APRIL

S'abonner à flux APRIL
L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 25 min 49 sec

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (15 septembre 2020)

jeu, 09/10/2020 - 15:52
Start: 15 Septembre 2020 - 15:30End: 15 Septembre 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

-->

74e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 15 septembre 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • Notre sujet principal porte sur le thème de l'informatique avec Sylvie Boldo, directrice de recherche à l'Inria, et Fabien Tarissan chargé de recherche en informatique au CNRS, auteur de l'ouvrage « Au cœur des réseaux. Des sciences aux citoyens » (Le Pommier, 2019)
  • la première chronique musicale d'Éric Fraudain du site Au Bout Du Fil
  • la chronique « Partager est bon  » de Véronique Bonnet, professeur de philophie et présidente de l'April : présentation et commentaire du texte de Richard Stallman Mettre en application les critères du logiciel libre

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 15 septembre 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 15 septembre 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Un État plateforme, mais pour quoi faire, avec qui ? - Henri Verdier

jeu, 09/10/2020 - 08:39


Titre : Un État plateforme, mais pour quoi faire, avec qui ?
Intervenants : Henri Verdier - Thierry Guerrier, animateur
Lieu : Grand débat de la donnée 2018 - Syntec Numérique
Date : avril 2018
Durée : 17 min 35
Visualiser la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Henri Verdier en 2013 - Licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Thierry Guerrier : Merci du privilège que vous nous faites d’être là. Vous êtes en effet un peu le monsieur de l’informatique, le « monsieur données » pour le compte de l’État, je le disais, directeur du numérique pour l’État, Etalab1. Le sujet c’est la donnée et ce concept d’État plateforme que vous avez développé. Qu’est-ce que ça signifie ? Je vous en prie.

Henri Verdier : Bonjour. Tout d’abord je me sens chez moi avec vous, j’ai quand même été 20 ans entrepreneur et 5 ans dans l’État donc c’est un retour aux sources.

Pour lancer mon court propos, il y a une chose qui m’étonne en ce moment c’est que tout le monde nous présente les GAFAM comme des pilleurs de données et, pour moi, ce sont d’abord des gens qui nous fournissent des données. Je veux juste qu’on réfléchisse à ça deux secondes. La puissance des plateformes qui aujourd’hui dominent à ce point l’économie c’est la puissance de gens qui sont devenus des centres d’innovation parce qu’ils ont commencé par partager des ressources.
La première fois que j’ai entendu parler du SDK d’Apple c’était par des développeurs qui me disaient : « C’est incroyable ! Regarde ce qu’on peut faire, je peux utiliser un téléphone, un écran tactile, une boussole, une géolocalisation, de l’échange de données, etc. Je peux inventer les applications de mes rêves ! »
Aujourd’hui, ces géants de l’économie numérique sont d’abord et avant tout des gens qui partagent leurs ressources. Partageant leurs ressources ils attirent à eux des innovateurs. Ils se débrouillent pour reprendre des informations supplémentaires à ces innovateurs, ils créent [ils les aident à créer, Note de l'orateur] de la valeur ajoutée, ils en prennent une grosse part pour eux, ils en redistribuent un peu et ils deviennent de facto les patrons d’un écosystème d’innovation.
J’ai souvent combattu l’expression « la donnée est un nouveau pétrole » pour de nombreuses raisons dont vous avez sûrement parlé. La donnée n’a rien à voir avec du pétrole : ce n’est pas un bien rival, quand quelqu’un s’en sert il ne la détruit pas, souvent même il l’apprécie parce qu’il génère des métadonnées. Donc déjà ça n’a rien à voir avec une ressource rare qui s’épuise. Un jour un des gars de l’équipe m’a dit tu n’as qu’à rajouter un « s » et dire data is the new soil. En fait, ça se passe beaucoup plus comme ça, la donnée est un humus, un terreau sur lequel il est possible d’entreprendre et de créer de la valeur. Vous me voyez venir !
Aujourd’hui on est dans un monde où des plateformes géantes, parce qu’elles ont commencé par partager de la ressource – je dis ressource parce que ça peut être de la donnée, ça peut être du cloud, ça peut être de la géolocalisation, ça peut être des briques logicielles, ça peut être de l’identité, ce n’est pas seulement de la donnée, mais c’est principalement de la donnée – où ces géants sont en train de devenir le terreau sur lequel s’installe l’économie. Une des choses qui me préoccupe le plus dans le monde dans lequel nous sommes en train d’entrer, c’est… regardez ce qu’il y a dans vos téléphones : déjà si ces applications sont dans vos téléphones, elles ont demandé une permission à Android ou à Apple pour avoir le droit d’innover et d’exister ; elles ont accepté des conditions générales d’utilisation, elles sont sous permission, sous contrainte. Mais regardez d’un peu plus près, je pense que chacune de ces applications utilise PayPal, Facebook Connect, Google Maps… Aujourd’hui nous sommes en train d’entrer dans une économie où il est pratiquement impossible d’innover réellement sans demander la permission à un GAFAM et c’est vraiment préoccupant.
Une anecdote, je n’ai que sept minutes… L’hiver dernier aux vacances de Noël, il y a trois mois, la préfecture de Savoie a voulu faire un système d’information trafic routier et enneigement, elle avait fait un très beau site qui est tombé en panne le premier jour des vacances de Noël parce qu’ils avaient délégué ça à une petite PME locale qui, elle-même, avait tapé dans Google Maps sans lire les conditions générales d’utilisation. Au bout de 25 000 appels par jour à l’API [Interface de programmation d’application] c’est tombé en panne, ça a été fermé comme le prévoient les conditions générales d’utilisation. Et là, ils ont voulu appeler à Mountain View. Ils sont tombés sur un stagiaire qui a dit : « Il y a des CGU, c’est quoi la Savoie ? c’est quoi une préfecture ? c’est quoi la neige ? » [je brode un peu, là, Note de l'orateur] et il a fallu 15 jours pour rebooter le système, c’est-à-dire la fin des vacances de Noël.
C’est vraiment important de se rendre compte qu’on est en train de s’installer dans une organisation du monde où il y a de la data, il y a le droit californien, il y a les CGU, il y a la policy, il y a les réseaux d'alerte, etc. La puissance publique a le devoir, si vous suivez ce que je viens de dire, de préserver plusieurs choses. D’une part elle a le devoir de comprendre comment ces stratégies créent réellement de la valeur, parce que ça crée de la valeur, parce que ce sont des millions, des dizaines de millions d’applications réelles qui innovent, qui délivrent du service, qui ont des clients, etc. Et ensuite elle doit comprendre comment, en tant que puissance publique, elle doit quand même continuer à garantir, prenons un mot pompeux, la souveraineté, la souveraineté de l’État, mais la vôtre aussi, la liberté d’innover dans un monde sans demander la permission à des gens qu’on admire, qui sont des gens remarquables, mais qui tout simplement ne procèdent pas de la souveraineté du peuple français qui a le droit, le peuple français, de choisir comment il entend protéger la vie privée, quelle transparence il exige des algorithmes, qui il peut privilégier dans un retour à l’emploi, etc.
L’État plateforme est une réponse à une bonne partie des choses dont je viens de vous parler. C’est l’idée que nous pouvons penser et agir comme des plateformes, mais nous, nous sommes la puissance publique, nous sommes au service de vous, de nous, du peuple souverain. Donc on ne crée pas de la valeur pour faire du bénéfice pour actionnaires, on crée de la valeur pour défendre l’intérêt général et permettre aux entreprises d’innover dans une économie sur laquelle nous avons encore un droit de regard ou un droit de décision.

La première couche, Simon vient d’en parler amplement, la première couche de cet état plateforme c’est effectivement ce slogan que tu avais trouvé « des données sur lesquelles vous pouvez compter » et aujourd’hui on a construit trois étages dans la diffusion de ces données sur lesquelles vous pouvez compter. Il y a d'abord une très grande ambition d’open data. L’open data on pourrait dire que c’est un quart des données, en fait. Imaginons un tableau à double entrée : données produites par l’État ou par les acteurs privés ; données protégées ou non par des secrets légaux. Les secrets légaux c’est la vie privée, le secret des affaires, le secret industriel, le secret médical, le secret statistique. Rassurez-vous, les informations que vous transmettez aux services statistiques sont couvertes par le secret statistique. Donc l’open data ce sont les données produites ou détenues par la puissance publique et qui ne sont pas couvertes par des secrets légaux. Pour celles-là l’affaire est juridiquement entendue, elles doivent être diffusées gratuitement dans des formats ouverts avec totale liberté de réutilisation. Point barre.
Et puis, comme l’a dit Simon, on a compris qu’il ne fallait pas seulement donner des données en vrac dans l’état où on les reçoit nous, mais être capables d’assurer sur des informations critiques, les données de référence, la fraîcheur, la qualité, la disponibilité 24/24 sur du haut débit et on a bâti le service public de la donnée qui est, cette fois-ci, une obligation de résultat.
C’est venu de certains d’entre vous, c’est venu de gens qui nous disaient :« Mais alors, est-ce que je peux débrancher mon système d’information et m’appuyer directement sur le vôtre ? » Tant qu’on ne faisait que de l’open data on a dit « surtout pas » et on s’est dit mais quand même sur des choses comme le cadastre, la base Sirene, ces référentiels sur lesquels tout le monde se synchronise tout le tout le temps, l’État a peut-être le devoir de le penser comme une infrastructure et de garantir la pérennité et la qualité de l’infrastructure.
Et puis dans cette famille de données librement accessibles, utilisables par tous, on aime bien, nous, aller encore un cran plus loin et travailler à l’émergence de communs, c’est-à-dire de données qui sont produites par l’alliance de l’État, des producteurs, des utilisateurs. C’est comme ça qu’on travaille la base nationale adresses, la géolocalisation de toutes les adresses postales, avec l’IGN, avec La Poste et avec OpenStreetMap2 et ses 10 000 contributeurs bénévoles en France. C’est comme ça qu’on travaille OpenFisca3, je ne sais pas si vous avez vu, on maintient la base des 40 000 règles du droit fiscal et social et les collectivités locales, notamment, l’enrichissent de leurs propres règles. C’est un outil super intéressant pour Open Law4, je ne sais pas ce que tu en diras. On en fera d’autres et probablement dans des sujets comme le transport, l’énergie. Il y a plus de logique à faire une coconstruction avec les acteurs, y compris privés, qui ont tous besoin de ces données et qui en possèdent beaucoup, plutôt qu’à séparer les données qui viennent de l’État et celles qui viennent du secteur privé. Donc c’est une première couche.

La deuxième couche de l’État plateforme – comme vous voyez là je ne suis pas encore en train de vous parler d’une plateforme, je suis en train de vous parler de données accessibles – c’est justement de savoir devenir plateforme, c’est-à-dire savoir devenir le lieu où l’on vient innover parce qu’il y a l’ensemble des ressources bien compilées, bien designées. Donc, par ailleurs, l’État a maintenant une vraie stratégie de plateformisation de son système d’information. Au cœur de ça comme partout et comme tout le monde devrait le faire, l’« APIfication » généralisée du système. Aujourd’hui, de plus en plus, le fonctionnement de l’État s’organise sur des très grandes API, interfaces de programmation d’applications. Il y a une API entreprises qui livre quelques centaines de millions de pièces par an. Il y a une API d’informations personnelles dont nous avons fait en sorte qu’on ne s’en serve qu’avec le consentement express de l’utilisateur grâce à France Connect5 qui est encore un peu moins utilisé parce qu’il y a moins de gens particuliers qui ont droit d’utiliser l’API, mais elle est utilisée par de très nombreuses administrations. Il y a une API géographique et on aura comme ça une petite dizaine d’API qui seront le cœur du cœur du SI de l’État.

Il y a une capacité à gérer l’identité. Vous connaissez, j’espère, ce bouton France Connect qui permet de se loguer. D’abord c’est un single sign on, ça permet de se loguer à n’importe quel service public : il a gardé en mémoire votre mot de passe donc vous pouvez entrer dans le service public. C'est aussi pour nous un principe de design de nos systèmes d’information puisque ça permet que la plupart du temps, en tout cas par défaut, quand on fait un service qui utilise des données personnelles, on les utilise avec le recueil du consentement de l’usager. C’est aussi un système assez malin dont le concepteur est dans la salle. On n’a pas essayé nous, la DINSIC6, qui est une petite DSI corporate, à la taille de l’État, de refaire le système d’identité. Donc on a pris des identités qui existaient déjà, celles qu’utilise la DGFiP [Direction générale des Finances publiques], celles qu’utilise la CNAM, et on est désormais en train de lancer le mouvement pour avoir des identités fortes qui permettront de faire des usages régaliens comme aller porter plainte en ligne au pénal. Bien sûr on ne laisse pas faire ça avec des identités faibles. Donc on est à la fois capables de travailler avec des identités fortes du secteur privé, Orange, La Poste sont de très bons candidats, et vous avez peut-être vu qu’on a lancé une mission parce que le ministère de l’Intérieur émettra aussi une identité forte faite par l’État puisque c’est une des responsabilités de l’État de proposer une identité universelle, c’est-à-dire que toute personne a le droit de refuser.

Enfin, pour devenir plateforme, il faut gérer des données, il faut savoir gérer de l’identité, il faut savoir gérer la confiance donc les certificats de confiance. Je ne sais pas si vous imaginez à quel point ce cœur du cœur de machine bouleverse l’informatique de l’État, puisqu’une informatique qui était massivement en silo, extrêmement verticale, on refaisait tout à chaque fois, est en train de devenir une informatique qui s’échange toutes les données, toutes les ressources d’identité, des petits morceaux de logiciels et qu’il devient très facile d’utiliser, je le dis parfois, comme un Lego géant.

[C’est assez bizarre de vous parler parce que je suis totalement ébloui donc je ne vous vois pas. C’est un peu curieux !]

Bien entendu, puisqu’on se pense comme un État plateforme, ce dont je vous parle sera accessible le plus possible aux entreprises, aux citoyens, aux associations, à la société civile. Sur les données l’affaire est entendue.
Sur France Connect vous avez peut-être vu que le Premier ministre a annoncé le 1er février dernier son ouverture au secteur privé. On va y aller par cercles concentriques parce que, évidemment, je ne peux pas du jour au lendemain accepter qu’un million 800 000 entreprises françaises que nous ne connaissons pas et que nous ne voyons pas puissent utiliser France Connect pour des usages qu’on ne surveille pas… [Les citoyens nous demanderaient rapidement des comptes, Note de l'orateur]. Donc on va d’abord commencer par des entreprises qui sont presque des services publics, banques, assurances, mutuelles, etc., puis on va élargir par cercles concentriques disons sur une trajectoire de 18 mois à deux ans.

[Je n’arrive pas non plus à relire mes notes.]

Après, si on veut se penser dans une stratégie de plateforme, je rappelle juste qu’il ne suffit pas d’avoir des données et de les partager, d’avoir une mécanique des plateformes, ni même d’avoir une stratégie d’ouverture très grande et de bienveillance très grande à l’innovation autour de nous, il faut aussi avoir une stratégie de standard ouvert. Il faut avoir une prédilection pour le logiciel libre, parce que, en fait, si vous vous ouvrez et si vous dites « il faut que tout le monde utilise ma ressource », alors il faut que tout le monde sache l’utiliser et il vaut mieux être sur des standards les plus partagés possible. Si vous regardez bien le travail de la DINSIC elle pousse quand même dans l’État un réflexe assez logiciel libre, mais, comme vous avez peut-être remarqué, pas comme une stratégie d’achat ; le plus important pour moi c’est que l'on soit dans les communautés, que l'on contribue, que les agents publics qui contribuent soient reconnus pour ceci, encouragés et valorisés ; que nos standards soient eux-mêmes partagés, nos codes sources soient publiés, documentés, critiquables, améliorables, etc.
Et enfin, et dans toute stratégie de plateforme c’est le même chose, il faut aussi savoir innover soi-même avec cette plateforme parce qu’on ne devient pas plateforme passivement en disant « j’espère qu’un jour les usages vont venir ». On devient plateforme si on fait naître des usages, si on montre l’efficacité de la plateforme et si on designe la plateforme en fonction des usages réels. Donc dans notre stratégie de plateformisation du SI de l’État, la création de valeur par les méthodes agiles avec de l’impact rapide, avec des équipes qui savent pivoter, qui savent coller au plus près de l’expérience utilisateur, faire de l’amélioration incrémentale et continue, ça fait partie intégrante d’une stratégie de plateforme sinon vous avez designé une plateforme à blanc, sans réels retours d’usage, et vous avez toute chance de taper à côté de la plaque.

Voilà un petit aspect de la politique des données. J’espère que vous pourrez vous dire que ça a commencé. J’espère que vous commencez à vous dire que dans une bataille économique terrible, géostratégique, mondiale, la puissance publique est en train de s’armer pour desserrer un tout petit peu l’étau et partager avec la société civile une capacité d’être un peu plus autonome et un peu plus souveraine dans cette compétition.

Thierry Guerrier : Henri Verdier, s’il vous plaît.

{Applaudissements]

Thierry Guerrier : Ce n’est pas de la flagornerie, il n’y a pas de petit aspect, vous venez de le souligner. Tout ça s’inscrit dans une bagarre mondiale socio-économique considérable et où les États doivent jouer, les États nations, face à des puissances, les GAFAM [Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft], les BATX [Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi] qui ont autant de puissance qu’eux aujourd’hui, même de la quatrième ou la cinquième mondiale comme la France, évidemment. Donc on voit bien en quoi c’est déterminant.
Il y a un aspect sur lequel on peut s’interroger c’est la capacité d’adhésion à la démarche, à cette souplesse que vous essayez d’introduire dans la gestion d’un élément fondamental qu’est la donnée et la donnée publique. Est-ce que vous avez mesuré ça auprès des acteurs de l’État, des fonctionnaires ? Comment est-ce que vous êtes perçu aujourd’hui ? Il n’y a pas que les nouvelles générations, tout le monde est en capacité aujourd’hui d’adhérer au projet. Est-ce que vous mesurez ça ? Est-ce que vous travaillez sur cet aspect de l’adhésion des acteurs publics ?

Henri Verdier : Bien sûr. J’y ai fait allusion tout à l’heure. J’ai passé 20 ans dans le privé, j’ai créé trois startups et puis j’ai rejoint l’État tardivement.
En fait c’est très contrasté. C’est-à-dire qu’on a des handicaps que vous imaginez facilement et on a aussi des avantages que je n’avais pas forcément prévus.
L’État c’est d’abord énormément de monde et beaucoup d’entre eux sont très autonomes en fait. Songez au nombre de profs qui sont contributeurs à des communautés de logiciel libre, à Wikipédia. Je dis souvent que dans n’importe quelle organisation il y a au moins 5 % d’innovateurs radicaux. En France il y a 5 millions d’agents publics, donc il y a au moins 250 000 innovateurs radicaux, donc c’est plus que la Silicon Valley. Déjà on les a, ils sont les « intrapreneurs ».
Ensuite il y a un une profonde conscience qu’« il faut que tout change pour que rien ne change », c’est-à-dire que si on veut garder une autorité de l’État il faut qu’il change sinon il sera jeté dans les poubelles de l’histoire. Donc il y a une appétence au changement qui existe. Ça ne veut pas dire qu’on sait dans quel sens il faut aller mais qu’on sait qu’il va falloir que ça bouge.
Je vois aussi dans la salle des représentants de plusieurs de ces communautés, Open Law et autres. Comme on travaille pour l’intérêt général, on peut faire des alliances plus faciles. Moi je n’ai pas de concurrent direct qui veut me piquer des parts de marché, donc ce n’est pas gênant que je publie mon code source, mes algorithmes, mes data, personne ne va faire un contre État. On peut affaiblir l’État ou le renforcer, mais on ne va pas faire un autre État à côté. On peut aller voir des gens en disant « je suis en train de faire de l’intérêt général, d’aider les handicapés à Metz, etc., est-ce que vous voulez donner un coup de main ? », et les gens viennent donner un coup de main.
On a de vrais handicaps terribles, on pourrait en parler, organisationnels, managériaux, budgétaires, RH, historiques, et on a aussi de vrais atouts. Donc c’est juste que c’est contrasté, Ce n’est pas la même manière de travailler que dans le secteur privé.

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 10 septembre 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

mer, 09/09/2020 - 10:48
Start: 10 Septembre 2020 - 17:15End: 10 Septembre 2020 - 19:30

Le groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas).

Une réunion du groupe Sensibilisation aura lieu jeudi 10 septembre 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. À cette occasion, nous continuerons à rédiger le descriptif des cases du plateau du Jeu du Gnou (pour le projet Jeu du Gnou, voir plus bas).

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 1er septembre 2020

mer, 09/09/2020 - 09:32


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 1er septembre 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Jean-François Clair - Renaud de Colombel - Marie-Odile Morandi - Étienne Gonnu - Frédéric Couchet - Étienne Gonnu à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 1er septembre 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière de l'émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.
.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Les nouveautés de la saison 4 de l'émission
  2. Syndicats de l'Éducation et logiciel libre, avec Jean-François Clair du SNES-FSU et Renaud de Colombel du Sgen-CFDT
  3. Chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April : « En cette rentrée, n’oublions pas que "Partager est bon", retour sur les chroniques de Véronique Bonnet »
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Quel plaisir d’entendre ce générique ! C’est la rentrée ! Nous espérons que vous avez passé un bel été malgré le contexte et que vous êtes en pleine forme. Nous sommes ravis d’être de retour avec vous.
L’été a tout de même été actif de notre côté pour préparer une belle saison 4 de Libre à vous !, l’émission sur les libertés informatiques.
En ce jour de rentrée on fait bien sûr un message amical et un soutien à tous les élèves qui ont repris et aux personnels de l‘Éducation nationale avec un petit message particulier à ma femme qui est professeur des écoles et à mes trois enfants qui ont repris aujourd’hui.

Au programme du jour, eh bien on va parler d’Éducation nationale, de syndicats et du logiciel libre. Ce sera le sujet principal de l’émission, avec également au programme les nouveautés de la saison 4 de Libre à vous! et également la chronique de Marie-Odile Morandi qui nous fera un retour sur les chroniques de Véronique Bonnet intitulées « Partager est bon ». Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio diffuse également en DAB+ en Île-de-France.

Soyez les bienvenus pour cette édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April. À la réalisation aujourd’hui mon collègue Étienne Gonnu en charge des affaires publiques. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu : Salut Fred.

Frédéric Couchet : Tu n’as pas trop chaud dans ton petit espace de régie avec le masque ?

Étienne Gonnu : Non, ça va.

Frédéric Couchet : Ça va. OK. Bonne réalisation.

Étienne Gonnu : Bonne émission à toi.

Frédéric Couchet : Le site web de l’April c’est april.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à cette l’émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission et également les moyens de nous contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais également des points d’amélioration.

Nous sommes mardi 1er septembre 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur le bouton « chat » et rejoignez-nous sur le salon dédié à l’émission #libreavous.
Nous vous souhaitons une excellente écoute et tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Les nouveautés de la saison 4 de l'émission

Frédéric Couchet : Nous allons commencer par accueillir les personnes qui découvrent l’émission en rappelant le concept de l’émission et on parlera de quelques nouveautés de la saison 4.
L’April est l’association nationale de promotion et de défense du logiciel libre.
Un logiciel est dit libre quand il accorde, par sa licence d’utilisation, la liberté de l’utiliser sans restriction, mais également celle d’étudier son fonctionnement, de le copier, de le modifier et de le redistribuer, quatre libertés fondamentales. C’est l’accès au code source du logiciel, la recette de cuisine quelque part, la recette de fabrication, qui permet l’accomplissement de ces quatre libertés fondamentales.
Depuis mai 2018, l’April anime une émission d’explications et d’échanges sur la radio Cause Commune sur le thème des libertés informatiques ; le titre : « Libre à vous ! ». L’émission se veut avant tout une émission d’explications et d’échanges sur les dossiers politiques et juridiques que l’association traite, sur les actions qu’elle mène, pour les libertés informatiques en général et, évidemment, particulièrement le logiciel libre.
Libre à vous ! c’est aussi un point sur les actualités du Libre, des personnes invitées aux profils variés, de la musique sous licence libre – et on va en parler dans les nouveautés -, des actions de sensibilisation. Donner à chacune et chacun, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux, mais aussi proposer des moyens d’action, tel est l’objectif de cette émission hebdomadaire.

Les podcasts des trois premières saisons sont à votre disposition : 71 émissions découpées en plusieurs sujets disponibles individuellement d’une dizaine de minutes à une heure.

La radio c’est avant tout des voix et peut-être aimeriez-vous explorer les coulisses de l’émission, voir comment cela se passe derrière les micros de Cause Commune. Pour cela nous avons mis en ligne, sur le site de l’April, une bande-annonce vidéo pour montrer des images, des visages. Donc vous pouvez retrouver sur april.org mais également sur causecommune.fm une bande-annonce qui vous permet de découvrir un petit peu les coulisses.

Je vous rappelle que la radio dispose également d’un webchat, donc utilisez votre navigateur web, rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez nous sur le salon dédié à l’émission.

Toute nouvelle saison apporte son lot de nouveautés. Aujourd’hui c’est la saison 4.
Libre à vous!, c’est aussi, en plus des personnes invitées, des chroniques mensuelles sur des thèmes variés. L’équipe des chroniqueurs se renouvelle à l’intersaison, un petit peu comme dans le sport, certaines personnes sont parties et d’autres sont arrivées. Ainsi Emmanuel Revah et Xavier Berne ont décidé d’arrêter leurs chroniques. Emmanuel interviendra ponctuellement dans l’émission. Quant à Xavier Berne, qui était journaliste au magazine d’actualité Next INpact, il a rejoint l’équipe parlementaire de la députée Paula Forteza et, évidemment, nous lui souhaitons le meilleur dans cette aventure.
Nous avons le plaisir d’accueillir dans l’équipe des chroniqueurs deux nouvelles personnes : Éric Fraudain du site Au Bout du Fil, auboutdufil.com, qui propose une sélection de musiques libres dans tous les styles musicaux. Éric fera une chronique musicale mensuelle : sa première chronique aura lieu mardi 15 septembre. Éric va également nous aider dans la programmation musicale de l’émission en nous sélectionnant des pépites musicales libres. Si vous voulez découvrir un peu plus le site auboutdufil.com vous pouvez évidemment le visiter et également écouter l’interview d’Éric dans l’émission du 14 avril 2020.
Nous avons également la joie d’accueillir Isabelle Carrère de l’association Antanak, antanak.com, qui agit notamment pour l’appropriation de l’informatique par toutes et tous. Il se trouve que les locaux d’Antanak, sont situés juste à côté du studio de la radio. Le studio est au 22 rue Bernard Dimey dans le 18e à Paris, les locaux d’Antanak c’est au 18. Dans sa chronique, Isabelle nous fera partager son expérience notamment dans l’accompagnement de personnes débutantes en informatique. Sa première chronique aura lieu mardi 8 septembre, donc la semaine prochaine. Si vous voulez en savoir plus sur son activité à Antamak, vous pouvez écouter le podcast de l’émission du 23 juin 2020 sur le thème du réemploi informatique dans laquelle Isabelle intervenait. Je précise également que Isabelle Carrère anime aussi une émission sur Cause Commune intitulée Un coin quelque part qui porte sur la maison, sur l’habitat.
Toujours dans les nouveautés, nous avons mis en place une lettre d’information pour l’émission. Vous pouvez vous y abonner depuis les pages consacrées à l’émission sur april.org ou causecommune.fm pour recevoir les annonces des podcasts, les émissions à venir et toute autre actualité en lien avec l’émission.
Et enfin, vous pouvez nous laisser un message sur le répondeur de la radio pour réagir à un des sujets de l’émission, pour nous poser une question ou tout simplement pour nous laisser un message de sympathie et on adore les messages de sympathie ! Il faut savoir qu’à la radio on a très peu de retours, donc on est preneurs de retours. N’hésitez pas ! Si vous avez simplement envie de nous dire que vous aimez bien l’émission, vous pouvez nous laisser un message et si vous avez envie d’apporter des points d’amélioration ou même des critiques constructives, n’hésitez pas. Le numéro du répondeur : 09 72 51 55 46, je répète 09 72 51 55 46.

C’étaient les principales nouveautés de la saison 4.

On va faire une petite pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Cette pause musicale n’a pas été proposée par Éric Fraudain, elle a été proposée par Marie-Odile Morandi qui interviendra en fin d’émission.
Nous allons écouter Pixel Peeker Polka par Kevin MacLeod. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Pixel Peeker Polka par Kevin MacLeod.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Pixel Peeker Polka par Kevin MacLeod disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By, c’est-à-dire que vous pouvez utiliser cette musique comme bon vous semble à partir du moment où vous créditez l’auteur de la musique. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org et sur causecommune.fm.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous allons passer maintenant au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui porte sur les syndicats de l’Éducation et le logiciel libre. Le sujet a été enregistré il y a quelques jours, car les deux personnes invitées travaillent aujourd’hui lors de la diffusion de l’émission car c’est la rentrée des classes comme vous le savez. Nous allons écouter ce sujet enregistré et on se retrouve après.

Syndicats de l'Éducation et logiciel libre, avec Jean-François Clair du SNES-FSU et Renaud de Colombel du Sgen-CFDT

Étienne Gonnu : Bonjour. Je m’appelle Étienne Gonnu, je suis en charge des affaires publiques pour l’April et j’ai le plaisir d’être aujourd’hui avec Jean-François Clair du Syndicat national de l’Enseignement supérieur, SNES-FSU, et Renaud de Colombel du Syndicat général de l'Éducation nationale, Sgen-CGDT, pour échanger sur la question du logiciel libre dans l’Éducation nationale avec la grille de lecture qui est la leur, celle des syndicats.
Nous sommes le mardi 25 août et, une fois n’est pas coutume, nous enregistrons notre sujet en avance pour la simple raison qu’au moment de la diffusion de l’émission qui sera, elle, en direct le mardi 1er septembre, ce sera la rentrée des classes et que nos invités seront, à ce titre, bien occupés.
Jean-François me corrige c’est de l’enseignement secondaire, pas supérieur. Excusez-moi.
Jean-François Clair, Renaud de Colombel. Bonjour. Je vais aussi préciser qu’étant donné le contexte sanitaire en Île-de-France nous enregistrons l’émission non pas en studio, dans le studio de la radio Cause Commune, mais bien sûr à distance avec le logiciel libre Mumble comme nous le faisions à la fin de la saison précédente.
Pour commencer, est-ce que vous pourriez-vous vous présenter, s’il vous plaît, vous-même et vos structures syndicales ? Jean-François Clair, du SNES-FSU, est-ce que tu pourrais te présenter s’il te plaît ?

Jean-François Clair : Bonjour. Le SNES-FSU c’est le syndicat majoritaire dans l’enseignement secondaire, donc SNES, et FSU c’est la Fédération syndicale unitaire qui regroupe une quarantaine d’organisations syndicales essentiellement sur la fonction publique, mais originellement aussi autour de l’enseignement, donc on a le SNUipp pour le primaire, le SNESUP pour le supérieur, etc.
Le secondaire c’est de la 6e à la terminale avec quand même aussi, de temps en temps, des BTS et des classes préparatoires. Je ne sais pas ce que vous voudriez bien que je dise d’autre pour présenter, comme ça, juste le syndicat.

Étienne Gonnu : Et toi, du coup, je ne sais pas si tu travailles à temps plein dans ton syndicat. Quel est ton mandat dans ce syndicat ?

Jean-François Clair : J’ai oublié de me présenter effectivement, je pensais trop à mon organisation syndicale. Je suis professeur de mathématiques dans un collège REP + à Paris. J’ai une toute petite décharge de deux heures pour m’occuper du numérique. Donc je suis responsable de tout ce qui est numérique au sein du SNES-FSU. On a une équipe numérique qui travaille à l’intérieur du SNES de la même manière qu’il y a, de temps en temps, des regroupements des différents responsables ou interlocuteurs privilégiés des autres organisations syndicales à l’intérieur de la FSU. Par exemple, en ce moment, on est en train de travailler pour la FSU sur l’élaboration d’une demande de service public numérique pour l’Éducation.

Étienne Gonnu : OK. Je précise décharge, tu pourras me corriger, mais en gros, un certain nombre d’heures de temps de travail peuvent être allouées au travail pour le syndicat.

Jean-François Clair : C’est ça.

Renaud de Colombel: Absolument. C’est l’équivalent de ce que le privé appelle de la délégation syndicale.

Étienne Gonnu : Parfait.
Renaud de Colombel. Bonjour à nouveau. Est-ce que toi aussi tu peux te présenter ainsi que ta structure, s’il te plaît ?

Renaud de Colombel : Bonjour à tous et toutes, auditeurs, auditrices. Je suis Renaud de Colombel, je suis militant technique pour la fédération des Sgen-CFDT. Les Sgen ce sont les syndicats généraux de l’Éducation nationale, ce sont des syndicats qui représentent toutes les catégories de personnels, des titulaires comme des non-titulaires, des enseignants, des personnels techniques et administratifs, les personnels de direction, les secrétaires, etc. Le Sgen représente les personnels de plusieurs ministères, le ministère de l’Éducation nationale de la Jeunesse et des Sports, mais aussi de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et l’Innovation, la partie enseignement du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Mon rôle, dans cette fédération syndicale, c’est d’être un peu la personne ressource numérique qu’on trouve dans les établissements pour la fédération, c’est-à-dire de fournir à mes camarades les moyens de travailler avec les outils numériques.

Étienne Gonnu : Du coup tu es déchargé à 100 % si je ne me trompe pas.

Renaud de Colombel : Voilà. J’étais professeur des écoles et je ne suis plus en classe pour le moment puisque je travaille à 80 % pour la fédération au niveau national et 20 % pour le syndicat Sgen-CFDT Alsace.

Étienne Gonnu : OK. Merci de ces précisions. C’est intéressant de voir justement qu’il y a différents profils, différentes manières de participer au sein d’une structure syndicale et, du coup, vos prismes de lecture peuvent aussi varier par rapport à ça. Je pense que c’est intéressant au-delà des positionnements politiques de vos syndicats respectifs.
Je vais d’ailleurs préciser que vos deux structures syndicales sont membres de l’April ce qui, du point de vue de l’April, dans la mission de promotion et de défense du logiciel libre, la mission qu’elle se donne, est quelque chose de très intéressant de par l’impact politique que peuvent avoir les syndicats et des capacités de sensibilisation au sein des professions que vous représentez, en plus dans l’Éducation nationale ; c’est quelque chose d’extrêmement important d’avoir du poids pour promouvoir et défendre le logiciel libre.
Avant qu’on aille au cœur de notre vaste sujet du jour, l’Éducation nationale et le logiciel libre, d’ailleurs il est possible qu’on fasse d’autres émissions sur ce sujet, sans doute même, au sein de cette saison 4 de Libre à vous !, je pense qu’il serait intéressant que vous nous précisiez votre grille de lecture justement, le sens de votre action et c’est pour ça que j’aimerais vous poser une question d’apparence toute simple : c’est quoi un syndicat ? Renaud, si tu veux continuer ta prise de parole.

Renaud de Colombel : Absolument. Un syndicat, si on regarde une définition comme celle qui est sur Wikipédia par exemple, on peut lire, on peut résumer, « organisation de défense des intérêts des salariés ». Les salariés, je l’ai dit, pour nous ce sont toutes les catégories de salariés. Les intérêts des personnels c’est le suivi de carrière, le salaire, l’avancement, les conditions de travail, le recrutement, les horaires, ce qui est attendu par l’employeur. Comment on procède, entre guillemets, pour « défendre » tous ces personnels ?, eh bien tout simplement en écoutant les personnels en les rencontrant à différents niveaux dans les établissements, dans des réunions, dans des heures d’information, etc., sur les réseaux sociaux, dans nos colloques, dans nos conseils syndicaux. On construit ensemble des propositions, un peu un programme politique si on peut dire, qu’on va présenter après et essayer de faire adopter par l’administration dans différentes instances.

Étienne Gonnu : Super. Très clair. Merci. Jean-François quelle est ta lecture de cette question d’apparence simple ?

Jean-François Clair : Je n’ai pas grand-chose de différent à dire. Effectivement, un syndicat c’est destiné essentiellement à défendre les salariés, les personnes qui travaillent, on pourrait parler plutôt de travailleurs dans un sens un peu plus général. Je préciserais juste une chose par rapport à ce que Renaud a dit quand il parlait de la façon dont on construisait une espèce de politique. En fait, on se dote à ce moment-là, à l’intérieur d’une organisation syndicale, de ce que l’on appelle des mandats. Par exemple, là, moi je suis tout à fait mandaté pour parler au nom du SNES-FSU, je ne suis pas mandaté pour parler au nom de la FSU. Par contre, je peux présenter des mandats de la FSU puisqu’on est adhérents à la FSU. Donc il y a des structures à l’intérieur d’une organisation syndicale, mais, en gros, le syndicat est fait par ses syndiqués. C’est-à-dire que ce sont les adhérents qui vont déterminer à travers leur expression, leur action, les élections internes qu’il va y avoir dans l’organisation syndicale au moment des congrès, quelle est l’orientation que va devoir suivre l’organisation syndicale.

Renaud de Colombel : Absolument, c’est lors des congrès, c’est un peu comme quand on réunit le Parlement entre guillemets – les congrès ce n’est pas tout le temps, ce sont des évènements exceptionnels qui se tiennent à peu près tous les quatre ans chez nous – que les adhérents font entendre leur voix et pèsent par le vote. Nous, dans CFDT, le « D » c’est « démocratique », donc à tous les niveaux de nos instances, comme disait Jean-François, on prend des décisions sur des bases démocratiques, c’est-à-dire du vote des mandats en fonction du poids des uns et des autres.

Étienne Gonnu : Merci de ces précisions. C’est vrai que cette notion de mandat est très importante. Je me permets un petit parallèle que j’ai déjà fait par ailleurs. On voit aussi, peut-être d’une autre manière, un parallèle qu’on peut faire par rapport à une association comme l’April, l’April n’est pas du tout un syndicat, elle réunit non pas des travailleurs et travailleuses mais plutôt des personnes qui vont partager une certaine conception de l’intérêt général, une éthique, l’éthique du logiciel libre, qui vont se réunir au sein d’une structure pour défendre ce qui leur semble être leur éthique, tout simplement.
Puisqu’on commence justement à parler de politique, finalement de défense de certaines convictions, comme je disais vos deux structures sont membres, ont adhéré à l’April, donc ça montre déjà, ne serait-ce que par cette action, un engagement vers le logiciel libre. Pour l’April, comme je l’ai dit, c’est quelque chose de très positif, on est très heureux que ce genre de personne morale adhère, soit membre de notre association. À l’inverse, selon vous, pourquoi c’est important pour des syndicats, notamment des syndicats de l’enseignement secondaire, d’adhérer à une association comme l’April ?

Renaud de Colombel : Jean-François c’est pour toi cette question parce qu’on parle du secondaire, moi ça sera une réponse un peu plus large.

Jean-François Clair : C’est très simple. C’est tout simplement parce que ça fait partie de nos convictions fondamentales. Depuis des années nous avons comme mandat, justement, la défense du logiciel libre et, dans la mesure du possible, l’utilisation prioritaire de tout ce qui est logiciel libre, parce que c’est aussi une philosophie, une façon de penser, on va dire, le monde informatique, donc ça nous a semblé tout à fait naturel de rejoindre l’April en y adhérant.

Renaud de Colombel : Si je peux me permettre de resituer un petit peu, enfin de rappeler certains principes peut-être pour les auditeurs qui découvriront le logiciel libre ou le logiciel libre dans l’Éducation nationale avec cette émission. Par rapport aux quatre libertés offertes par le logiciel, par la licence d’utilisation du logiciel libre, qui sont d’utiliser quel que soit, qui qu’on soit, où qu’on soit, d’étudier le code, voir comment fonctionne le logiciel, redistribuer les logiciels, avoir le droit de donner des copies de ce logiciel à qui on veut et puis de modifier et de diffuser ces modifications, nos valeurs, les valeurs de la CFDT, les cinq valeurs de la CFDT sont quasiment parallèles, on va dire, ou se recoupent largement avec les valeurs du logiciel libre.
Parmi les valeurs CFDT :

  • l’émancipation : avoir les outils pour être maître de sa vie ;
  • la démocratie : être acteur, participer aux prises de décision ;
  • l’indépendance de tout État, de tout parti, de toute religion, l’indépendance est aussi un des bénéfices de l’utilisation des logiciels libres ;
  • l’autonomie, ne pas être tributaire de ressources externes, est permise par le modèle économique du logiciel libre
  • et la solidarité, l’entraide, la défense du droit de tous et la lutte contre les discriminations sont assurées largement.

Je ne vous fais pas le détail des croisements qu’on peut avoir entre les quatre libertés offertes par logiciel libre et les valeurs de la CFDT, ça paraît assez évident. C’est pour nous la base de notre adhésion au logiciel libre donc de notre soutien à l’April qui promeut et défend les logiciels libres au niveau national.

Étienne Gonnu : Super et merci. Je parlais d’éthique du logiciel libre, tu as parfaitement défini ce à quoi ça correspond. Merci Renaud de Colombel.
Du coup, si je comprends ce que vous nous dites, l’adhésion n’a pas fait l’objet de résistances particulières, elle est arrivée comme une évidence au sein de vos structures ? Ou vous avez dû batailler pour l’obtenir, c'est vrai que ce n’est pas toujours évident ?

Jean-François Clair : Dans le cas de mon organisation syndicale, ça n’entrait pas directement dans le champ des partenariats qu’on pouvait établir en général. Ceci dit, il n’y a pas eu de résistance particulière. Renaud a très bien expliqué les quatre points fondamentaux autour du logiciel libre. Comme il s’agit de valeurs qu’on défend aussi, c’est venu naturellement.

Renaud de Colombel : Personnellement, la petite anecdote de l’émission, c’est que moi j’ai rejoint un syndicat, le Sgen-CFDT, il y a plus de 20 ans parce que ce syndicat avait lancé un appel à soutenir le logiciel libre. Ils m’avaient envoyé ça dans un document Word, donc je suis allé les trouver et je leur ai proposé de leur apporter mon aide pour se mettre en conformité avec leurs idées. Ça fait quatre ou cinq ans qu’on a adhéré à l’April, je ne sais plus, donc le chemin est parfois long, je ne suis pas le seul, il y a plein de monde dans nos structures qui est convaincu des intérêts des logiciels libres et de la nécessité de les défendre, de les faire avancer. « Le chemin est long mais la voie est libre », comme dirait Framasoft.

Étienne Gonnu : Belle citation. Tu soulèves quelque chose, je te donne la parole juste après Jean-François, que je pense important au-delà du sujet de l’Éducation nationale, au-delà de la question des syndicats, dans ton attitude. Tu as vu quelque chose, une incohérence ; c’est quelque chose qu’on peut voir au quotidien avec les administrations, au sein d’une entreprise, peu importe. Il ne faut pas tout de suite arriver avec l’idée « ce sont des nuls, je vais leur rentrer dedans », mais au contraire y voir des opportunités de proposer autre chose, de montrer autre chose. On peut pointer une incohérence, et c’est bien de le faire, mais on peut le faire de manière constructive comme tu as su le faire et on voit, du coup, quel bénéfice ça a pu produire.
Jean-François Clair, tu souhaitais ajouter quelque chose.

Jean-François Clair : Je voulais juste aller un peu dans le sens de ce qui disait Renaud, faire preuve aussi d’une forme de pragmatisme. C’est vrai que c’est toi qui viens de le signaler, à savoir qu’il y a aussi des mauvais réflexes, des habitudes. Il y a tout un apprentissage à faire parce que, finalement, le logiciel libre n’est pas toujours « formaté », entre guillemets, pour être aussi facilement utilisable que peut l’être celui qui est vendu de manière tout à fait commerciale et propriétaire, parce qu’il y a aussi ce côté propriétaire. Je vois bien, on est à l’April, au SNES on utilise énormément d’outils qui viennent du monde du Libre, l’ensemble de notre infrastructure informatique est basée sur des solutions libres et, à côté de ça, on a quand même toujours des collègues qui préfèrent sérieusement utiliser un document Word plutôt qu’utiliser un document, je ne me souviens plus comment ça s’appelle, en Apache.

Étienne Gonnu : OpenDocument.

Jean-François Clair : ODT, voilà, c’est ça.

Renaud de Colombel : C’est très important en tant que militant non pas syndical mais militant du logiciel libre. Je fais aussi partie d’un LUG.

Étienne Gonnu : Qui est un groupe d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres, je me permets juste de le préciser.

Renaud de Colombel : Merci Étienne, un groupe d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres. Quand on milite, quand on agit dans un groupe comme ça et qu’on va à la rencontre du public, c’est pareil quand on essaie d’expliquer ça à nos collègues, ça ne va pas de soi, mais expliquer, montrer les avantages, essayer d’emporter l’adhésion, est pour moi, de mon expérience, la seule démarche qui produise des fruits à long terme.

Étienne Gonnu : Très juste. Jean-François, tu souhaitais rajouter ?

Jean-François Clair : Oui, j’aurais presque fait un parallèle, finalement, avec la protection des données et le RGPD [Réglement général de protection des données], c’est-à-dire qu’il y a une idée, une grande idée, et derrière il faut arriver à la mettre en place et, pour la mettre en place, ça nécessite énormément de pédagogie.

Étienne Gonnu : On le sait, de toute façon, surtout que vos structures ne sont pas des petites structures et c’est toute la logique d’accompagnement au changement dans des démarches pragmatiques aussi, en partant des besoins des utilisateurs et des utilisatrices. Toujours montrer l’exemple, ça ce sont des choses importantes.
Par ailleurs vous avez répondu à une question que je me posais : au sein de vos structures qui affichent clairement les valeurs d’éthique du logiciel libre, quel est justement l’état d’utilisation ? Visiblement, de ce que je comprends dans ce que vous me dites, ça va plutôt dans le bon sens, ça traduit aussi en actes l’engagement à l’April.

Renaud de Colombel : Oui. Comme dans le cas de Jean-François et du SNES, enfin de la FSU, les infrastructures sont majoritairement sur des logiciels libres – serveurs, applications web, etc., mais on laisse le choix du système d’exploitation sur le matériel qu’on confie aux militants qui travaillent beaucoup avec nous, parce que certaines personnes ne veulent pas prendre le temps de découvrir de nouveaux usages et on se dit qu’on ne va pas les forcer et les braquer, mais plutôt leur montrer que sur l’ordinateur qui est équipé de Linux ça marche, peut-être des fois mieux, que sur l’ordinateur qui est équipé de Windows ; que LibreOffice, pour ce qu’on en fait, fonctionne tout aussi bien voire mieux que la suite Microsoft Office, etc. Chez nous on a à peu près 47 % d’ordinateurs personnels sous Windows et 42 % sous Linux, par exemple, plus des Mac pour les services de communication qui font de la PAO, etc.

Étienne Gonnu : Merci de ces précisions. On va avancer parce qu’en fait on n’est pas encore entrés dans le vif du sujet.
Jean-François, tu souhaites apporter une précision ?

Jean-François Clair : Juste un petit truc, quand on organise nos congrès, tous les congressistes ont accès à une salle informatique qui est installée et tous les postes sont sous Linux à ce moment-là. Les seuls postes qui peuvent être sous un autre système d’exploitation sont ceux qui appartiennent aux syndiqués.

Étienne Gonnu : C’est vrai qu’en plus, du coup, au sein de vos structures les membres de ces organisations syndicales sont plutôt des gens qui ont un engagement politique et qui sont, du moins, plus susceptibles de passer à GNU/Linux et d’accepter ce pas supplémentaire.br/>
J’aurais peut-être une dernière question avant qu’on fasse notre pause musicale et qu’on entre dans le vif du sujet de l’éducation : puisque vous êtes des structures politiques, est-ce que vous avez le sentiment que les enjeux relatifs aux technologies numériques sont perçus, justement, comme des questions politiques notamment en termes de conditions de travail, ce qui est un peu le sel de vos structures, ou est-ce que, entre guillemets, ça reste perçu comme juste « une petite question », un sujet technique qui ne concernerait que les geeks ? J’en appelle plus à votre sentiment qui est quelque chose d’empirique, mais quel est votre sentiment par rapport à ça ?

Renaud de Colombel : Je dirais que certains collègues sont sensibilisés à ces enjeux-là et voient la question comme politique, philosophique, etc. Ceux-là, quand ils arrivent vers nous, ont déjà franchi le pas de s’équiper en logiciels libres, soit c’est l’occasion parce que je travaille dans un service qui met les outils à disposition et qui peut faciliter la transition vers les logiciels libres, et puis d’autres le voient un peu comme une question technique. Je veux dire que c’est plutôt ceux-là qui se disent qu’ils vont se concentrer sur leur mandat politique ; ils n’ont peut-être pas de temps à dépenser à apprendre de nouveaux usages.

Jean-François Clair : En ce qui nous concerne, ça fait une bonne quinzaine d’années, maintenant, que je m’occupe du numérique au sein du SNES et ça a été l’occasion pour moi de lancer une dynamique à l’intérieur du SNES, justement pour en faire véritablement une question politique. En fait c’est assez paradoxal. On s’aperçoit qu’on a des collègues qui vont défendre à tout crin, on va dire, l’informatique libre et puis, d’un autre côté, qui ne vont pas hésiter à continuer de travailler avec un logiciel de Microsoft pour publier leurs textes ou pour faire leurs présentations. On est avec ce paradoxe que pointait Renaud à savoir que oui, parfois il y a des collègues qui sont plus, comment dire, sur leur mandat politique hors numérique ou informatique et qui considèrent que ça ce sont plus des questions techniques. Une chose est sûre : l’évolution de la société fait que, actuellement, les gens se posent de plus en plus de questions et que les collègues sont de plus en plus sensibilisés à toutes ces questions de logiciel libre et de principes qui se retrouvent derrière.

Étienne Gonnu : Parfait.

Renaud de Colombel : Tout à l’heure je parlais de prendre des décisions démocratiques. Le soutien au logiciel libre par notre organisation a fait l’objet de débats et de prise de position officielle. C’est-à-dire que même si tout le monde dans la Fédération ne travaille pas avec des logiciels libres, la majorité d’entre nous a pris la décision de dire que notre organisation soutenait les logiciels libres.

Étienne Gonnu : Merci de ces précisions.
Je vous propose, comme je vous le disais, de faire une pause musicale.

[Virgule sonore]

Étienne Gonnu : Nous allons écouter Uncatchable d’Alexandr Zhelanov. On se retrouve juste après. On vous souhaite une belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Uncatchable par Alexandr Zhelanov.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Uncatchable d’Alexandr Zhelanov, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.

Nous échangeons avec Jean-François Clair du SNES-FSU et Renaud de Colombel du Sgen-CFDT, deux syndicats de l‘enseignement et nous discutions déjà de leurs pratiques syndicales au sein de ces structures par rapport au logiciel libre et là nous allons entrer dans le « vif », entre guillemets, de notre sujet qui est la question dans l’Éducation nationale du recours au logiciel libre et des enjeux qui y sont attachés.
Je pense que tout le monde est au courant qu’il y a eu une période assez particulière cette année du fait de la situation sanitaire à cause du coronavirus, donc la période du confinement et de ce que cette période de confinement a nécessité en termes d’organisation et même d’imagination de la part du personnel enseignant. De mon humble prisme de lecture j’ai quand même le sentiment que l’importance du travail fourni par ces personnes a été largement sous-estimé. Cette période de confinement a soulevé des enjeux importants par rapport à l’usage des technologies numériques dans l’enseignement particulièrement parce que, de fait, elles étaient indispensables pour assurer ce qu’il a été convenu d’appeler la continuité pédagogique. C’est passé par les courriels, les outils de visioconférence – notamment on a entendu beaucoup parler de Zoom, il faut savoir qu’il y a le logiciel libre BigBlueBottom qui existe en parallèle – des outils de travail contributif plus poussés, il y a eu toutes sortes d’outils disponibles. On pourrait bien sûr faire un sujet entier là-dessus, voire plusieurs.
Déjà, dans un premier temps, ce qui me va m’intéresser c’est avoir votre analyse générale des enseignements politiques qu’on a pu tirer de cette période et peut-être, éventuellement, un point, un enjeu particulier qui vous a paru particulièrement marquant, emblématique de cette période. Jean-François Clair.

Jean-François Clair : La leçon principale c’est qu’on a eu un ministère qui a été en dessous de tout et un ministre qui a surtout joué de la communication et a été complètement débordé. Il faut dire que depuis des années, avec les suppressions massives de postes dans l’Éducation nationale, que ce soit chez les enseignants ou que ce soit chez les personnels techniques et administratifs, ils ont de plus en plus de mal à arriver à assurer un certain nombre de choses, mais là on a quand même touché le fond. Il a fallu attendre près d’un mois avant que le ministère ne propose une suite complète de logiciels libres, non propriétaires, et surtout respectueux du RGPD. On a eu des discours particulièrement contradictoires de la part de l’administration où, en gros, des fois ils encourageaient l’utilisation de logiciels dont on savait que toutes les données personnelles étaient pillées pour être envoyées et analysées aux États-Unis et, en gros, le discours de l’administration c’était « écoutez, pour l’instant vous vous débrouillez et après on verra, on se posera les questions autrement ». C’est quand même assez catastrophique. Ça a montré que l’Éducation nationale n’était pas prête du tout pour utiliser intelligemment le numérique. D’ailleurs on peut se poser la question de savoir ce que va donner la consultation qu’a lancée le ministère, ces États généraux du numérique à l’automne.

Étienne Gonnu : On reviendra dessus.

Jean-François Clair : On en reparlera après. Et surtout les collègues se sont retrouvés particulièrement seuls. Il ne faut pas oublier une chose c’est qu’en matière de vraie formation aux usages du numérique, on en a quand même très peu. On a surtout des formations qui consistent à apprendre à essayer de faire des choses ou utiliser des logiciels ; je me souviens d’une formation pour savoir utiliser une messagerie Gmail, proposée par un plan académique de formation, ce n’est pas de ça que les collègues ont besoin.

Étienne Gonnu : Je précise que Gmail c’est la solution de courriel proposée par Google.

Jean-François Clair : Voilà c’est ça. On s’est retrouvés quand même particulièrement seuls, créatifs, on s’est beaucoup entraidés, mais au final ce n’est pas nous qui avons eu la prime, ce sont les chefs d’établissement.

Renaud de Colombel : Je partage à peu près le constat général que Jean-François a décrit mais en plus positif, parce qu’il y a dans l’Éducation nationale beaucoup d’agents qui font tout leur possible et la fourniture, justement, de ce apps.education.fr, des logiciels libres mis à disposition dans les académies, est quand même intervenue, certes trop tard, mais elle est intervenue. Il faut bien savoir aussi que l’Éducation nationale est une machine qui fonctionne à plusieurs niveaux. C’est-à-dire que quand la Direction pour le numérique éducatif, la DNE, partie du ministère qui s’occupe du numérique éducatif, propose une solution, ce n’est pas elle qui la déploie pour les utilisateurs finaux. C’est après que les protocoles d’installation, de mises en route, sont retransmis dans toutes les académies et les académies, avec leurs propres moyens, essayent de suivre et de mettre en place ce qui est proposé par le ministère.
Il est vrai que nous n’étions pas prêts, à tous les niveaux, à affronter cette crise du covid et du confinement. Il y a beaucoup de choses à dire sur la formation des personnels, peut-être aussi sur l’enseignement, c’est-à-dire ce qu’on a fait passer aux élèves comme connaissances et capacités à utiliser le numérique. Il y a évidemment un discours où, à la fois, on « valorise » le logiciel libre entre guillemets, je parle de l’État, l’État est souvent schizophrène ; on fait un référentiel des logiciels libres pour les services de l’État et puis dans le même temps, effectivement, on utilise des logiciels propriétaires. Et surtout, ce que je regrette, c’est le manque de vision stratégique de l’État. S’il y a bien un organisme, un lieu où on doit déployer une vision stratégique sur le long terme, volontariste, c’est-à-dire en mettant des moyens, c’est au niveau de l’État.

Étienne Gonnu : Oui, clairement. Je voulais juste souligner que c’est aussi ce qu’on défend. On a défendu le projet de loi pour l’école de la confiance. On défendait, dans ce cadre-là, une priorité au logiciel libre, en fait on ne défend que ça, c’est-à-dire une vraie stratégie, une vraie politique publique qui pense en profondeur les enjeux relatifs aux technologies numériques et notamment celle de la liberté, en plus on ne parle pas de la liberté de n’importe qui mais de celle des élèves pour leur apprendre à avoir un rapport on va dire émancipé par rapport aux technologies qui prennent une place énorme dans notre société. Je pense que ce point est très important.
Jean-François Clair, tu avais une précision que tu souhaitais apporter.

Jean-François Clair : Juste pour aller dans le sens de ce que disait Renaud. C’est vrai que mon discours était quand même particulièrement négatif. Il y a énormément d’agents qui ont fait tout ce qu’ils ont pu pendant la période du confinement. J’ai été très présent sur les réseaux sociaux et j’ai réussi à faire passer, au nom du SNES, à un certain nombre de collègues, éventuellement des collègues non-adhérents d’ailleurs, des collègues qui regardaient sur les réseaux sociaux, des choses de ce genre-là, beaucoup de choses, beaucoup d’aides qu’on n’arrivait pas à obtenir par ailleurs. Ces aides-là, en fait, j’ai souvent réussi à les obtenir par des collègues qui parfois travaillaient dans des DANE de telle académie ou de telle autre académie.

Étienne Gonnu : Une DANE c’est quoi ?

Jean-François Clair : Direction académique du numérique pour l’éducation. Ce sont les cellules académiques qui s’occupent du numérique où il y a donc des collègues qui sont souvent détachés, parfois ont un poste complet d’informaticien, etc. C’est en particulier grâce à ces collègues qu’on a réussi à faire circuler un certain nombre d’informations et finalement à se débrouiller. On a créé nos propres réseaux.
Juste une autre chose à propos de l’enseignement, c’est vrai que c’est assez catastrophique de voir la façon dont on peut aborder la chose informatique au sein du secondaire, je ne vais parler que du secondaire. On s’attendait tous à ce qu’il y ait un confinement. On s’attendait à avoir un certain nombre de consignes ministérielles. Il ne s’agissait pas de passer par différentes étapes, etc., il s’agissait de la parole du ministre, simplement. Près de 15 jours avant qu’on se retrouve confinés j’avais commencé à faire travailler mes élèves spécifiquement sur des procédures d’enregistrement de fichiers, de transfert de fichiers par messagerie, par l’environnement numérique de travail de l’établissement, etc. J’ai fait ça sur mes propres heures de cours. On n’a eu aucune consigne là-dessus. Or, si on avait eu ne serait-ce qu’une petite consigne du style « assurez-vous que les élèves savent correctement envoyer des fichiers, savent correctement lire ou connaissent les extensions de fichiers pour s’assurer qu’ils ont bien le logiciel qui leur permet de le faire », on aurait eu quand même beaucoup moins de déconvenues et sans doute qu’on aurait perdu beaucoup moins d’élèves.

Renaud de Colombel : Dans ce contexte particulier qui était le nôtre, j’ai des adhérents personnels de direction qui m’ont rapporté qu’ils se sont rendu compte, à l’occasion du confinement, que certains élèves ne savaient pas se servir de leurs environnements numériques de travail, ne savaient pas se connecter, ne savaient pas envoyer un mail, etc. Donc il y a de la formation à faire, on va dire à tous les étages, et il faut mettre le paquet !

Étienne Gonnu : Oui. On ne peut que soutenir cette prise de position.
Pour parler d’une chose positive qui a été évoquée, vous parlez de l’engagement de certains personnels et que ce sont aussi les membres de l’Éducation nationale, les travailleurs et les travailleuses de l’Éducation nationale qui font l’Éducation nationale, en fait ce qu’est cette l’administration et on sait qu’il y a là aussi des libristes, des gens convaincus qui œuvrent pour une meilleure prise en compte du logiciel libre.
Jean-François Clair, tu mentionnais qu’une plateforme avec des logiciels libres pour permettre justement aux enseignants de travailler dans cette période de confinement avait été mise à disposition. On mettra le lien, c’est apps.education.fr, quelque chose comme ça. Il faut savoir que ce sont aussi des libristes au sein de l’administration qui ont mis ça en place, qui ont poussé pour que ce soit mis en ligne, vu les besoins je pense qu’ils n’ont pas eu à beaucoup insister pour que ce soit fait et c’est une vraie réussite qui part effectivement de la base. D’ailleurs j’invite les personnes que ça intéresse à retrouver notre podcast de la 65e émission de Libre à vous ! du 5 mai 2020 où nous avions reçu Luc Bourdot qui est responsable du pôle national de Compétences Logiciels Libres, le pôle EOLE, et qui était chargé du pilotage des développements et de l’intégration des composants libres au sein de l’équipe de cette plateforme apps.education.fr qui est, en soi, une belle réussite justement de libristes sein de l’administration.
Du coup, ce qui m’amène à m’interroger, plutôt à vous interroger, dans votre perspective syndicale. On sait que ce qui est important en termes de lutte syndicale c’est notamment la question du rapport de forces pour faire pencher les arbitrages décisionnels, les arbitrages politiques d’un côté ou de l’autre.
Qu’est-ce que tout cela dit en cette période de confinement, la réussite de ce site, de la place du Libre et des libristes au sein de l’Éducation nationale, de leur poids possible dans les prises de décision ? Est-ce que ça évolue positivement ? Et, à l’inverse, peut-être de la place que peuvent occuper certaines entreprises comme Google et Microsoft pour ne mentionner qu’elles ? Quelle est votre lecture du rapport de forces sur ces questions ? Renaud de Colombel.

Renaud de Colombel : Pour moi, clairement, on trouve beaucoup de gens qui sont impliqués dans le logiciel libre, à la cause du logiciel libre, parmi les personnels de l’Éducation nationale, à un niveau individuel.
Maintenant dans le rapport de forces, il faut savoir que, outre les actions traditionnelles héritées d’une action on va dire de longue date du mouvement ouvrier, etc., outre ces actions de grève, de blocage, etc., la CFDT et les syndicats de la CFDT se positionnent plutôt sur un syndicalisme de proposition, c’est-à-dire un peu comme on fait pour faire progresser le logiciel libre à des niveaux associatifs ou individuels, être une force de proposition et de montrer que ça marche, ça pourrait mieux marcher, etc., mais il faut savoir que, malgré tout, si on n’est pas bon en présentation, en négociation, etc., on ne peut pas forcer le ministère à faire quoi que ce soit. Les syndicats ont un rôle, entre guillemets, « consultatif ». On a des pouvoirs dans des commissions paritaires, de moins en moins d’ailleurs, ça c’est un autre sujet, mais c’est surtout par nos propositions et une démarche constructive qu’on arrive à amener l’administration à évoluer sur certaines pratiques.

Étienne Gonnu : Jean-François, je pense que ta position ne sera peut-être pas exactement la même.

Jean-François Clair : Elle ne va pas être très éloignée parce que, effectivement, l’enjeu c’est d’arriver à être une vraie force de proposition. D’un autre côté, on se confronte quand même à des grosses entreprises qui ont des modes de fonctionnement qui ne relèvent pas complètement du lobbyisme au sens où à la loi le définit. On voit par exemple que la DNE, Direction du numérique pour l’éducation, a été quand même, à un moment donné, pas mal noyautée par des gens qui ont fait leurs armes d’informaticien chez Google et qui, finalement, sont venus en vendant des idées Google. On parle souvent de Microsoft, mais Google est tout aussi inquiétant. D’ailleurs l’ancien directeur de la DNE [Mathieu Jeandron, NdT] est parti pantoufler chez Amazon.
C’est assez difficile. Par contre, effectivement au niveau individuel, il y a une progression de la prise de conscience des collègues, et là ce sont des personnes avec lesquelles on peut travailler, sur la nécessité de pouvoir utiliser des logiciels libres, de ne pas se retrouver complètement enfermés, prisonniers finalement de solutions qui privent des libertés.

Étienne Gonnu : Très bien.
Je crois que c’est Jean-François qui mentionnait, qui parlait des États généraux du numérique. Ça a été initié par le gouvernement pour répondre aux enjeux soulevés ou plutôt ce qu’ils ont considéré comme enjeux soulevés pendant la période du confinement, donc les États généraux du numérique pour l’éducation. Des rencontres nationales, de mémoire, sont prévues début novembre et sont censées être le point d’orgue de ces États généraux. En amont de ça il y a des rencontres territoriales, si j’ai bien compris, il y a une consultation en ligne – on sait qu’ils aiment beaucoup faire des consultations en ligne maintenant – autour de différents thèmes proposés, on mettra le lien si ça vous intéresse sur april.org. Cette plateforme a pour but, on va dire, de générer des propositions. On verra s’ils en retiendront ou s’ils retiennent uniquement celles qui correspondent à ce qu’ils avaient prévu de faire, je me positionne peut-être en disant cela. Quelle est votre lecture de ces États généraux du numérique ? Qu’en attendez-vous ? Est-ce que vous en attendez quelque chose ?
Jean-François, je te passerai la parole parce que j’ai vu passer un communiqué du SNES-FSU qui disait notamment qu’ « il est à craindre que seul le numérique et ses possibilités d’ouvrir les portes des établissements à toutes les officines de l’EdTech soient reconnues », donc les techniques de l’Éducation, on sait qu’il y a un gros marché là-dessus, qu’il y a beaucoup d’argent en jeu. Ces craintes que seules les officines de l'EdTech ne soient reconnues. Plutôt un regard critique, on va dire, et méfiant de ce que j’en entends.
Jean-François Clair, au SNES-FSU, qu’est-ce qu’on attend de ces États généraux du numérique ?

Jean-François Clair : Malheureusement on n’en attend pas grand-chose pour différentes raisons.
La première c’est que ce n’est pas uniquement cette histoire de confinement, de covid, qui est à l’origine de ces États généraux du numérique. Il y en ce moment toute une stratégie de l’État pour, en fait, numériser l’ensemble des services de l’État et les numériser totalement, donc ça, ça s’inscrit aussi dans cette lignée-là parce qu’il n’y a pas que les classes virtuelles qui sont concernées.
Ensuite on va vu, on va remonter jusqu’à la commission Thélot. La commission Thélot, c’est quand Chirac était président de la République et qu’il y avait eu de grosses grèves à l‘Éducation nationale parce qu’il y avait un grand malaise enseignant, donc il avait créé cette commission pour faire disparaître le malaise enseignant. Ils avaient associé ça à des forums en ligne, des choses de ce genre-là et, en fait, on retrouve maintenant systématiquement tous ces outils où n’importe qui peut venir dire n’importe quoi sans être identifié, éventuellement on peut même mettre parfois des robots qui vont raconter dix fois la même chose. Après, c’est dépouillé par des logiciels de traitement statistique des textes. Globalement il n’y a pas véritablement d’êtres humains derrière. En plus, quand on regarde les questions qui sont posées dans le questionnaire qui accompagne la préparation de ces États généraux du numérique, on s’aperçoit que les questions sont quand même assez relativement orientées. Par contre, on peut espérer que les contributions que vont y faire les personnes, les groupes, que ce soit des groupes de pression, que ce soit des groupes constitués qui ont une idée à exprimer, etc., puissent apporter quelque chose au débat, sous réserve que quelqu’un prenne la peine de les décompiler et de les lire toutes ce qui, à mon avis, ne se produira certainement pas.
Je reviens enfin sur le communiqué de presse du SNES-FSU, c’est notre grande crainte. En gros, il ne faut pas oublier qu’on a quand même un ministre qui est un juriste, juriste qui a pondu, lorsqu’il était directeur général de l’enseignement scolaire, l’arrêté relatif au cahier de texte numérique, qui était quelque chose de complètement lamentable en termes de rédaction.
En gros, il s’agit de faire en sorte que l’Éducation nationale coûte moins cher, donc le seul moyen c’est d’externaliser un certain nombre de services et pas uniquement des services administratifs, etc., finalement de faire en sorte qu’un enseignant soit de moins en moins concepteur de son métier. Et là, on est en contradiction totale avec les principes du logiciel libre.

Renaud de Colombel : Et on est en contradiction totale avec ce que, je pense, revendiquent beaucoup de syndicats à savoir faire confiance aux équipes, aux salariés, aux travailleurs pour s’organiser sur leur lieu de travail, on va dire sur différents bassins de vie et de travail pour être maîtres de leur activité professionnelle.
Le Sgen-CFDT se prépare aux États généraux du numérique. On n’a pas trop d’illusions mais toutes les occasions sont bonnes à prendre pour faire avancer la cause, donc nous participerons. Les syndicats Sgen dans les différentes académies pourront participer. On essaiera de tout notre poids de faire avancer les choses dans la bonne direction.

Étienne Gonnu : Juste une question par rapport à ce que tu évoquais : est-ce que les syndicats ont été sollicités en tant que structures spécifiques par le gouvernement ou ils vont juste se saisir des outils proposés pour le faire ?

Renaud de Colombel : Dans les consultations en région il y aura la possibilité pour les organismes comme les syndicats de faire valoir leurs positions et leurs propositions.

Étienne Gonnu : D’accord.
Jean-François Clair, tu souhaitais ajouter quelque chose je crois.

Jean-François Clair : Ce que je voulais dire, entre autres, c’est qu’on n’a pas été sollicités directement, c’est-à-dire qu’on fait partie de toutes ces choses, ces organismes, ces sociétés, ces groupements de personnes, etc., qui peuvent intervenir. Quelque part ça fait partie de la démocratie, de la liberté d’expression, mais on n’a pas été particulièrement associés à quoi que ce soit alors que bon, ça aurait peut-être été intéressant que les syndicats des personnels soient un petit peu plus associés et pas mis au même niveau, par exemple, que la petite EdTech qui va proposer une espèce de moteur d’intelligence artificielle pour décrypter des QCM ou bien la grosse division d’entreprises que peut être Microsoft Education. Ceci dit, nous aussi nous allons y participer, nous allons apporter nos contributions. Depuis 2016/2017 on produit régulièrement, pour nos adhérents, des brochures relatives au numérique dans l’Éducation nationale. On devait en produire une juste avant le confinement, du coup on n’a pas pu finaliser à ce moment-là, on va la publier au moment de la rentrée et on va la verser aux contributions pour ce débat. On se prépare aussi, cette fois-ci du côté de la FSU, on se dit que ça serait peut-être une bonne idée non pas de faire des contre-journées, en tout cas de faire un truc qui soit un peu plus en rapport avec les attentes que les personnels peuvent avoir de ces États généraux.

Renaud de Colombel : D’une manière plus large que l’Éducation nationale, on voit bien ces dernières années que les syndicats doivent faire face à une conception un peu particulière du dialogue social des deux derniers gouvernements et, en particulier, de l’actuel gouvernement. L’intéressant c’est dans la prise de position, la construction d’une position, le recensement des « forces », entre guillemets, la mise en place de formations, de partenariats avec des associations comme l’April, parce que nous, les syndicats, serons toujours là quand le prochain gouvernement remplacera l’actuel.

Étienne Gonnu : Oui. C’est sûr que la continuité de cette action-là est très importante.
Notre échange, malheureusement parce qu’on aurait encore des tas de choses à dire, touche à sa fin. Si vous avez une dernière chose à ajouter, vous avez une minute chacun, on va dire, pour un dernier mot, sinon je vous souhaiterai une bonne journée. Un mot de conclusion ou c’est bon pour vous ? Renaud.

Renaud de Colombel : Je vais commencer le mot de conclusion. Le syndicat c’est vous, c’est-à-dire que le syndicat ce sont les adhérents, ce sont les gens qui se reconnaissent dans les valeurs et qui rejoignent le mouvement, comme l’Éducation nationale ce sont les personnels qui la composent. Donc n’hésitez pas à faire réseau, n’hésitez pas à faire entendre votre voix. Rejoignez le syndicat qui correspond le mieux à vos idées et ensemble on arrivera peut-être à faire bouger le mammouth.

Étienne Gonnu : Jean-François Clair, un mot de fin.

Jean-François Clair : Je suis tout à fait d’accord avec ce que Renaud vient de dire. J’encouragerais peut-être véritablement les personnels, tous les personnels, à être particulièrement combatifs, c’est-à-dire à ne pas se dire « oui, mais de toute façon ça n’y change rien ». On a toujours un rôle à jouer. On a un poids qui est quand même toujours extrêmement important. La société c’est quand même nous, ce ne sont pas uniquement les politiques qui sont au gouvernement, parce que, comme disait très justement Renaud, ceux qui sont au gouvernement actuellement, n’y seront plus dans un an, dans deux ans, dans trois, mais les organisations syndicales existeront encore.

Étienne Gonnu : Un grand merci à tous les deux d’avoir pris ce temps d’échange. J’ai trouvé ça très intéressant, j’espère que ça l’a été aussi pour vous et pour les auditeurs et auditrices. Je vous souhaite une bonne fin de journée et une très belle rentrée aussi combative que nécessaire.
Très bonne journée à François Clair du SNES-FSU et à Renaud de Colombel du Sgen-CFDT. Merci encore à vous. Bonne fin de journée.

Renaud de Colombel : Bonne fin de journée. Bonne rentrée à tous et à toutes.

Jean-François Clair : Idem.

Frédéric Couchet : Vous êtes de retour en direct sur radio Cause commune. Nous venons d’entendre un sujet enregistré il y a quelques jours consacré au sujet du logiciel libre et des syndicats de l’Éducation nationale.

Nous allons faire une petite pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Breathe in the light par Stellardrone. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Breathe in the light par Stellardrone.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Breathe in the light par Stellardrone, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio causecommune.fm. Je précise que cette musique nous a été proposée par Éric Fraudain du site auboutdufil.com sur lequel vous pourrez trouver une présentation plus complète de l’artiste ; voilà l’introduction « le compositeur talentueux originaire de Vilnius en Lituanie n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il a déjà composé une dizaine d’albums dans le genre depuis 2007. On pourrait qualifier son style musical de drone ambiant ou encore de SoundScape, sous-genre de la musique électronique ». Vous retrouverez les critiques complètes d’un autre morceau de cet artiste sur le site auboutdufil.com.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause commune, la vois des possibles. Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April : « En cette rentrée, n’oublions pas que "Partager est bon", retour sur les chroniques de Véronique Bonnet »

Frédéric Couchet : Les choix, voire les coups de cœur de Marie-Odile Morandi, qui met en valeur deux ou trois transcriptions dont elle conseille la lecture, c’est la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi qui est animatrice de notre groupe de travail Transcriptions. Le thème du jour en cette rentrée : « N’oublions pas que «Partager est bon » , retour sur les chroniques de Véronique Bonnet ».
Bonjour Marie-Odile. Marie-Odile, tu es avec nous ? Étienne essaye de nous connecter avec Marie-Odile, on va voir si on peut la récupérer.

[Problème de téléphone au niveau de la régie suite au changement d’opérateur pendant l’été : le numéro utilisé n’était pas relié à la console. Problème résolu pour les prochaines émissions Libre à vous !]

Frédéric Couchet : Je vais en profiter pour rappeler que la radio Cause Commune est une radio associative, n’hésitez pas à la soutenir en faisant un don sur son site causecommune.fm, parce que, comme toute radio, elle a des frais, des frais tout simplement de loyer, de diffusion par rapport à l’émetteur.
On entend Marie-Odile.
je vais continuer sur mes annonces, je vous laisse résoudre le problème, sinon on fera autre chose.
Donc n’hésitez pas à faire un don pour couvrir les frais de fonctionnement de la radio, c’est une radio associative, vous allez sur causecommune.fm.
L’émission est également contributive, vous pouvez proposer des thèmes pour les sujets, vous pouvez proposer des invités, des musiques. Vous pouvez également proposer des contributions à l’April ou à la radio, vous trouverez toutes les informations sur le site de l’April, april.org et sur le site de la radio, causecommune.fm. N’hésitez pas à proposer.
Dans le cadre de notre émission un point important concerne la post-production, les traitements des podcasts. En effet les podcasts resteront la mémoire et la trace des émissions, c’est pour ça qu’il faut apporter un soin particulier à leur traitement avant la mise en ligne. Dernièrement, pour la saison 3, le traitement était fait principalement par Sylvain Kuntzmann, bénévole à l’April, mais Sylvain ne peut plus assurer cette action. Évidemment nous le remercions chaleureusement pour nous avoir aidés tout au long de la saison 3. Antoine a commencé à nous aider mais ce serait bien si on pouvait avoir une autre personne en plus pour répartir le travail. Si vous avez de l’expérience, des compétences, des idées, n’hésitez pas à nous contacter. Vous pouvez aussi relayer notre appel que vous trouverez sur april.org et sur causecommune.fm.
Est-ce qu'on a récupéré Marie-Odile au téléphone ?

[Problème de connectique non résolu]

Frédéric Couchet : Comme j’ai les notes de Marie-Odile, je vais essayer de le faire en direct à la place de Marie-Odile, on va voir ce que ça va donner.

Marie-Odile souhaitait revisiter en notre compagnie les chroniques de Véronique Bonnet. Véronique est professeure de philosophie en classe préparatoire aux grandes écoles, discipline que Marie-Odile a beaucoup apprécié dans sa lointaine classe de terminale. Véronique est actuellement présidente de l’April après en avoir été vice-présidente pendant plusieurs années.

L’intitulé général des chroniques de Véronique est « Partager est bon », expression que prononce assez souvent Richard Stallman, le fondateur du mouvement du logiciel libre,et il ajoute « attaquer le partage c’est attaquer la société ».

Pourquoi ce choix en ce début de mois de septembre, traditionnel mois de rentrée ? Il semble à Marie-Odile qu’il est bon de régulièrement revenir aux fondamentaux du logiciel libre, de relire les textes de Richard Stallman, en plus à la lueur des explications d´une philosophe. On trouve les textes originaux sur le site gnu.org, traduits principalement par le groupe de travail Traduction de la philosophie GNU de l’April. Ces textes sont donc à notre disposition, en français.

Depuis le 26 février 2019, Véronique nous a proposé dix chroniques. Dans chacune, elle met le focus sur un texte qu’elle commente en utilisant, comme elle dit, sa discipline de prédilection qu’est la philosophie. Tous les textes sont de Richard Stallman avec une exception, un texte de Benjamin Mako Hill intitulé « Quand le logiciel libre n’est pas supérieur, en pratique », qui a été intégré à la philosophie GNU en 2013. Certes un logiciel peut être pratique, efficace, pertinent mais ne pas s’inscrire dans une logique d’émancipation, être privé de la préoccupation éthique du logiciel libre. Véronique souligne que dans le free software la liberté est bien le but et l’efficacité un moyen de ce but.

Cette finalité essentielle, la liberté, est mise en exergue dans le texte « En quoi l’open source perd de vue l’éthique du logiciel libre ». Si on n’a rien à faire de considérations éthiques dont on dit qu’elles pourraient lasser, qu’elles pourraient énerver, arguments fallacieux de l’open source, alors l’autonomie, la liberté, sont versées au magasin des antiquités. Richard Stallman parle de crainte de la liberté, comme s’il était devenu malpoli ou incongru de l’évoquer. Il appelle à une jubilation, à une fierté, et nous invite à ne pas hésiter à choquer intellectuellement : « Nous devons leur dire que c’est du logiciel libre et qu’il te donne la liberté », je cite Richard Stallman. Et Véronique de préciser que dire « logiciel libre » et non open source, c’est faire avancer la cause du logiciel libre.

En effet, un nom mal choisi donne aux gens une idée fausse d’où « L’importance d’utiliser la dénomination GNU/Linux ». Si on se contente de dire « Linux », dispositif technique à un moment donné du développement de GNU, alors on réduit l’informatique libre à un épisode qui sera seulement technique, on ne se réfère qu’à une partie du projet. GNU est un projet éthique, politique, humaniste : c’est écrire du code pour rendre l’utilisateur et évidemment l’utilisatrice autonomes. GNU est ce qui donne direction et sens à la communauté du logiciel libre. Véronique nous exhorte à ne pas oublier la racine idéaliste de ce projet quand on se réfère au logiciel libre et que dire « GNU » ce n’est pas dire « je », c’est dire « nous ».

Racine idéaliste précisée dans le texte « Idéalisme pragmatique ». Le logiciel libre va bien au-delà d’une seule affaire d’écriture de code. Elle cite Richard Stallman : « C’est un but idéaliste qui motive mon travail pour le logiciel libre, propager la liberté et la coopération, rendre ainsi notre société meilleure, fraternelle ». L’intransigeance est extrêmement forte : le logiciel doit être libre ; il n’y a aucune raison que l’informatique se trouve sous copyright. Comment serait une société soumise à des contraintes qui empêcheraient de développer l’inventivité qui relève de la rencontre de plusieurs ? Cela porterait atteinte à la liberté, à l’égalité et à la fraternité des humains. Et moi, Frédéric, je cite Marie-Odile, dans cet échange avec Véronique, tu as rappelé que Richard Stallman commence très souvent ses conférences en France par l´expression : « Je peux définir le logiciel libre en trois mots : liberté, égalité, fraternité », ajoutant souvent un commentaire par rapport au pouvoir politique présent, quel qu’il soit rarement dans cet état d’esprit.

En 1997, Richard Stallman avait publié un article, on peut dire une fiction, intitulé « Le droit de lire ». Dans une de ses chroniques, Véronique décrit le scénario, prémonitoire d’une certaine façon, une histoire d’amour sur fond d’impossibilité d’accéder aux savoirs contenus dans les livres. Avoir accès à l’ensemble des savoirs, permettre de les partager, ce sont les propositions du projet GNU : l’architecture informatique doit permettre l’accès aux documents et aux processus. Véronique rappelle l’un des slogans de l’April « Informatique libre, société libre ».

Le texte « Les raisons d’écrire du logiciel libre » se présente sous la forme d’une énumération de dix raisons qui vont d’une vision large vers des raisons plus étroites mais qui ne demandent qu’à grandir. Ainsi Véronique de remercier le logiciel libre d’avoir fait grandir nos raisons d’écrire du code.

Dans un autre registre, on pourrait dire plus politique, deux textes sont commentés :

  • « Mesures à la portée des gouvernements pour promouvoir le logiciel libre ». Pour Richard Stallman, « La mission de l’État est d’organiser la société avec pour objectif la liberté et le bien-être de la population ». Prendre des décisions pour d’autres humains impose des devoirs pour accomplir cette mission humaniste : respecter les citoyens comme humains et ainsi les gouvernements se respecteront eux-mêmes.
    Je vous laisse relire la transcription de cette chronique dans laquelle chaque considération devrait pousser à un engagement fort que ce soit dans la lutte contre le gaspillage ou dans la défense de notre souveraineté numérique.
  • « Quel niveau de surveillance la démocratie peut-elle endurer ? » Certes, pour fonctionner, la démocratie doit se protéger, mais il faut aussi qu’elle soit lisible, car le peuple doit savoir ce qui s’y passe. Il ne s’agit pas de supprimer la surveillance, il s’agit de la réduire pour éviter les excès. Les lanceurs d’alerte, avec référence à Edward Snowden, doivent pouvoir agir et pour cela il faut préserver un espace intime qui permettra le recul pour la réflexion et la critique. Bien entendu, chacun d’entre nous doit être prudent en étant acteur de la protection de sa propre vie privée. Pour cela logiciels libres et solutions libres sont proposées avec une mise en garde : méfions-nous des objets connectés, gardons nos données dispersées, ne facilitons pas les choses.

Une autre façon de faire avancer la cause du logiciel libre consistera à « Dire non à l’informatique injuste, même une seule fois ». Tout rejet qui va dans un sens émancipateur est bon à prendre.
Dans cette chronique Véronique nous parle de son expérience d’enseignante pendant la période de confinement et des pas qu’elle a faits en refusant, avec une fermeté bienveillante, d’utiliser les logiciels et les solutions privatrices qui lui étaient proposées. Tout refus ponctuel est constructif, il permet d’alerter nos interlocuteurs, mais il ne suffit pas. Véronique a proposé à ses étudiants des alternatives libres pour les aider à avancer vers l’autonomie, pour leur montrer combien elle les respecte et combien, en se détachant des solutions propriétaires, ils se respecteront eux-mêmes, gagneront en liberté et avec eux leur communauté.

En cette période de rentrée scolaire, il est impératif de rappeler, marteler partout où cela est possible « Pourquoi les écoles doivent utiliser exclusivement du logiciel libre » afin de faire de la bonne éducation.
Véronique nous rappelle que dans ses arguments, comme souvent, Richard Stallman part de ce qui lui parait le moins essentiel, l’argument monétaire – les logiciels libres sont souvent gratuits – pour arriver, en passant par la formation des futurs informaticiens qui, par l’accès au code source pourront lire beaucoup de bon code, à l’éducation morale, l’habitude d’aider les autres : une éducation tournée vers les autres, qui ne sera pas repliée sur soi, qui ouvre à l’autonomie, ce que le pragmatisme, de courte vue, parfois ne comprend pas.
Éduquer c’est amener quelqu’un à sortir de ses intérêts particuliers, de ses impulsions immédiates, de ses préjugés, pour aller vers les autres.
« Enseigner un programme non libre revient à enseigner la dépendance ce qui est contraire à la mission de l’école », dit encore Richard Stallman, d’où la proposition de ne distribuer et de n’utiliser que du logiciel libre dans les écoles. Outre le devenir autonome des individus, cela garantira l’avenir politique d’une nation. Et pourtant, il y a parfois des contrats étonnants qui sont passés avec les GAFAM, donc les géants du Web qui se gavent de nos données personnelles, hélas notamment par notre ministère de l’Éducation nationale. On en a déjà plusieurs fois parlé et pas plus tard que tout à l’heure.
L’école a une mission sociale celle de former les élèves à être citoyens d’une société forte, capable, indépendante, solidaire et libre. Ainsi formés, les humains qui utilisent maintenant tous l’informatique, pourront contrôler leur propre ordinateur, auront leur autonomie préservée et la liberté de coopérer, de vivre dans la droiture morale.
À la façon d’un clin d’œil, Véronique nous propose de décliner la formule de Lessig, une formule beaucoup appréciée par mon collègue Étienne, Code is Law en Code is Education, puisque écrire du logiciel libre fait grandir, contribuer au logiciel libre amène à dépasser son propre horizon, ses préjugés, pour aller vers les autres, s’ouvrir.

Marie-Odile invite les auditeurs et les auditrices qui écoutent en direct l’émission ou qui écouteront le podcast, à relire les transcriptions des chroniques de Véronique Bonnet. Elle espère qu’elle nous fera encore partager ses commentaires de philosophe des textes de Richard Stallman durant la saison 4 Libre à vous ! car cela est bon !

Je précise que Véronique Bonnet continuera évidemment à nous proposer des chroniques « Partager est bon » dans le cadre de Libre à vous saison 4.
C’était la chronique de Marie-Odile qu’on a pu faire vu qu’elle envoie ses notes en avance. Je ne sais pas si on a pu la récupérer ou pas du tout. On espère que la prochaine fois on l’aura et on fera un test une fois l’émission terminée pour comprendre ce qui s’est passé.
C’était la chronique, dite par moi, de Marie-Odile Morandi, qui est animatrice du groupe de travail Transcriptions de l’April, qui est également administratrice de l’April.
J’invite les gens qui nous écoutent à rejoindre ce groupe Transcriptions. Je disais tout à l’heure que l’émission est une émission contributive, l’April est une association contributive. Les transcriptions sont faites par des bénévoles et on a besoin de gens pour aider soit à transcrire, soit simplement à relire des textes, il n’y a pas forcément besoin de compétences, il n’y a pas forcément besoin de beaucoup de temps, il y a des textes qui sont relativement courts. N’hésitez pas à vous connecter sur le site de l’April pour découvrir les activités notamment du groupe Transcriptions, donc april.org.

On va passer maintenant aux annonces de fin.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : Les annonces de fin, je crois qu’en fait je les ai déjà faites tout à l’heure, mais je vais quand même vous rappeler rapidement notre appel pour le traitement des podcasts. Le montage audio est un travail très important. D’ailleurs plus globalement, si vous souhaitez aider la radio à traiter les podcasts de toutes les émissions, n’hésitez pas à nous contacter : vous vous connectez sur causecommune.fm ou sur april.org et vous trouverez les informations de contact, parce que c’est un point important le traitement de ces podcasts. Le direct est évidemment essentiel à la radio, mais il y a beaucoup de gens qui écoutent en podcast, donc il y a un travail à faire pour rendre ces fichiers de podcasts de la meilleure qualité possible. Je précise aussi qu’un travail fait par les personnes qui montent les podcasts c’est ensuite de découper les podcasts en sujets séparés de manière à faciliter l’écoute. Par exemple dans une émission où on a un sujet long et deux courts, eh bien vous aurez un podcast pour toute l’émission et vous aurez un podcast pour les deux sujets courts et un podcast pour le sujet long.
Je rappelle aussi que vous pouvez faire un don à la radio Cause Commune pour financer tout simplement la partie matérielle de la radio. Vous allez sur causecommune.fm.
Est-ce qu’il restait d’autres annonces ?
Il y a peut-être quelques évènements qui commencent à être organisés à nouveau, évidemment ça va dépendre des conditions sanitaires de la rentrée. Il y a notamment la Fête des Possibles.
Je vous invite à consulter le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org, vous verrez que quelques évènements sont organisés. Certains sont aussi organisés tout simplement à distance. N’hésitez pas à vous connecter sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org, vous y trouverez tous les évènements qui sont organisés en France, en Belgique et dans d’autres pays, vous permettant soit de découvrir le logiciel libre, soit de vous perfectionner autour du logiciel libre, en tout cas de trouver des évènements autour des libertés informatiques.

Notre émission se termine, un petit peu chaotique à la fin, mais c’est la reprise, c’est comme ça !
Je remercie les personnes qui ont participé à l'émission : Marie-Odile Morandi pour avoir évidemment préparé sa chronique, Jean-François Clair, Renaud de Colombel ; à la régie et au sujet long Étienne Gonnu. Ça a été aujourd’hui, avec les conditions, Étienne ?

Étienne Gonnu :Un peu sportives comme tu as pu le voir.

Frédéric Couchet :Un peu sportives. Je pense qu´on méritera peut-être une bière après, quoique toi tu es en vélo, ce n’est peut-être pas très bien !

Étienne Gonnu :En tout cas ça m’a fait plaisir de revenir en régie, ça c’est clair.

Frédéric Couchet :C’est effectivement un grand plaisir de revenir en studio.
Merci également à Sylvain Kuntzmann, Antoine, bénévoles à l’April, Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio, qui s’occupent de la post-production des podcasts.
Merci également à Quentin Gibeaux, bénévole à l’April, qui découpe le podcast complet en podcasts individuels par sujet.
Vous retrouverez sur notre site web, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm, toutes les références utiles. Vous pouvez trouver également les moyens de nous contacter pour nous faire des retours.
Je vous rappelle que vous pouvez aussi nous laisser un message sur le répondeur de la radio pour réagir à l’un des sujets de l’émission, pour poser une question ou simplement nous laisser un message. Le numéro du répondeur est 09 72 51 55 46.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission. La prochaine émission aura lieu en direct mardi 8 septembre 2020 à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur l’initiation à la programmation pour les femmes avec Ada Tech School, Ladies of Code Paris et Django Girls. Malgré ces noms, on parlera en français.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 8 septembre et d’ici là portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

#73 - Les femmes et l’informatique - Antanak - Fête des Possibles - « Libre à vous ! » diffusée mardi 8 septembre 2020 sur radio Cause Commune

mar, 09/08/2020 - 15:30
<?php add_metadata_social_networks("https://april.org/files/libre-a-vous/lav-1200x630-2.jpg","Bannière de l'émission"); ?>

Au programme de l'émission : les femmes et les métiers et communautés de l'informatique et du logiciel libre (sujet principal) ; chronique d'Isabella Vanni sur la Fête des Possibles, chronique d'Antanak (Isabelle Carrère) sur le thème de l'instation d'un système d'exploitation libre.

Émission Références Transcription --> Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 73e émission :

  • Notre sujet principal porte sur les femmes et les métiers et communautés de l'informatique et du logiciel libre. Nos invitées : Catherine Dufour, ingénieure en informatique, auteure de « Ada ou la beauté des nombres » (Fayard, septembre 2019); Katia Aresti, ingénieure logiciel chez Red Hat, membre de Duchess France; Caroline Corbal de Code for France, membre d'Open Heroines France. Il s'agit d'une rediffusion du sujet principal de l'émission diffusée le 5 novembre 2019.
  • la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, qui portera sur la Fête des Possibles
  • la première chronique d'Antanak avec Isabelle Carrère sur le thème de l'instation d'un système d'exploitation libre
  • diverses annonces
Réécouter en ligne

Votre navigateur ne supporte pas l'élément audio : écoutez l'émission (format OGG) ou format MP3.

podcast OGG et podcast MP3

-->

S'abonner au podcast

S'abonner à la lettre d'actus

Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). Vous pouvez nous laisser un message sur le répondeur de la radio en appelant le 09 72 51 55 46

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Galerie photos
  3. Références pour la partie sur la Fête des Possibles
  4. Références pour la chronique d'Antanak
  5. Références pour la partie consacrée aux femmes et l'informatique
  6. Références pour la partie sur les annonces diverses
  7. Pauses musicales
  8. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

--> Références pour la partie sur la Fête des Possibles Références pour la chronique d'Antanak Références pour la partie consacrée aux femmes et l'informatique Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

$( document ).ready(function() { var hash = document.location.hash; if (hash) { var tab = $(hash).parent('.tabcontent').attr('data-fromtab'); document.getElementById(tab).click() } });

Revue de presse de l'April pour la semaine 36 de l'année 2020

lun, 09/07/2020 - 20:45

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Acteurs Publics] 1 milliard d'euros pour accélérer la transformation numérique des services publics (¤)

✍ Emile Marzolf, le jeudi 3 septembre 2020.

Dans le cadre du plan de relance présenté ce 3 septembre par le gouvernement, une enveloppe spécifique d’1 milliard d’euros est prévue pour financer l’innovation et la transformation numérique des administrations d’État et locales sur les deux prochaines années. Cinq cents millions d’euros sont également alloués à l’inclusion numérique et à la couverture du territoire en haut débit.

[Journal du Net] Je ne suis pas une licorne!

Le jeudi 3 septembre 2020.

Le rapport du Sénat est clair: pour préserver notre souveraineté numérique, nous avons besoin d’une licorne! Vraiment? Et si on n’est pas une bête curieuse alors?

[Le Monde Informatique] Open source: préserver les mainteneurs du code

✍ Matt Asay, le jeudi 3 septembre 2020.

Si les logiciels open source sont gratuits et reproductibles à l’infini, les personnes qui prennent en charge le maintien du code sont rares et précieuses.

[Etourisme.info] Chemins des Parcs: quand le service public assure!

✍ Jean-Luc Boulin, le lundi 31 août 2020.

J’avais envie d’écrire ce billet de rentrée en soulignant une réussite du service public. Il s’agît de “Chemins des Parcs“, un site web et une appli développés par les parcs naturels régionaux de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Le projet de rapport étudiant l'intérêt, ou non, de créer un commissariat à la souveraineté numérique disponible en ligne

lun, 09/07/2020 - 16:10

Le rapport, ou plutôt le projet de rapport au Parlement, sur la possibilité de créer un Commissariat à la souveraineté numérique vient d'être publié sur son site par une Sénatrice. L'April avait été auditionnée en 2017 par les deux ingénieurs des mines chargés de rédiger le projet de rapport. Dans le document publié, ils font le constat que le logiciel libre doit être un élément structurant pour une politique publique de souveraineté numérique cohérente. Ils soulignent notamment, à très juste titre, que le logiciel libre n'est pas une question technique, mais bel et bien politique. Ce projet de rapport figurait auparavant uniquement en annexe de la version définitive du rapport de la commission d'enquête sénatoriale sur la souveraineté numérique (page 207).

L'article 29 de la loi pour « une république numérique » du 7 octobre 2016 avait mis à la charge du gouvernement de Manuel Valls de remettre au Parlement dans un délai de trois mois à compter de sa promulgation « un rapport sur la possibilité de créer un Commissariat à la souveraineté numérique rattaché aux services du Premier ministre, dont les missions concourent à l'exercice, dans le cyberespace, de la souveraineté nationale et des droits et libertés individuels et collectifs que la République protège ». L'April avait été auditionnée en 2017 par les deux fonctionnaires du Conseil général de l'économie chargés de rédiger le projet de rapport. L'occasion pour l'association de rappeler qu'aucune politique de « souveraineté numérique » ne peut se faire sans un engagement en faveur du logiciel libre, seul à même de garantir la pleine maîtrise de leur informatique aux personnes, fussent-elles physiques ou morales, qui l'utilisent.

Malgré le délai imparti par la loi au gouvernement, ce rapport n'a jamais été publié. Prenant acte de cette situation, la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam a sollicité à deux reprises la publication de ce rapport par le biais de questions écrites au gouvernement en juillet 2017 et en juin 2019. Sa collègue, la sénatrice Catherine Morin-Desailly fit de même en juillet 2019. Le document fut finalement communiqué le 26 juillet 2019 à cette dernière, et en mai 2020 à Joëlle Garriaud-Maylam qui a publié le document de 46 pages sur son site. Le projet de rapport figure également en annexe de la version définitive du rapport de la commission d'enquête sénatoriale sur la souveraineté numérique, dont Catherine Morin-Desailly était membre et par laquelle l'April avait été auditionnée en juillet 2019.

Télécharger le projet de rapport

Pour les rédacteurs du document, un tel commissariat à la souveraineté numérique semble représenter, en lui même, peu d'intérêt. « La mission tient à rappeler à rappeler en préambule qu'il ne sert à rien de créer des structures s'il n'y a pas de volonté politique pour considérer que la transformation numérique est un enjeu majeur qui nécessite des moyens et des actions. » Ils feront d'ailleurs quelques recommandations quant à la manière d'organiser la « transformation numérique » – qui semble donc pour eux le véritable enjeu – afin de traduire cette volonté politique en acte.

Il est intéressant de relever que les rédacteurs du projet de rapport font le constat que le logiciel libre doit être un élément structurant pour une politique publique de souveraineté numérique cohérente. Ils soulignent notamment, à très juste titre, que le logiciel libre n'est pas une question technique, mais bel et bien politique. Ils insistent en particulier sur les enjeux en matières d'éducation en problématisant très justement, et sans ambivalence, la situation : « veut-on former de simples utilisateurs des outils numériques ou bien former au monde numérique de demain ? Selon la réponse, on choisira des logiciels propriétaires ou bien des logiciels libres.»

On relèvera ces quelques citations :

Les directions en place, pour beaucoup au niveau des services du Premier ministre (SGDSN, DINSIC [devenu DINUM en octobre 2019], SGMAP [remplacé en novembre 2017 par la DITP] ) ont la capacité de mettre en œuvre une politique de souveraineté dès lors qu'il y a une volonté politique en écho. C'est cette volonté politique qui doit primer, pour imposer l'usage de logiciels libres à l'Éducation nationale ou soutenir l'industrie des composants cryptologiques, plutôt que la création d'un Commissariat. [page 6] Aussi, le choix entre logiciels libres et logiciels propriétaires ne semble pas relever d'un choix technique mais plutôt d'un choix politiques : quel objectif veut-on atteindre avec les logiciels libres ou avec les logiciels propriétaires ? Prenons le cas de la formation dans l'enseignement secondaire ou supérieur : veut-on former de simples utilisateurs des outils numériques ou bien former au monde numérique de demain ? Selon la réponse, on choisira des logiciels propriétaires ou bien des logiciels libres.[page 22] Le choix de Microsoft office à l'Éducation nationale, qui peut effectivement être critiqué car il oriente des millions de jeunes vers ces produits à la fois payants et non souverain, n'a pas été fait sans une information du premier ministre. [page 32]

Enfin, les rédacteurs listent parmi les objectifs à poursuivre pour une structure dont la mission serait de porter une volonté politique de « transformation numérique », le fait de « favoriser l'usage de logiciels libres au sein de l'administration et des collectivités locales » (page 34). Ce qui n'est bien sûr pas sans rappeler la principale revendication de l'April : la priorité au logiciel libre dans le secteur public.

L'insistance de ce projet de rapport sur la nécessité d'une volonté politique ambitieuse n'est pas sans évoquer les travaux de la commission d'enquête sénatoriale sur la souveraineté numérique. Lors des différentes auditions menées, deux membres de la commissions d'enquête en particulier, la sénatrice Catherine Morin-Desailly et le sénateur Pierre Ouzoulias, ont régulièrement interpellé les représentants du gouvernement sur l'absence de stratégie politique cohérente et claire en matière de souveraineté numérique.

Le rapport issu des travaux de cette commission, en plus de contenir en annexe le projet évoqué, fait lui aussi le lien entre logiciel libre et « transformation numérique » puisqu'il souligne qu'« il est urgent d'engager la réflexion sur le recours aux logiciels libres au sein de l'État ». La nouvelle ministre en charge de la transformation et de la fonction publiques , Amélie de Montchalin, entendra-t-elle cette urgente nécessité ? Aucune politique de souveraineté numérique, aucune transformation numérique réellement au service de l'intérêt général, ne pourra se faire en faisant l'économie de cette réflexion.

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (8 septembre 2020)

jeu, 09/03/2020 - 09:05
Start: 8 Septembre 2020 - 15:30End: 8 Septembre 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

-->

73e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 1er septembre 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • notre sujet principal : l'initiation à la programmation pour les femmes avec Chloé Hermary fondatrice et directrice d'Ada Tech School, Sonia Edouardoury de Django Girls et Laïla Atrmouh co-organisatrice de la communauté Ladies of Code Paris
  • la première chronique d'Antanak avec Isabelle Carrère
  • la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, qui portera sur la Fête des Possibles

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 8 septembre 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 8 septembre 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

#72 - Syndicats de l'éducation et logiciel libre - Transcriptions - Nouveautés - « Libre à vous ! » diffusée mardi 1er septembre 2020 sur radio Cause Commune

mar, 09/01/2020 - 15:30

Au programme de l'émission : syndicats de l'éducation et logiciel libre ; la chronique de Marie-Odile Morandi « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture », les nouveautés de la saison 4 de l'émission.

Émission Références Transcription --> Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 72e émission :

  • notre sujet principal : syndicats de l'éducation et logiciel libre, avec Jean-François Clair du SNES-FSU et Renaud de Colombel du Sgen-CFDT. Le sujet a été exceptionnellement enregistré en avance.
  • les nouveautés de la saison 4 de l'émission
  • chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April : « En cette rentrée, n’oublions pas que "Partager est bon" ; retour sur les chroniques de Véronique Bonnet »
  • diverses annonces
Réécouter en ligne

Votre navigateur ne supporte pas l'élément audio : écoutez l'émission (format OGG) ou format MP3.

podcast OGG et podcast MP3

-->

S'abonner au podcast

S'abonner à la lettre d'actus

Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). Vous pouvez nous laisser un message sur le répondeur de la radio en appelant le 09 72 51 55 46

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Galerie photos
  3. Références pour la partie sur les nouveautés de la saison 4
  4. Références pour la chronique de Marie-Odile Morandi
  5. Références pour la partie syndicats de l'éducation et logiciel libre
  6. Références pour la partie sur les annonces diverses
  7. Pauses musicales
  8. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April
  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques à l'April
  • Jean-François Clair, professeur de mathématique et responsable des questions relatives au numérique au sein du SNES-FSU
  • Renaud de Colombel, responsable informatique pour la fédérération des Sgen-CFDT

L'émission a été exceptionnellement réalisée à distance, notamment en utilisant Mumble. Vous pouvez tester et utiliser ce logiciel sur Chapril.org.

Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

--> Références pour la partie sur les nouveautés de la saison 4 Références pour la chronique de Marie-Odile Morandi Références pour la partie syndicats de l'éducation et logiciel libre Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

$( document ).ready(function() { var hash = document.location.hash; if (hash) { var tab = $(hash).parent('.tabcontent').attr('data-fromtab'); document.getElementById(tab).click() } });

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 3 septembre 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

mar, 09/01/2020 - 14:38
Start: 3 Septembre 2020 - 17:15End: 3 Septembre 2020 - 19:30

Le groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas).

Une réunion du groupe Sensibilisation aura lieu jeudi 3 septembre 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. À cette occasion, nous continuerons à rédiger le descriptif des cases du plateau du Jeu du Gnou (pour le projet Jeu du Gnou, voir plus bas).

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

Lettre d'information publique de l'April du 1er septembre 2020

mar, 09/01/2020 - 07:03

Bonjour,

C'est jour de rentrée aussi pour notre émission « Libre à vous ! ». Le sujet principal de l'émission de ce mardi concernera l'éducation. Découvrez les bandes-annonces de présentation de cette saison 4. Pour ne rien rater, vous pouvez vous abonner au flux du podcast, ainsi qu'à la lettre d'actus.

Sylvain Kuntzmann, bénévole à l'April, s'occupait du traitement des podcasts mais il ne peut plus assurer cette tâche. Un grand merci à lui pour son aide. Nous recherchons des bénévoles pour aider au montage audio des podcasts. N'hésitez pas à diffuser notre appel.

Des nouvelles encourageantes côté informatique hospitalière. La CAIH (Centrale d'Achat de l'Informatique Hospitalière) vient de lancer un appel d’offres en vue de proposer des logiciels libres à ses 1200 membres établissements de santé.

La Fondation pour le Logiciel Libre (FSF) a a annoncé la nomination de Geoffrey Knauth comme nouveau président. La FSF accueille également une nouvelle membre au sein de son conseil d'administration en la personne d'Odile Benassy, membre de longue date de l'April. Odile porte d'ailleurs fièrement un t-shirt April sur la page d'annonce de la FSF. Toutes nos félicitations à Geoffrey et à Odile.

Vous pouvez contribuer aux actions de notre groupe de travail Sensibilisation qui a continué ses actions cet été. Le groupe travaille notamment actuellement sur « Le jeu du Gnou » (jeu coopératif et pédagogique) et sur un « Quiz enjeux de l'informatique ». Vous pouvez relire les propositions de questions et réponses, voire en proposer de nouvelles. Toutes les informations utiles pour contribuer sont disponibles sur la page wiki du groupe.

Nous profiterons de la rentrée pour avancer sur la mise en place des sites web l'un dédié aux transcriptions et l'autre à l'émission « Libre à vous ! ». Si vous souhaitez aider à la mise en place de ces deux sites, sous Spip, vous pouvez vous inscrire sur la liste de travail.

Concernant la rentrée universitaire, l'April interviendra les 31 août 2020 et 2 septembre à l'université de Calais dans le cadre du Master I2L (Ingénierie du Logiciel Libre) sur le thème : « Logiciel libre : droit d’auteur, licences, communautés et enjeux de société ».

Si les conditions sanitaires le permettent, une nouvelle édition de la Fête des Possibles, organisée par le Collectif pour une Transition Citoyenne, aura lieu du 12 au 27 septembre 2020 partout en France et en Belgique. Une belle occasion de montrer que « c'est possible » d'utiliser des logiciels libres et de sensibiliser un plus large public !

Le groupe Transcriptions vous offre dix-sept nouvelles transcriptions.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une trentaine d'articles.

Je vous souhaite une belle rentrée.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Libre à vous ! fait sa rentrée

L'émission Libre à vous ! sera de retour mardi 1er septembre 2020 de 15 h 30 à 17 h puis en podcast.

Découvrez la bande-annonce de présentation de cette saison 4.

Vous pouvez vous abonner au flux RSS compatible avec la baladodiffusion (podcast) pour recevoir automatiquement les épisodes dès leur mise en ligne.

Pour tout savoir concernant l'émission, n'hésitez pas à vous inscrire à la lettre d'actualités : annonce des podcasts, des émissions à venir et de toute autre actualité en lien avec l'émission.

Appel d'offres de la Centrale d'Achat de l'Informatique Hospitalière sur le logiciel libre

La CAIH (Centrale d'Achat de l'Informatique Hospitalière) vient de lancer un appel d’offres afin de proposer des logiciels libres à ses 1200 membres établissements de santé. C'est une bonne nouvelle et l'April encourage les entreprises du Llibre à se saisir de cette opportunité. Date de clôture de cet appel d'offres : 25 septembre 2020 à 12 h 30.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Libre à vous ! fait sa rentrée
  2. Appel d'offres de la Centrale d'Achat de l'Informatique Hospitalière sur le logiciel libre
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. La Fête des Possibles de retour en 2020 ! Du 12 au 27 septembre en France et en Belgique
    2. Contribuer aux projets du groupe de travail Sensibilisation
    3. Besoin d'aide pour le montage audio des podcasts de Libre à vous !
    4. Mise en place de sites web dédiés aux transcriptions et à Libre vous !
    5. Dix-sept nouvelles transcriptions
    6. Revue de presse
  4. Conférences, événements
    1. Événements à venir
  5. Vie associative
    1. Revue hebdomadaire
    2. Adhésions
  6. Soutenir l'association
  7. Rejoindre l'association à titre individuel
  8. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  9. Archives
Dossiers, campagnes et projets La Fête des Possibles de retour en 2020 ! Du 12 au 27 septembre en France et en Belgique

Une nouvelle édition de la Fête des Possibles, organisée par le Collectif pour une Transition Citoyenne, aura lieu du 12 au 27 septembre 2020 partout en France et en Belgique (si les conditions sanitaires le permettent). Des centaines d'événements permettront de faire connaître les initiatives locales et les solutions concrètes qui contribuent à construire un avenir plus durable et solidaire. Nous invitons toutes les personnes et structures ayant à cœur la promotion du logiciel libre à proposer un ou plusieurs rendez-vous dans le cadre de la Fête des Possibles.

Contribuer aux projets du groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre. Le groupe travaille notamment actuellement sur « Le jeu du Gnou » (jeu coopératif et pédagogique) et sur un « Quiz enjeux de l'informatique » (questions autour du logiciel libre, les licences libres, etc). Le groupe organise régulièrement des réunions de travail à distance.

Toutes les informations utiles pour contribuer sont disponibles sur la page wiki du groupe.

Besoin d'aide pour le montage audio des podcasts de Libre à vous !

Dans le cadre de notre émission Libre à vous ! un point important concerne la post-production, le traitement des podcasts. Les podcasts resteront en effet la mémoire et la trace des émissions, c'est pour cela qu'il faut apporter un soin particulier à leur traitement avant la mise en ligne. Pour la saison 3, le traitement était fait principalement par Sylvain Kuntzmann, bénévole à l'April, que nous remercions chaleureusement, mais Sylvain ne peut plus assurer cette tâche Récemment une seconde personne donnait un coup de main, cependant, nous recherchons au moins une personne supplémentaire ce qui permettrait de répartir la charge de travail. N'hésitez pas à diffuser notre appel pour aider au montage audio des podcasts ou à nous contacter si vous avez de l'expérience, des compétences.

Mise en place de sites web dédiés aux transcriptions et à Libre vous !

Nous avons souhaité mettre en place deux sites web dédiés : l'un aux transcriptions réalisées par le groupe Transcriptions et l'autre dédié à l'émission Libre à vous !. Le travail a bien avancé, les plans de site et design pour les deux sites ont été définis. Les sites seront sous Spip, la mise en place est en cours. Toute aide est la bienvenue. Si vous avez des connaissances,notamment en Spip, n'hésitez pas à vous inscrire sur la liste de travail.

Dix-sept nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec dis-sept nouvelles transcriptions :

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide de la revue de presse est disponible pour celles et ceux qui souhaiteraient contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Conférences, événements Événements à venir
  • Intervention de François Poulain, administrateur de l'April dans le Master Ingénierie du Logiciel Libre (I2L) à Calais les 31 août et 2 septembre 2020.
Vie associative Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 3 juillet 2020, la synthèse de la revue du 10 juillet 2020, la synthèse de la revue du 31 juillet 2020, la synthèse de la revue du 7 août 2020, la synthèse de la revue du 14 août 2020, la synthèse de la revue du 21 août 2020, la synthèse de la revue du 28 août 2020.

Adhésions

Au 1er septembre 2020, l'association compte 3 959 membres (3 652 personnes physiques, 307 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante https://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, vous pouvez remplir le formulaire en ligne.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Archives

Pour recevoir automatiquement par courriel cette lettre, inscrivez-vous à la liste de diffusion

Les archives de la lettre sont disponibles en ligne.

Revue de presse de l'April pour la semaine 35 de l'année 2020

lun, 08/31/2020 - 20:50

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Silicon] Open source: quelle place pour la sécurité?

✍ Clément Bohic, le mercredi 26 août 2020.

Comment appréhender la sécurité de l’open source? Sonatype donne des éclairages à la fois quant au développement de projets et à leur réutilisation.

[korii.] Des milliards d'appareils connectés dépendent d'un seul Suédois

Le mardi 25 août 2020.

D’innombrables infrastructures informatiques reposent sur des bénévoles travaillant en open source.

[Houssenia Writing] La mort de Firefox est une bonne chose

✍ Houssen Moshinaly, le mardi 25 août 2020.

Certains annoncent la mort de Firefox à cause de licenciements massifs chez Mozilla et la concentration sur des services payants. Mais c’est sans doute la meilleure chose qui puisse lui arriver.

[LeMagIT] Open Source: Rust aura bientôt le droit à sa propre fondation

✍ Gaétan Raoul, le lundi 24 août 2020.

En retour de flammes de la restructuration de Mozilla, l'équipe en charge du projet Rust précipite la création d’une fondation open source dédiée au langage de programmation dont les portes ouvriront idéalement à la fin de l’année. Une décision qui ne doit pas remettre en question l’attrait de Rust auprès des développeurs.

Besoin d'aide pour le traitement des podcasts de « Libre à vous ! »

lun, 08/31/2020 - 12:51

Nous avons besoin d'aide pour aider dans la tâche de traitement des podcasts de notre émission Libre à vous !.

Dans le cadre de notre émission Libre à vous !, diffusée sur la radio Cause Commune, un point important concerne la post production, le traitement du podcast.

Les podcasts resteront en effet la mémoire et la trace des émissions. C'est pour cela qu'il faut apporter un soin particulier à leur traitement avant la mise en ligne.

Cette phase de traitement consiste notamment à supprimer les bruits parasites de l'environnement, les bruits de bouche, équilibrer les voix et les musiques, réduire les silences, retirer les « heu ! »…

Pour la saison passée, le traitement était fait principalement par Sylvain Kuntzmann, bénévole à l'April. Récemment, une 2e personne, Antoine, a commencé à traiter des podcasts. Pour cette rentrée de septembre, Sylvain ne peut plus assurer cette action de traitement des podcasts. Nous le remercions chaleureusement pour l'aide qu'il a apporté.

Nous aurions donc besoin d'avoir au moins une personne en plus, ce qui permettrait de répartir le travail. Par exemple, avec au moins deux personnes disponibles pour traiter le podcast chaque personne pourrait ne s'occuper du podcast qu'une semaine sur deux. Sylvain et Antoine sont bien sûr disponibles pour expliquer les détails du traitement du podcast.

Si vous avez de l'expérience, des compétences, des idées n'hésitez pas à nous contacter.

Le podcast de l'émission est également découpé en plusieurs podcasts par sujets individuels (d'une dizaine de minutes à une heure). Pour écouter les podcasts de l'émission :

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (1er septembre 2020)

lun, 08/31/2020 - 09:26
Start: 1 Septembre 2020 - 15:30End: 1 Septembre 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

-->

72e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 1er septembre 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • notre sujet principal : syndicats de l'éducation et logiciel libre, avec Jean-François Clair du SNES-FSU et Renaud de Colombel du Sgen-CFDT. Le sujet a été exceptionnellement enregistré en avance.
  • les nouveautés de la saison 4 de l'émission
  • la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 1er septembre 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 1er septembre 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Intervention de l'April dans le Master I2L le 31 aout 2020

sam, 08/29/2020 - 17:42
Start: 31 Août 2020 - 09:30End: 31 Août 2020 - 16:30

François Poulain, administrateur de l'April, interviendra le 31 août 2020 à l'université de Calais dans le cadre du Master I2L (Ingénierie du Logiciel Libre) sur le thème : « Logiciel libre : droit d’auteur, licences, communautés et enjeux de société ». La deuxième partie du cours est prévue le mercredi 2 septembre.

La journée de lundi est consacrée principalement à la présentation des concepts du droit d'auteur, du logiciel libre, de son histoire au travers du projet GNU. Puis des éléments autour des licences libres, des communautés du libre et de l'activité de l'April. La journée du mercredi sera l'occasion d'aborder la problématique du climat, regarder le rôle de l'informatique sur ce sujet, et la relation au logiciel libre. Il s'agira pour finir d'aborder largement des enjeux du présent et du futur du logiciel libre.

Le Master I2L est une des plus anciennes formations en France ayant embrassé le logiciel libre et l'April y intervient depuis ses débuts, aux côtés d'autres membres des communautés du Libre. Pour en savoir plus sur ce Master vous pouvez vous rendre sur le site de l'université du Littoral.

Voyez également notre page consacrée aux formations spécialisées sur le logiciel libre.

« Libre à vous ! » saison 4 : la bande-annonce

ven, 08/28/2020 - 11:40

Découvrez le bande-annonce vidéo de la saison 4 de notre émission Libre à vous ! diffusée sur radio Cause Commune. L'émission sera de retour mardi 1er septembre 2020 de 15h30 à 17h (puis en podcast).

Libre à vous !

Depuis mai 2018, l'April anime Libre à vous ! une émission d'explications et d'échanges sur la radio Cause Commune sur les thèmes des libertés informatiques.

Bande annonce de l'émission S'abonner au Flux RSS compatible avec la baladodiffusion

Vous pouvez vous abonner au flux RSS compatible avec la baladodiffusion (podcast) pour recevoir automatiquement les épisodes dès leur mise en ligne.

S'inscrire à la lettre d'actualités de l'émission

Pour ne rien louper des nouvelles de l'émission, vous pouvez vous inscrire à la lettre d'actualités : annonce des podcasts, des émissions à venir et tout autre actualité en lien avec l'émission.

Surveillance numérique et libertés fondamentales

mar, 08/25/2020 - 19:53


Titre : Surveillance numérique et libertés fondamentales
Intervenante·e·s : Valérie KokoszKa - Laurence Devillers - Antoinette Rouvroy - Irénée Regnault - Karolien Haese - Jean-Marc Desmet
Lieu : Web débat
Date : juin 2020
Durée totale : 1 h 40 min
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Surveillance, Adrien Coquet - Licence Creative Commons By
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Introduction

Durée : 4 min 04
Visualiser la vidéo

Valérie KokoszKa : Bonjour et merci d’être là pour ce Web débat consacré à la surveillance numérique et aux libertés fondamentales. Premier parce qu’il est, en quelque sorte, la matrice d’autres Web débats qui porteront sur les normes, les libertés et la surveillance numérique voire sur d’autres sujets où l’intelligence collective, la créativité peuvent nous permettre de rendre ce monde, le nôtre, meilleur, plus libre, plus heureux.
Pour ce faire, l’idée est de rassembler, comme ce soir, des spécialistes, des praticiens, femmes et hommes de terrain et tous ceux qu’un sujet intéresse, intrigue ou inquiète.
Celui de ce soir relève sans doute de cette dernière catégorie, puisqu’avec le coronavirus, tracé par des applis, tancé par des drones, le port du masque repéré par des caméras de reconnaissance faciale, une sorte de vent frais souffle sur les libertés et il fait parfois un temps à ne pas mettre un déconfiné dehors. De sorte qu'il m'a semblé intéressant de discuter, finalement, du déploiement, du développement de la surveillance numérique et de nos libertés fondamentales. Qu’est-ce que la pandémie en a révélé et surtout quelles solutions pouvons-nous inventer ?

Pour en parler ensemble quatre intervenants qui ont tout de suite répondu positivement à cette invitation d’échange, que je remercie et que je vais brièvement présenter. Il y a :

Laurence Devillers, professeur en Intelligence Artificielle à la Sorbonne, qui est titulaire de la chaire en Intelligence Artificielle HUMAAINE, acronyme de HUman-MAchine Affective INteraction & Ethics. Elle est l’auteur en 2020 de deux livres Les robots émotionnels – Santé, surveillance, sexualité… : et l'éthique dans tout ça ? d’un côté et puis La souveraineté numérique dans l’après-crise.

Antoinette Rouvroy qui est docteure en sciences juridiques de l’Institut universitaire de Florence, chercheuse qualifiée au FNRS [Fonds National de la Recherche Scientifique], qui travaille au Centre de recherches information, droit et société et qui était titulaire cette année de la chaire Francqui qu’elle allait consacrer à la gouvernementalité algorithmique.

Irénée Regnault, consultant, auteur du blog « Mais où va le Web ? », cofondateur de l’association Le Mouton Numérique, qui est à la fois un praticien et un observateur assidu de ce qui se passe dans toutes les nouvelles technologies, qui prépare pour septembre un ouvrage sur les technologies et ses risques pour la démocratie.

Karolien Haese, avocate, juriste, fondatrice du Building Healthcare For Tomorrow, qui suit les aléas de la surveillance numérique depuis la crise des subprimes en passant par les dispositifs mis en place pour contrer le terrorisme et maintenant le covid et qui prépare un colloque en septembre là-aussi consacré notamment à la surveillance.

Et puis moi-même, Valérie KokoszKa, je suis docteure en philosophie, maître en Management des Institutions de Soins et de Santé. Je travaille au centre d’équipe médicale de l’université catholique de Lille et mes domaines de prédilection sont la phénoménologie, la métaphysique et la gouvernance des innovations.

Puisque les présentations sont faites, je vous propose d’entamer immédiatement la conversation et les échanges autour de toutes ces questions avec une première question qui est de savoir ce que selon vous, pour vous, la pandémie a révélé en matière de déploiement du numérique, de la surveillance ? Quels sont les enjeux, les opportunités, les risques ? En voyez-vous ?

La pandémie révélateur et accélérateur du déploiement des outils numériques ?

Durée : 22 min 04
Visualiser la vidéo

Irénée Regnault : Déjà merci pour l’invitation.
Pour remettre le contexte, il se trouve qu’au Mouton Numérique on a entamé dès le mois de mars un recensement de toutes les technologies qui ont été mises en place en réponse à la crise sanitaire, les technologies et solutions numériques diverses. C’est difficile de faire rapidement un bilan aujourd’hui, mais ce qui a été important pour nous c’est de voir qu’en fait elles ont été de différentes sortes et qu’on ne peut pas porter le même regard sur toutes ces technologies.
Il y a eu des technologies qui étaient de l’ordre de la télémédecine, l’explosion de Doctolib ou des choses comme ça. Il y a eu des technologies qui ont été utilisées pendant le confinement pour vérifier que les gens étaient bien confinés chez eux, par exemple en Pologne où il fallait envoyer un selfie dans les 20 minutes pour attester du fait qu’on était bien chez soi. Ensuite il y a eu d’autres types de technologies qui ont été déployées post-confinement, là plutôt pour vérifier si les distances étaient bien maintenues ou si d’autres choses, comme le port du masque dont vous parliez tout de suite, était bien effectives dans certaines villes. Et enfin des technologies qui ont été mises en place, plutôt qui ont été exagérées, qui ont été poussées au maximum de leurs possibilités, à savoir les technologies déjà existantes qu’on utilise tous comme les Facebook, les Google qui ont sorti, pour certains d’entre eux, de nouveaux produits notamment des vidéos ou rendu disponibles gratuitement ce qui était de l’ordre du Premium. Ça va jusqu’à Pornhub qui a lancé des abonnements Premium en Italie, peut-être ailleurs.
Il faut déjà bien avoir ça en tête pour commencer, c’est peut-être idéal. Il n’y a pas eu que des outils de surveillance, il y a eu plusieurs outils dans plusieurs domaines. Pour nous, ils ont révélé, en fait, si je le fais simplement, étant donné le temps de parole et le nombre qu’on est, c’est une accélération phénoménale de ce qui était déjà à l’œuvre, donc pas vraiment de nouvelles technologies, des technologies existantes qui ont glissé d’un usage vers l’autre, typiquement des technologies du domaine militaire qui se sont déployées dans le civil, des technologies par exemple du domaine du fitness, je pense au bracelet électronique, qui d’elles-mêmes ont été détournées à des fins de surveillance sanitaire. Donc pas grand-chose de très nouveau, en fait.

Si je continue juste une minute là-dessus, sur ce recensement, ce qu’on se dit aujourd’hui c’est qu’on était déjà fondamentalement inquiets de la manière dont se déployaient les systèmes de surveillance, si je m’arrête à cette stricte catégorie des systèmes de surveillance, qu’ils ont été déployés forcément très vite par beaucoup d’entreprises qui attendaient un petit peu au coin de la rue, il faut le dire, et, en parallèle, beaucoup d’associations de défense des droits, dont évidemment La Quadrature du Net1 et d’autres, dans une moindre mesure Le Mouton Numérique, et les institutions qui, de manière normale disons, sont des contrepoids face à ce développement, ont réagi de manière, j’allais dire tout aussi proportionnée par rapport à ce qui était en cours avant. Quand je dis « tout aussi proportionnée » c’est-à dire qu’elles ont réagi et que, parfois, elles ont su arrêter certains abus. Ça ne veut pas dire que cette réaction est suffisante puisqu’elle n’était déjà, en tout cas à mon sens, pas suffisante. Donc accélération et intensification des offres, des réponses institutionnelles et des chiens de garde, en fait, des watchdog associatifs.

Valérie KokoszKa : Karolien.

Karolien Haese : Je pense très sincèrement qu’on peut s’accorder effectivement sur cette accélération, mais c’est peut-être à la question de la surveillance même du citoyen à laquelle il faut penser, qui est, en fait, une question qui est récurrente depuis des millénaires. Si on lit par exemple L’Art de la guerre de Sun Tzu, on voit déjà combien les dirigeants ont toujours eu ce besoin à un moment donné et certainement en temps de crise de contrôler les populations pour, quelque part, répondre à ce besoin de dire « nous pouvons mieux prévenir ».
Je pense que la technologie est effectivement un outil, mais qu’on ne doit pas se tromper de débat. À partir du moment où on a effectivement un outil surpuissant, l’important c’est aussi de se poser la question de savoir quel est l’objectif que l’on veut atteindre avec cet outil, que ce soit dans la surveillance sanitaire, que ce soit dans la surveillance financière, que ce soit dans la surveillance terroriste. On voit effectivement que l’outil digital devient omniprésent dans cette surveillance, souvent porté d’ailleurs par de la bonne foi, par des bonnes intentions, par un oubli de dire que ce meilleur contrôle sur la population, sur les mouvements, sur la traçabilité financière, la traçabilité sanitaire, va permettre effectivement d’enrichir, de contrôler, de maintenir ou d’améliorer un intérêt public.
Entre, je dirais, la focalisation qu’on peut avoir aujourd’hui sur un outil qui va se développer de plus en plus vite, qui va devenir de plus en plus puissant, qui va aller jusqu’à la singularité à un moment donné, qui va réfléchir par lui-même, et l’objectif que l’on peut chercher à atteindre en qualité d’État, en qualité d’État souverain, il faut bien faire la part des choses et ne pas oublier que ces objectifs, dans un État démocratique en tout cas, sont en principe fixés par les citoyens.
J’ai un peu l’impression que dans tous ces débats qu’on a entendus au niveau de la crise sanitaire, on a oublié ce débat essentiel à l’objectif. Est-ce que l’objectif du tracing est réellement d’améliorer la prise en charge ?, et on a vu qu’à Singapour, malheureusement, les échecs étaient là, ou est-ce que c’est créer une banque de données pour de la recherche a posteriori qui est aussi un objectif louable, ou est-ce que c’est encore aller plus loin en se disant « finalement, une surveillance sanitaire dans un monde où les systèmes de sécurité sociale ne parviennent pas à offrir un accès à la santé pour chacun des citoyens, est-ce que ce n’est pas encore un outil qu’on peut développer plus loin ? »
Je pense qu’il est vraiment important que l’on puisse s’arrêter en dehors, je dirais, de mesures excessivement urgentes qui peuvent justifier, à un moment donné, une mise entre parenthèses de ce débat démocratique en raison de l’urgence, en raison de la sécurité. En tout cas, maintenant que le calme revient, je pense qu’il est vraiment essentiel que l’on ait un débat démocratique sur ce que veut la population, sur les objectifs que l’on cherche à atteindre en réalité avec ce nouvel outil.

Valérie KokoszKa : Antoinette.

Antoinette Rouvroy : Merci beaucoup de nous recevoir dans ce lieu sans lieu mais pas sans adresse.
Ce qui me frappe, effectivement, ce sont des réflexions qui sont assez générales, c’est cette idée du privé, du private, de la private life. En fait, je n’ai jamais ressenti autant qu’aujourd’hui le fait que to be private is to be deprived. Il y a quelque chose aussi, quand on est reclus chez soi, on est très heureux de se voir même à travers un écran, c’est toujours ça, mais il y a quelque chose quand même de la privation. Ça montre bien à quel point ces enjeux de protection même des données personnelles ne sont pas tellement des enjeux personnels, en fait ce sont des enjeux collectifs, ce sont des enjeux qui sont essentiellement politiques, essentiellement collectifs, essentiellement structurels.
Ce qui m’a frappée c’est la réaction des gens face à cette perspective non pas de surveillance de masse, parce qu’il s’agissait essentiellement dans cette sorte — j’ai appelé ça de façon un peu maladroite des gadgets, ce ne sont pas vraiment des gadgets — de covid tracing, de traçage des promiscuités entre les personnes, un traçage au départ de collecte de données ou plutôt de signaux émis par des appareils Bluetooth. Il y a eu une sorte de levée de boucliers par rapport à cela qui m’est apparue assez particulière dans la mesure où par ailleurs, tous les jours nous émettons des tonnes – pas des tonnes, ça ne pèse rien – mais beaucoup de données beaucoup plus personnelles, beaucoup plus personnelles que ces phéromones numériques que nous lâchons quand nous nous déplaçons avec un appareil muni d’un Bluetooth, sur des plateformes qui, elles, en ont évidemment largement profité puisque tout le monde n’est pas vraiment frappé par la crise de la même manière. Les plateformes numériques, elles, les plus gros acteurs de l’Internet, ont largement profité de cette situation de confinement pour recueillir des quantités absolument gigantesques de données, pas spécialement d’ailleurs pour nous surveiller directement, peut-être aussi pour développer de l’intelligence artificielle, pour apprendre à leurs intelligences artificielles à mieux apprendre à nous connaître, etc. Il y a là toute une fenêtre d’opportunités qui s’est ouverte et qu’elles ont largement saisie.
Ce qui me frappe c’est un petit peu ce décalage que je remarque et qui atteste, finalement, d’une sorte de défiance très grande des citoyens envers les autorités publiques, y compris les autorités sanitaires et par ailleurs une confiance très grande, un tout petit peu par défaut, dans des entreprises privées souvent de droit non-européen, auxquelles ils sont prêts à donner des tas de données.
Je ne dis pas pour autant que les applications de covid scoring sont sans problèmes, loin de là. Loin de là ! Elles sont d’autant plus problématiques qu’elles fonctionnement très mal et aussi, surtout, il me semble que ce traçage numérique des contacts à travers la collecte de signaux Bluetooth – d’ailleurs qu’elle soit plus ou moins conforme aux grands principes de protection des données, c’est possible, en fait, de rendre ces applications plus ou moins conformes aux grands principes de protection des données, que ces données soient conservées de manière plus ou moins centralisée ou décentralisée, que le téléchargement de l’application soit rendu obligatoire ou non, ce sont toutes des questions qui ont été beaucoup débattues –, mais je pense qu‘il y a une autre question que je dirais quasiment antérieure à celle-là et qui n’est jamais posée en fait, c’est que ces dispositifs instaurent surtout une toute nouvelle manière de cartographier le phénomène épidémique à l’échelle du signal numérique mobile, déterritorialisé. Il ne s’agit plus, en fait, de rapporter ce signal à aucun quadrillage de l’espace physique comme pouvait en parler Michel Foucault à l’époque des épidémies de peste par exemple. Il y a une sorte de déterritorialisation très grande de ce qu’on appelle encore, peut-être à tort, la surveillance parce que ça ne passe plus par l’épistème visuel ; on remplace le visuel par le pur calcul et le calcul de proximité entre des data points, des points de données, dans un espace tout à fait neutralisé c’est-à-dire un espace purement géométrique, un espace purement métrique.
Cette sorte de surveillance prend une nouvelle figure qu’on peine un petit peu à décrire et c’est pour ça que nos réticences sont souvent assez mal exprimées ou maladroites par rapport à ce phénomène. En vérité, ces analyses de signaux déterritorialisés se détachent finalement complètement de l’idée qu’on pouvait avoir de la surveillance. Il ne s’agit plus ici de se fonder sur la détection de l’espace, ni la détection de groupes sociaux particuliers, ni même la détection d’individus qui auraient un comportement particulier. Il s’agit de quelque chose qui est beaucoup plus abstrait, beaucoup plus statistique et qui, en fait, est finalement dans une sorte de déni de la matérialité des situations. C’est une abstraction par rapport au monde physique, un déni de l’organicité, un déni de la socialité, et finalement ça permet, ça nous met au seuil d’une gouvernance véritablement hors-sol avec un risque d’autisme extrêmement grand de la part de cette gouvernementalité.
C’est finalement ça qui m’inquiète le plus. Ce qui m’inquiète véritablement le plus, c’est ce que j’ai appelé par ailleurs, comme Frédéric Neyrat d’ailleurs, un symptôme de notre époque qu’on peut appeler la signose, cette tendance à confondre la carte avec le territoire et, du coup, à dénier la réalité matérielle. Ce n’est pas tout à fait nouveau. À chaque tournant, que ce soit le tournant linguistique, le tournant culturel, le tournant interprétatif, etc., on a toujours dit finalement qu’il y a un grand oubli de la matérialité. La seule chose qui ne compte plus c’est la matérialité et c’est bien ça, me semble-t-il, le risque majeur, cet oubli de la matérialité est aussi, forcément, une sorte de dépolitisation assez radicale. Cette idée que le monde parlerait par lui-même à travers des signaux numériques, ce qui n’est juste pas possible parce que ça ne parle pas.

Valérie KokoszKa : Oui, tout à fait, ça s’interprète. Laurence.

Laurence Devillers : Les points qui m’ont fait réagir. D’abord j’ai eu le covid, mes proches aussi, j’ai vu des gens mourir autour de moi, je ne vais vous faire un schéma que vous ne connaissez pas, mais c’était quand même important de sentir une solidarité que moi j’ai ressentie autour de moi, dans la ville où j’habite, aussi à travers les réseaux sociaux.
Qu’est-ce que j’ai pu voir d’autre ? J’ai pu voir aussi qu’on se fiait, comme le disait très bien Antoinette, beaucoup plus, en fait, aux géants du numérique, aux GAFAMI – Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft et IBM – qui développaient à tire-larigot tout un tas d’outils et qui ont sûrement capturé énormément de données.
Il est important de se rendre compte de cela, c’est pourquoi j’ai écrit ce petit essai sur la souveraineté numérique que j’aurais sans doute dû appeler « gouvernance du numérique », qui était d’alerter sur le fait qu’en temps de pandémie on a tendance à aller au plus pressé pour garantir ou essayer, en tout cas, de garantir le soin pour tous. Du coup on oublie qu’en fait on ne va peut-être pas assez sécuriser l’espace dans lequel on est. Nos données médicales sont importantes, il n’est pas normal que le Data Hub Santé soit sur un serveur Microsoft. Les outils qu’on utilise à l’école sont aussi des outils développés par Microsoft, par Google. L’application StopCovid n’a pas totalement été ouverte à un protocole français puisqu’on n’a pas accès aux couches basses pour gérer le Bluetooth qui reste allumé.
Tout ça m’inquiète. On a vu, pendant le StopCovid, qu’on était dépendants des Chinois pour les médicaments, les masques, etc., mais on est dépendants des géants américains pour notre numérique.
Le numérique, vous l’avez bien dit, est invisible. En fait, les tractations dont vous parliez tout à l’heure en disant que cette invisibilité est un risque, etc., il faut quand même remettre un petit peu les choses au cœur de la cité. On a, par exemple, des cartes bancaires qui permettent de savoir où on est, ce qu’on consomme, de façon très affûtée déjà. On a des téléphones – qui n’en a pas un dans sa poche ? – qui permettent de géolocaliser les gens. Je crois qu’il faut, dans ces discours, qu’on soit extrêmement précis, qu’on soit plus au fait des technologies qui sont utilisées pour éviter de parler, par exemple, de singularité.
Je travaille donc en intelligence artificielle, sur les réseaux neuronaux profonds, sur des sujets qui sont extrêmement touchy, qui sont délicats. Je me rends bien compte que les applications derrière ne sont pas toutes souhaitables, avec des réseaux de neurones pour faire de l’apprentissage machine, sur les émotions qui sont particulièrement variables, dépendant des cultures, vraiment de l’humain. Donc je suis tout à fait consciente de ça et on va beaucoup trop loin dans beaucoup de domaines. Mais ne jetons pas tout en même temps, parce qu’on peut aussi être utiles pour la santé, pour soigner sur le long terme, pour éviter des prises de médicaments, pour aider le collectif à mieux partager. On a vu que la télémédecine avait fait un bon incroyable pendant la pandémie et tant mieux parce qu’il y a des gens qui ne peuvent pas se déplacer. Le risque de contamination nous a bien montré l’efficience de ce genre d’outils alors ne le faisons n’importe comment.
J’aurais tendance à éviter les points de vue extrêmes qui me font réaliser de plus en plus qu’il manque, en fait, une éducation plus forte sur l’histoire des sciences, sur la technologie, comment elle est développée et ce qu’il serait souhaitable de faire.
Si on ne prend pas le temps de considérer cela en Europe notamment puisqu’on a déjà la GDPR [General Data Protection Regulation] qui montre à quel point on pense à l’univers privé et je reviendrai un point sur ce privé.

J'aimerais finir sur ce que j’ai dit tout à l’heure sur la singularité. Pour moi il n’y a pas de point de singularité. Les machines sont faites par les humains. On sait qu’elles vont avoir des comportements derrière qui ne seront peut-être pas ceux qu’on a mis, mais qui sont liés aux systèmes qu’on développe. C’est une complexité importante. Dire que la complexité va nous échapper, non ! La créativité d’une machine c’est de proposer des solutions que l’humain n’a peut-être pas envisagées lui-même et c’est l’humain qui dit « ça c’est intéressant, ça c’est nouveau ». C’est ce que vous disiez Antoinette, c’est du très bas niveau, donc l’interprétation qu’on fait des signaux n’est donnée qu’à l’humain. Cette coopération qu’on devrait avoir avec les machines est urgente parce que dans le monde entier il y a des tas de gens qui ne se préoccupent pas de centrer l’utilisation des outils numériques pour l’humain, avec l’humain, en intelligence cognitive. Cette prise de conscience est urgente.
Je ne dirais pas que ce sont des gadgets. Je dirais que pour tracer, moi ayant été contaminée – c’est vrai qu’il n’y avait pas ces outils-là ; ça arrive en fin de pandémie pour nous parce qu’on n’est pas du tout en fin de pandémie pour le monde entier, on a vu qu’on est loin d’une fin, ne lâchons jamais en fait cette idée, ça sera peut-être utile – qu’il était important de développer un outil qui soit européen, malheureusement il ne l‘a pas été, pourquoi ? Parce que les Allemands, finalement, sont partis sur l’application Google-Apple qu’ils ont développée ensuite parce qu’ils ont sans doute des accords internes, d’entreprises, avec les GAFA, qui les empêchaient de prendre cette décision. Les Anglais ont mené une étude en grandeur, on parle de bac à sable sur l’Île de Watts, pour voir si cet outil de traçage était effectivement utile ou pas. Ils ont montré qu’on perdait le contrôle sur le Bluetooth et qu’effectivement c’était compliqué.
Il n’empêche qu’il est urgent qu’on prenne les choses en main, et la fin de mon essai c’était de dire qu’on ne va pas juste dire non à tout. Il faut appréhender les choses, les comprendre et essayer de mieux les réguler.
L’idée du privé, de la privacy dont vous avez parlé, c’est aussi quelque chose qu’il faut mieux expliquer. Si on regarde un peu quelles sont nos données privées, il n’y en a pas tant que ça. Il n’y en pas tant que ça ! Il y avait ce paradoxe absurde, je suis bien d’accord, privacy paradox, qui est que tout le monde met ses données partout, ses images partout, sur Facebook, sur les réseaux et qu’en même temps on crie au loup alors que le StopCovid est une application de traçage, avec un protocole qui est fait par l’Europe, avec nos grands groupes qui proposent des serveurs, en étant sous contrôle du ministère de la Santé et non pas d’un État de gouvernances qui voulaient priver de liberté les gens, c’était avant tout pour aider. J’ai trouvé que là on était bien peu responsables quand on était vraiment excessivement contre. Il est important de regarder ça. Et il n’y a pas tant que ça de données privées parce que même les données génomiques dépendent de vos parents, de vos grands parents ; les données que vous mettez sur Internet il y a souvent un cousin, quelqu’un d’autre, c’est rarement vous tout seul.
En fait qu’est-ce que c’est que la donnée privée, qu’est-ce qu’on veut sauvegarder ? Qu’est-ce que c’est que la liberté essentielle si ce n’est, pour moi, le respect des autres et de l’économie pour les plus faibles ? Qui sont ceux qui ont pâti le plus de cette crise ? Ce sont les gens les plus démunis, les gens qui ne pouvaient peut-être pas se déplacer pour aller voir un médecin.
Il y a aussi à comprendre que nous sommes dans une espèce de microcosme assez privilégié lorsqu’on est professeur ou, etc., et que, dans la société, il y a ce clivage numérique qui, pour moi, est important. Qu’on soit plus inclusifs et qu’on fasse comprendre ce que ça peut apporter de bien, et interdire ou au moins vérifier ce qui est inquiétant.
Je terminerais par ceci, il y aura un comité d’éthique international qui fait suite au G7 et au Global Forum on AI for Humanity dans lequel on a travaillé, ça fait trois ans que je suis très impliquée et engagée sur ces sujets. Il y aura un comité international GPAI, Global Partnership on Artificial Intelligence, avec 15 pays différents, évidemment il y a l’Europe, la France, il y a la Corée, le Japon, des pays d’Amérique, d’Amérique du Sud. Je vais faire partie de cette aventure et j’espère que, d’un point de vue international, on aura cette lucidité non pas de jeter le numérique tel qu’il est parce qu’il y a des choses qui débordent, mais il y a des choses qui sont bien et qui sont bien pour la justice aussi, donc comment contrôler, comment montrer les grands sujets, comment être plus efficaces pour le bien de l’humanité. C’est mon propos.

Gouverner ou… être gouverné par les outils numériques ?

Durée : 23 min 17
Visualiser la vidéo

Laurence Devillers : C’est effectivement ça l’idée de transparence, de traçabilité, qu’on veut ajouter dans les comités d’éthique. Je fais partie du comité d’éthique lié au CCNE [Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé] numérique, avec une partie numérique, on a travaillé sur la télémédecine, l’infox, sur le tracing StopCovid, en étant neutres, en ne disant pas on est pour ou contre mais qu’est-ce que ça fait et où sont les risques éthiques. Il est important de penser à cela. Je suis complètement d’accord avec vous, tout le monde devrait pouvoir savoir où vont les données qui sont capturées par un Google Home ou un Alexa Amazon. Le StopCovid ça va sur un serveur qui est chez Thalès. Donc on a aussi des informations qui ne sont pas forcément des informations qu’on demande, que les gens vont demander. Donc il est important, encore une fois, d’éduquer sur quel est le protocole utilisé, où vont mes données, à qui ça sert, qu’est-ce qui est derrière. Moi je lutte sur la manipulation de ces objets par les grands groupes qui sont derrière. Ce n’est pas magique, il n’y a pas de singularité pour moi.

Valérie KokoszKa : Absolument. Ce ne sont pas que des questions éthiques, ce sont d’abord des questions politiques.

Laurence Devillers : Oui, totalement d’accord. Et c’est à ce niveau-là qu’il faut être, de plus de finesse pour comprendre.

Irénée Regnault : J’avais juste une question peut-être à l’attention de Laurence et je laisse Antoinette juste après et Karolien.
J’ai une difficulté à n’envisager la démocratie que comme un choix a posteriori, sur des objets qui sont déjà implantés dans la réalité du quotidien.
La première question d’ordre démocratique, de mon point de vue, ce n’est pas celle des données, c’est déjà celle de la matérialité des objets. On peut penser juste à la question climatique par exemple si on sort de la question de la surveillance, ce sont des objets physiques qui consomment de l’électricité, de l’énergie, etc. Il me semble que dans la régulation éthique a posteriori par des organismes très intéressants comme le CCNE mais qui n’ont qu’un pouvoir de consultation, qui pèsent peu, en fait, face aux logiques de marché qui sont derrière, je me demande dans quelle mesure cette régulation est réellement efficace, d’une part.

Laurence Devillers : La CNIL [Commission nationale de l'informatique et des libertés].

Irénée Regnault : Oui, on a la CNIL, effectivement.

Laurence Devillers : Ce n’est pas nous qui sommes là pour faire de la régulation.

Irénée Regnault : Oui, mais la question est qui est ce « nous ». Vous avez dit à plusieurs reprises il faut éduquer, « on », ceci, cela. Déjà l’approche descendante par l’éducation.

Laurence Devillers : C’est nous, citoyens.

Irénée Regnault : Oui, mais « nous citoyens » n’existe pas.

Laurence Devillers : Si Je suis désolée. Vous avez été voter !

Irénée Regnault : Oui. On peut revenir sur ce que c’est que la démocratie. Est-ce que StopCovid est une application qui a été faite démocratiquement ? Oui, dans la mesure où elle a été faite par un gouvernement qui a été élu, lui, démocratiquement. C’est sûr. On est tout à fait d’accord là-dessus. Est-ce que la démocratie représentative par un scrutin à deux tours en France est la seule forme de démocratie qu’on puisse envisager sur des questions techniques ? Non ! On peut en imaginer plein d’autres.

Laurence Devillers : Si on gère tous les problèmes en même temps.

Irénée Regnault : Je me demande juste, on ne peut pas vouloir la démocratie sur des objets technologiques, parler de data et terminer sur nous, experts d’éthique au CCNE experts et professeurs dans des universités, on a décidé pour vous de ce qui était bon et on va vous éduquer, ce sont vos mots, à ce que c’est. Ce n’est pas la réalité. Vous voyez aujourd’hui que l’application StopCovid, en elle-même, est un débat. Elle est un débat qui a été résolu dans une forme de démocratie. Elle est inefficace qui plus est. Certains pays l’abandonnent et certaines associations ont dit : « On vous l’avait dit ! » Aujourd’hui on le voit, les applications vont n’importe où, elles sont captées dans des conditions qui n’ont même pas été vues par la CNIL. Je pense qu’il faut aussi remettre le débat en perspective et peut-être ne pas voir juste la question des données personnelles et la question des experts éthiciens qui arrivent a posteriori.
Qui est le « on » ? Qui décide ? D’où vient l’argent ? Où est-ce qu’il va ? Si je prends encore un exemple, l’argent qui a été distribué à la French Tech en janvier, 4,2 milliards, 1,2 milliard en juin, à des entreprises, en amont, à qui on a donné de l’argent. Ces entreprises ont bénéficié de contrats auprès du gouvernement pour fabriquer des applications qu’il a achetées en aval. Ça c’est un problème démocratique et vous l’avez dit, en l’occurrence, pourquoi la DINUM [Direction interministérielle du numérique] n’a pas été mandatée pour fabriquer StopCovid ? Il y a tout un tas de strates auxquelles ont peut poser la question démocratique sans forcément penser à institutions constantes ou à la démocratie, c’est l’actuel français et l’Europe et, etc.
Je rejoins Valérie, où est-ce qu’on discute des finalités de cette technologie, de cette surveillance ? Aujourd’hui je ne vois pas beaucoup d’espaces, vraiment.

Laurence Devillers : Si je me peux me permettre de répondre puisqu’il voulait que je réponde.
Ce sont des sujets importants et le CCNE est un tout petit groupe qui n’a aucun pouvoir, qui est sous le Premier ministre. On nous a donné trois tâches à faire, on essaie de les faire. On vient, par exemple, de lancer une étude collaborative sur les tensions éthiques qu’on voit dans les chatbots – il y a un questionnaire que je vous enverrai avec grand plaisir pour que vous puissiez répondre à cela. Il faut faire de plus en plus de choses comme ça, mais tel n’est pas non plus mon pouvoir, actuellement mon pouvoir est tout petit. Mais, quand même, si on est contre tout, on n’avance jamais. Je suis désolée.

Irénée Regnault : Ce n’est pas du tout ça.

Karolien Haese : Ce n’est pas du tout ça.

Laurence Devillers : Il est quand même urgent de dire qu’il y a des fab labs.

Irénée Regnault : Il ne faut pas voir les choses de façon totalement binaire.

Laurence Devillers : D’accord. Moi je ne suis absolument sur une position ferme, je doute tout le temps, je m’adapte et j’essaie de trouver qu’elle est la meilleure chose à faire.
J’ai l’impression qu’à l’heure actuelle cette énergie contre en disant « non, on ne veut pas et tout ça », pour moi c’est une énergie qui aurait peut-être été plus intéressante pour voir comment on allait lier les acteurs sur l’axe de santé, les brigades de santé qui elles, ont peut-être manipulé des données et peut-être pas, le secret médical n’était peut-être pas très bien conservé, on n’en sait rien.
Regardez un petit peu comment ça, ça s’harmonise et quelles étaient les vraies questions, plutôt que des levées sur la politique. Moi je ne vais pas faire de politique, je ne veux pas répondre à ces questions-là. J’espère qu’on peut lever le voile sur beaucoup de choses et plus on sera nombreux, non pas à dire « non, on ne veut pas », mais à dire « on veut et on veut voir dessous ». On a, par exemple pour les GAFA, demandé de parler de ce qu'il faisait de Facebook et là on voit bien que l’Arcep [Autorité de régulation des communications électroniques et des postes] n’a pas réussi à lever le tapis. On n’a pas eu les tenants et les aboutissants et, de toute façon, ce qu’ils font c’est effectivement demander aux gens a posteriori ce qui est mauvais ou pas et, à ce moment-là, on enlève. Le vrai problème, à propos par exemple de la viralité sur la toile, n’est pas pris en compte.
C’est sur ces objectifs-là, fondamentaux, qu’il serait intéressant d’aller. Après, je n’ai pas dit qu’on allait pouvoir révolutionner le monde entier. Il y a une puissance économique dingue, mais je pense que si on a peut-être gagné à la fin de cet enfermement, en tout cas, parce que ce n’est pas la fin de la crise, c’est au contraire le début de la crise économique, on a peut-être vu, et à travers ces dernières élections, qu’il y a des choses essentielles qui reviennent devant. L’écologie, effectivement, est importante. Je pense qu’avec des outils numériques on peut aussi mieux dépenser l’énergie de ces outils, je ne suis absolument pas pour faire des gadgets partout si ce n’est pas utile. On a vu, par exemple, que la distanciation était un point important. Peut-être qu’à cette époque-là, quand on était tous confinés, on aurait pu avoir des robots qui allaient à la pharmacie nous chercher des médicaments.
Il faut raison garder, c’est-à-dire que je suis plutôt pour plus de démocratie. Le « nous », le « on », c’est « nous citoyens ». Partout, à chaque fois que je parle c’est comment on embarque les gens. Il y a des associations partout, il y a des fab labs. Dans les écoles on avait La Main à la pâte pour les primaires, certaines écoles avaient la chance d’avoir ça, pourquoi on n’a pas le même genre de choses pour débusquer, savoir finalement comment on croit une information, qu’est-ce que c’est que l’information, comment on fait pour croiser différentes sources, comment on voit que ça se répète, toutes ces choses-là. Savoir faire un pas en arrière, regarder les choses et ne pas répondre sur le système 1 sur lequel je travaille. Kahneman, prix Nobel en économie en 2002, montre qu’on réagit beaucoup par intuition à partir d’un système 1 qui fait de la perception rapide de l’environnement sans remettre en question les choses. On est beaucoup comme ça dans la société, on répond très vite à tout et, du coup, finalement, on n’a pas ce temps de réel combat entre « est-ce que c’est bien, pas bien, comment on va faire, à qui ça sert, etc. », qui est essentiel.

Valérie KokoszKa : Antoinette.

Antoinette Rouvroy : Je voulais régir à ça, mais vraiment sur un plan…, un peu sur des questions vraiment normatives, en fait, plutôt des conflits de normativité je dirais.
Je me rends compte, en fait comme beaucoup d’entre nous, que pullulent les rapports sur ethical IA, l’intelligence artificielle éthique. On entend parler d’éthique partout alors qu’en fait les droits humains, eux — on a parlé un tout petit peu de droits fondamentaux — on n’arrive même pas à les faire respecter concrètement dans un tas de situations. On a parlé beaucoup de confinement aussi, mais les confinés ont de la chance par rapport à beaucoup d’autres personnes qui elles, n’ont pas de confinement, sont en situation de migration, etc., et par rapport auxquelles l’Europe n’a pas été parfaitement respectueuse de ses propres engagements en matière non pas d’éthique, c’est-à-dire de normes un petit floues, un petit peu molles, mais en matière de respect de droits qui sont pourtant dus en vertu d’engagements internationaux absolument contraignants.
Quand j’entends éthique c’est vrai qu’en même temps je trouve ça très beau l’éthique, je trouve ça magnifique dans la dimension de doute que ça implique, etc., mais en même temps je suis assez sceptique quant à la possibilité d’obtenir effectivement par l’éthique et non pas par le droit que les finalités, surtout une fois qu’elles ont été discutées démocratiquement, deviennent véritablement contraignantes. C’est quelque chose qui me semble un petit peu soumis à caution.
En particulier aussi, on a effectivement aujourd’hui et ça se lit beaucoup dans les documents de la Commission européenne, notamment en matière d’agenda relatif à l’intelligence artificielle, etc., le mot d’ordre qui est adopt IA et faire en sorte que toutes les instances privées, publiques, etc., fassent cette transition et adoptent IA comme si c’était la solution à tout. Finalement, on se rend compte que le respect des droits et libertés fondamentaux, des grands principes éthiques, etc., apparaît non pas comme des finalités en elles-mêmes mais bien plutôt comme des arguments quasiment marketing disant « voyez, nous on a une intelligence artificielle éthique », donc c’est un avantage compétitif par rapport peut-être aux États-Unis, par rapport peut-être à l’Asie, d’un côté, mais aussi pour rassurer le consommateur. On parle beaucoup de consommateur, on ne parle plus du tout de citoyen dans ce cas-là.
Effectivement ça, ça me pose énormément de questions. Est-ce que, vraiment, le droit, et l’éthique éventuellement, ne sont que des infrastructures visant à favoriser l’innovation ? On nous le dit bien « il ne faut pas que l’éthique freine l'innovation, il ne faut pas que le droit freine l’innovation ». On inverse un petit peu, on se retrouve exactement dans ce qu’Alain Supiot a très bien décrit dans La gouvernance par les nombres ou dans la Convention de Philadelphie, c’est-à-dire que vraiment une sorte de droit, de normativité juridique et éthique a fortiori devient, en quelque sorte, le label même de l’innovation et s’impose à titre véritablement de logique absolue, donc on ne questionne pas les finalités par définition, puisque c’est une logique absolue. Ça, ça me pose pas mal de questions.
Par rapport aussi à ce que, Valérie, vous disiez relativement à l’intime, etc., et aussi à ce qui a été dit précédemment par Laurence, cette importance, en fait, non pas d’opposer intelligence humaine à intelligence artificielle comme si c’était des choses qui étaient même comparables, alors qu’en fait ce sont des choses complètement différentes, elles ne se situent pas du tout dans le même épistème, elles ne fonctionnent pas du tout de la même façon sinon on n’aurait pas besoin d’intelligence artificielle si elles faisaient la même chose.
Ce que je voulais dire par rapport à ça, c’est que la tendance aujourd’hui est de mal utiliser l’intelligence artificielle, c’est-à-dire de l’utiliser pour automatiser notre propre bêtise, c’est-à-dire pour faire automatiquement ce que nous faisons déjà mal nous-même. Au lieu d’utiliser l’intelligence artificielle pour ses vertus de curiosité automatique, c’est-à-dire pour sa capacité de fabuler des choses qui n’ont pas été entrevues par nous, c’est-à-dire utiliser cette capacité qu’ont les algorithmes, par exemple, à détecter des régularités du monde qui nous échappent, à nous, parce qu’elles ne sont détectables que sur des très grands nombres. Et ça c’est quelque chose de magnifique, c’est quelque chose qui a d’immenses applications dans plein de domaines et ça peut vraiment augmenter notre intelligence humaine. Donc autant cette question par exemple du droit des robots ou de l’intelligence artificielle qui soi-disant va nous dépasser, pour moi c’est vraiment de la science-fiction et c’est pure fabulation. C’est une méconnaissance.

Valérie KokoszKa : Je suis d’accord aussi.

Antoinette Rouvroy : La question finalement, et j’en terminerais peut-être là, on parle beaucoup aujourd’hui et on se dit aussi, par exemple, qu’il faut interpeller les gens pour qu’ils participent au design des algorithmes, etc., donc démocratiser la fabrication même de ces algorithmes.

Laurence Devillers : Il y a les fab labs, il y a beaucoup de choses.

Antoinette Rouvroy : Une très bonne chose en soi, bien entendu. On parle aussi de rendre les algorithmes fats pas gros, ça veut dire simplement accountable and transparent en anglais ; c’est finalement se dire qu'on va rendre ces algorithmes parfaits, qu’ils vont rendre justice à notre place.

Laurence Devillers : Non, non.

Antoinette Rouvroy : Si je peux terminer. J’ai l’impression d’être dans un débat télévisé, c’est marrant. En fait, c’est très ambivalent. Évidemment c’est une très bonne chose. Il faut que chacun maîtrise ; pour ne pas être complètement prolétarisés, nous devons maîtriser nos outils. Ça c’est certain, nous devons savoir.
En fait, comme Laurence le dit très bien, à condition qu’on connaisse les outils, eh bien on les démystifie forcément, on ne peut plus croire ces fadaises de singularité, etc., si on connaît les outils. On voit bien que c’est plus con qu’un chat, quoi ! Ça c’est certain, mais aussi, et de façon plus fondamentale dans le domaine qui me concerne plus directement qui est le domaine de la justice, on parle beaucoup aujourd’hui d’automatisation de la justice, de robotisation de la justice, d’algorithmisation de la justice, ça fait partie d’un gros projet qui concerne l’autonomisation des structures de la justice grâce à l’intelligence artificielle, par exemple. Le problème, évidemment, c’est sur quoi doit porter le débat, sur quoi doit porter la compatibilité. Est-ce que ce qui est important pour un justiciable c’est de savoir si l’algorithme qui a servi finalement, par exemple, à le garder en rétention alors qu’il aurait peut-être pu bénéficier d’une libération conditionnelle si l’algorithme n’avait pas détecté qu'il avait un score de risque supérieur à la moyenne de récidiver, est-ce que c’est ça qui est important ?, savoir si effectivement l’algorithme était fair, accountable and transparent ?, ou est-ce que ce qui compte pour cet individu-là c’est que sa situation singulière soit évaluée à l’aune de sa situation singulière et non pas à l’aune d’une modélisation statistique produite automatiquement par les algorithmes sur base de données émanant de la population carcérale dont il ne fait pas partie ? C’est quelque chose d’absolument fondamental.
Si vous voulez le risque de ce mouvement des fats algorithmes, c’est vraiment cette sorte de réductionnisme, c’est-à-dire qu’on va demander à une boîte noire algorithmique de posséder les qualités ou les vertus qui devraient, en fait, appartenir à l’ensemble du système socio-technique et non pas seulement à ce sous-système algorithmique. Ce qui compte ce n’est pas que des machines soient justes, à la limite, même, on s’en fout ! Je voudrais dire qu’un juge qui prend une décision qui ne soit pas trop absurde sur la base du fait qu’il était de mauvaise humeur parce qu’il s’est fait engueuler par sa femme le matin, il n’est pas très transparent non plus sur les raisons qui ont justifié sa décision. On ne va pas ouvrir la tête du juge pour voir s’il était bien fat à l’intérieur, s’il a mangé trop gras. Simplement, ce qui compte, c’est la justification dans un langage humain, compréhensible par les humains, de la décision concrète qui a été prise à l’égard du justiciable. Il ne s’agit pas de maintenir l’humain dans la boucle. Non ! C’est l’humain qui décide et qui assume la totalité de sa décision. Il peut, pour ce faire, se fonder soit sur une consultation de voyante soit sur un algorithme plus ou moins transparent soit sur l’avis de sa femme comme l’inspecteur Colombo, « ma femme me disait ce matin », peu importe comment il se justifie, mais c’est lui qui prend la décision.

Laurence Devillers : C’est lui qui est responsable. Entendu.

Antoinette Rouvroy : Il est responsable et il peut justifier dans un langage humain et contestable.

Valérie KokoszKa : Karolien

Karolien Haese : Ça nous ramène au fondamental de ce débat qui était les libertés humaines, les droits fondamentaux des humains, qui sont quand même à la base du principe de responsabilisation citoyenne à l’égard de sa propre individualité, à l’égard, quelque part, de ce que l’on peut attendre d’un système. On entend, encore une fois, une dérive vers les questionnements de la gouvernance algorithmique dont, quelque part, personne n’a envie d’entendre parler. On revient également à ce questionnement de dire, et là je rejoins complètement Laurence, qu’il ne faut pas prendre tout ou rien dans l’intelligence artificielle, si on peut appeler ça intelligence artificielle ou si on peut appeler ça, effectivement, des décisions algorithmiques.
L’outil est là. L’outil est puissant. Est-ce qu’on arrivera, ou pas, un jour à maîtriser parfaitement cet outil, ça c’est une autre question et je pense que seul l’avenir nous le dira. En attendant, on a quand même des questions qui sont des questions fondamentalement humaines. On a des questions qui sont liées à l’homme dans ses droits, libertés fondamentales et jusqu’où peut-on, à la limite, le dissocier de choix démocratiques. On le voit systématiquement : parce qu’il y a à un moment donné une crise et qu’on se dit que c’est le moment de promouvoir l’outil. C’est arrivé, effectivement, au tout début de la bulle Internet, on a promu l’outil pour pouvoir avoir une meilleure traçabilité financière. C’est arrivé encore une fois au moment des attaques terroristes en France où on sait que, par exemple, la loi a été très loin, heureusement cassée par le Conseil d’État, en disant « c’est finalement le moment de promouvoir cet outil parce que, vous allez voir, c’est pour votre sécurité ». Dans la Convention européenne des droits de l’homme et dans la Charte de 1966 de l’ONU lorsque l’on parle de sécurité publique, on peut, à la limite, mettre effectivement de côté les libertés fondamentales et les droits fondamentaux et utiliser un outil qui les réduit ; c'est posé comme question à la surveillance individuelle. Je vous le donne en mille, ça s’imposera également dans le cadre de la surveillance environnementale.
Il faut conserver cet outil, il faut le garder, il faut l’exploiter au mieux, mais on doit revenir sur le principe fondamental qui était au départ un choix démocratique basé sur les constitutions et la démocratie ayant un devoir et des droits citoyens.

[Problème de son]

Je reviens. Il ne faut absolument pas confondre, je pense, à un moment donné, l’outil qui est utile à l’intérêt public, soyons clairs, avec ce que l’on cherche à défendre ici, c’est-à-dire une implication citoyenne.

[Problème de son]

Je disais que c’est vraiment important finalement qu’on dissocie bien l’outil de l’engagement citoyen qui lui est inscrit dans les constitutions, qui lui est inscrit dans les droits fondamentaux. J’aimais beaucoup la réflexion d’Antoinette. On en arrive à croire que le droit doit venir au service de l’intelligence artificielle, on en arrive à croire que l’éthique doit arriver au service de l’intelligence artificielle, et que jusque les droits fondamentaux deviennent finalement des leviers pour pouvoir justifier une installation progressive de l’intelligence artificielle, si on peut l’appeler comme ça. On peut s’interroger de la légitimité de l’anxiété qui est créée aujourd’hui au sein de la population, on peut se demander pourquoi elle a si peur de ce big data alors que nous sommes tous d’accord autour de la table pour dire que ce big data a une potentialité de plus-value très importante pour l’intérêt public, pour la santé publique, pour le contrôle sécuritaire, pour le traçage financier, pourquoi est-ce que l’homme, aujourd’hui, en a tellement peur ? Sans doute parce qu’effectivement il ne se retrouve plus dans l’appel du droit qui a été son pilier, la possibilité d’aller chercher, à un moment donné, les droits fondamentaux, les droits civils, le droit pénal, qui sont devenus son pilier, on a l’impression qu’il est effacé et qu’il est mis au service d’un outil qui lui échappe. Qui lui échappe parce qu’on a un certain analphabétisme, effectivement, lié à l’algorithme. Qui lui échappe parce qu’on a l’impression que l’intelligence artificielle, les données, l’encodage, la collecte, le traitement, la structuration, la pseudonymisation et tous les vocabulaires compliqués lui échappent ou, plutôt, sont entre les mains d’une espèce d’élite intellectuelle et finalement le citoyen y trouve un très grand confort mais, en même temps, une très grande peur. Et, en même temps, on n’a pas un cadre et je parle bien d’un cadre, qui finalement nous dit « n’oubliez jamais que la surveillance – et je dis bien que la surveillance n’est pas péjorative, n’est pas négative – va jusqu’à un certain point et c’est la loi qui met ce certain point, qui met les limites ».
Quand la Stasi, dans le régime de la RDA, comptait 80 000 à 100 000 agents, 200 000 informateurs, soit 2,5 % de la population qui surveillait les 97,5 autres, l’absence de la démocratie ne découlait pas de la surveillance, l’absence de la démocratie découlait d’un cadre qui, finalement, a fait échapper l’outil aux citoyens. C’est ça qui est important pour moi.

Innovations, libertés fondamentales et contre-pouvoirs ?

Durée : 15 min 30
Visualiser la vidéo

Valérie KokoszKa : Là, pour moi, il y a quand même deux choses.
La toute première c’est qu’une des raisons, je pense, de la peur du citoyen c’est que très souvent l’intelligence artificielle, avec toutes les réserves qu’on peut avoir, puisque personnellement je pense que qu’il y a plus d’artifices que d’intelligence, notamment justement dans cette puissance de calcul, c’est qu’elle très fréquemment employée pour remplacer ce qui se fait déjà par des gens. Donc elle ne permet absolument pas de cumuler des intelligences et d’ouvrir, d’avoir une créativité. Mais cette créativité-là, de nouveau, pour quoi faire ? Au profit de qui ? Du bien personnel ? Du bien commun ? Et ça, ça doit pouvoir s’analyser.
Sur le plan, cette fois, de l’éthique, des libertés et du droit, il me semble qu’on peut aussi observer de nouveau une autre inversion. Il me semble que cette crise l’a bien mise en évidence, c'est celle de la proportionnalité des objectifs. On a l’impression que pendant tout un temps on pouvait limiter les libertés, de manière proportionnée, pour atteindre un objectif précis. Or aujourd’hui on a le sentiment que c’est l’inverse, que d’emblée ce sont les libertés qui sont proportionnées à des objectifs inconnus, c’est-à-dire qui n’ont pas été discutés de manière démocratique. On ne sait pas ce qui va se décider. Et toute la difficulté, me semble-t-il, est là. C’est-à-dire qu’on doit pouvoir avoir une créativité de ces outils. Il n’y a pas de raison qu’on se prive d’une créativité, de possibilités, mais il faut en avoir les conditions, il faut en avoir, quelque part, une certaine maîtrise. Ça doit rester, finalement, des outils au bénéfice du bien individuel et/ou collectif, avec un « prix », entre guillemets, que nous serions éventuellement d’accord de payer. Il me semble que ça, ça doit vraiment faire la base, le point de départ d’une position citoyenne avec effectivement une éducation qui ne permet pas de comprendre et d’accepter ce qui est proposé, mais éventuellement de le souhaiter et de le vouloir.
Je ne vois pas pourquoi très souvent le discours c’est celui-là, c’est celui de l’acceptabilité sociale des outils.
On est vraiment très peu ambitieux finalement, parce que accepter un outil, mon Dieu quelle tristesse ? Il me semble que les seuls qu’on peut vouloir, comme citoyen, comme humain, ce sont ceux qui sont désirables pour nous. Me semble-t-il !
Je voulais juste ajouter quelque chose, un élément parce que de nouveau je crois qu’il est important, et pour moi ce n’est pas seulement une question éthique, c’est une question de liberté. Une liberté fondamentale ce n’est pas quelque chose qu’on défend, ce n’est pas quelque chose qu’on protège, c’est quelque chose qu’on exerce et on l’exerce dans un lieu, dans une matière, avec ce que l’on est.

Je pense que là c’est important aussi de pouvoir réfléchir à nouveau à ce que ces dispositifs font à l’exercice concret, matériel, de nos libertés, non pas sur le fond du droit ou de l’éthique.

Laurence Devillers : C’est tout à fait intéressant parce que le temps est vraiment pour moi. C’est-à-dire qu'actuellement la mise en œuvre de l’IA est faite à une allure incroyable ; les productions de publication c’est la même chose. On a accéléré, on est tous sur le temps court. Moi je mets ça sur une origine qui n’est sûrement pas la seule, en tout cas cette information en continu qu’on a maintenant. Les premières radios ou télés à faire du continu c’était il n’y a pas si longtemps et, depuis, ça s’est complètement déchaîné sur toute la toile. On vous demande maintenant une attention directe et une réaction directe, c’est ça le système 1 et à-dessus il y a une manipulation des foules qui est fondamentale.
Pour revenir à l’idée du droit par rapport à ça, c’est qu’il faut un temps plus long pour arriver à mettre en œuvre les lois qu’il faudrait. Il faut un temps plus long pour que la politique et la gouvernance soient capables de prendre en charge les choses. À l’heure actuelle on court après la déferlante qui arrive, pas forcément que de l’Europe, qui arrive avant tout de l’Asie et des États-Unis. On subit totalement. Je suis tout à fait d’accord.
Comment fait-on pour inverser les choses ? Je pense qu’il faut arrêter d’être trop sceptique, il faut faire. Il faut faire en prenant en compte, exactement ce que vous avez dit tout à l’heure qui m’impacte, qui m’intéresse, cette co-adaptation avec les machines.
Je parlais quelquefois de coévolution parce que j’avais vu ce mot, mais évidemment que la machine n’évolue, elle s’adapte, à la limite ce n’est même pas sûr que ce terme soit suffisamment non-anthropomorphique pour être utile, mais en fait on n’a pas beaucoup de termes pour expliquer le comportement de ces machines créatives.
Effectivement, en fonction de ce qu’on va faire, de ce qu’on va dire, la machine va s’adapter. Mais nous sommes totalement comme cela tout le temps, avec tout.

Il y a par exemple un truc très parlant pour ça, à l’Ircam [Institut de recherche anti-contrefaçon de médicaments], qui était fait par des chercheurs : vous êtes en train de parler, vous êtes enregistré, on vous restitue la voix dans votre casque, vous entendez, et j’élève le pitch, j’élève le fondamental, je le mets plus haut, apparemment les voix plus hautes vont paraître plus positives. Eh bien sur une statistique suffisante, on montre que quand vous entendez votre voix plus haute, vous êtes plus heureux. Vous imaginez à quel point notre cerveau nous manipule et nos émotions sont prégnantes partout. Donc les biais cognitifs et cette boucle que nous utilisons sans arrêt entre humains, pour nous comprendre, pour cocréer, pour engendrer des idées, des concepts et tout ça, n’existe pas dans les machines ; le haut niveau n’existe pas, c’est de la sémantique ontologique qu’on a mise et qui n’est pas créative. Ce qu’elle sait créer c’est du bas niveau, c’est effectivement l’appropriation de micros pixels qui sont ensemble, on va débusquer les problèmes sur les cancers.
Si on a cette connaissance des capacités réelles des machines, on peut les utiliser au mieux pour nous, pour éviter de tomber dans la dépendance de cette co-évolution.
Moi j’en parle sur l’affectif, en plus, qui va très loin si on n’est pas suffisamment à même justement de se dégager.
Quand vous parlez de désirabilité, je ne sens pas chez les gens cette désirabilité de mieux comprendre ou d’expérimenter, de jouer avec tout le temps. Ils sont pressés d’avoir un objet désirable et pas tellement la fonction, et en ça les GAFA sont très forts, beaucoup plus forts que nous. Qu’est-ce qu’il faut renforcer ? Pour moi il faut renforcer des objets qui seraient plus inventifs, plus créatifs, on en verrait l’utilité. La télémédecine, je suis désolée, pendant le covid, on en a vu l’utilité. On a vu effectivement qu’un médecin va avoir moins peur de voir ses patients qui étaient peut-être atteints du covid et, de la même façon, les patients se rendent dans un lieu où effectivement il y a le virus. On s’est rendu compte que la distanciation était importante. On s’est rendu compte aussi qu’on avait besoin d’interaction sociale avec les autres, on avait besoin d’humanité, on a été dans un grand manque de ça.
Donc comment savoir, comment faire que les choses soient complémentaires et, en tout cas, ne pas avoir peur des machines, c’est à mon avis très important. On peut inverser ça, dès lors qu’on aura des outils qui seront faciles à montrer et qui ne sont pas bluffants comme ce que font les marketings des GAFA, des gens qui veulent vous vendre tout et n’importe quoi. On va les acheter juste parce que c’est beau et que ça fait fashion ou je ne sais quoi.
Du coup, il est important de comprendre qu’il faudrait qu’en Europe on ait cette puissance possible. Ça veut peut-être dire, si je prends juste le gouvernement ou même ce qu’on fait, qu’il faudrait sûrement renforcer la recherche qui est quand même très basse par rapport à ce qu’on fait en Asie. On avait moins de 2 % en France sur la recherche qui contient aussi tout ce qui est crédit d’impôt recherche. Quand on regarde statistiquement ce qu’est le crédit d’impôt recherche, ça va beaucoup aux banques, aux industriels, pas forcément pour faire de la recherche fondamentale sur la créativité des machines, pour qu’on soit effectivement plus en capacité pour comprendre ce qu’elles font.
Éthique, si vous n’aimez pas ce mot qui est ultra utilisé partout effectivement pour faire du marketing, moi je m’en fiche, je ne l’utilise plus. Ce n’est pas ça l’idée. C’est de faire que les systèmes soient plus transparents, plus explicables et tout n’est pas facile à expliquer et demande encore de la recherche et, en même temps, qu’on ait ce soin de faire que dans l’interaction, par exemple avec des agents conversationnels que je traite comme il se doit, c’est-à-dire avec beaucoup de précautions en ce moment, eh bien, par exemple, qu’on puisse faire que la machine s’exprime comme une machine et qu’elle informe de ce qu’elle est capable de faire, ce qui n’est pas le cas. Il n’y a aucune juridiction, il n’y a aucune vérification de rien dans les objets que sont par exemple Google Home ou Alexa Amazon qui sont à la maison. Quand je dis à la machine « j’ai peur » ou « je suis triste », la machine est capable de me dire « vous êtes triste, mon dieu, je vais vous donner un truc et tout ». Et si vous vous amusez un peu, si on apprend à tout le monde à jouer avec ces systèmes qui sont bêtes, au fond, parce qu’ils ne sont que des systèmes entraînés, ils ne vont faire que des simulations, à un moment donné on peut très bien rentrer dans l‘incongruité. C’est-à-dire qu’à force de poser la même question, finalement la machine vous répète la même chose parce qu’elle ne sait plus. On est arrivé aux limites de son univers des possibles. On est encore devant des machines qui sont très simples au niveau sémantique pour pouvoir les traquer et les mettre en erreur facilement. C’est important de savoir déjouer, en fait, ces choses invisibles comme vous avez dit.
C’est vrai que lorsqu’on demande de faire un test perceptif avec un ensemble de gens devant un système conversationnel, donc qui dialogue avec la personne en langage naturel, vous mettez le même système sur votre téléphone ou alors sur un Google Home ou alors sur un robot humanoïde, prenons ça, tout le monde pense qu’il est plus intelligent lorsqu’il est sur le robot humanoïde.
Donc on a des biais dans notre perception qui sont assez importants et, pour moi, ces objets peuvent nous permettre d’avoir une meilleure créativité parce qu’ils calculent beaucoup plus vite que nous, ils ont une mémoire d’éléphant par rapport à nous, mais ils ne sont en rien humains. Ils n’auront pas de capacité de ressentir, etc., même si à l’heure actuelle j’ai des collègues – puisque je travaille sur l’affective computing donc l’intelligence affective – qui travaillent sur une espèce d’homéostasie, de simulation de l’homéostasie c’est-à-dire de la douleur et du plaisir dans un robot qui serait capable, avec des capteurs sensoriels, de comprendre quand vous le caressez ou quand vous le frappez et d’interpréter cela en termes d’intentions pour revenir à un équilibre. Mais tout ça ce n’est que de la simulation. Si demain on est devant des robots qui nous ressemblent totalement, qui simulent des choses comme ça et qui nous disent « vous êtes formidable », risque d’éloignement des humains, risque d’attachement inconsidéré surtout pour des personnes vulnérables, des enfants, dans l’éducation. Donc c’est dramatique. C’est ce sujet-là que j’essaie de porter le plus loin sur l’Europe et dans les discours avec des comités sans penser qu’on va tout résoudre. Je ne sais pas si la démocratie participative est capable d’anticiper ça, parce qu’on n’est pas au courant et on ne peut pas tout demander à la démocratie participative.

Irénée Regnault : C’est très intéressant, sincèrement, mais j’ai un petit point qui me gêne encore, c’est que vous parlez comme si le futur était déjà écrit en fait. Un assistant vocal n’est pas un outil de créativité.

Laurence Devillers : Non. Jamais je ne dirais ça.

Irénée Regnault : J’en conviens, mais c’est l’impression que ça m’a donné.
Est-ce que le droit et l’éthique vont être dédiés ces 30 prochaines années à construire les limites disons possibles et acceptables des milliards d’objets qui seraient déployés pour remplacer ou modifier le travail des travailleurs, pour faire en sorte que vous n’ayez plus quelqu’un au téléphone, je n’en fais pas un absolu, un robot qui commandera la pizza à vote place, pour aller, finalement, s’insinuer absolument dans toutes les strates de la société, du commerce, de toutes les relations que vous allez avoir jusqu’à l’Ehpad où finalement vous aurez peut-être un robot. Je ne leur jette pas la pierre, je n’ai rien contre les robots, mais j’ai quand même un gros doute sur cette régulation, encore une fois toujours a posteriori. Quand est-ce qu’on se donne aussi, à mon avis vraiment pour lier cette question à la question environnementale, l’opportunité de dire stop ?

Laurence Devillers : Bien sûr.

Irénée Regnault : Je prends un seul exemple. Pour moi il manque aujourd’hui cruellement de démocratie, de contre-pouvoir, au global, dans ces développements techniques. Aujourd’hui les seuls qui sont capables d’arrêter, de freiner la surveillance et on l’a vu, il a fallu la mort d’une personne, de Floyd aux États-Unis, pour que Amazon, Microsoft, cessent, pour le moment, de vendre de la reconnaissance faciale à la police. Pendant ce temps-là, l’Europe est en train de tergiverser sur les conditions éthiques qui vont rendre ce truc possible, qui vont en déployer partout. En fait, on n’a même pas de réflexion sur : est-ce que ces outils en soi, et c’est la question qui était posée précédemment, sont démocratiques ? Il y a bien des outils qui sont démocratiques – j’y vais un peu à gros traits – et des outils qui ne le sont pas. Un outil qui vous flique en permanence dans la rue, qui vous donne la sensation d’être fliqué, qui vous bride ! À Londres des études ont été faites avec des étudiants et ceux-là ont déclaré que s’ils se savaient surveillés par reconnaissance faciale pendant une manifestation, ils seraient 28 % à ne pas y aller.
Et les biais j’ai envie de dire est-ce que c’est la question ? Ça fait dix ans que systématiquement, dès qu’il y a des données, elles fuitent. C’est quasiment une loi d’airain dans le numérique de toute façon : quand il y a des données quelque part elles finissent par fuiter quelque part d’autre malgré toutes les régulations et tous les chercheurs en cybersécurité vous l’expliquent, il n’y a jamais rien de totalement sécurisé.
Donc quand est-ce qu’on se donne aussi l’opportunité, pour des raisons de préservation des libertés et pour des raisons de consommation énergétique, de dire stop, on n’en veut pas, en fait. On ne veut pas de ces milliards d’objets.
La question des données est importante parce que c’est elle aujourd’hui qui sert aux associations à saisir le droit, je pense à La Quadrature du Net qui peut faire interdire certains systèmes grâce au RGPD2 [Règlement général sur la protection des données], mais ce n’est pas la seule question. Le RGPD nous coince dans une vision très individualiste des données, finalement, c’est toujours les données, l’individu qui se retrouve toujours seul face à la structure, qui ne peut rien faire. Or ces problèmes ne sont pas des problèmes personnels, individuels, ce sont des problèmes collectifs.

Confiance ou défiance des citoyens dans le numérique ?

Durée : 14 min 02
Visualiser la vidéo

Antoinette Rouvroy : Je voulais revenir sur cette question, ce postulat suivant lequel le public est méfiant. Moi je le trouve au contraire d’une confiance absolument naïve envers tous ces dispositifs. Il y a littéralement un amour pour ce qu’on appelle encore de la surveillance, que moi je n’appellerais peut-être plus comme ça, puisque personne ne veille dans cette surveillance et personne ne regarde plus personne. Je m’explique : cet amour, cette sorte d’autorité un peu incompréhensible qu’ont pris ces dispositifs, justement par une sorte d’aura de neutralité axiologique.

Laurence Devillers : Non, c’est faux ça !

Antoinette Rouvroy : C’est bien parce que ces dispositifs nous dispensent d’avoir à faire de la politique, nous dispensent de nous rencontrer dans l’espace public pour délibérer à propos de la chose publique qui est, comme le disait très bien Alain Desrosières, irréductible à la seule juxtaposition des petits intérêts de chacun, c’est bien parce qu’au contraire ces dispositifs nous individualisent et promettent à chacun de le gaver par avance de tas de choses par rapport auxquelles il n’a même pas eu l’occasion de forger son désir, c’est bien parce qu’on est dans cette sorte d’économie de la pulsion et que ça flatte précisément l’individualisme méthodologique des uns et l’individualisme consommateur des autres, que tout cela ne suscite véritablement pas du tout la méfiance, mais au contraire une très grande confiance.
Ce que à quoi nous avons à faire c’est à une promesse de désintermédiation radicale et de dispense des institutions. L’idée serait finalement, je pousse le bouchon un peu plus loin, de pouvoir se passer complètement de toutes les institutions. Qu’est-ce que c’est qu’une institution ? Jacques Rancière disait qu’une institution c’est d’abord ce qui fait la distinction entre ce qui relève du bruit et ce qui relève du signal. Dans la démocratie athénienne ancienne, le bavardage de femmes, comme moi par exemple, relèverait du pur bruit, le papotage, ça ne compte pas comme signal, c’est du bruit, tandis que ce que Irénée dirait, par exemple, notable comme il est, relève véritablement du signal.

Laurence Devillers : C’est important.

Antoinette Rouvroy : Les dispositifs numériques mettent tout ça à plat et c’est aussi pour ça qu’il y a une sorte d’aura justement de très grande démocratie, mais une démocratie totalement désintermédiée.
Donc cette idée d'un accès au monde en très haute définition, une définition qui nous dispense ou qui nous émancipe du joug de la représentation, et dieu sait comme c’est important aujourd’hui, cette idée que la représentation par le langage humain est toujours biaisée. On parle des problèmes des racisés, le langage lui-même est beaucoup trop colonial, etc. À cela, qu’apporte comme réponse cette sorte d’immanence numérique, c’est précisément de dire « vous n’avez plus rien à représenter puisque le monde parle par lui-même à travers des phéromones numériques que vous émettez ou que les machines produisent à votre propos ou à propos des relations que vous avez avec vos objets ou que les objets ont entre eux quand ils chuchotent à votre propos ». Cette désintermédiation est absolument, pour beaucoup, bienvenue, elle n’est pas source de méfiance, elle est bienvenue.

Irénée Regnault : On n‘a jamais vu de manifestation contre le big data. On a vu des manifestations contre la 5G, contre la reconnaissance faciale. Tout à l’heure on parlait de méfiance envers le big data, moi je ne vois pas méfiance envers le big data si ce n’est chez certains experts ou associations techno-critiques durs mais pas dans la société. On l’a dit au début, tous les gens sont sur Facebook et contents de l’être.

Laurence Devillers : Pas par paresse, parce que c’est pratique.

Antoinette Rouvroy : Et qui sont tout de suite caricaturés comme ayatollahs de la vie privée alors que l’enjeu n’est pas du tout la vie privée comme on l’a déjà dit.
Il y a aussi un autre élément que je trouve assez intéressant : dès qu’on se rend compte qu’il y a un problème de sous-financement d’un service public, que ce soit la justice, l’éducation ou la santé, qu’est-ce qu’on propose ? On propose la transition numérique. Vous voyez ! Finalement c’est une sorte de feuille de vigne qu’on met pour montrer qu’on fait bien quelque chose mais sans assumer la charge de véritablement gouverner qui serait la charge de faire des choix d’investissement conséquents dans tous les domaines, le domaine de la justice par exemple qui est vraiment sous-doté, par contre qu’est-ce qu’on pousse pour l’algorithmisation de la justice qui doit soi-disant résorber l’arriéré judiciaire ! Mais ça transforme les métiers, évidemment, d’une façon absolument substantielle, un jugement algorithmique ne relève plus du tout de la justice.

Laurence Devillers : Oui. Ça vous l’avez dit, bien sûr.

Karolien Haese : Je peux peut-être intervenir deux petites secondes. Je pense, encore une fois, que l’algorithmisation de la justice ou de l’enseignement ou de la médecine ou de l’environnement, du contrôle sur l’environnement, ce sont effectivement des outils qu’aujourd’hui on doit pouvoir pousser en avant. On doit pouvoir les pousser en avant sans l’anxiété d’un shift de souveraineté vers la machine. Tout le problème est là aujourd’hui. L’anxiété de la population, qui n’est pas nécessairement exprimée effectivement dans les grandes manifestations anti-big data, provient du fait qu’en réalité on ne sait pas où on va. À partir du moment où on ne sait pas où on va, on peut, et je rejoins Laurence, vendre pratiquement n’importe quoi, vendre des promesses, vendre l’efficience algorithmique qui est, en fait, une efficience qui va durer le temps de constater qu’en réalité ça ne fonctionne pas comme on voudrait que ça fonctionne.
De nouveau on a ici des outils qui sont des outils qu’il faut pousser en avant, mais avant de pousser ces outils en avant, il faut non seulement démystifier, mais comprendre d’où vient cette anxiété populaire lorsqu’elle est exprimée assez curieusement pour un tracing covid et lorsqu’elle n’est pas exprimée parce qu’on est en train de parler de Facebook. C’est tout à fait différent de donner ses données à Facebook et de faire une photo avec son chien en se disant c’est effectivement une entreprise privée qui va garder ma photo, que de dire, et je vais reprendre l’exemple de Frank Robben qui était bien connu en Belgique sur les banques centrales, de concentrer et de centraliser toutes les données entre les mains d’un organisme d’État qui va en même temps effectivement collecter, structurer, anonymiser, user et finalement appliquer. Donc il y a une gradation réelle entre ce que l’on considère déjà aujourd’hui comme étant normal de donner, même à la limite confortable, et entre ce besoin, on le voit effectivement pour des raisons financières, pour des raisons d’efficience, pour des promesses, de concentrer, de centraliser toutes les données entre les mains finalement d’un État dont on ne sait pas où il va aller.
Donc cette méfiance est en train de s’accroître et je ne suis pas sûre qu’à la prochaine crise, qui sera probablement effectivement une intervention écologique avec une traçabilité écologique, on ne va pas avoir, à un moment donné, avoir un stop en disant cette fois-ci ça suffit. Bientôt on aura effectivement des caméras qui vont nous dire « vous avez roulé à 111 km/h donc vous avez une empreinte carbone qui a augmenté de tant, donc une amende de tant ». Je ne dis pas que c’est demain mais c’est quelque chose qui serait techniquement possible.

Irénée Regnault : S’il y en a bien qu’on n’embête pas, ce sont les automobilistes !

Laurence Devillers : Ce n’est pas vrai ! Non ! On a parlé du 110 km/h, tout le monde a dit ça.
Je vais revenir sur un truc sur la représentation des femmes si vous voulez bien. Pour rebondir sur ce que disait Antoinette j’ai une petite phrase que je dis partout : 80 % des codeurs et des gens qui sont impliqués dans le numérique sont des hommes, d’ailleurs 80 % c’est peut-être en dessous de la réalité, et 80 % des objets dits intelligents capables de nous parler, etc., ont des noms féminins, des voix féminines, voire des apparences féminines. Donc qu’est-ce qu’on est en train de faire à travers ça ? La représentation de la femme c’est un assistant virtuel un peu frustre qu’on peut éteindre quand on veut. Cette prise en compte, back row comme vous disiez, me gêne beaucoup ; c’est un des problèmes. Un autre c’est la solidarité par exemple dans l’assurance. Pour chaque personne si on sait absolument quel est le risque précis et si on surveille tous ses faits et gestes, peut-être qu’il n’y aura plus cette solidarité possible. Or il faut maintenir cette solidarité dans la société, les fondements même de notre intelligence c’est d’être en groupe.
Pour moi, c’est toute la tension qui existe entre des outils qui, finalement, ne sont pas tellement que pour l’individu — si ça leur permet quand même, peut-être, de mieux se comprendre de temps en temps ce n’est pas mal —, mais c’est surtout comment on fait pour gérer collectivement les outils numériques. C’est à ce niveau-là qu’on devrait les gérer pour en tirer le maximum de profit et pas en remplacement d’un humain x fois. Mais, en même temps, c’est quand même assez anxiogène d’imaginer que nous allons être de plus en plus dans ces deux mondes, à la fois physique et non-physique.
Là il y a besoin d’éduquer, encore une fois je reviens sur ces sujets. La réalité virtuelle, le fait de passer d’un monde à l’autre, ce n’est pas si évident. Je pense que ça va arriver, indéniablement. Est-ce qu’on peut une fois pour toutes dire arrêtons d’être sceptiques, arrêtons d’avoir peur. Si on anticipait en essayant de mieux comprendre au mieux ce qui va se passer et puis, pour moi, il faut vraiment renforcer les expérimentations, c’est-à-dire comment on peut inclure les gens. À chaque fois que j’ai parlé devant des auditoires assez larges où il n’y avait pas beaucoup de gens qui connaissaient vraiment, finalement il suffisait qu’il y ait dans la salle une infirmière ayant travaillé dans un univers avec des personnes âgées pour dire d’un seul coup : « Vous avez raison. À un certain moment je n’arrive plus à être en phase avec quelqu’un parce que c’est trop lent. Il réagit de façon tellement différente que peut-être une machine, là, pourrait réagir de façon à relancer l’interaction sociale ». Vous levez les sourcils. Je m’explique.

Par exemple le robot Paro qu’on prend dans les bras, je l’ai vu pris dans leurs bras par des personnes Alzheimer très avancées, qui ne réagissaient plus du tout à l’interaction sociale. Ce truc qui se présentait finalement comme un animal qui se tortille, qui répond à vos caresses, ramenait un sourire sur les visages, physiquement, c’est-à-dire que le toucher physique de cette chose, qui bougeait avec vous, ramenait cet aspect vivant et les gens autour venaient parler à la personne. On parle beaucoup d’isolement des autres, de perte d’interaction sociale, en ayant fait des tests dans des Ehpad je me suis rendu compte plusieurs fois qu’on pouvait médier par ces machines la sociabilité entre plusieurs personnes qui se sont éloignées. Allez voir dans les Ehpad, il y a un travail qu’on pourrait mener non pas parce que les gens ne sont pas bien, mais en complément de ce qui existe ; avec ces outils, peut-être qu’on aurait justement un lien qui n’est pas les isoler totalement. C’est en ça que c’est compliqué, c’est en cette compréhension de ce que ça peut apporter à la fois en créativité dans des domaines. On n’a pas tout l’univers. Si je pense au juridique par exemple, je crois que c’est dans l’affaire Grégory qu’ils ont remonté les pistes différemment en trouvant finalement peut-être une possibilité de culpabilité qu’ils n’avaient pas vue alors que tous les documents étaient là.
Quand on compare l’intelligence humaine à ce qu’on sait faire avec une machine qui joue par exemple au jeu de go et qui bat les humains, on ne compare pas humain/machine. On compare 100 ingénieurs extrêmement brillants avec une capacité d’énergie fulgurante, ce qui n’a rien à voir avec cette comparaison et, encore une fois, ce n’est pas du tout la même intelligence qui est mise en jeu. J’évite aussi de comparer. Je pense que dans la comparaison on fait des erreurs. L’anthropomorphisation des objets nous amène encore plus à croire cela.
Dans le langage il y a ce pouvoir, en fait, de manipulation réelle. Mon sujet est de faire parler les machines ou de faire qu’elles comprennent. L’intelligence affective dont j’ai parlé tout à l’heure ce sont trois choses technologiquement, ce n’est pas du tout comprendre parce que la machine ne comprend rien. C’est décrypter dans le langage parlé à travers la musique de la voix et les mots un état émotionnel, je ne vais pas dire les émotions de la personne parce qu’elles sont cachées, mais ce qu’elle a exprimé. Et, de l’autre côté, c’est synthétiser et dire « je vous aime, vous êtes formidable ou je ne sais pas quoi ». Au milieu il n’y a pas énormément d’informations utilisées, ce sont des stratégies, c’est encodé c’est encore soit à partir de big data soit avec des règles d’expert. En tout cas ce n’est en rien intelligent, en rien ! Et c’est ça qu’il faut arriver à décrypter, c’est bien montrer qu’on se fait manipuler par ces objets.

Je travaille sur le nudge qui n’est même pas une manipulation visible, c’est un peu une suggestion ; on vous met devant le nez quelque chose pour que vous le preniez. Le nudge c’est facile : si vous prenez une chambre d’hôtel avec Internet, il y a une petite ligne rouge en dessous qui va vous dire « 25 autres personnes sont en train de regarder cette chambre » et là vous dites « je la prends tout de suite parce que je ne l’aurai pas ». C’est travailler sur ces biais.

Valérie KokoszKa : C’est absolument de l’influence.

Laurence Devillers : C’est de l’influence ! On ne se rend pas compte à quel point. De la même façon, ce que j’ai dit tout à l’heure qui n’est juste que renforcer les stéréotypes vis-à-vis des femmes dans certains cas, c’est-à-dire qu’elles sont plus douces, plus proches pour soigner, plus ci, plus ça, les stéréotypes vont être énormément renforcés par tous ces outils et ça, c’est très invisible !
Mes peurs qui sont en connaissance de cause de ces objets et de la manipulation qu’il y a derrière sont réelles aussi. Il ne faut pas ne pas avoir peur. Il faut avoir peur pour des choses qu’on a étudiées, non pas peur pour des choses qui n’existent pas et qui sont de la science-fiction.

Conclusion(s) - Les innovations numériques, au service du bien individuel et collectif ?

Durée : 21 min 05
Visualiser la vidéo

Antoinette Rouvroy : Ce sont des non-conclusions parce que ce genre de débat est interminable, mais il faut bien terminer quand même, c’est ce que le juge fait quand il tranche sur fond d’incertitude ; ce n’est pas fini, mais il doit finir quand même.
Je dirais que le gros risque c’est de se complaire dans une sorte d’état science-fiction. En fait de se satisfaire, finalement, d’un mode de fonctionnement qui serait dicté par un impératif d’optimisation d’absolument tout. Chacun optimise, ce n’est plus la lutte des classes, c’est la lutte des places, et chacun finalement est en concurrence avec tous les autres à l’échelle du phéromone numérique, c’est-à-dire du signal absolument insignifiant mais qui va être recomposé, compilé, comparé avec les signaux émis par les autres et c’est comme ça qu’on est dans une sorte d’économie de la réputation où tout le monde est noté, c’est l’ubérisation, « je vais avoir combien d’étoiles ? Et toi tu as combien d’étoiles ?, etc. », et c’est ça, beaucoup plus que la standardisation des comportements.
Le risque, au contraire, c’est finalement d’être gouverné hors les normes parce qu’il n’y a plus de normes ; on n’est jamais assez normal ! On n’est jamais assez souriant quand on est chauffeur d’Uber, etc. On est gouverné hors des normes mais on se dilue dans les flux, parce c’est impossible d’exister en tant que sujet dans ce genre de contexte. D’ailleurs le sujet est complètement évacué, c’est pour ça que s’arc-bouter sur la question de protection des données personnelles, etc., je pense que c’est très utile la protection des données personnelles mais pas pour ici, pas pour ce contexte de données massives, etc.. La donnée personnelle n’existe pas, la donnée n’est jamais que relationnelle. Ce qui donne une utilité potentielle à une donnée personnelle c’est la possibilité qu’elle a d’être mise en corrélation avec d’autres données qui n’ont absolument rien de personnel par rapport au sujet. Ça c’est une chose.
L’aspect très collectif me semble absolument important.
Par ailleurs, je ne résiste pas à la tentation, un peu perverse je dois dire, de répondre à Laurence Devillers une phrase qui n’est pas de moi, que je n’assume pas personnellement, c’est vraiment la lâcheté absolue, c’est Giuseppe Longo, mathématicien. Dans un colloque au Collège de France organisé par Alain Supiot à la fin de sa carrière, j’étais dans un panel avec Giuseppe Longo et il a dit : « Un monde dans lequel les petits-enfants et les petits chiens ne font plus caca est un monde de merde ! ». J’ai trouvé ça assez terrible ! Certes, je n’irais pas jusque-là, c’est une blague évidemment, mais ça rejoint mon souci pour, finalement, cette obsession immunitaire du tout calculable. L’enjeu ce n’est plus de gouverner, en fait, le sol que nous avons sous nos pieds, ce n’est plus de gouverner les personnes, ni même à la limite leurs comportements, mais d’immuniser ce qu’on peut bien appeler le capitalisme et les flux capitalistiques contre tout ce qui logiquement devrait les interrompre urgemment étant donné les urgences du moment c’est-à-dire la vie, la vie même, dont la caractéristique essentielle est précisément l’altération imprévisible. Les sujets, les sujets individuels et collectifs sont ici complètement contournés par des dispositifs de profilage, etc., qui ne s’intéressent finalement qu’à des fragments infra-personnels d’existence quotidienne qui sont traités à l’échelle industrielle, qui sont reliés statistiquement à des modélisations qui sont établies à l’échelle industrielle, des modélisations qui sont, au départ, assez impersonnelles mais prédictives. Ce qui est court-circuité c’est vraiment le sujet individuel mais surtout collectif et politique et enfin, le monde lui-même.
Croire qu’on peut substituer au fait d’interroger le monde dans sa matérialité, qu’on peut substituer à l’enquête, à des preuves, à l’examen dont Michel Foucault a tellement bien parlé, qu’on peut substituer à ça simplement les data sciences, c’est comme si les data sciences allaient pouvoir nous dire quoi que ce soit alors qu’en fait ce qu’elles produisent essentiellement – je caricature un peu parce qu’on a peu de temps – ce sont, si vous voulez, des fenêtres d’opportunités, ce sont des risques et des opportunités. Ça donne finalement une prise à l’advenir. C’est-à-dire que ça permet à certaines entreprises, par exemple, de coloniser quelque chose qui précédemment était totalement hors d’atteinte qui est la potentialité pure, c’est-à-dire notre avenir.
L’enjeu est véritablement politique. C’est ce qu’il faut interrompre. Nous, en tant qu’êtres humains qui avons des corps qui sont situés, nous ne pouvons nous relier les uns aux autres, donc nous confronter à de la politique c’est-à-dire à ce qui n’a pas été prévu pour nous et qui engage bien plus que nous, qui engage ce qui n’a pas laissé de traces numériques parce que c’est l’avenir — les enfants de nos enfants n’ont pas laissé de traces numériques et ne sont pas représentables aujourd’hui — pour donner voix à ce qui n’a pas de voix aujourd’hui, nous sommes bien obligés d’interrompre tout ça de temps en temps. Il faut de l’espace, il faut du temps et il faut de la persona c’est-à-dire de la personne juridique. Je pense que la personne juridique, le sujet de droit, n’est absolument pas soluble dans le numérique.

Valérie KokoszKa : Oui, absolument. Irénée.

Irénée Regnault : Ça va être dur de passer après cela. Merci Antoinette. Quoi dire ? J’ai quand même l’impression, hormis cette dernière intervention, qu'on rétrécit un peu l’éléphant dans la pièce.
La plupart des technologies qui sont déployées, les technologies de surveillance le sont, en France en tout cas, plutôt par des entreprises, des entreprises qui pratiquent un lobbying intense sur nos élus. Je pense qu’on aura beaucoup de mal à interroger la démocratisation des choix techniques, scientifiques, si on n’interroge pas la provenance des capitaux et les idéologies sous-jacentes, les systèmes économiques sous-jacents.
Peut-on faire une technologie humaine, centrée sur l’humain, je ne sais pas ce que ça veut dire mais ça veut sans doute dire quelque chose, dans un système capitaliste qui cherche la performance, qui fait de l’innovation pour de l’innovation, ça c’est une question.
Il y a un exemple que je trouve rigolo, on l’a décrit dans notre bouquin qui va sortir, on parle, à un moment donné, de l’automatisation des caisses par exemple dans les hypermarchés ; vous allez me dire que ce n’est pas un algorithme, c’est une machine, finalement c’est quand même un petit peu comme un algorithme. On met des caisses automatiques dans les hypermarchés pour faciliter le travail des caissières, c’est ce qu’on dit, en fait c’est tout l’inverse, ça détruit complètement le collectif de travail et le travail du caissier ou de la caissière, tout en réduisant éventuellement une partie des emplois. Donc ça transforme, ça réduit, ça nuit à l’emploi et ça automatise, ça a conforté un système d’hypermarché qui, et on le sait bien, n’est pas souhaitable, les hypermarchés en périphérie des villes qui, eux-mêmes, vont conditionner tout un étalement urbain qui est derrière. Regardez où est-ce qu’il n’y a pas de caisses automatiques, c’est souvent dans les coopératives. Juste pour avoir ce rapport à la technologie, ce rapport dans l‘entreprise, en tout cas dans l’entité productive, ce n’est pas toujours une entreprise, ça peut être autre chose.
Comment, Laurence Devillers par exemple, puisque vous le suggérez, on peut aller au contact de gens pour faire des bonnes machines avec eux ? Eh bien ça pose la question des objectifs qu’on poursuit, des objectifs socio-économiques qu’on poursuit dans la vie. Et dans la vie il y a la sphère productive qui est aujourd’hui à part de la vie, elle n’y est pas comme avait dit Polanyi3, elle est encastrée dans la société. Cette question-là est quand même sous-jacente.
Aujourd’hui, si on a une intelligence artificielle complètement pourrie, qui suit des objectifs complètement hors-sol et qui fait strictement n’importe quoi, qui accélère, je n’ai pas d’autres mots pour le dire, on est en train d’accélérer, ce qu'il ne faudrait pas faire, mais c’est bien parce que qu’on ne se pose pas ces questions. Si on veut revenir à la question démocratique, posons-nous aussi la question du cadre socio-économique dans lequel nous vivons, du rôle des entreprises dans une société, je crois qu’on est aussi beaucoup à s’en rendre compte, il y a eu la loi PACTE [Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises], des choses qui bougent un petit peu, ça va quand même très lentement. Si on n’interroge pas ça, concrètement on va passer à côté du problème, on va continuer avec les mêmes formes juridiques, avec les mêmes objectifs, avec la même éthique, avec à la fin des objets seront déjà là et qui auront pollué et sans tenir compte des transformations que cela aura pu opérer chemin faisant.

Valérie KokoszKa : Je pense que je peux faire la transition entre vous parce que je suis assez d’accord, en tout cas, sur vos deux interventions.
Déjà ne fut-ce que sur la question de l’individu. Pour moi effectivement, en posant la question de la liberté fondamentale, c’est d’abord celle de l’engagement et de l’engagement de l’individu, de la personne dans le monde dans lequel il est. Et cela avec tous les possibles, non pas au sens de l’avenir, mais au sens de l’inédit, au sens de ce que l’on est sans cesse capables de découvrir en en faisant les preuves, ce qui nous rend littéralement créatifs là où la machine ne peut, au mieux, qu’être innovante. C’est-à-dire avoir finalement une facilitation, une amélioration d’un processus qui est déjà connu.
Je pense que seul l’humain est créatif parce qu’il est le seul à être affectable par quelque chose d’imprévu qu’il peut reprendre et générer autrement.
D’une certaine manière, ce qui m’ennuie aussi dans cette espèce de machinisation du monde, c’est finalement qu’on est de plus en plus privé d’une créativité aussi bien individuée que collective. Et c’est en cela que, quelque part, le fait de perdre en liberté, en liberté fondamentale, mais ce n’est pas au sens de ce qui nous fonde et de ce qui nous permet de nous fonder ensemble collectivement, mais finalement créer toujours plus de distance entre nous et toujours moins d’inscription dans le monde dans lequel nous vivons, au sens strict, d’en faire les preuves.
Je vais m’arrêter là parce qu’il y a encore deux personnes qui ont à intervenir et clôturer, mais je vous remercie de toute manière parce sera mon dernier mot de ce débat.
Laurence, Karolien.

Karolien Haese : Vas-y Laurence, avec plaisir.

Laurence Devillers : Je vais intervenir sur deux niveaux.
Je pense qu’on a aussi à apprendre sur nous-mêmes avec ces machines, je vais essayer d’être positive parce qu’il y a eu tellement d’aspects un peu à risque avant moi que je vais me permettre de pousser vers les bénéfices, au moins l’ouverture d’esprit à la créativité.
Je me rappelle avoir travaillé un peu avec EDF sur des projets innovants. Par exemple dans un jury quelqu’un arrivait avec un système de réalité virtuelle pour essayer d’apprendre les gestes de secours et demandait aux gens qui étaient là – majoritairement masculins, il n’y avait pas de femmes, il y avait moi et une autre, mais très isolées – à tous ces grands esprits « avez-vous déjà fait ce genre de séance, d’apprentissage des gestes qui sauvent ? » Ils ont répondu oui, moi je ne l’avais jamais fait, mais j’avais vu des gens qui l’avaient fait, qui montraient ces gestes-là. La deuxième question de cette personne, c’était : « Vous voyez quelqu’un qui s’écroule devant vous dans la rue, allez-vous l’aider ? » Et là, personne n’a levé la main. Moi je l’ai levée parce que je me suis dit il faut faire quelque chose, voyons avec ce que je connais.
En fait, il montrait de la réalité virtuelle qui permettait en deux/trois heures d’avoir l’acquisition des gestes et de comprendre en expérimentant dans un champ qui était virtuel et réel quelque chose qui permettait de mieux marquer l’apprentissage et la compréhension des gestes qu’il fallait faire. Il y avait un faux mannequin, il y a eu une projection sur lui. Quelqu’un qui accompagnait, c’était très important aussi, donc dans le monde réel, qui était une voix qui accompagnait dans la démarche d’apprentissage avec un casque virtuel. Pour avoir expérimenté la virtualité pour d’autres choses, pour se rendre compte, dans l’écologie, ce que c’est que de faire brûler une forêt ou comment pousse une graine, enfin des choses comme ça, on a à apprendre avec ces outils étranges, à mieux comprendre certaines choses. Donc si on pouvait les utiliser comme ça, on aurait intérêt à comprendre la créativité des machines.

La deuxième chose c’est le collectif qui m’intéresse aussi. Récemment je suis allée travailler, j’ai participé à des débats, je montre ce que c’était [Laurence montre une affiche, NdT], c’était « L’Urgence des alliances » et ça c’est pour moi le vrai sujet. J’ai parlé de quoi ? On parlait de culture et de santé, de culture et d’économie, de culture et d’éducation et je suis intervenue dans un débat sur la culture et la science. Comment on fait pour faire passer ces outils de techno-science auprès de tout le monde ? Comment on fait pour faire que la littérature, le théâtre parlent plus de ces sujets ? Pour l’instant on voit l’aspect juridique, on parle d’éthique, tout ça, mais arrêtons, parlons de la vie de tous les jours et regardons comment on peut améliorer la vie de tous les jours des gens sans contraindre forcément leur liberté. Je comprends ! Cette façon de le voir c’est facile, c’est le premier truc qu’on voit. Évidemment, si vous êtes en captation partout, où vont vos données… Imaginons qu’on arrive quand même à gérer la cybersécurité, à laisser vos données sur l’objet, tout un tas de choses qu’il faut verrouiller, imaginons que l’objet soit aussi à priori ethic by design, c’est pour ça que ce n’est pas forcément a posteriori. Ce que l’on pense vraiment maintenant c’est qu’il faut coconstruire les objets avec l’usage, avec des gens qui maîtrisent bien l’usage qu’on veut faire, qui ne le maîtrisent pas tout le temps mais en tout cas qu’il y ait cette boucle de co-contruction de l’objet avec différentes personnes en pluridisciplinarité, que ce soit avec des industriels mais aussi avec des économistes, mais avec aussi, peut-être, des psychiatres dans la boucle pour les questions de l’humain qui pourraient en avoir des effets secondaires. Il est important de concevoir comme ça. C’est ça qu’il faut pousser pour moi.
Et puis il faut apprendre à penser loin, c’est-à-dire à écouter, à douter, à chercher, à risquer, et la façon dont les scientifiques abordent une problématique c’est de prendre des hypothèses, de faire un cadre, de proposer des protocoles, d’essayer d’évaluer ce qu’ils ont fait. Pouvoir remettre en question les choses, c’est, à mon avis, une façon assez saine d’appréhender le futur avec ces machines.
C’est dans cet échange transversal entre sciences humaines et sciences dures ou techno-sciences qu’on va pouvoir, j’espère, construire pour amener le politique à être plus conscient des enjeux.

Valérie KokoszKa : Merci beaucoup. Karolien pour finir.

Karolien Haese : Pas facile de conclure quand on a trois brillants intervenants juste avant !
Je pense qu’aujourd’hui le résumé de ce qu’on a entendu c’est ce besoin qu’on a d’urgence de réconcilier l’homme avec la machine, de réconcilier l’homme, l’individu avec l’intelligence artificielle, avec cette notion de la plus-value que peut apporter, à un moment donné, l’algorithme dans notre vie de tous les jours.
Cette première étape de réconciliation va, et on l’a entendu plusieurs fois, passer par une éducation, une sensibilisation, une formation citoyenne à ce qui est et restera effectivement un outil au profit de la citoyenneté, au profit des politiques, au profit de l’entreprise, au profit du bien-être, dont il faut absolument éviter la dérive.

Quelque part, dans le cadre de cette réconciliation, il faudra aussi et toujours se souvenir, et on l’a entendu plusieurs fois, que c’est l’homme qui crée la loi, c’est l’homme qui crée le cadre, c’est la politique qui, à un moment donné, est capable de dire voilà où on en est aujourd’hui dans les choix que font nos citoyens, et vous, concepteurs de cette technologie, vous, concepteurs et programmeurs humains de ces algorithmes, n’oubliez pas que ce cadre existe. Il ne faudrait pas inverser la dynamique pour, à un moment donné, arriver à ce que la loi s’adapte à la vitesse ou à l’intelligence artificielle et ses prouesses à venir, mais qu’au contraire l’intelligence artificielle s’adapte aux objectifs qui sont des objectifs qui doivent être fixés par la loi, donc par la création citoyenne, la création politique, on l’a répété plusieurs fois. Il s’agit avant tout d’un problème citoyen, d’un problème politique.
Rappelons que la loi est là pour être votée dans la citoyenneté, pour donner finalement un dynamisme, aussi pour freiner lorsque les choses vont trop vite ou pour éventuellement accélérer, on l’a vu avec le covid, lorsque c’est nécessaire et lorsqu’on a besoin d’un outil plus performant.
N’inversons pas cette dynamique et revenons à ces bases de fonctionnement de la démocratie qui sont constitutionnelles, qui veut qu’on élise un parlement démocratiquement avec des attentes citoyennes exprimées par rapport à un politique. Et aujourd’hui il y a une très grande déception citoyenne par rapport à des attentes auxquelles les politiques manifestement ne répondent pas, tantôt influencés par le lobbying, tantôt influencés par un besoin d’argent parce qu’ils ne peuvent plus faire face à une solidarité et payer finalement ce qu’il faut pour permettre à la majorité des citoyens de bénéficier de l’accès à la santé, à la culture, à l’enseignement et à la sécurité, ou tantôt influencés beaucoup plus gravement par leur propre égo et leur propre course au mandat, en espérant que c’est effectivement la minorité des politiciens qui le vivent.
On l’a vu encore aujourd’hui avec la condamnation de François Fillon qui est largement basée sur un ensemble de documents qui ont été produits post-traçage financier. Ça c’est vraiment l’exemple où l’on peut dire à un moment donné, on a un outil, on a un outil qui permet d’améliorer la justice, mais on a un outil qui ne peut certainement pas remplacer un juge. On a un outil qui peut permettre d’arriver à de l’evidence-based en médecine, mais on ne peut certainement pas, à un moment donné, dire au médecin « merci, c’est bien gentil ». On a, comment expliquer, une majorité, en tout cas une proportion suffisante pour dire que le taux d’erreur de la machine est équivalent à celui du médecin, donc on va se passer du médecin, oubliant l’individu.
Ce que j’en retiens aujourd’hui : inversion des dynamiques qui est bien présente parce que l’outil est poussé pour de multiples raisons dans la société, donc un retour, un besoin de se retourner vers le citoyen en disant « citoyens, n’oubliez pas qu’à la base, quand vous allez élire quelqu’un, quand vous allez discuter avec une association, quand vous êtes à l’école, quand vous parlez effectivement avec des spécialistes, c’est vous qui, quelque part, fixez le cadre dans lequel vous avez envie d’évoluer ». Un débat citoyen c’est aussi ça. Et ce cadre, eh bien on le met en place, et l’outil doit être au service de ce cadre, doit être au service de l’humain. Si on revient, effectivement, avec la phrase marketing de « l’humain au centre » – phrase dont j’ai absolument horreur, parce que heureusement que l’humain est au centre, il ne faudrait même pas avoir à le dire, ça doit être une évidence – si on veut mettre l’humain au centre, laissons lui fixer quelque part le cadre dans lequel les machines doivent évoluer. Le monde de l’entreprise cette année-ci à Davos en 2020, a vraiment cédé, je dirais, à ça, en parlant d’actionnariat de parties prenantes, pour la première fois, plutôt que de parler d’actionnariat, comme on le connaît à la base, des investisseurs.
On voit bien qu’il y a un changement de mentalité qui se dessine en disant « oh là, là,les parties prenantes » ! On commence par le citoyen. Ça c’est un citoyen. Et je clôturerai là-dessus.

Valérie KokoszKa : Merci. Jean-Marc.

Jean-Marc Desmet : Merci beaucoup. C’était passionnant. J’ai beaucoup apprécié toutes ces conclusions. Je voulais juste faire une petite remarque en tant que médecin clinicien. La crise, j’ai vu surtout de l’IH et de l’IC, ça veut dire l’intelligence humaine et de l’intelligence collective qui ont bien fonctionné par rapport à l’apport de l’IA. Pourtant je suis quelqu’un qui souhaite intégrer l’IA non pas comme une finalité mais comme un moyen intéressant. Pour moi c’est l’équation gagnante, en tous les cas dans le domaine dans lequel je travaille, c’est-à-dire la médecine où l’humain est évidemment au centre.
Merci.

Laurence Devillers : Merci beaucoup de cette rencontre.

Valérie KokoszKa : Merci à tous.

Irénée Regnault : Merci beaucoup.

Jean-Marc Desmet : Merci à tous.

Karolien Haese : Merci beaucoup. Très bonne soirée.

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 27 août 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

mar, 08/25/2020 - 14:21
Start: 27 Août 2020 - 17:15End: 27 Août 2020 - 19:30

Le groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas).

Une réunion du groupe Sensibilisation aura lieu jeudi 27 août 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. À cette occasion, nous continuerons à rédiger le descriptif des cases du plateau du Jeu du Gnou (pour le projet Jeu du Gnou, voir plus bas).

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

Revue de presse de l'April pour la semaine 34 de l'année 2020

lun, 08/24/2020 - 22:06

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Next INpact] Open source, libre et communs: contribuer ne nécessite pas de développer (¤)

✍ David Legrand, le mercredi 19 août 2020.

Si l’open source et le logiciel libre gagnent du terrain dans notre quotidien, nous ne sommes en général que des bénéficiaires de ces communs. Habitués à une position de consommateur dans un écosystème numérique ouvert, pourtant pensé avec une certaine symétrie. Participer est donc possible, même si vous n'êtes pas développeur.

Et aussi: [Le Monde Informatique] Open source: communauté/entreprise, le respect des rôles

✍ Matt Asay, le mercredi 19 août 2020.

Open Source: Pour Lili Cosic, responsable de kube-state-metrics et employée de Red Hat, la question n’est pas de savoir ce que Red Hat attend du projet, mais de…

[Le Monde.fr] L'application Notepad++ censurée en Chine

Le mardi 18 août 2020.

Le site du logiciel libre, très populaire chez les développeurs, a été bloqué par le pouvoir chinois à la suite de prises de position en faveur des Ouïgours.

Et aussi:

Découverte de Framasoft - Petite interview d'Angie Gaudion

jeu, 08/20/2020 - 13:06


Titre : Découverte de Framasoft - interview d'Angie Gaudion pour la FabriK à DécliK
Intervenante : Angie Gaudion
Lieu : La FabriK à DécliK
Date : juin 2020
Durée : 21 min 23
Écouter ou enregistrer le podcast
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : capture d'écran de la vidéo - Licence Creative Commons Attribution Partage dans les mêmes conditions
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Petite interview d'Angie Gaudion, chargée de relations publiques chez Framasoft.

Transcription Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Avant d’être dans cette structure j’ai été bibliothécaire pendant 15 ans, pas grand-chose à voir et en fait si, beaucoup de choses à voir, en tout cas il y a des liens très forts entre le monde des bibliothèques, de la documentation et, finalement, l’esprit libre. On reviendra sur ce que fait Framasoft par rapport à ça. Ensuite j’ai été pendant trois ans formatrice numérique pour les bibliothécaires principalement mais pas que.
Je suis arrivée chez Framasoft en février 2019 en tant que chargée de relations publiques, sachant que c’est un titre mais que mes activités au sein de la structure sont diverses et variées parce qu’on est une petite structure de 9 salariés et 35 membres.

Framasoft1 c’est quoi ?

C’est une association à but non lucratif d’éducation populaire2. Ce qu’on fait c’est vraiment de l’éducation populaire, on se positionne dans ce champ à savoir, en gros, accompagner les internautes dans leurs usages numériques au sens large du terme avec, on va dire, une direction principale qui est l’utilisation des logiciels libres.
On est une structure qui est financée à 98,2 % par les dons, ce qui veut donc dire que notre modèle économique repose exclusivement sur ce que les internautes veulent bien nous donner. On ne bénéficie pas de subventions publiques, on n’est pas dépendant de qui que ce soit, ce qui veut aussi dire qu’on prend compte le fait que si personne nous donne d’argent on arrête. Voilà ! Ça fait du système tel qu’on le conçoit. C’est-à-dire que si les gens ne nous donnent pas d’argent ça veut dire qu’à priori ils considèrent que ce qu’on leur propose n’est pas intéressant donc, dans ce cas-là, c’est bien d’arrêter.
Pour la petite histoire Framasoft est née en 2001. C’est resté un collectif informel pendant trois ans avant de se structurer en association. En 2001, en fait, ce sont trois enseignants d’un collège en région parisienne qui font le constat que les logiciels libres sont très peu connus par le monde enseignant et qui se disent qu’il faut valoriser ces outils auprès de cette communauté. Donc pendant trois ans l’activité de Framasoft a été principalement d’identifier les logiciels existants, les logiciels libres, d’en faire une base de données.
En parallèle de ça, à partir du début de l’association, les adhérents de l’association se sont dit qu’il fallait vraiment accompagner les internautes dans leur culture numérique, que c’était très bien de mettre en place une base de données, un annuaire de logiciels libres, mais que ce n’était pas du tout suffisant, donc Framasoft a commencé à intervenir dans des différents espaces que ce soit des salons, des foires, des conférences dans des MJC, dans des théâtres. C’était assez variable ces types d’interventions. D’ailleurs on continue toujours de faire ça, ça fait partie de notre activité permanente pour expliquer ce que c’est que le logiciel libre, pour expliquer en quoi le Web tel qu’il est aujourd’hui peut être un problème, donc on a tout un travail vraiment d’éducation populaire.
En parallèle on travaille bien sûr en partenariat avec énormément d’autres structures, dont des structures d’ailleurs de l’éducation populaire qu’on va accompagner pour qu’elles-mêmes soient des relais de transmission de notre discours.

Ce qui nous a fait peut-être le plus connaître au niveau national, on va dire en France, c’est quand en 2014 on a lancé une initiative qui s’appelle Dégooglisons Internet3 et qui a eu un certain succès, en tout cas médiatique.
Pour la petite histoire, ce programme est venu suite aux révélations d’Edward Snowden4 en juillet 2013 [juin 2013, NdT]. Il a révélé au monde entier qu’en fait les données qui étaient à l’intérieur des services numériques qu’on utilisait en grande majorité étaient finalement récupérées par les services de renseignement américain. Ça a posé effectivement beaucoup de problèmes à l’association puisque notre association est aussi une association qui revendique la liberté en général et particulièrement les libertés numériques. L’association s’est dit du coup que face à ces services il fallait absolument valoriser des alternatives plus éthiques. Donc Dégooglisons Internet c’est vraiment un programme dont l’objectif est de montrer qu’il y a des alternatives à tous les services proposés par les géants du Web.
Entre 2014 et 2017 on a monté ces 38 services. Il y en avait une dizaine qui étaient déjà là depuis quelques années, mais on a vraiment monté en charge tous ces services pour avoir le maximum d’alternatives. Sachant que les services, ce qu’on appelle les « Framatrucs » ou les « Framabidules » – tous nos services commencent par « Frama » – sont majoritairement des outils qu’on n’a pas développés, c’est-à-dire que c’étaient des logiciels qui existaient déjà, on les a juste habillés pour leur donner une visibilité ; ensuite on les met à disposition des internautes.
On en a quand même développé plusieurs : Framaforms5 qui est l’alternative à Google Forms pour faire des formulaires ; Framadate6 qui est l’alternative à Doodle, on peut choisir des dates, un sondage de dates ; et puis deux logiciels pour lesquels on est encore sur du développement qui sont PeerTube7, alternative à YouTube, d’ailleurs celui-là ne s’appelle pas « framaquelquechose », et le petit dernier qui s’appelle Mobilizon8 qui est encore en version bêta, donc aujourd’hui il n’y a pas d’utilisation publique, qui est un outil dont l’objectif est d’être une alternative aux évènements et aux groupes Facebook.

Qu’est-ce qu’un Logiciel Libre ?

Pour qu’un logiciel soit libre il faut qu’il respecte ces quatre libertés :

  • la première liberté du logiciel libre c’est celle d’exécuter le programme, comme on le veut, pour l’usage qu’on veut, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de contraintes sur le programme qu’on va utiliser ;
  • la deuxième liberté c’est celle d’étudier le fonctionnement du programme, c’est ce qu’on appelle l’accès au code source. C’est-à-dire que je peux accéder à l’intégralité du code qui constitue le logiciel. Vous allez me dire si je ne suis pas développeur, je ne vois pas trop à quoi ça va me servir. Effectivement, moi en tant que non développeuse, je peux bien aller regarder le code, ça ne va pas me dire beaucoup de choses ! En revanche, je peux m’appuyer sur des gens qui savent lire le code pour m’assurer qu’il n’y a pas des trucs pourris cachés dans le code, ce qui n’est pas le cas avec un logiciel privateur parce qu’on n’a pas accès au code source, on ne sait pas du tout ce que le logiciel fait sans qu’on s’en rende compte et ça c’est une grande différence ;
  • la troisième liberté c’est la liberté de redistribuer des copies. Je peux utiliser ce logiciel et distribuer le nombre de copies que je veux, même en les faisant payer. Ça c’est un élément possible, il n’y a pas de problème à la possibilité de vendre ces copies ;
  • et la quatrième liberté c’est celle d’améliorer le programme et de publier ces améliorations pour qu’elles bénéficient à l’ensemble de la communauté.

Ces quatre libertés s’appliquent aux logiciels mais en fait, pour nous, elles devraient s’appliquer à tout le reste de la société. C’est un peu le créneau de Framasoft aujourd’hui, en tout cas la façon dont on envisage effectivement la société c’est bien d’être une société libre basée sur des valeurs qui sont le partage et la coopération.

Quelles sont les grandes valeurs portées au sein de l’équipe de Framasoft ?

Peut-être que la première chose c’est cet esprit libre, vraiment tendre à une société libre, donc le partage, les biens communs et aussi d’autres valeurs qui sont la « lutte », entre guillemets, contre un système capitaliste, même si Framasoft ne se revendique pas comme anticapitaliste. En tout cas on sait très bien que pour atteindre une société libre, le monde capitaliste n’est pas vraiment le monde qu’on souhaite dans ce cadre-là et surtout parce qu’on est très conscients des dérives, justement, de ce monde-là, particulièrement dans l’univers numérique où, pour le coup, c’est encore plus sensible que dans les autres mondes industriels. Là, vraiment, ce qu’on appelle les géants du Web, les GAFAM sont des sociétés, des entreprises qui utilisent effectivement tous les travers du capitalisme sous toutes ses formes.
On a vraiment une autre valeur, c’est la lutte contre ce qu’on appelle le capitalisme de surveillance qui est donc une « branche », entre guillemets, du capitalisme. C'est le fait que ces entreprises mettent en place des services à disposition des internautes, qui sont d’accès gratuit mais qui, au final, permettent effectivement d’établir une surveillance très, très forte de leurs actions, pas forcément à des fins de contrôle des populations d’ailleurs, mais typiquement plus j’ai d’informations sur l’ensemble des citoyens, plus potentiellement je peux vendre de la publicité ciblée, donc c’est tout simplement une manne financière très importante. Je peux aussi faire de l’analyse de toutes ces données pour en tirer des tendances, donc potentiellement proposer de nouveaux services qui correspondent plus à une vision du monde qui est celle, en plus, de ces entreprises américaines. Si on revient, par exemple, sur la domination culturelle des géants du Web, c’est intéressant de se rendre compte que les sept premières capitalisations boursières aujourd’hui, tous secteurs confondus, sont des géants du Web et sont tous situés aux États-Unis, donc avec forcément une culture qui est celle des États-Unis qui est, du coup, en train de se mondialiser au sens où elle s’applique au reste du monde à travers ces outils numériques, ce qui est un petit peu un problème. Typiquement on se rend compte qu’aujourd’hui les gens ne se posent même plus la question de s’autocensurer en permanence dans leur expression sur les réseaux sociaux parce que ces réseaux sociaux sont tenus par des boîtes américaines qui ont un niveau de puritanisme qui est bien plus élevé que celui qu’on a dans notre culture française.

Comment faire pour avoir des pratiques numériques plus éthiques ?

Peut-être que la première chose c’est de prendre le temps de se renseigner. L’information est effectivement multiple, donc il va falloir faire un travail d’analyse de cette information et croiser des sources pour être sûr ; ne pas s’arrêter à la première information qu’on lit, il faut s’assurer que cette information est partagée un certain nombre de fois pour qu’elle soit valable.
Ensuite, quand on cherche à se « dégoogliser », se « défacebookiser » – on peut l’appliquer à toutes les entreprises, ça marche, c’est plus simple de parler de « dégooglisation », ça marche bien – la plus grande difficulté, une fois qu’on a cette information, c’est de choisir vers quels outils on va en remplacement. Donc ça veut dire analyser, tester des outils un par un, si on veut ; après on peut commencer par le premier et s’arrêter au premier. Mais il y a quand même ce truc : de toute façon on le sait bien sur les services et c’est même le cas avec ceux des géants du Web, il y en a certains qui ne sont pas faits pour nous, c’est-à-dire que finalement leur fonctionnement ne correspond pas à nos attentes, donc il va y avoir tout ce temps de test pour savoir quel est l’outil qui le plus, on va dire, adaptable à son contexte.
Ensuite il y a un enjeu très fort qui va être, ça dépend des types d’outils, de faire adopter ces outils par son environnement. C’est bien beau de se dire « tiens, super, je vais arrêter d’utiliser WhatsApp et je vais passer sur Signal », qui fait à peu la même chose que WhatsApp mais qui permet de chiffrer les messages et dont on est sûr qu’il n’y a aucune donnée qui soit récupérée, sauf que quand vous arrivez sur Signal, tous vos potes ne sont pas sur Signal, ils sont toujours sur WhatsApp, donc ils continuent à discuter sans vous sur WhatsApp. Et ça c’est le plus compliqué, c’est ce qu’on appelle l’effet réseau, c’est comment, petit à petit, j’arrive à convaincre mon entourage de me suivre dans mes choix.
Très souvent on explique aux gens que « se dégoogliser » c’est faire un effort. Les gens n’aiment pas trop faire des efforts, on est tous des feignasses, c’est normal. Donc cet effort-là il faut en prendre conscience, c’est-à-dire que ça ne se fera pas tout seul, parce qu’on a tout simplement des habitudes. C’est-à-dire que quand on a adopté un service, n’importe lequel, on s’est habitué à ce service-là, à son mode de fonctionnement. Même si c’est un service similaire qui propose des fonctionnalités identiques, ce ne sera pas rangé exactement au même endroit, ça ne fonctionnera pas exactement de la même façon, en tout cas pour accéder à la fonctionnalité on ne passera pas forcément par les mêmes boutons, par les mêmes menus. C’est déconstruire son habitude pour en créer une nouvelle sur un nouvel outil. Du coup c’est un effort énorme.
On fait souvent le parallèle avec les démarches d’alimentation. Quand on a toujours consommé en supermarché, on ne fait pas d’effort, tous les légumes sont là, sur le présentoir, et on pioche, en gros. Et puis quand on est un peu sensible à justement sortir du monde agro-industriel et qu’on veut avoir une démarche un peu plus éthique dans son alimentation, eh bien on va passer par des AMAP [Association pour le maintien d'une agriculture paysanne]. Il faut faire un effort, il faut s’inscrire à l’AMAP, il faut aller chercher le panier et ce n’est qu’un seul jour par semaine, donc si vous loupez c’est mort !
C’est exactement la même chose, on est exactement sur la même dynamique de « oui, je fais un petit effort pour changer, mais ce que ça m’apporte en contrepartie, pour le coup, vaut la peine de cet effort. »

Est-ce que la période de confinement a eu un impact sur votre organisation, votre légitimité ?

Pendant la période de confinement il est certain qu’il y a énormément d’internautes qui se sont retrouvés dans des situations – j’enlève la partie télétravail où là, quand même, quand on travaille au sein d’une entreprise, l’entreprise est censée nous fournir les outils ; on n’est pas forcément décideur des outils qu’on va utiliser dans ce cadre-là – à titre tout simplement individuel en revanche, pour continuer à avoir des relations sociales, où ils ont eu besoin effectivement d’outils de visioconférence ou de davantage échanger de messages et ont, du coup, pris conscience qu’ils avaient peu connaissance des outils à leur disposition ou en tout que les outils qu’ils connaissaient c’était souvent ceux des géants du Web.
Comme pendant cette période il y a pas mal de scandales qui sont sortis sur ces outils, nous on a vu arriver en masse, sur les outils frama, effectivement beaucoup d’utilisateurs. Je crois que la première semaine de confinement on a multiplié par 16 notre charge sur nos outils, ce qui a posé plein de problèmes parce qu’on n’est pas du tout équipés en infrastructure pour ça. Donc la première semaine a été très lourde pour mes collègues techniciens pour arriver tout simplement à faire que tous les services ne tombent pas, pour continuer à les maintenir. Mais on a fait aussi avec d’autres, c’est-à-dire qu’on s’est rapprochés d’autres hébergeurs de services, qui font des choses assez similaires aux nôtres, et sur certains des services, en tout cas les plus demandés sur cette période qui étaient très clairement la visio et la rédaction collaborative – chez nous ça s’appelle Framatalk9 et Framapad10 – on a identifié quels étaient les autres hébergeurs qui proposaient aussi ce type de services. En fait, quand vous alliez chez nous, au final peut-être que vous n’utilisiez pas nos outils : on a un système qui permet d’aller piocher hop !, chez les autres pour répartir tout simplement la charge d’utilisateurs à ce moment-là.

Framasoft a une notoriété. On a environ 800 000 utilisateurs par mois sur l’ensemble de nos services – par rapport à 68 millions d’habitants ce n’est rien ! Tout succès est relatif et je ne veux même pas savoir combien il y a de gens qui utilisent les outils de Google au mois, je pense que ce serait indécent de comparer ces deux éléments – en revanche, ce nombre d’utilisateurs fait que aujourd’hui, quand les gens cherchent des services alternatifs, ils pensent Framasoft. Donc on est devenu le Google du Libre et ça, pour nous, c’est un super gros problème parce qu’on ne veut pas être le centre ou la tête de quoi que ce soit, c’est justement complètement contraire à nos valeurs. Donc on essaye petit à petit de faire que les gens n’utilisent pas trop nos services. Pour ne pas être le Google du Libre, il faut effectivement qu’on ait d’autres acteurs qui proposent ces solutions et ça c’est une initiative que Framasoft a lancée fin 2016, qui s’appelle CHATONS11, le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires, donc un collectif qui regroupe 70 structures d’hébergeurs de services alternatifs.
Pendant le confinement le Collectif CHATONS a mis en place une page spécifique qui s’appelle entraide, sur entraide.chatons.org12. Vous avez accès à des services en ligne sans inscription et, pareil, on se répartit la charge entre les différentes structures, on fait ce travail de répartition et ça, ça va à priori continuer. Peut-être que ça ne s’appellera plus entraide à un moment, ça n’aura peut-être pas autant de sens que pendant cette période, on ne sait pas.

Pourquoi doit-on avoir des pratiques numériques plus éthiques ?

Pour moi il y a différents arguments derrière le passage à des outils éthiques. Un de ces arguments-là pour moi serait l’aspect écologique et je pense que sur les générations aujourd’hui c’est un enjeu et une question dont tout le monde est conscient, ce qui n’est pas forcément le cas sur ma génération.
Les outils numériques ne sont, de toute façon, pas des choses écologiques. Il faut accepter cette donnée-là, mais, à l’intérieur des outils numériques, il y en a qui le sont plus que d’autres, en tout cas qui sont moins consommateurs d’énergie que d’autres. Donc il y a déjà cet enjeu-là : est-ce que, dans mes pratiques numériques, je ne peux pas changer pour avoir des pratiques qui soient moins consommatrices ? Donc souvent, dans les outils libres, est prise en compte cette notion écologique. On est très souvent sur des logiciels ou des services qui vont avoir des interfaces qui sont peut-être moins jolies, où ça ne bouge pas partout dans tous les sens, ça joue, c’est peut-être un peu moins « sexy » entre guillemets, mais l’avantage c’est que ça a vraiment une raison, c’est-à-dire qu’on essaye au maximum que toutes les interfaces web des services soient le moins consommatrices de bande passante donc d’énergie puisque tout ça, ça consomme.
Les outils libres sont aussi résilients, donc ils intègrent en eux-mêmes, parce qu’ils peuvent être adaptés et évolutifs, très souvent dès le concept la façon dont ils vont mourir. C’est assez intéressant de se dire oui, il y a un moment où cet outil n’aura plus d’intérêt d’exister parce qu’il y aura rempli ce qu’il a à remplir et c’est tout.

Le deuxième grand argument c’est celui de la protection des données personnelles donc de la vie privée. Effectivement, on s’est rendu compte qu’on cliquait tous sur « accepter les CGU », les conditions générales d’utilisation, sans les lire, mais que derrière on ne savait absolument pas ce qu’on avait accepté et que ça posait quand même des sacrés problèmes dans l’utilisation de ses données.
Ça ne veut pas dire que les outils libres ne récoltent pas de données personnelles. La seule différence c’est qu’il y a une transparence donc vous pouvez le savoir : majoritairement les logiciels libres sont justement garants de la protection de ces données personnelles. Ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas qui sont récupérées, en revanche elles ne sont jamais revendues, donc il n’y a pas du tout de profit qui est fait avec donc elles restent, finalement, sur le serveur. Quand vous devez créer un compte sur les services Framasoft pour accéder à vos pads de rédaction collaborative, forcément on a vos données qui sont certes votre mail et votre mot de passe, c’est tout, on ne vous a pas demandé votre adresse ou si votre maman a un chat, un chien ou, etc. Donc on récupère le moins possible de données, mais on en récupère quand même parce qu’elles nous servent tout simplement pour vous donner accès à vos comptes.

Peut-être que le troisième argument c’est que si on veut un monde du partage et de la coopération, en fait ça va de soi qu’on ne peut pas utiliser des outils qui sont propriétaires parce que la propriété privée, même si c’est par des entreprises, en fait elle repose sur le non partage.
En tout cas, si on est dans une idée d’un modèle de société qui serait différent du nôtre, qui sortirait du capitalisme actuel et qui serait davantage sur faire ensemble et faire avec, typiquement les logiciels privateurs ne sont clairement pas du tout la solution. Ça, ça peut être un troisième argument pour essayer de changer le monde.

Qu’est-ce qui te donne de l’énergie au sein de Framasoft ?

Typiquement c’est vraiment l’histoire de la valeur.
Quand j’étais bibliothécaire je faisais un travail où j’étais au service du public, où je transmettais de la connaissance et du savoir, j’allais dire que c’était déjà un métier hyper-passionnant – d’ailleurs je n’ai jamais fait de métier alimentaire dans toute ma carrière, je reconnais que j’ai eu une chance incroyable –, mais là j’atteins un niveau de valeur qui est encore plus proche, on va dire, de mes valeurs personnelles, donc j’ai une adéquation totale entre ce que je pense et ce que je fais, la structure dans laquelle je travaille.
Après, il y a le fait que c’est toujours hyper-agréable de rencontrer une maman que j’ai croisée lors d’un atelier, dans un cadre qui est celui-là, peu importe, et qui, deux ans plus tard, m’envoie un mail me disant « ça y est, ça m’a pris deux ans mais ça y est, j’ai réussi, je suis sortie de Gmail. » Je suis hyper-fière qu’elle m’envoie ça parce qu’en vrai elle aurait très bien pu se passer de moi pour se passer de Gmail. Mais il y a quand même le truc d’avoir mis l’étincelle et se dire « tiens, voilà, ces gens ont compris ce qu’il y avait derrière ». C’est ma grande plus grande fierté au sein de cette association, oui, de créer des déclics.

Un grand merci à Angie

Pages