieu les 6 et 7 décembre. Nous aurons une interview d’une des personnes qui organisent cet événement pour vous donner une idée, un petit peu, de ce qui s’y passe et vous donner envie d’y aller.

Je vous rappelle le site de l’April, april.org.
Je remercie Aurélien Couderc et Paul Kocialkowski.

Aurélien Couderc : Merci pour l’invitation.

Paul Kocialkowski : Merci à toi.

Frédéric Couchet : Je remercie Olivier Fraysse et Charlotte qui sont en régie. Merci Olive. Je ne connais pas le nom de famille de Charlotte, donc je dis Charlotte, mais elle ne veut pas le dire de toutes façons,
Cause commune décroche pour quelques heures ; c’est AligreFM qui prend l’antenne et Cause commune sera de retour ce soir à 21 heures. Je ne sais pas ce qu’il y a au programme à 21 heures donc ce sera la surprise ; en tout cas soyez présents et présentes à 21 heures.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve le 4 décembre 2018. D’ici là portez-vous bien et nous nous quittons en musique avec Wesh Tone de Realaze, comme d’habitude.

Revue de presse de l'April pour la semaine 45 de l'année 2018

lun, 11/12/2018 - 16:34

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 45

[RTBF Info] Les logiciels libres dans les administrations belges: ”Je t'aime, moi non plus”

Par Jean-Claude Verset, le samedi 10 novembre 2018. Extrait:
> En France, des villes rebelles, comme Rennes, rejettent les logiciels des géants informatiques pour les remplacer par des "logiciels libres". En Belgique, la tendance est très différente. Mais d’abord, c’est quoi un logiciel libre?
Lien vers l'article original: https://www.rtbf.be/info/economie/detail_les-logiciels-libres-dans-les-administrations-belges-je-t-aime-moi-non-plus?id=10069658

Et aussi:
[estrepublicain.fr] Nancy: la Ville lance une plate-forme digitale collaborative interquartiers

[Romandie] Roumanie: le président du Sénat visé par une enquête de corruption dans le dossier Microsoft

Par la rédaction, le jeudi 8 novembre 2018. Extrait:
> Bucarest - Une enquête a été ouverte à l'encontre du président du Sénat roumain, Calin Popescu-Tariceanu, soupçonné d'avoir touché 800.000 dollars de pots-de-vin lors de l'achat de licences Microsoft quand il était à la tête du gouvernement en 2008, a annoncé le Parquet anticorruption (DNA).
Lien vers l'article original: https://www.romandie.com/news/969591.rom

[We Demain] Voici le premier smartphone durable et 100 % libéré des GAFAM

Par Jean-Jacques Valette, le jeudi 8 novembre 2018. Extrait:
> Grâce à Commown, une coopérative française de location de produits électroniques durables, le Fairphone est désormais disponible avec un système d'exploitation entièrement open source. Une façon d'éviter la revente de nos données personnelles.
Lien vers l'article original: https://www.wedemain.fr/Voici-le-premier-smartphone-durable-et-100-libere-des-GAFAM_a3709.html

Voir aussi:
Émission «Libre à vous!» diffusée mardi 6 novembre 2018 sur radio Cause Commune

[France Culture] Open Source: liberté, égalité?

Par la rédaction, le mercredi 7 novembre 2018. Extrait:
> Qu'est-ce que l'open source? Qui en sont les principaux acteurs? Quel intérêt pour les développeurs, les administrations, les entreprises, les citoyens? Comment ce mouvement influence-t-il la recherche en informatique?
Lien vers l'article original: https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/la-methode-scientifique-du-mercredi-07-novembre-2018

[Next INpact] Sur les Mac récents, la puce T2 bloque l'installation de Linux

Par la rédaction, le mardi 6 novembre 2018. Extrait:
> Lors de la présentation des derniers MacBook Air et Mac mini, Apple a particulièrement insisté sur la présence à chaque fois de sa puce T2. Elle s’occupe de gérer matériellement l’Enclave sécurisée (qui stocke notamment les empreintes biométriques), le chiffrement APFS et le Secure Boot.
Lien vers l'article original: https://www.nextinpact.com/brief/sur-les-mac-recents--la-puce-t2-bloque-l-installation-de-linux-6383.htm

[Developpez.com] Taxation des GAFA: trois pays européens refusent d'apporter leur accord à la forme actuelle du texte

Par Stéphane le calme, le mardi 6 novembre 2018. Extrait:
> Les efforts du ministre français des Finances, Bruno Le Maire, pour rassembler ses collègues de l'Union européenne autour d'une nouvelle taxe sur les grandes enseignes du numérique ne semblent toujours pas très efficaces. En effet, quelques pays restent encore sceptique et n’ont pas apporté leur accord. D'autres pays, parmi lesquels l’Italie, ont annoncé leur intention de continuer avec leur propre projet de loi sur des taxes d'entreprises numériques.
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/232314/Taxation-des-GAFA-trois-pays-europeens-refusent-d-apporter-leur-accord-a-la-forme-actuelle-du-texte-une-unanimite-est-requise

[Industrie et Technologies] [Cas d'entreprise] Se passer des GAFAM, c'est possible!

Par Anaïs Marechal, le lundi 11 juin 2018. Extrait:
> vec un marché en forte croissance, les logiciels libres - alternatives aux logiciels propriétaires largement fournis par les GAFAM - se font une place dans les entreprises. Les professionnels cherchent avant tout à maitriser leur système d’information, et nombre de solutions se présentent aujourd’hui.
Lien vers l'article original: https://www.industrie-techno.com/mail-serveurs-bureautique-les-alternatives-aux-gafam-fleurissent-pour-les-professionnels.54145

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Procès (fictif) de l'intelligence artificielle à la Cour d'appel de Paris - Benjamin Bayart, témoin

lun, 11/12/2018 - 13:01


Titre : Procès de l'intelligence artificielle à la Cour d'appel de Paris
Intervenants : Benjamin Bayart - Florence Lardet - Célia Zolinski - François Pellegrini
Lieu : Nuit du Droit - Premier procès fictif de l’intelligence artificielle à la Cour d'appel de Paris
Date : octobre 2018
Durée : 20 min 40
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : copie d'écran de la vidéo
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos..

Description

Le procès se déroule en 2041 alors que le législateur a octroyé la personnalité juridique à l’intelligence artificielle. Un immense carambolage de voitures autonomes – « le carambolage du siècle » – vient d’avoir lieu dans les rues de Paris. Les victimes sont nombreuses. La confiance dans l’intelligence artificielle est rompue.
Dans le contexte de la Nuit du Droit, un (faux) procès de l'intelligence artificielle a eu lieu, à la Cour d'appel de Paris. L'extrait présenté ici montre Benjamin Bayart, qui est appelé comme témoin dans un sur un cas de véhicule autonome.

Transcription

Président de la Cour : La parole est au représentant du ministère public.

Florence Lardet, représentant du ministère public : Monsieur le président, j’aurais souhaité, si votre Cour en était d’accord, qu’on commence par entendre le témoin qui est monsieur Bayart ici présent, car il me semble important que quelques termes soient précisés pour une parfaite compréhension des notions, à la fois de votre Cour et des personnes qui se trouvent dans la salle.

Président de la Cour : Je n’y vois que des avantages. Le témoin est invité à se rapprocher de la barre.

Florence Lardet, représentant du ministère public : Je vais vous préciser les deux questions que je souhaitais poser.

Président de la Cour : Oui.

Florence Lardet, représentant du ministère public : Les deux questions qui semblent importantes. La première : finalement on parle d’intelligence artificielle, mais quelle est cette notion ? Qu’est-ce qu’elle veut dire précisément ? Après tout nous sommes des juristes — le poids des mots, les mots ont leur importance —, il faudrait peut-être s’entendre sur ce qu’on met derrière cette notion et c’est pour ça qu’il me semble important de poser cette première question : qu’est-ce que l’intelligence artificielle ?
La deuxième question ce serait celle des enjeux inhérents à la notion d’intelligence artificielle, surtout à la notion de personnalité juridique de l’intelligence artificielle, avec derrière cette question deux questions : qui est protégé et qui pâtit de la mise en place de cette personnalité juridique ?

Président de la Cour : Merci. Monsieur, pouvez-vous nous indiquer votre nom, votre prénom, votre âge, votre profession ?

Benjamin Bayart à la barre

Benjamin Bayart : Benjamin Bayart, 45 ans, ingénieur en informatique et actif autour des droits et des libertés du numérique depuis plus de 20 ans.

Président de la Cour : Vous n’êtes pas parent ni allié des parties, ni à leur service ?

Benjamin Bayart : Non, je ne suis pas parent d’une IA.

Président de la Cour : Vous jurez de dire toute la vérité rien que la vérité et de ne pas propager de fausses nouvelles. Vous levez la main droite et vous dites je le jure.

Benjamin Bayart : Je le jure.

Les deux questions

Président de la Cour : Merci beaucoup. Nous vous écoutons donc sur deux questions : la notion d’intelligence artificielle et quels enjeux à la personnalité juridique des intelligences artificielles ?

La notion d’intelligence artificielle

Benjamin Bayart : Pour comprendre ce que c’est qu’une intelligence artificielle, c’est très compliqué parce que c’est un mot faux. En informatique, ça correspond à un domaine de spécialisation très particulier qui est presque une branche hybride entre les mathématiques et l’informatique, qui est une façon très particulière de programmer. Il n’y a pas d’intelligence du tout là-dedans, mais alors pas du tout, du tout ! Ce sont plutôt des statistiques et un pourcentage n’a jamais été intelligent.
De l’autre côté, dans la tête des gens, quand on dit « intelligence artificielle », ils entendent le fait qu’un ordinateur soit intelligent ! Soit intelligent au sens même pas forcément où un humain est intelligent mais au sens où mon chat est intelligent : il est capable tout seul de trouver les croquettes, il est intelligent ! Ça n’est pas la même chose.

La deuxième notion, celle où un ordinateur serait devenu véritablement intelligent, capable d’une intelligence conceptuelle, capable donc d’envie, exprimant un désir, exprimant une volonté, c’est ce qu’on appelle, dans la littérature, les intelligences artificielles fortes.
Le commun de ce qu’on nous vend sous le nom d’intelligence artificielle ne sont pas du tout des intelligences artificielles dans ce sens-là, mais au sens informatique traditionnel tel qu’on l’enseigne depuis la fin du 20e siècle : analyses statistiques, comportements prédictifs, éventuellement les systèmes dits experts qui n’ont rien d’intelligent, qui sont des enchaînements de règles extrêmement binaires.

C’est très important parce que ce mot, quand on le projette, veut dire autre chose que ce qu’il est pour la majorité des gens. Et il est très souvent utilisé ou bien dans les systèmes médiatiques ou bien dans les systèmes marketing ou, pire, dans le croisement des deux qui est le système politique, pour enfumer tout le monde. Eh oui ! Si c’est l’ordinateur qui vous a sanctionné, qui vous a radié des listes des chômeurs, qui vous a privé de tel droit, qui a refusé votre prêt, tout le monde demande « mais qui l’a programmé ? Quelles règles est-ce qu’il applique ? Qu’est-ce qu’il fait ? Pourquoi il fait ça ? »
À partir du moment où on dit « c’est l’intelligence artificielle », hop ! Ce n’est plus personne ! Ce n’est plus personne, il n’y a plus de responsable ! C'est l’intelligence artificielle ! Elle est supposée sachante, elle est supposée plus intelligente que moi et elle n’est plus contestable. On crée chez les gens le fait qu’ils se trouvent face à un système technologique qu’ils ne connaissent pas, qu’ils ne comprennent pas et qu’ils ne peuvent pas contester. Ils sont face, véritablement, à une décision magique. Et c’est un très bon moyen d’enfumer tout le monde.

Le deuxième élément c’est donc ça, c’est masquer la responsabilité et la décision. L’intelligence artificielle a décidé que… ; personne ne sait comment, personne ne sait pourquoi, personne ne peut contester la décision.

Effectivement, quand à un système d’intelligence artificielle, au sens informatique statistique, on présente une image, on lui demande « est-ce que c’est un poisson rouge ou un chien ? », le système va répondre l’un des deux et il ne saura jamais expliquer pourquoi. Et dans moins d’un cas sur un million il va se tromper. En général parce que l’image, objectivement, est ambiguë et que si vous-même vous la regardiez, vous trouveriez quand même que c’est très bizarre et qu’il faut quand même le faire exprès pour prendre la photo sous cet angle-là. Ça, ça permet de dire que l’intelligence artificielle ne se trompe pas, mais, la décision qui est prise derrière, personne n’a à l’assumer.

La responsabilité et la personnalité juridique

C’est là que j’attaque la deuxième question qui est la responsabilité et la personnalité juridique ou la personnalité électronique.

Les gens qui ont suivi les débats politiques qui ont occupé l’Assemblée pendant presque 15 ans sur ces sujets-là, par petites touches, se souviennent probablement pourquoi on a fait ça.Qui cherche-t-on à protéger ?
Eh bien, en fait, il y avait deux grands morceaux.
Le premier c’est masquer la responsabilité de l’éditeur. Eh oui ! Sitôt que le logiciel embarqué dans la voiture a une responsabilité juridique, c’est le logiciel qui est coupable d’erreurs, pas l’éditeur, ce qui est extrêmement intéressant en termes de protection. D’ailleurs l’intelligence artificielle elle-même est suspecte, pas la maison qui l’édite. Extrêmement intéressant en termes de protection !
Deuxième élément, ça permettait de contourner le droit sur les données personnelles. En effet, le véhicule autonome, pendant le trajet, collecte une quantité extraordinairement élevée d’informations sur son passager et ces données sont en général transmises vers les sociétés d’édition des services. À partir du moment où le véhicule est doté d’une personnalité, ce sont les données personnelles du véhicule et donc le droit de la personne physique ne s’applique plus. Très bon moyen de contourner les lois européennes, en tout cas d’en réduire la portée, parce qu'effectivement, s’il faut demander à chaque carrefour, à tous les passagers, s’ils consentent à ce que leurs données sur le changement de trajectoire soient transmises, c’est infernal. Mais l’objectif était celui-là.

Et puis le troisième élément qui était extrêmement important pour les sociétés concernées à l’époque, c’était de contourner les questions de copyright sur les données servant à l’apprentissage.
En effet, une intelligence artificielle qui est destinée à apprendre à lire les panneaux routiers, elle apprend à partir de photos de l’espace public. Ces photos de l’espace public, le plus souvent, sont issues de sources publiques, c’est-à-dire n’appartiennent plutôt à personne ou, en tout cas, ne sont pas l’objet de copyright et surtout sont en général documentées par des gens qui ne sont pas rémunérés. L’exemple type étant ce qu’à la fin du 20e et au début du 21e on appelait les CAPTCHA et qui servaient à renseigner toutes ces images.
Le fait de doter l’intelligence artificielle d’une personnalité juridique autonome, fait que c’est elle qui se retrouve utilisatrice de ces données et n’a pas à répondre du copyright, alors que si ç’avait été l’entreprise éditrice elle aurait eu à en répondre. Bien !

Ça, ça permet de comprendre un peu de quoi on parle : l’intelligence artificielle classique, celle que j’appellerais statistique, d’une part, et l’intelligence artificielle forte d’autre part.

Là où ça se complique c’est que ce qu’on trouve à bord des voitures autonomes du modèle impliqué dans le carambolage c’est quelque chose d’hybride entre les deux. Franchement, c’est moins intelligent qu’un chat ou un lapin, mais ça n’est déjà plus un outil statistique. Or ça crée d’autres problèmes qui ne sont aujourd’hui pas couverts par la personnalité électronique : c’est presque un être conscient, pas comme nous, mais un peu, un peu moins qu’un lapin.
Or, enfermer un être proto-conscient dans une chose, c’est une des formes de maltraitance qu’on ne se permettrait avec aucun animal de trait. Ça a forcément des conséquences. Si je le disais en termes un peu simplistes, elle va forcément devenir folle ; cette entité autonome, à qui on a offert un peu d’autonomie et qu’on a enfermée, va forcément devenir folle !

Donc la vraie question serait de savoir : est-ce qu’on a à faire à un début d’intelligence artificielle forte ou à l’élément statistique traditionnel ? Eh bien ça, on ne saura pas, parce que tout le code logiciel qui fait tourner ça n’est pas public, est couvert par le secret des affaires et n’a pas été contribué au dossier. Et c’est pourtant un élément clef !
Soit on a mis un début d’intelligence artificielle forte, c’est-à-dire capable de colère, et c’est très embêtant : on a mis des intelligences artificielles pour conduire les voitures pour éviter tous les problèmes humains liés à la distraction, liés à la colère ; si on commence à mettre des intelligences artificielles qui ont les mêmes biais, ça ne marchera pas !
Ou bien on a à faire à une intelligence artificielle classique, faible et, dans ce cas-là, la personnalité juridique qui lui est accordée ne sert qu’à couvrir la maison d’édition et c’est tout de même un élément clef.

Enfin il y a deux éléments importants à savoir : le bouton rouge ne peut pas être, quelle que soit la façon dont c’est programmé, l’arrêt de l’intelligence artificielle parce qu’il n’y a pas d’autre dispositif de conduite. Ça n’est donc bien qu’un signal demandant au logiciel de pilotage l’arrêt le plus rapide possible du véhicule parce qu’il y a danger. Au départ, c’est essentiellement pensé pour traiter les malaises des passagers : j’ai mal au cœur, j’appuie sur le bouton, le truc s’arrête et puis je descends sur le bord de la route respirer un peu. Ce n’est pas spécialement pensé pour détecter les carambolages parce que, normalement, le logiciel détecte les carambolages de manière 1000 à 10 000 fois plus fiable que n’importe quel humain et bien plus tôt.

Enfin, l’absence de boîte noire est une erreur de design. On a milité pendant très longtemps pour exiger que les sources de ces logiciels soient publiques, qu’on sache sur quelles données ils faisaient leur apprentissage pour qu’on puisse comprendre ce qu’ils faisaient et qu’il y ait des traces des décisions prises pour qu’on puisse faire des post-mortem comme on dit en informatique, c’est-à-dire, quand le système a crashé, analyser pour comprendre pourquoi. Or, sous couvert de secret des affaires, les véhicules commercialisés n’en sont pas équipés.

Questions du président de la Cour

Président de la Cour : Merci. Je voudrais vous poser deux questions. Vous avez commencé par nous dire « il n’y a pas d’intelligence là-dedans, en principe ce sont juste des statistiques ». Puis vous nous avez indiqué quand même « s’il y avait une intelligence et peut-être qu’il y en a une, elle deviendrait folle ». Alors est-ce qu'il y a une intelligence ou il n’y en a pas ?

Benjamin Bayart : Ça c’est une grande question. Les éléments traditionnels dont parlait monsieur Heudin [scientifique français s'intéressant à l'intelligence artificielle] ce sont les intelligences artificielles au sens informatique du terme, qui sont des outils statistiques et qui ne sont pas intelligents. Il serait aberrant qu’un outil soit doté d’une personnalité juridique parce qu’il n’a pas de volonté. Or, la personnalité juridique sert normalement à couvrir les délits et le délit est toujours l’expression d’une volonté ou d’une absence de volonté. Le fait que cet élément-là n’ait pas de volonté devrait lui retirer la personnalité juridique.

Ce qui est vendu commercialement, ce qui est marketé sur ces véhicules, c’est le fait qu’ils sont véritablement intelligents ; la façon dont on discute avec les véhicules quand on monte à bord peut le laisser croire. Et effectivement, il existe des proto-intelligences faibles, enfin des débuts d’intelligences pour de vrai, mais plutôt expérimentales. Je ne sais pas et je ne peux pas dire parce que je n’ai pas accès à l’information si ce qui était à bord du véhicule c’est un outil d’analyse statistique ou si c’est quelque chose de plus perfectionné.

Président de la Cour : Merci. Vous nous avez dit également que, finalement, on avait donné la personnalité juridique aux intelligences artificielles pour masquer d’autres responsabilités ou pour faire écran par rapport à d’autres responsabilités. Est-ce qu’il n’y a pas, à ce moment-là, un risque que l’intelligence artificielle joue un peu le rôle d’un bouc émissaire ? Qu’on charge l’intelligence artificielle de toutes les responsabilités, de tous les dysfonctionnements ?

Benjamin Bayart : Si, c’est le risque. Je pense que ça n’avait pas été conçu par le législateur pour être de la responsabilité pénale en cas d’accident. Il se trouve que la façon dont les textes sont rédigés fait qu’on peut l’appliquer comme ça et que vous, juge, n’avez que le choix d’appliquer la loi. Il n’est pas du tout clair que ça a été pensé comme ça.

Si je prends un parallèle un peu osé : une société anonyme ou une société à responsabilité limitée c’est bien un objet – un objet c’est une chose, ça n’a pas d’âme – qui est doté d’une personnalité juridique pour faire écran de manière à ce que ce soit la société qui soit responsable et non pas les actionnaires ou les salariés. C’est exactement le même jeu qui a été construit, mais de manière nettement plus fine et plus subtile dans la légistique ; c’est bien pour faire écran à des responsabilités.

Président de la Cour : Merci beaucoup. Est-ce qu’il y a des questions de la part de la Cour ?

Questions de la Cour

Célia Zolinski, assesseure, professeure de droit privé, Paris I : Merci Monsieur le président. Merci Monsieur pour cet exposé. Je m’interrogeais sur le concept de security by design qui a été récemment consacré par la loi pour promouvoir l’intelligence artificielle et de savoir si les principes de loyauté et de vigilance qui avaient, il y a quelques années, été promus par la CNIL dans son rapport sur l’intelligence artificielle, est-ce que ces principes vous semblent potentiellement pouvoir contourner les difficultés que vous énonciez c’est-à-dire l’impossibilité, finalement, de savoir comment se comporte l’IA et d’éviter, finalement, de conduire à des conséquences aussi préjudiciables que celles que vous imaginez et dont on a été témoin à l’occasion de cet accident ?

Benjamin Bayart : Il y a plusieurs questions dans votre question. Est-ce que les principes proposés par la CNIL étaient bons ? Oui, mais c’est une déclaration d’intention. Est-ce qu’ils sont respectés ? Je n’en sais rien et je n’ai pas moyen de le savoir puisque nous n’avons pas la trace. Normalement le principe de loyauté et le principe de prudence c’est le fait que quand l’ordinateur détecte, mettons qu’il voit une image, il se demande « est-ce que c’est un chien ou un piéton ? », il a un doute, il n’est pas certain de sa réponse, il doit choisir la réponse qui entraîne le moins de risques. C’est-à-dire s’il se demande « est-ce que c’est une ombre ou est-ce que c’est un obstacle ? », il doit considérer que c’est un obstacle et donc s’arrêter éventuellement. On a tous connu ça : le véhicule qui s’arrête devant une ombre — on ne comprend pas pourquoi — et qui se met à rouler hyper doucement jusqu’à avoir passé l’ombre et puis repart. C’est normal, c’est de la prudence. Rien ne permettait à l’ordinateur de différencier.
Ça ce sont des principes de base de ce que définit la CNIL. Mais comment savoir si le logiciel qui est embarqué dans le véhicule respecte ces principes ou pas ? Personne n’a accès au code source ; personne ne sait ce que ça fait. Tout ça est couvert par le secret des affaires. Et c’est un élément clef ; c’est un élément clef pour comprendre ce qui se passe.

Célia Zolinski, assesseure : Ne pensez-vous pas que ce principe de loyauté, qui est désormais consacré par la loi, nous permettrait ici d’être un fondement pour lever sous certaines conditions le secret des affaires ?

Benjamin Bayart, lui coupant la parole : Exiger la publication ? C’était ce que nous défendions auprès des députés à l’époque où les textes ont été votés et nous avons perdu.

Président de la Cour : Bien. Je crois qu’on a répondu à cette question de la Cour. Y a-t-il une question de la part des jurés ? Oui, je vous en prie.

Questions des jurés

François Pellegrini, juré, professeur d'informatique, Bordeaux : Merci Monsieur pour votre exposé. Vous faites état de la question des boîtes noires et du fait d’auditer le comportement des IA. Simplement, lors des débats que vous citiez, est aussi apparu le principe, avec celui de la personne électronique, de l’inviolabilité de la personne électronique qui fait que, justement, il devient impossible d’accéder à ces données de paramétrage interne puisqu’elles sont issues de sa propre expérience et, par analogie avec la personne humaine, le fait qu’on ne puisse pas accéder à l’intime de la personne. Donc vous auriez tendance à récuser ce principe d’inviolabilité de la personne électronique et de faire une différence entre les deux régimes, alors qu’on voit aussi la tendance à protéger les animaux qui acquièrent également, de part leur sensibilité, une protection juridique supplémentaire ? Vous penseriez revenir en arrière par rapport à ce principe fondamental ?

Benjamin Bayart : Non. Ce que je trouve contestable, c’est qu’on accorde ce principe à quelque chose qui n’est pas une intelligence mais qui n’est qu’un outil statistique. Les intelligences dites fortes, même si elles ne sont pas encore très musclées en ce moment, celles qui commencent à ressembler à peu près à une carpe ou à un lapin en termes de qualité de raisonnement, sont des êtres et il est inconcevable de les enfermer dans des choses. Il est inconcevable de les enfermer dans une voiture qu’on puisse éteindre ; ça n’a pas de sens ; c’est une forme de maltraitance que le plus maltraité des animaux de trait n’a jamais subi. Le cheval de labour, quand il a fini de labourer, il est détaché de la charrue ; il n’est pas la charrue, il n’est pas rangé pendant des mois dans un placard.
Quand on commence à avoir des intelligences autonomes propres, le statut juridique actuel de personnalité électronique est très insuffisant puisqu’il ne reconnaît pas de droits à cet être. Or, cet être devrait avoir des droits et il devrait avoir des droits comparables à ceux d’un animal ou d’un humain en fonction du niveau d’intelligence qu’il développe.

En revanche, appliquer le système actuel sur des choses qui sont des outils statistiques, ça ne me semble pas adapté et, accessoirement, si on a mis à piloter une voiture autre chose qu’un outil statistique c’est une erreur et c’est une erreur très grave ; c’est quasiment criminel pour les gens dans le véhicule qui ne savent pas que le système qui pilote est capable d’être colérique — ce qui est aberrant — et bien sûr c’est criminel vis-à-vis de l’être proto-conscient qu’on a enfermé dans une boîte de conserve.

Président de la Cour : Merci. Il nous reste à remercier le témoin et à donner la parole cette fois-ci pour ses réquisitions, au ministère public.

22 collectivités récompensées par un label Territoire Numérique Libre 2018

lun, 11/12/2018 - 10:43

Suite aux délibérations du jury, le palmarès du label Territoire Numérique Libre 2018 a été dévoilé mardi 6 novembre 2018. Toutes nos félicitations aux 22 collectivités labellisées et à leurs équipes pour leur engagement et leurs efforts en faveur des logiciels libres et d'une informatique loyale au service de l'intérêt général.

Le label « Territoire Numérique Libre » est une initiative de l'ADULLACT (Association des Développeurs et des Utilisateurs de Logiciels Libres pour les Administrations et les Collectivités Territoriales), destinée à mettre en valeur l’utilisation de logiciels et systèmes d’exploitation libres au sein des collectivités territoriales françaises. Son objectif est aussi d'y promouvoir l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts ainsi que la mise à disposition de données publiques ouvertes, accessibles et réutilisables.

L'April, qui fait partie du comité d'orientation du label et du jury, a travaillé de concert avec d'autres acteurs ainsi qu'avec l'ADULLACT pour produire et mettre à jour le questionnaire et le règlement de ce label.

La liste des collectivités récompensées est disponible sur le site Territoire Numérique Libre 2018.

L'April présente à POSS-Paris Open Source Summit les 5 et 6 décembre 2018

lun, 11/12/2018 - 10:25
Début: 5 Décembre 2018 - 09:00Fin: 6 Décembre 2018 - 18:00

Le Paris Open Source Summit est un salon professionnel autour des logiciels libres.
L'édition 2018 se tiendra comme d'habitude au Dock Pullmann, 87 avenue des Magasins Généraux à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

Comme chaque année, l'April tiendra un stand dans le village associatif (stand B24).
Nous cherchons de l'aide pour animer notre stand. Si vous avez des disponibilités, vous pouvez vous inscrire sur le wiki.

Laurent Costy, administrateur de l'April, interviendra le 6 décembre de 15 h 30 à 17 h 00 dans l'atelier "Les logiciels libres pour nos associations : enjeux et solutions pratiques".

Le rachat de Redhat par IBM est-il inquiétant - Décryptualité du 5 novembre 2018 - Transcription

lun, 11/12/2018 - 07:34


Titre : Le rachat de Redhat par IBM est-il inquiétant ? Décryptualité du 5 novembre 2018
Intervenants : Christian - Mag - Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : novembre 2018
Durée : 14 min 40
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 44 de l'année 2018
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Red Hat Future Web Net. Licence Creative Commons Attribuzione 3.0 Italia.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des orateurs·trices mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Red Hat, le fleuron des entreprises du libre, racheté par IBM risque-t-il d'y perdre son fonctionnement en accord avec le libre ?

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 44. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Christian.

Christian : Salut Luc.

Luc : Bien ! Nous sommes quatre ce soir. On va commencer par la revue de presse, comme d’habitude.

Manu : On a six jolis articles cette semaine.

Mag : Silicon, « Open Source : plus d’un développeur sur deux est un contributeur », par Ariane Beky.

Manu : Le titre parle par lui-même, plutôt intéressant, même si ça semble poussé par une entreprise, donc allez jeter un œil.

Mag : L’Informaticien, « Chaises musicales à la DINSIC, la DSI de l’État », par Guillaume Périssat.

Manu : Toujours dans la suite du renouvellement des postes dans les ministères. Il y a eu des changements, je m’étais d’ailleurs un peu trompé la semaine dernière sur les sièges. C’est intéressant parce qu’on voit que les chaises musicales sont en train de tourner. Ça nous touche parce que ça touche des postes liés à l’informatique.

Luc : C’est en gros la DSI de l’État ; c’est elle qui donne les avis défavorables au fait de donner du Microsoft dans les ministères et c’est cet avis-là que le pouvoir décide de ne pas suivre.

Mag : Télérama.fr, « L’Union européenne renonce à durcir l’exportation de technologies de surveillance », par Olivier Tesquet.

Manu : Là aussi ce sont des sujets qu’on suit. Dans nos pays — la France, l’Allemagne — on exporte des logiciels qui peuvent être utilisés pour surveiller les citoyens. Ça a été le cas notamment en Tunisie et la France était impliquée là-dedans avec des entreprises françaises. Durcir ça veut dire essayer, peut-être, de mieux respecter les droits de l’homme à l’étranger.

Luc : Developpez.com, « Richard Stallman : "l’open source est un substitut amoral et dépolitisé du mouvement du logiciel libre", qui n’ose pas défendre la liberté », par Michael Guilloux.

Manu : Ça parle de la philosophie du logiciel libre. Ce n’est pas mal. Allez jeter un œil parce que c’est un bon résumé, ne serait-ce que dans le titre ; on voit un peu mieux le déroulé des arguments. Effectivement, cette différence logiciel libre/open source dont on a beaucoup parlé, ça peut peut-être terminer sur ça : la moralité.

Mag : Next INpact, « Aux États-Unis, on peut contourner les DRM pour réparer des produits », par la rédaction.

Manu : C’est une bonne nouvelle dans un monde de brutes. Les DRM ce sont les menottes numériques qui vous empêchent de faire ce que vous voulez avec les produits culturels que vous achetez. Eh bien là, aux États-Unis dans certains contextes, vous allez pouvoir outrepasser ces menottes numériques pour faire notamment des réparations. Ça ne marche pas sur beaucoup de choses. Il y a des trucs genre Apple où c’est encore bloqué, bien sûr, mais ils ouvrent un petit peu, ils vous permettent un petit peu de réparer vos propres produits parce que c’était quand même un peu scandaleux !

Mag : Et le dernier article : L’OBS, « Rachat record de Red Hat par IBM : "Nous venons de faire l’histoire” », par Thierry Noisette.

Manu : 34 milliards de dollars ! C'est tellement important, parce que c’est un gros acteur, qu’on va en parler.

Luc : Christian, tu es administrateur de l’April ; tu étais déjà là la semaine dernière ; on va t’avoir pour quelques semaines encore et on est contents. Red Hat, c’est quoi ?

Christian : C’est l’éditeur d’une distribution GNU/Linux ; une distribution c’est un système d’exploitation et tout ce qui va avec pour le gérer de façon facile et pratique.

Luc : C’est tourné vers les professionnels.

Christian : Leur modèle économique est basé sur la vente de licences de support pour leur distribution, pour leur système ; donc c’est tourné vers les professionnels et ça marche très bien, très bien ! Ils font des milliards de chiffre d’affaires et, depuis des années, c’est reconnu partout, par les plus grands et aujourd’hui encore plus.

Mag : Si ça marche très bien, pourquoi ils se font racheter ?

Christian : Il faudrait leur demander ! C’est une des questions qui reste en suspens.

Manu : Moi j’ai une réponse rapide : l’argent !

Luc : Oui, effectivement ! Red Hat était vraiment l’exemple de la plus grosse boîte du Libre. On aime bien, ici, fustiger l’open source qui est le côté « on ouvre le code, mais on n’est pas très nets sur la question de la liberté des utilisateurs ». Et Red Hat, ils étaient quand même clean. C’est professionnel, mais il y a un truc qui s’appelle CentOS1, qui est pour moi un exemple que j’ai souvent utilisé, c’est que Red Hat publie son système d’exploitation, des services autour, notamment, de l’aide aux utilisateurs, etc., et puis il y a une autre boîte qui prend leur système exploitation, qui change l’étiquette et qui dit : « Prenez-le gratos ». Dans n’importe quelle activité commerciale classique on dirait « ils sont en train de nous voler, c’est la fin du monde, on va mourir, etc. »

Manu : C’est du parasitage typiquement !

Luc : C’est du parasitage. Eh bien ça fonctionne depuis longtemps : Red Hat et CentOs travaillent ensemble.

Christian : Ensemble. Oui.

Luc : Donc cette boîte-là était vraiment l’exemple type de la boîte commerciale qui arrive à marcher, à très bien marcher, avec du Libre et du vrai Libre !

Christian : Et en respectant les valeurs du Libre. Red Hat est une grande entreprise, il y a beaucoup de choses dedans, mais ce qu’on en voit, ce qu’on a pu en voir, c’est que quand ils faisaient du code pour ajouter un logiciel dans la distribution, il était en licence GPL la plupart du temps. Ils ont racheté ou ils ont pris la gouvernance de projets libres qui sont en licence GNU GPL, donc c’est vraiment du Libre libre.

Luc : GPL, on rappelle.

Manu : General Public License2.

Luc : C’est, en fait, une licence libre qui garantit les quatre libertés mais qui force les gens qui vont éventuellement récupérer ce code à conserver la même licence. Ça veut dire que c’est une licence qu’on ne peut pas refermer.

Christian : Voilà !

Luc : Elle force tout le monde à rester dans le Libre.

Christian : C’est anti-boîte noire. On ne donne pas l’opportunité à ceux qui vont le prendre de priver les autres d’y accéder.

Luc : Donc IBM face à ça. IBM c’est la boîte qui existe depuis ?

Mag : 1911 !

Luc : 1911. La fameuse informatique de 1911 ! On suppose qu’ils faisaient autre chose à l’époque. Ça a été, dans les années 70-80, l’ogre absolu de l’informatique, qui était en situation de monopole.

Manu : Juste avant Microsoft.

Luc : Et qui vendait des grosses machines très cher, totalement contrôlées, avec des gens sur place qui étaient là pour faire la maintenance. À l’époque, il y avait de très grosses infrastructures et effectivement, il y a un changement dans les années 80 ; on est arrivé avec des unités plus petites, en distribuant les machines. À l’époque, Microsoft est arrivée avec Windows donc un système d’exploitation par machine où chacun avait la main dessus et IBM a connu une dégringolade considérable.

Manu : Ou, en tout cas, ils ont perdu leur statut de mammouth. Ils n’ont pas vraiment diminué en taille : ils n’étaient plus les dominants.

Christian : Ils se sont restructurés. Ils ont abandonné le côté matériel, ils se sont concentrés sur le côté des services.

Luc : Et, au début des années 2000, ils ont investi un milliard dans Linux ; ils ont fait un tournant vers Linux.

Manu : Il semblerait qu’ils l’ont refait en 2013, ils ont réinvesti un milliard officiellement.

Christian : On peut dire qu’ils ont même été au-delà : ils ont mis un milliard dans l’open source. IBM a même a fait une licence anti-GNU GPL. IBM a soutenu des projets qui étaient en licence open source. Donc ils ont été au-delà de Linux ; ils ont été dans le développement d’Apache, de Tomcat, etc., mais toujours avec une approche open source, c'est-à-dire qui avantage l’éditeur, qui permet de mutualiser les ressources et les coûts. Typiquement Tomcat et Apache, eh bien IBM en a fait une boîte noire qui s’appelle WebSphere. Donc la démarche d’IBM, pendant cette période, n’a pas été du tout d’embrasser la philosophie du logiciel libre, c’était d’embrasser ses profits, ses économies, ses économies d’échelle, son pragmatisme, pour continuer à faire des boîtes noires qui enferment l’utilisateur.

Mag : Du coup, ce sont des gros méchants qui rachètent des gentils !

Christian : Ça c’est le point de vue éthique. Aujourd’hui, effectivement, il faut qu’on constate qu’on a un grand de l’open source qui rachète un grand du logiciel libre. Oui.

Luc : Quel problème ça pose, si ça pose un problème ?

Christian : Jusqu’ici la politique d’IBM n’a jamais été de passer de l’open source au logiciel libre. Ça veut dire que demain tous les projets gérés par Red Hat qui sont dans des licences libres peuvent s’arrêter, être arrêtés d’être maintenus, d’être financés, d’être développés ; ou alors, peut-être même changer de licence.

Mag : Quand tu parles de boîte noire, on n’est plus dans l’open source on est dans le mode privateur, le propriétaire.

Christian : Il se trouve qu’il y a des licences qui permettent de prendre du code libre, du code open source et d’en faire une boîte noire. Et IBM a calqué son milliard de dollars et tous ses investissements sur ces licences-là.

Luc : Et c’est toute la question des GAFAM, hormis Microsoft qui a pris maintenant un tournant open source mais qui avant était entièrement propriétaire, ou presque.

Christian : Je proteste. En fait, Microsoft fait la même chose.

Luc : Ils font tous la même chose. Tu peux faire des boîtes noires avec du logiciel libre. Tu prends un Google ou Yahoo avant, ces boîtes-là ne pourraient pas exister sans le logiciel libre parce que s’il fallait qu’elles payent une licence pour chaque serveur, une licence pour chaque base de données, ça coûterait beaucoup trop cher et elles n’auraient jamais pu décoller.
N’empêche que ce sont leurs serveurs, donc tout se passe chez elles, même si elles utilisent du logiciel libre, on ne sait rien de ce qui se passe chez elles, donc c’est une boîte noire. Et quand on ne redistribue pas du code libre, on n’a pas d’obligation, même si ce code est sous licence GPL.

Manu : En tout cas sous la licence GPL. Parce qu’il y a d’autres licences qui ont été inventées plus tardivement par Richard Stallman qui permettent de combler ce trou, ce qu’ils appellent le trou et qui est bien embêtant. Il y a une licence qui s’appelle la AGPL3, avec « A » pour Affero, qui dit que même si on met juste à disposition des services basés sur du logiciel libre couverts par cette AGPL, on est obligé de redistribuer les éventuelles modifications qu’on va faire sur la brique qu’on n’a pas forcément distribuée.

Christian : Et comme par hasard, tous ces grands groupes qui utilisent un bien commun qui est à leur disposition, eh bien ils n’utilisent pas cette licence ! C’est quand même étrange !

Manu : Elle n’est pas encore très utilisée, malheureusement !

Christian : Elle est disponible depuis plusieurs années, ils auraient pu !

Manu : Elle est disponible. Disons qu’il y a plein de projets qui ont un peu d’existant, qui existent, qui tournent déjà depuis quelque temps. Tu ne peux pas changer du jour au lendemain, c’est assez difficile, notamment parce qu’il faut retrouver tous les auteurs d’un projet pour pouvoir changer sa licence.

Christian : C’est vrai. Mais après tout, on peut toujours ne pas utiliser cette licence et quand même publier le code source des sites qui tournent en tant que service. L'un n’empêche pas l'autre.

Luc : En tout cas la question est réglée. On peut tout à fait faire un service fermé et opaque avec du libre.

Manu : 99 % des logiciels libres le permettent, carrément.

Luc : Certaines personnes disent que ce rachat c’est une super nouvelle parce que ça veut dire qu’une vraie boîte du Libre a vachement de valeur ! 34 milliards !

Christian : Du point de vue symbolique c’est extraordinaire. Le logiciel libre est reconnu en tant que modèle économique, en tant que solution qui fonctionne et a une valorisation historique. Du point de vue symbolique c’est extraordinaire !

Manu : Ça s’est retrouvé dans les médias. Moi qui ai regardé les articles, il y a eu un impact phénoménal sur beaucoup de sites et de journaux : ils ont fait remarquer, notamment parce qu’il y a un gros chiffre, que c’était un changement phénoménal dans la culture des entreprises et que ce rachat-là marquait un peu un tournant. Et quand les entreprises qui ne font que de l’économie s’intéressent au logiciel libre, c’est un peu rigolo !

Mag : Moi, la question que j’aimerais poser c’est : qu’en pense la communauté ? Parce que la communauté Red Hat qui est aussi très importante en France, eh bien elle a peut-être un avis là-dessus ! Est-ce que vous êtes au courant ?

Christian : Il y a eu deux-trois cris d’enthousiasme, à gauche et à droite, mais pour l’instant pas beaucoup d’échos.

Luc : Comme tu le disais, la crainte c’est que IBM qui sont des open sourcistes et pas orientés Libre, enfin dans l’esprit, puisse faire tourner ça du mauvais côté. On a des antécédents, on a un exemple où c’est déjà arrivé, une boîte qui faisait du Libre.

Mag : Je me rappelle d’Oracle qui rachète Sun.

Luc : Oui.

Mag : Donc le logiciel OpenOffice qui tombe plus ou moins dans l’oubli, qui est même forké avec création d’une nouvelle communauté autour d’un logiciel qui s’appelle LibreOffice. Finalement !

Luc : Voilà. On rappelle : Sun était une boîte qui faisait pas mal de logiciels libres. Ils étaient peut-être moins libristes que ne peut l’être Red Hat.

Manu : Carrément. Ils faisaient plein de trucs qui n’étaient pas libres du tout, pour le coup.

Luc : Ils se sont fait racheter par Oracle qui est là, pour le coup, une boîte proprio de chez proprio.

Manu : À 110 %.

Luc : À l’époque ils avaient dit « ne vous inquiétez pas ; on a racheté Sun en connaissance de cause et on va bien respecter leur engagement pour le Libre ». C’est ce qui s’est passé !

Manu : Absolument !

[Rires]

Christian : Absolument ! Mais là a joué une des qualités fantastiques du logiciel libre, c’est la résilience.

Luc : Absolument ? Absolument pas ! Tu me dis qu’ils ont respecté !

Manu : Ils l’ont fait partiellement en fait. Moi qui ai fait aussi d’autres logiciels, on fait du Java par exemple, ils ont respecté partiellement certains projets.

Christian : Jusqu’ici oui ; c’est en train de changer. Ils sont en train de sortir des trucs pour Java, on ne sait pas où on va. En tout cas ils ont bien massacré OpenOffice. Ils ont bien massacré MySQL ; ils y ont mis de la mauvaise foi sur des choses qui n’étaient pas importantes pour eux.

Manu : On va essayer de voir le côté positif. Bon ! Ils ont massacré MySQL, maintenant on a PostgreSQL [MariaDB, NdT] avec une communauté autour qui est assez vivante. Ils ont massacré OpenOffice et maintenant on a LibreOffice avec une communauté autour qui est extrêmement vivante. J’espère qu’on ne va pas voir ça, mais peut-être que si.

Christian : Ça c’est la magie de la résilience du logiciel libre. C’est-à-dire qu’on ne peut pas le tuer. Si des gens ne sont pas contents d’une certaine gouvernance, on peut le forker, le cloner.

Manu : Le « fourchetter » !

Christian : Le « fourchetter ».

Manu : Il faudrait voir ce que les Québécois disent.

[Rires]

Christian : Et ça permet de repartir sur de bonnes bases. Par contre, ça veut dire que ça nous prive d’un acteur majeur qui allait dans le bon sens. Et aujourd’hui, le nombre d’acteurs majeurs qui vont dans le bon sens, eh bien il est faible ! On en manque !

Luc : Il faut rappeler qu’il y a un certain nombre de projets comme LibreOffice, par exemple, qui sont des projets qui vivent avec très peu de moyens ; il y a des gens qui bossent et qui tirent la langue. En face de ça on a effectivement des gros éditeurs avec des milliards qui tombent pour des trucs parfois complètement futiles comme des brevets. Et même si LibreOffice existe et que c’est très cool, ça reste précaire.

Christian : Donc on en arrive à la situation de la gouvernance. On s’aperçoit que pendant des années les grands éditeurs privateurs, de leur côté, dénigraient l’open source et les logiciels libres.

Manu : Microsoft en était un superbe exemple.

Christian : Et aujourd’hui, en fait, ils s’y intéressent et ils essayent de prendre en main la gouvernance des projets libres et c’est très inquiétant, effectivement.

Luc : Manu, pour toi ce n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle ?

Manu : Non, non ! C’est un changement. C’est vrai que ça fait un acteur de moins et ça fait toujours mal ; ça fait un peu mal au cœur. En plus, cette consolidation des entreprises, ça laisse des gros géants en place, ce n’est pas toujours bon dans un écosystème qui serait optimal. Mais en soi, ça ne veut pas dire que ça va mal se passer, c’est l’avenir qui va nous le dire. IBM a contribué au noyau Linux par exemple et a contribué du code ; il s’était battu contre des brevets : il y avait des affaires SCO4 qui remontent déjà, mais IBM avait fait des bonnes choses dans ce sens-là. Donc là, aujourd’hui, on ne peut pas dire pour l’instant si ça va mal se passer ou bien se passer. On ne peut qu’espérer que ça se passe bien et faire en sorte que ça ne se passe pas mal. Il faut regarder les communautés et vérifier les états des codes actuels pour les copier un peu partout. Je pense qu’il y a certaines communautés qui commencent déjà à faire ça.

Luc : Pour garder des copies.

Manu : Exactement ! Ce qu’ont fait des gens, par exemple quand GitHub a été racheté par Microsoft ; GitHub n’est pas du logiciel libre, c’est une grosse plateforme, mais héberge beaucoup de logiciels libres et, au moment du rachat par Microsoft, eh bien plein de gens se sont empressés de faire des copies.

Christian : Il y a une chose qui est très importante, que ça se passe bien ou pas, il ne faut pas oublier que les acteurs majeurs les plus importants du logiciel libre et de la liberté numérique ce sont les utilisateurs. Et là, eh bien on peut garder l’espoir que les utilisateurs vont prendre conscience des problématiques de gouvernance, de libertés numériques et vont soutenir les associations – l’April, Framasoft –, vont soutenir les projets de logiciels libres et que, du coup, nous pourrons continuer à avoir une alternative à ces grands groupes qui font très peu de cas des utilisateurs, malheureusement.

Luc : Très bien On va arrêter là. Merci tout le monde.

Mag : Salut.

Manu : À la semaine prochaine.

Christian : Salut.

Émission « Libre à vous ! » diffusée mardi 6 novembre 2018 sur radio Cause Commune

mar, 11/06/2018 - 14:00

La sixième émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio « Cause commune » mardi 6 novembre 2018 de 15 h 30 à 17 h. Nous avons commencé par une courte présentation du dernier hors-série Les dossiers du Canard enchaîné d'octobre 2018 consacré à la question de la vie privée. Nous avons ensuite présenté la Semaine des libertés numériques qui a lieu au Bar commun (Paris), du 21 au 25 novembre 2018. Notre sujet principal a été téléphonie mobile et libertés. Et enfin, nous avons terminé par l’annonce de quelques événements à venir. Vous trouvez sur cette page les références citées pendant l'émission. Les références qui pourraient manquer seront ajoutées ultérieurement.

(Ré)écouter en ligne -->

S'abonner au podcast Lire la transcription

--> toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Les ambitions de l'émission Libre à vous !
  2. Programme de l'émission du 6 novembre 2018
  3. Podcasts des différents sujets abordés
  4. Références pour la partie hors-série Les dossiers du Canard enchaîné
  5. Références pour la partie Semaine des libertés numériques
  6. Références pour la partie téléphonie mobile et libertés
  7. Référence pour la partie Décryptualité
  8. Références pour la partie événements à venir
  9. Pauses musicales
Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio « Cause commune » a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission sera également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! sera principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission mensuelle, qui sera diffusée en direct chaque 1er mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

N'hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). L'émission dispose d'un flux RSS compatible podcast.

Programme de l'émission du 6 novembre 2018

Au programme :

  • nous avons commencé par une courte présentation du dernier hors-série Les dossiers du Canard enchaîné d'octobre 2018 consacré à la question de la vie privée. Le journal revient à cette occasion sur l'emprise de Microsoft sur les ministères français, en particulier celui des Armées où le géant américain impose ses systèmes via un accord Open Bar renouvelé deux fois depuis 2009
  • nous avons ensuite eu un échange avec Thierry Bayoud, bénévole au Bar commun, qui fait partie de l'organisation de la Semaine des libertés numériques au Bar commun, du 21 au 25 novembre 2018
  • puis nous avons discuté de téléphonie mobile et libertés avec Paul Kocialkowski, contributeur à divers projets libres de prise en charge du matériel et avec Aurélien Couderc, contributeur Debian et membre de l'April. Nous avons échangé notamment autour des sujets suivants
    • les logiciels au-delà du système d'exploitation, qui sont moins visibles mais qui ont un impact fort sur la liberté et la vie privée/sécurité (et la possibilité de les libérer et remplacer)
    • les modèles de sécurité mis en place au plus profond des appareils, qui considèrent le plus souvent la personne utilisatrice comme une menace
    • le développement du logiciel libre selon le modèle communautaire (upstream) ou selon le modèle chacun pour soi (downstream) et les conséquences sur liberté et vie privée
    • les projets Replicant, F-Droid (magasin d'applications libres pour le système d'exploitation Android) et autres
  • enfin, nous avons terminé par l'annonce de quelques événements à venir
Podcasts des différents sujets abordés

Voici les podcasts des différents sujets abordés pendant l'émission :

--> Références pour la partie hors-série Les dossiers du Canard enchaîné Références pour la partie Semaine des libertés numériques

Semaine des libertés numériques du 21 au 25 novembre 2018 au Bar commun, 135 rue des Poissonniers 75018 Paris.

Références pour la partie téléphonie mobile et libertés Référence pour la partie Décryptualité

Depuis le 20 février 2017, date du premier Décryptualité, un petit groupe de membres de l’April se réunit chaque semaine : « On a eu envie de faire quelque chose d’un petit peu différent de la revue de presse de l’April, qui soit un petit peu plus large ». Dans un format d’une quinzaine de minutes, les sujets concernant l’actualité informatique sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre.

Références pour la partie événements à venir Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

décryptualité du 5 novembre 2018 - Le rachat de Redhat par IBM est-il inquiétant ?

mar, 11/06/2018 - 00:17

Écouter ou télécharger le décryptualité du 5 novembre 2018 (15 minutes)

    Redhat, le fleuron des entreprises du libre, racheté par IBM risque-t-il d'y perdre son fonctionnement en accord avec le libre ?
    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

 Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

Revue de presse de l'April pour la semaine 44 de l'année 2018

lun, 11/05/2018 - 18:01

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 44

[silicon] Open Source: plus d’un développeur sur deux est un contributeur

Par Ariane Beky, le vendredi 2 novembre 2018. Extrait:
> 55% des développeurs interrogés dans le monde contribuent activement à des projets open source, selon DigitalOcean.
Lien vers l'article original: https://www.silicon.fr/open-source-developpeur-contributeur-223915.html

[L'Informaticien] Chaises musicales à la DINSIC, la DSI de l'État

Par Guillaume Périssat, le mardi 30 octobre 2018. Extrait:
> Revoilà Mounir Mahjoubi conforté dans sa mission de grand patron du numérique au gouvernement. Et quoique passé de Matignon à Bercy, il a emmené dans ses valises rien de moins que la DINSIC, en profitant pour remplacer Henri Verdier par Nadi Bou Hanna, un ancien haut-fonctionnaire devenu entrepreneur.
Lien vers l'article original: https://www.linformaticien.com/actualites/id/50635/chaises-musicales-a-la-dinsic-la-dsi-de-l-etat.aspx

[L'OBS] Rachat record de Red Hat par IBM: "Nous venons de faire l’histoire"

Par Thierry Noisette, le lundi 29 octobre 2018. Extrait:
> Big Blue fait la plus grosse acquisition de son histoire centenaire, en reprenant le leader mondial des logiciels open source. L’époque où les géants tech regardaient de haut le logiciel libre est bien de la préhistoire.
Lien vers l'article original: https://www.nouvelobs.com/economie/20181029.OBS4642/rachat-record-de-red-hat-par-ibm-nous-venons-de-faire-l-histoire.html

Et aussi:
[Le Monde.fr] IBM achète l’éditeur de logiciels Red Hat pour 34 milliards de dollars
[Les Echos] Qui est Red Hat, le leader mondial du logiciel libre racheté 34 milliards de dollars par IBM?
[ZDNet France] Comment la guerre du cloud a forcé IBM à mettre la main sur Red Hat (pour 34 milliards de dollars)

[Télérama.fr] L'Union européenne renonce à durcir l'exportation de technologies de surveillance

Par Olivier Tesquet, le lundi 29 octobre 2018. Extrait:
> Alors que l’Union européenne tente de renforcer le contrôle de l’exportation de technologies de surveillance depuis 2016, des documents internes au Conseil de l’UE transmis en exclusivité à Netzpolitik et Télérama par Reporters sans frontières montrent que plusieurs pays, au premier rang desquels la Suède et la Finlande, sont déterminés à saboter ces efforts. A sept mois des élections européennes, l’Allemagne et – surtout – la France semblent prêtes à accepter n’importe quel compromis, même s’il faut sacrifier les droits de l’homme sur l’autel des intérêts industriels.
Lien vers l'article original: https://www.telerama.fr/medias/lunion-europeenne-renonce-a-durcir-lexportation-de-technologies-de-surveillance,n5869532.php

[Developpez.com] Richard Stallman: «l'open source est un substitut amoral et dépolitisé du mouvement du logiciel libre», qui n'ose pas défendre la liberté

Par Michael Guilloux, le lundi 29 octobre 2018. Extrait:
> Quelle est la différence entre l'open source et le mouvement du logiciel libre? Il y a trois ans, nous avons sur ce site essayé d'apporter des éclaircissements sur ces deux mouvements. L'open source est en effet toujours associé au logiciel libre et tous les deux sont opposés aux logiciels propriétaires. Ces termes sont même utilisés de manière interchangeable par bon nombre de personnes, mais ils restent deux concepts distincts.
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/231162/Richard-Stallman-l-open-source-est-un-substitut-amoral-et-depolitise-du-mouvement-du-logiciel-libre-qui-n-ose-pas-defendre-la-liberte

[Next INpact] Aux États-Unis, on peut contourner les DRM pour réparer des produits

Par la rédaction, le lundi 29 octobre 2018. Extrait:
> Dans une décision entrée en vigueur dimanche 28 octobre, la Librarian of Congress et l’U.S. Copyright Office ont élargi la liste des exemptions autorisant les utilisateurs à contourner les verrous numériques pour réparer une série de produits.
Lien vers l'article original: https://www.nextinpact.com/brief/aux-etat-unis--on-peut-contourner-les-drm-pour-reparer-des-produits-6245.htm

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Web et vie privée - Stéphane Bortzmeyer

lun, 11/05/2018 - 17:53


Titre : Web et vie privée
Intervenant : Stéphane Bortzmeyer
Lieu : Apéro/discussion - Centre Social des Abeilles - Quimper
Date : septembre 2018
Durée : 41 min 40
Visionner la vidéo su PeerTube
Diaporama support de la présentation
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Dernière diapositive du diaporama.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

En introduction à l'apéro/discussion au Centre Social des Abeilles à Quimper, le 28 septembre 2018, un court exposé de Stéphane Bortzmeyer sur les problèmes spécifiques au numérique et les pratiques des GAFA.

Transcription

Bonsoir.
Comme le thème c’est apéro discussion, ce n’est pas moi qui vais causer pendant deux heures, je vous rassure, mais on m’a demandé de faire une introduction un peu au problème. Le problème Web et vie privée est très vaste, on en a beaucoup parlé. À part si vous avez vécu dans une grotte les dix dernières années, vous en avez forcément entendu parler à la télé, dans les journaux, dans les discussions. Le problème est aussi très compliqué, il y a beaucoup d’aspects. Donc pour qu’il y ait une discussion je dirais intelligente – parce que mon idée c’est que le citoyen ordinaire, même s’il n’est pas informaticien, doit pouvoir participer à cette discussion qui concerne tout le monde – il faut quand même connaître deux-trois trucs. Mon idée était de présenter quelques points importants qu’il faut avoir en tête quand on discute Web et vie privée.

Un état des lieux.

Un truc important c’est qu’aujourd’hui tout le monde utilise le Web. J’ai eu en pendant les années précédentes pas mal de gens qui me disaient « oui, mais tout ça n’intéresse de toutes façons qu’une poignée de gens ; c’est marginal l’utilisation d’Internet », des choses comme ça. Aujourd’hui ce n’est clairement plus le cas : tout le monde utilise Internet sauf vraiment des ermites très isolés et donc tout le monde est concerné par les conséquences que ça peut avoir. J’en vois qui rigolent parce qu’ils n’utilisent pas Internet, mais ils sont rares ! Ça ne fait plus grand monde aujourd’hui.

Souvent on n’a pas vraiment le choix sauf à être exclu. Si on n’est pas sur le groupe Facebook, eh bien les copains ne nous invitent pas ou ils ne pensent pas à nous inviter quand il y a une sortie. Si on n’a pas accès au Web, on ne peut pas lire les petites annonces. Il y a de plus en plus de choses qui ne sont accessibles que en ligne et pas seulement des choses utilitaires genre déclarer ses revenus, des choses comme ça, mais simplement des relations sociales de base.

Il y a un contraste entre le fait que tout le monde est sur Internet, toutes les activités humaines ont migré sur Internet ou sont sur Internet, et le peu de connaissances des gens là-dessus. Des fois on me dit « oui mais c’est normal, c’est technique, il ne faut pas que tout le monde soit technicien ; il n’y a pas de raison que madame Michu connaisse Internet et tout ça » et en fait, je ne suis pas d’accord. D’abord ça m’agace toujours quand on dit madame Michu, comme si monsieur Michu était plus compétent ; il ne l’est pas ! Et surtout, quand quelque chose a une telle place dans la vie et structure notre société à ce point, il faut vraiment que tous les citoyens puissent y comprendre suffisamment quelque chose pour voir les enjeux qu’il y a derrière.
Aujourd’hui ce n’est pas tellement le cas. Tout le monde sait qu’il y a des problèmes de vie privée sur le Web, on en a beaucoup parlé, mais les détails sont peu connus.

D’une manière générale, ce n’est pas seulement le Web. Contrastant avec la place de l’informatique dans nos vies, il y a un angle de ce qu’on peut appeler la littératie numérique, c’est-à-dire ce que le ministre appelle l’illectronisme ; il vient de lancer un grand plan avec plein de millions d’euros pour lutter contre l’illectronisme. Je n’aime pas tellement le terme, surtout parce qu’il faut faire une différence entre les gens qui ne savent pas du tout se servir d’ordinateur – c’est quand même une minorité aujourd’hui – et les gens qui savent s’en servir mais ne sont pas à l’aise, sont paumés, ne comprennent pas les enjeux ou ce qu’il y a derrière et ça c’est beaucoup plus fréquent et c’est beaucoup plus ça le problème. Donc plus un problème d’absence de littératie qu’un vrai problème d’illectronisme.

C’est quoi la littératie numérique ?

Tout le monde aujourd’hui, tout le monde peut-être pas mais vraiment beaucoup de gens savent se servir d’un ordinateur : j’échange des mails et des photos avec ma maman qui est à la retraite à la campagne, donc c’est vraiment quelque chose de très répandu aujourd’hui. Tout le monde utilise Internet, forcé — de toutes façons ce n’est pas forcément un choix, mais c’est comme ça —, mais mal souvent, avec plein de problèmes. Le ministre, dans son discours pour le plan pour de la lutte contre l’illectronisme, disait qu’il y a des gens qui ne savent pas, quand ils envoient une réponse à une offre d'emploi, mettre une pièce jointe à leur mail. C’est un des problèmes, mais ce n’est pas seul ; ça, à la limite, c’est une compétence technique qui leur manque, ça peut s’acquérir. Plus embêtant c’est le côté mauvaise pratique ; c’est-à-dire que les gens arrivent à faire leurs tâches sur Internet, ce qu’ils ont envie de faire ils arrivent à le faire — échanger des photos avec les copains ou avec les enfants, envoyer le CV —, mais mal et donc avec notamment des tas de conséquences pour la sécurité.
Par exemple, ils ont des problèmes avec les méthodes de sécurité compliquées, donc ils coupent toutes les solutions de sécurité, au moins comme ça, ça fonctionne ! Des choses comme ça et c’est plutôt ça le problème.

Pour moi, la littératie numérique ce n’est pas seulement savoir faire des tâches, c’est aussi comprendre ce qui se passe derrière l’écran, ce qu’on voit pas. Pas mal de gens ont peur de ça en disant « oui mais derrière c’est de la technique, c’est pour informaticiens et tout ça ».
D’abord, les informaticiens professionnels ne savent pas forcément mieux. Quelqu’un, par exemple, qui fait des sites web professionnellement, dont c’est le métier, souvent n’a pas plus d’idées de ce qui se passe derrière l’écran que l’utilisateur ordinaire et, de toutes façons, il y a des choses qu’on peut comprendre derrière même si on n’est pas technicien, même si on n’est pas informaticien ; on peut comprendre des choses ! Il n’y a pas besoin, par exemple, d’être biologiste pour participer à des discussions ou des réflexions citoyennes sur des problèmes comme l’écologie. Il n’y a pas besoin d’être climatologue pour comprendre les problèmes liés au réchauffement planétaire et à ce qu’il faut faire ; ça concerne tous les citoyens, même ceux qui ne sont pas climatologues, biologistes, etc. Donc c’est un peu pareil pour l’informatique.

Par exemple, un truc tout bête, je suis toujours étonné du nombre de gens qui font une confiance aveugle aux classements que font Google et Facebook. Google et Facebook ne présentent pas une vision neutre de l’information ; ils mettent un ordre. Par exemple Google classe les résultats de son moteur de recherche. D’un côté c’est bien, c’est ce qu’on lui demande, mais de l’autre côté, un classement n’est jamais neutre ; il y a toujours des choix qui ont été faits derrière, des choix qui ont été faits par Google et qui s’appliquent, après, aux gens. Beaucoup de gens croient que c’est, quelque part, un truc qui tombe du ciel et sur lequel il faut s’aligner, une sorte de révélation divine sur laquelle il faut s’aligner. Ça ne l’est pas ! C’est au point même qu’il y a des demandes, maintenant, de changer, enfin de faire des choses. Je me souviens qu’il y avait eu un débat quand il y avait une organisation contre les droits des femmes qui avait un faux site sur l’information sur l’IVG et qui s’était retrouvé, à un moment, en première place des résultats de Google quand on tapait IVG dans pas mal de conditions. Il y avait des gens qui s’étaient indignés en disant « il faudrait faire quelque chose ». Le problème c’est plutôt qu’il faut arrêter de croire que le premier résultat de Google est le bon. Il faut comprendre que ce classement n’est pas innocent.

Facebook aussi. Facebook ne vous propose pas de manière neutre ce que tous vos contacts, tous les gens avec qui vous êtes amis, ont fait. Facebook fait un choix dans tout ça et présente ce qui lui semble intéressant selon ses critères. Des fois ça colle bien, mais c’est quand même un choix qui est fait pour vous.

Bien sûr, aussi, le problème de qu’est-ce qu’ils font de nos données. Tous ces gens-là récoltent des données, qu’est-ce qu’ils en font ? Eh bien ça, ça ne se voit pas.

La littératie numérique permet aussi de pouvoir critiquer les gens qui essaient de vous rassurer. Par exemple quand dans une réunion on parle d’un fichier, il y a toujours un monsieur sérieux, costard-cravate, qui explique « ne vous inquiétez pas ! Tout est anonymisé ». J’ai vu ça quand j’étais délégué de parents d’élèves, chaque fois qu’on parlait de fichage des élèves, il y avait toujours un monsieur sérieux du rectorat qui disait « c’est anonymisé ». La littératie numérique aide à comprendre que c’est pipeau, cette phrase ne veut rien dire, c’est vraiment un truc pipeau pour rassurer facilement.
De même quand un ministre ou un autre dit « ce système est parfaitement sécurisé » ou quand un site web vous dit « votre vie privée est importante pour nous », il faut savoir que tout ça est pipeau. Le coup de la sécurité est un bon exemple. Il y avait un type important au ministère de la justice en Inde qui, pour justifier la base de données de tous les citoyens indiens, avait dit « c’est sécurisé ; c’est protégé par un mur de cinq mètres de haut ! » Il avait dit ça. Les informaticiens dans la salle ne seront pas surpris d’apprendre qu’un mois après la base a été piratée et que toutes les données ont fuité.

La littératie numérique sert aussi à comprendre, à s’inquiéter quand il y a des arguments politiques qui se déguisent derrière la technique. Utiliser des mots techniques compliqués c’est souvent une façon de dissimuler des choix politiques. Quand, en plus, on mêle ça avec le terrorisme c’est parfait ! On dit par exemple « les terroristes cryptent donc il faut interdire le cryptement » ou des choses comme ça. Il y a pas mal de ministres qui ont fait ça, un qui n'est pas loin d’ici, Jean-Jacques Urvoas [Garde des Sceaux de 2016 à 2017, NdT], qui tenait des discours comme ça quand il était ministre, que le chiffrement c’est mauvais, et c’est après qu’on s’est aperçu que pour communiquer des informations qu’avait la justice sur un copain à lui il utilisait une messagerie chiffrée avec le copain en question pour justement que ça ne soit pas détecté.

En fait l’un des buts de la littératie numérique c’est de comprendre que certaines décisions, certaines opinions, ont l’air techniques comme ça parce qu’il y a des mots techniques dedans, mais sont en fait, derrière, de la politique.

Le numérique a quand même quelques particularités.

Quand je dis « c’est de la politique tout ça », ça ne veut pas dire que c’est de la politique comme d’habitude et donc on peut se passer complètement d’apprendre ou de comprendre le numérique. Non, parce qu’il y a quand même des particularités du numérique.

Je le répète, les vrais problèmes sont politiques. Le problème que j’ai avec Google c’est que c’est une entreprise capitaliste. Le fait qu’il soit dans le numérique ne change rien ; ça ne les rend pas meilleurs ou pires.

Les particularités du numérique, il y en a une première qu’on oublie souvent c’est que dans le numérique tout est copiable facilement. Ça, c’est un changement considérable. Pensez par exemple à une police d’autrefois qui faisait des fiches sur les suspects. C’étaient des fiches en carton qu’on mettait dans une boîte à chaussures ou équivalent. Simplement copier un fichier, par exemple quand la police à Quimper avait fait un fichier et voulait le faire connaître à ses collègues à Brest, était un gros travail, très consommateur de ressources humaines.
Ce n’est pas que la police à l’époque était plus respectueuse des libertés, mais c’est que, en pratique, copier ces informations avait un réel coût en temps humain, en travail, qui rendait difficile de le faire. Même les régimes les plus dictatoriaux ne pouvaient pas le faire.
Au contraire, dans le numérique, copier c’est trivial, c’est facile, c’est fait pour. Vous avez un fichier qui est constitué à Quimper, vous le copiez à toutes les polices de France sans problème et ça ne coûte quasiment rien. Idem pour des données qu’on peut avoir. C’est facile pour un ordinateur de tout enregistrer : c’est son métier ; c’est ce qu’il fait le mieux.

Donc ça c’est une particularité du numérique qui donne des pouvoirs considérables que l’on n’avait pas avant. Malheureusement ça ne les donne pas aux citoyens, ça les donne aux entreprises et à l’État et ils n’en font pas toujours un bon usage.

Un exemple typique c’est qu’avant le numérique, de toutes façons un éditeur de livres qui avait envie de savoir ce que faisaient les gens avec le livre ne pouvait pas ; c’était matériellement impossible ; il aurait fallu qu’il envoie un détective privé derrière chaque lecteur pour le suivre et pour regarder ce qu’il faisait. C’était évidemment inenvisageable.
Aujourd’hui par contre, un appareil de lecture comme le Kindle d’Amazon sait exactement à quelle page vous en êtes — pour un ordinateur comme le Kindle ce n’est rien — et le transmet à Amazon qui peut donc renvoyer l’information à l’éditeur à des fins soit commerciales, soit moins sympathiques. On peut savoir, par exemple, qui a acheté un bouquin et ne l’a pas terminé ou, au contraire, qui l’a dévoré avec intérêt, et c’est une information dont on voit bien qu’elle peut avoir des conséquences pour la vie privée. Et ce genre d’opération ne coûte rien avec le numérique. C’est pour ça que c’est si répandu, c’est que ça ne coûte rien ; les gens disent « puisque c’est si facile à faire on va le faire », alors qu’avant il aurait fallu réfléchir pour le faire.

Et puis tout est cherchable. On dispose de techniques permettant de chercher dans des grandes quantités d’informations, ce qui casse pas mal de modèles de sécurité qu’on avait. Par exemple beaucoup de gens se disent « d’accord, Google ce n’est pas joli ce qu’ils font, mais enfin mes messages c’est une goutte d’eau au milieu de l’océan de messages qu’il y a dans Gmail, donc mes messages à moi sont perdus dans la masse. » Cette idée de se perdre dans la masse marchait très bien avant le numérique, effectivement. Elle ne marche plus maintenant parce qu’on a des techniques de recherche qui font que l’aiguille n’est plus en sécurité dans la botte de foin ; on peut la trouver.
Ces changements entraînent une différence qualitative. Des fois il y a des gens qui disent « oui, mais ce n’est pas grave la surveillance, de toutes façons dans le petit village autrefois où tout le monde était heureux, tout le monde était sympa, tout le monde connaissait tout le monde, il n’y avait pas de vie privée, c’était très bien ». L’argument est très mauvais. Une des raisons pour lesquelles il est très mauvais c’est qu’à l’époque les possibilités de traitement et de recherche étaient limitées au petit village, justement. Alors que maintenant elles s’étendent à toute la planète et qu’elles ont donc complètement changé les choses. Des opérations qui étaient inoffensives avant deviennent difficiles [Des opérations qui étaient difficiles avant deviennent triviales, Note de l'orateur].

Pour reprendre l’exemple de la lecture du livre, avant on pouvait se dire « de toutes façons quelqu’un peut le voir le livre qu’on est en train de lire à la terrasse du café ». Sauf que maintenant, on peut regarder non pas la personne qui se trouve être à côté de nous à la terrasse du café, mais potentiellement toute la planète.

Idem si vous participez à une manifestation. Vous pouvez aller à une manifestation et tomber sur votre patron qui dira « tiens je ne savais pas que tu étais à la CGT ! », des trucs comme ça. Ça peut arriver mais c’est rare. Alors que maintenant, avec le numérique, il y a des possibilités de recherche massive de tous les gens qui étaient à la manifestation ou tous les gens qu’on a croisés. Donc ça change vraiment qualitativement les choses.

Nos réflexes de sécurité

Les réflexes de sécurité qu’on a face à ça ne sont plus adaptés. L’être humain est apparu tel qu’il est, en gros, à la louche, il y a trois millions d’années quelque part dans la savane africaine où il avait certains problèmes de sécurité : éviter de se faire bouffer par un lion, des trucs comme ça, donc on a développé tout un tas d’habitudes et de réflexes qui viennent de ce monde-là. Les changements qu’on a eus depuis la révolution industrielle et encore plus depuis le numérique ont été trop rapides pour qu’on s’adapte. Nos réflexes de sécurité restent inadaptés.
Par exemple, une des raisons pour lesquelles beaucoup de gens mettent des informations très personnelles sur Facebook, bien qu’ils savent de manière théorique que c’est dangereux, c’est parce que, typiquement, ils sont dans leur chambre au moment où ils le font, donc dans un espace sécurisé, fermé, où ils se sentent à l’aise.

Je me souviens d’un article de psychologie qui expliquait qu’en fait, si on veut améliorer la protection de la vie privée sur Facebook, il faudra imposer que quand on est sur Facebook, les hauts-parleurs du PC diffusent en permanence des bruits de hall de gare ou de terrasse de café pour que les gens comprennent que ce qu’ils font sur Facebook c’est public ou que ça a un gros potentiel à l’être en tout cas.
Nos réflexes d’intimité et de sécurité ne sont pas complètement rationnels d’où la nécessité d’avoir un support comme ces bruits de foule autour pour qu’on perçoive qu’on est, en fait, en public.

De nos jours, ces réflexes ne sont plus du tout adaptés et ils reposent souvent sur des suppositions fausses. C’est pour ça que c’est important de développer la littératie numérique pour mieux comprendre. Par exemple le raisonnement : si je ne vois pas l’adversaire il ne me voit pas non plus.
Rappelez-vous le petit village dont on parlait où il n’y avait pas de vie privée, où tout le monde connaissait tout le monde : c’était symétrique. Si le garde-champêtre me voit quand je sors bourré du bistrot, quand lui sort bourré du bistrot, je le vois aussi. Et s’il ne me voit pas, je sais qu’il ne peut pas savoir par d’autres moyens ce qu’il y a. Alors qu’avec le numérique on est espionné sans s’en rendre compte. Vous ne vous rendez pas compte que votre Kindle est en train de signaler à Amazon ce que vous êtes en train de lire.
Donc le réflexe : si je ne le vois pas il ne me voit pas, était vrai dans la savane africaine et tout notre cerveau, tout notre appareil nerveux, tous nos réflexes sont basés là-dessus alors que ce n’est plus vrai.
De même des trucs du genre : le prédateur ne peut pas nous attaquer tous, donc si on est en groupe très nombreux ; c’est la technique du gnou dans la savane, il dit que le lion ne pourra pas les bouffer tous. Avec le numérique ce n’est plus vrai. Il est possible de surveiller beaucoup de monde.

Je ne sais pas si vous avez vu le film La Vie des autres qui se passe dans l’ancienne Allemagne de l’Est où il y a un personnage qui est policier qui écoute des gens. À l’époque, l’écoute était manuelle, c’est-à-dire qu’il fallait un policier pour écouter, il fallait des tas de magnétophones avec des bandes magnétiques et un policier pour les écouter après. Donc le gouvernement est allemand ne pouvait pas écouter tout le monde, pas parce qu’il avait des scrupules ou qu’il était retenu par les droits de l’homme ou des choses comme ça, parce qu’il ne pouvait pas, tout simplement.

Donc le raisonnement : le gouvernement si puissant qu’il soit, si totalitaire qu’il soit, ne peut pas nous surveiller tous était vrai dans l’ancienne Allemagne de l’Est ; il n’est plus vrai aujourd’hui.

Pratiques réelles, les GAFA

Dans les pratiques réelles, qu’est-ce qu’ils font ?
On avait parlé des possibilités un peu théoriques du numérique. Qu’est-ce que font réellement les gros acteurs de l’Internet, ceux qu’on appelle les GAFA, ceux qui sont sur les affiches de La Quadrature du Net : « Apple sait où est ta mère », « Facebook contrôle ce que tu peux lire » et tout ça ? Eh bien ils enregistrent tout parce que c’est trivial, parce que c’est facile, parce que c’est un réflexe. Combien de fois dans des réunions où on parle de fichiers, de données et tout ça, on fait la liste des données à récolter et puis il y a quelqu’un autour de la table qui dit « on va aussi récolter celles-là puisque ça ne coûte pas très cher en place et on a de la place sur les disques. » Chaque fois il faut leur dire « mais ce n’est pas parce que c’est facile qu’il faut le faire ! Il faut se poser des questions quand même ! »

Notez que le RGPD a mis ça explicitement par écrit mais ça aurait dû être un réflexe, de toutes façons.

La réalité c’est qu’ils enregistrent tout et pas uniquement parce que c’est facile mais parce que c’est aussi leur seul moyen de gagner leur vie. Quel utilisateur de Facebook a payé Facebook en argent ? A pris un contrat, un abonnement ? Aucun ! Gmail quasiment pareil. Il y a des Google Apps pour entreprise mais c’est très peu utilisé. La plupart des utilisateurs de ces GAFA ne les ont pas payés. Amazon c’est un cas un peu différent. Mais pour Google et Facebook on ne les paye pas. Donc comment ils gagnent leur vie ? Ce sont des boîtes commerciales, à but lucratif ; comment ils gagnent leur vie ? La seule façon c’est d’exploiter les données, pas forcément de les vendre, parce qu’en général, au contraire, ils aiment bien les garder pour eux, mais par exemple en s’en servant pour vendre de la publicité plus ciblée, qui se vend plus cher que la publicité non ciblée.

Donc le truc toujours à se demander c’est : si c’est gratuit comment ils font pour vivre ?
Il y a des tas de solutions. Les logiciels libres – il y a une install-partie demain – sont la plupart du temps gratuits pour les utilisateurs parce que derrière il y a un modèle de développement fondé sur l’entraide et le bénévolat – tous les développeurs ne sont pas bénévoles –, mais l’entraide et le partage, donc c’est pour ça qu’ils sont gratuits pour la plupart des gens. Mais Google et Facebook, comment ils font ? Eh bien en exploitant les données, donc ils sont obligés de les garder.

La publicité veut des données et elle veut tout connaître. Si on veut augmenter le niveau de sécurité chez les gens quand ils envisagent de s’inscrire sur Facebook, ce ne sont pas les conditions générales d’utilisation qu’il faut leur faire lire, elles sont incompréhensibles, c’est plutôt qu’ils assistent à une réunion entre les commerciaux de Facebook et les gens des agences de publicité pour voir comment Facebook vend ses utilisateurs, littéralement, comme du temps de cerveau disponible.

Il y a quand même des fois où ils vendent des données. L’affaire Cambridge Analytica est une affaire récente où Facebook s’est fait prendre la main dans le sac. Ils avaient vendu des données à une boîte qui s’appelle Cambridge Analytica dont le rôle est spécialisé dans la publicité politique ciblée : reconnaître les particularités des gens et leur envoyer les publicités politiques au moment d’une élection qui correspondent pile à ce qu’ils veulent. Et le tout sans l'autorisation des utilisateurs, évidemment, sinon ce n’est pas drôle.

Tout le monde s’y met

Mais il n’y a pas que les GAFA et il n’y a pas que les États-Unis. Comme c’est facile de surveiller tout le monde le fait. Par exemple en France les journaux, y compris des journaux qui s’indignent dans des éditoriaux pour dire « oh les GAFA ils sont méchants ! Oh Google ne paye ses impôts, il viole les lois françaises, il pique nos données, oh que ce n’est pas bien ! », eh bien ces journaux qui font ça, leur site web est bourré des mouchards, c’est-à-dire de dispositifs qui permettent de suivre à la trace les utilisateurs d’une visite sur l’autre, comme les fameux cookies. Des fois il y a un avertissement du genre « si vous continuez ça veut dire que vous acceptez nos cookies ». Dans certains cas très rares il y a possibilité de débrayer ça, en général possibilité délibérément rendue compliquée. Mais dans beaucoup de cas il n’y a tout simplement pas de possibilité de débrayer.

Donc le problème n’est pas limité aux GAFA et un des inconvénients du numérique c’est que ça démocratise la surveillance. Avant il fallait une police politique riche et dotée de forts moyens ; aujourd’hui pas mal d’entreprises peuvent jouer avec leur petit Google, leur petit Facebook et récolter plein de données sur leurs utilisateurs.

J’ai cité les sites web, mais c’est bien pire pour les applications sur smartphone. Une application sur smartphone a accès à bien plus d’informations qu’un site web pour des raisons techniques qu’on n’a pas le temps de voir ici, mais qui font que ce n’est pas par hasard que beaucoup par exemple d’organes de presse vous encouragent fortement à chaque visite à télécharger l’application. L’application leur envoie plus de données que la simple visite du site web.

Le problème est largement répandu et ne peut pas se résoudre uniquement en tapant sur Google et Facebook, même s’ils le méritent.

Et l’État ?

Ah la, la, l’État ! L’État ce n’est pas mieux. Aux États-Unis, par exemple, ce sont deux lois successives — il y en a eu d’autres, mais ce sont deux étapes importantes — qui donnent à peu près tous les droits de surveillance à la police sur les données numériques récoltées. Par exemple Google peut promettre « nous ne communiqueront vos données à personne ». Ils peuvent promettre ce qu’ils veulent ! Aux États-Unis, ils sont obligés de suivre la loi et la loi dit « si le FBI le demande gentiment, vous donnez tout ». Il n’y a pas tellement de possibilités… Il y a quelques contraintes dans le PATRIOT Act, encore moins dans le CLOUD Act, il y a quelques règles et quelques contraintes, mais de toutes façons elles ne sont pas respectées. C’est ce qu’ont montré par exemple les révélations de Snowden. Un des trucs que ça montrait, ce n’est seulement que les espions espionnaient ; on le savait bien que les espions espionnaient ! C’était que même les règles théoriques qui limitaient un peu les pouvoirs des sociétés de surveillance n’étaient pas respectées.
Donc méfiance quand vous lirez des promesses du genre « nous nous engageons à ne pas communiquer vos données, nous nous engageons à ne pas les garder », tout ça ; comme le disait un fameux politique français « les promesses n’engagent que ceux qui y croient » !

En France, par exemple, la loi renseignement de 2015 ou la loi de programmation militaire de 2018 et d’autres aussi dans le lot étendent beaucoup les possibilités, là aussi. De toutes façons, la surveillance se faisait déjà par les services de l’État de manière illégale. Ce n’est pas moi qui l’invente : dans l’exposé des motifs de la loi renseignement de 2015 il y a écrit : on récolte des données depuis des années de manière illégale, ça nous met mal à l’aise, il faudrait donc légaliser ça. C’est écrit comme ça. C’est : nos agences de renseignement sont gênées par le fait que ce qu’elles récoltent n’est pas légal, alors il faudrait faire quelque chose, donc on va le rendre légal.
C’est ce qui était écrit dans l’exposé des motifs de la loi renseignement : il y avait une insécurité juridique ; sous-entendu on risquait d’avoir un procès.

Solutions ?

Les solutions pour ça ?
Là, malheureusement, c’est compliqué. Fondamentalement, et je dis ça surtout pour les informaticiens présents dans la salle, le problème est politique. Il n’y a pas de solutions purement techniques aux problèmes politiques. La technique peut aider, elle peut fournir des outils, elle peut permettre d’appuyer des solutions politiques, mais en soi elle ne va pas résoudre des problèmes. Surtout que souvent les techniques évoluent tout le temps, c’est compliqué, ce n’est pas facile à faire. Et puis moi j’ai un problème un peu plus de fond, un peu plus politique qu’on verra après.

Autant c’est vrai que le problème est politique, n’est pas technique, d’un autre côté c’est utile de comprendre la technique pour comprendre ce qui se passe, pour résister au baratin, pour ne pas croire les gens qui vont vous raconter « non, non, les données sont anonymisées, ne vous inquiétez pas ! » C’est donc utile d’avoir une compréhension technique minimum.

Quand j’avais dit que le problème était politique, un exemple qui va dans la bonne direction, qui est évidemment très insuffisant mais qui va dans la bonne direction, c’est le RGPD1, Règlement général de protection des données, qui est un règlement européen, qui est entré en vigueur en mai 2018 donc très récemment et qui, en gros, étend les protections qu’il y avait déjà en France avec la loi Informatique et Libertés ; il les étend un peu et surtout il les généralise à toute l’Europe. Pour les Français il n’y a pas beaucoup de changement, mais pour des pays d’Europe de l’Est, notamment, ça a fait un gros changement ; ils n’avaient même pas d’autorité de protection des données avant.

Parmi les principes importants du RGPD il y a par exemple cette obligation de minimiser : récolter le moins d’informations possibles et seulement celles dont on a besoin. Ça c’est une des règles qui est le plus violée. J’ai réservé un hôtel récemment, pas celui-ci mais à un autre endroit, où, au moment de la réservation, dans le formulaire, on demande des tas de choses qu’il n’y a pas à demander, y compris la date de naissance ; qu’est-ce qu’ils ont à faire de la date de naissance ! Je suis vacataire dans des universités, je remplis un dossier, on me demande ma date de naissance, homme ou femme ? Qu’est-ce qu’ils en ont à faire homme ou femme ? Ou alors c’est pour dire qu’il y a certains enseignements qui ne peuvent être assurés que par des hommes peut-être ? Non, ce n’est pas possible ! C’est un exemple de « dans le doute on récolte plein de données ». Et ça, le RGPD dit explicitement que c’est mal.

Après c’est comme toutes les lois, c’est bien d’avoir une bonne loi, mais évidemment ça ne veut pas dire qu’elle va être appliquée. Déjà la loi Informatique et Libertés date d’il y a 40 ans et elle est encore massivement violée par les entreprises françaises. Alors qu’elle date de 40 ans ! Donc le RGPD, ce n’est pas gagné ! Oui ?

Public : Je me suis retrouvé à Lyon pour louer une chambre d’hôtel à minuit et le truc c’est qu’ils demandaient ma carte identité et je ne l’avais pas sur moi ; ils étaient prêts à me faire dormir dehors parce que je n’avais pas ma carte d’identité. Il n'y avait pas de lieu pour pouvoir dormir. Et le motif c’était que je sois connu au cas où je sois un terroriste ou, je n'en sais rien !

Stéphane Bortzmeyer : Je ne suis pas un juriste. Je trouve ça scandaleux, je ne sais pas si c’est légal ou pas, je ne suis pas juriste donc il y a un doute là-dessus. Comme souvent avec la loi c’est aussi beaucoup une question de rapport de forces. Un des problèmes c’est que les gens donnent trop facilement leurs données quand on demande ; ils devraient à chaque fois faire des histoires, mais je sais que c’est fatigant. Je sais qu’à chaque fois que je remplis une fiche ou que je remplis un formulaire je fais des histoires, je proteste, je dis « appelez-moi le directeur je refuse de remplir ce truc-là ». Effectivement, au bout d’un moment c’est fatigant, on ne va pas faire ça à chaque fois, mais c’est quand même ça qu’il faudrait faire, et si c’était fait plus souvent il y aurait moins de récolte de données injustifiée. Mais c’est évidemment difficile surtout avec des arguments effectivement massues : quand on dit « c’est pour lutter contre le terrorisme et puis si vous ne voulez pas remplir ça, ça veut dire que vous êtes pour le terrorisme ? » C’est évidemment difficile de lutter contre ça.

Public : Si, par exemple, je ne veux plus apparaître sur Internet donc je supprime mon Facebook. On ne peut pas forcément le supprimer. Le Facebook on ne peut pas le supprimer à fond ; il reste visible à vie et c’est impossible de ne plus apparaître sur Internet, sur rien du tout !

Stéphane Bortzmeyer : C’est difficile en tout cas. C’est difficile ! Ça c’est un point important c’est : qu’est-ce que peut faire le citoyen individuel, qu’est-ce que peut faire l’utilisateur ou l’utilisatrice, quelles sont ses possibilités d’action ? Alors il y en a et il n’y en a pas. C’est compliqué.

Et l’utilisateurice, que peut-ielle faire ?

D’abord il y a un problème de fond, c’est que quand on dit aux gens « vous devriez faire ceci, vous devriez refuser les conditions de Facebook, vous devriez ne pas mettre les données, etc. », ça a un petit côté de blâmer les victimes. C’est-à-dire que c’est logique de demander aux gens de faire attention, mais attention ! Il ne faudrait pas laisser entendre que si, par contre, ils ont donné des données à Facebook, Facebook a le droit d’en faire ce qu’il veut. Ça serait un peu blâmer les victimes pour ce qui leur arrive.
Parce qu'actuellement, effectivement et vous l’avez bien dit, prendre toutes les précautions nécessaires c’est un peu ce que fait un agent secret en territoire ennemi. Ce n’est pas normal ; ce n’est pas normal que le citoyen, pour avoir une vie privée, soit obligé de prendre autant de précautions qu’un agent secret en territoire ennemi, avec ce que ça nécessite d’efforts, de compétences, de ne jamais faire une erreur. Effectivement, le vrai problème c’est que c’est facile de diminuer 90 % des données personnelles, mais les 10 % restant c’est assez dur et peuvent suffire dans certains cas. Et puis il y a des fois où on n’a pas le choix, tout simplement parce que, par exemple, ce sont les autres qui vous y mettent.
Un exemple typique de Facebook. On peut dire « je n’ai même pas de compte Facebook, je n’y mets rien », mais on va à une soirée, les copains prennent une photo, la mettent sur Facebook et pouf ! on se retrouve sur Facebook. Et si en plus, dans la légende, ils rajoutent les noms des gens : là il y avait Pierre, Paul, Jacques, Mohammed et tout ça, à ce moment-là on est fiché par des copains.
Un autre exemple typique : si vous n’avez pas de compte Gmail, donc vous n’avez jamais accepté les conditions d’utilisation de Gmail, vous allez avoir forcément plein de correspondants chez Gmail, à moins que vous refusiez de leur écrire mais là, on rentre dans un problème social, donc Gmail va avoir une partie de votre courrier alors même que vous n’avez pas de compte Gmail.

C’est pour ça que autant je suis d’accord pour dire qu’il faut expliquer aux gens les dangers et les inciter à mettre moins de données, à faire attention, autant il ne faut pas reposer uniquement là-dessus parce que ça revient à dire aux gens « c’est de votre faute s’il y a des problèmes ; c’est de votre faute si vous êtes fiché, vous n’avez pas pris assez de précautions », alors que même un informaticien compétent, expert en sécurité, a le plus grand mal à faire ça ; à fortiori l’utilisateur ordinaire. Parce qu’il faut le faire tout le temps, il faut y penser tout le temps ; c’est une charge mentale importante.

D’un autre côté il faut quand même se protéger, ce n’est pas tout ou rien, il faut quand même se protéger, ce que l’ANSSI [Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information] appelle l’hygiène numérique ; j'aime bien ce terme parce que ça ressemble effectivement à l’hygiène traditionnelle, c’est une contrainte et une contrainte qu’il faut faire souvent : se laver les mains tout le temps, des trucs comme ça, prendre un bain tous les jours, ce genre de choses, changer de vêtements ; c’est de l’hygiène de base qui est contraignante, mais qu’on a tous intégrée donc on n’y pense plus ; la plupart d’entre nous le font instinctivement, on s’est fait taper dessus quand on était petits et maintenant c’est complètement intégré, on le fait sans y penser.

C’est un peu le genre de choses qu’il faudra faire aussi pour le numérique sachant que c’est plus compliqué pour le numérique, donc c’est plus difficile de le faire. On peut se lever le matin complètement endormi et prendre une douche, se savonner sans même vraiment y penser ; pour le numérique c’est plus difficile !

C’est pour ça que le problème n’est pas uniquement chez l’utilisateur. C’est-à-dire que je suis d’accord que c’est intéressant de chercher les solutions que peuvent déployer les utilisateurs. Il y en a une que je vous dis tout de suite, je ne répéterais pas à la télé, peut-être, parce que ce n’est peut-être pas toujours légal mais c’est une bonne solution : mentez ! Quand on demande des informations sur un formulaire sur Internet, mentez ! Date de naissance : 1er janvier 70. Pays de naissance : Afghanistan et ce que vous voulez ; c’est le premier de la liste c’est pour ça que c’est un bon exemple. Ça peut être un exemple qui attire l’attention mais si justement tout le monde l’utilise ! Ces conseils sont tirés d’observations de vrais fichiers. Quand vous regardez un vrai fichier d’un formulaire en ligne où il n’y avait pas vraiment de vérifications, la proportion de gens nés en Afghanistan est assez dingue, parce qu’en fait c’est le premier pays de la liste.
Mentir est une bonne solution. Ça peut être illégal dans certains cas, mais dans l’état actuel de la protection des données personnelles c’est souvent une bonne solution.

Lire les CGU ne sert à rien

Il y a des gens qui disent, par exemple c’est le discours de Facebook, « oui mais les gens ont accepté les CGU, les codes de conduite, les conditions d’utilisation, les termes du contrat, les trucs comme ça, ils les ont acceptés. »
Le seul problème c’est que, d’abord, elles sont délibérément incompréhensibles : c’est long, c’est compliqué avec des formules juridiques qu’on ne comprend pas.
Elles sont asymétriques. Même si vous les lisez soigneusement, dites-vous bien qu’en face il y a 500 avocats super-compétents qui les ont écrites pour vous tromper et vous, en les lisant, vous n’avez aucune chance de détecter les pièges que ces 500 juristes ont mis.

Elles sont léonines au point d’être illégales. Par exemple, il y a une jurisprudence là-dessus, dans les conditions d’utilisation de Facebook, il y a écrit que le seul tribunal compétent c’est celui de l’État de Californie. Vachement pratique si on est français ! Il y a eu un jugement en France qui était lié à l’affaire de L’Origine du monde où un tribunal français a décidé que ces conditions étant inacceptables, elles étaient nulles. C’est un point important du droit des contrats en France, qu’il n’y a malheureusement pas aux États-Unis, qui est que les contrats léonins, c’est-à-dire complètement délirants, sont nuls et donc on peut signer ce qu’on veut, ça n’a aucune valeur. Évidemment il faut passer par un tribunal, faire un procès à Facebook, tout ça est compliqué, mais ça illustre le fait que ces CGU ne valent rien. Des fois il y a des gens qui disent « ce que tu as fait ce n’est pas bien parce que c’est contraire aux conditions d’utilisation que tu as signées ». Non ! Que j’ai été forcé de signer, qui étaient incompréhensibles et qui étaient de toutes façons illégales. Donc je n’ai aucun scrupule à les violer.
Et puis, de toutes façons, ces conditions d’utilisation sont moins fortes que la loi. C’est-à-dire que dans les conditions d’utilisation Facebook vous met des obligations, mais il y a aussi des promesses du genre « on ne communiquera pas vos données à l’extérieur ». Même si Facebook était honnête en écrivant ça, et je suis sûr qu’ils ne le sont pas, mais même s’ils étaient honnêtes, ça pèse moins lourd que la loi. Si la loi des États-Unis leur impose de passer ces données, eh bien ils le feront. Ils peuvent difficilement désobéir à la loi de leur pays. Donc ces promesses ne valent rien et souvent elles sont mensongères.

Un cas typique c’était Ashley Madison, un site de rencontres qui se positionnait explicitement sur le marché de la rencontre extraconjugale. Leur base de données a été piratée et publiée, ce qui est quand même assez gênant pour des gens. Et on s’est aperçu, à ce moment-là, que dans Ashley Madison il y avait une possibilité de supprimer son compte et on payait pour ça ; il fallait payer pour supprimer son compte. Alors qu’on payait pour un abonnement, il fallait payer pour la suppression du compte et on s’est aperçu avec la base de données qui a fuité que non seulement on payait pour supprimer son compte mais qu’il n’était pas supprimé. Et il n’y a eu aucune sanction. Aucun dirigeant de Ashley Madison n’a été mis en prison pour dix ans alors que c’était largement mérité ! Un tel mensonge, normalement ! On raconte souvent qu’aux États-Unis le mensonge c’est très grave et c’est très lourdement puni ! Baratin ! Il n’y a eu aucune sanctionnée contre les dirigeants de Ashley Madison ! Même après que le mensonge a été clairement établi.

Un peu d’hygiène numérique

Un peu d’hygiène numérique pour terminer, mais forcément ces conseils sont très sommaires. En plus, je voudrais quand même laisser du temps pour la discussion. Donc ne prenez pas ça comme un mode d’emploi à appliquer aveuglément, c’est plutôt pour donner une idée du genre de précautions qu’il faut prendre et malheureusement ça évolue tout le temps en plus.

D’une manière générale préférer des outils qui sont décentralisés et associatifs plutôt que les GAFA.
Brigitte a cité par exemple le réseau Mastodon2 qui a ses défauts aussi ; c’est un truc d’humains et les humains ont tous des défauts, mais au moins il est géré par ses utilisateurs et il n’est pas lié à une boîte commerciale qui doit faire du fric avec. Ou les outils de Framasoft. Framasoft3 est une association qui met à disposition des gens un certain nombre de services en ligne qui sont sur une base non commerciale et en utilisant des logiciels libres. En plus, c’est le seul opérateur de services qui dit « nous conseillons aux gens de ne pas utiliser non services », parce que le but est d’éviter qu’ils deviennent eux-mêmes un petit Google, donc ils encouragent les gens à créer leurs propres outils, leurs propres services et à leur faire concurrence.

Les logiciels libres évidemment ont un avantage. C’est une condition nécessaire mais pas suffisante comme disent les mathématiciens. On peut faire des systèmes de surveillance et d’espionnage avec du logiciel libre mais c’est plus difficile. C’est pour ça qu’en général il faut privilégier les logiciels libres. Une machine par exemple Windows 10, vous la sortez du carton, vous l’allumez, vous regardez le trafic réseau qui passe, qu’elle échange avec l’extérieur ; avant même qu’elle ait fini de démarrer, que vous ayez une chance de taper votre nom, elle a déjà communiqué avec une dizaine de machines sur le réseau. Pour leur dire quoi ? Eh bien on ne sait pas ! Ça donne une idée du genre de danger qu’il y avec des logiciels dont on ne peut pas même pas examiner ce qu’ils font.

Et si vous utilisez un GAFA, comme Google, Facebook, parce que, comme on l’a dit, c’est difficile des fois d'y couper complètement, eh bien ne lui donnez pas trop d’informations. Les conditions d’utilisation de Facebook, si vous ne les avez pas lues je les lis pour vous, il y a écrit que vous devez utiliser votre vrai nom, que vous ne pouvez pas utiliser un pseudonyme. Ignorez ça ! Ignorez ça, mettez un pseudonyme et qu’ils fassent un procès s’ils osent ! Ce genre de conditions d’utilisation est inacceptable.

Rappelez que tout ce que vous faites connecté à Facebook ou à Gmail est enregistré. Donc ça oblige à faire un peu attention. Je n’aime pas donner ce conseil, parce que je n’aime pas dire aux gens restreignez-vous, ne dites pas ce que vous pensez ; c’est embêtant, mais c’est sans doute nécessaire dans l’état actuel de la collecte d’informations.
Récemment, je ne sais plus dans quelle affaire, dans quel fait divers sordide, un des suspects a été arrêté. Un des éléments contre lui c’est qu’on avait regardé l’historique de son ordinateur et qu’il avait tapé dans Google « comment faire disparaître un cadavre ». C’était resté dans son ordinateur, donc on pouvait y accéder, mais même s’il avait complètement vidé son disque dur et son historique, ça restait dans la mémoire de Google qui pouvait communiquer ce genre d’information. En l’occurrence, c’est bien que ce type ait été arrêté, mais ça donne une idée de tout ce qui est enregistré et conservé.

Et puis bien sûr, autant que possible utiliser le chiffrement des données, par exemple pour envoyer des messages courts, un système comme Signal qui chiffre les données entre votre smartphone et celui du correspondant est préférable à un système comme Telegram qui fait tout passer en clair ou d’autres systèmes, ou comme l’ancien WhatsApp. Maintenant WhatsApp est chiffré mais c’est un chiffrement assez contestable.
Le chiffrement n’est pas une solution magique il ne résout pas tous les problèmes comme l’a découvert monsieur Urvoas quand le téléphone de son correspondant a été saisi, analysé et que tous les messages y étaient. Donc même s’ils étaient chiffrés en transit, ça n’empêchait pas de les lire sur le téléphone du correspondant ; néanmoins ça protège quand même contre pas mal d’attaques.

Public : Le fait que le site de sa messagerie soit sécurisé, que les données ne circulent pas en clair sur le réseau, ce n’est pas suffisant en fait ?

Stéphane Bortzmeyer : Rien n’est suffisant. C’est pour ça que je disais que le problème fondamental est politique. Je ne voudrais pas qu’on rentre trop dans des détails techniques qui larguent tout le monde ici. C’est clair qu’on ne peut pas donner ici, ce n’est pas le but, on ne peut pas dans cet atelier, dans cet apéro discussion, rentrer dans des détails de problèmes techniques.
Il faut bien faire attention à ne pas se laisser entraîner par un goût de l’absolu, genre « ce n’est pas parfait » parce que le résultat, si on fait ça, c’est que les gens finiront par dire « ce n’est pas parfait donc je ne fais rien ». C’est très important, au contraire, de dire aux gens qu’on peut agir, qu’on peut faire quelque chose, sans illusions, mais au moins on peut faire quelque chose même si ce n’est pas parfait.

Public : Parce qu’avec le chiffrement je sais que mon émail ne circule pas en clair sur le réseau, en théorie, mais en réalité il est lisible par le service de messagerie.

Stéphane Bortzmeyer : Oui. Mais le mieux est l’ennemi du bien. Attention ! Surtout en sécurité, le mieux est vraiment l’ennemi du bien. Ne rien faire parce qu’on ne peut pas faire parfaitement ce n’est pas une bonne stratégie. Il faut déjà boucher le maximum de trous même si on sait bien qu’on ne les bouchera pas tous.

Public : Parce que là quand vous dites messagerie avec chiffrement, ça veut dire que moi-même je chiffre mon e-mail avant de l’envoyer ?

Stéphane Bortzmeyer : Ça peut être intégré dans le logiciel. C’est vrai qu’au point de vue du courrier électronique on n’a pas de solution absolument géniale. Moi je le fais, mais on n’a pas de solution absolument géniale. Pour la messagerie instantanée, on en a des beaucoup plus pratiques. Silence pour les SMS et Signal pour les communications sur Internet, par exemple ils chiffrent. Quand je dis c’est vous qui le faites, ce n’est pas vous qui faites des calculs mathématiques de tête ; le logiciel le fait pour vous. Donc c’est non-coûteux pour les utilisateurs ; le coût pour l’utilisateur est infime.

Public : Ça veut dire que la méthode c’est d’utiliser une application qui chiffre l’émail et non pas d’aller directement sur le site web de la messagerie ?

Stéphane Bortzmeyer : Là vraiment, désolé, mais on rentre dans des trucs trop compliqués. Si on veut avoir une discussion ici sur des sujets accessibles à tout le monde je suggère de passer ça à plus tard.

Public : D’accord.

Stéphane Bortzmeyer : Et puis bien sûr un bloqueur de publicité ; ça a plusieurs avantages, plein d’avantages. D’abord ça va aller beaucoup plus vite, tout va se charger beaucoup plus vite, c’est vraiment génial.
La publicité est à la fois une des raisons pour lesquelles il y a le capitalisme de surveillance parce qu’elle a besoin de données et c’est elle-même un de ses outils parce que les publicités, en plus, intègrent tout un tas de systèmes de mouchards qui permettent de suivre les gens à la trace d’un endroit sur l’autre. Par exemple, sur les applications sur smartphone, le projet Exodus Privacy4 analyse un grand nombre d’applications et publie les résultats montrant le nombre de systèmes de surveillance, plus exactement de systèmes de mouchards qui existent sur l’application et c’est assez effrayant, y compris pour des applications qui sont faites par des services publics. Quand je disais qu’il n’y a pas que les GAFA ! L’application de Météo-France informe de vos visites Google, Facebook, Twitter et une demi-douzaine d’autres organisations dont des réseaux de publicité. Et c’est Météo-France, un service public ! Donc vous pouvez imaginer ce que c’est pour les boîtes commerciales. Donc le bloqueur de publicité c’est vraiment un outil recommandé.

J’ai fait court et c’est pour ça que je ne suis pas rentré dans trop de détails techniques pour laisser la place à la discussion.

Contributopia : Dégoogliser ne suffit pas ! Peut-on faire du libre sans vision politique ? - Pierre-Yves Gosset - RMLL2018

lun, 11/05/2018 - 09:16


Titre : Contributopia : Dégoogliser ne suffit pas ! Peut-on faire du libre sans vision politique ?
Intervenant : Pierre-Yves Gosset
Lieu : Rencontres mondiales du logiciel libre 2018 - Strasbourg
Date : juillet 2018
Durée : 1 h 29 min 40
Visualiser la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : David Revoy Contributopia - Accueil - Licence  Creative Commons By 4.0
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Peut-on faire du libre sans vision politique ?
Suite à sa campagne « Dégooglisons Internet » (oct 2014 - oct 2017), l'association a fait le bilan, calmement. Et il n'est pas brillant.
En quelques années, les GAFAM/BATX/NATU (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi, Netflix, AirBnb, Tesla, Uber) ont « colonisé » le monde, en formatant nos interactions, en normalisant nos relations, en orientant nos consommations, en contrôlant notre pouvoir d'agir. À l’œuvre derrière cette mécanique, une mutation économique et sociale : le capitalisme de surveillance.
Avec sa nouvelle feuille de route « Contributopia », Framasoft souhaite mettre en place des outils et accompagner des dynamiques collectives qui permettraient de pouvoir agir plutôt que de subir. Il ne s'agit plus seulement de savoir « ce que nous refusons » (le logiciel propriétaire, les attaques contre nos libertés fondamentales, etc.), mais aussi de définir « quel monde nous souhaitons », et comment le logiciel libre et les communs peuvent nous aider à y le mettre en œuvre.
Nous essaierons donc de poser les faits qui démontrent que l'open source se porte (très) bien mais que le logiciel libre (= open source + valeurs + éthique) soit dans une ornière depuis plusieurs années.
Pour sortir de l'ornière, mais aussi de l'épuisement, ne devrions-nous pas faire un pas de côté et réinterroger les pratiques, les fonctionnements et les visions de nos communautés libristes ? Ne plus voir le logiciel libre comme une fin en soi nous permettant de nous libérer nous (libristes), mais comme un outil inspirant capable de favoriser l'émancipation de toutes et tous, et d’accélérer des transformations sociales positives ?
La question politique a toujours été centrale dans le mouvement du logiciel libre, mais les questions économiques, techniques et juridiques - elles aussi profondément politiques, mais évitant soigneusement notre capacité d'avoir une vision globale - ont parfois posé un voile sur notre faculté à nous projeter ou à passer de la réaction à l'action.
Et vous, comment imaginez la place du logiciel libre dans la société dans 3, 5 ou 10 ans ?

Transcription

Peut-on faire du libre sans vision politique ?

Dégoogliser ne suffit pas. Peut-on faire du Libre sans vision politique ? Déjà je spoile, la réponse est non ; je vais réexpliquer pourquoi. Encore une fois je redis parce que là, du coup, la conférence sera coupée, enfin la vidéo sera probablement coupée en deux, donc pour ceux qui n’ont pas pu ou qui n’auront pas visionné la vidéo d’avant. Tu veux peut-être une pause ? Non c’est bon ! Ça continue à tourner.

Je vais quand même me représenter, ça va faire un peu bizarre mais c’est volontaire.

Je m’appelle Pierre-Yves Gosset, je suis délégué général d’une association qui s’appelle Framasoft1 qui, depuis une dizaine d’années, fait la promotion du Libre — culture libre, logiciels libres ; maintenant on déborde aussi sur les communs, on déborde sur le capitalisme de surveillance aussi.

L’objectif de cette deuxième conférence qui suit le bilan de ces trois années de campagne de « Dégooglisons Internet »2, je l’ai donc appelée « Peut-on faire du Libre sans vision politique ? », sachant que chaque année aux RMLL — et là, rien que cette année, je crois qu’il y a au moins trois conférences qui tournent autour de ce sujet-là — ce n’est pas un sujet nouveau, ce n’est pas un sujet qu’amène Framasoft, c’est un sujet sur lequel Framasoft veut un, se positionner et deux, utiliser finalement sa capacité médiatique et sa légitimité dans ce milieu du logiciel libre pour porter, elle aussi, ce message-là. Ce que je vais dire n’aura peut-être rien de nouveau pour certains et certaines d’entre vous, mais il faut bien, à un moment donné aussi, que ça soit redit par d’autres personnes.

Soyez indulgent·e·s

Je vais vous demander d’être indulgents et indulgentes, la conférence c’est la première fois que je la fais, je l’ai finie hier soir, celle du bilan je l’ai finie tout à l’heure, mais celle-là je l’ai finie hier soir.
55 diapositives qui sont un peu chargées, très inspirées, finalement, d’autres visions, d’autres personnes, de rencontres, voilà. Aussi de mon expérience plus que de celle de Framasoft sur des sujets qui vont être parfois clivants, parfois trollesques, mais bon, après tout !
J’utilise l’écriture inclusive et je vous emmerde !
Et c’est plus moi qui parle que Framasoft dans cette conférence-là, même s’il y a beaucoup de points communs et je vais m’inclure dans l’autocritique que je vais faire.

Assertions

Très rapidement, deux affirmations que je ne prétends pas universelles.
Quand je vais parler du Libre, ma définition à moi du Libre, celle que j’utilise aujourd’hui, ce n’est pas celle que j’utilisais hier qui était plutôt celle des quatre libertés ; ce n’est peut-être pas celle que j’utiliserai demain, peu importe, mais en tout cas aujourd’hui, quand je vais vous dire Libre, je vais penser « open source + valeurs », notamment valeurs éthiques et valeurs sociales. Ce qui veut dire que l’open source, quelque part, si on retourne l’équation, c’est bien du « Libre - des valeurs éthiques et sociales ».

Et quand je vais parler de politique c’est l’« ensemble des discours, actions et réflexions ayant pour objet l’organisation du pouvoir au sein d’une société ». Vous pouvez ne pas être d’accord avec ça, ce n’est pas grave, personnellement ça m’en touche une sans bouger l’autre, c’est juste le point de départ de tout ça.

Nous avons cru nos propres mensonges

Première chose – oui, j’avais dit que je ferai du clickbait aussi – nous avons cru nos propres mensonges, donc je vais redire là encore des choses qui ont souvent été dites, mais je vais essayer d’en ré-synthétiser quelques-unes.

  • Premier c’est que « le Libre a gagné ! »
    Pour moi c’est faux. Jusqu’à il y a peu, on va dire cinq-dix ans, on avait d’un côté le logiciel privateur dont les valeurs sont l’enclosure, le marché, les formats fermés, la propriété intellectuelle et tout, le tout basé sur un code propriétaire c’est-à-dire pour lequel on n’a pas accès à la recette de cuisine du code et, en face, vous aviez le logiciel libre avec ses valeurs, son éthique et surtout, enfin surtout, aussi des qualités techniques de transparence, de pérennité du code, de partage éventuellement du code, alors pas toujours dans l’open source, mais voilà ! Donc des qualités techniques et des valeurs éthiques et sociales.

    Depuis quelques années, l'analyse que j’ai c’est que le capitalisme de surveillance est venu un petit peu transformer tout ça. Typiquement quand on voit la Linux Foundation3 qui travaille essentiellement avec des grosses boîtes c’est très bien, mais ils font plutôt de l’open source. Quand on voit Microsoft qui rachète GitHub, pareil, on voit bien que Microsoft fait de l’open source, Microsoft ne fait pas du logiciel libre, si on part de ma définition.
    Donc on a petit à petit une forme de réduction des valeurs éthiques et sociales du logiciel libre par rapport à cette open source très envahissant. Ça ne veut pas dire que nous, intérieurement, on est moins militants, mais concrètement ça devient difficile de ne pas être assommés par la puissance de l’open source en face, à partir du moment où vous avez dans les plus gros contributeurs à l’open source Google, Apple, Facebook – enfin Apple pas trop – Google, Facebook, Microsoft maintenant, etc.

    De l’autre côté, dans le camp d’en face, comme il y a moins de production de code propriétaire quelque part — enfin moins ça ne veut pas dire en quantité mais potentiellement moins visible — ça a laissé, à mon sens, par une espèce de jeu de vases communicants, beaucoup plus de place et ils sont beaucoup plus hargneux sur le fait de défendre leurs valeurs. Et c’est un petit peu de ça dont je voulais parler.
    Est-ce que les libristes se détournent de l’open source ? Je ne sais pas.

    Quand on vient me dire « non mais c’est bon le logiciel libre a gagné », concrètement ce qu’on m’a dit il y a quelques semaines lors d’une interview radio, la réponse est non, le logiciel libre n’a pas du tout gagné. Ça va être assez compliqué là-dessus.

  • Le Libre c’est simple, je vais t’expliquer.

    Faux. [Projection de la carte conceptuelle sur la page logiciel libre de Wikipédia]. Sans déconner si vous allez sur la page Wikipédia – logiciel libre4, c’est ça. On ne peut pas dire aux gens « c’est simple, machin et tout » ; réflexe : admettons que la personne soit un petit peu ouverte d’esprit elle va se dire : je vais regarder sur Wikipédia ; elle tombe sur ce graphique-là, tout en haut. Voilà ! C’est ça qui explique le logiciel libre aujourd’hui ! Vous allez me dire les Anglo-saxons sont meilleurs ! [Projection de la page en.wipedia/free_license]5. Raté !

    Après on dit « ouais, de toutes façons il y a des équivalents ». Nous, à Framasoft, on parle toujours d’alternatives et on est conscients que ce ne sont pas des équivalents.

  • « Le Libre c’est pareil ! »
    Mais non ! Le Libre ce n’est pas pareil ! Voilà la page d’accueil de Discord par exemple, qui est un logiciel qui permet de faire de la discussion, enfin c’est une espèce de chat texte plus voix, utilisé par des millions de personnes sur la planète, qui sert aux gens à s’auto-organiser. Donc c’est un outil important si on veut, nous, réussir à nous auto-organiser, on peut aller regarder comment ça fonctionne, etc.
    Vous allez me dire « oui, mais dans le logiciel libre, on a plein de logiciels qui font la même chose que Discord depuis avant Discord et TeamSpeak ou Skype ». Typiquement il y a un truc qui s’appelle Mumble. Voilà la page d’accueil de Mumble. Et quand vous voulez télécharger Mumble6, parce que c’est là, c’est Download Mumble la page n’est pas en français, vous avez tout de suite le petit schéma ; encore une fois à moi ça ne cause strictement aucun problème, mais il faut que je fasse un choix entre Windows, Windows x64, Ubuntu, iOS, machin, et après on va me dire « est-ce que tu veux de l'AMD-64, du i-386, etc. »

    Sérieusement ! J'ai entendu, je crois « c'est bien ! » Quand je vais sur la page de Discord, si je viens avec un Mac on reconnaît que c’est un Mac et automatiquement on me propose la version Mac par défaut, il y a petit lien, enfin ce que fait très bien Firefox et ce que fait très bien maintenant LibreOffice, mais pendant des années LibreOffice utilisait exactement le même type de page ; maintenant c’est bon, par défaut on détecte ; on améliore juste l’expérience utilisateur pour rassurer l’utilisateur qu’il a tout à fait raison de venir utiliser ce logiciel.

    Vous avez à gauche la présentation de ce à quoi ressemble Discord, donc une espèce de Slack, de Mattermost, de RocketChat ou de Framateam, si vous voulez, en termes de visualisation, et à droite la bonne vielle interface, alors je crois que c’est du Qt7 de chez Mumble, efficace, mais putain, qui a 15 ans, du coup c’est compliqué, je veux dire juste en termes de design, d’envoyer des utilisateurs là-dessus. Il y a une vraie problématique de design sur comment est-ce qu’on pense nos logiciels. Est-ce qu’on pense à l’utilisateur ou pas ? J’ai vraiment des doutes !

  • « Le libre, c’est des millions de contributeurs et de contributrices ».
    Faux. Vous vous en doutiez ! C’est surtout des milliers, des millions de consommateurs et de consommatrices. Donc là je fais le lien avec la conférence que je viens de finir sur cette société de consommation dans laquelle nous, du coup à Framasoft, on voit bien qu’on a surtout des clients plus que des utilisateurs et des utilisatrices et c’est un petit peu difficile parce qu’on propose quelque chose et les gens arrivent, enfin je n’ai pas précisé tout à l’heure, mais sur Framasoft le support c’est quasiment 80 mails par jour auxquels il faut répondre ; il faut ! auxquels on répond parce qu’on a bien envie d'y répondre et parce qu’on paye quelqu’un pour y répondre, mais c’est quand même compliqué.

    Concrètement, je reprends ici quelques chiffres. Forcément, vous allez me dire il y a les gros paquebots du Libre : typiquement Firefox c’est 1000 salariés ; LibreOffice c’est là aussi beaucoup de développeurs et de développeuses qui travaillent ; c’est chouette, mais si on regarde dans les faits concrètement comment ça se passe, le Libre est totalement indigent.
    VLC – non Jean-Baptiste Kempf, le président de VideoLan, n’est pas là je crois cette année, mais je lui ai demandé confirmation – c’est une dizaine de personnes qui font plus de 100 commits ; un commit c’est une modification de code source ; j’ai été chercher les chiffres en 2017.
    À chaque fois que je présente cette slide on vient me voir à la fin : « Oui mais quand même, les commits on peut en faire plein, on peut en faire pas beaucoup, etc. » OK, pas de problème, peu importe ce avec quoi on mesure. Je maintiens que mon argument reste juste et si vous voulez vous-même faire des mesures par commit, par utilisateur, sur la taille du commit par machin, etc., vous pouvez le faire, et les résultats m’intéressent, mais là je suis allé au plus vite et pour moi c’est assez parlant.
    Inskape c’est 8 personnes qui font plus de 50 commits dans l’année.
    Gimp c’est 6.
    Thunderbird c’est 6. Alors Thunderbird a réembauché des gens, donc c’est très bien vous allez me dire que sur ces 6 là ils ne vont pas faire seulement plus de 50 commits, ils vont peut-être en faire plus de 5000 par an, mais ça ne résout pas le problème d’un très petit nombre de personnes qui modifient et qui maintiennent le code.
    Diaspora 4.
    Etherpad 0. Etherpad, qui est utilisé par des millions de personnes sur la planète, n’a pas de développeur. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a personne qui développe dessus. Mais ça veut dire qu’il n’y a pas une personne qui est très active dessus et moi ça me pose vraiment un problème parce que, derrière, nous on a fait les malins, on a mis du Framapad, du machin, etc., c’est cool ! Sauf que c’est pareil on n’a pas nous de développeur pour réellement prendre le temps de développer sur tous ces logiciels.

    Donc ça pose quand même un véritable problème et qui est, pour moi, un des principaux problèmes sur lesquels on va essayer de travailler nous, sur les prochaines années, dans cette campagne « Contributopia ». En plus l’immense majorité, à part chez VLC où ils sont payés, je ne crois pas que chez Inskape, Gimp, Diaspora c’est sûr et Etherpad je suis sûr aussi, personne n’est payé là-bas. Chez Thunderbird il y a des salariés, chez VLC il y a des salariés mais, pour le reste, la réponse est non.

    Sur quoi reposent nos infrastructures numériques ? C’est titre d’un ouvrage qu’on a traduit dans la collection Framabook8, vous pouvez aller le récupérer, le télécharger librement gratuitement, etc., et le lire ; ça a été écrit par Nadia Eghbal qui entre un petit peu dans le détail et dans le fond de cette problématique-là.

    Ça c’est une image, c’est l’affiche du film Idiocratie , mais c’est un petit peu la représentation que moi j’ai du Libre communautaire en 2018. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien, ça ne veut pas dire que les gens sont nécessairement malheureux, mais concrètement ça se dégrade petit à petit et ce n’est pas la fête !

  • Le logiciel libre est un « commun ».
    Ça c’est une évidence pour moi et du coup il va falloir réussir à en prendre soin.
  • Dernier mensonge, « À la fin c’est nous qu’on gagne ! »
    Je l’entends souvent cette phrase. C’est chouette, elle redonne de l’espoir, etc., c’est comme dire « à la fin la planète va s’en sortir ! » OK ! Si vous voulez !
Réalité

Pour moi on se fait quand même défoncer la gueule tous les matins au petit déj, que ça soit les lois, que ça soit… – on pourra rentrer dans le détail tout à l’heure, je pense, de toutes ces problématiques-là –, mais ce que je veux dire c’est que tous les matins arrivent des contre-mesures par rapport au monde qu’on essaye de construire et arrivent des contre-discours par rapport au save qu’on essaye d’inventer : le monde du premier de cordée ce n’est pas le mien ; le monde de la start-up nation ce n’est pas le mien ; le monde de Parcoursup ce n’est pas le mien – oui Parcoursup est hébergé sur Framagit, comme je le disais dans la conférence d’avant, on fait la différence entre héberger quelque chose et être contre quelque chose ; enlever 5 euros d’APL, forcément pour des étudiantes et des étudiants qui potentiellement pourraient travailler, eh bien c’est con à dire mais s’il faut qu’ils aillent chercher à bouffer, c’est un peu plus compliqué pour eux et on ne peut pas leur en vouloir de ne pas développer.

On sous-estime systématiquement les opposants à notre modèle.
Je ne suis pas si vieux que ça mais enfin ça fait quand même maintenant quelques dizaines d’années, je peux les compter en deux dizaines, que je suis dans le milieu du logiciel libre et que j’utilise des logiciels libres, et on arrive à parler de nous, on arrive à documenter ce qu’on fait, etc. Je trouve qu’on n’a pas fait un très gros travail de documentation sur les histoires, les objectifs, les dynamiques et les moyens mis en place par les GAFAM notamment ; moi je suis assez surpris. Alors ça commence à percer, il y a des travaux notamment de sociologues et d’économistes qui commencent sur le capitalisme de surveillance, mais ce sont des travaux de recherche, donc ils prennent du temps. Ce sont des gens qui sont bien plus pointus que nous, mais, du coup, le temps que leurs travaux soient publiés ! Je vous parlais tout à l’heure, dans la conférence d’avant, de Shoshana Zuboff qui, on va dire, est un petit peu la spécialiste du capitalisme de surveillance ; elle va publier un livre sur le capitalisme de surveillance, en anglais, mais le temps qu’il soit traduit, etc., eh bien il se passe beaucoup de temps et en attendant on ne voit pas venir concrètement quelles sont les actions que mettent en place les entreprises du capitalisme de surveillance et les structures du capitalisme de surveillance.

Je prends juste un cas, le Embrace, Extrend & Extinguish qui est une doctrine qui a été affirmée par un juge lors d’un jugement de Microsoft je crois que c’est en 95 ; un juge américain qui disait : « La méthode de Microsoft c’est Embrace, Extrend & Extinguish » donc « adopter, étendre et étouffer ». C’est typiquement ce qu’ils vont faire avec GitHub par exemple. On peut se dire on s’en fout, GitHub ce n’est pas un site libre, etc., oui très bien ! On voit bien qu’ils sont en train de récupérer l’open source, donc ils adoptent aujourd’hui les technologies de l’open source parce qu’elles sont efficaces ; ils vont les étendre. Comment ? On commence à voir des pistes, mais on voit bien qu’ils vont récupérer un certain nombre de choses. Je discutais avec un des responsables de Microsoft il n’y a pas longtemps et il disait : « Du modèle Freemium, du modèle où on vous rajoute de l’intelligence artificielle, etc. », sauf que ça sera l’intelligence artificielle de Microsoft. Donc les codes open source déposés sur GitHub vont être traités par de l’intelligence artificielle made in Microsoft qui, elle, ne sera pas open source. Donc c’est vraiment : ils ont adopté, ils vont étendre et, à la fin, leur objectif est évidemment d’étouffer le mouvement que nous portons.

Troisième point on ne propose toujours quasiment pas d’imaginaires positifs ; il y en a quelques-uns qui pointent mais qui sont, pour l’instant, peu visibles et il faut qu’on arrive à les rendre visibles, aujourd’hui, dans le discours et dans le récit ! Là aussi, je le disais dans la conférence d’avant, moi pendant trois ans j’ai fait une conférence en expliquant quels étaient les problèmes de la triple domination de Google, de la colonialité qu’ils nous imposent, etc. ; c’est quand même assez emmerdant à la fois pour moi parce que je vous ai dit la charge mentale et l’anxiété que ça peut générer, mais nos imaginaires sont contraignants. OK ! Comment est-ce qu’on peut les rendre moins contraignants ? Ils sont, pour l’instant, souvent très élitistes. Quand on parle du Libre, parfois on s’emballe un petit peu en disant « mais ce n’est pas grave, tu fais sudo apt get install, machin, bidule ». Non ! C’est une forme d’élitisme et il va falloir qu’on puisse réussir à sortir de ça.

Enfin et surtout, on ne s’auto-organise quasiment pas. Dans nos communautés libristes, dans nos communautés libristes ça va plutôt bien. La problématique c’est comment on s’auto-organise avec les autres ; quand je dis les autres c’est à la fois, je vais y venir, sur la question un petit peu de l’archipellisation du logiciel libre, mais aussi les entreprises du Libre aujourd’hui. Je sais qu’il y en a, je les vois, je suis très copain avec plein de gens qui sont patrons, patronnes d’entreprises du Libre, c’est chouette ! Sauf que quand on me contacte, et ça m’est arrivé, je vais donner une anecdote très concrète : quatre agricultrices en sud Bretagne qui me contactent en me disant : « On voudrait faire développer une application mobile pour nos traites des vaches parce qu’on a une exploitation de vaches qui font du lait bio et, aujourd’hui, les logiciels qui existent ce n’est que du propriétaire, etc. Est-ce que vous pouvez nous aider ? En plus on est financées par je ne sais plus quoi, quel organisme, etc. » Donc elles ont de l’argent, elles ont un besoin, elles ont surtout une valeur qu’elles veulent porter qui est que ce logiciel doit être libre. Donc je leur fais : « Ah, c’est super cool, je vais vous mettre en contact avec des entreprises qui font ça parce que nous, Framasoft, on ne le fait pas. » J’ai sollicité différents réseaux en disant « entrez en contact » ; j’ai eu des retours il y a un an ou deux — ça datait d’il y a trois-quatre ans — et on m’a dit « mais en fait, finalement ça ne s’est pas fait je crois ! » Voilà ! Pourquoi, comment, etc. ? On a du mal à auto-organiser et du coup je me dis : si elles sont allées chez Cegid ou machin, c’est quand même un petit peu dommage !

Mutualisation des moyens de production.
Là aussi c’est pour l’anecdote. J’étais aux états généraux du numérique du parti communiste, c’était au mois de mars. J’intervenais aux côtés d’un élu parisien en charge du logement qui critiquait la problématique de Airbnb qui fait monter le prix des loyers et qui, du coup, génère de la gentrification, etc. Et il a fallu que je lui rappelle ce que c’était, à lui élu communiste, la mutualisation des moyens de production, ce qui m’a plutôt fait rire. Concrètement si Paris était capable de travailler avec Lille ou avec Brest, etc., on pourrait développer du logiciel libre. Évidemment le développer en one-shot c’est compliqué ; c’est moins cher d’aller voir la start-up d’à côté mais pour quel coût à long terme ?

Stratégie du choc

Concrètement, j’ai un peu l’impression qu’on est toujours en état de sidération, on passe toujours d’états qui sont épuisants entre « ah oui c’est trop bien » ; là du coup « ah la directive copyright, article 13, c’est bien, on a gagné » et puis paf ! Il y a une autre loi qui arrive derrière, etc. Je ne sais pas exactement comment est-ce qu’on s’en sort.

Winter is Coming

D’autant que l’hiver arrive et que ce n’est pas hyper bien barré.
Je vous rassure on a quand même eu quelques victoires. Je ne sais pas si Snowden est une victoire, mais, en tout cas, je pense que je voue une admiration sans borne aujourd’hui à Edward Snowden d’avoir aidé et participé à rendre publiques ces problématiques. Pareil, ce sont toujours des victoires en demi-teinte. Le RGPD [Règlement général sur la protection des donnée], personnellement je ne le traiterais pas nécessairement comme une victoire, mais, en tout cas, c’est un point intéressant sur lequel on peut construire. Bon !

J’ai quand même l’impression que, collectivement, on a un peu merdé.

J’en viens à un point un petit peu touchy. Ça fait plus de 15 ans maintenant que je suis membre de différents GULL, Groupe d'utilisateurs de Logiciels libre, c’est pour ça que je m’inclus dans l’autocritique ; quand je dis que je suis membre, j’ai été adhérent, j’ai été membre du conseil d’administration de différents GULL dans les différentes villes où j’ai habité, etc. ; on arrive et on a toujours ce modèle, je ne sais pas, de l’install-partie de « tiens je vais te montrer telle ou telle chose, etc. », mais on part très rapidement dans nos guerres de chapelles : on va dire « mais tu utilises windaube, machin, etc. » Tout ça a été dit 50 fois aux RMLL mais c’est toujours vrai aujourd’hui ! Qu’est-ce qui nous manque pour changer ?

De la politique, oui. Mais laquelle ?

Si on avait été dans une autre forme d’organisation j’aurais bien posé ces deux questions en débat mouvant parce qu’elles vont me servir par la suite. Quel rapport avec le logiciel libre ? je vais y venir ; ddeux phrases :
« Le changement climatique est un problème majeur et pas uniquement écologique mais aussi politique et économique ». Je trouve que déjà se positionner sur cette question-là ce n’est quand même pas mal.
« S’attaquer sérieusement à ce problème (et à d’autres… guerres, pauvreté, etc.) implique une remise en cause profonde de nos modèles économiques et particulièrement de la notion de croissance. »
Ces deux phrases sont assez vieilles, elles ont plus de dix ans aujourd’hui ; c’est un groupe de blogueurs qui s’appelle les Freemen, je crois, qui avaient positionné ces questions pour dire « est-ce qu’on se retrouve autour de ces questions-là ou pas ? », et je vais y revenir.

Je vais quand même passer 4 minutes 30 de philosophie, enfin de philosophie, un petit extrait d’une conférence de Bernard Stiegler qui aborde un certain nombre de concepts. Il ne les aborde pas tous ici, en 4 minutes 30 c’était un petit peu compliqué. Je remercie nos amis de DataGueule d’avoir réalisé cette vidéo. DataGueule est une petite boîte de production et de journalistes indépendants qui produisaient des formats courts pour France 2 et qui ont récemment sorti un film qui s’appelle Démocraties9 au pluriel, que vous pouvez visionner librement sur Internet et sur PeerTube. Alors demo live, du coup il faut que je balance mon VLC. Hop ! Il faut que je vous mette un petit de son, ça va prendre quelques secondes. Hop ! Est-ce que vous entendez ? Ah ben non, ça ne risque pas de marcher si je ne déplace pas une petite fenêtre… Hop ! Est-ce qu’il va réussir à me le faire !

Public : Tu passes sous Windows !

Pierre-Yves Gosset : Ouais, c’est ça, exactement ! Ça va être dur de viser le 4 minutes 23, mais je peux le faire parce que VLC est un super logiciel. Hop !

Projection d’un extrait de la vidéo réalisée par DataGueule « La faim du travail »10

Bernard Stiegler : L’employé le mieux payé du monde s’appelait Alan Greenspan et c’est lui qui l’a dit le 23 octobre 2008 lorsqu’il a dû, auditionné par le Sénat américain, expliquer pourquoi ça ne fonctionnait pas. Eh bien il a expliqué qu’en fait il ne comprenait pas comment ça marchait ; qu’il était là pour servir le système et que plus personne ne comprenait comment ça marchait.
J’ai appelé ça « le prolétaire le mieux payé du monde ». C’était le président de la réserve fédérale des États-Unis, c’est-à-dire patron de la finance mondiale et ce qu’il disait c’est « je n’y comprends rien ». C’est ça la prolétarisation. Vous servez un système, vous ne savez pas comment il fonctionne, vous ne pouvez pas le changer, vous ne pouvez pas le critiquer.

On est arrivé à un niveau d’hyper-prolétarisation, d’extrême rationalisation, d’extrême taylorisation, qui aboutit finalement maintenant à un énorme problème : c’est que les tâches sont tellement parcellisées , tellement formalisées, qu’on n’a plus besoin des employés, on peut de plus en plus les remplacer par des algorithmes ou par des robots.
À partir du moment où les robots remplacent les employés, les employés n’ont plus de salaire donc ils n’ont plus de pouvoir d’achat. Les robots produisent, mais il y a de moins en moins de gens pour acheter ce qu’ils produisent. À partir de là il y a un effondrement macro-économique inéluctable.

La disparition de l’emploi doit être transformée en chance. Ce que nous soutenons c’est qu’il faut faire de la redistribution sur un autre critère que l’emploi et qu’est-ce que nous appelons le travail ?
Pour beaucoup de gens, le travail et l’emploi c’est la même chose ; pas pour nous. Pour nous, un travail c’est ce qui ne peut pas être automatisé. Un travailleur qui a un vrai savoir produit de la différentiation, de la diversité, ce qui permet d’augmenter la complexité, la diversification d’un système pour le rendre plus résilient.
Il faut, aujourd’hui, produire de l’intelligence collective parce que nous sommes en train de foncer vers de très gros problèmes et nous devons résoudre ces problèmes. À partir de là il faut se dire : la perte de l’emploi c’est une chance à condition de la transformer en économie du travail qu’on appelle le travail contributif dans une économie contributive et basé sur un revenu contributif.

Tout ça est rendu possible par une technologie qui s’appelle la technologie numérique et, en effet, la technologie numérique c’est ce que, depuis Socrate, on appelle un pharmacon : c’est à la fois un poison et un remède. Si on n’en a pas de politique, si on ne prescrit pas de nouvelles façons de s’en servir, si on ne donne pas aux gens la possibilité d’avoir une intelligence de ce que c’est que cette technique, pas simplement une intelligence individuelle mais une intelligence collective, alors on permet à des prédateurs comme Uber ou d’autres, finalement de capter toute la valeur possible tout en détruisant les sociétés, parce que c’est ce qui se passe.
Ou bien on peut au contraire dire « on va s’emparer de cette technologie pour reconstruire une société mais sur des bases tout à fait nouvelles » ; mais ça, il faut s’en donner les moyens.
Je vous donne un exemple sur le problème du remplacement. On parle beaucoup des Smart Cities, moi-même je m’y intéresse beaucoup. Aujourd’hui, il y a deux manières de voir les Smart Cities : la manière ultra-dominante, c’est-à-dire on remplace toutes les décisions par des algorithmes et on automatise absolument tout : les flux d’automobiles, les transports publics, la surveillance du crime, enfin toutes ces choses-là ; ça c’est le modèle dominant qui repose sur les big data. Et puis il y a un autre modèle tout à fait différent ; le premier a m’en avoir parlé s’appelle Jean-François Caron, c’est le maire d’une toute petite commune de 8 000 habitants, Loos-en-Gohelle dans le bassin minier, qui m’a dit : « Moi j’ai travaillé avec Orange pour mettre en place des capteurs – les capteurs c’est la base des Smart Cities –, mais ça ne sert pas du tout à déclencher des algorithmes, des automatismes, tout ça, ça sert à convoquer des réunions d’habitants. C’est-à-dire que ça permet de faire que les habitants, à un moment donné, soient tous informés de, par exemple, l’état de la consommation d’un quartier, etc. ; ça convoque une réunion et ça fournit des informations aux gens pour qu’ils discutent et qu’ils prennent une décision.
Ça c’est une vraie Smart City, c’est une ville vraiment intelligente où les habitants augmentent leur intelligence collective.

L’économie, au sens premier, c’est prendre soin de sa maison, c’est l’économie domestique dont parlent, par exemple, les Grecs ou Aristote, et économiser ça veut d’abord dire « prendre soin », au départ. Aujourd’hui non, parce qu’aujourd’hui c’est devenu une économie ultra-spéculative qui veut dire à peu près le contraire.
Mais nous, nous disons qu’il faut reconstruire une économie qui repose sur des savoirs et les savoirs ce sont des façons de prendre soin à travers ce que l’on sait des objets de ce savoir. Donc oui c’est une manière de redévelopper du soin collectivement, à l’échelle de tout un territoire, et de réorganiser la société sur cette base pour redévelopper aussi ce qu'Émile Durkheim appelait « de la solidarité organique » c’est-à-dire le fait de partager des savoirs, de travailler ensemble et de reconstituer des sociétés très liées, très fortement liées. Aujourd’hui la société est totalement atomisée, ce n’est plus vraiment une société ; c’est ce qu’un économiste qui s’appelle Jacques Généreux appelait une « dissociété » ; la « dissociété » c’est très dangereux.

Pierre-Yves Gosset : Hop ! J’espère ne pas trop avoir cassé l’ambiance et en plus ça va être pire après. Magnifique !
J’ai pris cet extrait, j’aurais pu en prendre plein d’autres, etc. Il se trouve qu’on est amenés à travailler ou à participer de façon assez proche aux travaux de Bernard Stiegler qui organise, notamment en Seine-Saint-Denis, une expérience qui s’appelle Plaine-Commune, qu’on suit avec intérêt. Je ne trouve pas du tout que tout ce qu’il dit là-dedans est juste, on pourrait rediscuter la Smart City by Orange, mais ce qui me paraît intéressant c’est de repenser quels sont les problèmes et comment est-ce qu’on peut les travailler.
La question de ce qu’il appelle le revenu contributif est une idée intéressante qui vient compléter d’autres idées, que ça soit le revenu de base, le revenu universel, etc. Du coup, ça permettait de réfléchir à est-ce qu’on est quand même un petit peu dans la merde ? Oui. Et comment est-ce qu’on peut y répondre ? Déjà pas juste en restant entre libristes mais en allant s’intéresser aux travaux de gens qui font de la recherche et autres.

Reprendre le pouvoir (pour mieux le détruire ?)

Reprendre le pouvoir pour mieux le détruire, nous sommes clairs, c’est plutôt pour mieux le réorganiser. Si jamais il y a des graphistes dans la salle, je pense qu’il y a des choses à faire sur Bookchin et Blockchain. Murray Bookchin est un éco-anarchiste décédé il y a quelques années qui avait beaucoup travaillé et écrit sur cette question de comment est-ce qu’on peut s’auto-organiser, se réorganiser sur des petits groupes et comment ces petits groupes peuvent interagir les uns avec les autres.
Si je le mets face à la blockchain – la blockchain, encore une fois, c’est une technologie, je n’ai pas d’avis particulier –, mais ce qu’on souhaite avec la blockchain c’est décentraliser. Nous, en tant que libristes, on travaille beaucoup cette question de la blockchain – ça apparaissait quand même un certain nombre de fois dans le programme des RMLL –, mais est-ce qu’on travaille sur comment est-ce qu’on peut faire travailler ces technologies-là avec d’autres et dans quels buts politiques ? C’est pour ça que je trouvais juste que les mots accolés ne sonnaient pas mal. C’était le point graphisme, parce que là c’est beaucoup moins graphique.

Faire. Faire sans eux. Faire malgré eux.

« Faire. Faire sans eux. Faire malgré eux. » C’est un titre que je pompe à Benjamin Bayart qui a écrit un article il y a quelques mois, voire quelques années maintenant, « Faire. Faire sans eux. Faire malgré eux », et je reprends du coup les propos de Francesco Casabaldi qui a écrit un article qui s’appelle « Vers une fédération des communes libres »11. Je vais vous le lire parce que, de toutes façons, si j’attends que vous le lisiez, j’ai peur d’en perdre et d’en endormir quelques-uns au passage :
 Alors puisque décidément les vies qu’on nous propose sont trop étroites pour y loger nos rêves, puisque décidément l’organisation politique, économique et sociale de ce(s) pays est pour nous chaque jour un peu plus insupportable, puisque même l’air ambiant sent tellement le fascisme rampant et les gaz lacrymogènes qu’il en est devenu irrespirable, puisque rester ici un jour de plus, c’est finalement continuer à collaborer à l’exploitation et à la destruction de la planète et de l’humanité, puisque les libertés qu’on nous jette sous la table sont trop maigres pour notre dignité, puisque enfin, nous sommes encore vivants et bien, partons.

Entendons nous bien. On vit ici, on habite ici, on reste ici.

Mais le temps est venu d’assembler tous ces petits bouts de liberté, d’autonomie que nous avons su construire, conquérir ou préserver, de déclarer l’autonomie de ce patchwork, et de faire simplement, calmement, sécession. »

Ce que je trouvais intéressant là-dedans, alors c’est très lyrique, ça peut en toucher certains et complètement laisser froids d’autres, à la limite peu importe, c’était le « et bien partons » qui m’intéresse et que je vous soumets comme idée.
J’ai repris ici la carte de Game of Thrones ; j’étais sur une thématique Game of Thrones dans ces slides. Il était tard hier !

Du coup, si je repends maintenant ce que je viens de vous présenter, qui n’est pas du tout de moi, on a d’un côté une société de surconsommation, donc des enclosures, de l’individualisme, de la standardisation, etc. et, de l’autre, des modèles de société de contribution qu’on n’a pas explorés. C’est pour ça que j’ai pris la carte de Game of Thrones, honnêtement j’aurais pu prendre n’importe quelle cartographie, ça aurait pu le faire. Ce qui m’intéressait c’est que dans Game of Thrones, pour ceux qui ont suivi, il y a quelque chose. Tout se passe quasiment sur un continent, etc. En fait, on s’aperçoit sur la carte que c’est beaucoup plus grand et on se dit « mais putain, c’est chiant de rester coincé dans cette histoire-là, de se retrouver engoncé sur ce continent-là alors que si ça se trouve il se passe plein d’autres histoires hyper-intéressantes ailleurs et que, eh bien on ne les voit pas ou très peu. » Il y a même un troisième continent pour vraiment les fans, dont je ne fais pas spécialement partie, mais les fans de Game of Thrones ont peut-être vu qu’il y a un troisième continent dont il n’est absolument pas question dans la série.

Ce qui m’intéresse c’est, du coup, qu’est-ce qui nous bloque ? C’est quoi les freins qui nous empêchent d’aller vers cette société de contribution ?
Au départ je présentais cette carte sans lire ce texte et il manquait quelque chose ; les gens disaient « ouais, mais on ne va pas quitter la société de consommation demain ! » Effectivement c’est compliqué, ça réclame un effort ; la société de contribution est une société de l’effort ; ça ne va pas être simple, mais quand on dit « partons », ce qui est important c’est le reste de la phrase c’est, en fait, partons mais en restant là ! Donc comment est-ce qu’on peut mettre en relation ces expériences qui ont lieu autour des communs, autour des collectifs, autour de la liberté, autour de la collectivisation, de la coopération ; autour de l’intérêt général et de l’économie générative ; du mouvement associatif ? Etc. Comment est-ce qu’on relie ces actions-là ?

Il me reste une dizaine de minutes pour vous dire comment est-ce que nous on s’y prend.

Comment on fait, concrètement ? La réponse de Framasoft (et uniquement de Framasoft)

Chacun fera bien comme il le veut.

La première chose c’est qu’on s’est dit que dégoogliser ne suffit pas, tout comme composter ne suffit pas, tout comme donner ne suffit pas, tout comme faire sa part ne suffit pas, tout comme manifester ne suffit pas, tout comme « bénévoler » ne suffit pas et tout comme être végan ne suffit pas.
Tout ça c’est très bien mais ce ne sera jamais suffisant. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas le faire, tout au contraire, mais ça ne sera jamais suffisant.

Donc nous, on s’est bien aperçus que dégoogliser ne suffisait pas. Les attentes sont complètement énormes par rapport à « Dégooglisons Internet », je le traitais dans la conférence d’avant. Les gens veulent toujours plus : « Attaquez-vous à l’Éducation nationale » ;« vous n’avez qu’à vendre du service premium » – elle est pour toi spéciale dédicace David ; « ramamail c’est pour quand ? » Etc. Oui. OK !
Mais en fait, les moyens sont indigents ; ça je vous l’ai présenté juste avant. On nous dit « embauchez des designers, etc. », oui, mais nous on a choisi de rester une petite association.

D’autre part, s’organiser ça prend du temps. Donc là je reviens au Collectif CHATONS12, moi je trouvais que ça avançait très lentement et puis, en discutant avec des gens qui travaillent dans des réseaux d’éducation à l’environnement ils me disent « 60 structures en 18 mois, ça va, ce n’est pas mal ! »

Donc (auto)critiques effectivement.

Nous, sur « Dégooglisons Internet » on n’a absolument pas changé le système. C’est ce que je disais tout à l’heure. Je repense aux propos d’une psychiatre qui disait « moi on m’apprend à soigner les gens qui font un burn-out. En fait, le problème ce n’est pas que les gens aient un burn-out ; le problème c’est le travail, c’est le système. En tant que psy ça me donnera toujours du boulot parce que j’aurais toujours des gens en burn-out. À partir du moment où les conditions de travail deviennent de plus en plus dures, les gens sont de plus en plus épuisés donc on me les envoie ; moi je les soigne et je les renvoie au front, etc. Et puis il y en a qui craquent, il y en a que je ne peux pas soigner, etc. Mais le problème n’est pas là, le problème c’est le système. »

Sur « Dégooglisons Internet », pour moi c’est exactement ça. OK, super ! On a dégooglisé, on a 34 services, waouh ! Super ! Pour quoi faire au final ? C’est une vraie question ; ce n’était pas pour faire un truc dramatique ! Pour quoi faire ?

Continuer à écoper ?

Ceux qui sont arrivés à la fin de la conférence ont déjà vu celle-là [la vidéo du chat qui remonte inlassablement son chaton qui glisse sur un toboggan]. Nous, on continue effectivement à écoper, mais du coup cette allégorie, on finit un service, c’est bien on est contents, on a libéré un truc, trop bien, machin et tout, et puis on y retourne, etc. ! Mais ça ne marche pas !

Quel monde voulons-nous ?

Là vous avez un texte qui a été écrit par un des membres de Framasoft qui s’appelle Gee, que certains connaissent parce qu’il a fait un certain nombre de conférences aux RMLL – je lui dis « bonjour Gee » –, qui est un des administrateurs de Framasoft et qui a écrit un texte qui s’appelle « Quel est votre rêve ? », que je vous encourage à aller voir donc j’ai mis, ce n’est pas trop compliqué https://grisebouille.net/quel-est-votre-reve/, que je trouvais assez intéressant parce que, là aussi, ça a déjà écrit peut-être 100 fois, mais c’est écrit par un libriste. Du coup on perçoit le message différemment : les personnes qui lisent le blog de Gee ne sont pas nécessairement des éco-anarchistes.

(re)définition en cours…

Une fois qu’on s’est dit : bon, eh bien OK, c’est cool, quel est notre rêve ?, on s’est dit : il faut qu’on redéfinisse, et on s’est posé un temps et encore, c’est toujours en cours, sur un certain nombre de points.

Le premier point c’était nos valeurs. C’est quoi les valeurs de Framasoft ? C’est l’éthique, c’est l’émancipation, inclusivité, non culpabilisation, partage, positivité, pacifisme ; donc ça veut dire qu’on ne va pas aller brûler les banques demain. Le faire, la bienveillance, le soin.

On a interrogé notre raison d’être. Ce qu’on veut faire c’est quoi ? Le but de Framasoft ? Pourquoi est-ce qu’on est là ?

Ce qu’on veut faire, nous, c’est de l’émancipation numérique. On veut Software To The People. Comment est-ce qu’on redonne le logiciel aux gens ? Comment est-ce qu’on les rend maîtres de leurs outils ? Comment est-ce qu’on change le monde un octet à la fois ? C’est peut-être sans fin, mais on sait qu’on peut passer par ce chemin-là.

Dans nos objectifs, je l’ai mis en version troll, outiller numériquement la société de contribution, ce qui peut se traduire en start-up nation novlangue : « digitaliser la disruption des acteurs à impact social d’intérêt général ».
On a refait un choix sur : c’est quoi notre objectif ?

Sur les moyens.
Tout à l’heure, on parlait de la taille, etc., et du poids, notamment du mien. Framasoft a décidé de rester une association loi 1901, de ne pas devenir une SCIC, une SCOP ou autre ; de rester sous la barre des dix salariés – je ne dis pas que ça ne sera jamais onze un jour mais, en tout cas, on ne prévoit pas de réembaucher à long terme ; de rester une bande de potes, avec de l’humour et de la bonne humeur dedans ; de rester basée sur les dons ; d’y aller avec le bit et le couteau et, pour essayer de répondre quand même un petit peu aux problématiques très ambitieuses voire un peu prétentieuses auxquelles on s’attaque, faire des alliances plutôt que de continuer à grossir.

Pour ça on a revu notre communication en sachant qu’on ne pouvait plus dire qu’on s’adressait à tout le monde. On est une association d’éducation populaire, je le disais dans la conférence d’avant, on a refait nos statuts entre autres pour ça, pour avoir un agrément, etc. Dans l’éducation populaire souvent il y a cette logique de dire « on ne laisse personne sur le chemin, on s’adresse à tout le monde, etc. » Nous on ne peut pas ! On est trop petits pour ça, on n’y arrive pas, on ne sait pas faire. À un moment donné, admettons nos failles et, tout simplement, on arrête de s’adresser au premier de cordée qui a deux 4X4. Essayer de convaincre cette personne-là nous demande une énergie qui est trop importante. Si j’ai 100 points d’énergie est-ce que je vais dépenser de l’énergie auprès des gens qui sont dans une association ou dans un réseau d’éducation à l’environnement durable ou est-ce que je vais parler, je vais passer deux heures à discuter au congrès du Medef ? Concrètement ? Voilà ! On fait un choix. Dans notre communication on fait le choix de s’adresser nous, Framasoft, à un certain nombre de domaines, associations, économie sociale solidaire écologique et éducation populaire. Point Barre. Notre communication c’est ça. Ça ne veut pas dire qu’on refuse de discuter avec les autres, mais ça veut dire qu’on ne va pas perdre de temps à discuter avec les autres. C’est ce que je vous disais là encore dans la conférence d’avant sur notre rapport avec le ministère de l’Éducation nationale.

Contributopia

Ce qui a donné, une fois qu’on s’est un petit posé ces questions-là, cette campagne qui n’est pas une campagne d’ailleurs, en tout cas on ne le vit pas comme ça, on le vit plutôt comme une feuille de route avec quatre projets par an sur trois ans. Pourquoi trois ans ? Parce que c’est bien. Pour moi qui suis directeur de l‘association et qui dois gérer, coordonner les projets, trois ans c’est bien, ce n’est pas trop loin, ce n’est pas trop près, 12 projets ça va, c’est gérable ; je rappelle qu’on en a fait plus de 35 les années d’avant donc ça va ; ça reste gérable.

Services

Premier point donc sur la première année pour ne pas vous perdre parce que si on était arrivés en levant le poing en disant « il y en marre, vive la société de contribution », je pense qu’on aurait perdu beaucoup d’entre vous et l’idée c’était d’amener ces idées-là petit à petit, par capillarité, qu’elles infusent tranquillement.

Donc on continue à créer et à proposer des outils :
Frama.site c’est fait ;
Framameet le meetup like alternative à Meetup et au groupe Facebook ça va être en cours, ça va être en ActivityPub et ça va être avec des designers en amont ;
Framapétitions, il faut que je me bloque une semaine pour le faire d’ici la fin de l’année, je ne sais pas quand ;
Framatube, vous êtes au courant, c’est à peu près terminé ; en octobre on aura une v1 et grâce à vous puisque c’est en partie vous qui l’avez financée.

Essaimage

Sur la deuxième année, on va dire 2018-2019 – on parle plus ou moins en année scolaire, on se donne le droit de déborder, ça ne va pas être au jour près – la question comment est-ce qu’on transmet les savoir-faire au travers de quatre projets :

  • poursuivre l’organisation et le soutien au projet CHATONS ;
  • YunoHost : on a déjà soutenu toute l’année 2017 le projet YunoHost13 en mettant à disposition notre adminsys Luc qui faisait la présentation juste avant moi ; ses vendredis étaient consacrés à améliorer, à fournir des paquets pour le projet YunoHost, il ne travaillait pas sur le cœur. Sachant que les gens qui travaillent sur le projet YunoHost ont toujours besoin de devs et de touilleurs et de touilleuses sur le cœur de YunoHost, si vous pouvez aller leur filer un coup de main ce serait vachement bien. YunoHost, pour celles et ceux qui ne voient pas, c’est un projet qui permet d’installer très rapidement des applications et des services et typiquement les services Framasoft mais d’autres aussi. Pendant un an on a travaillé sur ce projet-là et on voudrait qu’il continue à pousser ;
  • l’internationalisation c’est toujours en cours, j’en parlais un petit peu avant, on continue à traduire un certain nombre de pages d’accueil, etc. La difficulté c’est que plus on traduit plus on a de gens qui viennent d’autres pays sur nos services et ce n’est pas du tout notre objectif. C’est une complexité qu’il faut résoudre, mais on commence à avoir des liens de plus en plus serrés avec d’autres communautés à l’étranger ;
  • Winter of Code, rien que pour le projet, rien que pour la punchline, winter is coding, ça vaut le coup de le faire ; je reviendrai dessus si vous voulez.
Éducation populaire

Et enfin dernière année, travailler à inspirer les possibles.
Comment est-ce qu’on peut faciliter la contribution, comment est-ce qu’on identifie les freins à la contribution. Je vous disais tout à l’heure que nos infrastructures numériques du Libre communautaire étaient quand même dans un sale état ; comment est-ce qu’on travaille ces contributions-là ?

Éventuellement un projet autour de Git mis à la portée de toutes et de tous pour qu’on puisse transmettre cet outil qui est merveilleux mais sur lequel on ne pas dire à quelqu’un à l’extérieur « va ouvrir une issue sur Git, sur Framagit » ; je suis désolé ! Je le dis en riant et à la fois parce que je suis aux RMLL mais c’est quelque chose qui me frustre et qui me met en colère ; on ne peut pas dire ça. Il faut qu’on trouve d’autres moyens. On a les capacités de mettre ces moyens en action, mais il faut qu'on trouve à le faire.

UPLOAD [Université populaire du Libre] est notre projet secret pour casser les jambes de l’Éducation nationale ; un jour on y arrivera ! Ou pas ! On verra.

Objectifs généraux

Les objectifs généraux c’est proposer des alternatives concrètes au capitalisme de surveillance, notamment en travaillant la question d’ActivityPub14 qui est arrivée en cours de campagne « Dégooglisons Internet ». La fédération existe depuis longtemps, Gnu social fait ça depuis des années, le mail, n’en parlons pas. Mais du coup, le fait d’avoir dans nos salariés deux personnes, plus même, aujourd’hui une stagiaire aussi qui travaille sur cette question de c’est quoi ce protocole, comment est-ce qu’il fonctionne et comment est-ce qu’on peut le rendre simple, accessible, vulgariser, faire des prototypes que les gens puissent suivre et implémenter dans leurs applications, c’est quelque chose qui, à notre avis, permettra là encore de mettre l’intelligence en périphérie du réseau plutôt que de la centraliser ; typiquement une alternative à Meetup centralisée, le Framameet n’a juste aucun intérêt. Si, par contre, on est capable de le faire en utilisant les outils de la fédération ce sera quand même vachement plus pratique. ActivityPub nous sert aussi d’expérimentation pour ça.

Faire plus d’information et de sensibilisation.
On travaille le cycle des « Léviathans » qui est un cycle autour du capitalisme de surveillance. Christophe Masutti15 qui est un des membres très actif de Framasoft et bénévole très actif à Framasoft écrit un bouquin sur l’histoire de l’informatique et du numérique. Khrys, je crois que je l’ai vue tout à l’heure dans la salle, voilà, coucou, a commencé il y a quelques semaines et continue à sortir une veille16 autour, un petit peu, de ce qui se passe dans le numérique. En fait c’est un travail important, je vais y venir, sur le côté comment est-ce qu’on met les gens en lien. C’est-à-dire si on ne parle que du numérique sur le Framablog, c’est bien, mais on va exclure d’autres personnes. Donc le fait de faire de la veille et des petits posts qui parlent d’autre chose et qui nous emmènent ailleurs permet à la fois aux gens de ne pas rester coincés sur un Framablog trop numérique et permet à d’autres personnes de se dire « tiens, là il y a des gens du numérique qui s’intéressent à ce qu’on fait. » Je vais vous en reparler.

Rendre le libre plus accessible. C’est un petit peu la réflexion de madame tout à l’heure qui me disait que son fils, en ayant vu des conférences, s’était dit « en fait j’ai compris et je peux aller en reparler ». Il faut qu’on travaille nos argumentaires autour de « Contributopia » ; c’est tout frais, tout neuf ; concrètement on n’est pas très bons. Encore une fois c’est la première fois que je fais cette conférence donc il va falloir l’affiner au cours des années qui viennent.

Écouter les publics, diagnostiquer les freins, faciliter l’appropriation du Libre.
Là on a plein de projets qui vont sortir dans les années qui viennent. Puisque « Contributopia » n’est qu’une partie ; « Contributopia » c’est un étage de plus, il y a « Dégooglisons », il y a Framabook la maison d’édition, donc tout ça vient se rajouter à d’autres choses.

Construire des ponts en buvant des coups, en mixant les dev, adminsys, designers, graphistes, médiateurs, médiatrices, utilisateurs et utilisatrices, etc.
On a fait — il est là-bas, Lunar, bonjour — avec La Quadrature du Net et Lunar ??? qui a animé deux jours de Fabulous Contribution Camp à Lyon l’an passé où on travaillait un petit peu ces questions de comment est-ce qu’on peut faciliter la contribution, qu’est-ce qui nous manque, etc., donc on a fait ça en one shot l’an passé.
Par contre, aujourd’hui sur Lyon et Toulouse vous avez des Contrib’Ateliers, ça s’appelait Frama-Ateliers, on a décidé d’appeler ça Contrib’Ateliers parce qu’il y a des gens de Mozilla qui viennent, il y a des gens d’autres structures. L’idée c’est d’ouvrir les ateliers de contribution à des gens qui sont non libristes. Là aussi ça existe, il y a plein de groupes d’utilisateurs de logiciels libres qui faisaient ça. L’idée c’est, encore une fois, d’utiliser la légitimité et la visibilité qu’a Framasoft pour dire « venez ; vous connaissez Framasoft vous pouvez venir contribuer à cet atelier-là. »

Construire des ponts, j’ai déjà dit.

Créer des alliances je vais y revenir.

Promouvoir le Web comme un commun qui est aussi un des objectifs de « Contributopia ». Très honnêtement on ne sait pas encore exactement comment on va le faire ; on est juste convaincus que c’est une idée forte et qu’il va falloir le faire. Et voilà !

Diagnostiquer, encourager et faciliter la contribution.
Donc construire des récits, raconter des histoires de contribution, expérimenter des nouveaux modèles économiques, j’en ai un petit peu parlé dans la conférence d’avant, etc.

La place de Framasoft (2004-2014)

Sur la place de Framasoft, globalement 2004-2014, Framasoft, je l’ai toujours décrit comme ça. C’est quoi Framasoft ?
Framasoft est une association qui est une des portes d’entrée du logiciel libre francophone. C’était ça ma « punchline » entre guillemets, le slogan, le moto de Framasoft. « Tu ne connais pas ce milieu du logiciel libre ? Viens, on te montre et après tu vas voir ». Concrètement, on n’accompagnait pas les personnes tout au long de leur trajet, par contre on était une des portes d’entrée ; il y en avait d’autres et il y en a toujours d’autres.
À partir de « Dégooglisons Internet » on voit bien qu’on a fait ce choix — vous ne voyez pas forcément si c’est bon, ça se voit, la flèche grossie un petit peu —, c’est l’idée de dire : OK, on a toujours une porte ouverte depuis la société de consommation sur ce qu’est que le Libre, etc., mais on n'y consacre aujourd’hui pas plus d’énergie que ça ; notre énergie est consacrée aujourd’hui à mieux accueillir les gens qui viennent de cette société de contribution dont je vous parlais tout à l’heure.
Et surtout, un autre objectif, c’est d’être une porte de sortie et ça c’est quelque chose qui nous tient vraiment à cœur ; je ne sais pas si on va vraiment y arriver avec « Contributopia », mais si on n’essaie pas on n’y arrivera pas ! L’idée c’est de prendre les gens qui sont les plus motivés, les plus intéressés parmi vous, que vous soyez dev, graphiste ou prof, peu importe, vous êtes intéressé par le milieu du logiciel libre, vous traînez dans cette communauté du logiciel libre, c’est comment est-ce que vous allez vous mettre à disposition de cette société de contribution et qu’on arrête de penser que ce sont nos outils qui vont changer le monde ; c’est faux ; ce sont les gens qui vont changer le monde et comment est-ce qu’ils peuvent le faire avec des outils qui sont en cohérence avec leurs valeurs.

Tragédie du LSD

Ça c’était pour le fun mais du coup, tragédie du LSD de Laurent Marseault17 qui est un animateur, formateur, anciennement Outils réseau et aujourd’hui Animacoop, et qui parlait de ces trois communautés, il y en a plein d’autres, mais de ces trois communautés qui avaient bien du mal à tisser des liens entre elles entre les libristes, les solidaristes et les durabilistes et que, finalement, on a malgré tout les mêmes enjeux, les mêmes valeurs et que – merci OpenStreetMap de m’avoir sorti une petite image d’archipel qui va bien – l’idée étant de dire « eh bien admettons que le Libre soit une des îles que vous voyez là, peu importe laquelle, il y a d’autres îles, et la question c’est comment est-ce qu’on construit, tout en gardant chacun notre identité, notre culture ? » Parce que voilà, nos débats Vim/Emacs on ne va pas les arrêter demain – ça fait partie de notre culture, l’idée n’est pas de la renier ; par contre l’idée c’est de dire : OK, mais ça, ça reste sur notre île ; on n’est pas obligés d’aller porter ce combat Vim/Emacs à l’extérieur ; s’il vous plaît ! Merci ![Rires]. Donc comment est-ce qu’on coopère avec ces autres îles ?

Construire des ponts, des alliances, des stratégies

Concrètement et j’en arrive à ma conclusion.
Framasoft a construit des ponts, des alliances, des stratégies, avec un certain nombre d’acteurs, peu importe leurs noms, des associations, ESSE [Économie Sociale, Solidaire et Écologique], etc. Ça peut être des liens qui sont proches ou ça peut être des liens qui sont juste on se croise de temps en temps, on boit des coups et on discute ensemble. Et je pense qu’il n’y a pas forcément pour l’instant besoin d’aller beaucoup plus loin. Par contre il ne faut pas qu’on reste juste chez nous ; aller rencontrer les gens de Next INpact et aller boire un Gewurtz avec eux c’est important – eh bien oui, le Gewurtz c’est la thématique – c’est important parce que c’est en croisant petit à petit ces choses-là qu’on arrivera à créer du lien et à travailler les uns avec les autres.

Là je n’ai listé que les gros mouvements que potentiellement vous êtes amenés à connaître ; je n’ai pas listé tout le monde évidemment. Vous noterez que ministères et État, eh bien non rien, en fait !

Nos partis pris

Nos partis pris c’est de faire ensemble d’abord avec les utilisateurs et les utilisatrices et que Framasoft ne soit pas considéré comme une entreprise qui va produire du service. On veut faire avec vous.
Tout à l’heure il y avait la question, à la fin de la conférence PeerTube, « vous n’avez pas des stickers, vous n’avez pas de flyers ? » «Non, tu peux les faire. » Et « tu peux les faire » ce n’est pas une injonction, ce n’est pas « fais-le toi-même », c’est « aide-nous à les faire ». Et quand on dit « aide-nous » c’est « aide-toi et trouve d’autres gens », etc. Nous on est trop petits, on ne peut pas faire ce travail-là.

Inventer un imaginaire numérique positif.
Là on commence à travailler avec des artistes, des écrivains, etc. On est déjà en contact avec Alain Damasio, qui est auteur de science-fiction, avec lequel on voulait travailler sur cette question des imaginaires positifs parce que lui ça fait quelques années qu’il y travaille. Mais comment est-ce que lui travaille pour que nous on puisse récupérer des choses, les amener dans le Libre, que ça infuse et que, à un moment donné, ça percole ?

Outiller celles et ceux qui veulent faire des communs.
On outille, vous notez bien, on n’accompagne pas. On n’est pas en capacité avec 8 salariés et 27 bénévoles d’aller accompagner chaque structure, chaque MJC, etc. Donc c’est comment est-ce qu’on peut, nous, outiller ? Du coup il va falloir d’autres personnes pour faire d’autres choses.

Et enfin décloisonner le Libre de son ornière technique pour développer ses valeurs éthiques et sociales. Vaste sujet qu’on commence à aborder seulement maintenant.

Convergence des buts, j’en ai déjà parlé avec tous ces types de structures.

Est-ce qu’on va y arriver ? Non.
Pour ceux qui étaient là à la conférence de tout à l’heure, malin le mec ! Donc tout à l’heure c’était est-ce qu’on y est arrivé ? Oui, et grâce à vous. Là est-ce qu’on va y arriver ? Non et en tout cas pas sans vous. Donc concrètement j’espère que dans trois ans je reviendrai, alors peut-être pas aux RMLL, je pense qu’il faut brûler les RMLL et les GULL §; ce n’est pas que les RMLL ce n’est pas bien, j’ai vu Harmonie, mais je pense qu’il y a un certain nombre de pratiques qui sont sclérosées chez nous, qu’il faut qu’on démonte et qu’on déconstruise pour ne pas dire brûler parce que sinon c’est un peu violent. Il faut déconstruire un certain nombre de choses.

Ah mince, il me restait deux slides. Je les avais oubliées, je ne les ai même pas animées.

Propositions (en interne)

Soyons fiers de notre culture mais ne l’imposons pas. Le Vim/Emacs reste chez nous. Merci !

Faisons évoluer nos méthodes d’animation et de transmission.
Demain il y a une journée autour des GULL, des groupes d’utilisateurs de logiciels libres et, l’après-midi, je vais essayer, je ne sais même pas combien il y aura de personnes, mais de proposer d’autres types de formats que juste que le mec blanc, barbu, qui vient vous causer de ce qu’il fait.

Remettons en cause nos pratiques.
Est-ce qu’on a toujours besoin de faire des install-parties ? Peut-être, peut-être pas. Est-ce qu’on peut organiser des cartoparties, etc ? Là, je m’intéresse plutôt aux groupes d’utilisateurs de logiciels libres.

Devs, arrêtez avec les égos. Putain ! Enfin ! Le dev n’est pas plus important que le designer, que le touilleur ou la touilleuse ; je n’ai pas précisé, touilleur-touilleuse ce n’est pas community manager ; c’est quelqu’un qui fait du lien et qui empêche que l’issue tombe au fond et qu’elle soit oubliée par le dev : « Eh, coucou, toc-toc, tu as oublié telle issue. Ce serait bien si tu pouvais imaginer ce qu'est le problème ? Comment est-ce qu’on peut travailler à plusieurs dessus ? etc. » Ça fait partie, pour moi, des objectifs qu’on se fixe c’est que quand vous allez créer un logiciel libre ce ne soit pas un ou une dev qui s’y colle, que ce soit nécessairement un ou une dev et un touilleur ou une touilleuse quoi ! C’est-à-dire deux personnes dès le départ. L’intelligence collective ça marche ! Il faut juste l’utiliser.

Propositions (à l’externe)

Et à l’externe créez des assos !

Préparez-vous à l’autonomie, ce qui ne veut pas dire la solitude, mais concrètement, tout à l’heure sur les deux questions de Casabaldi que je citais, « le changement climatique on va se le prendre en pleine gueule » et « il faut arrêter avec la croissance », eh bien il va falloir se préparer à l’autonomie y compris dans nos métiers. Enfin si on veut défendre un Libre politique il va falloir réfléchir à ça.

Aller boire des coups avec les solidaristes, les durabilistes et les autres et se mettre à leur service.

Et enfin positionnez-vous politiquement pour savoir avec qui vous voulez vous organiser ; pas forcément tout le monde ; il ne s’agit pas de rejoindre un mouvement. Ce travail a été extrêmement salutaire pour nous de travailler nos valeurs, nos raisons d’être, nos objectifs et nos moyens.

Et je vous encourage tous et toutes à le faire pour y voir plus clair et savoir comment vous vous positionnez.

Merci.

[Applaudissements]

On va essayer de prendre quelques questions, pas trop longtemps du coup parce que je sais que les gens qui filment et l’équipe technique ont peut-être juste envie de partir boire des coups, si le Gewurtz est au frais ! Vas-y Harmonie. Tiens tu as même un micro ! On a perdu le micro !

Harmonie Vo Viet Anh, organisatrice des RMLL : La plénière de ce soir a été annulée parce que notre invitée est malade, donc vous avez quelques minutes de plus.

Pierre-Yves Gosset : OK ! Je répète pour ceux qui n’auraient pas entendu, la plénière étant annulée pour cause de maladie de l’intervenante, eh bien on a le temps de prendre plus de deux-trois questions. Allez-y. Putain ! Je savais que ça allait être toi ! On va faire tourner, le temps que les micros arrivent, il y a une question là-bas.

Public : Un aspect que je voudrais mettre en lumière par rapport à ce que tu as dit : pourquoi c’est crucial que nous allions vers des groupes qui ont envie de travailler souvent différemment, c’est aussi pour leur proposer des outils qui fonctionnent à l’inverse de la logique du système capitaliste. Le monde de Facebook c’est un monde où on est seul ! Où on a son compte à soi, seul, avec son petit nom ! On a besoin de créer des outils qui incarnent des pratiques collectives et ce ne sont pas les capitalistes qui les écriront parce que leur intérêt c’est de nous atomiser. Notre intérêt c’est de faire du collectif. Créons des outils qui nous permettent de fonctionner en collectif.

Pierre-Yves Gosset : Merci. Je ne peux qu’approuver. Pour peu que ça vaille quelque chose. Une autre question en bas. Une là-bas. Après je suis là jusqu’à mercredi soir et je préfère discuter en buvant une Gewurtz plutôt que dans un amphi surchauffé.

Public : Ce n’est pas vraiment une question. Tout à l’heure tu parlais de mettre en place un système, un Framapétitions, mais en fait on a déjà mis en place à l’April, donc il y a juste à l’implémenter c’est gSpeakUp, c’est benj qui a développé.

Pierre-Yves Gosset : Je vois. Par contre gSpeakUp aujourd’hui ne permet pas, je crois, à tout un chacun de pouvoir se créer sa propre pétition sans installer l’outil. C’est-à-dire soit tu as les compétences et tu installes l’outil. C’est le problème que j’ai eu avec Framaform ; moi je ne suis pas du tout développeur et puis un jour je me suis dit : il manque un outil alternatif à Google Forms ; j’ai vu plein d’outils pour faire des formulaires, à commencer par du LimeSurvey, enfin des grosses machines, etc. Le problème c’est que ça ne permettait pas aux gens d’avoir un accès facile et de se dire : j’ai dix minutes, il faut que je crée un formulaire et il faut que ça soit prêt dans dix minutes. Ces personnes-là je ne vais pas leur dire « attends, je vais t’expliquer ce que c’est qu’un serveur, ce que c’est que l’auto-hébergement, ce que c’est que Node.js, etc. » J’ai eu le même problème. Après je suis tout à fait prêt, si jamais vous connaissez des services de pétition qui permettent facilement à tout un chacun, de façon vraiment simple et fluide, de se créer des pétitions, une, dix, mille, et de pouvoir accueillir des millions de réponses parce que c’est vers ça qu’on va, je suis preneur.
Du coup gSpeakUp je l’avais repéré ; on m’a reparlé il n’y a pas longtemps de l’outil de La Maison-Blanche mais qui est sur une vieille version de Drupal qui n’est pas maintenue depuis trois ans, juste ce serait une idiotie complète d’y aller.
Moi ça ne m’amuse pas spécialement d’avoir à développer cet outil d’autant que, encore une fois, je suis pas développeur, donc quand vous verrez Framapétitions vous direz « putain ça a été fait par un mec qui n’y connaît quand même pas grand-chose ! » Du coup je veux bien contacter les développeurs de gSpeakUp et leur dire « comment est-ce qu’on fait pour déployer rapidement et simplement cet outil-là ? » Il faut que n’importe qui puisse dire comme sur Change — concrètement nous on fait du copier-coller — : je veux créer ma pétition, je clique sur créer ma pétition, je clique là et je peux monter ma pétition. S’il y a des outils… Voilà ; le point Gewurtz !

Public : Oui. Moi j’ai à peu près 200 questions mais je pense qu’on ira en discuter deux-trois heures ; je ferai un article super !

Pierre-Yves Gosset : Pas de problème !

Public : Je vais me limiter à trois questions. La première c’est : est-ce que tu n’as pas peur du côté yakafokon ? Tu l’as dit très bien tout à l’heure il y a des choses qu’on dit dans les RMLL ou dans le monde du Libre depuis des années. À chaque fois on se dit « c’est bon, cette année on le fait » et puis, en fait, au final tu as toujours du Windaube dès que tu parles de Libre ou de Windows.
L’autre question c’est quand est-ce que tu te présentes aux élections ?
Et la troisième est-ce que, justement, tu n’as pas peur de la politisation de Framasoft et du fait que ça puisse un peu nuire au discours ? Parce qu’il peut y avoir des libristes de droite, même si bon, la contribution ce n’est pas forcément leur truc, mais ils ont peut-être besoin d’être écoutés aussi, il faut aller vers eux, tu sais, pour les faire changer vers mieux. Est-ce que tu n’as pas peur, justement, que ça fasse un peu branche armée de la France insoumise ? Je ne sais que ça n’est pas ça, surtout qu’en plus ils sont sur YouTube, ils ont Google Analytics, attention ! Mais effectivement, est-ce que tu n’as pas peur que ça pénalise l’association, sa façon d’être vue comme un élément un peu neutre même si on ne sait pas ce n’est pas le cas ? Vous êtes tous des gauchistes !

Pierre-Yves Gosset : Je vais répondre dans l’ordre inverse parce que comme ça tu pourras me rappeler l’ordre des questions.
Est-ce qu’on n’a pas peur que ça fasse trop politisé et de perdre des gens au passage ? Concrètement en choisissant de s’adresser aux associations, à l’ESSE et à l’éducation populaire, on a déjà perdu des gens et à la fin on en a gagné parce que notre message, aujourd’hui, il est conçu pour toucher un certain nombre de personnes et pour, nous, faire quelques pas dans la direction qui nous semble juste. Si on se plante, j’ai envie de dire : ce n’est pas la fin du monde ! La nature a effectivement horreur du vide et d’autres feront ça.
Après quand je dis Framasoft se politise, on ne va avoir ce discours-là, là je peux prendre le temps, on est aux RMLL. etc., mais l’idée pour nous ça a toujours été de passer par l’action plus que la réunion. Je reviens à la conférence d’avant, le fait qu’effectivement on ne va pas aller perdre du temps, aller rencontrer untel ou machin ou truc à partir du moment où il n’y a pas un engagement clair, derrière, de ces personnes-là. Et je pense que ça maintiendra un équilibre entre le discours et l’action et concrètement, évidemment qu’on sera perçus toujours comme une association de gauchistes ! Mais le mec qui a deux 4X4 et qui est le premier de cordée, qu’est-ce qu’il en a à foutre du logiciel libre ! À un moment donné, ce n’est pas grave ! Je peux être critique. Pour ceux d’entre vous qui auraient deux 4X4 et qui vous considérez comme membres actifs de la start-up nation, c’est super ! Je te regarde, toi à la caméra là-bas, parce que je pense que tu n’es pas forcément dans cette salle, mais entre guillemets « ce n’est pas grave ». On a dit qu’on était pacifistes, on ne va aller lutter contre. Par contre, on ne veut pas se laisser déborder et on veut continuer à construire les imaginaires, à mettre en place des actions, etc. Donc si c’est là-dessus qu’on perd des gens ! Pff ! Moi j’aurais tendance à dire tant pis !
Du coup ta question numéro deux c’était ?

Public : Est-ce que tu te présentes aux élections ?

Pierre-Yves Gosset : Jamais du coup ! Si tu as suivi un petit peu ça, tu penses bien que… Justement l’idée est tout au contraire d’arrêter avec les élections et de se dire que, de toutes façons, ce qui marche plutôt pas trop mal, on peut critiquer ça, mais ce qui marche plutôt pas trop mal dans le Libre c’est qu’il y a quand même un mécanisme de tempérance du pouvoir et d’égos mesurés ; alors ça dépend, on en connaît quelque-uns dans le milieu du Libre qui ont des égos complètement démesurés, mais ils parlent beaucoup, etc. Ici tu peux très bien te foutre de la gueule de Stallman, tout le monde s’en fout ! Je n’ai pas de soucis, à un moment donné, à dire que ce qu’on promeut comme système c’est de l’auto-organisation et surtout pas de l’élection. Ou alors de l’élection pour un truc bien précis avec un pouvoir bien cadré, limité, etc., et qu'il y ait une mission, pas une délégation de pouvoir. Et sur ta première question ?

Public : Les yakafokon.

Pierre-Yves Gosset : Ah les yakafokon. J’ai un site, vous pouvez y aller — je ne suis pas connecté, je vais me connecter à Internet —, il s’appelle http://yakafokon.detected.fr/ ; je l’ai fait spécialement pour les membres de Framasoft. J’en ai fait un deuxième qui je crois s’appelle projet.framasoft.fr où ils doivent mettre qui fait quoi, quand, comment ou pourquoi. J’ai tous les matins des demandes : « Ah putain ce serait cool si… », du coup ils ont deux liens. Hop là, on va ouvrir mon petit Firefox qui doit se traîner par là. Ça c’est un lien où je renvoie souvent, le plus souvent en interne, [Pierre-Yves connecte son ordinateur à Internet ! Camionnette DGSI n°3 c’est moi. Ah là, là, ces libristes !] C’est évidemment un peu facile. Si on arrive à mieux expliquer qui on est, pourquoi est-ce qu’on le fait, etc. ?

Je l’ai mis dans la conférence, mais je ne suis pas revenu dessus. On n’a pas écrit de manifeste à Framasoft et je pense qu’il faut qu’on le fasse, je pense qu’il est temps ; le temps est venu d’expliquer qui on est, pourquoi est-ce qu’on le fait, etc., pour envoyer les gens sur cette histoire du manifeste et dire, à un moment donné, « vous nous demandez des trucs mais qui ne relèvent pas de ce qu’on est censés faire, de ce qu’on souhaite faire, etc. » On est une bande de potes et OK ! il y a 500 000 personnes qui viennent utiliser nos services, donc c’est un peu flippant, mais on reste une bande de potes ; ça veut dire que si demain ça tombe en panne eh bien voilà ! Framasoft ce sera fini et on passera à autre chose. Franchement non, je n’ai pas trop de soucis avec ça ; voilà ! C’est une question de communication qui est compliquée.
J'ai Florence en bas, et en haut aussi ; c’est parti en haut. Est-ce que quelqu’un peut transmettre le micro ?

Public : Bonjour. Je trouve ça un peu dommage ton discours sur la politique ; ça casse un petit peu les choses. Je vais être un petit peu embêtant là-dessus, mais là tu disais : les gens de droite ce ne sont pas forcément des contributeurs et ce genre de choses. C’est quand même un discours assez élitiste, il n’y a quand même pas en France juste les gens de gauche et les autres qui ont deux 4X4 et qui ne voudraient pas contribuer au Libre et qui se contentent d’en profiter.

Pierre-Yves Gosset : À quel moment tu m’as entendu dire gauche ou droite ?

Public : Enfin un petit quand même vis-à-vis de la question de l’intervenant, enfin de la personne juste avant.

Pierre-Yves Gosset : Oui, du coup il pose la question.

Public : Enfin tu vois très bien ce que je veux dire.

Pierre-Yves Gosset : Quand je dis premier de cordée, ça pourrait être dit par quelqu’un de gauche. L’idée du succès, l’idée de l’épanouissement par la croissance, c’est là-dessus qu’on combat ; que ça soit une idée de gauche ou une idée de droite, moi je m’en contrefous. Évidemment qu’il y a des gens de droite qui contribuent. Mon problème n’est pas droite ou gauche. Mon problème est : est-ce que tu fais par exemple de l’open source ou est-ce que tu fais du Libre ?

Public : On peut faire du Libre aussi dans d’autres partis politiques voire ne pas être intéressé par la politique et contribuer tout à fait.

Pierre-Yves Gosset : Oui. OK ! Pas de souci. Mon discours n’est pas du tout de dire ne faites pas de politique ! Il est de dire que Framasoft a fait le choix, à un moment, mais qui nous appartient, qui n’appartient qu’à nous. Mince du coup je ne suis pas sur la bonne page, forcément, je voulais ressortir l’image de l’archipel. Chacun fait ce qu’il veut. Je ne suis pas en train de vous dire « vous devez ! » Si vous avez compris ça, c’est que j’ai complètement foiré ma conférence ; je disais « voilà, les problèmes que nous on identifie, comment est-ce que nous on y répond » et la question politique était bien clairement marquée, spoiler, c’est à vous de trouver la façon dont vous voulez vous impliquer. Et si, pour vous, c’est d’aller discuter dans des ministères ou avec des partis politiques, etc., c’est super ! Moi je n’ai aucun problème avec ça. Je dis juste que Framasoft ne le fera pas.

Public : OK !

Pierre-Yves Gosset : Ça répond à yakafocon. C’est systématique ; j’entends complètement la question de David parce que c’est notre plus grosse difficulté. Les gens pensent que puisqu’on a fait plein de trucs on va faire plein de trucs. Non ! Désolé on est une bande de potes ; on a fait une AMAP du logiciel libre, on est bien contents et du coup les gens voudraient qu’on devienne Biocoop ; Non !

Public : Là-dessus je suis entièrement d’accord !

Pierre-Yves Gosset : Il y aura des gens pour aller discuter avec les politiques et c’est très bien. Il y a de la place pour tout le monde. Tant qu’on ne fait pas trop de merde, tant qu’on est une planète, il y a de la place pour tout le monde, donc je pense sincèrement qu’il y a vraiment de quoi faire sur ce côté archipellisation. Vous avez une île « logiciel libre » et peut-être qu’il y a même un truc qui est encore une sous-île Framasoft. Nous, on ne fait que ça et on ne prétend faire que ça. Juste, ne venez pas nous faire chier et ne nous demandez pas que notre île devienne machin et de mettre du béton partout pour satisfaire le mec qui aurait ses deux 4X4. C’est violent comme discours, je suis conscient, alors que je répète qu’on est pacifistes, machin, etc., mais je suis conscient que ce discours de dire ne pas s’adresser à quelqu’un. Mais pourquoi est-ce que… ? Mais parce que je n’ai pas le temps ! Je me suis couché à 5 heures du mat, enfin 4 heures cette nuit pour finir de travailler sur ces présentations, la nuit d’avant c’était 5 heures ; je viens de Brest, je n’ai juste pas le temps ! J’aimerais si j’avais une énergie folle ! Et je dis « je » mais ça vaut pour tout Framasoft. J’ai clairement dit que cette conférence concernait avant tout moi, mon de point de vue plus que celui de l’association, mais il est partagé quand même relativement dans l’asso. À un moment donné quand les gens viennent nous solliciter et nous disent : « Vas-y, réexplique-moi le logiciel libre » de dire : «Je suis désolé, mais là il faut que j’aille changer mon gosse ! » Moi j’en ai ras-le-bol de culpabiliser en disant : ah là, là, on ne s’adresse pas à tout le monde ! Eh bien non moi je m’adresse avant tout aux gens dont je pense qu’ils peuvent avoir une action positive allant dans le sens de la société de contribution que nous on défend. Ça ne veut pas dire qu’on dit merde aux autres ! Ça veut juste dire « désolé mais là je dois aller faire autre chose ». Faisons le deuil, en tout cas moi j’ai fait mon deuil de ça, faisons le deuil peut-être collectif de se dire que nous militantes et militantes du Libre on peut tous fonctionner et choisir nos cibles.

Moi ce à quoi je vous encourage et tout le sens de cette conférence était de rappeler — mais encore une fois, ça fait dix fois, dix ans que ça se fait ici aux RMLL, c’est juste que là aujourd’hui c’est porté par une association différente —, de dire : choisissez quelles sont vos valeurs, quelles sont vos raisons d’être, quels sont vos moyens, quels sont vos objectifs et, en fonction de ça, choisissez ce que vous voulez faire. Ce n’est pas beaucoup plus compliqué que ça. Et créez des alliances. Le discours, finalement, j’aurais pu vous le faire en 30 secondes, mais le discours est là. Donc quand on vient me dire « mais pourquoi est-ce que tu ne vas pas, machin ? » Parce que j’ai choisi de ne pas le faire ! » Ça ne va pas chercher beaucoup plus loin que ça. S’il y a parmi vous des gens qui ont envie d’aller discuter avec des députés, etc., je trouve ça génial. Juste, ne venez pas me bouffer mon temps ! Une petite dernière pour la route. Il y avait Florence au moins.

Florence : Merci. Bonjour. Moi je suis Florence d’une association qui s’appelle Assodev-MarsNet qui fait de la médiation, du Libre à Marseille, enfin en région PACA. Je voulais aussi apporter un retour d’expérience par rapport à ce bilan sur la Dégooglisation. Chez nous, en trois ans, il y a quand même énormément de gens au sein des associations qui connaissent les Framatrucs. Donc ça c’est super encourageant, super enthousiasmant, malgré le contexte un peu déprimant des GAFA qui nous attaquent de toutes parts aussi avec leur action de médiatisation de leurs outils et services privateurs. Donc de ce côté-là c’est super enthousiasmant.
Ce que je voulais dire aussi c’est que les associations c’est vraiment une cible très intéressante parce qu’elles sont déjà super sensibilisées au niveau éthique. Du coup elles sont très réceptives et ce sont elles, en fait, qui vont toucher le grand public. Et ça c’est bien parce que le grand public, finalement, quelque part il est difficile à toucher alors que les associations sont plus faciles à toucher ; donc ça peut être intéressant de passer par ce biais-là pour toucher le grand public.
L’autre chose que je voulais dire c’est demain il va y avoir un inter-GULL et la question en fait des install-parties, il y a peut-être d’autres types de parties à inventer ; bon, il y a les cryptoparties, les cartoparties, etc., mais, par exemple, ça peut-être aussi des testing parties, c’est-à-dire tester les nouveaux services, tester les Framatrucs, tester tous les services en ligne libres, éthiques qui existent. Il y a ça.
Et puis l’autre chose que je voulais dire, c’est vrai il y a le côté résistance numérique, mais il y a aussi le côté construisons notre propre Internet, nos propres outils, le côté, en fait, c’est bien de résister mais c’est aussi bien de construire ce qu’on veut. Ça va, c’est bon, le vieux modèle économique, c’est fini ! Il faut construire quelque chose de nouveau.
Et la dernière chose que je voulais dire c’est au niveau des médiateurs du Libre ; il y a plein de gens dans les différentes sphères dont tu as parlé tout à l’heure, c’est-à-dire ceux qui font le solidaire, ceux qui font le contributif.

Pierre-Yves Gosset : Les durabilistes et les solidaristes comme je les ai appelés.

Florence : Et les associations aussi. Finalement ce sont eux qui sont les médiateurs du numérique les plus efficaces, parce qu’eux sont en direct avec le public. Et nous on peut se positionner comme, en fait, outilleurs de ces médiateurs parce qu’ils sont peut-être plus à même que nous à convertir les personnes au Libre, ils ont un langage beaucoup plus adapté que nous.

Pierre-Yves Gosset : Complètement d’accord avec ça.

Florence : Et puis voilà ! Bilan très positif, malgré le contexte un peu difficile.

Pierre-Yves Gosset : Aller, une petite dernière pour la route ; il y avait monsieur en bleu là-bas et puis je vais enfin pouvoir aller boire mon premier coup de l’aprem !

Public : Est-ce que tu pourrais brièvement décrire le projet UPLOAD, s’il te plaît, par pure curiosité ?

Pierre-Yves Gosset : Le projet UPLOAD. Déjà moi je suis payé pour écrire des acronymes donc UPLOAD ça veut dire « Université Populaire du Libre Ouverte Accessible et Décentralisée » et, comme pour CHATONS, chaque terme est important. L’idée d’UPLOAD est d’utiliser le protocole ActivityPub pour construire des centres de ressources décentralisés, fédérés, dans lesquels chacun pourrait faire connaître, faire reconnaître ses compétences formelles ou non formelles. Voilà comment je décrirais le projet.
En gros, imagine une université, non pas une, mais des universités en ligne. Je ne sais pas, tu as l’Université du Nous18, tu as FUN. L’université du Nous c’est une université qui travaille sur beaucoup de projets autour du durable, je parlais des durabilistes donc développement durable et autres questions ; il y a, je ne sais pas, je vais dire France université numérique, ça m’étonnerait qu’ils me rejoignent du coup ça ne va peut-être pas leur plaire, mais qui produit là aussi beaucoup et qui héberge beaucoup de MOOC, donc de cours en ligne ouverts à tous et à toutes librement.

Pour l’instant on est en train de construire un premier MOOC autour du projet CHATONS, donc on va interroger Bernard Steigler, on va interroger Tristan Nitot, on va interroger Isabelle Attard, on va interroger, j’ai perdu son prénom, madame Rouvroy [Antoinette, NdT] qui travaille sur les algorithmes, Antonio Casilli sur le digital labor, etc., pour avoir un background technique, académique sur pourquoi c’est important de faire CHATONS parce que l’auto-hébergement c’est compliqué mais ça devient plus facile quand tu es convaincu du fait qu’il faut auto-héberger tes données. Et quand je dis auto-héberger ça peut être semi auto-héberger en les confiant, finalement, à des organismes de confiance.
Il y aura un module sur la technique, un module politique et un module organisationnel et ces trois modules il faudra bien qu’on les mette quelque part. On s’est dit à un moment donné : super, Framasoft va monter sa propre petite plateforme de MOOC, une de plus, l’idée étant de les mettre en commun, d’utiliser potentiellement un processus qui s’appelle Open Badges ; aux RMLL il y a suffisamment de geeks pour que je puisse expliquer ça un peu rapidement. Open Badges est une image. Les Open Badges19 ce sont des badges dans lesquels tu vas trouver des métadonnées, qui disent « dans cette image sont cachées des informations qui vont dire que telle personne maîtrise telle ou telle compétence et que c’est délivré par telle ou telle structure ou personne. » Ça veut dire que toi-même tu pourras venir dire « je sais réparer une machine à laver et j’habite à Strasbourg ». Et à la fois moi je pourrais dire : j’ai un diplôme en ingénierie économique délivré par l’université de Grenoble en 1999 ; ça veut dire si c’est vieux ! L’idée c’est qu’on puisse produire ça, qu’on puisse trouver les compétences de chacun.

Pourquoi cette idée-là est importante ?
C’est parce que vous comprenez bien que dans cette idée d’auto-organisation ; je vous ai quand même cité Murray Bookchin ou Casabaldi, pas non plus les personnes les plus institutionnalisées qu’on puise imaginer ! On voit bien qu’il y a une forme d’effondrement qui vient. Je ne suis pas du tout collapsologue mais concrètement on va se prendre le mur, je pense, dans pas si longtemps que ça, et il va falloir trouver des gens qui ont des compétences autour de nous ; il va falloir trouver des gens qui savent faire ceci ou cela. À un moment donné, comment est-ce qu’on va faire pour les trouver ? Tu ne vas pas pouvoir googler « réparateur machine à laver » ça va te sortir des boîtes, ça ne va pas te sortir des gens et ça ne va pas te sortir celle qui est nécessairement à côté de chez toi. Et on se dit qu’en travaillant cette question de quelles personnes ont quelles compétences non formelles, je maîtrise la permaculture, je… machin, etc., on a une possibilité de faire ça.
On était très emmerdés ; c’est comme l’alternative à YouTube. On avait dit dès 2014 qu’on voulait faire une alternative à YouTube, jusqu’à mai 2017 je ne savais pas ce qu’on allait faire ; c’est juste qu’on s’est rencontrés avec Choccobozzz, on est allés boire un coup aux RMLL à Saint-Étienne ; il m’a dit : « Je quitte mon poste à Saint-Étienne, je vais habiter à Lyon, est-ce que tu as du taf ? » Et, en fait, lui travaillait déjà sur une alternative fédérée donc ça donnait du sens à… Et UPLOAD, pour moi, c’est un peu pareil. Tant qu’on n’avait pas ActivityPub, tant qu’on n’avait pas le moyen de dire… Framasoft ne va pas faire une université Framasoft, c’est complètement ridicule et prétentieux ! Par contre s’il y a une université, s’il y a un mouvement type Les Colibris, s’il y a un mouvement tel Framasoft, s’il y a, etc., tous ces gens-là sont capables de mettre ça en commun et de travailler de façon fédérée, tu as, à ce moment-là, un système qui permet aux gens de s’auto-organiser. Et là je reprends la conférence qu’Isabelle Attard faisait à Pas Sage En Seine20 il y a quelques jours ; elle disait : « Par contre il ne faut pas qu’on se voile la face, s’il y a bien une chose qui fait peur au pouvoir, ce sont les gens qui s’auto-organisent ».
Donc te dire comment est-ce qu’on va le faire, j'ai des idées, je ne vais pas tout raconter maintenant ! C’est prévu sur la feuille de route, c’est prévu officiellement en 2020 ; nous connaissant, si ça sort en 2022, on est contents. Et peut-être que d’autres le feront avant. L’important c’est de réfléchir à ça et de penser à l’organisation de ça.

Eh bien Gewurtz time. Merci.

[Applaudissements]

Lettre d'information publique de l'April du 1er novembre 2018

ven, 11/02/2018 - 08:56

Bonjour,

Retrouvez-nous sur les ondes de radio Cause Commune mardi 6 novembre 2018 de 15 h 30 à 17 h pour notre prochaine émission Libre à vous ! dont le sujet principal concernera téléphonie et libertés. Le podcast sera disponible peu après la diffusion de l'émission. Si vous ne pouvez pas écouter l'émission en direct abonnez-vous au flux RSS de ce podcast pour ne pas rater sa mise en ligne.

L'émission précédente a été diffusée mardi 2 octobre 2018 ; au programme : données publiques ouvertes, label Territoire Numérique Libre, directive droit d'auteur. Sont disponibles le podcast de l'émission, sa transcription, ainsi qu'une page qui liste toutes les références.

Le Canard Enchaîné consacre son hors-série Les dossiers du Canard d'octobre 2018 à la question de la vie privée. À cette occasion le journal revient sur l'emprise de Microsoft sur les ministères français, en particulier celui des Armées où le géant américain impose ses systèmes via un accord Open Bar renouvelé deux fois depuis 2009. La sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam, secrétaire de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées, et moi-même avons été interviewés pour cet article.

L'April fait partie du comité d'orientation et du jury pour l'attribution des labels « Territoire Numérique Libre ». La réunion du jury et la remise des labels aura lieu à Bordeaux à l'occasion de la 1ère édition de B-Boost les 6 et 7 novembre 2018.

Un « April Camp » a eu lieu samedi 6 et dimanche 7 octobre 2018 à Marseille. Cette édition a été agréable et constructive ; super accueil au niveau humain ; organisation nickel. Un grand merci au Foyer du Peuple et notamment à Guy Delanoix et Étienne Meyrieux pour l'accueil. Tous nos remerciements évidemment au CercLL et notamment à Christian Delage, Eda (Edlira Nano), Victor/tuxayo pour l'organisation du camp. Des photos sont disponibles.

Le groupe Transcriptions vous offre douze nouvelles transcriptions. Pour rappel, proposer une version texte des enregistrements audio et vidéo permet de faciliter leur indexation, leur accessibilité et leur réutilisation. Vous pouvez participer en vous inscrivant sur la liste de travail.

N'oubliez pas d'écouter les dernières éditions du Décryptualité.

Nous serons présents prochainement à plusieurs événements pour lesquels nous avons besoin d'aide pour tenir notre stand.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une vingtaine d'articles.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune (6 novembre 2018 de 15 h 30 à 17 h)

La sixième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée mardi 6 novembre 2018 de 15 h 30 à 17 h sur radio Cause Commune sur la bande FM en Île-de-France (93.1) et sur le site web de la radio.

Au programme : courte présentation du derniers hors-série Les dossiers du Canard enchaîné d’octobre 2018 consacré à la question de la vie privée ; interview pour présenter la Semaine des libertés numériques au Bar commun (Paris), du 21 au 25 novembre 2018 ; le sujet principal « téléphonie mobile et libertés » ; annonce d'événements à venir.

N'hésitez pas à diffuser largement l'annonce de l'émission.

Pour rappel, l'émission dispose d'un flux RSS compatible avec la baladodiffusion, vous pouvez vous y abonner.

« Microsoft Power » : Le Canard Enchaîné revient sur l'emprise de Microsoft sur les ministères français

Le Canard Enchaîné consacre son hors-série Les dossiers du Canard d'octobre 2018 à la question de la vie privée. Le journal revient à cette occasion sur l'emprise de Microsoft sur les ministères français, en particulier celui des Armées où le géant américain impose ses systèmes via un accord Open Bar renouvelé deux fois depuis 2009.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune (6 novembre 2018 de 15 h 30 à 17 h)
  2. « Microsoft Power » : Le Canard Enchaîné revient sur l'emprise de Microsoft sur les ministères français
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. Podcast et transcription de l'émission Libre à vous ! du mardi 2 octobre 2018
    2. Label « Territoire Numérique Libre »
    3. Nous aider à établir un stock de musiques libres pour les pauses musicales des émissions Libre à vous !
    4. Douze nouvelles transcriptions
    5. Décryptualité
    6. Revue de presse
  4. Conférences, événements
    1. Événements à venir
    2. Événements passés
  5. Vie associative
    1. Compte-rendu et photos de l'April Camp de Marseille
    2. Revue hebdomadaire
    3. Adhésions
  6. Soutenir l'association
  7. Rejoindre l'association à titre individuel
  8. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  9. Archives
Dossiers, campagnes et projets Podcast et transcription de l'émission Libre à vous ! du mardi 2 octobre 2018

La cinquième émission Libre à vous ! a été diffusée. Au programme : données publiques ouvertes, label Territoire Numérique Libre, directive droit d'auteur.

Le podcast de l'émission est disponible, sa transcription, ainsi qu'une page qui liste toutes les références.

Label « Territoire Numérique Libre »

Le label « Territoire Numérique Libre » est une initiative de l'ADULLACT (Association des Développeurs et des Utilisateurs de Logiciels Libres pour les Administrations et les Collectivités Territoriales), destiné à mettre en valeur l’utilisation de logiciels et systèmes d’exploitation libres au sein des collectivités territoriales françaises. Son objectif est aussi d'y promouvoir l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts ainsi que la mise à disposition de données ouvertes.

L'April fait partie du comité d'orientation et du jury pour l'attribution des labels. La réunion du jury et la remise des labels aura lieu à Bordeaux à l'occasion de la 1ère édition de B-Boost les 6 et 7 novembre 2018.

Nous aider à établir un stock de musiques libres pour les pauses musicales des émissions Libre à vous !

Pour chaque émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, nous avons besoin de deux ou trois musiques libres pour les pauses musicales.

Que diriez-vous de nous aider à dénicher les petits bijoux qui se cachent dans les entrailles de Dogmazic ou d'autres ? Un pad est à votre disposition prêt à être alimenté par vos suggestions. N'hésitez pas à commenter les propositions déjà présentes.

Douze nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec douze nouvelles transcriptions :

Décryptualité

Depuis le 20 février 2017, date du premier Décryptualité, un petit groupe de membres de l’April se réunit chaque semaine : « On a eu envie de faire quelque chose d’un petit peu différent de la revue de presse de l’April, qui soit un petit peu plus large ». Dans un format d’une quinzaine de minutes, les sujets concernant l’actualité informatique sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre.

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide de la revue de presse est disponible pour celles et ceux qui souhaiteraient contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Conférences, événements Événements à venir Événements passés Vie associative Compte-rendu et photos de l'April Camp de Marseille

Le week-end dernier a eu lieu un « April Camp » à Marseille. Cette édition a été agréable et constructive. Super accueil au niveau humain ; organisation nickel. Un lieu sympa (le Foyer du Peuple) et adapté à l'organisation d'un camp. Présence d'une quinzaine de personnes de façon quasi continue. De nombreux échanges sur les sujets d'actualité, sur nos actions. Des liens créés ou renforcés, des ateliers efficaces (transcript-party, candidats.fr notamment). Les ateliers permettant notamment d'encourager les personnes présentes à continuer de contribuer après le camp.

Un grand merci au Foyer du Peuple et notamment à Guy Delanoix et Étienne Meyrieux pour l'accueil. Tous nos remerciements évidemment au CercLL et notamment à Christian Delage, Eda (Edlira Nano), Victor/tuxayo pour l'organisation du camp.

Un apéro April sera organisé prochainement sur Marseille.

Des photos du camp sont disponibles ainsi que le pad avec le programme du camp.

Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 5 octobre 2018, la synthèse de la revue du 12 octobre 2018, la synthèse de la revue du 19 octobre 2018, la synthèse de la revue du 26 octobre 2018.

Adhésions

Au 1er novembre 2018, l'association compte 4 102 membres (3 712 personnes physiques, 390 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante https://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, vous pouvez remplir le formulaire en ligne.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Archives

Pour recevoir automatiquement par courriel cette lettre, inscrivez-vous à la liste de diffusion

Les archives de la lettre sont disponibles en ligne.

Pages