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L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 28 sec

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 20 février 2020 à la FPH (Paris 11e) - accueil à partir de 18 h 30

il y a 6 heures 21 min
Start: 20 Février 2020 - 18:30End: 20 Février 2020 - 20:30 Le groupe de travail Sensibilisation ? L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement. Quand et quoi ? Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois à la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme (Paris 11e), à l'occasion de la Soirée de contribution au Libre organisée par Parinux.

La prochaine réunion du groupe de travail Sensibilisation aura lieu jeudi 20 février 2020 . Horaires : de 18h45 à 20h30 (accueil à partir de 18h30). Adresse : FPH - Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme, 38 rue Saint-Sabin, Paris 11e. Arrêt de métro : Chemin Vert (ligne 8) et Bréguet-Sabin (ligne 5).

Pour tous les détails et vous inscrire, rendez-vous sur le pad.

« Libre à vous ! » diffusée mardi 28 janvier 2020 sur radio Cause Commune

mar, 01/28/2020 - 15:30

Au programme : La plateforme d'exploitation des données de santé des patients et patients français « Health Data Hub »; chronique sur Facebook; présentation de Cenabumix le GULL (groupe d'utilisateurs et d'utilisatrices de logiciels libres) de la région d’Orleans.

Émission Références Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 51e émission :

  • chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah sur Facebook
  • sujet principal : la plateforme d'exploitation des données de santé « Health Data Hub » avec Stéphanie Combes, directrice de la plateforme, Adrien Parrot et Nicolas Paris de l'association InterHop (les hôpitaux français pour l'interopérabilité)
  • chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April : interview de Jean Carratala, secrétaire de Cenabumix, secrétaire du GULL (groupe d'utilisateurs et d'utilisatrices de logiciels libres) de la région d'Orléans
  • diverses annonces
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Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Galerie photos
  3. Références pour la chronique « Itsik Numérik » sur Facebook
  4. Références pour la partie consacrée à « Health Data Hub »
  5. Références pour la chronique « Le libre fait sa comm' » consacrée à Cenabumix
  6. Références pour la partie sur les annonces diverses
  7. Pauses musicales
  8. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Emmanuel Revah
  • Stéphanie Combes, directrice du « Health Data Hub »
  • Adrien Parrot et Nicolas Paris de l'association InterHop (les hôpitaux français pour l'interopérabilité)
  • Jean Carratala, secrétaire de Cenabumix
  • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April
  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques à l'April
Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

--> Références pour la chronique « Itsik Numérik » sur Facebook Références pour la partie consacrée à « Health Data Hub » Références pour la chronique « Le libre fait sa comm' » consacrée à Cenabumix Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

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Stockez vos fichiers, agendas, contacts avec Nexcloud, notre nouveau service libre Chapril

mar, 01/28/2020 - 12:39

Nous avons le plaisir de vous annoncer que le Chapril compte un nouveau service libre en ligne et accessibles à tout le monde : https:://valise.chapril.org/

Le service valise.chapril.org permet de partager des fichiers, de synchroniser des agendas et des contacts depuis votre téléphone, etc. Rapidement et simplement. Le service s'appuie sur Nextcloud.

Le nombre de comptes est limité à 500 avec 1 Go d'espace disque par compte. La suppression d'un compte vous étant très facile, n'hésitez pas à en profiter pour découvrir les formidables fonctionnalités de ce logiciel libre. Conservez votre compte si vous en avez un usage fréquent et régulier.

Bravo et merci à Laurent, l'animateur de ce nouveau service. Si vous aussi voulez déployer et animer un service Chapril, venez nous le dire sur la liste chapril@april.org.

Pour rappel, le Chapril est une plateforme de l'April qui met à disposition de tout le monde des services libres en ligne. Ouvert en 2018, le Chapril se fait en tant que membre du projet CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires) lancé par Framasoft.

Venez découvrir tous les services du Chapril :

Partagez vos fichiers rapidement et simplement avec FirefoxSend, notre nouveau service Chapril

mar, 01/28/2020 - 12:38

Nous avons le plaisir de vous annoncer que le Chapril compte un nouveau service libre en ligne et accessibles à tout le monde : https://drop.chapril.org/

Le service drop.chapril.org permet de partager des fichiers rapidement et simplement, sans création de compte. Vos fichiers sont chiffrés sur votre navigateur donc la confidentialité de vos données est maximale. Le service s'appuie sur Firefox Send.

Bravo et merci à Romain, l'animateur de ce nouveau service. Si vous aussi voulez déployer et animer un service Chapril, rejoignez-nous sur la liste de discussion chapril@april.org.

Pour rappel, le Chapril est une plateforme de l'April qui met à disposition de tout le monde des services libres en ligne. Ouvert en 2018, le Chapril se fait en tant que membre du projet CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires) lancé par Framasoft.

Venez découvrir tous les services du Chapril :

Le Chapril offre deux nouveaux services libres en ligne

mar, 01/28/2020 - 01:11

Nous avons le plaisir de vous annoncer que le Chapril compte deux nouveaux services libres en ligne et accessibles à tout le monde : drop.chapril.org

Le service drop.chapril.org permet de partager des fichiers rapidement et simplement. Vos fichiers sont chiffrés sur votre navigateur donc la confidentialité de vos données est maximale.

  valise.chapril.org

Le service valise.chapril.org permet de partager des fichiers, de synchroniser des agendas et des contacts depuis votre téléphone, etc. Rapidement et simplement.

Bravo et merci à Romain et Laurent, les animateurs de ces nouveaux services. Si vous aussi voulez déployer et animer un service Chapril, venez nous le dire sur la liste chapril@april.org.

Pour rappel, le Chapril est une plateforme de l'April qui met à disposition de tout le monde des services libres en ligne. Ouvert en 2018, le Chapril se fait en tant que membre du projet CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires) lancé par Framasoft.

Venez découvrir tous les services du Chapril :

Décryptualité du 27 janvier 2020 - Du logiciel libre pour analyser les masses de documents leakés par les lanceurs d'alerte

mar, 01/28/2020 - 00:15

Écouter ou télécharger le décryptualité du 27 janvier 2020 (13 minutes 30 secondes)

Une nouvelle affaire de corruption en Angola a été rendue public par un hacker. L'occasion d'évoquer les outils utilisés par les journalistes pour travailler ensemble et fouiller dans la masse des informations rendues publiques.

Decryptualité sur Mastodon

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Revue de presse de l'April pour la semaine 4 de l'année 2020

lun, 01/27/2020 - 21:10

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Breakingnews.fr] Windows 7 devrait continuer de fonctionner comme une source ouverte, des demandes de pétition spectaculairement optimistes

Le dimanche 26 janvier 2020.

Windows 7 a peut-être atteint la fin de sa vie, le support officiel n’étant plus fourni (du moins pas gratuitement), mais le système d’exploitation vétéran pourrait perdurer si Microsoft le publiait en open source.

[L'Echo] Michel Bauwens: "Plus une civilisation est inégalitaire et prédatrice, plus dure est sa chute"

Le samedi 25 janvier 2020.

Entretien avec Michel Bauwens, considéré comme l’une des 100 personnalités les plus influentes du 21e siècle.

[Vosges matin] Les valeurs du libre défendues par l'Amiposte Telecom

Le vendredi 24 janvier 2020.

Il s’agit d’un des plus vieux clubs informatique des Vosges, l’Amiposte Telecom, fondé dans les années 80 est encore debout, malgré la démocratisation des nouvelles technologies. Ses adhérents découvrent chaque semaine ce qui a trait aux licences ou programmes libres.

Et aussi: [Livres Hebdo] Hachette reprend lelivrescolaire.fr

✍ Hervé Hugueny, le mercredi 22 janvier 2020.

Le premier groupe d’édition français a pris le contrôle du dernier né des éditeurs scolaires, qui a su s’imposer à la faveur des réformes des programmes du collège et du lycée.

[Breakingnews.fr] ProtonVPN publie le code source et subit un audit de sécurité complet

Le mardi 21 janvier 2020.

Depuis ses débuts, ProtonVPN est devenu le fournisseur de VPN le plus transparent et le plus responsable et maintenant la société a soutenu ces revendications en publiant son code source sur toutes les plateformes et en subissant un audit de sécurité indépendant.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 21 janvier 2020

lun, 01/27/2020 - 13:08


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 21 janvier 2019 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Marie-Odile Morandi - Nicolas Vivant - Étienne Gonnu - Véronique Bonnet - Frédéric Couchet - Étienne Gonnu à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 21 janvier 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi qui fait une rétrospective des chroniques « Pépites libres » de l’année 2019
  2. Collectivités locales et le logiciel libre avec l'interview de Nicolas Vivant, directeur des systèmes d'information de la ville de Fontaine
  3. Chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet, professeur de philosophie et administratrice de l'April, sur le thème « Quand le logiciel libre n'est pas supérieur, en pratique »
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
La politique logicielle libre et données publiques de la ville de Fontaine, c’est l’un des sujets de l’émission du jour. Avec également au programme la musique classique libérée et aussi « Quand le logiciel libre n’est pas supérieur, en pratique ».
Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose également d’une application Cause Commune pour téléphone mobile.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, délégué général de l’April.
Le site web de l’April c’est april.org. Vous y trouvez déjà une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission et également les moyens de nous contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d’amélioration

Nous sommes mardi 21 janvier 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant le direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon #libreavous dédié à l’émission.

Nous allons maintenant passer au programme de l’émission du jour.
Nous commencerons par la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi qui va nous parler notamment de droit d’auteur, de licences et de musique classique libérée.
D’ici dix à quinze minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur la politique logicielle libre et données publiques de la ville de Fontaine.
En fin d’émission, nous aurons la chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet sur le thème « Quand le logiciel libre n’est pas supérieur, en pratique ».
À la réalisation de l’émission aujourd’hui Étienne Gonnu. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu : Salut Fred.

Frédéric Couchet : Aujourd’hui c’est la cinquantième émission, depuis le lancement de la première émission le 29 mai 2018, avec des sujets très variés : on a parlé de directive droit d’auteur, du célèbre « Open Bar » Microsoft/Défense, de téléphonie mobile et libertés, de données publiques, de DRM, de distributions GNU/Linux, de Wikipédia, d’OpenStreetMap, de bureautique libre, d‘Open Food facts, des Espaces Publics Numériques, mais également des entreprises du Libre ; on a reçu aussi la gendarmerie nationale, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information, donc plein de personnes et évidemment les chroniques de notre équipe. Donc aujourd’hui, en 50 émissions, c’est environ 130 personnes invitées, une soixantaine de chroniques et également de la musique libre, environ 140 musiques libres diffusées dans l’émission. Voilà ! C’est la cinquantième, on est très contents d’assurer cette émission. On est très contents aussi de votre fidélité et d’être présents sur la radio Cause Commune, la voix des possibles.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi qui fait une rétrospective des chroniques « Pépites libres » de l’année 2019

Frédéric Couchet : Les choix, voire les coups de cœur de Marie-0dile Morandi qui met en valeur deux ou trois transcriptions dont elle conseille la lecture, c’est la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-0dile Morandi, animatrice du groupe de travail Transcriptions.
Bonjour Marie-Odile.

Marie-0dile Morandi : Bonjour.

Frédéric Couchet : Je te laisse la parole.

Marie-0dile Morandi : En début de nouvelle année, outre les vœux habituels, il est de coutume de revisiter l’année précédente et c’est ce que j’ai souhaité faire aujourd’hui en revenant sur les chroniques de Jean-Christophe Becquet intitulées « Pépites libres ».
Au cours de l’année 2019, Jean-Christophe, actuel président de l’April, a commis dix chroniques dont l’objectif est de présenter une ressource – œuvre d’art, ressource pédagogique, base de données – sous licence libre, sélectionnée pour son intérêt artistique, pédagogique, insolite, utile. Il y en a donc pour les goûts de toutes et tous, chacun selon ses centres d’intérêt.
Je ne vais pas revenir en détail sur chacune de ces chroniques, vous retrouverez sur la page des références concernant l’émission d’aujourd’hui le lien vers les podcasts et les relatives transcriptions, mais je vais insister sur celles qui m’ont particulièrement intéressée.

Jean-Christophe traite à chaque fois d’une ressource qui possède un auteur, un propriétaire et c’est justement parce que ce propriétaire a des droits sur son œuvre, droit moral et droit patrimonial, qu’il peut choisir de la partager sous licence libre. Comme il est dit dans une des chroniques, on se trouve devant un paradoxe : avec tous les services à disposition sur Internet, chaque individu est maintenant à la fois récepteur et émetteur de contenus. Les gens partagent volontiers en ligne leurs photos, leurs vidéos, les mettent en accès public et oublient que si rien n’est précisé c’est le droit d’auteur classique qui s’applique et à priori tout est interdit.
Le Libre est né avec le logiciel libre, Richard Stallman en 1984 et, avec le temps, des personnes ont eu envie de libérer des ressources autres que des logiciels – textes, images, livres, films et dessins animés. Ces personnes se sont mises à réfléchir à des licences adaptées à ces ressources non-logicielles, à ces œuvres immatérielles. Les licences Creative Commons particulièrement permettent de donner explicitement aux utilisateurs un droit d’usage décidé par l’auteur, droit d’utilisation, de copie, de réutilisation selon la licence choisie sans jamais oublier, bien entendu, de créditer l’auteur ! Cependant il existe encore un manque d’éducation sur cette nécessité d’indiquer clairement, de la part des créateurs, quels sont les droits qu’ils accordent sur leurs œuvres publiées sur Internet, c’est-à-dire cette nécessité d’indiquer une licence.

Dans sa première chronique de janvier 2019, Jean-Christophe nous permet grâce à la vidéo « Un Faible Degré d’Originalité » de Antoine Defoort, qu’il appelle une promenade culturelle, de découvrir l’histoire du droit d’auteur. Il nous explique que cette vidéo, initialement publiée avec la licence Creative Commons NC, qui limite les utilisations commerciales, donc une licence pas libre au sens strict du terme, est depuis, suite à ses échanges avec l’auteur, publiée sous licence Creative Commons BY-Share Alike, Partage à l’identique, clause qui permet sa copie et son utilisation, à condition de partager sous la même licence libre les éventuelles versions dérivées ou modifiées de la vidéo.

Dans la chronique intitulée « Copier n’est pas voler », du titre du dessin animé de l’artiste Nina Paley, il nous est rappelé qu’une œuvre de l’esprit est une ressource non rivale et que, puisque le coût de la copie est marginal, la copier à plusieurs endroits permet de renforcer sa diffusion et constitue une formidable opportunité donnée par les auteurs qui choisissent de partager leur travail sous licence libre.

Avec la chronique « 50 millions de photos libres sur Flickr », Jean-Christophe nous propose d’enrichir les communs, c’est-à-dire de déposer nos photos sur ce site web de partage de photographies et de vidéos.
Il nous conseille de les déposer aussi sur la médiathèque libre Wikimedia Commons, toujours afin d’augmenter leur visibilité et pourquoi pas, avec des photos de notre patrimoine architectural, participer au concours mondial de photos libres Wiki Loves Monuments, qui se déroule en septembre ou au concours Wiki Loves Earth, consacré au patrimoine naturel, qui se déroule au printemps. La licence Creative Commons Attribution – Partage à l'identique est requise pour ces œuvres.

Dans le registre de l’éducation qui me tient à cœur, nous entendons régulièrement que la formation des individus devra se poursuivre tout au long de leur vie professionnelle. Quoi de mieux donc que les MOOC, Massive Open Online Courses, ces cours en ligne ouverts et massifs. L’objectif de la plate-forme FUN-MOOC, lancée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche en 2013, est donc de « diffuser la connaissance au plus grand nombre ». Sauf que, dénonce Jean-Christophe, la licence Creative Commons BY-NC-ND, utilisée pour la plupart de ces ressources, ne les libère pas : la clause NC interdit l’utilisation commerciale, ce qui est contraire à la liberté de copier et de réutiliser sans aucune restriction et pour quelque usage que ce soit ; la clause ND interdit la modification de ces ressources pour des usages destinés, par exemple, à des publics particuliers.
Frédéric, avec bon sens, tu nous as alors rappelé que quand un contenu est financé par nos impôts, c’est-à-dire de l’argent public, le choix d’une plateforme logicielle libre et de ressources libérées devrait s’imposer. Sauf que là, avec la restriction de l’utilisation commerciale et la restriction des modifications, on se prive d’un impact supplémentaire. En effet, la clause Partage à l’identique, SA, permet la réutilisation et la modification du travail, et assure en retour à l’auteur la possibilité de profiter des versions modifiées qui seraient alors publiées sous la même licence donc avec les mêmes libertés, ce qui enclenche un cercle vertueux qui bénéficie à la communauté.
La volonté de la plupart des formateurs et des structures d’enseignement qui ont ouvert un cours sur cette plateforme n’est-elle pas de toucher le plus grand nombre possible de personnes ? Rappelons que c’est là toute la philosophie du Libre, avec le titre de la chronique qui traite de ce sujet : « Ressources libres pour la formation en ligne – libérons les MOOC ».

Et pourquoi ne pas libérer ces MOOC en allant jusqu’à la licence Creative Commons Zéro comme le fait Wikidata qui a dépassé les 70 millions d'enregistrements couvrant tous les champs de la connaissance de façon très structurée, ce qui permet d’obtenir des informations très précises grâce aux liens entre les éléments, avec multiplication des opportunités d’utilisation. Retrouver la liste des œuvres réalisées par un artiste né dans une ville donnée est l’exemple proposé par Jean-Christophe dans la chronique « Wikidata, relier tous les savoirs du monde ».
Notons cependant un bémol au sujet de cette licence Creative Commons Zéro qui permet de réutiliser la base de données sans obligation de publier et de partager les versions dérivées sous licence libre : des acteurs du monde propriétaire peuvent alors récupérer ces données et en faire usage sans reverser au Libre les éventuelles améliorations apportées.

J’invite les auditeurs et auditrices à relire ces transcriptions et j’en arrive à la chronique que j’ai particulièrement appréciée puisqu’il s’agit de musique classique.
Je vais faire un aveu, quand je transcris une émission Libre à vous !, bien souvent, au moment des pauses musicales, je baisse le son… Nos goûts ne sont pas les mêmes, j’avais mis ça sur le compte de la différence de générations, mais il m’a été rappelé que la musique classique est intemporelle !

Donc le projet Musopen, lancé en 2005, puisque c’est de cela dont il s’agit, est une organisation américaine à but non lucratif dont l’objectif est de libérer les enregistrements de musique classique, en proposant à des musiciens professionnels d'enregistrer des œuvres pour les offrir au public.
Dans sa chronique « Musopen, la musique classique libérée », Jean-Christophe nous rappelle qu’en droit français le droit patrimonial interdit toute reproduction ou représentation de l'œuvre sans autorisation expresse jusqu’à 70 ans après la mort de l'auteur. Ensuite, les œuvres basculent ou s’élèvent, comme certains préfèrent le dire, dans le domaine public. Sauf que d'autres droits, les droits voisins du droit d'auteur, se superposent pour venir encore restreindre les usages. Dans le cas de la musique, les droits voisins recouvrent les droits des interprètes pour une durée de 70 ans après la première publication ou la première communication au public.
Grâce à des campagnes de financement participatif, les artistes qui se joignent au projet Musopen sont rémunérés au moment de l’exécution de l’œuvre puis donnent leur accord pour une diffusion libre en renonçant contractuellement à leurs droits voisins d'interprète.
Le site Musopen propose aujourd'hui un catalogue de plus de 5000 enregistrements partagés selon le régime du domaine public ou selon la licence Creative Commons Partage à l’identique. D'autres enregistrements sont soumis à des licences qui restreignent les utilisations commerciales ou la production de versions modifiées.
Une mention spéciale est dédiée à Florence Robineau, pianiste et professeure au conservatoire de Rungis, qui enregistre des morceaux de musique classique et les partage sous licence Creative Commons BY-Partage à l’identique.
Je remercie vraiment très sincèrement Jean-Christophe qui m’a permis, ainsi qu’à d’autres j’espère, de découvrir cette pépite libre.

Et pour terminer, permettez-moi un clin d’œil. Il y a bien longtemps, si on oublie les machines à écrire, les premiers logiciels de traitement de texte ont permis d’éliminer les documents papier en écriture manuscrite avec un énorme progrès sur leur lisibilité. Ce qui m’amuse et donne l’impression de clore une boucle, c’est d’avoir à disposition des polices d’écriture cursive à installer sur nos traitements de texte, qui imitent l’écriture manuscrite. Jean-Christophe nous indique l’existence pour l’école d’une police AA Cursive sous licence OFL, Open Font License, dans sa chronique du mois de décembre dernier intitulée « Les polices libres n'ont pas mauvais caractères ».

J’encourage vivement les personnes qui écoutent à lire ou relire ces transcriptions.
Merci à Jean-Christophe Becquet de nous faire partager ses découvertes d’une grande valeur éducative. En 2020, le groupe Transcriptions de l’April continuera de transcrire la chronique « Pépites libres ».

Frédéric Couchet : Marie-Odile, merci et félicitations aussi, je pense au nom de tout le monde, pour ton travail. Le groupe Transcriptions a publié plus de 100 transcriptions dans l’année. Il y aura d’ailleurs bientôt, il y a eu l’annonce la semaine dernière, un site dédié aux transcriptions d’ici quelques semaines. Donc un grand merci pour ce travail. Tout à l’heure tu disais que lors des pauses musicales dans Libre à vous ! tu avais l’habitude de baisser le son, là je crois que tu vas monter le son car la pause musicale que tu as choisie c’est justement Florence Robineau que nous allons passer juste après ta chronique.

Marie-0dile Morandi : Au revoir.

Frédéric Couchet : Bonne journée et au mois prochain. On va faire justement une pause musicale.

[Virgule musicale ]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Chanson de gondolier vénitienne de Mendelssohn, joué par Florence Robineau. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause commune.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Chanson de gondolier vénitienne de Mendelssohn, joué par Florence Robineau.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Chanson de gondolier vénitienne de Mendelssohn, joué par Florence Robineau, disponible sous licence Creative Commons Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale ]

Collectivités locales et le logiciel libre avec l'interview de Nicolas Vivant, directeur des systèmes d'information de la ville de Fontaine

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec sujet principal qui va porter sur la politique de la ville de Fontaine en Isère, concernant le logiciel libre et les données publiques, avec notre invité Nicolas Vivant, directeur des systèmes d’information et, comme la semaine dernière, je vais passer la parole à mon collègue Étienne Gonnu pour cette discussion.

Étienne Gonnu : Merci Fred.
Effectivement, si vous avez été avec nous la semaine dernière ou que vous avez écouté le podcast, nous avons consacré notre première émission d’une série de deux dédiées aux collectivités qui œuvrent pour le logiciel libre. Nous avions échangé avec Olivier Simon, directeur Ville Numérique de Nancy. D’ailleurs j’en profite pour le remercier à nouveau pour l’échange passionnant qu’il nous a permis d’avoir ; je vous invite à retrouver le podcast ou à lire la transcription de Marie-Odile justement.
Dans la suite de cette émission nous avons le plaisir de recevoir aujourd’hui par téléphone Nicolas Vivant, directeur des systèmes d’information, donc DSI de la ville de Fontaine en Isère. Bonjour Nicolas.

Nicolas Vivant : Bonjour.

Étienne Gonnu : J’en profite également pour remercier Christophe Boissonade qui est délégué à la communication et à la ville numérique de Voisin-le-Bretonneux qui devait normalement se joindre à nous aujourd’hui, mais, faute de transports, il n’a pas pu. Je ne doute pas que nous aurons d’autres occasions d’échanger avec lui, mais, comme ça, nous avons le plaisir d’avoir l’exclusivité de cet échange avec Nicolas Vivant, DSI de Fontaine. Fontaine qui est, on va dire, un cas d’école, même une vitrine pour les libristes, de migration réussie vers le logiciel libre. On se souviendra, pour les personnes qui suivent ce genre de sujet, en 2016 il y a eu de nombreux articles qui évoquaient Fontaine la libérée en référence à un évènement éponyme. Bien sûr, l’engagement date de bien avant ça et je pense que vous pourrez le confirmer Nicolas. Avant de vous passer la parole, je rappelle, puisqu’on a évoqué la semaine dernière le Territoire Numérique Libre qui est donc ce label initié par l’ADULLACT, l’Association des développeurs et utilisateurs de logiciels libres pour les administrations et les collectivités territoriales, qui est destiné à mettre en valeur l’utilisation des logiciels libres et des formats ouverts au sein des collectivités territoriales, pour récompenser, justement, et mettre en valeur ces collectivités, que Fontaine a eu trois années consécutives le niveau 4 sur 6, de 2015 à 2018, qui est une consécration, une preuve de la qualité de la politique menée en faveur des logiciels libres.
Donc Nicolas, bonjour à nouveau. Pouvez-vous nous présenter, en quelques mots, les motivations de cet engagement vers le Libre et pourquoi, finalement, Fontaine œuvre pour le logiciel libre ?

Nicolas Vivant : Rebonjour. La raison principale est en fait une raison politique. Le mouvement a commencé en 2018 sous la houlette d’une majorité municipale différente et d’un élu qui s’appelle Laurent Thoviste, qui s’est intéressé lui-même à cette problématique du logiciel libre. Il était l’élu à l’informatique, à l’époque, et le conseiller municipal délégué aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, comme on disait, et il a souhaité lancer ce mouvement-là sur des bases politiques. C’est-à-dire qu’en fait, comme c’est le cas pour la plupart des élus je crois dans les communes, c’est la correspondance, même la similarité qu’il peut y avoir entre les valeurs du Libre d’une part et les valeurs du service public qui a motivé le lancement du projet. Il s’est ensuite appuyé sur la direction informatique, donc avec mon prédécesseur, pour lancer ce mouvement-là.

Étienne Gonnu : Vous avez dit « 2018 » ou j’ai peut-être mal entendu ?

Nicolas Vivant : 2008.

Étienne Gonnu : 2008. OK, très bien, donc ça fait quelques années, effectivement.
Vous êtes DSI, il est peut-être intéressant de préciser, avant de voir justement comment se traduit cet engagement politique pour le logiciel libre, ce qu’est une DSI dans une collectivité comme Fontaine et quel est votre rôle dans cette politique.

Nicolas Vivant : La DSI c’est la direction des systèmes d’information. Elle gère toute la partie informatique de la ville, donc aussi bien l’approvisionnement en matériels qu’en logiciels, mais aussi la téléphonie fixe et mobile, également tout ce qui a trait au réseau, la sécurité informatique, enfin l’ensemble du domaine informatique au sein de la collectivité territoriale. Moi je suis le chef de service. On est une petite équipe, nous sommes sept personnes, nous gérons l’ensemble du spectre des systèmes d’information au sein de la ville.

Étienne Gonnu : Entendu. Du coup, vous nous disiez que vous êtes arrivé en tant que DSI à Fontaine qui avait déjà, avant votre arrivée, initié cette politique logicielle libre. Vous êtes quand même reconnu comme la personne d’importance dans cette démarche. Comment c’est arrivé ? Quand vous êtes arrivé qu’est-ce que vous avez pu mettre en place ? Comment, finalement, on en est arrivé à cette situation de Fontaine la libérée comme titraient certains ?

Nicolas Vivant : À vrai dire c’est complètement accidentel puisque, avant d’arriver à la mairie de Fontaine, je travaillais dans le privé, dans des sociétés américaines. J’ai passé une vingtaine d’années dans de grandes sociétés américaines où le logiciel libre était présent mais à la marge et surtout sur des logiciels d’infrastructure, des choses un peu invisibles on va dire.
Quand j’arrive à la mairie de Fontaine, on est déjà dans une période un petit peu critique parce que le gros travail qui a été fait sur le logiciel libre jusqu’à présent l’a été fait sur des logiciels qui sont très importants pour la collectivité, mais qui ne sont pas visibles pour les utilisateurs. Je pense notamment au logiciel de messagerie et je ne parle pas du client de messagerie mais du logiciel qui est chargé d’envoyer et de recevoir les mails, je pense au serveur de fichiers qui est déjà sous Samba à l’époque, je pense au serveur d’annuaire, enfin tout un tas de logiciels qui ne sont pas directement visibles par les utilisateurs, donc le passage d’une solution propriétaire à une solution libre s’est fait sans difficulté puisque c’était complètement transparent pour les utilisateurs.

Quand j’arrive, un projet a démarré depuis quelques mois qui est le projet de passage d’une solution bureautique propriétaire, Microsoft Office pour ne pas la citer, à une solution libre, à l’époque Open Office. Et là, pour la première fois sur le poste de travail, l’utilisateur commence à être concerné, donc les premières résistances font jour, les premières difficultés commencent là. Donc c’est là qu’on commence à réfléchir à une stratégie un peu globale de passage au Libre qui permette de minimiser ces résistances, ces inquiétudes sur les changements à venir sur les postes clients.

Étienne Gonnu : C’est vrai qu’en entend souvent l’enjeu de cette politique, comment on accompagne ces évolutions. Vous parlez de résistances — ce sont souvent les mêmes d’ailleurs j’imagine, ça va être culturel, dans les usages —, elles s’expriment comment ? Il y a une réticence en amont ou ce sont plutôt des difficultés techniques de changer les habitudes ?

Nicolas Vivant : Il y a deux choses. Dans une mairie, si vous voulez, tout le monde n’est pas informaticien, loin de là, il y a des métiers très divers et il y a des personnes qui ont connu l’avant informatique, le tout papier. Ces personnes-là ont mis du temps pour acquérir des compétences en informatique pour lesquelles, d’ailleurs, elles n’ont pas été forcément formées. Il y avait quelques formations en bureautique, mais elles ont parfois mis du temps à obtenir cette compétence-là, donc elles ont l’impression qu’on remet en cause cette compétence, qu’on les met de nouveau en danger, de nouveau devant quelque chose qu’elles maîtrisent mal en changeant un outil qui est leur outil de travail quotidien. Donc c’est une inquiétude qui est liée à la nouveauté en fait.
Je ne vous cache pas qu’à l’époque, quand j’arrive à Fontaine, je suis moi aussi habitué à la suite propriétaire, je suis DSI et je me dis qu’au pire, si je ne m’en sors pas avec Open Office, eh bien je réinstallerai les logiciels auxquels je suis habitué et je décide de jouer le jeu, donc de me mettre sur Open Office et de voir comment ça se passe. Je réalise qu’on peut tout à fait travailler dans des conditions plus que correctes, enfin aussi correctes qu’avec la suite propriétaire, et c’est comme ça, en fait, que je commence à être convaincu de l’utilité du Libre parce que je vois que ça fonctionne, je vois que ça fonctionne aussi bien et puis je vois surtout que je commence à faire des économies de coûts de licences et là je me dis qu’on tient quelque chose et que ça vaut le coup de se battre pour ce projet-là.
C’est vraiment une résistance culturelle, effectivement, c’est-à-dire qu’on est habitué à un outil et c’est compliqué d’en changer, surtout quand ce n’est pas notre métier.

Étienne Gonnu : C’est intéressant, surtout que vous avez vécu finalement vous-même cette évolution et ce besoin de progresser, d’expérimenter par la pratique l’intérêt du Libre.
Je pense qu’on reviendra peut-être plus tard dans l’émission sur comment on mène ces politiques d’accompagnement avec les agents publics. OK, il y a une politique qui est menée, vous dites que vous êtes arrivé en tant que DSI. Je pense qu’il serait intéressant de voir, pour nos auditeurs et nos auditrices, comment s’articule la relation entre les services techniques qui doivent mettre en place une politique et les élus, les personnes qui projettent et qui mettent en place ces politiques pour le logiciel libre. Est-ce que c’est quelque chose qui s’est passé de manière assez fluide ? Est-ce qu’il y a eu des difficultés particulières ou non ?

Nicolas Vivant : Nous on a une chance c’est que l’initiative était politique au départ, donc l’adhésion des élus était acquise. Ensuite, la difficulté c’est de mettre en place quelque chose qu'une migration qui se passe suffisamment bien et avec des conditions de travail qui restent parfaites pour qu’il n’y ait pas de remise en cause a posteriori s’il y a un changement politique ou simplement un nouvel élu sur la base d’un mécontentement des usagers en fait.
Sur la suite bureautique c’est passé par une façon de procéder, on va dire une stratégie de migration relativement simple. On a commencé, et ça a été la même chose pour le passage des postes sous Linux, on a commencé par les décideurs en fait. C’est-à-dire que les élus, le maire, la direction générale, le cabinet, on les a faits migrer les premiers sur les solutions libres. Pourquoi ? Parce que ce sont des décideurs, ce sont eux qui ont pris la décision, c’est une façon pour eux de montrer qu’ils l’assument et aussi parce que ce sont des utilisateurs exigeants : les tableaux les plus complexes sur les tableurs et les textes les plus pointus sont issus de ces services-là, enfin des services soit des élus, du cabinet, donc c’était intéressant de les migrer en premier pour qu’ils mesurent aussi l’effort que ça pouvait représenter pour d’autres utilisateurs.

Étienne Gonnu : Oui, ça fait moins décision venue du haut et qui s’impose sans connaissance culturelle.

Nicolas Vivant : Tout à fait. À ce moment-là leur soutien c’est quelque chose qu’ils peuvent étayer au-delà de la simple décision politique en disant « attendez, moi je l’utilise, ça marche, donc c’est possible, on va faire le chemin ensemble. S’il y a des résistances on va les gérer, mais, en tout cas, nous-mêmes savons que c’est possible. » Évidemment, ce n’est pas quelque chose que je leur ai imposé, c’est quelque chose qui a été discuté, mais qui a été, je crois, à la fois assez original et prépondérant dans la stratégie qui a été mise en place à Fontaine.

Étienne Gonnu : C’est très intéressant. On sait qu’il est à la fois nécessaire d’avoir une ambition, un objectif politique, mais s’il est déconnecté du réel, finalement ça ne peut pas aboutir correctement. C’est important d’avoir cette articulation.
Du coup cette stratégie s’appuie, j’imagine, sur certains piliers, sur certains objectifs, certains critères. Comment est-elle définie, finalement, cette stratégie ?

Nicolas Vivant : Un des problèmes auquel j’ai dû faire face c’est que dans les services il y a d’autres chefs de service, évidemment, qui sont mes alter égos dans d’autres domaines et qui ont les capacités, en termes de budget, d’acheter des logiciels qu'ils souhaitent. Une des premières choses qui a été faite par la direction générale c’est de centraliser absolument tous les budgets, tous les achats informatiques, au niveau du budget du service informatique. C’est-à-dire que les services n’ont plus la possibilité d’investir dans du logiciel ; ça a été la première chose.
La deuxième chose ça a été, dans un premier temps, de migrer les gens qui souhaitaient l’être, parce qu’il y avait quand même quelques personnes qui connaissaient la suite Open Office – depuis on est sur LibreOffice, on a évidemment changé –, mais il y avait quelques personnes qui connaissaient et qui étaient volontaires, on a commencé par elles évidemment. Puis, quand les gens ont vu que ces gens-là survivaient aussi bien qu’eux et surtout pouvaient échanger des documents, qu’il n’y avait pas de problèmes d’interopérabilité avec ceux qui étaient toujours sur la suite propriétaire, à ce moment-là ce qu’on fait c’est qu’on a installé les nouveaux postes avec Open Office et seulement Open Office. Il n’y avait plus de Microsoft Office installé et puis on a également cessé d’acheter des licences Microsoft Office, donc c’est un renouvellement j’allais dire doux. On renouvelle environ 20 % du parc chaque année, donc la migration vers la suite libre s’est faite en cinq ans, 20 % par an, avec un programme d’accompagnement en termes de formation. C’est-à-dire qu’en fait des gens très mécontents demandaient d’avoir la suite propriétaire, alors parfois il y a vrais obstacles en termes de compatibilité avec des logiciels métier existants, c’est arrivé, peu, mais c’est arrivé. Parfois on était plus dans l’ordre soit de la méconnaissance soit de la peur du changement. Ce qu’on a fait, pour chaque personne qui exigeait d’avoir la suite Microsoft, je me rendais personnellement sur son poste et je regardais avec elle où était le point bloquant. Quand je voyais que c’était effectivement un problème culturel ou un problème de formation, on avait un cycle de formation avec des formations régulières auxquelles on inscrivait les gens pour qu’ils puissent découvrir et monter en compétences sur la suite libre.

Étienne Gonnu : Il y avait des tendances spécifiques ? C’était des résistances, du coup, qui étaient très variables ou il y avait les mêmes formes quand vous alliez voir spécifiquement ces utilisateurs, utilisatrices ? Vous voyiez des points communs ou c’était différent à chaque fois ?

Nicolas Vivant : C’était très variable. Et puis je crois qu’on souffrait aussi un petit peu de cette image : « c’est gratuit donc c’est moins bien ». C’est-à-dire qu’en fait, dans ce que me renvoyaient les gens, ce que faisait Open Office c’était un peu du sous Microsoft. C’est quelque chose qui est complètement derrière nous. Aujourd’hui c’est une évidence pour tout le monde on va dire : c’est la suite qu’on trouve partout en mairie et si quelqu’un sort un fichier en docx il est regardé comme un extraterrestre. Donc on a réussi à passer cet obstacle-là sans difficulté.
Une autre chose que je tiens aussi à dire c’est qu’à aucun moment on a donné d’objectif chiffré ou daté. On n’a pas dit « il faut que dans quatre ans il faut que tout le monde soit passé sur Open Office », donc on a pris le temps de mettre les choses en place, de faire les choses à notre rythme, justement, pour pouvoir, de façon individuelle, aider les gens à s’y retrouver avec la nouvelle solution.

Étienne Gonnu : Du coup, ça fait quelques années que vous avez initié ce processus. Vous dites qu’il y a encore 20 % de renouvellement par an. J’imagine que maintenant les résistances se font moindre, peut-être par l’exemple. Comme vous êtes de plus en plus nombreux au sein de Fontaine à utiliser du logiciel libre peut-être que ça a une influence bénéfique sur les autres personnes. Quel bilan tirez-vous après plusieurs années de politique favorable, enfin de priorité au logiciel libre ?

Nicolas Vivant : Le bilan est très positif. LibreOffice est devenu une évidence aujourd’hui pour tous. Là où je suis très content c’est au sujet d’une autre qui a disparu : on nous demandait parfois de l’aide pour l’installation sur des machines personnelles de suite bureautique. Aujourd’hui, les gens installent LibreOffice chez eux, donc ça a essaimé au-delà de la mairie.

Étienne Gonnu : C’est un bel exemple.

Nicolas Vivant : Oui. En réalité, on a eu un peu la même chose avec le passage sous Linux. En fait on a des élus qui sont tellement en soutien qu'ils nous ont autorisé, s’il y avait des demandes un peu particulières, type une directrice d’école qui souhaite installer Linux sur son portable personnel, à donner un coup de main.

Étienne Gonnu : On va peut-être préciser, quand vous parlez de Linux, qu’il s’agit du système d’exploitation, c’est finalement presque l’étape ultime quand on migre vers du logiciel libre, c’est d’avoir un système d’exploitation libre comme l’est GNU/Linux.

Nicolas Vivant : Tout à fait, c’est le remplaçant de Windows, donc là c’est vraiment, effectivement, l’énorme changement, c’est quelque chose qui arrive absolument en tout dernier. J’ai beaucoup parlé de la suite bureautique, mais on a aussi adopté Firefox depuis très longtemps comme navigateur par défaut sur l’ensemble des postes sous Windows ; on avait aussi adopté un client de messagerie lourd qui s’appelle Thunderbird comme messagerie principale sur les postes clients ; VLC. Bref, on a commencé par installer des outils libres autant que possible sur l’ensemble des postes Windows et effectivement, le remplacement de Windows par autre chose, donc par Linux en l’occurrence, a été facilité par le fait que l’ensemble des logiciels que les gens étaient habitués à utiliser, ils les retrouvaient avec une interface évidemment un petit peu différente, mais des outils qui eux ne changeaient pas.

Étienne Gonnu : Oui, il y a une progressivité. Du coup c’est quelle distribution GNU/Linux ? Je ne sais pas si on a forcément toujours la même ou si c’est variable ?

Nicolas Vivant : On a fait quelques tests. En fait ça aussi, en termes de stratégie de migration, ça a été quelque chose de très réfléchi : on a pris notre temps, on a passé énormément de temps à essayer de trouver l’interface graphique qui justement générait le moins de résistance, c’est-à-dire celle qui nous a semblé la plus ergonomique et que les gens s’appropriaient le plus simplement.
On a fait différents essais, notamment avec Ubuntu, ensuite Ubuntu avec un dock qui s’appelle Cairo Dock, qui permet d’avoir une espèce de barre équivalente à la barre des tâches sous Windows avec les applications favorites sous forme d’icônes.
Finalement on a opté pour une distribution qui s’appelle elementary OS qui, en termes d’ergonomie, est assez proche de ce que peut proposer Apple sur les Mac, donc avec un dock et un menu où les différentes applications sont classées par catégories et voilà !
Donc on a fait plusieurs tests et c’était manifestement l’interface graphique que les gens s’appropriaient le plus naturellement, donc c’est ce qui a expliqué notre choix. On a aussi beaucoup bossé sur l’intégration dans notre système d’information, notamment pour que quand les gens s’authentifient sur leur poste, quand ils se connectent avec leurs identifiant et mot de passe, eh bien ces identifiant et mot de passe permettent de s’authentifier aussi bien sous une machine Windows que sur une machine Linux ; que les disques partagés, les disques réseau, soient remontés exactement de la même façon, donc avec une gestion de session exactement comparable à celle qu’on pouvait avoir sous Windows. Bref ! On a essayé vraiment de faire une intégration la plus transparente possible. Ça été aussi, je crois, une des conditions du succès du passage à Linux.

Étienne Gonnu : Vous évoquez un dock, est-ce que vous pouvez préciser, peut-être en deux mots, ce dont il s’agit ?

Nicolas Vivant : C’est ce que j’expliquais, c’est l’équivalent de la barre des tâches sur une machine sous Microsoft, c’est-à-dire que c’est cette barre que vous avez en bas sur laquelle vous avez des icônes qui vous permettent de lancer vos applications favorites.

Étienne Gonnu : Entendu. Du coup, ce que je retiens de ce que vous dites et c’est ce qu’on observe souvent, vous pourrez me corriger, mais on voit que le nerf de la guerre c’est de prendre le temps de le faire et surtout de le faire en partant des utilisateurs et des utilisatrices plutôt que d’imposer sans prendre en compte les réalités de leur travail, de leur pratique, sinon ça ne peut pas fonctionner en fait.

Nicolas Vivant : Tout à fait. En fait, on a passé trois mois sur l’interface graphique, l’intégration dans notre système d’information, ça a été trois mois de boulot pour arriver à avoir une interface dont on était satisfaits. Ensuite on est passé par une période de bêta-test qui concernait encore une fois les décideurs – élus, direction générale, cabinet – qui a duré trois mois, où on a eu de nombreux retours qui nous ont permis de mettre la dernière main à notre interface pour que tout soit fonctionnel, que l’ensemble des fichiers soit correctement lu, que l’ensemble des pilotes, de tous les périphériques qu’il peut y avoir autour d’un ordinateur, imprimantes et tout ça, soit correctement géré, et c’est seulement après cette période de trois mois qu’on a avancé dans la migration. Là aussi ça a été très progressif et ça a été un travail global.
Quel que soit le passage au Libre qu’on envisage, que ce soit sur une suite bureautique ou un passage de Windows à Linux, il y a une chose très importante c’est de bien prendre en compte l’ensemble du système d’information, vérifier par exemple que tout ce qui est impression fonctionne correctement avec les nouveaux logiciels, avec le nouveau système. Il ne faut vraiment pas que ce genre de chose soit un frein. Les gens ont déjà l’inquiétude d’un changement de système si, en plus, ils rencontrent de difficultés qu’ils ne rencontraient pas auparavant, là ça peut vraiment compliquer les choses.

Étienne Gonnu : D’accord. Vous avez dressé un beau bilan, vous avez bien tout expliqué. C’est quoi les prochaines étapes ? Est-ce qu’il y a des prochaines étapes ou des ambitions ?

Nicolas Vivant : Là où on avance beaucoup c’est sur les logiciels métier. On commence à avoir des logiciels libres maintenant.
Ce que j’appelle logiciels métier ce sont des logiciels liés à une fonction particulière. Typiquement, quelqu’un qui fait de l’urbanisme au sein d’une mairie, qui va gérer tout ce qui est permis de construire ou ce genre de choses, utilise aujourd’hui un logiciel propriétaire parce qu’on est sur une législation qui évolue en permanence et très rapidement et qu’on a besoin d’avoir des logiciels qui prennent en compte ces nouvelles législations très rapidement. Typiquement, sur l’urbanisme, on n’a pas trouvé de logiciel libre permettant de gérer correctement tout ce qui est droit des sols, toute cette problématique-là.
La nouveauté c’est que de plus en plus, sur la gestion de tout ce qui est enfance, petite enfance, jeunesse, activités, centre sociaux, gestion du personnel, gestion financière, on voit qu’on a des logiciels qui montent en puissance et qui peuvent être utilisables dans le cadre d’une entreprise comme dans le cadre d’une collectivité. Ça je crois que c’est le dernier effort à fournir, c’est ce passage, pour les logiciels métier, de solutions propriétaires à des solutions libres.

Étienne Gonnu : On entend souvent qu’il y a un enjeu assez spécifique sur les logiciels métier parce qu’ils sont beaucoup plus proches, peut-être, des pratiques, des besoins très spécifiques des agents en fonction de leur mission. Du coup vous diriez que c’est quoi la proportion de logiciels métier que vous avez pu passer au Libre, si c’est estimable d’ailleurs ?

Nicolas Vivant : On n’a pas énormément de logiciels métier, mais on doit être à moins de 50 %, je pense. On est à moins de 50 %. En revanche on réfléchit et on reste attentif à tous les nouveaux logiciels qui peuvent soit évoluer soit être créés et qui sont utilisables. On a pas mal bossé sur des services, sur des projets naissants dans lesquels on s’est inscrits, je pense notamment à PeerTube, ce système qui permet de remplacer YouTube pour la diffusion de vidéos. Quand PeerTube est sorti, on s’est assez rapidement mis dessus, c’était encore une version bêta et on a très rapidement adopté cette solution-là pour l’ensemble des diffusions des vidéos de la ville.
Donc c’est un travail permanent, en fait, de recherche et d’adoption de nouveaux logiciels quand des logiciels se présentent et qu’ils correspondent à l’ensemble des besoins qui sont les nôtres.

Étienne Gonnu : En effet, c’est un enjeu qu’il est important d’identifier et effectivement faire de la veille.
Avant de poursuivre je pense qu’on va faire une petite pause musicale. Peut-être juste pour préciser : vous avez évoqué PeerTube qui est un logiciel qui a été développé par nos amis de Framasoft en alternative à YouTube et qui est donc un très beau projet que nous soutenons bien sûr. Il est intéressant que des municipalités comme Fontaine se saisissent de ces outils-là comme vous le faites.

Frédéric Couchet : Nous allons effectivement faire une pause musicale.
Juste avant ça. Comme il est souvent question du terme « Linux », je rappelle que nous préférons largement le terme « GNU/Linux » à la fois pour créditer l’importance du projet GNU et pour créditer aussi l’importance des libertés. Pour en apprendre plus sur les distributions GNU/Linux, notamment Debian, Ubuntu, etc., je vous renvoie au podcast de l’émission Libre à vous ! du 30 avril 2019, soit sur april.org, soit sur causecommune.fm.
Nous allons donc faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Rolling Seasong par Kevin Hartnell. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Rolling Seasong par Kevin Hartnell.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Rolling Seasong par Kevin Hartnell, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions. Le site de l’artiste c’est kevinhartnell.com. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de Cause Commune, causecommune.fm.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
Nous discutons actuellement de la stratégie logicielle libre de la ville de Fontaine. N’hésitez pas à nous rejoindre pour participer à la conversation sur le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm. Je repasse tout de suite la parole à Nicolas Vivant, DSI de la ville de Fontaine et à Étienne Gonnu de l’April.

Étienne Gonnu : Merci Fred.
On a beaucoup parlé, Nicolas, de logiciel. Nous, à l’April, on défend une priorité au logiciel libre. Il serait peut-être intéressant d’avoir votre retour. J’imagine que vous avez une politique d’acquisition de logiciels ou une manière d’acquérir des logiciels lorsque vous identifiez un besoin. Comment cela se passe-t-il et comment faites-vous en sorte, justement, d’utiliser principalement du logiciel libre ?

Nicolas Vivant : C’est en ça qu’un passage au logiciel libre est un projet global et pas juste un projet informatique : à partir du moment où on a fait le choix de passer au Libre, on a fait aussi le choix, dès que l’occasion nous en était donnée, de recruter des gens qui avaient des compétences dans le Libre. C’est-à-dire qu’au fur et à mesure qu’on a migré vers les outils libres, on a eu aussi une montée en compétence de l’équipe au sein du service informatique pour gagner en autonomie sur la gestion des logiciels. Et puis, parce qu’on ne devient pas spécialiste du jour au lendemain, on a prestataire qui est une SCOP locale de gens qui sont compétents pour ne pas dire très pointus sur tous les logiciels libres, notamment sur la partie serveurs, sur la partie messagerie quand on rencontre des problèmes vraiment importants, qui viennent nous donner un coup de main en troisième niveau. C’est une prestation à laquelle on fait de moins en moins appel parce qu’on monte en compétence et qu’on est de plus en plus autonomes sur nos solutions, mais c’est indispensable.
À ce sujet, je tiens à dire qu’un des énormes avantages du logiciel libre c’est justement ce cercle vertueux qui se met en place quand on passe au logiciel libre. C’est-à-dire que là où quand on est sur du logiciel propriétaire en général on n’est pas seulement coincé en termes de logiciel, mais on est également coincé en termes de maintenance, c’est-à-dire que la société qui vend le logiciel est également celle qui fournit la maintenance et personne d’autre, avec potentiellement des revenus pour cette entreprise qui partent à la maison mère en Irlande, aux États-Unis ou que sais-je. Là, on rentre dans un système où on va avoir tendance à faire appel à des prestataires locaux, c’est-à-dire des gens qui sont des habitants du territoire, qui logent, qui se nourrissent, qui bénéficient de l’ensemble des infrastructures de la commune et, en fait, on participe à l’animation économique du territoire. Parce que, évidemment, il serait absurde, pour obtenir une prestation autour d’un logiciel libre, de faire appel à un prestataire qui est situé à 500 kilomètres de là alors qu’on a plusieurs entreprises ou SCOP [Société coopérative et participative] qui maillent le territoire et qui permettent d’obtenir une assistance de qualité.

Étienne Gonnu : C’est intéressant ce que vous dites. C’est aussi quelque chose qu’on essaie beaucoup de mettre en avant à l’April dans nos actions, c’est que finalement le logiciel libre par son fonctionnement, par le fait que ça passe par des prestataires, est bien plus souvent inscrit dans les tissus économiques locaux.
De la manière dont vous nous parlez, on a presque l’impression que vous nous parlez du bio, avec un côté où il y a du lien, où il y a, finalement, quelque chose de plus sain pour les communautés. D’ailleurs je parle de communautés, on sait que la notion de communautés est très importante dans le monde du logiciel libre. D’ailleurs est-ce que vous avez des liens avec les communautés du logiciel libre ?

Nicolas Vivant : Oui, bien sûr. D’abord on a des liens avec d’autres collectivités qui entament ce même type de chemin et qui, de temps en temps, nous contactent pour avoir des coups de main ou des informations sur une solution ou une autre, donc il y a ce travail qui est assez régulier et des villes qui peuvent être assez éloignées ; on se contacte assez fréquemment. Il y a évidemment la participation à un certain nombre d’évènements ou l’adhésion à des associations type l’April, l’ADULLACT. Et puis il y a des contributions directes à certains logiciels, soit par le biais de patchs – ça nous est arrivé de publier des patchs – et par le biais de rapports de bugs sur des logiciels un peu neufs, par exemple PeerTube. Au début du projet j’ai été très actif sur des demandes de fonctionnalités, sur des rapports de bugs. On a aussi contribué à la traduction d’un certain nombre de logiciels, notamment dans les logiciels proposés pour elementary, mais pas seulement, sur un certain nombre de logiciels qui existaient en anglais, pour lesquels on n’avait pas de traduction en français. On a aussi contribué à une vingtaine de logiciels dans leur traduction en français.

Étienne Gonnu : C’est une précision importante que vous faites. D’ailleurs on a eu la même conversation la semaine dernière avec Olivier Simon. Vous n’êtes pas seulement, on va dire, utilisateur passif de logiciels, mais vous contribuez aussi à améliorer. C’est tout l’intérêt du logiciel libre, c’est que tout utilisateur participe à améliorer le logiciel qu’il utilise, le bien commun quelque part. Donc vous avez, du coup, une politique inscrite de contribution ? Formalisée ? Ou c’est quelque chose que vous faites… ?

Nicolas Vivant : Non, c'est quelque chose qu'on fait. D’abord c’est quelque chose qu’on fait un peu naturellement, ça nous semble juste normal. Et il faut noter que c’est quelque chose qui s’est fait dans un second temps. Il ne faut pas non plus avoir honte de faire le choix du logiciel libre même si on sait qu’on ne pourra pas contribuer. Parce que, dans un premier temps, c’était notre cas, le temps qu’on monte en compétence, qu’on se les approprie et qu’on comprenne comment fonctionnent les différentes communautés, qu’on comprenne comment on peut contribuer, eh bien il y a eu une période où on était des utilisateurs et exclusivement des utilisateurs. Après non, ce n’est pas formalisé.

Étienne Gonnu : OK ! Vous avez raison de préciser qu’il est normal d’avoir une progressivité, de ne pas sauter les étapes et il n’y a pas honte à avoir.
On me signale qu’il y a des questions qui arrivent sur notre salon web. Une première question, à savoir vous mentionnez une SCOP, est-ce qu’il s’agit de Demo-TIC ?

Nicolas Vivant : Non ! La SCOP n’est pas Demo-TIC. On connaît Demo-TIC et on a eu l’occasion d’échanger avec eux sur tout un tas de solutions qu’on utilisait, mais non la SCOP ce n’est pas Demo-TIC, la SCOP s’appelle Probesys. Demo-TIC est d’ailleurs une association, ce n’est pas une SCOP. À un moment ils voulaient se transformer en SCIC, mais je crois que Demo-TIC reste une association. Ça aurait pu être eux, effectivement, mais non, ce n’est pas eux.

Étienne Gonnu : D’accord. Autre question : comment réagissent les nouveaux employés qui découvrent qu’ils devront utiliser du logiciel libre dans leur nouveau travail ? Ce qui me fait penser à une question qui va dans le même sens : quand vous recrutez, est-ce que vous recrutez plus facilement des libristes ? Est-ce que le fait que vous utilisiez du logiciel libre vous permet, pour prendre un terme classique, d’attirer des talents ?

Nicolas Vivant : Dans le service informatique clairement oui, pas seulement par le fait qu’on utilise des logiciels libres, mais il y a, comment dire, un bénéfice collatéral de l’utilisation des logiciels libres, j’en ai parlé un petit peu, c’est qu’on a gagné en autonomie au niveau du service. C’est-à-dire que le travail qui est fait au sein du service informatique de Fontaine ce n’est pas un travail de gestion de prestataires, c’est un vrai travail de gestion de réseau, de gestion de systèmes, de gestion de la sécurité. Donc c’est un vrai un travail d’informaticien, en gros, avec des solutions à trouver. Par exemple, j’ai un stagiaire en ce moment. On a différentes solutions de monitoring de notre réseau pour nous assurer que l’ensemble de nos équipements, de nos serveurs principaux et tout ça fonctionne correctement. Là on a décidé d’essayer une solution qui s’appelle ZABBIX, qui est solution libre de monitoring du réseau. J’ai mis un stagiaire là-dessus, il est ravi ! Il est ravi puisqu’il fait absolument tout : il récupère le logiciel, il l’installe, il lit la doc, il construit les premières cartes, on travaille ensemble pour mettre en place.

Étienne Gonnu : C’est beaucoup plus formateur qu’un usage passif de logiciels privateurs. J’imagine bien !

Nicolas Vivant : Tout à fait. Et on a beaucoup de projets comme ça. Il y a des solutions qu’on a construites nous-mêmes, par exemple pour la prise en main à distance facilitée des postes. Donc il débarque, il y a un côté atelier et innovant qui est très sympa.
Quand on a mis en place, c’était peu de temps après mon arrivée, la synchronisation des smartphones des élus et des décideurs avec notre agenda partagé et nos carnets d’adresses partagés, c’est pareil, ça a été un projet passionnant à mener, parce que c’est quelque chose qu’on a fait en complète autonomie et qui fonctionne très bien.
Donc au niveau du service informatique c’est clair, ce sont surtout des libristes. Ensuite, au niveau des autres services, non. En revanche ce qui est très intéressant, ça s’est produit à plusieurs reprises ces dernières années, c’est quand quelqu’un arrive chez nous, typiquement un nouveau chef de service, qui arrive d’un environnement qui fonctionnait exclusivement sur du logiciel propriétaire, eh bien on y va toujours doucement en disant « écoute, chez nous c’est un petit peu différent. Qu’est-ce que tu veux faire ? Est-ce que, par exemple, tu préfères un poste sous Windows dans un premier et ensuite on voit. » J’ai plusieurs nouveaux recrutés qui m’ont dit : « Non, essayons et puis on verra bien ! » Et c’est toujours une immense satisfaction de voir que ça se passe bien, qu’ils adoptent et qu’il n’y a aucun problème. On voit des gens s’adapter très rapidement et c’est un bonheur !
Vous savez, le meilleur retour que j’ai vraiment, celui qui me fait le plus plaisir quand j’installe un nouveau poste sous Linux, typiquement, parce que c’est vraiment ça le plus gros changement dans notre infrastructure, c’est quand quelqu’un qui bossait depuis dix ans sous Windows passe sous Linux et me dit : « Finalement ça ne change pas énormément ! » Ça, je crois que c’est vraiment le but à atteindre. C’est le retour qui me fait le plus plaisir.

Étienne Gonnu : Pour aller plus loin, est-ce que vous avez eu des retours peut-être d’agents publics justement qui ont même découvert des usages, des choses qu’ils ne pouvaient pas faire ? C’est-à-dire avoir des besoins et des adaptations pour que le logiciel réponde encore plus précisément à leurs besoins ou parce qu’ils se rendent compte, qu’ils comprennent peut-être aussi l’intérêt politique du logiciel libre. Est-ce qu’il y a des gens qui, au-delà de se rendre compte que ça ne les bloquait pas dans leur travail, ça leur apportait quelque chose de plus ? C’est peut-être difficile à dire.

Nicolas Vivant : Oui. Indirectement oui. Typiquement il y a des logiciels propriétaires qui coûtent très, très cher, donc qu’on retrouve forcément en nombre limité dans une collectivité, simplement parce que le coût de licence est prohibitif. Je vais vous donner un exemple avec un logiciel que je vais nommer, qui s’appelle AutoCAD, qui est un logiciel qui permet de faire des plans, très utilisé dans les bâtiments mais aussi dans la conception de pièces en 2D ou en 3D. AutoCAD est un logiciel qui coûte une fortune. Quand on utilisait AutoCAD – à mon arrivée c’était le cas – eh bien on avait, je ne sais plus, peut-être deux ou trois licences et chaque fois qu’il fallait les renouveler je pleurais ! Aujourd’hui on utilise LibreCAD, on le déploie à autant de personnes que nécessaire, y compris à des gens qui l’utilisent de façon épisodique on installe LibreCAD sans aucune difficulté. Et plus que de nouveaux usages, c’est comment des usages peuvent être beaucoup plus larges, finalement, avec le logiciel libre.
Un autre exemple qui est intéressant je crois, c’est qu’on était à la recherche d’un logiciel de gestion du recrutement à Fontaine. On s’est mis à utiliser Odoo, qui s’appelait auparavant Open ERP, qui est un logiciel de gestion d’entreprise en fait, qui intègre un module de gestion des ressources humaines, donc de recrutement. On a mis ça en place au sein de notre service ressources humaines à Fontaine. En fait, les retours ont été tellement bons au sein de notre service que ça s’est su dans d’autres communes et finalement on a aidé quatre autres communes à installer ce logiciel et c’est devenu aujourd’hui le logiciel de gestion du recrutement de quatre autres grosses communes sur l’agglomération grenobloise. Ça aussi c’est quelque chose qu’on ne voit pas. On se donne des conseils entre DSI, évidemment, on peut discuter de solutions, « j’ai acheté tel outil, il est vraiment très bien » ou « on rencontre des difficultés ». Mais arriver sur un besoin, on va dire nouveau, à équiper à un coût qui est quasiment nul d’autres collectivités, je trouve que ça s’inscrit parfaitement à la fois dans les valeurs du Libre et dans les valeurs du service public. C’est de l’argent public bien…

Étienne Gonnu : Bien employé, oui.

Nicolas Vivant : C’est ça !

Étienne Gonnu : C’est intéressant comme exemple, c’est une très belle illustration de l’intérêt en termes de mutualisation, d’ailleurs pas seulement technique, en termes d’échange de pratiques, d’expérience et de mise en commun. Oui, c’est très intéressant.
Je vois que le temps avance et je pense qu’il serait peut-être intéressant, même rapidement, d’évoquer la question des données publiques, de leur ouverture, de leur réutilisation potentiellement par les habitants et habitantes, les entreprises locales. Est-ce qu’il y a une politique à Fontaine ? Souvent on parle d’open data, c’est un peu le terme consacré.

Nicolas Vivant : Oui, parce que, de toute façon, on y est contraint légalement, mais pas seulement. Le principe de l’ouverture des données et de l’accès au public des données publiques est un principe qui est bon ; là-dessus il n’y a rien à dire ! La mise en place d’un portail permettant de mettre à disposition des usagers ces données-là est coûteuse et on a la chance, nous, d’avoir au niveau de la métropole, c’est-à-dire notre communauté de communes de l’agglomération grenobloise, donc la métro, un portail qu’elle a mis en place, qu’elle partage avec les communes qui le souhaitent pour mettre à leur disposition leurs données publiques. Ça c’est une très bonne chose et on va mettre en ligne nos premiers jeux de données très bientôt sur ce portail-là.
En revanche, on a été un petit peu réticents, je ne vous le cache pas, on ne s’est pas jetés tout de suite dans la bataille parce que l’open data ce n’est pas du Libre, en fait c’est vraiment très différent et j’avoue que j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi on les associe systématiquement. L’open data c’est la mise à disposition de tous des données publiques. Ces données publiques ont été produites par le public. Ça coûté de l’argent, cet argent a été investi par le public pour produire les données. Une fois que ces données sont produites, quand on les met à disposition, il faut faire très attention à ce qu’on permet en termes d’utilisation de ces données. C’est-à-dire que si on permet la privatisation de ces données publiques pour qu’elles soient éventuellement revendues aux usagers, ça veut dire que les usagers payent deux fois ces données-là : une première fois sous forme d’impôt, c’est ce qui va permettre aux collectivités territoriales de produire ces données et, une seconde fois, à l’entreprise privée qui les aura remises en forme, qui en aura fait quelque chose de sexy ou qui les aura croisées et qui va alors les revendre. Et ça, ça pose un vrai problème politique. D’autant qu’au départ, quand on a commencé à s’intéresser à l’open data, je crois que c’était autour de 2013/2014, la licence recommandée par l’organisme d’État qui pousse à l’open data, donc le fameux data.gouv.fr, c’est ce qu’on appelle la licence ouverte qui, non seulement, autorise la réutilisation commerciale des données, mais encourage, incite le privé à la réutilisation de ces données-là.

Étienne Gonnu : On avait travaillé avec eux. C’est intéressant ; vous évoquez quelque chose qui, en fait, était au centre de la chronique précédente d’ouverture de Marie-Odile Morandi, c’est l’importance de ce qu’on appelle la clause Share Alike, c’est comme ça qu’elle s’exprime dans les Creative Commons, c’est-à-dire un peu les licences à hérédité et qui imposent que les réutilisations conservent la licence libre. On voit effectivement l’importance que ça peut avoir, je ne vais pas vous paraphraser, en termes de maintien des données librement accessibles et librement réutilisables. Effectivement, il y a des problématiques très spécifiques, le point commun c’est cette éthique du partage, la réutilisation : ce qui est produit doit rester dans le pot commun puisque c’est produit, justement, avec les moyens communs.
Il nous reste deux minutes maximum, vous avez peut-être un dernier point que vous souhaitiez évoquer avant qu’on conclue notre échange ?

Nicolas Vivant : Il y a une chose que je n’ai pas dite pour que les gens se rendent compte, c’est que Fontaine est une ville de 23 000 habitants et que le service informatique représente un peu plus de 600 postes, pour que les gens aient un peu une idée de l’échelle dont on parle. Disons qu’on est une grosse PME, on n’est pas Lyon ou Paris. On n’est pas non plus une toute petite commune avec une dizaine de postes. C’était juste pour préciser ça.

Étienne Gonnu : Oui. Il n’y a pas besoin que ce soit une grande commune, une grande collectivité, une grande administration pour pouvoir s’engager comme vous le faites pour le logiciel libre, mutualiser avec d’autres communes comme vous avez pu le faire avec l’exemple que vous donniez. Je pense que c’est également important de le rappeler. On parlait de Territoire Numérique Libre, il y a des très petites communes qui ont montré leur engagement pour le logiciel libre. Je pense que c’est effectivement quelque chose d’important à rappeler.
En tout cas un grand merci Nicolas Vivant, DSI de Fontaine, pour cet échange. Je vous souhaite une très bonne fin de journée.

Nicolas Vivant : Merci beaucoup. Bonne journée à vous.

Frédéric Couchet : Merci à Nicolas. Pour ceux et celles qui voudraient voir la tête de Nicolas et le voir en vidéo, je vous invite à consulter le site de l’April, april.org et causecommune.org, vous y retrouverez un lien vers un bonus de La Bataille du Libre qui est un documentaire dans lequel était interviewé Nicolas Vivant et la vidéo a été transcrite, évidemment, par Marie-Odile Morandi, donc on fait le lien avec la première chronique.
Merci Étienne. Merci Nicolas Vivant. On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Sometimes par Minda Lacy. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Sometimes par Minda Lacy

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Sometimes par Minda Lacy, sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de Cause Commune, causecommune.fm.

Vous écouter toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur causecommune.fm.
Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet, professeur de philosophie et administratrice de l'April, sur le thème « Quand le logiciel libre n'est pas supérieur, en pratique »

Frédéric Couchet : Une lecture d’informations et de mise en perspective de la philosophie GNU, c’est la chronique « Partager est bon » de Véronique bonnet, professeur de philosophie et administratrice de l’April. Pour cette nouvelle chronique qui a été enregistrée il y a quelques semaines, Véronique va nous commenter un texte de Benjamin Mako Hill intitulé « Quand le logiciel libre n’est pas supérieur, en pratique ».

Frédéric Couchet : Je suis en compagnie de Véronique Bonnet, vice-présidente de l’April et professeur de philosophie pour sa chronique « Partager est bon ». Bonjour Véronique.

Véronique Bonnet : Bonjour Fred.

Frédéric Couchet : Quel sujet vas-tu aborder aujourd’hui dans le cadre de ta chronique ?

Véronique Bonnet : Toujours dans les textes de la philosophie GNU, je vais m’intéresser à un texte qui a été intégré à la philosophie GNU en 2013 qui, cette fois, n’est pas de Richard Stallman, mais qui est de Benjamin Mako Hill et ce texte s’appelle « Quand le logiciel libre n’est pas supérieur, en pratique ». Son titre anglais c’est When Free Software Isn't Better. Ça part d’une intervention à LibrePlanet. L’activiste Benjamin Mako Hill, qui fait partie du staff de la FSF [Free Software Foundation], qui a travaillé au projet Debian, qui est membre des instances de la FSF, est professeur à l’université de Washington. Il se trouve que ce texte est dans la lignée de beaucoup de réflexions de Richard Stallman qui s’interroge sur la différence entre une efficacité pratique, effectivement un logiciel peut être puissant, peut être très pertinent, peut avoir des effets tout à fait précis et être utilisable sans pour autant s’inscrire dans une logique d’émancipation.

Je dirais que dans ce texte de Benjamin Mako Hill, il y a déjà la manifestation que Richard Stallman, dans la philosophie GNU, fait appel à des théoriciens. Il ne verrouille pas tout ce qui manifeste une confiance dans les savoir-faire des développeurs, des speakers. Il se trouve que Benjamin Mako Hill, est un speaker, va dans le sens de ce travail collaboratif qu’est le projet GNU. Il ne s’agit pas de faire de la philosophie GNU une chasse gardée, puisque le logiciel libre a besoin de tous les savoirs pour s’inscrire dans une humanité qui est créative. Le logiciel libre est une affaire sérieuse, comme tu le sais, donc il faut s’y mettre tous.

Je vais partir du titre « Quand le logiciel libre n’est pas supérieur en pratique ». Je trouve qu’il y a une grande humilité dans ce titre. Comme le free sofware met l’émancipation au-dessus de tout, c’est sûr que dans un premier temps, comme il faut écrire du code, comme il faut atteindre une certaine maturité technologique, il y a des formes d’efficacité qui sont visées mais qui, pour autant, sont des moyens, ne sont pas fins en elles-mêmes. Le logiciel propriétaire, lui, s’inscrit dans une recherche d’efficacité pure et simple, dans une puissance et même une puissance sur les intelligences, une mainmise sur les usages, donc je dirais que se trouve arbitrée, dans ce texte de Benjamin Mako Hill, une question de priorité.

Je vais lire d’abord le tout début de ce texte qui concerne l’open source, open source qui a l’air de s’offusquer de la recherche d’efficacité des logiciels rapaces, des logiciels propriétaires, mais qui, en réalité, comme ces logiciels propriétaires, met la question d’autonomie entre parenthèses. Je lis : « Les promesses de l’open source sont de meilleure qualité, une plus grande fiabilité, davantage de flexibilité, un moindre coût et la fin d’une situation permettant à des fournisseurs rapaces de verrouiller leurs produits. » Donc il y a, certes, la prise en compte d’une tentative de l’open source de ne pas entrer dans une logique strictement prédatrice. À ceci près, et là c’est la phrase suivante, vous avez de la part de Benjamin Mako Hill la question : où est passée la question de la liberté ? Si on vise l’efficacité, après tout, si on ne vise que l’efficacité, pourquoi ne pas s’en tenir à la rapacité de logiciel propriétaire ? Donc si l’open source se place seulement sur le terrain de la technicité, après tout, pourquoi est-ce que ce mouvement n’avoue pas qu’il est dans la même logique de la recherche d’usages qui ne sont pas nécessairement des usages autonomes, qui vont être des usages peut-être facilités mais qui ne s’inscriront pas dans la tentative du free software de responsabiliser les utilisateurs.

Benjamin Mako Hill se réfère à Richard Stallman aussitôt après : « Les développeurs de logiciels privateurs ne sont pas forcément incompétents. Parfois ils produisent un programme qui est puissant et fiable, bien qu'il ne respecte pas la liberté des utilisateurs. » Question, et je reviens au titre lui-même « Quand le logiciel libre n’est pas supérieur, en pratique », ne faut-il pas dire qu’il est en tout cas supérieur au sens d’une exigence qui est éthique puisqu’au moins le logiciel libre vise la liberté ? Voilà ce qu’écrit Benjamin Mako Hill : « L'amélioration en qualité due à la maturation d'un projet n'est que la cerise sur le gâteau ». La technicité, la fiabilité sont comme une cerise sur le gâteau, certes très appréciables par les utilisateurs, mais l’essentiel est défini par les quatre libertés de l’utilisateur. D’où la conséquence : Benjamin Mako Hill montre que l’open source, finalement, n’a pas grand-chose à dire, n’a pas grand-chose à dire puisque ce mouvement est privé de la préoccupation éthique du logiciel libre. Donc la majorité des projets libres ne sont même pas collaboratifs, j’ajoute la majorité des projets « dits libres », ceux de l’open source, et là on peut se demander à quoi bon l’open source ? Alors que dans le free software la liberté est bien le but et l’efficacité est bien un moyen de ce but.

Pourquoi m’attarder sur la conclusion de cet argumentaire qui, progressivement, rapproche le logiciel open source du logiciel propriétaire en montrant que tous les deux méconnaissent l’autonomie comme finalité ultime. La conclusion est limpide : « Dans le cadre du libre, les logiciels de haute qualité existent comme un moyen plutôt que comme une fin en soi. Les développeurs de logiciels libres doivent s'efforcer de créer des logiciels fonctionnels, flexibles, qui servent bien leurs utilisateurs. Mais ceci n'est pas le seul moyen de progresser vers la réalisation d'un objectif qui est à la fois plus simple et bien plus important : respecter et protéger leurs libertés. »

Je ferai ici le lien, puisque la philosophie est mon activité, ma profession, entre le projet GNU et un projet qui a engagé un certain groupuscule de philosophes, c’était au 18e, c’était le projet de l’Encyclopédie. Lorsque Diderot et D’Alembert ont publié les planches des machines – des machines à tisser, des outils qui étaient utilisés dans les premières manufactures – bien sûr il était important que les dessins soient efficaces, il était important que les outils soient bien représentés, que les articles de l’Encyclopédie soient clairs, il a été certainement fait appel aux meilleures plumes de l’époque, beaucoup ont collaboré à l’Encyclopédie, mais je dirais que au-delà, l’essentiel de l’essentiel, c’était l’esprit qui réunissait tous ces intellectuels qui ne voulaient plus qu’il y ait d’un côté ce qu’on appelle les arts libéraux, ceux qui étaient réservés à l’élite, ceux qui pouvaient étudier la mathématique, l’astronomie, la musique, et de l’autre les arts dits serviles, l’artisanat, les savoir-faire extraordinaires de ceux dont on ne reconnaissait pas la compétence. Donc analogie avec le projet GNU puisque si on représente les mécanismes qui sont dévoilés dans l’Encyclopédie, si on amène les contemporains à s’approprier ces savoir-faire, il y a quelque chose des libertés du free software au sens où les planches de l’Encyclopédie permettent d’étudier, connaître, éventuellement améliorer – puisque l’Encyclopédie voyage en l’Europe, il y a une très large diffusion – pour rendre plus performants, plus compréhensibles des savoir-faire qui sont extraordinaires et respectables ; l’esprit c’est vraiment le respect.
Donc je dirais, pour terminer cette chronique, que faire de la liberté ce qui est au-dessus et qui est même au-dessus de la performance, c’est la faute à Voltaire, c’est la faute à Rousseau, c’est la faute au projet GNU.

Frédéric Couchet : Merci Véronique pour cette belle conclusion. Le titre de l’article du professeur Benjamin Mako Hill c’est « Quand le logiciel libre n’est pas supérieur, en pratique », il est sur le site de GNU, gnu.org – g, n, u point org – à fois en anglais et en français et même dans d’autres langues. Les références sont également sur le site de l’April.
C’était la chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet, professeur de philosophie et vice-présidente de l’April. Merci Véronique et belle journée.

Véronique Bonnet : Belle journée à toi Fred.

Frédéric Couchet : Merci.
C’était la chronique enregistrée il y a quelques semaines par Véronique Bonnet que nous retrouverons sans doute le mois prochain et, sans doute, en direct dans le studio.
Nous approchons de la fin de l’émission, nous allons terminer par quelques annonces

Annonces

Frédéric Couchet : La semaine dernière nous avons enregistré la première interview bonus en vidéo pour l’émission Libre à vous !, trois questions posées à Vincent Calame qui propose chaque mois la chronique « Jouons collectif ». Vous allez sur april.org et vous retrouverez l’interview bonus qui dure 2 minutes 43. N’hésitez pas à nous faire des retours sur la durée : est-ce que vous souhaitez plus court ? Est-ce que la durée est bonne ? Plus long ? Avant l’émission on a enregistré l’interview bonus de mon collègue Étienne Gonnu qui sera en ligne d’ici quelques jours.

En avril, les 4 et 5 avril 2020, il y a aura les Journées du Logiciel Libre de Lyon qui reviennent. Vous avez jusqu’au 31 janvier 2020 pour proposer une conférence pour ces Journées du Logiciel Libre de Lyon. Le site c’est jdll.org.
Si vous nous souhaitez nous rencontrer, partager un verre et autres gourmandises avec nous, il y a l’apéro April ce vendredi 24 janvier à 19 heures, dans les locaux de l’April, dans le 14e arrondissement de Paris. Vous retrouverez évidemment les références sur april.org.
La semaine prochaine il y a l’évènement annuel de Webassoc. C’est une journée de conférences pour les organisations non gouvernementales, associations humanitaires, de solidarité et d’environnement, organisée par des professionnels du web « résolument bénévoles », je lis la description, et le thème de l’édition 2020 c’est « Renforcez vos combats associatifs avec le Web ». Laurent Costy qui est administrateur de l’April et qui s’occupe notamment du groupe de travail Libre Association interviendra dans cet évènement annuel de Webassoc. Le lieu est à Paris et toutes les références sont sur le site de l’April.
Tous les autres évènements vous les retrouverez évidemment, comme d’habitude, sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org. Cette semaine il doit y avoir une quarantaine d’évènements en France.

Notre émission se termine. Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission du jour : Marie-Odile Morandi, Nicolas Vivant, Véronique Bonnet ; aux manettes de la régie aujourd’hui Étienne Gonnu.
Merci également à Sylvain Kuntzmann qui va traiter le podcast, à Olivier Grieco qui va le finaliser et le mettre en ligne et aussi pour le coup de main en amont de l’émission où on a eu un petit problème technique avec le téléphone.

Vous trouverez sur le site de l’April, april.org et sur le site de Cause Commune, causecommune.fm, une page avec toutes les références utiles par rapport à cette émission, également les moyens pour nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Toutes vos remarques sont les bienvenues.

Nous vous remercions d'avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission, n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et également à faire connaître radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 28 janvier 2020 à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur le Health Data Hub et, contrairement au nom anglais, c’est une plateforme française de données, les données de santé des patients et patientes français et nous verrons les problématiques que cela pose.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi prochain et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission :Wesh Tone par Realaze.

On ne supporte plus ! - Décryptualité du 20 janvier 2020

sam, 01/25/2020 - 09:03


Titre : Décryptualité du 20 janvier 2020 - On ne supporte plus !
Intervenant·e·s : Mag - Manu - Nolwenn - Nico
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 20 janvier 2020
Durée : 16 min 19
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 3 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Image by kalhh from Pixabay, smiley-emoticons-emotion-excuse-me - Pixabay License
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Voix off de Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Nico : Semaine 3. Année 2020. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Nolwenn.

Nolwenn : Salut Nico.

Nico : Pas de Luc aujourd’hui.

Manu : Encore pas ! Toujours en voyage.

Nico : Qu’est-ce qu’on a au sommaire aujourd’hui ?

Mag : On a pas mal d’articles. Le premier c’est Ballast, « La part anarchiste des communs », par Édouard Jourdain.

Manu : Un long article du point de vue anarchiste qui parle d’une forme d’économie finalement alternative, les communs, et un peu de logiciel libre, notamment, parce que c’est un des communs. C’est plutôt intéressant mais très orienté, bien sûr.

Mag : L'ADN, « Comment Bellingcat a enquêté sur le crash du Boeing Ukrainien en Iran ? », par David-Julien Rahmil.

Manu : C’est assez étrange de retrouver ça dans la revue de presse, mais ça se présente comme étant une enquête open source et c’est l’enquête qui aurait révélé que c’était des missiles iraniens qui avaient détruit le Boeing ukrainien en Iran. Donc quelque chose d’assez important au niveau international, même au niveau historique, et tout cela s’est construit à l’aide de différentes vidéos, de différents témoignages qui venaient d’un peu partout en Iran et qui ont été analysés, remontés et étudiés avec des outils libres, entre autres, et avec beaucoup d’intelligence répartie pour calculer la vitesse à laquelle les missiles se sont déplacés, les distances en jeu, repérer sur les images les bâtiments, la localisation, en déduire une localisation plus précise. Donc un gros travail qui avait déjà été fait pour un autre Boeing en Ukraine, le Boeing détruit par la Russie à l’époque.

Nolwenn : Donc c’est de l’open source et de l’open data en même temps.

Manu : Oui, il y a de ça, largement. Il n’y a pas que ça, mais globalement c’est une façon de voir la philosophie du Libre : réutiliser pour faire une enquête, une investigation au niveau international, plutôt intéressant même si ce n’est pas du logiciel libre.

Mag : cio-online.com, « La Défense Nationale va-t-elle basculer sur un poste de travail libre ? », par Bertrand Lemaire.

Manu : C’est quelque chose dont a beaucoup parlé dans le passé, notamment sous la forme de l’« Open Bar » qui était une forme de contrat, un accord entre le ministère et Microsoft pour utiliser tous les logiciels Microsoft à l’envi et payer seulement après en fonction de leur consommation. Donc là, il semblerait qu’il y a du mouvement et peut-être du mouvement pour aller vers des postes en logiciel libre. C’est très intéressant et l’April travaille pas mal là-dessus.

Mag : Silicon, « Open Source, DevSecOps, Cloud-Native : trois prédictions pour 2020 », par Nabil Bousselham.

Manu : C’est un article un peu classique en début d’année, on essaye de voir, on essaye de prédire ce qu’il va se passer dans l’année. Là, les trois sujets qui sont mis en avant, qu’on aime bien, du Libre, des méthodologies et de la technologie d’hébergement. Allez jeter un œil, je pense que ce n’est pas nouveau, il y aura d’autres prédictions qui vont sûrement arriver et surtout, à la fin de l’année, il faudra voir si ça s’est réalisé.

Mag : usine-digitale.fr, « Que faire en cas de non-respect d'un contrat de licence de logiciel ? », par Pascal Agosti.

Manu : Pascal Agosti est un avocat et il discute de jugements qui se sont passés il y a peu de temps sur des problématiques de contrats de licence et de leur infraction. Est-ce que c’était des infractions contractuelles, des contrefaçons ? C’est plutôt intéressant, mais je ne sais pas à quel point c’est réaliste, parce que ce sont des sujets assez pointus et parfois il y a des avocats qui n’ont pas des opinions qui nous plaisent tout à fait.

Nico : Ça dépend aussi beaucoup de la jurisprudence. Des fois ça souffle à droite, un autre jour ça souffle à gauche. C’est vrai que pour l’instant je crois qu’il y a une grosse affaire en cours sur le sujet d’ailleurs, donc il n’y a encore rien de vraiment précis. Il faut attendre malheureusement les juridictions pour savoir ce qu’il en est exactement.

Mag : Et le dernier article, RTBF Info, « Clap de fin pour Windows 7, l'occasion de passer à l'open source Linux ? », par M.A.

Manu : Ça peut être le sujet de notre semaine, c’est-à-dire parler de la fin d’un système d’exploitation, d’une version d’un système d’exploitation et profiter de cette fin pour passer à autre chose, sachant que c’est quoi une fin d’un système d’exploitation ?

Nico : En fait, ils ont dit qu’ils allaient arrêter le support. Ça veut dire qu’il n’y a plus de mises à jour. Si vous appelez Microsoft, leur téléphone ne répond plus, etc. Donc passez à autre chose, maintenant c’est mort, il va falloir migrer.

Manu : Du point de vue de Microsoft il s’agit de migrer vers quoi, normalement ?

Nico : Windows 10, c’est bien ce qu’ils espèrent, que tout le monde va sauter le pas pour y aller.

Manu : Sachant que ce sont des problématiques qu’on rencontre depuis déjà très longtemps, ce n’est pas nouveau, sur Windows XP, une vieille version et puis sur d’autres versions encore de Windows.

Nico : Vista.

Manu : Oui, il y avait cette problématique de fin de vie de maintenance et une fois qu’on arrive à la fin de vie de maintenance de ce genre de produit-là, eh bien on est tout seul quoi !

Mag : Qu’est-ce qu’on risque si, du coup, on ne veut pas passer à Windows 10 et qu’on veut rester sous Windows 7 ?

Nolwenn : Des gros trous de sécurité ?

Nico : C’est ça. Comme il n’y a plus de mises à jour, les trous de sécurité existent. Tant qu’ils ne sont pas connus ça va continuer, mais dès qu’il va y avoir des failles annoncées, eh bien il n’y a pas de correctifs, donc tout le monde va savoir exactement comment rentrer chez vous et utiliser ces failles. Si ce n’est pas mis à jour, vous êtes à poil.

Nolwenn : C’est cool les distributeurs de billets qui se mettent à distribuer des billets à tout le monde !

Manu : Donc les vieilles versions d’un système d’exploitation qui est très utilisé ce sont des cibles privilégiées. Il y a plein de hackers qui vont les désigner en premier parce qu’il va toujours se révéler des failles. On sait que régulièrement on découvre des failles qui étaient dans le code depuis des années et des années, 10, 15 ans, ça peut traîner depuis très longtemps.

Nico : C’est marrant parce que d’ailleurs la fin de support de Windows 7 tombe exactement avec la publication d’une grosse, grosse faille de sécurité qui touche à peu près tous les XP existants, enfin tous les Windows existants.

Nolwenn : Ce n’est pas la NSA d’ailleurs qui l’a révélée ?

Nico : Si, si, c’est la NSA qui a révélé ça et qui a même déjà fait préventivement des patchs sur ses propres systèmes et sur tous les systèmes critiques. Je crois que c’est tombé trois jours après la fin du support de Windows 7, donc on ne sait pas si Windows 7 va avoir les mises à jour de faites ou pas. Potentiellement, vous allez avoir des problèmes !

Manu : On peut supposer que les patchs vont arriver plutôt rapidement, a priori c’est quelque chose d’énorme, et que même si Windows 7 officiellement n’a plus de support ils vont quand même publier dans ce cadre-là parce qu’il y a plein de gens qui ont Windows 7 sur leur poste et qui ne vont pas migrer là, comme ça, du jour au lendemain.

Nolwenn : Mais est-ce que les patchs vont arriver avant le 14 janvier ? Pardon on est le 20 !

[Rires]

Manu : C’est déjà fini par rapport à cette date de fin de support, mais non ! Ils ont supporté Windows XP en particulier parce que Windows XP était très utilisé dans beaucoup de systèmes, donc malgré les dates qui étaient passées, ils ont continué à fournir des patchs, des mises à jour, ils ont continué à travailler avec des ministères. Aux États-Unis, il y a des ministères qui ont payé Microsoft pour continuer le support parce que ce n’était pas possible de bouger de Windows XP comme ça rapidement.

Nico : De très grosses entreprises aussi qui n’ont pas le choix, qui se retrouvent bloquées avec ces versions-là.

Nolwenn : Des instituts de recherche aussi qui sont sur des machines très spécifiques et où il n’y a que le logiciel du fabricant de la machine qui tourne sur un vieux Windows, qui peut faire fonctionner l’appareil.

Nico : Des gens qui sont pieds et poings liés, donc qui n’ont pas d’autre choix que d’acheter la licence, le support et faire des pieds et des mains avec Microsoft en disant « s’il vous plaît, vous ne pouvez pas nous aider à garder ce truc-là en vie ? »

Manu : Sachant qu’il ne faut pas rêver, la mise à jour vers une nouvelle version du système d’exploitation est parfois quasiment impossible parce que le matériel, généralement, ne le supporte pas. Je ne connais pas les détails pour Windows 10, mais généralement il faut plus de mémoire, des microprocesseurs plus costauds, de la place sur le disque dur plus importante. J’ai vu des ordinateurs fondre parce qu’on était passé de Windows XP à Windows 7 et qu’il n’y avait plus de place.

Mag : Bon ! Ça va !

Nico : C’est un peu la même chose entre 7 et 10. En gros, il faut vraiment faire une grosse mise à jour et les ordinateurs de 5/6 ans d’âge ne sont quasiment pas utilisables avec Windows 10. Les utilisateurs se retrouvent en fait bloqués, à devoir changer tout leur matériel pourtant avec une machine qui tient la route.

Mag : Dans ce cas-là, quitte à changer de matériel, autant prendre une alternative libre.

Nico : Oui, toujours avec le problème de la vente liée, etc., pour en trouver sans Windows dedans ça va être compliqué et c’est là qu’on tombe dans le ridicule parce que ça veut dire que si vous voulez migrer à Windows 10, vous allez devoir racheter un Windows alors que vous aviez déjà une licence avant qui était censée être une licence perpétuelle mais qui, du coup, n’est pas si perpétuelle que ça et que ça ne se transmet pas de version à version. Donc il va falloir racheter un Windows, racheter autant de Windows que vous avez de machines, généralement, puisque vous allez en racheter pour votre PC portable, pour votre tablette, pour votre PC de bureau et chaque fois vous payez une licence ! Alors que normalement vous devriez avoir le droit de vous resservir de l’une à l’autre ou, en tout cas, de vous les faire rembourser, mais aujourd’hui juridiquement c’est très compliqué.

Nolwenn : Après, la solution de passer au Libre c’est très facile quand c’est sur un ordinateur de bureau que ce soit pour faire de la bureautique, pour faire du graphisme ou autre, même si d’un point de vue graphisme il y a peut-être des outils qui manquent encore sous Linux, mais je vois dans le cadre de la recherche scientifique, moi je travaille dans des laboratoires de biologie, par exemple un séquenceur, je vois mal Illumina1 dire : « OK, on fait du support sur Linux ». Ça va être très compliqué de convaincre les fabricants.

Manu : Je connais des libraires qui utilisent des logiciels pour la gestion de leur librairie qui ne tournent que sous Windows et qui vont avoir effectivement du mal à migrer sous du logiciel libre, si ce n’est en étant embarqué par exemple dans un VirtualBox2 donc une solution de virtualisation, mais ce n’est pas forcément efficace pour l’ordinateur, ce n’est pas facile à gérer.

Nico : De toute façon il faudra acheter vos licences parce que même si vous faites tourner ça dans une VirtualBox il faudra la licence Windows derrière.

Manu : En le virtualisant, en le mettant à l’intérieur d’une boîte, quelque part on l’éloigne un petit peu d’Internet, un petit peu, et, sans que ce soit parfait, ça rajoute une couche qui va être un petit peu plus difficile à percer et on peut mettre moins de choses sur ce système et garder comme ça un vieux système d’exploitation.

Nico : Par exemple, ne pas le connecter à Internet, des fois vous n’en avez pas forcément besoin : par exemple un logiciel de comptabilité vous pouvez l’utiliser sans avoir Internet, du coup vous le mettez là-dedans, il ne va pas bouger, ça devrait tenir.

Manu : Clairement il y a plein de gens pour lesquels ça devrait s’appliquer. Le mieux c’est d’aller dans un GULL et de suivre une install-partie, une installation en groupe. Par exemple chaque premier samedi du mois à La Villette.

Nolwenn : Quand il n’y a pas la grève !

Manu : Il y a plein de geeks qui sont là, qui sont présents et qui attendent d’aider ceux qui sont intéressés à passer à du Libre.

Mag : Les GULL ce sont les Groupes d’utilisateurs de logiciels libres, vous venez à La Villette sur Paris, mais il y a plein d’autres endroits partout en France où ils sont actifs. Vous avez plein de gens très sympathiques, qui ne sont pas forcément des geeks, qui vous aident à passer soit à un nouveau système soit même à utiliser des logiciels libres qui seront nouveaux pour vous.

Nico : Si vous voulez avoir la liste de tout ce qui existe, vous allez sur l’Agenda du Libre3, vous allez l'avoir par département ; vous pouvez chercher dans votre région ce que vous avez pas loin de chez vous et voir s’il y a des évènements. N’hésitez pas à contacter les gens, même s’il n’y a rien d’officiel, allez voir une association dans le coin en disant « j’ai Windows 7 et je n’ai pas envie de réinvestir dans du Windows 10, qu’est-ce que vous me proposez ? » Et vous allez voir que votre PC qui ramait sous Windows 7, on peut en faire un truc qui va marcher du feu de Dieu.

Manu : Il va retrouver une nouvelle vie.

Nico : Clairement il va retrouver une nouvelle vie et vous n’allez pas avoir besoin de racheter du matériel pour ça. Ça ne prend pas beaucoup de temps au final. La plupart du temps, il faut juste penser à faire des sauvegardes parce qu’il va falloir tout réinstaller, forcément, donc faites vos sauvegardes. Il va falloir aussi changer un peu vos habitudes, forcément, ce ne sont pas les mêmes logiciels que vous allez retrouver, mais il y a toujours des équivalents et, pour un usage bureautique classique, ça va très bien se passer. Il n’y a aucun problème là-dessus.

Nolwenn : L’environnement de bureau, même s’il peut être très différent, il peut aussi être très proche de ce que vous connaissez déjà pour commencer à vous familiariser avec le système.

Manu : C’est peut-être une des raisons qui fait que le ministère de la Défense [ministère des Armées, NdT] est en train d’évaluer le passage à un poste libre. Au niveau des institutions ça a l’air de bouger, il y a l’air d’avoir un peu de recul parce que les ministères français étaient embrigadés dans du tout Microsoft quasiment.

Nico : Surtout je pense que ce qui change la donne c’est qu’autant XP avait eu un gros âge d’or et a duré assez longtemps, je pense qu’il a duré pas loin de 10 ou 15 ans minimum en étant bien actif, avec beaucoup de support.

Manu : Oui, depuis le début des années 2000.

Nico : Et là on se retrouve en quelques années avec Vista, 7, 10 et à chaque fois il faut tout changer, donc ça devient intenable ! En fait, les entreprises ont à peine fini leur migration d’une version n – 2 qu’il faut déjà changer la n – 1 et prévoir la migration vers la version n, donc elles en ont marre de devoir tout changer à chaque fois. Il y a peut-être un petit appel du pied de beaucoup de personnes pour justement changer ça, que ce soit en termes de matériel – arrêter de changer les machines –, en termes de dépendance logicielle demander aussi aux constructeurs ou autres de proposer des pilotes pour le Libre, des bindings, ce qu’on appelle des bindings en programmation pour ne pas se limiter à un environnement mais à tout ce qui existe et sur des choses qui sont standards plutôt que des trucs vraiment très spécifiques et avec des logiciels complètement designés pour un usage. Ça doit changer parce que c’est vrai que ça coûte très cher pour les grands groupes en particulier. Pour des besoins très spécifiques, les migrations de ce type-là c’est vraiment un casse-tête sans nom et on se retrouve généralement avec des machines très anciennes. La preuve, on a encore des XP dans les distributeurs automatiques de billets, parce qu’on ne sait pas changer ces outils-là.

Nolwenn : Très cher pour les grands groupes, c'est vrai que les grands groupes ont les moyens, mais les petits groupes ? Là, moi je vois que les machines qui sont utilisées coûtent déjà très cher de base, le logiciel pour les manipuler n’est pas forcément donné non plus. Du coup, ça veut dire que si tu changes le logiciel tu es obligé de changer le système d’exploitation. Si tu changes le système d’exploitation et le logiciel, tu dois changer la machine. Donc quand tu as une machine qui coûte déjà 30 000 euros d’entrée, tu réfléchis à deux fois avant d’acheter !

Mag : Il faut dire que Windows 10, dans le genre Windows, c’est la pire solution qu’ils nous ont proposée. Ça avantage le cloud, ce n’est pas sur les machines, c’est intrusif, ça espionne. Enfin de tous les Windows qu’ils nous ont sortis, c’est vraiment !

Nico : Ils ont tendu vers le Google Chrome avec tout à distance, en utilisant Office 365 à fond, ne plus rien stocker sur vos disque parce que, du coup, les disques sont très petits, mais le problème c’est qu’on est complètement liés avec eux, et le jour où vous voulez les quitter vous ne pouvez pas. Le jour où ils décident, comme ils l’ont fait récemment, « tiens on va vous mettre de la pub qui avant était facultative, maintenant c’est obligatoire » ; quand vous ouvrez le menu « Démarrer » que vous voulez jouer au solitaire, vous n’avez pas le choix !

Manu : Dans le menu « Démarrer » il y a de la pub ?

Nico : Dans le menu démarrer vous avez de la pub !

Manu : Effectivement les Chromebooks, eux, font aussi une percée, sachant que c’est largement basé sur du logiciel libre. Les Chromebooks c’est du Android pour l’essentiel.

Nico : C’est ça, c’est un Android un peu bizarre, c’est une base Linux avec un Android par-dessus et effectivement, tout est dans la sphère Google, tout est en ligne, et votre PC ne sert quasiment à rien, sinon à faire de l’affichage et aujourd’hui vous êtes sur des matériels que vous ne pouvez même pas installer en GNU/Linux tellement c’est compliqué. Vous n’avez pas le choix, vous avez le Chrome dessus et c’est tout quoi. On a une amie qui a acheté une machine comme ça il n’y a pas très longtemps, et c’est quasiment mission impossible d’installer un GNU/Linux4 standard dessus.

Nolwenn : SebOss, si tu nous entends.

Manu : Donc c’est quoi ? C’est passer de Charybde en Scylla ? Si on passe de Microsoft à Chromebook, peut-être qu’on utilise du logiciel libre, donc c’est moins pire de ce point de vue-là, mais on reste bloqué dans une cage dorée. On peut passer à Apple, j’imagine aussi, ça reste encore une autre cage dorée, mais jolie.

Nico : Aujourd’hui, il est vrai que le marché a tendance à se refermer de plus en plus. On a aussi beaucoup de téléphones mobiles, les PC standards disparaissent de plus en plus du marché, ce sont beaucoup de tablettes et de téléphones mobiles. On va voir ce que ça donne aussi à ce niveau-là. Au niveau PC, malheureusement Windows est un peu en train de se tirer des balles dans le pied avec les différents mouvements, avec pub, cloud, etc. Donc à voir ! Le ministère de la Défense était pourtant un puissant allié de Microsoft et c’est peut-être aussi pour ça qu'ils sont quand même en train de changer de casaque, c’est quand même une grosse new.

Manu : En tout cas ils se posent officiellement des questions, ce qui est déjà pas mal, parce que se poser des questions c’est déjà la moitié de la solution. Moi, ce que j’attends de voir, ce sont les prochaines grosses failles exploitées sur Windows, on verra si ça touche la France notamment parce que ça peut être considérable.

Mag : Sur ce, bonne semaine à tous.

Nolwenn : Bonne semaine.

Manu : À la semaine prochaine.

Nico : À la semaine prochaine tout le monde.

Raconter les libertés informatiques à la radio - Frédéric Couchet

ven, 01/24/2020 - 14:12


Titre : Raconter les libertés informatiques à la radio
Intervenant : Frédéric Couchet
Lieu : Ubuntu Party Paris
Date : novembre 2019
Durée : 1 h
Visionner la vidéo
Visualiser ou télécharger le diaporama support de la présentation
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.

Description

Depuis mai 2018, l'April anime, sur la radio Cause commune, une émission consacrée aux libertés informatiques. Libre à vous ! se veut un lieu d'informations et d'échanges sur les dossiers politiques et juridiques traités par l'association et les actions qu'elle mène au quotidien. Libre à vous ! c'est aussi l'actualité du Libre, des invités aux profils variés, de la musique sous licence libre, des actions de sensibilisation…
Lors de cette présentation, nous reviendrons sur les origines et les objectifs de ce projet, son organisation, son évolution. Nous diffuserons également quelques extraits marquants de Libre à vous ! qui, peut-être, vous donneront envie de nous rejoindre dans cette aventure et/ou d'intervenir au cours de l'émission.

Transcription

Bonjour à tous. Bonjour à toutes. Je vais vous raconter pourquoi à l’April on a fait une émission de radio par rapport à nos activités.
Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Il y a pas mal d’informations sur le diaporama, notamment des sites web, des informations chiffrées. Le diaporama est déjà en ligne. Je vous le remettrai à la fin, normalement il est en bas à chaque fois, vous avez la version PDF et la version LibreOffice, c’est bien apr1.org/Xz.
Avant de commencer, comme en plus on est en petit comité ça va tomber très bien pour d’adapter un petit peu ce que je vais vous dire, je vais vous poser quelques questions. Je vais déjà vous demander qui ici a entendu parler de l’April ? Très bien. Qui a entendu parler de la radio Cause Commune ? Ouais ! Qui a déjà entendu parler de l’émission Libre à vous ! ? Qui a déjà écouté l’émission Libre à vous ! ? Super. Qui écoute encore la radio de nos jours soit en bande FM, soit sur Internet ? OK. Qui écoute des podcasts ? D’accord. OK !

On va commencer.
Je vais déjà vous expliquer rapidement ce qu’est l’April pour que vous compreniez pourquoi on a fait une émission de radio. On a un stand à quelques mètres de là avec plein de dépliants et plein d’informations complémentaires. Nous, l’April, notre philosophie c’est « logiciel libre, société libre ». On considère que le logiciel libre est une part fondamentale d’une société libre, c’est la partie informatique et c’est pour ça que l’on se bat depuis 1996, donc on a 23 ans d’existence. Aujourd’hui on a 4000 membres. Ça va de personnes qui utilisent des logiciels libres mais pas forcément tous les jours jusqu’aux personnes qui développent des logiciels libres, il y a des entreprises, il y a des collectivités, il y a des associations.
On est une équipe salariée de quatre personnes, pour faire le lien avec la présentation d’avant, nous on a quatre personnes, moi je suis le délégué général, et on a des bénévoles très actifs, des bénévoles qui font, notamment, un certain nombre d’actions : il y a des bénévoles qui tiennent le stand avec moi ce dimanche, mais on a également beaucoup d’actions de sensibilisation, par exemple il y a deux ateliers, je ne sais pas si vous êtes allé, il y a le jeu du Gnou avec Mohican. On a fait un jeu imaginé à partir du jeu de l'oie, c’est un jeu coopératif qui a pour but d’expliquer un petit peu à la fois les dangers de l’informatique et les perspectives offertes par le logiciel libre. Ça s’appelle le jeu du Gnou et c’est en cours d’élaboration. Il y a eu deux ateliers lors de l’Ubuntu Party. On fait des interviews, des traductions, des transcriptions. On a des actions autour du monde associatif et du logiciel lire. On a Libre en Fête qui sont des événements organisés nationalement au cours du mois de mars, donc beaucoup d’actions de sensibilisation.
Un autre gros dossier actuellement : chapril.org1, notre participation à l’aventure de Framasoft2 pour Dégoogliser Internet, donc offrir des services libres, éthiques et loyaux. On l’a ouvert très récemment, pour l’instant il n’y a que quatre ou cinq services disponibles sur le chapril.org, mais ça va se rajouter. Par exemple il y a un service qui permet de gérer des prises de rendez-vous, un service de bloc-notes ; un bloc-notes c’est un site web sur lequel vous pouvez taper du texte de façon collaborative, sans vous inscrire et de façon directe. Ça c’est une action importante. Ça c’est toute la partie, on va dire, sensibilisation, promotion, offrir des services.

On a une deuxième partie, qui est très importante, qui est l’action institutionnelle. Qu’est-ce que c’est que l’action institutionnelle ? Tout à l’heure Krhys, dans sa présentation3 sur FFDN [Fédération des Fournisseurs d'Accès Internet Associatifs] et FDN, a notamment parlé des exégètes amateurs et des recours en justice, nous on mène cette action institutionnelle depuis, on va dire, 1998 à peu après. Il y a deux axes : le premier axe c’est d’essayer de lutter contre toutes les lois qui peuvent mettre en danger nos libertés informatiques. Ça peut être les brevets logiciels, c’est-à-dire des monopoles sur des idées, ça peut être les DRM, ces menottes numériques qui empêchent un certain nombre d’usages. Ça ce sont des actions en termes de défense.
Il y a des actions plutôt positives : on essaie de promouvoir une notion qui est la priorité au logiciel libre dans l’espace public, donc déjà au niveau des services publics et à titre individuel. Par exemple, on agit auprès des parlementaires, qu’ils soient européens ou français, pour que des dispositions législatives soient intégrées dans la loi qui donneraient la priorité au logiciel libre dans le service public. Typiquement aujourd’hui, le service public pourrait, enfin devrait, utiliser majoritairement des logiciels libres et ne choisir des logiciels privateurs qu’à certaines conditions.
Ces deux types d’actions sont très différents et la deuxième, les actions institutionnelles, on a une difficulté ou en en tout cas quelque chose qui est inhérent à ces actions, c’est la difficulté de faire comprendre ces actions, la difficulté d’avoir des synthèses sur ces actions parce qu’elles sont très compliquées, à la fois juridiquement, politiquement. Donc depuis des années on a cette problématique de se dire comment on peut rendre accessibles ces actions et comment on peut faire pour proposer aux gens de participer à ces actions et principalement les actions institutionnelles.
Et c’est là qu’on a eu non pas une idée, mais on a profité d’un contexte qui est l’arrivée sur la bande FM, depuis fin 2017, de la radio Cause Commune. Cause Commune c’est 93.1 en Île-de-France et causecommune.fm sur Internet4. Avant que ce soit une radio en FM, c’était d’abord une web radio qu’on connaissait bien, qui a d’ailleurs couverts des événements comme l’Ubuntu Party qui s’appelle Libre à Toi. Depuis quelques années, cinq/six ans, cette web radio diffusait un certain nombre de contenus, d’émissions autour de l’informatique, du partage des savoirs, des cultures, etc., et couvrait un certain nombre d’événements du logiciel libre.
Quelques temps avant novembre 2017, le CSA [Conseil supérieur de l'audiovisuel] rouvre des fréquences sur la bande FM. Il faut savoir que les fréquences de radio bande FM, que ce soit à Paris ou ailleurs, ce sont des fréquences rares et les ouvertures de fréquences ou les renouvellements de fréquences c’est vraiment ponctuel. Il se trouvait qu’en fait il y avait une radio associative qui ne pouvait plus assurer sa diffusion sur la bande FM, donc le CSA a ouvert un appel d’offres et l’association Libre à Toi a proposé d’avoir une radio qui s’appelle Cause Commune, la voix des possibles, autour du partage du savoir, des cultures, donc pas simplement le logiciel libre, c’est plus étendu, ça peut parler de semences, d’éducation, de savoirs, de culture, de recherche, etc., et le CSA a donc accordé cette fréquence. Point important déjà en termes de bande FM, c’est en temps partagé avec une autre radio. Si vous vous connectez à 93.1 FM en Île-de-France, en fonction de l’heure, vous allez être soit sur Cause Commune soit sur Radio Aligre. C’est pour ça que souvent, quand on écoute les radios, on a le rappel du nom de la radio pour savoir où on se trouve.
Les horaires de la radio Cause Commune : de midi à 17 heures en semaine et de 21 heures à 4 heures, le vendredi de 21 heures au samedi 16 heures et le dimanche de 14 heures à 22 heures. C’est un peu compliqué. Rassurez-vous, c’est plus simple sur le site causecommune.fm sur lequel la radio diffuse tout le temps. Quand elle ne diffuse pas en FM, elle diffuse des rediffusions ou de la musique libre.
Ce qui va changer bientôt c’est l’arrivée sur la radio numérique terrestre, à partir de janvier 2020, la radio Cause Commune sera diffusée 24 heures sur 24 sur la bande de radio numérique terrestre en Île-de-France. Là il n’y aura pas de problème. Le seul truc, évidemment, c’est qu’il faut avoir un matériel qui capte ce genre de technologie.
La radio Cause Commune n’est constituée que de bénévoles, point important. Ce sont vraiment des gens bénévoles qui contribuent. Deux d’entre eux vont peut-être passer tout à l’heure s’ils n’oublient pas. En tout cas, si vous croisez Charlotte et Olive qui sont dans l’équipe d’organisation d’Ubuntu Party, ils font partie de l’équipe et ils ont une émission tous les lundis de 12 heures à 13 heures 30 sur l’actualité politique et sociale.
Le studio est dans le 18e.
Ça c’est la radio Cause Commune. Nous on les connaît déjà depuis l’époque Libre à Toi, ils avaient couverts plusieurs événements où l’April était intervenue.
Donc en novembre 2017, ils ont une fréquence sur la bande FM.
Nous, si on revient au point de départ des actions institutionnelles dont je vous parlais au début, on a une problématique qui est d’arriver à faire des présentations synthétiques de nos dossiers, arriver à les rendre accessibles au plus grand nombre et pas simplement au geek de base qui va nous suivre, mais vraiment au plus grand nombre et proposer des moyens d’action. Quand, par exemple, on propose ou on pousse des amendements à l’Assemblée nationale en faveur du logiciel libre, un moyen d’action à proposer c’est d’encourager les gens à appeler leur parlementaire ou à envoyer un courriel. Dit comme ça c’est facile, mais, en fait, ça demande un peu plus d’explications, c’est-à-dire que ça demande de fournir un petit peu d’explications autour du texte, de ses enjeux et puis, quelque part, une petite procédure.
On a cette problématique-là depuis longtemps et, au niveau de l’April, ce qu’on cherche à toucher ce sont évidemment nos membres et nos soutiens, les libristes, globalement les gens qui viennent à ce genre d’événement, mais aussi le grand public. Et même avec quatre permanents et quelques bénévoles, toucher le grand public, c’est quand même un défi !
C’est pour ça qu’arrive à ce moment-là l’émission de radio et nous revient en tête un projet qu’on a depuis quelques années, on avait d’ailleurs fait une expérience en mode vidéo il y a quelques années : essayer d’avoir un créneau en mode radio ou podcast, axé sur nos dossiers, avec pour but de les présenter de façon synthétique, de les rendre accessibles et de proposer des moyens d’action.

Pourquoi la FM apporte des avantages ? La FM reste un média de proximité. Même si vous n’êtes pas beaucoup à avoir levé la main ici, côté grand public ça reste un média de proximité. Vous avez un bassin potentiel d’écoute qui est absolument formidable : sur la région parisienne, je vais peut-être dire une bêtise mais je crois me souvenir que c’est à peu près six millions possibles d’auditeurs, évidemment il y a beaucoup d’émissions de radio qui sont dessus, mais c’est à peu près six millions d’auditeurs, et la diffusion sur Internet via des podcast permet de sortir du bassin Île-de-France. C’est-à-dire que si ce n’était qu’une radio FM sans podcast ce serait limitatif parce que ça ne concernerait que les gens qui sont en Île-de-France, alors que nous on est une association nationale et même au-delà de la France, d’où l‘importance des podcasts.

Est-ce que vous savez ce qu’est un podcast natif par rapport à un podcast d’émission de radio ? Est-ce que vous avez entendu parler de podcast natif ? Non. Toi oui, toi tu sais tout ! D’ailleurs c’est pour ça que tu es derrière le truc, en fait !
Vous pourriez vous dire pourquoi attendre qu’une émission de radio sur la bande FM arrive ? Autant faire un podcast, c’est-à-dire un fichier audio disponible sur Internet que les gens peuvent écouter. C’est ce qu’on appelle des podcasts natifs, c’est-à-dire des fichiers qui sont produits en dehors de toute émission de radio, ça peut être fait de façon bénévole ou de façon professionnelle par des gens et qui touchent un thème particulier.
Nous, ce qu’on fait là, c’est un podcast qui est une rediffusion d’une émission de radio et ça change profondément les choses. Ça change déjà le fait que quand vous faites un podcast natif, c’est-à-dire spécifique, uniquement sur Internet, les gens qui vous écoutent vous ont cherché. C’est-à-dire que clairement c’est quelqu’un qui s’est dit « tiens est-ce qu’il va y avoir un podcast ou un fichier audio sur les libertés informatiques ? », donc c’est quelqu’un qui est forcément déjà intéressé par le sujet.
Quand vous avez un podcast d’une rediffusion d’émission de radio ou quand vous avez une émission de radio, vous allez toucher les gens qui vous ont trouvé totalement par hasard. Le simple fait, par exemple, je ne sais pas si vous le faites encore, de bouger simplement le bouton de votre poste radio, de changer de fréquence, vous tombez sur une nouvelle fréquence que vous ne connaissez pas, vous la découvrez. Ça, ça change typiquement le genre de public que vous allez avoir. C’est-à-dire que sur un podcast natif vous allez avoir plutôt des gens qui connaissent déjà un petit peu le sujet, par contre, si vous êtes sur une émission de radio plus un podcast, vous allez avoir forcément du grand public. Et ça change le style de l’émission qui vous faites. C’est-à-dire que sur un podcast natif vous allez avoir plutôt tendance à faire comme si vous étiez entre vous avec, on va dire, des geeks, c’est-à-dire employer des acronymes sans trop les expliquer, faire comme si les gens connaissent de facto tout ce que vous dites, c’est-à-dire des mots clefs sans les expliquer, ou garder un niveau élevé d’explications. Alors que quand vous savez que vous allez potentiellement avoir du grand public qui va vous écouter, vous êtes obligé d’avoir un travail de préparation en amont pour vous dire « quels ont les messages principaux que je vais faire passer et, pendant l’émission, comment je vais m’assurer que les gens qui n’y connaissent rien ne sont pas perdus ? », ça je vous l’expliquerai après, donc ça change la qualité de l’émission que vous produisez. Elle est certes moins précise techniquement ou, en tout cas, elle rentre moins dans les détails techniques, par contre elle touche un plus large public, en tout cas c’est l’objectif. Donc l’importance de faire une émission où on doit être accessibles et avoir le podcast qui permet une liberté d’écoute, parce que nous on est diffusés de 15 heures 30 à 17 heures, beaucoup de gens ne peuvent pas écouter le direct, il est important d’avoir un podcast.
Dernier élément, Cause Commune, comme je vous l’ai tout à l’heure, ce n’est pas une radio lambda comme ça, c’est une radio qui est créée sur le partage des savoirs et de la culture. Donc c’est une radio avec laquelle on partage un certain nombre de valeurs. Vous allez avoir des émissions, par exemple le samedi il y a Cyberculture de 14 heures à 16 heures, l’émission Cyberculture parle souvent de logiciels libres ; ça fait même de la hotline en direct : des fois vous avez des gens qui appellent et faire de la hotline en direct sur un système libre est assez compliqué à faire, je peux vous dire que c’est assez compliqué. Donc c’est vraiment une radio avec laquelle, finalement, il y a un partage de points de vue, même si ce sont des émissions qui sont très différentes.
Donc participer à l’aventure de Cause Commune c’est aussi participer au potentiel succès d’une radio qui globalement porte des sujets qui nous sont communs. Ce n’est pas juste une émission radio sur n’importe quelle radio lambda, c’est une émission sur une radio avec laquelle on a vraiment des accointances fortes. Et ce n’est pas pour rien que, comme je le disais tout à l’heure, Charlotte et Olive sont membres de l’équipe d’organisation de l’Ubuntu Party. J’espère qu’ils passeront tout à l’heure.

Comme vous n’êtes pas nombreux, si vous avez des questions en cours de route n’hésitez surtout pas, même si à la fin il y en aura, oui, avec le micro. Et la fin, si certains ou certaines souhaitent parler à la radio, j’ai le matériel, je dirais même que certains parleront forcément à la radio, donc préparez-vous, on fera quelques petits sons et toi, ne te retourne pas parce que tu en feras peut-être partie.

L’émission s’appelle comment ? Libre à vous !. Vous voyez, on va chercher très loin les noms. L’association qui porte la radio s’appelle Libre à Toi, nous on s’est dit on va faire Libre à vous ! Pourquoi ? Parce que Libre à vous ! c’est libre à vous de faire des choses, mais c’est aussi libre à vous et à nous de faire des choses en commun. C’est pour ça qu’on a choisi ce nom-là. C’est 93.1 FM en Île-de-France et en podcast.
Je vous expliquerai tout à l’heure pourquoi il y a deux adresses différentes pour les podcasts, parce que j’ai eu la question tout à l’heure sur le stand, pourquoi il y a l’adresse sur le site de l’April et pourquoi il y a l’adresse sur le site de Cause Commune, je vous l’expliquerai tout à l’heure. Si par défaut vous devez vous inscrire l’un des podcasts, et il y a un diaporama à la fin qui vous explique comment faire, c’est celui de l’April, mais ne vous inquiétez pas, à la fin vous avez un diaporama qui va vous expliquer comment faire.

Quelques données sur l’émission avant d’expliquer comment on la fait.
Nos réflexions c’est début 2018. Je rappelle Cause Commune bande FM c’est novembre 2017. Donc on discute notamment avec le directeur d’antenne, Olivier Grieco, et on se dit on va se lancer.
On fait la première le 29 mai 2018, première qui aura été enregistrée dans les conditions du direct. Après on ne fera que du direct. On ne fera que du direct pour des raisons très simples, pour deux raisons principales, c’est un, la possibilité d’avoir des interactions en direct avec les gens qui écoutent et on en a soit via les réseaux sociaux soit via le salon web qui est disponible sur le site de la radio. Et deux, tout simplement parce que quand on fait de la radio, faire du direct, vous avez l’énergie du direct, vous avez la concentration des personnes qui interviennent - vous avez aussi le stress des personnes qui interviennent, j’y reviendrai - donc vous avez une qualité qui est quand même largement supérieure quand vous faites dans les conditions du direct.
Si un jour vous vous lancez dans une émission de radio ou dans une chronique, j’y reviendrai peut-être à la fin, ne vous lancez pas dans un truc enregistré, faites directement en direct, ce n’est pas grave parce que ce les gens veulent entendre c’est ce que vous avez à leur dire, peu importe si la voix n’est pas super bien placée ou autre, ce n’est pas important. Ce sont les histoires qui comptent, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai intitulé la conférence « Raconter les libertés informatiques », je cherchais même le titre de ma conférence !
Donc en 2018 on est en mensuelle. Pourquoi on se met en mensuelle ? Parce qu’on s’est dit que 1 heure 30 d’émission chaque semaine c’est compliqué, chaque jour on oublie, donc on s’est dit on fait ça en mensuelle, on verra comment ça se passe. Donc tout 2018 on fait une fois par mois.
À la fin de 2018 on fait un bilan et on se dit que ça marche bien, mais on a deux problèmes qu’on connaissait déjà avant : le premier problème c’est la fidélisation des gens qui écoutent. En radio, et même en podcast, la fidélisation c’est l’hebdo ou la quotidienne. En mensuelle, les gens ne peuvent pas être fidélisés. Quand vous leur dites « c’est le premier mardi de chaque mois », si vous leur dites « c’est le troisième jeudi de machin », en fait les gens ne savent jamais quand c’est, de facto. On sait que pour la fidélisation il faut passer soit en hebdomadaire soit en quotidienne.
Pour la grille de la radio c’est aussi plus compliqué d’avoir des mensuelles, parce qu’évidemment si vous avez une émission le premier mardi du mois de 15 heures 30 à 17 heures, vous devez en avoir une autre le deuxième, une autre le troisième, différentes. Donc pour la grille de la radio ce n’est pas terrible.
Deuxième raison principale, c’est qu’en fait, quand vous faites des mensuelles, vous avez combien de mois dans l’année ? Vous en avez 12 mois, si on exclut peut-être un mois de vacances, vous allez faire 11 émissions, 12 émissions au max, donc vous n’allez pas traiter énormément de sujets par rapport à l’ensemble des sujets qu’on pourrait vouloir traiter et surtout, vous ne pourrez pas traiter l’actualité, enfin, on ne pouvait pas traiter l’actualité. Donc on s’est dit on passe en hebdomadaire à partir de janvier 2019. On est passé en hebdomadaire, donc chaque mardi de 15 heures 30 à 17 heures, sur Cause Commune et en podcast. On a fait 43 émissions jusqu’à présent. Je crois qu’il n’y a qu’une seule émission qu’on n’a pas faite, c’est-à-dire qu’on a fait une rediffusion, c’était un jour où il y avait des grèves et plus personne ne pouvait bouger, arriver jusqu’au studio. Sinon, jusqu’à maintenant on a tenu ce rythme hebdomadaire.
C’est en direct. Il y a les podcasts qui sont disponibles généralement deux/trois/une semaine maximum après la diffusion de l’émission, je vous expliquerai pourquoi il y a ce délai, et il y a les transcriptions. C’est-à-dire que toutes nos émissions sont disponibles aussi en version écrite. Il y a des gens, par exemple on a un copain qui n’écoute jamais l’émission, par contre il lit tout le temps la transcription, il dit que pour lui c’est beaucoup plus simple. On a un groupe Transcriptions, enfin un groupe, on a surtout une personne qui transcrit beaucoup de choses à l’April.
Donc on a l’audio, on a la transcription, ce qui permet d’avoir à la fois la possibilité d’écouter simplement sur un lecteur de podcast, simplement de lire la transcription ou de rechercher une information dont on a besoin.

Sur les sujets.
Je vous rappelle que notre objectif initial c’était surtout nos dossiers institutionnels, nos actions institutionnelles. Donc les premiers sujets ce sont les dossiers qu’on traite : directive droit d’auteur, Open Bar Microsoft/Défense – en l’occurrence je ne vais pas du tout vous expliquer ce que sont ces dossiers-là parce que ce n’est pas le but de la présentation - téléphonie mobile et libertés, données publiques, DRM. Pour chacun de ces sujets on a consacré une émission avec un objectif qui était de se dire : quelles sont les deux/trois informations qu’on veut que les gens qui écoutent comprennent et quelle est l’action possible ou les actions possibles que les gens peuvent faire derrière ? Mais on a aussi, parce qu’évidemment dans une émission hebdomadaire il faut quand même qu’on parle d’autre chose, ouvert l’antenne à des projets dont vous avez peut-être entendu parler ou à des sujets dont vous avez peut-être entendu parler, pour que des personnes puissent expliquer ce qu’est ce projet. Donc Wikipédia, OpenStreetMap, VLC, la bureautique libre, par exemple LibreOffice ; par exemple VLC très récemment, donc Jean-Baptiste Kempf qui est le président de Videolan qui est l’association qui développe VLC.
Vous savez tous ce qu’est VLC ? Vous savez, c’est le cône ? Est-ce que vous savez tous que c’est un logiciel libre ? Parce que c’est un logiciel libre. Eh bien dans l’émission on a appris plein de choses. On a appris pourquoi VLC a été créé à l’époque à l’École Centrale. On a appris les problématiques liées aux formats de fichiers, etc. On a aussi appris comment est financé VLC, parce que dans le logiciel libre il y a beaucoup de gens qui se posent souvent des questions, ils se disent comment est développé tel projet, comment est financé le développement de tel projet ? Jean-Baptiste Kempf nous a expliqué comment VLC est développé. On pourrait penser qu’il y a 10, 15, 20, 150 personnes payées pour développer VLC ! Non ! Ils sont deux/trois et il y a des développeurs bénévoles. Là on lui a consacré 50 minutes, ce qui, pour cette personne, est important, parce que ça lui permet en 50 minutes de couvrir pas mal de sujets. Là où il serait invité dans une émission de radio classique, il aurait cinq/dix minutes pour expliquer ce qu’est VLC. Donc donner la parole à ces gens-là.
À la fin je vous ai cité trois noms pour vous montrer que des gens qui ont un statut quand même assez particulier sont venus dans cette émission pour expliquer ce qu’ils font. Par exemple la gendarmerie nationale : la gendarmerie nationale mène depuis des années une politique de migration en faveur du logiciel libre et c’est une des premières fois que quelqu’un de la gendarmerie nationale, qu’une personne est venue expliquer cette politique. C’est une personne qui a participé à cette migration qui est venue expliquer pourquoi il l’ont faite, comment ils l’ont faite, etc.
L’ANSSI c’est l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information, donc c’est une agence très importante. Le 3 décembre, le directeur de l’ANSSI est venu expliquer ce que fait l’ ANSSI et ce que fait l’ANSSI avec le logiciel libre.
La CADA c’est la Commission d’accès aux documents administratifs. C’est un truc qui est très important parce que ça vous permet d’accéder à des documents administratifs qui peuvent vous toucher directement par exemple dans vos communes. La CADA a été soumise à beaucoup de critiques l’an dernier et ça continue. On a invité son président à venir pour qu’il s’exprime. On avait invité un journaliste et quelqu’un de Regards Citoyens5 qui est une association d’activistes qui s’intéresse aux données publiques, pour que ces gens-là s’expliquent. Cette partie-là de l’émission a duré à peu près une heure et ça été très intéressant. La personne, le président de la CADA nous a dit que c’était la première fois qu’il était invité dans une émission de radio et qu’il pouvait s’exprimer pour se défendre. Et c’était sans doute, entre guillemets, l’émission la plus « chaude », où il y a eu vraiment du débat.

L’intérêt c’est de traiter nos sujets, mettre en valeur d’autres acteurs et aussi donner la parole à des acteurs institutionnels pour qu’ils viennent expliquer ce qu’ils font par rapport au logiciel libre.

Le format.
On a choisi un format de 1 heure 30. C’est long, on le sait, on sait que généralement l’écoute maximum des podcasts par les gens c’est entre 30 minutes et une heure maximum, ce qui fait qu’on a choisi de découper l’émission en trois parties : deux sujets courts et un sujet principal. On commence par un sujet court de dix/quinze minutes, on fait le sujet principal qui dure une cinquantaine de minutes, on finit par un autre sujet court, pareil dix/quinze minutes, et on fait des annonces derrière, quelques annonces.

Des pauses musicales sous licence libre.
Je ne vais pas rentrer dans le détail, mais toutes musiques qu’on diffuse dans les pauses musicales - on en fait trois dans l’émission - sont sous licences libres. On va chercher ça sur des sites et on fait un travail de recherche pour que ce soit des musiques de qualité, pas uniquement qu’elles soient sous licence libre. Toutes les musiques, qu’elles soient libres ou autres, la qualité est très variable, mais on arrive à trouver vraiment des artistes très intéressants dont certains sont encore actuellement en train de faire de la musique et ce ne sont pas simplement des anciens artistes.
Ça c’est le format au niveau des émissions.

Au niveau de l’organisation, on fait intervenir à la fois l’équipe salariée et des bénévoles.
En fait il y a cinq choses à faire dans l’émission qui ne sont pas toutes obligatoires quand vous faites une émission ou quand vous faites une simple chronique.

D’abord il y a la préparation des émissions, c’est ce qui prend le plus de temps, c’est-à-dire choisir les sujets, choisir les intervenants, choisir les musiques et ensuite préparer le sujet avec les personnes invitées.
Tout à l’heure je vous montrerai un lien, c’est le bloc-notes principal de l’émission. Pour toute cette préparation-là de l’émission, n’importe qui peut proposer des idées, notamment des propositions de sujets et de personnes à inviter. C’est-à-dire qu’on a un bloc-notes public sur lequel on maintient l’état des émissions qu’on prépare et les gens peuvent rajouter des idées d’émission, par exemple tel sujet ou telle personne à inviter, etc.
Ensuite la préparation de l’émission en tant que telle, c’est principalement mes collègues et moi, donc effectivement contacter les personnes invitées, préparer l’émission avec elles par rapport à ce qu’on va dire, la durée, etc.

On a des chroniques.
Pour éviter que tout repose sur l’équipe salariée, on a décidé pour les sujets courts – ça peut être simplement une interview pour un événement qui va arriver : par exemple mardi prochain, je vais interviewer l’adjoint au maire de la ville de Nancy en charge du numérique qui organise, dans quelques jours, Le Libre sur la Place à Nancy, c’est-à-dire une journée autour du logiciel libre dans les administrations. On va faire une interview de dix/quinze minutes ; la personne va expliquer pourquoi il y a cette journée, quelles sont les personnes invitées, ce que fait Nancy, etc., – d'avoir aussi des chroniques. Quand on est passé en hebdomadaire, on s’est dit ça peut être l’occasion de donner la parole à des gens qui ont des choses à dire que nous, peut-être on ne penserait pas dire ou qu’on ne saurait pas dire. Donc on a commencé à réfléchir et on a contacté, par exemple, une avocate avec qui on travaille depuis longtemps, Noémie Bergez. Noémie Bergez nous fait une chronique mensuelle sur le droit, c’est la chronique la plus dure à suivre, il faut être clair ! Il faut s’accrocher, mais elle est très intéressante.
On a Vincent Calame qui est bénévole à l’April, qui travaille aussi dans une structure associative, qui nous fait son retour d’expérience du Libre dans les réseaux militants.
On a Marie-Odile Morandi qui est responsable des transcriptions à l’April, qui fait des transcriptions, qui, une fois par mois, nous met en valeur deux/trois transcriptions qu’elle nous encourage à lire.
Donc on a une équipe d’une dizaine de personnes qui font des chroniques mensuelles et en fait, sur les sujets courts, ces personnes-là travaillent quasiment en autonomie. Elles nous disent « je voudrais intervenir tel jour, je suis disponible tel jour, je vais traiter tel sujet ». Pour moi, en termes de préparation, si la personne me dit « je vais traiter tel sujet », je vais simplement essayer de me renseigner un petit peu sur le sujet pour faire des relances, mais, en gros, la personne est assez libre dans sa chronique. Ce qui nous permet d’alléger la préparation de l’émission, mais aussi et surtout d’impliquer de nouvelles énergies dans la préparation de l’émission. C’est-à-dire que des gens qui n’étaient pas actifs jusqu’à maintenant dans l’April, tout d’un coup ont trouvé un moyen d’être actifs simplement en parlant de quoi ? De leurs histoires, de leur vécu. Encore une fois, le plus important quand vous faites une émission, c’est d’expliquer votre histoire, votre vécu, vos expériences, c’est ça que les gens ont envie d’écouter. La qualité de l’intervention, de la voix, etc., ça vient avec l’expérience. Peu importe !

Troisième partie, la régie.
La régie c’est là où on a le plus galéré, enfin le plus galéré ! C’est que la régie c’est tout simplement la partie physique, le matériel. Un peu comme Nicolas qui est là avec, je ne sais pas comment tu appelles ça, une table de mixage, exactement. Dans la régie de la radio la table de mixage est plus importante. Il y a des micros, vous avez le serveur de diffusion. La régie ça veut dire ouvrir les bons micros quand il faut, c’est bien mettre le gain sur les micros parce que si, par exemple, une personne parle trop loin du micro ou trop bas eh bien il faut équilibrer ; quand les musiques sont diffusées il faut aussi normaliser de manière à ce que ce soit à peu près équilibré par rapport à l’ensemble. C’est la personne qui va être responsable aussi, par exemple, de lancer la pause musicale. Si on a un sujet enregistré, c’est la personne qui va lancer ce truc-là.
Au début, c’était les personnes de la radio qui faisaient la régie et puis on a un bénévole qui s’est formé à la régie, il y a deux de mes collègues qui se sont formés à la régie, ce qui fait qu’on tourne comme ça et qu’on est totalement autonomes pour la partie régie ; ça s’apprend et les gens qui le font sont ravis. Par exemple mon collègue Étienne Gonnu qui est en ce moment au Capitole du Libre, donc à Toulouse, pour faire des conférences, lui a été embauché pour s’occuper des dossiers institutionnels. Eh bien une fois par mois il fait la régie à la radio, il adore ça. Ma collègue Isabella qui était là aujourd’hui pour le jeu du Gnou, pareil, elle adore ça. Et puis on a en plus un bénévole qui fait la régie. On tourne comme ça et ça c’est un truc important parce qu’on apprend plein de choses, on apprend le gain, on apprend à gérer des micros. C’est important.

Quatrième point, la post-production.
Les trois premiers points c’est, en fait, la diffusion de l’émission en direct, à la limite on pourrait s’arrêter là. Mais, comme je vous l’ai dit dès le départ, nous on ne peut pas s’arrêter là parce qu’il faut qu’on fournisse un podcast pour les gens qui ne peuvent pas écouter le direct. Donc la post-production c’est prendre le fichier brut, le nettoyer. Le nettoyer c’est quoi ? Par exemple enlever des bruits de bouche, raccourcir des silences, supprimer des artefacts sonores qui peuvent arriver des fois par exemple quand on téléphone ; c’est refaire un montage quand on s’est totalement planté justement en régie, comme récemment ; par exemple récemment, au début de l’émission, ce n’était pas le bon micro qui était allumé donc les gens ne m’entendaient pas. Donc on a dû réenregistrer des trucs et refaire ce montage-là.
Ce travail-là est fait par un bénévole de l’April qui est, je crois, ingénieur du son, qui fait des formations dans la musique. Il fait ce nettoyage et ensuite, le directeur d’antenne de la radio, qui est un perfectionniste, repasse derrière pour faire le dernier nettoyage et il met en ligne sur le site de Cause Commune.
Tout à l’heure je vous ai dit qu’il y avait deux flux de podcast, Cause Commune et April, le premier qui est mis en ligne c’est sur le site de Cause Commune ; donc il est nettoyé, il fait 1 heure 30, et nous, derrière, qu’est-ce qu’on fait ? On fait un découpage et un habillage.
Pourquoi on fait un découpage ? Comme je vous ai dit tout l’heure on sait que les gens en écoute de podcast c’est 30 minutes, 1 heure maximum. Une émission de 1 heure 30 c’est trop long. Comme on a trois sujets, quatre avec les annonces, ce qu’on fait derrière, en fait, c’est qu’on prend le podcast, le fichier, on a écrit un script qui découpe le podcast par sujet. Donc en gros on prend l’horaire de début du premier sujet, l’horaire de fin du sujet et on continue comme ça ; on lance le script, on a un outil qui est absolument génial qui est en ligne de commande – si un jour vous pratiquez la ligne de commande c’est FFmpeg6 qui est un outil de traitement de vidéos super efficace – qui découpe le fichier, qui crée les fichiers audio, qui rajoute l’habillage c’est-à-dire une image, qui rajoute les licences, les informations de métadonnées – ça c’est très important, je vais peut-être en parler rapidement d’ailleurs sur les musiques – et à la fin on a le podcast principal et on a un podcast par sujet. Sur le site April c’est ça qu’on met en ligne, c’est-à-dire qu’on met en ligne à la fois le podcast principal et le podcast par sujet. C’est pour ça que je vous ai dit que si vous devez vous inscrire à un des podcasts, inscrivez-vous plutôt sur le podcast7 de l’April, je vous mettrai le lien tout à l’heure. Vous l’avez peut-être 24 heures plus tard, le temps qu’on fasse le traitement, mais au moins vous avez le sujet court, par exemple la chronique de Noémie, la chronique juridique, si c’est celle-là qui vous intéresse, elle dure dix minutes, vous l’écoutez ; si c’est le sujet long, par exemple de 50 minutes sur VLC, eh bien vous avez directement le sujet long sur VLC.

Et, dernière étape, qui est principalement faite par Marie-Odile, c’est la transcription. Donc on transcrit avec relecture des personnes qui interviennent. Bien sûr on les prévient avant qu’on va transcrire, qu’il y a un délai pour relecture de manière à ce que ça soit mis en ligne. Globalement les gens sont très contents. Des fois ils demandent une petite correction parce qu’ils se sont trompés dans un mot ou une explication, donc on intègre ça.

Point important dans la création de cette émission, c’est qu’on a des locaux adaptés et du matériel pro déjà installé. C’est-à-dire qu’on ne crée pas une radio, on crée une émission dans une radio, donc le matos est déjà là. Parce que si on s’était dit on va créer nous-mêmes un podcast natif, il faut trouver le matériel, il faut se former sur le matériel ; je pense que la configuration de la table de mixage c’est quand même quelque chose de particulier ! Là non ! Là on a une radio, un local qui est déjà prêt avec les micros, la table de mixage, le serveur qui est prêt, donc c’est nickel, on peut travailler tranquillement.

Juste un petit point sur les pauses musicales sous licence libre. Tout à l’heure, sur le bloc-notes, vous verrez comment on peut contribuer. Un travail que l’on fait c’est qu’on met à jour le fichier qu’on trouve avec les métadonnées. Est-ce que vous savez ce que sont les métadonnées dans un fichier ? En gros, si par exemple vous utilisez VLC qui est le lecteur multimédia, vous faites, ça doit être « fichier – propriétés », ou un truc comme ça, et ça vous donne les propriétés du fichier. Dans ces propriétés vous avez, par exemple, « propriétés – artiste » ; c’est qui l’artiste ? Vous avez « propriétés – titre du morceau », vous mettez le titre du morceau ; vous avez « propriétés – licence », donc vous pouvez préciser sous quelle licence est ce morceau et vous pouvez préciser aussi quel est le site d’origine de l’artiste. Ça c’est important à faire parce qu’en fait, dans la plupart des fichiers qu’on trouve sur Internet, il n’y a pas ces informations-là. C’est juste un site qui dit, en gros, c’est sous licence libre, sous telle licence, mais dans le fichier en lui-même il n’y a pas ces informations-là. Nous on les rajoute de manière à ce que quelqu’un qui récupère demain ce fichier-là, il aura les informations de métadonnées qui lui permettent de connaître les conditions de réutilisation du fichier.
Je ne sais pas si vous connaissez la radio FIP. Est-ce que des gens écoutent FIP ici ? Un peu. FIP c’est vraiment une radio super, c’est la deuxième radio plus grande du monde derrière Cause Commune, évidemment, c’est une radio qui a une spécificité : elle ne diffuse quasiment que de la musique et vraiment des trucs souvent géniaux, sans jamais dire ce qu’elle diffuse. Par contre, sur son site internet fip.fr, vous avez l’archive des musiques qui sont diffusées, donc vous pouvez avoir le titre, le lien, etc.
Ça, avec les métadonnées, on est capable de le faire, c’est pour ça qu’on le fait dès la phase de préproduction de l’émission.

Les chroniques.
Je vous en ai déjà parlé un petit peu tout à l’heure. On a actuellement neuf personnes qui font les chroniques, je vous rappelle que ce sont des chroniques mensuelles, avec des thèmes variés, ça va du juridique à l’expérience dans le monde associatif ; le président de l’April nous fait une chronique dans laquelle il nous fait découvrir à chaque fois, c’est-à-dire quelque chose qu’il a trouvé, qu’il trouve absolument génial, et qui est sous licence libre.

Pour les dénicher les musiques libres on va sur des sites, je vous en ai mis là certains. Si vous cherchez de la musique libre par exemple pour vos propres oreilles ou pour d’autres émissions ou pour d’autres sujets, ces sites-là sont très bien. Ce que je vous ai expliqué c’est le traitement des musiques, donc les normaliser, c’est-à-dire que quand les fichiers de musique arrivent ils sont à différents niveaux sonores, il faut les normaliser avant la diffusion de manière à ce que ça ne vous arrache pas les oreilles quand vous l’écoutez ou, au contraire, que le son soit super bas. Et les métadonnées, donc rajouter des informations, soit avec Audacity8 qui est un logiciel de traitement d’audio, soit avec VLC9.

Ce que je vous disais, la régie de diffusion c’est l’apprentissage, c'est important et ça permet, en fait, d’être autonomes.

Et puis j’avais déjà commencé à vous expliquer sur les podcasts, donc le nettoyage, le découpage avec des scripts. On fournit actuellement deux formats audio ogg et MP3, notamment MP3 parce que, dans le monde des Mac, ils ont un peu de problèmes à vouloir traiter les fichiers ogg qui est un format ouvert ; principalement pour ces gens-là c’est plutôt MP3. Aujourd’hui MP3 ne nous pose plus de problèmes justement parce qu’il n’y a plus de brevet sur le MP3 contrairement à quelques années, donc on fournit dans ces deux formats-là qui sont deux formats suffisants.
Ce que je vous disais c’est que les podcasts sont disponibles quelques jours après l’émission. L’explication vient du traitement que je vous ai expliqué tout à l’heure. À comparer à des radios, on va dire, avec plus de moyens techniques, où souvent ils mettent le podcast directement en ligne après l’émission, c’est simplement qu’ils ont beaucoup plus de moyens techniques, c’est-à-dire qu’en régie ils sont plusieurs, ce sont des professionnels de A à Z, donc ils peuvent mettre en ligne directement. Nous ça prend un peu plus de temps, mais en gros, en quatre/cinq jours, les podcasts sont disponibles après l’émission.

La prise de parole
Un point qui change beaucoup par rapport à d’autres actions qu’on peut faire dans le logiciel libre, quand on fait de la radio c’est évidemment la prise de parole, la voix. Parce qu’en fait, à la radio tout va passer par la voix.
Quand vous faites une présentation vous avez un diaporama, vous avez le langage corporel de la personne, je peux voir, je sais à qui je m’adresse, c’est pour ça que je pose des questions avant qu’on commence comme ça je sais à peu près à qui je m’adresse en termes de connaissances et puis on peut voir les gens qui ont des questions ou qui réagissent. Quand vous êtes à la radio, en gros, vous êtes un peu tout seul avec vos invités et la personne en régie. Si vous êtes à la radio, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, vous avez potentiellement du grand public qui écoute, donc des gens qui vont débarquer dans l’émission, éventuellement même pendant l’émission, pas simplement au début, qui ne connaissent pas l’informatique, qui ne connaissent pas certains mots techniques, donc vous allez devoir adapter votre voix.
Déjà vous allez travailler un peu l’articulation, ce qui n’est pas mon fort, mais c’est un point essentiel, et le plus important encore au début c’est de ralentir le débit et là encore je parle vite parce que je suis fatigué. En ralentissant le débit vous permettez aux personnes de mieux comprendre par rapport à un flux normal. Il faut bien comprendre que les gens qui vous écoutent, en fait, ils font autre chose à côté. C’est assez rare qu’on écoute la radio ou un podcast en ne faisant rien à côté : on est dans le métro avec des bruits, on est à la maison et on fait autre chose, on est au bureau et on travaille en même temps, j’en connais qui écoutent l’émission en travaillant, donc il faut ralentir le débit.
Il faut faire des phrases courtes. Il faut mieux éviter les longs monologues d’explications parce qu’entre le début et la fin du monologue les gens sont un peu perdus. L’idée c’est de faire passer des messages.
Il faut avoir un vocabulaire compréhensible. Ça veut dire qu’en préparation de l’émission, il faut identifier dans le sujet les mots clés qui pourraient être prononcés, qui pourraient être des acronymes : par exemple si vous faites une émission avec l’ANSSI, il faut déjà expliquer ce qu’est l’ANSSI et vous savez que vous allez sans doute avoir des acronymes de sécurité, etc., donc il faut les éviter au maximum ou alors les expliciter. Pareil, c’est moins vrai dans nos sujets, mais vous avez pas mal de gens qui ont une tendance à mélanger le français et l’anglais. J’écoutais récemment un podcast qui n’avait rien à voir avec l’informatique mais c’était une horreur parce que la personne mettait régulièrement des mots d’anglais, qui étaient compréhensibles, sauf que tout le monde ne comprend pas forcément tous les mots d’anglais, vraiment ça hachait le truc.
Donc il faut vraiment faire ce travail d’explication sur la prise de parole et ça se fait en amont aussi. Il faut partir du principe que les gens que vous invitez n’ont pas forcément l’expérience de la prise de parole et encore moins l’expérience de la prise de parole à la radio qui est très différente de la prise de parole en conférence ou simplement en famille.
Rappeler que l’importance de la prise de parole c’est informer, renseigner, motiver, mobiliser, en tout cas pour notre émission. Ce n’est pas une émission de divertissement, on ne fait des grosses blagues dans l’émission même si des fois c’est détendu, avant tout on cherche à informer et à renseigner, c’est la première partie, que les gens comprennent le sujet qu’on traite. Éventuellement motiver les gens à faire des choses. Par exemple quand on avait fait l’émission « Téléphonie mobile et libertés », on avait commencé par expliquer les problématiques posées par les iPhones et par Android, etc., et en fin d’émission on avait expliqué des façons d’agir pour se libérer un petit peu de ces outils. Et sur les actions de mobilisation tout simplement mobiliser les gens. Par exemple il y a un projet de loi dans lequel il peut y avoir des amendements logiciel libre, typiquement actuellement dans l’actualité il y a le projet de loi économie circulaire qui va arriver à l’Assemblée nationale ; au Sénat il y a des amendements qui ont été votés pour lutter contre l’obsolescence programmée et en faveur du logiciel libre, donc il va falloir les défendre à l’Assemblée nationale. Une des actions ce sera de mobiliser les gens en leur expliquant comment ils peuvent se mobiliser, quels sont les parlementaires qu’ils peuvent contacter en priorité et comment.

Point important quand vous faites une émission c’est que vous devez gérer votre trac et, en fait, ça se gère assez facilement parce que c’est plus simple d’animer une émission de radio que de faire une présentation. Quand vous animez une émission de radio, votre rôle c’est de faire parler les autres, de les mettre en valeur, que les gens expriment ce qu’ils ont à dire, donc c’est relativement simple en termes de trac. Le plus compliqué c’est de gérer le temps de parole, mais en termes de trac c’est très simple. Par contre gérer le trac des personnes que vous invitez c’est important.
Moi ce que je fais c’est que je leur envoie toujours, sauf rares cas où je sais que la personne a l’habitude, des informations sur la prise de parole. Je leur envoie un petit rappel, ce genre de choses : ralentir le débit, des phrases courtes, pas d’acronymes, et je leur donne quelques trucs si elles sont stressées, par exemple simplement la respiration, boire de l’eau à la présentation, avant de commencer l’émission de radio, parce que ça évite les bruits de bouche, etc. Donc voilà ! Des petits trucs et surtout je leur rappelle qu’elles sont là pour parler de leurs histoires, de leurs expériences et de leur vécu et c’est ça qui va toucher les gens.
La dernière émission qu’on a faite, sur Open Food Facts – je ne sais pas si vous connaissez Open Food Facts, levez la main ceux qui connaissent. Ah, ça c’est bien. Open Food Facts est une base de données avec une application mobile sur laquelle vous pouvez scanner vos aliments et après vous avez deux informations, le Nutri- Score et l’indice NOVA. L’une des personnes invitées, la présidente actuelle d’Open Food Facts France, nous a expliqué comment elle est venue à s’intéresser à Open Food Facts : c’est une histoire de soupe, voilà ! C’est passionnant parce qu’en fait elle est venue pour ça au démarrage, pour une histoire de soupe. Et c’est ce que je leur dis toujours : ne vous inquiétez pas, si vous parlez de vos expériences, de vos histoires, de votre vécu, de ce qui vous a touché, vous toucherez les gens, c’est l’essentiel. Si vous parlez dans l’absolu de « c’est bien Open Food Facts parce que truc… » Non ! Parlez de ce pourquoi ça vous touche et vous toucherez les gens.

La prise de parole c’est essentiel et c’est quelque chose qui, évidemment, se travaille. Des fois vous tombez avec des gens qui n’ont jamais fait d’intervention publique, ni à la radio, eh bien il faut le gérer.

Je parlais tout à l’heure du bloc-notes principal. Ça c’est le bloc-notes principal d’organisation de l’émission10. C’est sur ce bloc-notes qu’on va trouver un lien vers le bloc-notes dédié aux musiques, là où, par exemple, il y a toute une liste de musiques et où les gens peuvent rajouter des musiques libres. C’est là-dedans que je pioche avant chaque émission. Je regarde un petit peu en fonction des styles, en fonction aussi de ce qu’on a déjà diffusé. Je demande aussi aux personnes invitées si elles ont des idées de musiques. Des fois je n’ai pas de réponse, des fois j’ai des réponses très étonnantes, enfin très étonnantes !, qui me mettent des fois en difficulté. Une fois, par exemple, on m’a demandé de la musique classique. C’est bien la musique classique, mais allez trouver de la musique classique qui soit sous licence libre, c’est-à-dire l’interprétation en licence libre ! Eh bien ce n’est pas évident du tout. Ce n’est pas parce que les partitions sont dans le domaine public que les interprétations sont libres. On a trouvé. Il y a un site qui existe, qui s’appelle musopen.org, il est marqué sur le bloc-notes, donc on a trouvé ça.

Sur ce bloc-notes vous trouvez aussi le programme des émissions à venir, donc le sujet principal, les sujets courts et les chroniques, et, en dessous, vous avez une liste avec des idées de sujets. Les gens peuvent proposer ce qu’ils veulent, il n’y a pas problème, même si ça paraît assez éloigné de ce qu’on a envie de faire, peu importe, au contraire, on est preneurs d’idées de sujets. Typiquement, un sujet qu’on a traité sur les 43, est venu d’une personne. Une personne nous a dit : « Moi je fais de la formation et de l’accompagnement auprès de personnes du troisième âge et je voudrais parler de ça ». Je lui ai dit « écoute, pourquoi pas ! Est-ce que tu as un intervenant ou quelqu’un qui peut venir parler ? » Il m’a dit : « Oui, quelqu’un peut venir parler ». Donc on a fait une émission sur ce sujet-là. La personne qui est intervenue devait avoir 90 ans, vraiment passionnante, mais son usage de l’informatique ! Elle découvre, en plus, parce que son ordinateur lui a été offert il y a deux/trois ans. L’émission était très intéressante et c’était proposé par quelqu’un qui fait cet accompagnement-là, donc on a parlé déjà des problématiques de l’informatique en général pour les personnes de cet âge-là et des problématiques particulières au logiciel libre et aussi des liens qu’on peut avoir, par exemple on a pas mal parlé des réseaux sociaux parce que, malheureusement, aujourd’hui, un certain nombre de réseaux sociaux permettent de rester informé sur sa famille, donc on a parlé de ces problématiques-là.
Donc ça c’est le pad principal. N’hésitez pas à y aller si vous avez des idées ou si vous-même avez envie de faire des choses et de venir parler dans l’émission, ce sera avec plaisir.

Bilan
Un petit bilan, où on en est après un an et demi d’émission.
Le premier d’objectif qui était l’explication et la valorisation des actions de l’April, ça on estime que c’est bon. Enfin c’est bon ! On arrive à le remplir. Et on arrive à le remplir pas simplement parce que c’est nous qui parlons mais aussi et surtout parce qu’on fait venir des gens extérieurs sur nos sujets. C’est-à-dire que ce n’est pas la parole de l’April : sur un sujet comme les DRM on a fait venir une avocate, une ancienne stagiaire de l’April, aujourd’hui avocate, qui a fait un mémoire sur l’interopérabilité et les DRM, deux gros mots qu’elle a expliqués, et on a fait venir Jean-Baptiste Kempf qui a expliqué la problématique des DRM notamment dans l’audio et la vidéo, parce que c’est un spécialiste de la vidéo. Voilà. Le fait de faire venir des gens qui ont des compétences largement supérieures aux nôtres permet de valoriser, en fait, les actions qu’on mène sur ces dossiers-là, parce que ces actions, évidemment, on ne les mène pas seuls. Donc la parole aussi à des structures externes évidemment sur nos dossiers, mais aussi des structures externes : on a fait venir Wikipédia, OpenStreetMap, Open Food Facts ; on a fait une émission avec Regards Citoyens, également avec Framasoft et sans doute qu’on fera d’autres émissions. On fera sans doute venir un jour les gens d’Ubuntu pour nous expliquer l’organisation des évènements. On a fait une émission sur les distributions GNU/Linux, il y avait justement Nicolas pour Debian, Charlotte pour Ubuntu et Jean-Christophe pour Mageia. Ces trois personnes ont fait une émission pour expliquer ce que sont les distributions GNU/Linux, quelles sont les conférences, comment on s’y met. Et je ne dirai pas laquelle est la meilleure parce qu’il n’y en pas !

Le format podcast accessible au plus grand nombre.
Le format de podcast est un format qui est en train de prendre de plus en plus d’ampleur. C’est assez marrant parce que j’ai écouté des nouvelles il n’y a pas très longtemps et il y a de plus en plus d’études qui sortent pour dire que c’est un format qui prend de plus en plus d’ampleur. Aux États-Unis c’est vraiment un mouvement de fond, mais même en France ça commence à venir, principalement sur les podcasts natifs mais aussi sur les podcasts qui sont des rediffusions d’émissions de radio. La seule différence, au fond, c’est que l’un a été fait spécifiquement, uniquement pour être mis sur Internet directement et l’autre c’est une rediffusion d’émission. Comme je vous l’ai dit c’est mieux parce que ça permet de faire un format de meilleure qualité et en tout cas plus accessible. Ce format prend de l’ampleur parce qu’il est accessible par pas mal de gens. Il y a même quelqu’un qui me disait sur un stand, je ne savais pas, je crois que c’est Le Monde diplomatique qui propose en audio ses articles actuellement. La personne me disait : « Moi je préfère écouter les podcasts parce que je n’ai pas le temps de lire les articles », c’est quelqu’un qui fait beaucoup de voiture apparemment et il m’a dit :« Quand je conduis je mets le podcast de ces articles du Monde diplo et j’écoute. Pardon !

Public : Inaudible.

Frédéric Couchet : Peu importe, s’il est abonné au Monde diplomatique. Ça effectivement. Il faut bien que la presse vive aussi. Je pense que ce sont effectivement des abonnements payants sur le Monde diplo, je n’en sais rien, mais en tout cas je ne savais pas qu’il y avait ce genre de choses qui se faisait dans la presse écrite. Tout ça pour dire que le format podcast prend vraiment de plus en plus d’ampleur.

Je vous l’ai dit tout à l’heure, avec les chroniques ça nous a permis de mobiliser des gens qui n’étaient pas mobilisés à l’April, qui étaient simplement des soutiens ou des gens qui nous suivaient, parce qu’on leur a proposé d’intervenir sur des sujets qui les passionnent et on serait incapable de faire ce que ces personnes font dans les chroniques. Ma chronique préférée c’est celle de Vincent Calame parce qu’il raconte son expérience dans des réseaux militants et il la raconte vraiment super bien, c’est vivant et tout, et ce qu’il raconte c’est son vécu. Cette chronique est vraiment super. D’autres personnes vont préférer la chronique de Noémie parce qu’elle est plus juridique et, en 15 minutes, elle prend un sujet, elle essaye d’en sortir l’essentiel : récemment sur le Règlement général sur la protection des données, en dix minutes vous avez une synthèse. Il y a vraiment des sujets très variés.

Donc c’est aussi une caisse de résonance pour nos actions et ça fait toujours plaisir de rencontrer des gens qui écoutent l’émission et qu’on ne connaissait pas.

Globalement les retours qualitatifs sont positifs et l’équipe est en autonomie aujourd’hui. C’est-à-dire que par rapport au début où on ne faisait pas la régie, on ne faisait pas le traitement des podcasts, aujourd’hui on fait tout, modulo le petit traitement de podcast que fait le directeur d’antenne avant la mise en ligne, mais on est en autonomie.
Le retour qu’on n’a pas aujourd’hui, mais qui est très compliqué parce que c’est de la bande FM, c’est le retour quantitatif. C’est-à-dire que c’est difficile de savoir combien de personnes écoutent. Sur les téléchargements c’est difficile aussi parce que les outils de statistiques de téléchargement de vidéos ne sont pas super fiables. C’est justement là-dessus qu’on va travailler, je vous en parlerai très rapidement après. C’est le seul point, jusqu’à maintenant on n’a pas vraiment de retours, mais ça fait partie du jeu, on va dire, par rapport aux émissions de radio et aux podcasts.

À venir.
Un site web dédié à l’émission. Ça c’est dans le cadre de la refonte globale du site de l’April. Je ne sais pas si vous avez déjà été sur le site de l’April ? Qui est déjà allé sur le site de l’April ? Si vous y allez, c’est une expérience à vivre, c’est april.org, c’est un site où il y a beaucoup de choses parce qu’on fait beaucoup de choses mais c’est très difficile de trouver ce qu’on cherche quand on ne sait pas trop où ça se trouve. Donc on va migrer le site en 2020, avec un nouveau système, et surtout, on va créer des sites dédiés à chacune de nos actions, ça sera plus un site portail. Donc on va faire un site web dédié à l’émission, pour une raison particulière aussi : comme l’émission c’est principalement de l’audio, il faut qu’on ait un site web qui sache gérer l’audio de façon pertinente, notamment avec un lecteur audio qui permette, par exemple, d’aller directement à un chapitre. Typiquement sur le player principal vous cliquez sur lecture, vous commencez votre lecture séquentiellement du début jusqu’à la fin, 1 heure 30. Ce que vous pouvez faire avec un truc fait spécialement pour l’audio, vous pouvez avoir des chapitres. Par exemple tel chapitre, le sujet principal commence à telle heure, ça commence à tel endroit, vous cliquez. Et mettre aussi en valeur les chroniques, par exemple regrouper toutes les chroniques d’une personne au même endroit. Pour ça il faut un site web dédié. On a déjà le domaine. On l’a déjà acheté puisqu’on l’a acheté dès le départ, c’est libreavous.org qui, pour l’instant, renvoie vers le site actuel. Ça c’est la principale évolution.

Une deuxième évolution qui est déjà en cours, ce n’est pas une nouvelle rubrique mais c’est un nouveau format de sujet long qu’on a appelé « Livre à vous ! ». On est fort dans les recherches de mots ! L’idée c’est quoi ? C’est qu’il y a des livres qui paraissent sur nos sujets, alors plus ou moins éloignés, donc on a fait un combo, un mélange : on propose à une personne qui a écrit un livre de venir faire une interview à la radio, en sujet long, pour présenter le livre et, en complément, de faire une soirée rencontre-dédicace à la librairie A Livr'ouvert qui est dans le 11e arrondissement. Pourquoi la librairie A Livr'ouvert ? Tout simplement parce qu’elle est tenue par une geek, une libriste de longue date, Magali Garnero, alias Bookynette. Le premier livre c’est Ada ou la beauté des nombres qui a été écrit par Catherine Dufour. Ada Lovelace est la personne qui est considérée comme la première personne à avoir écrit un programme informatique, donc soit en lisant ce livre, soit en écoutant l’émission de mardi prochain, l’émission du 19 novembre, où il y a une quarantaine de minutes d’interview de Catherine Dufour qui explique un petit peu pourquoi elle a écrit ce livre, qui explique un petit peu la vie d’Ada Lovelace. Et en janvier il y a aura une soirée rencontre-dédicace avec l’autrice du livre à la librairie de Magali dans le 11e.
Évidemment ça peut être dupliqué dans d’autres régions. S’il y a une librairie qui veut inviter Catherine Dufour ou une autre personne qui a écrit un livre sur un sujet c’est tout à fait possible.
On va essayer de faire ça peut-être une fois par mois. On ne sait pas quel est le prochain parce qu’il y a plusieurs livres qui ont été publiés qui sont intéressants. Le problème c’est qu’il faut les lire d’abord. On fait des émissions pour lesquelles on lit vraiment d’abord les livres alors que ce n’est pas toujours le cas. Notamment il y en a un qui est intéressant mais qui fait quand même 400 pages !
Voilà l’idée, c’est un peu de faire ce mélange entre une interview et une soirée dédicace ; on a appelé ça « Livre à vous ! »

Comment écouter ?
Je vous l’ai dit tout à l’heure, il y a le direct en bande FM 93.1 en Île-de-France, il y a causesommune.fm sur Internet et vous avez une application pour téléphone mobile et je vais vous la montrer, je vais vous expliquer après comment l’installer.

Les podcasts.
J’ai mal positionné le gnou [sur la diapo, NdT]. Ça c’est un gnou qui initialement écoute de la musique, un vieux gnou, on l’appelle le listening gnou, le gnou qui écoute. En fait là, en l’occurrence, il écoute la radio. Le flux principal c’est vraiment celui-là [http://april.org/lav.xml], je vous l’ai dit parce que c’est celui qui a les podcasts découpés, même s’il faut attendre, peut-être, 12 heures ou 24 heures de plus après la mise en ligne du podcast.

Que faire maintenant ?
Une action potentielle que vous pouvez faire.
Déjà, qui ne connaît pas F-Droid ? D’accord. F-Droid11 est un magasin d’applications libres, donc c’est l'équivalent de, comment ça s’appelle déjà, Google Play et de… Ouais, bon ! Donc vous allez sur f-droid.org – vous n’êtes pas obligé de le faire maintenant, il y a le diaporama qui est en ligne – vous installez F-Droid et, à partir du moment où vous aurez installé F-Droid, en fait, quand vous ouvrez F-Droid vous aurez accès à plein d’applications libres. Par exemple vous aurez Open Food Facts, vous aurez OpenStreetMap, etc., donc vous avez plein d’applications libres dont deux qui sont intéressantes : la première c’est l’application Cause Commune, donc l’application qui permet d’écouter notamment directement sur le téléphone sans aller sur le site web, et la deuxième, AntennaPod, qui est un lecteur de flux RSS podcast. Donc vous installez AntennaPod, vous rajoutez ce flux-là [https://april.org/lav.xml], moi c’est AntennaPod que j’utilise, et une fois que vous aurez fait ça, eh bien automatiquement vous serez informé des mises à jour, donc des nouveaux podcasts qui arriveront.
Sur environnement type ordinateur de bureau, plus classique, vous avez d’autres outils qui existent, sur environnement libre, le plus connu, enfin sans doute le plus simple, c’est gPodder12, g, p, o, 2 d, e, r.
En tout cas sur téléphone mobile c’est assez pratique parce que l’écoute de podcasts c’est assez pratique dans les transports en commun. Par exemple, moi j’écoute beaucoup de podcasts quand je vais m’entraîner, quand je vais courir et c’est assez pratique d’avoir AntennaPod sur le téléphone mobile. Mais la première chose à faire, le plus simple, c’est vraiment d’installer F-Droid. Le seul petit truc c’est peut-être que vous devrez configurer votre téléphone pour autoriser les sources inconnues, parce que c’est vrai que sur les téléphones, souvent, il est interdit d’utiliser d’autres magasins d’applications. Vous allez dans « paramètres – sécurité – applications » et vous trouverez.

La personne dont je parlais tout à l’heure c’est Charlotte qui est là, qui vient de rentrer. Peut-être que Olive passera aussi, je ne sais pas.

Indépendamment, d’ailleurs, de l’émission de radio ou de toute autre chose, je vous encourage à installer F-Droid parce que, comme ça, vous allez avoir plein d’applications libres directement accessibles et ensuite vous pourrez installer l’application Cause Commune et AntennaPod pour les podcasts.

Il y a d’autres émissions, c’est d’ailleurs une suggestion qu’on m’a faite en préparant l’émission. Est-ce qu’il y a d’autres émissions sur les mêmes sujets ? J’ai mis la liste sur le site web principal consacré à l’émission. Là il n’y a que quelques extraits simplement :

L’Écho des Gnous c’est à Lille, de mémoire ;
Underscore c’est à Valence, si je me souviens bien ;
La voix est libre c’est à Compiègne, c’est fait dans l’université de Compiègne ;
CPU qui veut dire « Carré Petit Utile », c’est à Toulouse.
Il y en d’autres. Ce n’est pas forcément des hebdomadaires. Je crois que L’Écho des Gnous est une hebdomadaire, Underscore je ne sais plus trop. Ce sont des formats différents : certaines c’est 30 minutes, d’autres c’est plutôt une heure. En tout cas il y a d’autre émissions qui ne sont pas forcément toutes consacrées qu’au logiciel libre. L’Écho des Gnous c’est consacré qu’au logiciel libre ; Underscore c’est à l’informatique en général ; La voix est libre ce sont des étudiants qui font ça dans le cadre d’un projet de master, je crois, ou un truc comme ça. En tout cas vous avez d’autres émissions qui sont disponibles et la liste est disponible sur la page principale de l’émission.

L'émission en vidéo
Une chose qu’on nous a demandée assez rapidement, on nous a dit : « À quoi ça ressemble l’émission ? On veut des images. » On fait beaucoup de photos, à chaque émission on fait des photos et on nous avait dit : « Il faudrait que vous filmiez l’émission pour que ce soit diffusé, qu’on voit, comme ils font dans les grandes émissions de radio ». On a refusé de filmer une émission parce que justement, si vous filmez l’émission, vous n’êtes plus juste avec la voix, vous êtes aussi avec le langage corporel, etc., et la gestion du stress par les invités change complètement et le format change complètement. Par contre, on a quand même fait une petite bande annonce pour montrer un petit peu à quoi ça ressemble. Là, normalement, c’est l’effet démo qui va fonctionner. Je change, je passe sur VLC. Tac ! C’est bon mon cher Nicolas ?

Bande annonce de l’émission – diverses voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Prenez le contrôle de vos libertés informatiques et suivez l’actualité du Libre.
Retrouvez les dossiers politiques et juridiques traités par l’April.
Les échanges avec nos invités.
Et bien entendu de la musique sous licence libre.
Libre à vous ! c’est chaque mardi de 15 heures 30 à 17 heures sur les ondes de la radio Cause Commune
93.1 FM en Île-de-France
partout dans le monde sur causecommune.fm
et en podcast sur le site de la radio et sur april.org. Bref ! C’est Libre à vous !

Frédéric Couchet : Ça ce sont quelques personnes qui interviennent dans l’émission avec des invités et des gens de l’équipe. C’est juste pour montrer un petit peu à quoi ça ressemble, à quoi ressemble le studio.

Est que vous avez des questions, remarques, suggestions ? Est-ce que vous voulez dire pourquoi vous êtes venu à l’Ubuntu Party et que ce soit diffusé mardi à l’antenne ? Le temps que vous réfléchissiez, si vous avez des questions ou remarques, là j’ai le matériel d’enregistrement. Là vous avez le matériel du studio [Frédéric indique le diaporama, NdT] et là vous avez le matériel portable. J’ai tout ce qu’il faut et ça serait cool d’avoir une voix ou deux de gens, dire pourquoi vous êtes venus à l’Ubuntu Party. Vous n’avez pas d’obligation bien entendu.
Oui, vas-y. Le micro. On m’a demandé le micro. Il est où le micro ? Orange ou vert. C’est bon ils l’ont, il y en a un.

Public : J’aurais deux petites questions : est-ce que les podcasts que vous mettez en ligne sont en option compressée autant que possible, parce que j’ai déjà vu des podcasts d’émissions de radio d’une demi-heure à 50 mégas. Pour les connexions limitées ou pour l’aspect écologique, ce n’est pas…

Frédéric Couchet : Je ne crois pas qu’ils sont en format compressé parce que je crois, de mémoire, qu’ils doivent faire 70 mégas pour 1 heure 30, je crois. Après je ne sais pas si en compression on peut obtenir beaucoup, mais je note la remarque, effectivement. En tout cas sur les podcasts qu’on met en ligne on a quand même fait attention à prendre un niveau le plus bas possible par rapport à la qualité, de mémoire, sinon ils pourraient être encore plus gros, mais de mémoire ils font 70 mégas ou 75, je crois, pour 1 heure 30 d’émission.

Public : Je trouve que c’est quand même un peu dommage.

Frédéric Couchet : Je regarderai. Après on n’est pas des experts techniques, mais on regardera s’il y a des compressions possibles.

Public : D’accord.

Frédéric Couchet : Pardon ! Par définition c’est déjà compressé, c’est sûr. Par exemple, même au niveau, on peut descendre, je ne sais plus comment ça s’appelle,le bit rate on peut le descendre. En tout cas, on regardera.

Public : Deuxième chose, vous avez mentionné tout à l’heure l’obsolescence programmée. C’est souvent dit comme un simple fait alors que personnellement je trouve plutôt que c’est totalement ou en grande partie un mythe. Pour moi c’est à vérifier, je pourrais même vous donner des sources sur Internet. Je ne suis pas sûr du tout à quel point c‘est vrai cette chose.

Frédéric Couchet : Écoutez, je pense qu’il y a d’autres sources assez fiables qui disent qu’il y a à la fois l’obsolescence programmée naturelle et l’obsolescence programmée organisée. Je pense que comme il y a un projet de loi qui est mis en place pour lutter contre ça c’est qu’à priori il y a quand même un problème. Après ! Je suis preneur de liens qui expliqueraient effectivement le contraire. Il n’y a pas de problème.

Organisateur : Malheureusement on est au bout de notre créneau. Du coup on va être obligés de s’arrêter là.

Frédéric Couchet : On peut prendre des questions hors micro.

Organisateur : Merci Fred.

Frédéric Couchet : De rien. Mon adresse mail si vous avez besoin de me contacter et les références. Si vous voulez dire quelques mots à la radio vous êtes les bienvenus, sinon je prends au hasard !

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (28 janvier 2020)

ven, 01/24/2020 - 09:24
Start: 28 Janvier 2020 - 15:30End: 28 Janvier 2020 - 17:00

Réécouter en ligne --> Lire la transcription

-->

51e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio), mardi 28 janvier 2020 de 15 h 30 à 17 h 00. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • Notre sujet principal portera sur la plateforme d'exploitation des données de santé « Health Data Hub » avec Stéphanie Combes, cheffe du projet à la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) du ministère des Solidarités et de la Santé; Adrien Parrot et Nicolas Paris de l'association InterHop (les hôpitaux français pour l'interopérabilité)
  • la chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah qui portera sur Mozilla
  • la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, qui présentera le GULL (groupe d'utilisateurs et d'utilisatrices de logiciels libres) Cenabumix avec l'interview de Jean Carratala

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 28 janvier 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 28 janvier 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Interview bonus en vidéo d'Étienne Gonnu

jeu, 01/23/2020 - 11:08

Découvrez la seconde interview bonus en vidéo (3 minutes 43) pour l'émission Libre à vous !. Trois questions posées à Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques à l'April.

Étienne participe à la préparation des émissions, anime certaines discussions lors des émissions et fait partie des personnes qui s'occupent de la régie.

Vous vous proposons une courte interview vidéo d'Étienne

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Lors de son interview, Étienne recommande la lecture de « Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce », de Corine Morel Darleux, et de regarder la série « The End of the F***ing World ».

Pour voir la première interview bonus : Interview bonus en vidéo de Vincent Calame (chronique « Jouons collectif »).

« Libre à vous ! » diffusée mardi 21 janvier 2020 sur radio Cause Commune

mar, 01/21/2020 - 15:30

Au programme : la politique de la ville de Fontaine concernant le logiciel libre et les données publiques, avec Nicolas Vivant, directeur des systèmes d'information ; chronique de Véronique Bonnet sur le thème « quand le logiciel libre n'est pas supérieur, en pratique » ; chronique de Marie-Odile Morandi sur le thème « Rétrospective sur les chroniques Pépites libres de 2019 ».

Émission Références Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 50e émission :

  • la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April, sur le thème « Rétrospective sur les chroniques Pépites libres de 2019 »
  • sujet principal : collectivités locales et le logiciel libre avec l'interview de Nicolas Vivant, directeur des systèmes d'information de la ville de Fontaine
  • la chronique « Partager est bon de » Véronique Bonnet, professeur de philophie et administratrice de l'April, sur le thème « quand le logiciel libre n'est pas supérieur, en pratique »
  • diverses annonces
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Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (le jour même ou le lendemain).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Galerie photos
  3. Références pour la partie consacrée à la « rétrospective sur les chroniques Pépites libres de 2019 »
  4. Références pour la partie consacrée à la ville de Fontaine et sa politique logiciel libre
  5. Références pour la chronique de Véronique Bonnet
  6. Références pour la partie sur les annonces diverses
  7. Pauses musicales
  8. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcription et administratrice de l'April
  • Véronique Bonnet, professeur de philosophie et administratrice de l'April
  • Nicolas Vivant, directeur des systèmes d'information de la ville de Fontaine
  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques à l'April (à la régie)
Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

--> Références pour la partie consacrée à la « rétrospective sur les chroniques Pépites libres de 2019 » Références pour la partie consacrée à la ville de Fontaine et sa politique logiciel libre Références pour la chronique de Véronique Bonnet Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 3 de l'année 2020

lun, 01/20/2020 - 22:09

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Ballast] La part anarchiste des communs

✍ Édouard Jourdain, le vendredi 17 janvier 2020.

Face à la submersion néolibérale et à la privatisation généralisée du monde, la notion de «commun» est revenue en force. On ne compte plus les ouvrages et les discours louant la nécessité des «communs» ou du «bien commun», qu’il s’agisse de ressources naturelles (une forêt), matérielles (un musée) ou immatérielles (un logiciel).

[RTBF Info] Clap de fin pour Windows 7, l'occasion de passer à l'open source Linux?

✍ M.A., le mercredi 15 janvier 2020.

Depuis ce mardi 14 janvier, Microsoft a mis fin au support de Windows 7. Dans un article publié au mois de septembre de cette année et mis à jour ce 13 janvier nous abordions la nécessité ou pas de passer à Windows 10. Mais finalement est-ce là…

Et aussi: Voir aussi: [L'ADN] Comment Bellingcat a enquêté sur le crash du Boeing Ukrainien en Iran?

✍ David-Julien Rahmil, le mercredi 15 janvier 2020.

Peu connu du grand public, Bellingcat est le premier média à avoir popularisé le concept d’enquête open source. C’est grâce au travail de cette rédaction que l’Iran a reconnu sa responsabilité dans le récent crash du Boeing à Téhéran.

[cio-online.com] La Défense Nationale va-t-elle basculer sur un poste de travail libre?

✍ Bertrand Lemaire, le mercredi 15 janvier 2020.

En répondant à la question d’une sénatrice sur le contrat dit «Open-Bar» au Ministère des Armées, le gouvernement envisage un PC open-source.

Et aussi: Voir aussi: [Silicon] Open Source, DevSecOps, Cloud-Native: trois prédictions pour 2020

✍ Nabil Bousselham, le mercredi 15 janvier 2020.

Quelle sera la place de l’open source dans la création du code? Le DevSecOps sera-il incontournable? Le Cloud Native est certes tentant, mais rimera-t-il avec sécurité? Veracode livre quelques prédictions et tendances pour 2020.

Et aussi: [usine-digitale.fr] Que faire en cas de non respect d'un contrat de licence de logiciel?

✍ Pascal Agosti, le mercredi 15 janvier 2020.

Généralement, le droit d’utiliser un logiciel est concédé pour un usage spécifique via la conclusion d’un contrat de licence. Les éditeurs reprochent, à ce titre, fréquemment à leurs clients licenciés des actes constitutifs de contrefaçon en se fondant sur le non-respect du contrat. Dès lors, la nature de l’action - contractuelle ou délictuelle - permettant au titulaire des droits de propriété intellectuelle d’obtenir réparation en cas de non-respect des termes de la licence par un utilisateur est une question épineuse.

Bientôt un poste de travail entièrement libre au ministère des Armées ?

lun, 01/20/2020 - 16:41

Le ministère des Armées a annoncé mener actuellement une étude pour s'équiper d'un poste de travail entièrement libre (système d'exploitation et logiciels de bureautique). Cette annonce est faite dans la réponse à une question écrite de la Sénatrice Christine Prunaud le 9 janvier 2020. Il s'agira, bien entendu, de traduire l'annonce en actes et le ministère donne, dans cette réponse, quelques signes encourageants. L'April souhaite la publication de l'étude une fois celle-ci finalisée et demande au ministère si le contrat Open Bar qui le lie à Microsoft a déjà été renouvelé pour la période 2021-2025

L'objet de la question de la Sénatrice Christine Prunaud porte sur la prise en compte du « critère de la maîtrise des codes sources » lors du possible, voire probable, renouvellement du contrat Open Bar entre Microsoft et le ministère des Armées. La sénatrice en profite pour souligner les conditions préoccupantes de passation du premier contrat et la « discrétion totale » sur son renouvellement en 2017 (pour quatre ans). Autant d'interrogations qui poussaient l'April a se demander si le ministère allait enfin entamer sa cure de désintoxication.

La temporalité de cette question, ainsi que la focale sur la « maîtrise des codes sources », n'est évidemment pas anodine puisqu'elle s'inscrit dans les suites de la publication, le 1er octobre 2019, du rapport de la commission d'enquête du Sénat sur la souveraineté numérique, commission par laquelle l'April avait été auditionnée, qui soulignait page 155 que « la lisibilité totale des codes sources des programmes informatiques pouvait être une des conditions essentielles de la souveraineté de l’État sur ses moyens numériques ».

Un changement de discours en faveur du logiciel libre

L'entrée en matière de la réponse peut permettre de douter que le ministère soit d'ores et déjà prêt à sérieusement entamer sa cure de désintoxication. Microsoft, seule, serait capable de fournir les prestations demandées : du logiciel Microsoft. Argument pour le moins tautologique, qui fait l'impasse sur le fait que ces logiciels ne sont pas les seuls à pouvoir répondre aux besoins, notamment en matière de bureautique, du ministère.

Cependant, un certain changement de ton semble s'opérer. S'il reste à traduire cela en actes, l'April y sera attentive, la réponse marque une évolution dans le discours vis-à-vis du logiciel libre. En particulier, la réponse ministérielle annonce « une étude pour s'équiper d'un poste de travail entièrement libre (système d'exploitation et logiciels de bureautique), sur le périmètre de son réseau internet dédié. »

Une étude pour s'équiper d'un poste de travail entièrement libre (système d'exploitation et logiciels de bureautique), sur le périmètre de son réseau internet dédié. L'accès au code source des solutions numériques est effectivement un facteur facilitant la maîtrise de ces solutions, dans une optique tant de sécurité que de souveraineté numérique.

Cette annonce fait écho à la réponse à une autre question écrite de la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam, datant du 24 août 2018, dans laquelle le ministère informait qu'« une feuille de route pour le ministère des Armées, indiquant à la fois le calendrier et les applications pour lesquelles il serait pertinent de passer au logiciel libre, sera établie courant 2018 ».

Si l'on oublie les réserves habituelles d'usage, « un coût global de risques et d'efficacité [qui doit être] comparables à ceux des grands éditeurs », le logiciel libre semble enfin reconnu dans le discours, non pas comme un modèle économique alternatif, mais, avec ses vertus intrinsèques spécifiques, comme une approche, pour ne pas dire une éthique, au développement logiciel. En particulier, le fait de pouvoir accéder aux sources du logiciel est reconnu comme un facteur de sécurité et un gage de confiance. Loin donc du fantasme d'une sécurité garantie par l'opacité des logiciels qui semblait être la norme jusqu'à il y a peu dans ce genre de réponse.

Mise à jour de la « politique logicielle » du ministère

Pour vanter son engagement vis-à-vis des logiciels libre, la réponse ministérielle indique que sa « politique logicielle », publiée en 2019 (en PDF), « prône l'ouverture aux logiciels libres », modulo les réserves évoquées de coût et d'efficacité.

Les objectifs de cette politique sont bien de favoriser l'interopérabilité par un recours aux standards, protocoles et formats d'échange ouverts, de garantir la souveraineté (tant sur la confiance que la sécurisation) numérique, de maîtriser et rationaliser les choix technologiques, de promouvoir le partage et la réutilisation des composants logiciels et d'exposer les ressources (données et services).

Notons ici que malgré l'annonce de l'accessibilité du document, il ne semble y avoir eu aucune publication officielle et nous n'avons obtenu aucune réponse à nos demandes de communication de mai 2019. Le seul document en notre possession date du 11 février 2019 et a été rendu public par le journaliste Émile Marzolf, travaillant pour Acteurspublics.fr. Il serait sans doute opportun de la part du ministère de communiquer le document via un canal officiel, pas seulement sur un site tiers/privé, comme celui de l'April.

La politique logicielle précédente remonte au 17 octobre 2006. Il s'agissait d'un document cohérent et intéressant, particulièrement sur les questions d'interopérabilité, qui marquait déjà un engagement vis-à-vis du logiciel libre, affirmant même que « le ministère de la Défense engage une démarche volontariste vis-à-vis des logiciels libres ». Cela n'aura malheureusement pas empêché la mise en place de la servitude volontaire à Microsoft.

Si la mention de cette « démarche volontaire » n'a malheureusement pas été reproduite dans cette nouvelle version, le fond du document semble toujours marquer un engagement vis-à-vis du logiciel libre. Le sujet y est d'ailleurs plus détaillé, notamment dans l'annexe III qui définit la notion et précise le fonctionnement des licences et des « modèles économiques ».

Une politique qui reconnaît, enfin, la valeur des communautés du logiciel libre

Une considération qui ressort de cette politique logicielle mérite en particulier notre attention.

Le rôle des communautés du logiciel libre est essentiel à la fois pour bénéficier de codes de qualité, maintenus, plus sûrs et améliorés en permanence, pour mutualiser les ressources et les expertises entre les services de l'État, mais également pour s'ouvrir vers l'extérieur. C'est un moyen de dynamiser les projets et de contribuer à leur pérennité.

Ce rapport au « rôle des communautés » n'est pas anodin et marque une reconnaissance importante qui semblait jusqu'alors loin d'être évidente. Particulièrement sur les questions relatives à la sécurité, enjeu fondamental pour le ministère des Armées.

Sur ce point d'ailleurs, à la lecture de la réponse ministérielle on pouvait regretter que la considération de « sécurité » soit limitée à la seule capacité d'accès au code source. S'il s'agit évidement d'une considération importante, l'intérêt ne se limite pas à la liberté individuelle d'accéder aux sources. Il est systémique. C'est parce que cette liberté est garantie à toutes et tous, en combinaison avec les libertés d'usage, de modification et de partage, qu'une communauté se forme et que la charge de cet « audit » est distribuée, améliorant le niveau global de sécurité du logiciel et la confiance qu'on peut lui porter. La « politique logicielle » établie par la DGNUM ne semble d'ailleurs pas dire autre chose.

Gageons que l'étude annoncée, pour un poste de travail entièrement libre, sera menée avec la rigueur que mérite la situation et qu'il s'agira d'un premier pas décisif dans la désintoxication à Microsoft. À l'instar de la Gendarmerie nationale qui a parfaitement réussi sa migration vers le logiciel libre1. Le ministère des Armées, comme l'ensemble des administrations, aura tout à gagner à s'engager dans une priorité effective au logiciel libre, en s'appuyant sur les communautés qui les font vivre.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 14 janvier 2020

lun, 01/20/2020 - 15:51


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 14 janvier 2019 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Magali Garnero - Emmanuel Charpentier - Olivier Simon - Étienne Gonnu - Vincent Calame - Frédéric Couchet - Étienne Gonnu à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 14 janvier 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Notes de lecture du livre consacré à Aaron Swartz Ce qu'il reste de nos rêves de Flore Vasseur, par Magali Garnero et Emmanuel Charpentier
  2. Collectivités locales et le logiciel libre avec l'interview d'Olivier Simon, directeur Nancy Ville Numérique
  3. Chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le thème de « la tentation de la réécriture »
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Pourquoi la ville de Nancy considère que le logiciel libre est un vrai vecteur de transformation du service public en général et des collectivités locales en particulier ? Le livre consacré à Aaron Swartz, militant des libertés numériques et intitulé Ce qu’il reste de nos rêves. Quels sont les problèmes de la tentation de la réécriture ? Eh bien nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’association c’est april.org. Vous y trouvez une page consacrée à cette émission avec les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission.

Nous sommes mardi 14 janvier 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct ou participer à la discussion, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous ainsi sur le salon dédié à l’émission.

Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Voici maintenant le programme de l'émission.
Nous commencerons par une note de lecture du livre Ce qu’il reste de nos rêves de Flore Vasseur consacré à Aaron Swartz, militant des libertés numériques, décédé à l’âge de 26 ans le 11 janvier 2013.
D’ici dix à quinze minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur la politique « logiciel libre et données publiques » de la ville de Nancy, récente récipiendaire d’un label Territoire Numérique Libre de niveau 5.
En fin d’émission nous aurons la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame sur le thème de « la tentation de la réécriture ».
À la réalisation de l’émission aujourd’hui mon collègue Étienne Gonnu. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu : Salut Fred.

Frédéric Couchet : Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Notes de lecture du livre consacré à Aaron Swartz Ce qu'il reste de nos rêves de Flore Vasseur, par Magali Garnero et Emmanuel Charpentier

Mag : Salut à tous.
À l’occasion de la commémoration de sa mort le 11 janvier 2013, j’ai très envie de vous parler de Aaron Swartz, donc du livre Ce qu’il reste de nos rêves écrit par Flore Vasseur aux Éditions des Équateurs. C’est un livre qui est paru en 2019, donc c’est quand même assez récent, mais comme je ne pourrais pas avoir l’auteur avec moi, j’ai demandé à un connaisseur de venir. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Manu, tu es responsable de la revue de presse de l’April.

Manu : Et je suis informaticien par ailleurs.

Mag : Et de l’Agenda du Libre.

Manu : Oui, que j’ai codé dans sa version actuelle.

Mag : J’en profite, je te fais de la pub !

Manu : Ça ne peut faire de mal !

Mag : Aaron Swartz est né en 1986, il est mort en 2013 à 26 ans. C’est une vie très courte mais très, très riche.

Manu : Il vient d’une famille dans laquelle le père est informaticien.

Mag : Il a des frères tout aussi intelligents que lui. Il est brillant, c’est un élève surdoué — on va le voir par la suite — qui a fait énormément de choses.

Manu : Il a commencé à quel âge ?

Mag : À 12 ans il crée The Info Network. The Info Network c’est une encyclopédie, une sorte de prémisse de Wikipédia.

Manu : Oui, un peu en avance, mais déjà un début. Ça n’a pas pris à l’époque, effectivement il était un peu jeune, ça ne doit pas aider.

Mag : Peut-être aussi qu’il ne devait pas avoir les connaissances. À 12 ans on n’a pas le réseau que pouvaient avoir les fondateurs de Wikipédia. Mais déjà là, il est pour le partage des connaissances, la libre circulation des informations. À 13 ans il reçoit un prix, je ne vous dirai pas le nom du prix parce que c’est en anglais, mais, en gros, la récompense de ce prix c’est une visite au MIT [Massachusetts Institute of Technology].

Manu : Donc un endroit où il y a plein d’informaticiens. On pourrait même dire qu’il y a un nid et il va y rencontrer des gens importants pour sa vie plus tard.

Mag : Il y rencontre Lawrence Lessig.

Manu : Notamment, un grand défenseur du droit d’auteur, du domaine public plus précisément, qui est un des créateurs des Creative Commons, donc quelqu’un d’important.

Mag : À 14 ans, il participe au format RSS. C’est quoi le RSS ?

Manu : C’est quelque chose d’assez technique qui permet de s’abonner aux sites web pour avoir leur actualité. C’est très utile mais ça reste assez technique. Donc quelque chose qui a vraiment beaucoup aidé à partager de l’information sur Internet. À son époque, ça a fait vraiment fureur.

Mag : Et c’est toujours d’actualité.

Manu : C’est toujours d’actualité, même si d’une certaine manière ça a évolué, donc il y a d’autres choses.

Mag : À 15 ans il s’intéresse au droit d’auteur et aux licences des Creative Commons.

Manu : Justement créées par Lawrence Lessig, un ami à lui.

Mag : Un mentor.

Manu : Un mentor, on peut le dire.

Mag : En tout cas au début c’était son mentor et après, manifestement, les choses se sont inversées, ça vous le découvrirez dans les interviews du livre de Flore Vasseur.

Manu : Les Creative Commons c’est quelque chose qu’on peut utiliser quand on diffuse des contenus sur Internet notamment, et ça touche à peu près tous les contenus qu’on peut imaginer. C’est très à la mode, notamment aujourd’hui sur Wikipédia.

Mag : À 16 ans il rentre à l’université de Stanford.

Manu : Donc c’est plutôt jeune, mais c’est bien !

Mag : À 17 ans il devient ou il commence à devenir très actif dans Wikipédia. Forcément, vu que son encyclopédie n’a pas marché, autant être actif là où ça marche, Wikipédia, ça marche.
À 19 ans il rejoint les fondateurs de Reddit. C’est quoi Reddit ?

Manu : C’est une sorte de site où on partage des liens et où on discute. C’est un nid à trolls, c’est un forum gigantesque.

Mag : À trolls.

Manu : Il y a plein de trolls sur Reddit, c’est assez incroyable !

Mag : Des débats.

Manu : Des débats. Il y a plein de débats sur Reddit. C’est un milieu qui est très bougeant, ça remue dans tous les sens.

Mag : Je ne me couche pas tant que quelqu’un a tort sur Internet, c’est ça ?

Manu : Exactement. Ceci dit, il n’y est pas resté non plus.

Mag : Non, parce que Reddit a été racheté par Condé Nast et manifestement la politique a changé ce qui fait qu’il s’est barré.

Manu : Ce n’est déjà pas mal, il a quand même participé encore à quelque chose d’assez important sur Internet.

Mag : À 21 ans, il fait partie des membres du W3C et du RDF.

Manu : Le W3C [World Wide Web Consortium] c’est l’organisme qui gère un peu le Web, donc une grosse partie d’Internet tel qu’on le connaît aujourd’hui, c’est quelque chose de gigantesque, d’important.
RDF [Resource Description Framework] est un des formats qui est utilisé, qui est spécifié par le W3C, qui est en lien avec le RSS justement, donc quelque chose d’assez important qui est toujours utilisé aujourd’hui sur des métadonnées, globalement, et des formats de fichiers.

Mag : Tu vois, heureusement que tu es là !
C’est aussi à cet âge-là qu’il élabore le langage de balisage léger Markdown. Ça je sais, parce que je l’utilise.

Manu : Parce que tu l’utilises !

Mag : Quand je vais sur mon site internet j’utilise du Markdown pour dire « attention, ce texte sera en gras, en italique, il faut aller à la ligne, c’est un titre » et ainsi de suite. C’est quelque chose qui est extraordinaire le Markdown ! Et il a trempé là-dedans.

Manu : C’est un des créateurs et ce mécanisme-là est un des mécanismes qui est beaucoup utilisé dans les wikis, dans les outils comme Wikipédia, même si ce n’est pas toujours la même syntaxe. Il y a eu beaucoup de difficultés à mettre en place des syntaxes communes et aujourd’hui Markdown est l'une des syntaxes les plus utilisées quand on veut écrire à la mode wiki.

Mag : La classe !

Manu : Vraiment quelque chose de très important et assez incroyable parce qu’il y a beaucoup de ces syntaxes qui se sont battues les unes avec les autres.

Mag : Il continue. À 22 ans il participe à Tor2web. C’est un proxy http pour les services cachés de Tor. Déjà il va falloir que tu m'expliques ! Proxy, http et Tor.

Manu : On ne va pas forcément aller dans les détails. Tor c’est un outil pour être anonyme sur Internet, un outil en oignon, on passe par plusieurs couches et, grâce à toutes ces couches, au moins trois, c’est ce qui recommandé, on est supposé être à peu près anonyme si on ne fait pas d’erreur par ailleurs. Les proxys ce sont des intermédiaires par lesquels on passe. Donc développer des proxys pour aller sur le Web, c’est utile. Je ne sais pas si la brique en question est encore utilisée aujourd’hui, mais c’est quelque chose d’important qu’il a dû mettre en place pour faciliter la vie et pour rester anonyme sur Internet, donc quelque chose de fondamental.

Mag : Il s’investit aussi dans Watchdog, en 2008. En gros c’est de l’open data qui force plus ou moins les gouvernements à mettre des données en transparence, en libre accès.

Manu : Open data, ce qu’on en dit aujourd’hui, c’est effectivement quand les administrations partagent des données, les horaires de trains, des données sur les budgets, des choses comme ça, qui sont partagées, qui sont diffusées, c'est très utile notamment pour nous les citoyens, pour les entreprises et pour les autres administrations aussi. Donc oui, il a trempé là-dedans, encore !

Mag : Incroyable ! Mais pas que ça ! Il a aussi fait l’Open Library.

Manu : Ah ! Ça doit te plaire puisque tu es libraire.

Mag : Je suis libraire effectivement. L’Open Library c’est énormément de livres en libre accès. C’est-à-dire que tout ce qu’il a pu avoir sous la main il l’a envoyé et on peut y accéder gratuitement, librement.

Manu : Vraisemblablement des livres du domaine public.

Mag : Et il y en déjà pas mal !

Manu : Il y en a beaucoup et c’est un effort qui est louable parce qu’il faut les diffuser, il faut les reprendre et il me semble qu’il a fait ça notamment pour essayer de damer le pion à Google qui, lui aussi, avait des projets dans ce sens-là, mais ce n’était pas forcément des projets ouverts.

Mag : Déjà, en 2008, il se méfiait de Google !

Manu : Effectivement, il a senti qu’il y a avait des acteurs qui étaient trop importants, qu’il ne fallait pas leur laisser tout faire.

Mag : Bien sûr, nous on le connaît pour autre chose. Enfin, on le connaît !

Manu : En tout cas pour sa dernière affaire on va dire, son dernier combat.

Mag : L’affaire JSTOR.

Manu : En soi ce n’était pas la plus connue mais c’est effectivement la diffusion de journaux scientifiques.

Mag : Ce sont des jounraux qu’il est allé récupérer sur le site du MIT.

Manu : Et qu’il a ensuite diffusés sur Internet, mais, en tout cas, on ne lui avait pas donné la permission de le faire, donc c’était considéré un accès illégal et une diffusion illégale.

Mag : Il n’y avait rien qui empêchait de le faire. Le MIT était quand même reconnu pour garder ce genre de données ouvertes.

Manu : Oui, en interne, mais le fait qu’il les a diffusées ça a été à l’encontre de la politique officielle du MIT. Même si le MIT ne s’en est pas plaint officiellement, il y a quelqu’un qui lui est tombé dessus, un procureur des États-Unis qui l’a mis en accusation pour avoir diffusé et hacké des informations qu’il n’aurait pas dû mettre en partage sur Internet.

Mag : C’est un procureur des États-Unis, Carmen Ortiz, qui va porter plainte, va gérer l'affaire sachant que JSTOR n’a pas porté plainte et va menacer Aaron de 35 ans d’emprisonnement et, je crois, de un million de dollars, quelque chose de totalement loufoque comme somme !

Manu : C’était de la démesure et effectivement, certains considèrent que c’était devenu une forme d’acharnement judiciaire. Elle voulait vraisemblablement faire un exemple de Aaron Swartz qui était déjà très connu à cette époque, donc le mettre en face de ses responsabilités, on va dire, l’accuser. Lui faire plier l’échine aurait été un succès, on peut imaginer, pour cette procureur.

Mag : Il faut savoir qu’Aaron Swartz avait des problèmes de santé, que ce soit sa santé alimentaire mais aussi un peu psychique et il s’est pendu. Il s’est pendu dans le costume qu’il avait acheté pour aller au tribunal, donc il n’y a pas eu de jugement.

Manu : Il a mis fin à cette affaire, mais effectivement c’est sa vie qu’il a mise en jeu, c’est un peu dommage. On ne sait pas dans quelle mesure c’est l’affaire qui l’a poussé à cela, en tout cas aujourd’hui il est considéré un petit peu…

Mag : Comme un martyr. Allez, un martyr du Libre, eEn tout cas une figure incontournable du mouvement du logiciel libre, des droits d’auteur et de tout ce qui est licences et open source.

Manu : C’est un combattant du partage d’informations, du partage d’informations scientifiques, de la collaboration, de la mise en commun et des formats qui vont sous-tendre ces mises en commun. C’est quelqu’un d’important parce qu’il a marqué son époque. Il y a des pétitions qui ont circulé en sa mémoire, notamment contre la procureure. Lawrence Lessig continue à parler de lui assez régulièrement. C’est quelqu’un qui, malgré son jeune âge, a contribué de manière marquante à la vie d’Internet.

Mag : Il a marqué les esprits. Il y a plein de choses qui sont dites sur lui, même après sa mort. D’ailleurs on commémore sa mort.

Manu : Et on écrit des livres sur sa vie, sur sa courte vie.

Mag : On écrit des livres.
Ce que j’ai aimé dans ce livre, donc dans cette biographie, c’est qu’elle est écrite comme un roman. Pour ceux qui ne sont pas trop biographie, qui préfèrent les romans, n’hésitez pas à aller la lire parce qu’on suit vraiment toute son histoire. Il y a le témoignage de sa famille, il y a le témoignage de ses amis, de ses proches. Il y a aussi le témoignage de ses mentors puisque Lawrence Lessig y participe énormément, d’ailleurs c’est peut-être grâce à lui que cette biographie existe. C’est bien ficelé, il y a plein de références à l’actualité, donc on n’est pas perdu. Je trouve que c’est une manière très intelligente de nous prévenir et de nous sensibiliser aux dérives des GAFAM mais aussi des gouvernements puisque là, en l'occurrence, c’est le gouvernement qu’il s’est pris en pleine face notre Aaron Swartz. Il se sentait innocent et, malgré tout, les jugements, la pression, la prison puisqu’il a été arrêté, ça l’a mis dans un état qui l’a conduit au suicide.

Manu : C’est une vie marquante, courte. J’espère qu’on continuera à parler de lui régulièrement, il n’y a pas de raison qu’on l’oublie. En tant que martyr des libertés, c’est toujours important de parler de lui.

Mag : Je pense que tant que Lawrence Lessig sera vivant on parlera de lui. Il a vraiment été marqué par ce gamin qui réfléchissait et lui donnait des pistes de réflexion auxquelles il ne s’attendait pas forcément.
Avant de conclure, je voudrais parler un petit peu de Flore Vasseur. Flore Vasseur c’est une Française.

Manu : Donc l’autrice de la biographie.

Mag : L’autrice de la biographie. En 1999, elle est partie s’installer à New-York. Elle travaillait dans une entreprise de luxe. Elle a monté sa propre société de marketing. Et là paf ! Attentats du 11 septembre 2001. Elle ne doit pas être très loin des tours, on sent que ça la marque et elle va totalement changer de vie. Ces attentats c’est une sorte de déclic et elle change tout. Elle devient journaliste, chroniqueuse, elle quitte New-York, elle revient en France. Elle va commencer à faire des chroniques sur France Culture, sur Le Monde, sur Le Figaro, sur Le Journal du dimanche. Elle fait des articles sur pas mal de gens. Elle s’intéresse énormément aux lanceurs d’alerte qu’elle a connus quand elle a fait un documentaire, en 2016, sur la rencontre entre Lawrence Lessig, Snowden et Birgitta Jónsdóttir.

Manu : Qui ça ?

Mag : Birgitta Jónsdóttir.

Manu : Ce n’est pas facile !

Mag : Je ne suis pas sûre de le prononcer correctement en plus. Birgitta c’est une femme, Islandaise, qui a fondé le Parti pirate. Donc en 2010 elle fonde le Parti pirate, elle était très proche de Julien Assange de WikiLeaks, elle s’en est un peu éloignée après, elle prône les droits d’auteur, le partage de la connaissance, la liberté sur Internet, enfin c’est une femme bien. Elle a fait un documentaire sur la rencontre de ces trois personnes-là qui est fabuleux. Je vous conseille d’aller voir ce documentaire et même d’aller lire d’autres livres de Flore Vasseur parce que c’est quand même quelqu’un qui réfléchit, qui partage, et c’est intéressant de lui consacrer un peu de temps.

Manu : À priori elle défend des droits d’auteur logiques et bien délimités et pas des droits d’auteur un peu fous qui seraient défendus notamment par des procureurs qui ont envie de marquer le coup et d’obtenir une cible, d’obtenir une cible un peu forte.

Mag : Je propose qu’on s’arrête là. Merci Manu d’avoir joué les experts avec moi et merci à tous de nous avoir écoutés. Bye-bye.

[Transition sonore]

Frédéric Couchet : Nous avons écouté Magali Garnero et Emmanuel Charpentier, bénévoles à l’April, qui ont enregistré une note de lecture du livre Ce qu’il reste de nos rêves de Flore Vasseur consacré à Aaron Swartz, militant des libertés numériques. C’est aux Éditions des Équateurs, le livre a été publié en janvier 2019, il fait à peu près 400 pages et je vous encourage à le lire. Comme le dit Magali, ce livre, au-delà de raconter la vie d’une personne, est un livre sur une famille. Dans les pages consacrées à l’émission sur april.org et causecommune.fm j’ai également mis un lien vers une vidéo de Flore Vasseur, d’une dizaine de minutes, une interview vidéo publiée l’an dernier.
Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale ]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter La petite Britney par le groupe « 6 Février 1985 ». On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause commune.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : La petite Britney par le groupe « 6 Février 1985 ».

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter La petite Britney par le groupe « 6 Février 1985 », une musique disponible sous licence Art libre. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.

Nous allons passer maintenant au sujet principal.

[Virgule musicale ]

Collectivités locales et le logiciel libre avec l'interview d'Olivier Simon, directeur Nancy Ville Numérique

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui va porter sur la politique de la ville de Nancy concernant le logiciel libre et les données publiques avec Olivier Simon directeur de Nancy Ville Numérique et je vais passer la parole à mon collègue Étienne Gonnu qui va animer cette discussion. Étienne c’est à toi.

Étienne Gonnu : Merci Fred.
Effectivement, pour cette rentrée 2020, nous avons décidé de consacrer deux sujets longs, donc aujourd’hui puis la semaine prochaine, le 21 janvier, aux collectivités qui œuvrent pour le logiciel libre et plus largement pour les libertés informatiques. Donc aujourd’hui nous avons le plaisir de recevoir par téléphone Olivier Simon directeur de Nancy Ville Numérique. Vous êtes bien avec moi Olivier ?

Olivier Simon : Oui. Bonjour à tous.

Étienne Gonnu : Bonjour. Effectivement, l’engagement de Nancy pour le logiciel libre, politiquement et concrètement a été démontré, c’est aussi pour ça qu’on a plaisir à vous recevoir. Déjà je pense qu’on peut citer par acte de transparence mais également parce que je trouve c’est significatif et que ça montre l’engagement de Nancy, le maire de Nancy, Laurent Hénart, qui est signataire, en 2010, au moment des Régionales, puis en 2014 au moment des Municipales, du Pacte logiciel libre de l’April, par lequel, à l’époque, on appelle les personnes candidates lors des élections à s’engager à promouvoir et à défendre le logiciel libre. Donc on a le plaisir de voir que monsieur Hénart, dans ses mandats, respecte et s’engage concrètement sur ce Pacte et puis, Frédéric l’a mentionné en introduction de l’émission, vous avez récemment été récompensé d’un label Territoire Numérique Libre de niveau 5, le niveau maximum, et vous êtes, en plus, la première collectivité à obtenir ce niveau 5. Pour préciser, le label Territoire Numérique Libre a été créé en 2016 à l’initiative de l’ADULLACT qui est l’Association des développeurs et utilisateurs de logiciels libres dans les administrations et les collectivités territoriales, label pour lequel l’April est membre du jury. C’est un label qui est destiné à mettre en valeur l’utilisation des logiciels libres, des systèmes d’exploitation libres au sein des collectivités territoriales françaises ainsi que l’usage des données publiques ouvertes, accessibles et réutilisables, ce qu’on appelle souvent open data. Vous avez donc eu le niveau maximal, félicitations à nouveau.

Olivier Simon : Merci beaucoup.

Étienne Gonnu : Peut-être, en quelques mots, est-ce que vous pouvez, justement, présenter les motivations de cet engagement ? Pourquoi est-ce que Nancy œuvre pour les logiciels libres ? Finalement pourquoi est-ce qu’elle a obtenu, selon vous, ce niveau 5 ?

Olivier Simon : Déjà c’est un honneur. C’était notre deuxième participation, l’année dernière nous avions obtenu le niveau 4 et on aura peut-être l’occasion d’y revenir, mais ces labels sont capitaux pour conduire une politique publique puisque c’est important de pouvoir s’évaluer et ce n’est pas tant le label qui était important, même si c’est facile à dire quand on a le niveau 5, mais c’était surtout les recommandations pour progresser qui étaient importantes.
Comme vous l’avez bien précisé Étienne, c’est vrai que monsieur le maire était signataire de la charte de l’April, ce qui a permis, dès son élection, dans le projet de ville, de voir apparaître le numérique en bonne place et à chaque fois la notion du logiciel libre à la fois dans le projet politique mais aussi dans le projet de l’administration. L’open source est synonyme de transparence, d’interopérabilité et de co-construction, de co-conception et c’est ça qui nous a aidés aujourd’hui à faire que le logiciel libre a complémentent transformé le management interne de la collectivité dans sa création, dans son suivi et son développement. C’est vrai que c’est une expérience réussie, ce sont plusieurs expériences réussies ; ce sont des rencontres d’acteurs du Libre qui portent des valeurs de transparence, de démocratie participative, de choses qui ont à la fois retenu une écoute forte de la part des politiques mais aussi de l’administration et surtout des administrés.

Étienne Gonnu : Très bien. Quand on a préparé l’émission, vous aviez fait une distinction que j’ai trouvée intéressante — vous pourriez d’ailleurs présenter ce qu’est un directeur Ville Numérique de Nancy —, vous précisiez que vous n’étiez pas directeur des systèmes d’information, DSI. C’est quelque chose qu’on juge important, auquel on était attentif lors de l’évaluation des différentes candidatures pour le label Territoire Numérique Libre, ces relations, on va dire, entre les élus et les équipes en interne, les équipes techniques et comment elles travaillent ensemble. Il m’a semblé comprendre que vous avez justement une position intéressante. Quel est le rôle du directeur Ville Numérique à Nancy ?

Olivier Simon : Le rôle du directeur Ville Numérique à Nancy. Déjà, on évolue dans un environnement particulier, Nancy c’est la ville centre d’une métropole, une métropole qui comprend 20 communes, sur un bassin de vie de 280 000 habitants et qui, depuis 1999, a pris la décision de mutualiser son service informatique, donc il y a une DSI mutualisée pour 19 des 20 communes. DSI qui a pour mission, traditionnellement, de mettre un environnement technique et technologique.
C’est vrai que lors de l’élaboration du projet numérique de la ville de Nancy, il a été convenu que la technologie devait se mettre au service de et non pas être au cœur. C’est vrai qu’à partir de là, tout naturellement, l’idée d’une direction du numérique qui est centrée sur les usagers et sur les usages, avec des particularités de droit à l’expérimentation, de droit à l’échec – on a essayé de ne pas trop en avoir mais quelquefois qui dit expérimentation dit retour en arrière par moments – a fait que, du coup, on a un mode de développement bien particulier et la DSI, elle, est un des partenaires parmi d’autres, c’est-à-dire qu’on l’associe sur des choix technologiques mais pas forcément sur des choix d’usage.
C’est vrai que la direction Nancy Ville Numérique que j’ai la chance d’animer, se situe directement au niveau du directeur général, je suis donc membre de l'équipe de direction, une équipe de direction resserrée puisqu’il y a sept personnes, qui est managée par un comité de pilotage présidé par monsieur le maire et l’adjoint au numérique, qui se réunit régulièrement. Ça veut dire qu’il y a des circuits de décision très courts, des circuits d’information très courts qui nous permettent justement de réagir vite sur des expérimentations.

Étienne Gonnu : En gros, de ce que vous nous dites, c‘est un sujet politique.

Olivier Simon : Absolument, c’est ça. Et c’est vrai que très souvent lorsqu’on intervient auprès de collectivités ou qu’on reçoit des collègues, il est clair qu’une des raisons de la réussite, en dehors du fait qu’on est probablement très intelligents, mais ça je ne suis pas sûr en fait, c’est surtout qu’il y a eu un portage politique très fort. C’est-à-dire que l’implication de monsieur le maire, l’implication du directeur général et l’implication de l’équipe de direction font que ça donnait du crédit à nos propositions, ça a été appuyé au plus haut niveau et ça permettait, ensuite, de donner du crédit à nos actions finalement.

Étienne Gonnu : Très bien. Dans tout ce que vous nous décrivez, en quoi, finalement, le logiciel libre répond ? Je n’ai pas besoin d’être convaincu, mais je pense qu'il peut être intéressant justement de montrer que le logiciel libre, j’imagine, arrive en conclusion comme un objet politique et répond à des aspirations politiques.

Olivier Simon : De plus en plus aujourd’hui, l’habitant a plusieurs soucis. Ça fait longtemps qu’on travaille dans ce domaine et on a vu les usagers et les habitants, les politiques et nos collègues fonctionnaires, changer de paradigme. Avant, à un moment donné, l’informatique c’était le tout puissant, on pouvait imposer les fonctionnements. Aujourd’hui ce n’est absolument plus le cas : on a des habitants qui sont éduqués, qui connaissent, qui ont l’habitude, finalement, de commenter sur telle ou telle plateforme des produits qui viennent de n’importe où, de les suivre au quotidien. Par contre, ce n’est pas forcément très évident de leur expliquer que quand ils viennent déposer une demande de permis de construire, ils mettent leur dossier dans une grosse boîte noire et ils doivent attendre deux mois pour une réponse.
C’est vrai qu’à partir de là, le mode de réflexion a été de dire « essayons de donner de la transparence, de donner des garanties et de rendre les choses faciles et interopérables ». À chaque fois qu’on a mis ces conditions immuables, on est retombés sur l’idée du logiciel libre qui présentait toutes ces qualités, c’est-à-dire ses garanties de transparence, ses garanties d’interopérabilité et aussi ses garanties d’indépendance parce que tout le monde a aujourd’hui le souci de ses donnés, en tous les cas un usager, lorsqu’il confie ses données à l’administration, il est exigeant. C’est vrai qu’il fallait qu’on puisse répondre au niveau d’exigence de nos usagers.

Étienne Gonnu : C’est intéressant. J’ai trouvé que c’était très intéressant quand on a préparé l’émission, justement vous avez évoqué un argument qui est de dire, en fait, que ce n’est pas seulement plus que du GAFAM et on n’est pas seulement dans une réflexion d’alternative aux GAFAM. C’est vrai qu’on entend souvent ces arguments qui ont certes une valeur, mais l’intérêt du logiciel libre va effectivement bien au-delà et il permet de développer des usages spécifiques, c’est ce que j’entends, en tout cas, dans ce que vous développez.

Olivier Simon : Tout à fait.

Étienne Gonnu : Je pense aussi que ça peut-être intéressant de revenir sur cette mutualisation, c’est justement un facteur très intéressant que permet le logiciel libre. Vous parliez de différentes communes qui travaillent effectivement de concert à développer des usages communs et des outils communs.

Olivier Simon : Oui, c’est ça. C’est-à-dire que dans l’intercommunalité, au niveau de la métropole du Grand Nancy, on va trouver la commune de Nancy qui fait 105 000 habitants, mais on va aussi trouver des communes plus modestes, avec des financements ou des niveaux d’organisation différents et, pour autant, chacune d’elles est contrainte par le code des marchés publics, des procédures d’achat très réglementées, sans rentrer dans le détail, mais c’est vrai que l’existence du logiciel libre permet effectivement très facilement de travailler ensemble, de paramétrer. Finalement on n’achète pas des licences, on achète de la formation, on achète de la prestation, on achète de l’accompagnement et, du coup, c’est quelque chose qui permet à tous de travailler ensemble.
On avait la joie ce matin finalement de préparer la réunion de lancement pour la métropole du Grand Nancy qui se lance dans le même système de gestion de relation au citoyen qu’on utilise depuis trois ans. En fait, ça permet d’ajuster des pratiques, de s’harmoniser et surtout d’avoir un management qui est concret, concrètement centré sur l’utilisateur. C’est-à-dire que trop souvent les outils qu’on a eus jusqu’ici étaient trop fixés, trop figés, et c’est vrai qu'avec le logiciel libre, eh bien on rencontre des prestataires qui sont tournés vers l’utilisateur et qui ne sont pas tournés vers leur chiffre d’affaires.

Étienne Gonnu : Ce qui m’évoque aussi un autre argument qu’on défend souvent lorsqu’on parle de logiciel libre et de collectivités : souvent on dit que les prestataires de logiciels libres sont beaucoup plus souvent inscrits dans le tissu économique local. Est-ce que c’est quelque chose que vous constatez également à Nancy ? Est-ce que vous travaillez effectivement de manière plus locale ?

Olivier Simon : Non, on ne peut pas dire qu’on travaille plus sur l’aspect local, puisque, malgré tout, on a la quasi-totalité de la chaîne relation-usager qui est basée sur le logiciel libre et des logiciels qui communiquent entre eux. Le sujet local n’est pas un critère de choix. Par contre, ce qui est net, c’est qu’on voit maintenant dans nos relations avec l’université, dans nos relations avec les formations, beaucoup plus de stagiaires, le département de l’IUT de Nancy qui a développé une licence professionnelle logiciel libre, qui se rapproche de nous pour faire pas mal d’actions, des écoles d’ingénieur et ainsi de suite. Je dirais qu’on le verrait plutôt dans ce sens-là.
Par contre, sur les prestataires locaux ce n’est pas tout à fait le cas puisque, malgré tout, on cherche à avoir des solutions partagées avec d’autres collectivités de taille similaire.

Étienne Gonnu : Entendu. Puisqu’on parle aussi de mutualisation et ainsi de suite, il y a un aspect qui est important, qui est aussi au cœur de l’évaluation des candidatures pour le label Territoire Numérique Libre, qui est la question des données publiques ; il me semble que Nancy agit en ce sens. On peut rappeler l’enjeu : souvent on parle d’open data, c’est déjà rendre effectivement les données publiques qui sont d’ailleurs les données produites par les administrations, qui sont, de droit, accessibles au public, à n’importe qui et on doit être également en mesure de les réutiliser. Comment tout cela s’inscrit dans la politique Ville Numérique de Nancy ?

Olivier Simon : Là pour le coup, depuis trois ans, dans le cadre de ce projet de développement numérique à la ville on a désigné un DPO [Data Protection Officer], un Data Manager qui suit les données et on a fait le choix de prendre quelqu’un qui est issu du service des archives. C’est-à-dire qu’on a cherché, on a essayé de comprendre et on s’est dit que les personnes qui étaient les plus à même dans la collectivité à gérer les données, ce n’était pas les informaticiens, c’était les archivistes parce qu’eux ont une autre façon d’appréhender les données. Depuis trois ans maintenant, tous les projets numériques, dès le début, sont suivis par cette personne-là qui fait la cartographie au coup par coup et qui nous permet, à cette heure-ci, d’avoir déjà une première vision intéressante de nos données.
Depuis maintenant plus de six mois on a décidé de proposer à la métropole du Grand Nancy de mutualiser la création d’une plateforme commune. Donc la métropole a pris l’initiative de créer une plateforme open data commune et, pour ne pas déroger à notre règle, on a fait le choix d’une plateforme bien entendu libre ; la plateforme est faite par le prestataire Data4Citizen. C’était intéressant aussi d’avoir une plateforme open data libre. Cette plateforme est en train de se monter et sera mise à la disposition de l’ensemble des collectivités avec un rôle, j’allais dire un petit peu d’évangélisation que notre archiviste fait aujourd’hui dans les différentes communes de l’agglomération avec nos collègues de la métropole.

Étienne Gonnu : Quand vous dites « accessibles à différentes collectivités », j’imagine qu’elles ne seront pas seulement accessibles aux collectivités, vous voulez dire qu’elles seront réutilisables.

Olivier Simon : Oui, bien sûr, je me suis mal exprimé je vous prie de m’en excuser. Elles auront la possibilité de déposer leurs données, c’est-à-dire qu’on a rédigé un certain nombre de guides sur les données essentielles, sur comment travailler auprès des services pour que ce soit les services qui soient moteurs dans leurs dépôts de données. Elles auront la possibilité de déposer des données et, à la fois, la possibilité, bien entendu, de les utiliser ou de les consolider.

Étienne Gonnu : On sait aussi que c’est important que les données soient mises on va dire de manière propre, facilement accessibles, dans un format qui soit facilement réutilisable, notamment faciles à rechercher et je pense que c’est intéressant ce que vous disiez sur les archivistes. On imagine bien que quand il s’agit de rechercher sur des jeux de données et de données qui peuvent très importantes en nombre, très hétérogènes, avoir une plateforme qui permet de s’y retrouver facilement, donc une formation pour les personnes qui vont déposer ces données pour le faire de manière cohérente et rationnelle est effectivement un facteur important.
Du coup vous avez commencé à constater des usages intéressants de ces données qui se développent à partir de la société civile ou c’est encore trop récent ?

Olivier Simon : C’est encore récent. On parlait tout à l’heure du milieu économique, là, par contre, le milieu économique se manifeste très rapidement. C’est-à-dire qu’on a un certain nombre de startups locales, de pépinières d’entreprises, de choses comme ça, et là il y a beaucoup de demandes en particulier sur beaucoup de données cartographiques puisque même avant d’avoir la plateforme beaucoup de données ont été déposées sur OpenStreetMap pour rendre les données déjà libérées avant de disposer de la plateforme officielle. Là on a pas mal de startups qui se sont intéressées, qui utilisent nos données et qui en réclament d’autres, naturellement. Il y a en particulier beaucoup de demandes autour des différentes fréquentations de nos établissements culturels parce qu’il y a une société qui essaye de faire quelque chose autour de ce domaine-là. C’est dans la même lignée que le travail que je citais tout à l’heure au sujet de l’université, sur les formations, les stages et ce genre de choses.

Étienne Gonnu : Super. D’accord. Je vais revenir sur un terme que j’ai utilisé tout à l'heure, j’avais évoqué les GAFAM. Pour nos auditeurs et auditrices préciser qu’il s’agit d’un acronyme qui nous permet en général de nous référer à Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft et, plus largement, à toutes ces multinationales des technologies souvent privatrices.
D’ailleurs, de ce point de vue, il pourrait être intéressant d’avoir un retour d’expérience après plusieurs années maintenant : est-ce que, lors de la mise en œuvre de vos différentes politiques numériques, vous avez pu rencontrer des freins particuliers ? Est-ce qu’il y a des succès particuliers, des surprises, finalement des choses pour lesquelles vous aviez pensé devoir lutter qui, finalement, se sont mises en place de manière plus simple que prévu et qui ont été bien accueillies ? Que pouvez-vous en dire ?

Olivier Simon : Honnêtement, la première action forte qu’on a lancée c’est le choix de la gestion de relation au citoyen. Globalement, on l’avait résumée dans un premier temps à la mise en place de formulaires en ligne et de suivi des demandes. Ça a été fait sur la base d’une plateforme en logiciel libre et ça a été une vraie réussite du fait de la conduite du projet avec des ateliers et avec des résultats évidents. C’est-à-dire qu’en trois mois 60 démarches en ligne et très vite plus de 150 agents qui l’utilisent. Ça a été le succès. On dit souvent que ce genre de projet si, quand il démarre, il démarre par une success story, c’est assez facile.
Les freins sont venus, on les a, on en a encore malgré les réussites. Le premier vient de la culture informatique de notre DSI qui est basée sur du logiciel purement propriétaire, avec des applications classiques de comptabilité, de finance, d’urbanisme et là il y a une petite crainte, l’absence de sécurité – le logiciel libre n’est pas sécurisé – il y a des failles, des choses comme ça. Donc on a dû montrer, prouver, expliquer. C’est vrai qu’aujourd’hui ces freins-là sont tombés un peu les uns derrière les autres. Ils [La DSI] sont encore un petit peu réticents de temps en temps pour faire la maintenance, ils nous laissent, ils nous disent que si on a choisi on n’a qu’à se débrouiller, mais les mentalités avancent bien du fait du succès.
La deuxième difficulté qu’on a rencontrée, on migre la quasi-totalité de notre parc bureautique de la suite Microsoft vers la suite LibreOffice, ça représente quand même 800 postes. Là, il y a quand même dans l’inconscient collectif l’impression qu’on est en train de leur mettre une version à bas coût, que c’est parce qu’on veut gagner de l’argent. Il faut expliquer, accompagner. Je dirais que l’individu, tant que c’était des applications, ça ne l’a pas dérangé, lorsqu’on est sur la suite bureautique, on rentre presque dans l’intime. Là on a eu un peu plus de difficultés, l’accompagnement est un peu plus long. On pensait qu’un an nous suffirait pour faire cette migration, on est à 18 mois actuellement.

Étienne Gonnu : D’accord. Pour faire ces formations ce sont des choses que vous faites en interne ou vous faites appel à des compétences, des connaissances externes ?

Olivier Simon : Au début on est partis sur de l’externe pour la formation à LibreOffice et puis, assez vite, on a vu qu’il fallait un accompagnement beaucoup plus personnalisé. Donc dans ce cadre-là, maintenant on a embauché une personne qui s’est formée, qui accompagne, qui fait du coaching, qui anime des ateliers réguliers. On utilise aussi les technologies qui sont liées au brainstorming, à l’innovation, c’est-à-dire qu’on organise des petits-déjeuners du Libre, des ateliers réguliers, des sensibilisations, des tutoriels. C’est très classique, mais il y a un accompagnement au quotidien.

Étienne Gonnu : D’accord. Ce qui me semble effectivement essentiel. On commence à toucher à quelque chose d’extrêmement important et sur lequel je voulais qu’on passe un peu de temps, qui est justement cette notion de comment ça se passe en interne par rapport aux agents, dans l’accompagnement et vous avez commencé à l’évoquer. C’est quelque chose qu’on voit souvent dans les politiques d’accompagnement au changement, comme on les nomme souvent, qui sont fondamentales ; on voit que ça peut être difficile et que ça peut prendre du temps. D’ailleurs quelque chose qu’on nous oppose parfois, les politiques, les coûts cachés du logiciel libre. Vous avez d'ailleurs commencé par évoquer que c’est plus un déplacement des coûts, donc on voit bien que c’est un investissement.

Olivier Simon : Clairement. À aucun moment on a déployé l’argument coût dans les raisons du choix du logiciel libre. On ne souhaitait pas, on ne voulait pas que l’argument de dire « ce sont des solutions au rabais, forcément » soit utilisé. On ne voulait pas que ce soit utilisé, mais, en plus, ce n’est pas le cas. C’est simplement, comme vous l’avez dit, un déplacement des coûts, c’est-à-dire que l’argent qu’on ne met pas dans l’achat de licences, on le met dans l’acquisition de prestations d’accompagnement, dans la personnalisation et ça, ça fonctionne très bien. Je cite toujours le cas de la gestion de relation au citoyen, aujourd’hui on a 250 utilisateurs journaliers, qui sont dessus tous les jours, et on n’a pas fait de formation en tant que telle, on a animé des ateliers, beaucoup d’ateliers de personnalisation, des ateliers de gestion des workflows et on voit que l’appropriation s’est faite de façon naturelle et c’est bien plus facile.
On constate aussi c’est que comme on peut faire plus d’ateliers, comme on peut faire plus de choses, on remet les gens à niveau. L’arrivée de LibreOffice permet, par exemple, de reformer les gens à des fonctions qu’ils ignoraient. On a, dans une maison comme la nôtre où il y a 1300 agents, des gens qui sont arrivés en poste, qui se sont mis devant un ordinateur et puis qui ont fait avec ce que le voisin leur avait expliqué et ça tournait comme ça. L’arrivée de LibreOffice nous permet de les reformer, de leur remontrer ce qu’est un publipostage, un tableau dynamique croisé, des choses comme ça qui font qu’en plus ça s’accompagne d’une montée en compétence. On le constate pratiquement sur toutes les opérations qui ont été faites. La mise en œuvre de logiciels libres fait qu’on amène les gens à travailler entre eux, à reparler, à retravailler sur leur poste et leur mission, sur comment les logiciels doivent causer entre eux et on a une montée en compétence.

Étienne Gonnu : C’est très intéressant. Souvent on parle du logiciel libre comme d’un vecteur d’émancipation ou de développement des agents, et là on voit leur montée en compétence. Je pense que c’est plus valorisant en plus dans leur travail.

Olivier Simon : Parfaitement.

Étienne Gonnu : On pourra peut-être évoquer un peu plus en détail la question de l’acquisition au niveau politique et comment justement vous acquérez en priorité, j’imagine, du logiciel libre. Avant cela nous allons faire une courte pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons effectivement faire une pause musicale pendant cette passionnante discussion. Nous allons écouter Hard Country par Townhouse Woods. On se trouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Hard Country par Townhouse Woods.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Hard Country par Townhouse Woods, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions.

Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
Mon collègue Étienne Gonnu échange en ce moment avec Olivier Simon directeur de Nancy Ville Numérique sur la stratégie logiciel libre et données publiques de la ville de Nancy. Je leur repasse la parole.

Étienne Gonnu : Merci Fred.
Olivier, je pensais qu’il serait intéressant d’évoquer avec vous la politique d’acquisition. Comment vous acquérez du logiciel et comment vous faites en sorte d’acquérir plutôt du logiciel libre ? Est-ce que vous avez une procédure spécifique ou c’est dans le cahier des charges ?

Olivier Simon : Pour les gens qui ne connaissent pas, dans l’achat public on a une obligation de mise en concurrence donc réaliser des marchés publics. Ça veut dire écriture d’un cahier des charges, publication d’un appel d’offres et ensuite choix des prestataires sur des critères qui sont déterminés à l’avance.
Il est certain que lancer un appel d’offres en disant « je souhaite un logiciel libre » est un critère qui ne convient pas, on ne peut pas se permettre de faire ça. Donc comment on procède ? On procède finalement différemment aujourd’hui. La première phase c’est toujours une co-construction des besoins avec des groupes d’utilisateurs, des usagers lorsque c’est possible et lorsque le domaine le permet. Ensuite on élabore les besoins et on observe, on regarde un peu ce qu’il y a sur le marché. Une fois qu’on trouve un logiciel libre qui convient, on lance des appels d’offres non pas pour choisir le logiciel puisque, finalement, on vient de le choisir, mais plutôt pour chercher un prestataire qui va nous installer ce logiciel. C’est une procédure tout à fait légale qui nous permet d’être conformes à la législation. Ça le premier point.
Le deuxième point par contre dans ce cahier des charges, ce que l’on souhaite, on fait toujours l‘acquisition à la fois d’installation et d’accompagnement mais aussi des prestations de maintenance, c’est-à-dire que tous les logiciels que l’on a acquis font l’objet de contrats de maintenance pour assurer, j’allais dire, l’équilibre économique de notre prestataire, je devrais plutôt dire de notre partenaire.

Étienne Gonnu : C’est intéressant effectivement. S’il y a des juristes qui nous écoutent et sans rentrer dans les détails il y a un arrêt important du Conseil d’État qui justement précise ce que vous avez dit, c’est-à-dire qu’il dit très clairement qu’il est possible, pour une collectivité, de prendre un logiciel libre, et puisque c’est un logiciel libre, qui est librement accessible à tous, dont les spécifications sont connues, de faire un appel à prestation sur ce logiciel libre. En fait, finalement, on n’acquiert plus un objet, mais on va plutôt aller chercher de l’intelligence, chercher un savoir-faire.

Olivier Simon : C’est ça. On fait un marché de prestation de service et non plus un marché d’acquisition de logiciel. Ce qui permet donc ensuite de mutualiser. Par exemple nos collègues du Grand Nancy ou d’une autre commune peuvent dire « on prend le même logiciel », simplement ils n’ont pas obligation de prendre le même prestataire, s’ils trouvent un autre intégrateur le problème n’est pas le même, mais du coup on peut se causer facilement. Ça c’est vraiment la solution qui nous permet maintenant d’avoir quelque chose de très fiable.
Mais j’insiste bien sur cette notion : on fait bien le choix d’avoir des logiciels avec des contrats de maintenance, c’est-à-dire qu’il faut qu’on continue à travailler ensemble, il faut qu’on continue à avoir une prestation et un travail de partenariat avec des rémunérations qui sont à la hauteur de nos demandes.

Étienne Gonnu : Est-ce que vous avez une politique de développement en interne ?

Olivier Simon : Non. Pour le coup on a peu de politique de développement. Plutôt, de façon très régulière, on fait développer des connecteurs, on fait développer des fonctionnalités qui, bien entendu, sont forcément remises immédiatement sur les forges, remises dans le domaine du Libre, mais nous n’avons pas de politique de développement. On est une toute petite équipe de cinq personnes et quelques stagiaires nous font des petits modules, des petites adaptations, mais sans grande ambition.

Étienne Gonnu : Les forges ce sont des espaces en ligne, des plateformes où on met les codes en ligne pour qu’ils puissent être réutilisés par d’autres et où, finalement, un logiciel va être développé de manière collaborative en ligne et c’est quelque chose d’extrêmement important pour le logiciel libre. Cette politique de remettre sur les forges c’est une vigilance que vous avez pour que les prestataires le fassent ou vous laissez faire les prestataires qui le font généralement ? C’est plus par contrat ou c’est une action volontaire ?

Olivier Simon : Non, il faut absolument que ça soit fait par les prestataires, c’est demandé et c’est demandé parce que c’est la notion des biens communs. Ça fait vraiment partie du cahier des charges et des contrats qu’on fait ensemble.

Étienne Gonnu : Vous parliez de nouvelles fonctionnalités. Comment les agents publics sont inscrits là-dedans ? J’imagine que ce sont eux qui font remonter des besoins ? Est-ce qu’il y a un processus, une procédure qui est mise en place pour ces remontées de besoins ?

Olivier Simon : Oui, clairement. On va remonter un petit peu d’un cran. Après avoir constaté tout le bénéfice qu’on tirait de ce fonctionnement par ateliers, de ces fonctionnements récurrents, on a souhaité développer ça sur l’ensemble des projets et assez vite la mission Nancy Ville Numérique a recruté un ingénieur innovation et cette ingénieure innovation, puisqu’il s’agit d’une jeune femme, accompagne l’ensemble des projets dans leur suivi en organisant des modules d’expression, de co-construction et de suivi de l’ensemble des applications, ce qui nous permet d’avoir des panels d’utilisateurs. Un exemple qu’on cite souvent parce qu’on est assez fiers de ça, sur les services en ligne on a un panel de testeurs d’accessibilité. Il s’agit d’une dizaine de personnes suivies par le Centre communal d’action sociale qui sont soit porteurs de handicap soit en situation de grande difficulté sociale et qui testent, de façon très régulière, nos services en ligne. Cela permet, en permanence, d’avoir des ateliers pour les modifications et de remonter ensuite à la société Entr’ouvert les difficultés qu’on rencontre soit sur les termes graphiques soit sur de simples libellés : des phrases trop longues, des termes inappropriés, du jargonnage y compris dans les formulaires, enfin des choses comme ça. On est intimement persuadés que c’est cette philosophie du Libre qui nous a amenés à basculer tout doucement vers ces techniques d’innovation permanente.

Étienne Gonnu : Innovation permanente. C’est intéressant, est-ce que vous pouvez développer sur cette idée ?

Olivier Simon : C’est-à-dire que maintenant tous les projets se font sous la forme de réunions de co-design, de co-construction, ce qu’on appelait finalement, il y a quelque temps, du brainstorming, mais avec des méthodes qui sont adéquates. C’est-à-dire que ce sont des groupes qui vont élaborer du maquettage, des possibles et qui, du coup, sur la base des logiciels dont on dispose, vont pouvoir imaginer de nouvelles fonctionnalités et ensuite les proposer aux différents concepteurs. Du coup, c’est vrai que le fait qu’un certain nombre d’usagers soit présents ou d’associations, finalement ça nous aide à être au plus près de l’usager et c’est vrai que la souplesse des éditeurs de logiciels libres, des concepteurs de logiciels libres, nous permet d’imaginer cela. C’est beaucoup compliqué à faire avec des logiciels propriétaires puisqu’il y a des enjeux économiques forts, il y a des choses comme ça qui font qu’ils ont leur roadmap sur des mois et ils ne veulent pas en bouger.

Étienne Gonnu : Ce que je trouve intéressant dans ce que vous dites c’est cette manière de se réapproprier cette notion d’innovation. C’est vrai que c’est un terme qu’on entend un peu à tout bout de champ et qui est un peu vidé de son sens. Cette manière de se le réapproprier collectivement, de repartir de la pratique des agents, du vécu des utilisateurs et des utilisatrices, je trouve que ça redonne du sens et ça montre aussi l’intérêt, ce à quoi répond le logiciel libre et comment ce sont des objets communs qui permettent une réappropriation collective d’un outil dont, finalement, on est tous dépendants dans nos relations sociales, dans nos relations avec les administrations et les collectivités. Donc je trouve que c’est très intéressant comme approche et ça répond bien, aussi, aux enjeux du logiciel libre.

Le temps file, on a pas mal parlé de ce qui se passe en interne. Vous aviez un peu commencé à évoquer l’aspect plus externe du coup, la relation avec les usagers, avec les administrés, et comment une politique Ville Numérique tournée vers les libertés informatiques s’inscrit du coup du point de vue de la relation aux usagers ?

Olivier Simon : Les usagers sont beaucoup sensibilisés, on communique pas mal sur la notion de logiciel libre et aussi sur la notion de transparence. C’est vrai qu’il y a un rôle. On s’est refusés à ce que notre projet s’appelle Smart City parce qu’on trouvait que c’était un terme tarte à la crème et, quant à être smart, on a préféré travailler sur la notion de smart citoyen. On s’est dit qu’avant de se lancer dans la Smart City il fallait peut-être déjà qu’on montre que nos usagers étaient assez compétents pour ensuite nous aider à définir ce qu’ils attendaient sur la Smart City. Dans ce cadre-là, un grand nombre d’associations – je pense essentiellement à l’Office des personnes âgées et à notre médiathèque-bibliothèque – font beaucoup d’initiations autour du logiciel libre. OpenStreetMap est souvent invité pour faire des cartoparties, des choses comme ça, donc une grosse sensibilisation dans ce domaine. Et aussi un rôle qu’on assume tout doucement, j'allais dire d’évangélisateurs au niveau de la région Grand Est puisqu’on fait pas mal d’évènementiel dont un gros événement – pour nous c’est important – une fois par an, qu’on appelle le Libre sur la Place, sur cette belle place Stanislas à Nancy. On réunit les acteurs publics, on est entre 150 et 200 personnes et on réfléchit. D’abord, un, on montre que c’est possible. En novembre dernier nous avions, par exemple, la Gendarmerie nationale qui est venue expliquer que c’est possible. Oui, c’est possible, ce n’est pas pour les petits, ce n’est pas pour les gros, c’est pour tout le monde, tout le monde peut faire. Et dire que plus on sera autour de ça, plus on va pouvoir fédérer, faire des groupes de plus en plus larges, plus loin on pourra avancer.

Étienne Gonnu : Vous parlez de cartoparties. J’ai l’impression que la notion de party est souvent utilisée dans les communautés du Libre, cette idée de travailler en commun. Je n’ai plus l’émission spécifique en tête, mais on avait fait une émission avec les personnes d’OpenStreetMap, il était question de ces cartoparties, on mettra le lien sur le site de l’April. Je pense que c’est une très belle illustration du travail en commun, qu’on pourrait développer si vous le souhaitez. J’imagine que les utilisateurs et les utilisatrices de cet outil qu’est OpenStreetMap se mettent en commun justement pour améliorer les cartes, améliorer finalement les cartes de leur lieu de vie.

Olivier Simon : C’est ça. Le dernier exemple en date c’est un conseil de quartier qui avait envie de créer des itinéraires de découverte d’un des quartiers qui n’est pas le quartier le plus touristique de Nancy, mais qui estimait qu’il y avait un certain nombre de jardins remarquables en arrière-cour et qui, par le biais d’une cartopartie, a établi des parcours de découverte avec l’aide de nos collègues d’OpenStreetMap. Et là on a vraie dynamique qui s’instaure et aussi une culture du collaboratif, c’est-à-dire comment on peut faire ensemble et ça c’est vraiment quelque chose qui, par la suite est bien plus. Ces mêmes personnes vont assez vite se proposer lorsqu’on veut travailler sur des nouveaux logiciels ou des nouveaux services.

Étienne Gonnu : Juste pour préciser, l’émission c’est celle du 11 juin 2019, l’émission 29, où nous avions reçu des personnes d’OpenStreetMap.
Vous parlez de cette culture du collaboratif, est-ce que vous avez senti un développement, une prise en main de ces sujets par la population de Nancy, une appétence qui se développe, des initiatives nouvelles depuis que vous menez ces politiques tournées vers le logiciel libre ?

Olivier Simon : On va trouver les usages traditionnels des réseaux sociaux, mais il y a plusieurs domaines dans lesquels, finalement, on fait des choses intéressantes. Il y a tout un travail autour des amis des musées, des associations des musées, sous l’animation de l’équipe des musées, mais il y a eu tout un travail au niveau de ce qui a été appelé un « Wikithon », c’est-à-dire une mise à jour de Wikipédia et de Wikimedia sur la description d’une grande partie des œuvres des différents musées. Du coup, ce sont des groupes qui continuent maintenant à travailler. Ils ont été formés avec les équipes du musée et maintenant ils viennent enrichir cette grande encyclopédie collaborative. On va trouver aussi les conseils de quartier, donc sept conseils de quartier qui, finalement, se sont auto-saisis de la plateforme de participation digitale qui, bien entendu, est une plateforme de logiciel libre pour s’en faire des dispositifs propres à eux. Aujourd’hui ils sont capables d’organiser des concertations, ils sont capables d’organiser justement des débats collaboratifs en prévision de leurs assemblées générales. On voit que c’est quelque chose qui s'étend : au fur et à mesure, que cette culture prend, c’est-à-dire qu’on a des gens qui ont envie de faire plus et qui imaginent des usages ; par exemple, pour les conseils de quartier, on n’y avait pas forcément pensé nous-mêmes, ce sont eux qui sont venus nous solliciter et c’était vraiment très intéressant.

Étienne Gonnu : Tout l’intérêt du logiciel libre !

Olivier Simon : Pour le coup, le fait que ce soit un logiciel libre, c’est simple à mettre en œuvre, on n’a pas de coûts supplémentaires, on peut leur mettre facilement à disposition, on n’a qu’à les accompagner en termes de formation et ça s’est très bien passé.

Étienne Gonnu : Ce sont de belles illustrations. Il nous reste quelques petites minutes. Est-ce qu’il y a un sujet particulier que vous souhaiteriez évoquer ou développer ?

Olivier Simon : Écoutez, j’en ai parlé rapidement. Aujourd’hui, pour les collectivités territoriales, il y a une grosse sollicitation de la part de grosses entreprises pour ce qu’on appelle la Smart City, surtout pour les collectivités territoriales de notre taille, des outils d’hypervision et ainsi de suite. Nous on trouve qu’on est à côté de tout ça, que ce n’est pas ça qu’il faut. que ce n’est pas de ça dont on a besoin.
C’est vrai qu’à côté du logiciel libre et d’un gros projet de transition écologique, aujourd’hui on travaille beaucoup, à travers le logiciel libre justement, sur la notion d’informatique et de numérique responsables. C’est vrai que sur la notion de responsabilité sur l’impact carbone du numérique, sur des choses comme ça, le logiciel libre en lui-même nous permet maintenant d’avoir un nouvel axe de travail sur le projet de transition écologique de la ville. À travers ça, du fait qu’on a des logiciels qui doivent maintenant non seulement être libres mais être aussi conformes à des règles d’écoconception, de consommation, d’interopérabilité, c’est quelque chose sur lequel on est très intéressés, on regarde de très près les travaux du nouvel Institut du numérique responsable. Le sujet du numérique et de l’open source à travers la notion d’écologie est un sujet qui nous paraît aujourd’hui très important et qui, quelquefois, est complètement oublié au profit des Smart Cities où on fait plutôt un concours de capteurs, dans la ville, de celui qui a inventé un nouveau capteur sans trop savoir ce qu’on allait faire, mais surtout content parce que personne n’y avait pensé.

Étienne Gonnu : C’est vrai que souvent, quand on entend parler de Smart City, vous parliez d’un terme tarte, je ne peux qu’être d’accord, c'est vrai que ça a un côté très marketing, vous parliez de capteurs, on voit une inquiétude grandissante parmi les personnes qui défendent les libertés informatiques.

Olivier Simon : Bien sûr.

Étienne Gonnu : Les Smart Cities s’inscrivent généralement plutôt dans des politiques sécuritaires, de contrôle, donc finalement on crée des villes assez aliénantes et complètement aplaties, déshumanisées. Réintroduire, avec ce que vous évoquez à fort juste titre, un numérique responsable mais qui appartient aux citoyens et aux citoyennes, qui appartient aux populations, me paraît non seulement intéressant mais assez fondamental. Quand on parle de responsabilité écologique et ainsi de suite ça veut peut-être dire, vous pourrez me corriger, un meilleur numérique mais peut-être aussi moins de numérique.

Olivier Simon : Bien sûr. C’est pour ça souvent que la notion d’hypervision… On a le même phénomène qu’on a eu à un moment donné sur les services informatiques. Une hypervision ! Pourquoi avoir une hypervision ? Déjà ce terme est bizarroïde, mais, en plus, pour quoi faire ? C’est en cela où, quand on explique qu’on a des smarts citoyens, des gens qui se sont appropriés des produits, maintenant on va pouvoir leur demander ce qu’ils veulent, comment ils veulent qu’on les utilise et, à ce moment-là, on va leur faire des choses qu’ils pourront contrôler et qui font bien ce qui est attendu. Et on est bien dans la définition de l’open source.

Étienne Gonnu : Ce projet c’est quelque chose que vous faites vraiment centré sur Nancy. Est-ce que vous essayez de faire à plus grande échelle peut-être avec d’autres collectivités ?

Olivier Simon : Non. C’est quelque chose qu’on essaie de faire à plusieurs collectivités parce que là, pour le coup, c’est nécessaire. On arrive sur des projets, sur des produits qui doivent rentrer dans le bien commun et, pour ce faire, on travaille ou on commence à travailler avec d’autres collectivités qui ont à peu près la même vision. En l’occurrence, on va en reparler très prochainement puisqu’on a une rencontre à Nevers la semaine prochaine. C’est vrai que par exemple une ville comme Nevers a des initiatives et a des idées qui sont très proches des nôtres et on se dit qu’il faut qu’on travaille ensemble aujourd’hui. Il y a des gros groupes aujourd’hui qui démarchent tous les maires de toutes les grandes métropoles pour leur proposer des solutions clés en main avec le contrôle de l’éclairage, pourquoi pas de la reconnaissance faciale ou des choses comme ça. Il faut qu’on puisse travailler différemment, mais tout en ayant, j’allais dire suffisamment de force pour pouvoir répondre aux attentes des élus qui veulent bien qu’on réfléchisse mais qui veulent aussi qu’on ait des résultats.

Étienne Gonnu : C’est sûr qu’il y a un marché qui se développe là-dessus avec des problématiques internes de respect des données personnelles, d’intrusion dans l’intimité des personnes. D’où la nécessité aussi que les pouvoirs publics s’investissent sur ces questions et un vrai rapport politique sur les usages que ça permet, sur l’intérêt de ces usages, pas seulement, finalement, en termes de praticité, sécuritaires, etc., mais ce que ça signifie politiquement, comment on se les accapare et comment on intègre les populations, j’imagine, dans ces décisions et dans la définition des usages pertinents.

Olivier Simon : Absolument.

Étienne Gonnu : Vous parliez de Nevers, on peut citer Nevers comme étant également labellisée Territoire Numérique Libre.

Olivier Simon : Oui, Territoire Numérique Libre niveau 4, avec des acteurs très forts.

Étienne Gonnu : Je vous avais interrompu, pardon, sur la capacité des populations à se ressaisir de ces sujets. Cela dit vous aviez déjà pas mal évoqué cette question.

Olivier Simon : Oui. Dans la notion d’informatique responsable, de numérique responsable, il y a aussi la notion d’inclusion numérique, c’est-à-dire que tous ces outils-là doivent aussi, toujours, donner le pendant numérique responsable et je ne l’ai pas dit, mais tout ce développement de services numériques et de mise en place ne s’est jamais fait ici au détriment de l’usage traditionnel, j’allais dire guichet, et c’est vrai que c’était une contrainte forte du maire de Nancy : aucun service ne se fait exclusivement en ligne. On peut faire pratiquement tous les services, toutes les démarches vous pouvez les faire en ligne, mais il n’y en a aucune qui se fait exclusivement en ligne et c’est vrai que derrière, pour nous, le média universel c’est le téléphone. C’est le téléphone, donc du coup il y a tout un travail qui a été fait pour que, lorsqu’il y a des choses qui doivent se faire en ligne, elles se font via le téléphone avec des intermédiaires, des médiateurs, des choses comme ça.

Étienne Gonnu : Très intéressant. Vous parliez de la notion d’accessibilité, on sait que c’est une question qui est difficile. Vous avez peut-être un mot rapide sur la question ?

Olivier Simon : Oui. Il y a la prise en compte permanente de l’accessibilité dans le respect des règles classiques. Il y a ces fameux testeurs d’accessibilité dont je vous ai parlé. Là c’est l’humain, c’est-à-dire qu’on a beau avoir des sites qui respectent le RGA niveau2, niveau 3, niveau or, niveau bronze puisque les choses évoluent au fil du temps.

Étienne Gonnu : Référentiel général d’accessibilité.

Olivier Simon : Ce sont des normes, Référentiel général d’accessibilité qui est un référentiel qui donne les règles techniques et technologiques pour qu’un site internet et tous les sites publics soient accessibles aux personnes en situation de handicap avec des couleurs, des conditions d’agrandissement, des choses comme ça. Nous on a donc ces fameux testeurs d’accessibilité qui se réunissent une fois par an ou deux fois par an et qui passent en revue tous les services en ligne, les nouveaux services, et qui nous disent des choses. On était très fiers de notre page de formulaires et j’ai toujours en tête cette personne qui nous a dit : « Moi je n’arrive pas bien à lire. Il y a trop de phrases, il y a trop de mots dans l’introduction de votre formulaire. Je n’arrive pas à lire, je ne comprends rien ! » Une fois qu’on a eu ce genre de personne, ça nous amène à réfléchir autrement et puis il y a un certain nombre de services sur l’accessibilité qui se sont mis en place, typiquement pour les personnes sourdes et malentendantes avec un service en ligne qui est carrément une prestation cette fois-ci. Les gens, lorsqu’ils appellent la mairie et qu’ils se déclarent en situation de défaillance auditive, passent par des médiateurs, par l’équivalent d’une visioconférence où là il y a des gens qui sont capables de signer, de lire la langue des signes ou le langage labial, donc lire sur les lèvres classiquement, et puis transcrire par écrit ou en oral à l’autre opérateur. C’est pour ça que je dis que le téléphone est central sur cet aspect-là. Par exemple on est très attentifs au nouveau dispositif proposé par l’État qui s’appelle Aidants Connect, qui est en cours de montage et sur lequel on essaye d’avoir une participation active, qui consiste à utiliser des médiateurs autorisés cette fois-ci à remplir des formulaires sensibles à la place de.

Étienne Gonnu : D’accord, C’est passionnant, mais je vois qu’on arrive vraiment sur les dernières secondes. Vraiment c’était passionnant, je vous remercie, je trouve très intéressant qu’on finisse cet échange sur la centralité du téléphone et de l’humain dans tout ce dispositif.
En tout cas Olivier, directeur Ville Numérique pour Nancy, un très grand merci à vous et je vous souhaite une très bonne journée. Merci d’avoir été avec nous.

Olivier Simon : Merci beaucoup. Au revoir.

Étienne Gonnu : Au revoir.

Frédéric Couchet : Mon collègue Étienne Gonnu échangeait avec Olivier Simon, directeur de Nancy Ville Numérique sur la stratégie logiciel libre et données publiques de la ville de Nancy. Évidemment le téléphone est aussi central à la radio pour faire notamment des interviews !

Nous allons passer une pause musicale avant le sujet suivant.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Juste a Smile par Emmanuel Saracco. On se retrouve juste après. Souriez, vous êtes sur Cause Commune !

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Juste a Smile par Emmanuel Saracco.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Juste a Smile par Emmanuel Saracco, disponible sous licence Art libre. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur causecommune.fm. Emmanuel Saracco est un libriste qui travaille pour la société Easter-eggs, que nous avons déjà reçue dans l’émission et avec qui, d’ailleurs, nous partageons des locaux. Si vous rencontrez un jour Emmanuel, offrez-lui une raclette, c’est un grand amateur de raclette.

Vous écouter l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le thème de « la tentation de la réécriture »

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l’April, qui nous a rejoints dans le studio. Vincent, bonjour.

Vincent Calame : Bonjour.

Frédéric Couchet : Tu souhaites nous parler aujourd’hui de la « tentation de la réécriture ».

Vincent Calame : Oui. Je vais un peu décevoir nos auditeurs, en matière de tentation il n’y aura rien de sulfureux ou de licencieux dans ce que je vais raconter, nous restons dans le domaine de l’informatique, bien loin des œuvres de Satan s’acharnant sur le pauvre Saint-Antoine dans le désert.
Si la tentation dont je vais vous parler est bien innocente, il n’en reste pas moins que nombreux sont les informaticiens qui y ont été soumis à l’occasion de la reprise d’un site web ou de tout autre projet informatique qui avait été initié par d’autres qu’eux que, ce soit d’ailleurs dans un cadre militant ou dans un cadre professionnel.

Frédéric Couchet : En quoi consiste cette tentation ?

Vincent Calame : La tentation de la réécriture c’est de repartir de zéro plutôt que de corriger l’existant. En effet, reprendre un code existant ce n’est pas un exercice de tout repos. Il faut comprendre la logique de vos prédécesseurs, retrouver quel bout de code fait quelle action, tester des modifications en espérant que tout va continuer de fonctionner et parfois se plonger dans un logiciel, voire un langage inconnu ou tout du moins mal maîtrisé.
J’en ai fait récemment l’expérience, c’est ce qui m’a inspiré pour cette chronique, en intervenant en mode pompier, c’est-à-dire un peu dans l’urgence, sur la nouvelle version d’un site web auquel il ne manquait plus grand-chose pour être mis en ligne, mais dont le développeur ne donnait plus aucun signe de vie.

Frédéric Couchet : Ça arrive souvent qu’un développeur ou une développeuse disparaisse comme ça dans la nature ?

Vincent Calame : Ce n’est pas rare. J’ai déjà vu le cas trois ou quatre fois. Je pense que le monde associatif est particulièrement vulnérable à ce risque parce que, comme les budgets sont faibles la plupart du temps, on fait souvent appel à des prestataires indépendants et ce sont eux qui sont le plus susceptibles soit d’abandonner leur activité ou, à l’opposé, de se voir proposer des postes et des projets beaucoup plus intéressants et lucratifs que de faire un site web, donc ils ne donnent plus de signes de vie.
Le problème aussi, quand le site est fait par un bénévole, c’est qu’il peut se lasser au bout de quelques années et il va voir avoir. Dans ces cas-là il faut trouver une autre personne qui doit se pencher sur la question et celle-ci va devoir se plonger dans le code, souvent sans qu’aucune passation de témoin n’ait été faite.

Frédéric Couchet : Avant de poursuivre sur mes questions, ça me fait penser au fameux bus factor en informatique. Le bus factor c’est le nombre de personnes qui doivent passer sous un bus pour qu’un projet meure. Là c’est un bus factor de un, c’est-à-dire que s’il n’y a qu’une seule personne et que cette personne passe sous un bus, le projet est, en fait, quelque part mort.

Vincent Calame : Voilà. Je n’utilise pas l’image du bus. L'image que j'utilise c’est si jamais la personne a une crise mystique et part au Tibet dans un ashram, effectivement, ça revient au même.

Frédéric Couchet : Ton image est très bien ! Poursuivons ! Qui dit tentation dit évidemment danger d’y céder. En quoi est-ce dangereux de céder à la tentation de la réécriture ?

Vincent Calame : C’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire. On peut ne pas aimer la façon de coder de ceux qui nous qui ont précédé. Oui, on peut ne pas aimer le logiciel ou le langage utilisés pour gérer le contenu du site. Oui, on peut penser qu’on s’en sortirait mieux si on appliquait d’autres méthodes, en particulier les siennes. Pour autant, je crois qu’il ne faut pas présumer de ses forces et de son talent. La réécriture peut vous emporter très loin et, comme le diable est dans les détails, on peut facilement réécrire à 90 % un site, par exemple, mais tomber sur un os dans la dernière ligne droite. Bref ! Ce n’est pas une décision qu’il faut prendre à la légère et ça ne va pas être juste un simple caprice de développeur. Le problème c’est que c’est une décision d’autant plus tentante qu’elle sera encore plus efficace si elle est prise tôt.

Frédéric Couchet : Pour quelles raisons ?

Vincent Calame : Pour reprendre l’expression « quand il y a un site bancal, ça peut être un cautère sur une jambe de bois » : on bricole une solution, mais elle ne tient pas sur la durée. Bref, on perd du temps, on s’acharne et, au final, on lance la réécriture parce que c’est la seule solution pour le site, réécriture qu’on avait repoussée jusque-là. Donc on a perdu du temps. D’ailleurs c’est un peu le sentiment que j’ai sur le site sur lequel je travaille en ce moment. J’ai tout d’abord répondu à une série de demandes urgentes auxquelles je n’ai pas eu de difficultés à répondre, le code existant est tout à fait correct, je ne vais pas casser du sucre sur le dos de mon prédécesseur, mais juste avant la mise en ligne, j’ai reçu une dernière salve de commentaires, de suggestions de l’équipe en charge de la structure. La plupart sont assez bénignes, ce sont surtout des ajustements de mise en forme, de disposition d’éléments sur la page web, rien de bien méchant à priori. Mais en fait, certaines demandes se révèlent redoutables, parce que ce ne sera pas si simple d’y répondre vu, justement, la manière dont est organisé le code actuellement. Et surtout, ce que je ne sais pas, c’est si ces demandes sont réellement les dernières avant la mise en ligne.

Frédéric Couchet : Forcément non !

Vincent Calame : Forcément non, évidemment ! Au contraire, ce sont plutôt les premières d’une longue série, puisqu’une fois mis en ligne les gens vont vraiment se pencher sur le site et vraiment découvrir tous les petits problèmes. Si c’était réellement les dernières, quelques rustines pourraient suffire, mais comme ça risque de ne pas être les dernières, il faut réfléchir sérieusement à un plan B puisqu’après l’accumulation de solutions bricolées, de rustines, ne peut conduire qu’à un monstre informatique difficile à maintenir. Là, je pense que si je continue dans cette voie, pour le coup ce sera la personne qui me succédera un jour dans le développement du site, si je vais dans un ashram au Tibet par exemple, qui elle pourra légitimement dire, quand elle lira mon code, que j’ai fait n’importe quoi et que j’ai codé avec mes pieds. Bref ! Donc la grande question c’est réécrire ou ne pas réécrire un code. On a toujours cette tentation, on ne sait pas à quel moment on doit faire la bascule : est-ce qu’on se lance dans un projet encore plus délirant que simplement corriger ? L’expérience peut permettre de juger un petit peu, mais c’est parfois un coup de dés.

Frédéric Couchet : Ça peut être un coup de dés, peut-être que ça peut dépendre aussi de la découverte d’un nouveau langage, de l’évolution du langage de programmation et on se dit « finalement avec ce nouveau langage, en tout cas avec ce langage que je viens de découvrir, la réécriture du code est intéressante parce qu’elle va permettre peut-être d’être plus efficace, d’être plus rapide, plus modulaire », je ne sais pas. Ça peut être une des raisons qui peut pousser, à un moment, à réécrire ce code.

Vincent Calame : Oui. Parfois il est bon d’attendre, de regarder, de faire beaucoup de veille, de faire de la veille des autres cas et se dire que finalement le bricolage auquel on pensait peut être résolu de manière beaucoup plus élégante, de manière beaucoup plus maintenable par une nouvelle solution. Parfois aussi il est urgent d’attendre.

Frédéric Couchet : Le problème, comme tu dis, si on attend trop on se retrouve avec un monstre et personne ne veut se lancer dans la réécriture. Après, on se rend compte qu’il y a une personne qui maintient et c’est toujours la difficulté. On va dire que souvent les cordonniers sont les plus mal chaussés parce qu’à l’April on connaît ça sur un de nos logiciels. La question, comme tu le dis, c’est réécrire ou ne pas réécrire et céder à la tentation, comme disait Oscar Wilde, il faut des fois y céder, ou pas.
Dans ton expérience tu as souvent eu cette question-là ? Tu t’es souvent posé cette question-là ? Ou c’est juste récemment avec ce code-là ?

Vincent Calame : Dans le cas présent, le problème vient du fait que c’est, en plus, la nouvelle version du site qui a le problème. Il y a déjà eu un investissement pour refaire une nouvelle version, donc là c’est un peu problématique parce qu’on se dit « on a investi de l’argent, c’est difficile de tout jeter ». Ce que j’ai plutôt rencontré c’est que quand il y a une tentation de réécriture on se dit effectivement, dans ce cas-là, on fait une nouvelle version du site, on reprend tout à zéro, on ne reprend pas uniquement le code, finalement reprenons le contenu, reprenons la structure, reprenons les objectifs du site. Au fond, quand j’ai été face à ce problème, c’est plutôt la position de dire « reprenons tout à zéro et pas seulement la partie informatique ».

Frédéric Couchet : D’accord. Merci Vincent. C’était la chronique « Jouons collectif » de Vincent calame, bénévole à l’April et dans d’autres structures. Vous allez avoir l’occasion de découvrir un peu plus Vincent, j’en parlerai tout à l’heure dans les annonces.
On se retrouve sans doute le mois prochain ?

Vincent Calame : Oui, avec plaisir.

Frédéric Couchet : On va passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : Avec Vincent on parlait juste à l’instant de la création de nouvelles versions de sites web, ça tombe bien parce que dans les actualités à venir pour l’April, il y a trois sites web. Un site web qui va être consacré aux transcriptions que fait l’équipe Transcriptions et surtout Marie-Odile Morandi, la géniale bénévole qui fait des transcriptions pour l’April. Il y aura un nouveau site web pour l’April qui va justement être fait avec un nouvel outil de gestion de site web et dont on va revoir l’architecture, mais surtout il va y avoir un site web dédié à l’émission Libre à vous !. Si vous écoutez l’émission, si vous écoutez actuellement c’est que vous l’écoutez, ou si vous la découvrez plus tard dans un podcast, n’hésitez pas à nous indiquer ce que vous souhaiteriez trouver sur ce futur site. Sur les références sur april.org et causecommune.fm, dans les pages consacrées à cette émission, vous trouverez un lien pour faire des commentaires. Nous espérons mettre ce site en ligne au cours du premier trimestre 2020 donc assez rapidement.

Dans les nouveautés 2020 pour Libre à vous !, il y a la vidéo et nous allons notamment essayer de mettre en place des petites vidéos bonus, de deux trois minutes, des personnes qu’on invite et la première personne qui va se prêter à l’exercice c’est justement Vincent Calame. Nous allons enregistrer tout à l’heure la vidéo en lui posant deux-trois questions et nous mettrons en ligne la vidéo sur le site de Cause Commune et sur le site de l’April.

Dans les annonces plus classiques, il y a l’Apéro Parisien du Libre le 15 janvier 2020, c’est au Piano Vache, 8 rue Laplace dans le 5e arrondissement à Paris, c’est à 19 heures.
Jeudi 16 janvier, il y a la soirée de contribution au Libre à la FPH où Vincent a ses bureaux et contribue beaucoup au Libre. C’est 38 rue Saint-Sabin Paris 11e à partir de 19 heures.
Le même soir il y a la réunion du groupe Sensibilisation de l’April qui aura lieu exceptionnellement au local de l’April, 44-46 rue de l’Ouest dans le 14e arrondissement avec l’accueil à partir de 18 heures 30 ou 19 heures, je crois, en tout cas les informations sont sur april.org.
Nos amis marseillais du CercLL, CercLL d’Entraide et Réseau Coopérative autour des Logiciels Libres, organisent leur assemblée générale samedi 18 janvier 2020 de 16 heures à 19 heures au Foyer du peuple qui se situe 50 rue Brandis à Marseille. C’est un foyer qui accueille pas mal d’évènements, nous y avons d’ailleurs fait un April Camp l’an dernier, nous en ferons un nouveau sans doute l’an prochain [à priori 2e semestre 2020, NdT]. N’hésitez pas à rejoindre nos amis du CercLL ce samedi pour leur assemblée générale.

Tous les autres évènements vous les trouverez évidemment sur l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.

L’émission se termine. Je remercie toutes les personnes qui ont participé à l’émission du jour : Olivier Simon, Vincent Calame, Magali Garnero, Emmanuel Charpentier, mon collègue Étienne Gonnu qui non seulement a assuré le sujet long mais la régie en même temps. Grande première, bravo Étienne !
Merci également à Sylvain Kuntzmann et à Olivier Grieco qui vont traiter le podcast avant sa mise en ligne.
Vous trouverez sur le site de l’April, april.org et sur le site de Cause Commune, causecommune.fm, toutes les références utiles concernant l’émission du jour et également les moyens de nous faire des retours pour nous indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Toutes vos remarques et questions sont évidemment les bienvenues.

Nous vous remercions d'avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission, n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous. Faites connaître Libre à vous !. Faites connaître la radio Cause Commune.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 21 janvier à 15 heures 30. Notre sujet principal portera de nouveau sur les collectivités et le logiciel libre avec normalement les ville de Fontaine et de Voisins-le-Bretonneux.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 21 janvier 2020 et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Cri du cœur : les mots de passe - Décryptualité du 13 janvier 2020

ven, 01/17/2020 - 14:50


Titre : Décryptualité du 13 janvier 2020 - Cri du cœur : les mots de passe
Intervenant·e·s : Mag - Manu
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 13 janvier 2020
Durée : 14 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 2 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Point d'interrogation, Peggy_Marco, Pixabay - Licence Pixabay
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Voix off de Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Manu : Semaine 2, année 2020. Bonjour Mag.

Mag : Salut Manu.

Manu : Comment ça va ? On n’a pas de Luc cette fois-ci.

Mag : Non, il est en voyage.

Manu : Oui, pour le travail.

Mag : Ce n’est pas cool pour le travail, on ne profite pas de là où on est, c’est dommage.

Manu : Il nous racontera en revenant. D’ici là on a une jolie revue de presse cette semaine.

Mag : Plusieurs articles. On va commencer par Le Monde Informatique, « Open source et financement : une relation ambiguë », par Matt Asay.

Manu : Qui se base sur une étude qui a été faite notamment à propos de librairies JavaScript et qui montre que les plus populaires peuvent rapporter de l’argent mais que ça reste compliqué. J’ai noté dans l’article que notamment l’auteur de Vue.js, une library de JavaScript très connue, gagne 16 000 dollars par mois. C’est du Libre, il est très aidé par beaucoup d’entreprises parce que c’est une library vraiment très populaire en ce moment. C’est assez extraordinaire, mais ce n’est pas le cas pour la plupart des auteurs de logiciels libres en général, donc il faut quand même les aider.

Mag : Et c’est fort dommage ! De nouveau Le Monde Informatique, « Jean-Séverin Lair prend ses fonctions à la tête du programme Tech.gouv », par Bertrand Lemaire.

Manu : C’est une nomination que l’on suit parce que ce genre de poste va ensuite avoir des impacts sur ce que l’on fait en général au niveau institutionnel, à l’April notamment ; ça concerne le logiciel libre, l’open data et plein d’initiatives qui sont en lien.

Mag : Next INpact, « Qwant Mail : le #fail de Linagora (¤ », par Jean-Marc Manach.

Manu : C’est compliqué comme sujet. On en a déjà beaucoup parlé parce que Qwant c’est le Google à la française, soi-disant. En plus de ça, récemment, ils ont décidé que les administrations françaises allaient l’installer par défaut sur les postes, ce qui est plutôt bien, en tout cas moins pire que ce l’on avait souvent. Par ailleurs Qwant n’a pas mal de soucis, de difficultés. Là c’est le PDG qui part, il y a des difficultés avec une des briques qu’ils étaient en train de monter, qui était là pour faire du mail, qui a normalement été faite par Linagora et qui est un échec.

Mag : C’est de nouveau un article de Jean-Marc Manach qui continue, du coup, sur sa lancée « qwantienne ». Silicon, « Le Bot de demain : vers un service citoyen universel? », par Doriane Dupuy-Lenglet.

Manu : Bot, c’est plutôt dans un sens particulier que c’est utilisé ici, ce sont les robots que l’on a sur Internet : quand vous êtes sur un site web, vous aidez à utiliser le service à poser des questions, avoir des réponses plus facilement. C’est très à la mode en ce moment. Il y a beaucoup de développement sur ceux-là, il y a beaucoup de difficultés aussi. En tout cas on peut s’attendre à ce que ce soit quelque chose qui va aider tous les citoyens et qui va de plus en plus nous permettre d’accéder facilement aux services de l’État par exemple.

Mag : Si ça reste neutre et libre, moi ça me va !

Manu : Justement, il faut que ce soit libre et que ça s’appuie sur de l’interopérabilité, de l’open data, pour vraiment être citoyen au sens noble du terme.

Mag : ZDNet France, « Pus de 100 000 œuvres d'art de musées parisiens en libre accès sur la toile », par Clarisse Treilles.

Manu : C’est de la dématérialisation de biens culturels et c’est vraiment très bien, une superbe initiative. Ce sont des œuvres qui sont en général déjà dans le domaine public mais qui ne sont pas diffusées ou pas facilement accessibles sur Internet, de qualité en plus. Donc c’est une initiative qui est juste géniale.

Mag : C’est d’ailleurs une très bonne nouvelle. Et le dernier article : LeMagIT, « Avec un ami comme AWS, qui a besoin de l'open source ? », par Cliff Saran.

Manu : AWS, comme tu as hésité à le dire, c’est Amazon Web Services.

Mag : Ah !

Mag : Amazon fait plein de choses sur Internet, du cloud, du nuage et, dans ses nuages, il y a beaucoup de logiciels libres et justement, une problématique, c’est que ces logiciels libres sont cachés derrière un brouillard des services qui sont fournis par Amazon, qui sont sûrement très utiles et pratiques, mais ils ne jouent pas tout à fait le jeu, on va dire, d’une communauté de développement libre, d’innovations mises en commun.

Mag : Ce n’est pas étonnant venant d’Amazon !

Manu : Ce n’est pas tout à fait étonnant, donc il y a beaucoup de bagarres qui s’appuient notamment sur les licences pour essayer de les obliger à jouer le jeu en utilisant des licences, mais malheureusement, pour le coup, qui ne sont pas tout à fait libres. Donc ça reste compliqué, il y a tout un combat qui va continuer et je suis sûr qu’on va en reparler parce que le nuage c’est quand même un gros sujet en informatique et dans le logiciel libre notamment.

Mag : Affaire à suivre donc.

Manu : Maintenant de quoi va-t-on parler ?

Mag : D’un cri du cœur.

Manu : Un cri du cœur ! Qu’est-ce qui t’arrive ?

Mag : Hier soir on avait une conversation avec des amis sur les mots de passe.

Manu : Les mots de passe. Où est le problème ?

Mag : Il y a plein de problèmes avec les mots de passe. Typiquement ce matin j’ai perdu deux heures à essayer de me connecter sur mon propre logiciel de comptabilité. J’ai essayé tous les mots de passe et on me disait « non, non » et je ne comprenais pas pourquoi ces mots de passe ne fonctionnaient pas et que je n’arrivais pas à me connecter. Je me disais « décidément je n’ai pas de chance aujourd’hui ! » Cet après-midi je vais sur le site de ma banque et là je recommence avec un mot de passe, je me trompe trois fois et j’ai été totalement révoquée.

Manu : Blocage complet. Bonne chance pour accéder à tes comptes.

Mag : Blocage total, je ne pouvais même plus accéder à ma banque et je me suis dit « je suis maudite quoi ! » En moins de 24 heures je perds énormément de temps avec des mots de passe et je me dis « comment font les autres ? » Est-ce qu’on peut en parler ce soir ?

Manu : Effectivement, les stratégies de mots de passe c’est un sujet qui est vaste et qui est généralement lié à la sécurité pour les accès à nos comptes. Les mots de passe sont là pour, soi-disant, nous protéger, éviter que n’importe qui accède, mais, en même temps, régulièrement ils nous protègent tellement bien que même nous on n’arrive plus à accéder, la preuve. On a tous des stratégies pour les gérer et il y a toute une palette de ces stratégies qui vont de la plus simple à la plus compliquée, de la plus performante à la plus nulle. Là, il faut croire que ta stratégie n’est pas bonne.

Mag : Ça se discute mon problème de stratégie ! Parce que pour mon premier problème, mon mot de passe était le bon, c’était mon identifiant qui n’était pas bon !

Manu : Ah ben oui ! Il y a toujours un couple !

Mag : Mot de passe ça veut dire « identifiant, mot de passe », ça fait deux informations à retenir, si on est un peu fatigué, eh bien pouf ! On peut se tromper sur l’une des deux. Et le deuxième, l’après-midi, c’est mon mot de passe qui était faux, je n’avais pas noté le bon !

Manu : Maintenant qu’est-ce que tu vas faire ? Tu vas les noter tes mots de passe : un Post-it, une feuille de papier.

Mag : Il y a effectivement la méthode de noter son mot de passe, il y a des gens qui font, comme tu dis, Post-it, papier, petit truc qui traîne. Il y a même des éditeurs, je me rappelle, je crois que c’est First qui avait dans sa collection « Le Petit Livre de… » à 2,95 euros, qui avait dit : « Notez tous vos mots de passe ». Donc vous avez un petit livre.

Manu : Un petit livre papier.

Mag : Un petit livre papier et vous remplissez le site, le mot de passe, le site le mot de passe, le site le mot de passe, donc identifiant et mot de passe. Je vous le conseille, ce n’est pas mal comme idée sauf que si ça tombe entre de mauvaises mains !

Manu : Si on le perd, s’il est brûlé ou s’il est abîmé, il a pris l’eau, il est resté dans un pantalon pendant la machine à laver, on est mal !

Mag : On perd tout !

Manu : On perd tout. Donc ça c’est une première stratégie qui n’est pas forcément recommandée. Effectivement, c’est un peu l’équivalent du Post-it et ça fait toujours rire. Chez les informaticiens que je côtoie c’est le genre de chose qui nous fait toujours très peur parce qu’un Post-it c’est facilement accessible à d’autres personnes que celle à laquelle c’est destiné. Une autre solution c’est d’utiliser toujours le même mot de passe. Non ?

Mag : Ça c’est aussi dangereux, parce qu’il suffit qu’on récupère le mot de passe, n’importe qui.

Manu : Pour un site.

Mag : Pour un site, et il peut être utilisé pour tous les autres sites.

Manu : Pourtant il y a plein de gens qui font ça et, au final, c’est presque obligé étant donné que régulièrement, quand on est des citoyens d’Internet comme on l’est tous les deux, on a plein de sites auxquels on doit se connecter en permanence, des dizaines peut-être même des centaines de sites différents, donc avoir un mot de passe pour tous ou à peu près un mot de passe.

Mag : C’est une mauvaise idée, laisse tomber !

Manu : Oui. Mais c’est une stratégie qui est viable pour notre mémoire.

Mag : C’est une mauvaise idée. Si tu veux vraiment faire travailler ta mémoire, eh bien tu la fais travailler en retenant tous tes mots de passe.

Manu : Mais pour des dizaines et des centaines de sites web ça me paraît impossible, en tout cas je n’arrive pas à dépenser cette énergie-là.

Mag : Oui, mais à 75 ans tu auras encore de la mémoire.

Manu : Si jamais je m’entraîne à faire ça ? Je ne sais pas si c’est une recommandation qu’on peut faire à tout le monde. En plus de ça, il y a des sites qui t’obligent à changer régulièrement ton mot de passe. Tous les trois mois, tous les six mois ils te disent : « Au nom de notre politique de sécurité vous devez changer votre mot de passe » et non seulement on peut t’obliger à changer ton mot de passe, je l’ai fait en tant que programmeur, mais, en plus, on peut t’empêcher de réutiliser un de six derniers mots de passe que tu avais utilisés dans le passé. Et ça c’est vraiment très pénible, mais je crois que c’était des recommandations que le FBI mettait en avant à une époque. Je te rassure, la personne qui a fait ces recommandations, obliger les utilisateurs à changer leurs mots de passe régulièrement, a depuis changé d’avis et considère que c’est une très mauvaise pratique parce que les utilisateurs qu’est-ce qu’ils font ? Ils rajoutent 1, 2, 3, 4, 5, 6 à leur mot de passe initial et ça fait l’affaire, même si c’est juste nul et pénible.

Mag : Vraiment nul ! Autre méthode, c’est se poser des règles, des principes qui vont permettre, suivant le site où on est, d’avoir un mot de passe qui sera généré.

Manu : Donc une sorte d’algorithme : je suis sur un site donné, il a une couleur bleue, il a des fontes en blanc, donc je vais mettre un mot de passe à base de bleu, blanc, quelque chose.

Mag : Ou alors le mot de passe sera très long : je suis sur un site avec un fond bleu et blanc.

Manu : Il faut bien s’en rappeler alors !

Mag : Il faut bien s’en rappeler, mais c’est un moyen mnémotechnique.

Manu : Pour le coup souvent va avoir une base, donc là « je suis sur un site » et le reste va dépendre du site sur lequel on est et, effectivement, ça permet de générer des mots de passe qui sont à peu près différents d’un site à l’autre, sauf si tu passes à un site qui a les mêmes couleurs à chaque fois.

Mag : Là ce n’est pas de chance !

Manu : Ce n’est pas de chance ! En tout cas ça fait quelque chose d’assez solide et plutôt long.

Mag : Il avait quelque chose qui était très à la mode à une époque, on remplaçait certaines lettres par des chiffres : le « e » était remplacé par le « 3 », le « o » par des « 0 », le « a » par des « 4 » et on prenait un moyen mnémotechnique avec des chiffres qui remplaçaient certaines lettres.

Manu : Ça s’appelle le leet speak, leet écrit « l33t », en fait ça vient d’« élite », c’est la façon de parler d’une manière soi-disant élitiste, ça marche bien avec les claviers mais ça ne marche pas à l’oral, forcément. Effectivement il y a plein de gens qui utilisent ce genre de mécanisme pour s’amuser avec les lettres. Remplacer, par exemple, un « o » par un « 0 », c’est assez simple et ça permet de passer outre certaines règles : on est obligé de mettre un chiffre dans un mot de passe, eh bien voilà, on remplace un « o » par un « 0 », cette règle est remplie automatiquement, c’est assez pratique.

Mag : Ça me rappelle les jeux débiles que je faisais avec ma Casio : je tapais des chiffres et quand je retournais la Casio ça faisait un mot.

Manu : C’est exactement ça. Pour information, je me suis intéressé au sujet : il y a des crackers de mots de passe qui existent sur Internet, donc des outils qui vont essayer, à base de dictionnaires et à base de différentes règles, de deviner des identifiants et des mots de passe sur différents sites, et malheureusement le leet speak est assez utilisé par ces crackers, ils vont faire plein de substitutions qui sont les substitutions les plus communes, par exemple un « o » en « 0 », je pense que ça fait partie des substitutions qu’ils vont souvent tester. Donc ce n’est pas forcément la meilleure stratégie qui soit, mais, ceci dit, c’est quand même une bonne idée d’avoir une sorte d’algorithme selon le site sur lequel et, grâce à cela, générer un mot de passe qui sera à chaque fois différent.

Mag : Autre solution, mais là c’est quand on est vraiment sur un ordinateur privé, il ne faut pas le faire sur n’importe quel ordinateur et surtout pas sur un ordinateur public, avoir confiance dans son navigateur.

Manu : Si on utilise son navigateur pour accéder à ses mails, à sa banque, à ses comptes de comptabilité, effectivement ça peut marcher. Ça va marcher dans tous les cas ? Qu’est-ce qui se passe si jamais ton navigateur est attaqué, ton ordinateur est récupéré par quelqu’un ? Et qu’est-ce que si se passe si tu veux accéder à tes sites depuis un autre ordinateur ou depuis un téléphone portable ?

Mag : Alors voilà ! Ça ne marche qu’avec l’ordinateur qu’on a à la maison dans l’espoir qu’il ne meure pas soudainement et qu’il vous laisse le temps récupérer vos données dans le cas où vous vouliez en changer et que vous ne vous le fassiez pas voler, bien sûr. Mais c’est efficace. Pour des sites bateaux où il n’y a aucun risque, Firefox a un petit onglet où vous pouvez même aller même les récupérer, ils sont masqués, il suffit de demander qu’ils soient démasqués, mais vous pouvez récupérer vos mots de passe, récupérer l’intégralité de vos mots de passe quand vous changez d’ordinateur.

Manu : Moi, pour information, c’est effectivement un mécanisme que j’utilise beaucoup et qui est très pratique : Firefox1 normalement ; Chrome aussi le permet. Ils peuvent stocker les mots de passe, ils peuvent avoir un mot de passe maître qui sera nécessaire pour débloquer tous les autres mais pas toujours utilisé malheureusement. Ceci dit, c’est une couche de sécurité assez solide en plus et, normalement, il y a moyen de partager ses mots de passe en utilisant des services Google ou Mozilla qui vont les héberger sous des formes normalement peu lisibles, mais ça va permettre de les réutiliser entre ces différentes plateformes, en tout cas c’est ce que j’en comprends, parce que je n’utilise ça pas personnellement.

Mag : Aller faire héberger mes mots de passe ailleurs que chez moi ! Je ne suis pas très confiante !

Manu : Il y en a qui se promènent avec des clés sur lesquelles ils stockent tout et comme cela ils sont à peu près protégés du fait d’avoir leur ordinateur qui va disparaître, de vouloir se connecter sur un autre poste. Avec cette clé-là ils ont une sorte d’indépendance, par contre il faut faire attention à la clé.

Mag : Voilà. Il ne faut pas la perdre. Et puis il y a la méthode geek.

Manu : La méthode la plus difficile, quoi !

Mag : la plus difficile ! Je ne sais pas si c’est difficile parce que quasiment tous nos potes geeks le font, ils ont un gestionnaire de mots de passe.

Manu : C’est l’équivalent de ce que fait Firefox, mais dans un logiciel dédié.

Mag : Voilà. Et à priori, basé sur leur propre serveur auquel ils peuvent accéder quel que soit l’ordinateur sur lequel ils sont, enfin j’imagine.

Manu : Ça dépend des logiciels gestionnaires de mots de passe. Je ne les connais pas tous, mais les quelques-uns que j’ai vus, effectivement il y en a qui permettent de stocker un fichier chiffré où on veut, mais ce n’est pas toujours utilisé comme cela, ce n’est pas toujours facile à utiliser. Il existe des services qui te proposent de le faire, d’héberger pour toi tes fichiers de mots de passe.

Mag : Je ne suis toujours pas sereine de le faire ailleurs que chez moi !

Manu : Dans ces cas-là, si on utilise un gestionnaire de mots de passe, bien sûr on a un mot de passe maître, en tout c’est ce qui est recommandé.

Mag : Il ne faut pas l’oublier celui parce que sinon tu es foutu !

Manu : Il ne faut pas l’oublier et le gestionnaire de mots de passe à des mécanismes pour te faciliter la vie, avec le login, avec l’identifiant, pour pouvoir le copier facilement, remplir ou préremplir le navigateur quand on va aller sur le navigateur. Il y a des mécanismes qui facilitent la vie, mais ce n’est quand même pas aussi bien intégré que le gestionnaire interne de mots de passe de Firefox.
Ça veut dire que maintenant tu vas te mettre au gestionnaire de mots de passe centralisé ou, en tout cas, au gestionnaire de mots de passe dédié ?

Mag : J’y réfléchis.

Manu : Tu y réfléchis parce que là, franchement, tu as souffert en plus pour te rendre compte que tu t’étais trompé sur les identifiants, c’est un peu dommage !

Mag : On ne se moque pas !

Manu : Non. En même temps je ne vais pas me moquer longtemps parce que ça m’arrive aussi régulièrement.

Mag : D’ailleurs je remercie tous les copains de Framasoft2 qui m’ont envoyé des câlins sur Signal3 pour me réconforter de mon énervement « mots de passe ».

Manu : Ça arrive à tous, on est bloqué à la porte. C’est vraiment l’équivalent de devoir demander à un serrurier de passer : vous avez peut-être même la clé ou vous l’avez cassée ou la serrure est cassée pour une autre raison, le serrurier va venir débloquer tout ça, mais quand on est en informatique ce n’est pas toujours possible d’avoir un serrurier qui vienne aider.

Mag : Et c’est là où on voit les sites intelligents, ceux qui vous disent : « Vous avez oublié votre passe, générez-en un nouveau » et ceux qui ne disent rien !

Manu : Se méfier ! D’ailleurs ce qui m’amuse toujours ce sont les sites web qui te proposent de te renvoyer ton mot de passe et ça c’est mauvais signe, parce que s’ils connaissent ton mot de passe ça veut dire qu’ils l’ont quelque part en clair.

Mag : En clair !

Manu : Et ça c’est très mauvais signe. Par contre, régénérer un mot de passe ou régénérer un lien sur lequel il faut cliquer pour accéder à nouveau au site web, ça c’est plutôt solide, en tout cas en comparaison, par contre il faut faire attention à son adresse e-mail et s’assurer que personne d’autre n’y a accès, qu’on ne l’a pas perdue, parce que tout passe par là.

Mag : Et éviter de révoquer les mots de passe sur vos comptes bancaires. Bref, on ne remerciera pas le Crédit Mut et on saluera la BRED qui a fait un meilleur site.

Manu : Sur ce je te propose qu’on rediscute de tes aventures la semaine prochaine peut-être. Je te dis à la semaine prochaine.

Mag : À la semaine prochaine.

Interview bonus en vidéo de Vincent Calame (chronique « Jouons collectif »)

ven, 01/17/2020 - 10:58

Découvrez la première interview bonus en vidéo (2 minutes 43) pour l'émission Libre à vous !. Trois questions posées à Vincent Calame, qui propose chaque mois la chronique « Jouons collectif ».

Dans sa chronique, Vincent Calame, informaticien libriste et bénévole à l'April, nous fait partager son témoignage d'un informaticien « embarqué » au sein de groupes de néophytes : « Choses vues, entendues et vécues autour de l'usage des logiciels libres au sein de collectifs (associations, mouvements et équipes en tout genre) ».

Vous vous proposons une courte interview vidéo de Vincent

Écouter ou lire les chroniques de Vincent

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (21 janvier 2020)

ven, 01/17/2020 - 10:17
Start: 21 Janvier 2020 - 15:30End: 21 Janvier 2020 - 17:00

Réécouter en ligne --> Lire la transcription

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50e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio), mardi 14 janvier 2020 de 15 h 30 à 17 h 00. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • Notre sujet principal portera sur le thème des collectivités locales et le logiciel libre avec l'interview de Nicolas Vivant, directeur des systèmes d'information de la ville de Fontaine
  • la chronique « Partager est bon de » Véronique Bonnet, professeur de philophie et administratrice de l'April sur le thème « quand le logiciel libre n'est pas supérieur, en pratique »
  • la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April, sur le thème de la musique classique libérée

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 21 janvier 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 21 janvier 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

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