Agrégateur de flux

« Libre à vous ! » diffusée mardi 11 juin 2019 sur radio Cause Commune - Documentaire sur le logiciel libre - OpenStreetMap - Les films libres de Blender

APRIL - jeu, 07/11/2019 - 15:30
Émission Références Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet)..

Nous avons commencé par la présentation d'un nouveau documentaire sur le logiciel libre intitulé « LOL - Logiciel libre une affaire sérieuse » avec François Zaïdi, réalisateur. Nous avons enchaîné avec notre sujet principal qui portait sur OpenStreetMap, avec Noémie Lehuby, contributrice, secrétaire de l'association OpenStreetMap France et co-fondatrice de Jungle Bus, Christian Quest, porte-parole d'OpenStreetMap France, et Jean-Christophe Becquet, animateur de l'initiative Dessine ta ville et formateur autour d'OpenStreetMap. Nous avons poursuivi par la chronique « Pépites Libres » de Jean-Christophe Becquet, qui a porté sur les films libres de la fondation Blender. Nous avons terminé par des annonces diverses.

Réécouter en ligne

Votre navigateur ne supporte pas l'élément audio : écoutez l'émission (format OGG) ou format MP3. -->

S'abonner au podcast

Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (le jour même ou le lendemain).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Programme de l'émission du 11 juin 2019
  2. Personnes participantes
  3. Photos
  4. Références pour la chronique « Pépites libres » sur les films libres de la fondation Blender
  5. Références pour la partie sur OpenStreetMap
  6. Références pour la partie « LOL - Logiciel libre - une affaire sérieuse »
  7. Références pour la partie sur les annonces diverses
  8. Pauses musicales
Programme de l'émission du 11 juin 2019

La vingt-neuvième émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio « Cause commune » mardi 11 juin 2019 de 15 h 30 à 17 h.

Au programme :

  • chronique « Pépites Libres » sur les films libres de la fondation Blender
  • OpenStreetMap
  • documentaire intitulé « LOL - Logiciel libre une affaire sérieuse »
  • Annonces
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Jean-Christophe Becquet, président de l'April
  • Noémie Lehuby
  • Christian Quest
  • François Zaïdi, réalisateur
  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques à l'April, à la régie
Photos

Quelques photos.

--> Références pour la chronique « Pépites libres » sur les films libres de la fondation Blender Références pour la partie sur OpenStreetMap Références pour la partie « LOL - Logiciel libre - une affaire sérieuse » Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 18 juin 2019

APRIL - il y a 14 min 33 sec


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 18 juin 2019 sur radio Cause Commune
Intervenants : Noémie Bergez - Angie Gaudion - Christian Momon - Denis Dordoigne - Isabella Vanni - Frédéric Couchet - Étienne Gonnu à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 18 juin 2019
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou télécharger le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Transcription
    1. Chronique In code we trust sur l'usurpation d'identité numérique avec Noémie Bergez
    2. Chatons 2e partie sur la création, la maintenance et le collectif
    3. Chronique « Le libre fait sa comm' » sur le retour d'expérience de l'animation d'un stand par Isabella Vanni
    4. Annonces

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose d’un webchat, donc utilisez votre navigateur web, rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et ainsi retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission.
Nous sommes mardi 18 juin 2019, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’association est april.org, vous y retrouverez d’ores et déjà une page consacrée à l’émission avec les références utiles sur les pauses musicales, sur les sujets que nous allons aborder et également les moyens de nous contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais également des points d’amélioration.
Je vous souhaite une excellente écoute.

Maintenant le programme de cette émission.
Nous commencerons par la chronique juridique de Noémie Bergez intitulée In code we Trust qui sera consacrée à l’usurpation d’identité numérique.
D’ici dix-quinze minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires, autrement dit les CHATONS.
En fin d’émission nous aurons la chronique « Le libre fait sa comm’ » d’Isabella Vanni consacrée au thème du retour d’expérience de l’animation d’un stand de l’April lors d’événements.
À la réalisation de l’émission Étienne Gonnu. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu : Salut Fred.

Frédéric Couchet : On va vous proposer un petit quiz. Je vous donnerai les réponses en cours d’émission. Vous pouvez proposer des réponses soit sur le salon web de la radio ou également sur les réseaux sociaux.
Première question : la même que la semaine dernière vu que j’avais oublié de donner la réponse, mais c’est quand même en lien avec l’émission d’aujourd’hui. Lors de l’émission du 4 juin, notre sujet principal portait sur Framasoft. La question est : d’où vient le nom Framasoft ?
Deuxième question, que se passe-t-il à Rezé, dans les Pays de la Loire, samedi 22 juin, une activité en lien avec notre émission de la semaine dernière ? Réponse en fin d’émission.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique In code we trust sur l'usurpation d'identité numérique avec Noémie Bergez

Frédéric Couchet : Nous allons commencer par une intervention de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, pour chronique In code we trust. La chronique du jour va porter sur l’usurpation d’identité numérique. Bonjour Noémie.

Noémie Bergez : Bonjour Fred. Bonjour à tous.

Frédéric Couchet : Nous t’écoutons.

Noémie Bergez : Cette chronique est dédiée au délit d’usurpation d’identité numérique. Après une première présentation de ce délit, nous aborderons quelques cas pratiques de décisions qui ont été rendues en la matière.

Le délit d’usurpation d’identité est prévu à l’article 226-4-1 du Code pénal. Il a été créé par la loi numéro 2011-267 du 14 mars 2011, dite d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, la loi LOPPSI 2. Cet article incrimine « le fait d’usurper l’identité d’un tiers ou de faire usage d’une ou plusieurs données de toute nature permettant de l’identifier en vue de troubler sa tranquillité ou celle d’autrui ou de porter atteinte à son honneur ou à sa considération. Ce délit est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. » L’article précise, dans son alinéa 2, que « cette infraction est punie des mêmes peines lorsqu’elle est commise sur un réseau de communication au public en ligne ».
C’est vrai que ce deuxième alinéa n’est pas véritablement pertinent puisque le premier alinéa, le fait d’usurper l’identité, inclus nécessairement l’infraction qui est commise sur les réseaux de communication au public en ligne. En tout cas, il permet de comprendre la motivation du législateur puisque l’idée était quand même d’apporter un peu de pédagogie et on s’était aperçu que ce type d’agissement était quand même assez régulièrement commis via les réseaux de communication au public en ligne. Donc le législateur a voulu un petit peu renforcer son article, même si l’alinéa 2 est plutôt perçu par les praticiens comme inutile.

Il faut savoir qu’avant cet article les faits d’usurpation d’identité étaient sanctionnés par des textes généraux. On avait le délit d’escroquerie qui est prévu à l’article 313-1 du Code pénal. Ce délit d’escroquerie est celui qui punit l’usage d’un faux nom, d’une fausse qualité, ou l’abus d’une qualité vraie, ou l’emploi de manœuvres frauduleuses pour tromper une personne physique ou morale et la déterminer, à son préjudice ou au préjudice d’un tiers, à lui remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque. Ce délit était puni, est toujours puni d’ailleurs, d’une peine d’emprisonnement de cinq ans et de 375 000 euros d’amende. Il y avait un autre délit qui était utilisé également pour sanctionner des faits d’usurpation d’identité, c’était l’article 434-23, et qui incrimine le fait de prendre le nom d’un tiers dans des circonstances qui ont déterminé ou auraient pu déterminer contre lui des poursuites pénales.

À présent on a un article qui est prévu dans le Code pénal sur l’usurpation d’identité en lui-même. Il faut retenir les éléments caractéristiques de ce délit d’usurpation de l’identité. L’identité, dans le rapport de l’Assemblée nationale, le conseiller rapporteur estimait que le terme identité recouvrait tous les identifiants électroniques de la personne, à la fois son nom, son surnom, mais également son pseudonyme lorsqu’il est utilisé sur Internet. Pour que le délit soit caractérisé il faut d’une part, usurper l’identité et, d’autre part, avoir une volonté d’user cette identité pour troubler la tranquillité d’autrui ou porter atteinte à son honneur ou à sa considération.

On a plusieurs décisions de justice en la matière.

Il faut noter que le délit semble pouvoir s’appliquer également aux personnes morales, puisque la cour d’appel de Paris, dans un arrêt du 10 octobre 2014, a jugé qu’une personne morale pouvait agir sur le fondement de l’usurpation de l’identité numérique au travers de son dirigeant social. Dans cette espèce, le prévenu avait créé, avec les coordonnées de la société, de fausses adresses [de messagerie électronique] et il avait publié des contenus diffamatoires et insultants. Eh bien les juges ont retenu le délit d’usurpation d’identité et ont condamné l’auteur des faits à dix mois de prison avec sursis.

L’arrêt qui est assez marquant dans cette matière de l’usurpation d’identité c’est un arrêt de la chambre criminelle du 16 novembre 2016, qui a été vraiment l’un des plus commentés dans la jurisprudence puisqu’en fait, dans cette espèce, un site internet avait été créé et qui reproduisait l’apparence du site officiel de la maire du 7e arrondissement de l'époque, qui reproduisait donc sa photographie, qui diffusait des commentaires insultants et diffamatoires et qui permettait de publier sur des réseaux sociaux des faux communiqués de cette maire.
Une plainte avait été déposée pour atteinte à un système de traitement automatisé de données et usurpation d’identité sur support numérique. Pour les atteintes au système de traitement automatisé de données je vous renvoie, si cela vous intéresse, à la chronique sur le sujet des infractions informatiques, on avait évoqué ces atteintes.
Sur l’usurpation d’identité, après enquête l’auteur du site avait été identifié et ce qu'il avait expliqué c’est qu’il avait découvert une faille de sécurité dans le site officiel de la maire, qui lui permettait, en fait, d’entrer dans le site et de pouvoir diffuser lui-même ou par des tiers des contenus, notamment de faux communiqués de presse.
Il avait été condamné par le tribunal correctionnel pour le délit d’usurpation d’identité et introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé à 3000 euros d’amende. La cour d’appel a confirmé cette décision. L’auteur de ces faits avait tenté de se dédouaner en indiquant que le site que lui-même avait créé était légèrement différent du site officiel, donc que ça aurait pu ouvrir une confusion, donc dans ce cas-là il n’y aurait pas eu d’usurpation d’identité. Là-dessus les juges n’ont pas considéré que ce moyen était pertinent. Ils ont considéré, au contraire, qu’il y avait quand même une importante ressemblance entre le site officiel et le faux site. Le fait qu’il n’ait pas contesté être l’auteur de la construction, enfin être l’auteur de ce site, et qu’il n’ait pas contesté non plus d’avoir découvert le moyen qui lui permettait de se connecter à ce site a aussi joué puisque l’élément intentionnel a été retenu. Il avait vraiment la volonté de créer un site fictif, d’encourager des personnes qui le suivaient à mettre en ligne de faux messages via ce site. La Chambre criminelle de la Cour de cassation a confirmé l’arrêt de la cour d’appel en considérant que le prévenu avait bien usurpé l’identité d’un tiers en vue de porter atteinte à son honneur ou à sa considération.
Chose importante dans cet arrêt : la Cour de cassation a indiqué que cette infraction était exclusive de l’application de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme qui protège la liberté d’expression. Donc là on a vraiment une décision forte qui vient protéger les intérêts privés.

On a ensuite un jugement assez récent, c’est pour ça que j’en parle, du 16 avril 2019, un jugement de la 17e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris, qui est la chambre spécialisée en droit de la presse.
Dans cette espèce un faux site avait été créé en vue de s’attaquer à un syndic de copropriété, ce qui doit être assez régulier, mais là, la personne avait vraiment mis en place de très importants moyens puisqu’elle avait créé un site pour, en fait, critiquer l’action d’un syndic de copropriété. Le président du syndic de copropriété avait déposé une plainte pour usurpation d’identité numérique et pour violation des obligations prévues par la loi pour la confiance dans l’économie numérique, à savoir que les mentions légales ne figuraient pas sur le site.
Effectivement, le site n’ayant pas de mentions légales, les enquêteurs ont dû mener des investigations un peu plus poussées pour identifier l’auteur. En tout cas il a été identifié, c’est comme ça qu’ils ont pu découvrir que c’était un des copropriétaires. Là le tribunal, dans sa décision, a relaxé l’auteur du site du délit d’usurpation d’identité pour une motivation qui est assez claire qui est, qu’en fait, le nom du site, s’il comprenait bien celui du syndic de copropriété et faisait référence à son activité professionnelle, eh bien les juges ont constaté que ce site était suffisamment clair, qu’il n’y avait pas de confusion pour comprendre qu’en fait il ne s’agissait pas du site du syndic de copropriété mais bien d’un site qui avait été créé pour critiquer le syndic de copropriété.
La différence est quand même assez importante : dans ce cas-ci, il n’y a pas eu de condamnation pour usurpation d’identité parce que le site n’avait pas pour vocation de prendre l’identité d’un tiers mais plutôt de critiquer l’action d’un tiers.
Il faut noter également sur les mentions légales du site qui n’avaient pas été publiées, que le tribunal a rejeté la demande qui était contenue dans la plainte, en considérant que malheureusement la citation directe ne visait pas les bons articles de la loi pour la confiance dans l’économie numérique ; elle visait l’article 6-III-1 et elle aurait dû, en fait, viser l’article 6-III-2. Les juges étant limités dans leurs requalifications, ils ne pouvaient pas requalifier l’infraction dont ils étaient saisis. Ce qui rappelle un peu la nécessité de bien rédiger les citations directes quand on est partie civile.

Juste pour terminer, comment réagir quand on est victime soi-même du délit d’usurpation d’identité ? Évidemment quand ce sont des documents administratifs ou bancaires qui sont en cause il faut faire opposition au plus vite, conserver les preuves. Si c’est pertinent prévenir l’éditeur du site si ce n’est pas lui l’auteur des agissements et puis porter plainte, saisir un juge pour obtenir soit la cessation, soit l’indemnisation, et éventuellement voir avec son assureur s’il peut y avoir une indemnisation.

J’en aurais terminé sur cette chronique.

Frédéric Couchet : Merci Noémie. On a mis sur le site de l’April, april.org, les références. Dans ta chronique tu faisais référence à une précédente chronique sur les infractions relatives à l’informatique, c’est celle du 16 avril 2019. Le podcast est disponible sur le site. D’ailleurs c’est assez marrant parce que le 16 avril on avait déjà abordé le second sujet long qu’on va aborder tout à l’heure, les CHATONS ; donc vous pouvez écouter, le 16 avril.
On va se retrouver pour ta prochaine et dernière chronique avant la pause estivale le 2 juillet.
Je retiens, en tout cas, qu’on peut largement critiquer les syndics de copropriété et j’imagine bien qu’il y a beaucoup de sites qui sont consacrés à ce sujet assez récurrent, les problèmes avec les syndics de copropriété, souvent dans le cas de professionnels et peut-être des fois dans le cas de bénévole. C’est aussi souvent une solution, dans les petites copropriétés, de recourir peut-être à un syndic bénévole.
En tout cas merci pour ta chronique juridique, Noémie, et on se retrouve le 2 juillet.

Noémie Bergez : Merci.

Frédéric Couchet : Bonne journée.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons faire une petite pause musicale. Nous allons écouter Reset par Jaunter et on se retrouve juste après.

Pause musicale : Reset par Jaunter.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Chatons 2e partie sur la création, la maintenance et le collectif

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Reset par Jaunter, c’est disponible sous licence Creative Commons Attribution. Les références sont sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous!, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et sur causecommune.fm partout dans le monde.
Nous allons maintenant passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui va porter sur le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires, autrement dit les CHATONS. Les personnes qui écoutent régulièrement l’émission se diront que c’est que la deuxième fois qu’on en parle vu qu’effectivement, le 16 avril, on a déjà parlé des CHATONS, mais là on va approfondir un petit peu ce sujet passionnant. Les invités du jour : au téléphone Angie Gaudion de l’association Framasoft.

Angie Gaudion : Bonjour Fred.

Frédéric Couchet : Avec moi en studio Christian Pierre Momon du Chapril, donc chapril.org. Bonjour Christian.

Christian Momon : Bonjour.

Frédéric Couchet : Également Denis Dordoigne d’INFINI, donc infini.fr. Bonjour Denis.

Denis Dordoigne : Bonjour Fred.

Frédéric Couchet : Comme je l’ai dit, c’est une deuxième émission sur les CHATONS. Lors de la première émission – les personnes qui n’auraient pas écouté l’émission je vous rappelle que le podcast est celui du 16 avril 2019 ; vous le retrouvez à la fois sur causecommune.fm et sur april.org – dans cette première émission on avait plutôt axé la présentation des chatons, sur les personnes ou structures qui pourraient avoir intérêt à utiliser les services que l’on va décrire. Dans cette deuxième émission on va rentrer un peu plus sur la partie, on va dire, participation au collectif CHATONS, comment créer un chaton, le maintenir, en essayant de ne pas être trop techniques. C’est une deuxième partie sur le sujet. Tout d’abord on va commencer par un tour de table de présentation pour rappeler qui vous êtes. On va commencer par Angie de Framasoft.

Angie Gaudion : Je suis chargée de communication et de partenariat au sein de l’association Framasoft qui propose une trentaine de services libres pour se « dégoogliser ». Donc des alternatives aux services traditionnels proposés par les GAFAM. En parallèle, je coordonne le collectif CHATONS pour une période de six mois.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc Framasoft, framasoft.org, comme tout le monde le sait, donc une centaine [trentaine, NdT] de services. Denis Dordoigne.

Denis Dordoigne : Je suis de l’association INFINI qui est un chaton brestois, les informations sont sur infini.fr. Sinon je suis un militant du logiciel libre donc c’est pour ça que je suis rentré là-dedans.

Frédéric Couchet : D’accord. Christian Momon de l’April.

Christian Momon : Je suis développeur du Libre personnellement et, au sein de l’April, je suis membre du conseil d’administration et j’interviens notamment dans le groupe Chapril qui est le chaton de l’April.

Frédéric Couchet : Donc chapril.org.
On va commencer par un rappel synthétique, on va essayer de résumer en quelques minutes la première émission sur ce qu’est le projet CHATONS. On va peut-être proposer à Angie d’essayer de nous faire un rappel sur ce qu’est le projet CHATONS, à qui il s’adresse, quels sont les services proposés, etc.

Angie Gaudion : CHATONS c’est un collectif qui regroupe une soixantaine d’Hébergeurs Alternatifs Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires, qui sont les initiales de l’acronyme CHATONS. Parmi ces hébergeurs, ils sont nombreux à proposer des services alternatifs à ceux proposés par les géants du Web. Chaque membre du collectif propose différents services, selon différentes modalités ; c’est très large dans la façon de fonctionner.
L’objectif c’est de fournir une structure globale, via ce collectif, qui fera de l’hébergement de proximité en fait. L’objectif principal c’est que chaque internaute, chaque citoyen puisse, à proximité de chez lui, trouver une structure qui va lui permettre de découvrir des alternatives justement à ces services des géants du Web.

Frédéric Couchet : Donc, je crois, c’était peut-être toi qui avais employé cette expression la dernière fois, un petit peu comme les AMAP finalement : des services loyaux de proximité.

Angie Gaudion : Exactement. On est d’ailleurs partis de ce modèle-là. Il faut savoir que le collectif CHATONS a été initié par l’association Framasoft qui partait du constat qu’en proposant tous ces services libres et gratuits en ligne, reproduisait finalement ce que faisaient les GAFAM, alors à une échelle toute autre, mais quand même avec une centralisation. Il était important qu’on fasse savoir qu’il y a d’autres acteurs que Framasoft sur le territoire qui proposent des solutions, soit différentes, soit identiques, mais, en tout cas, que tout le monde ne passe pas par une seule porte d’entrée. Donc l’idée d’avoir une décentralisation des services et de montrer, justement, que c’est un ensemble d’acteurs qui les proposent sur tous les territoires.

Frédéric Couchet : Christian, est-ce que tu veux compléter cette introduction sur les CHATONS ?

Christian Momon : C’était très bien. Effectivement on retrouve le fait que Framasoft proposait des services, a prouvé qu’on pouvait proposer des services libres à tout le monde, mais, du coup, il fallait effectivement passer à une autre échelle, c’est-à-dire que ça ne soit pas que Framasoft qui le fasse, d’autres structures. Et plutôt que de faire un appel en disant « débrouillez-vous, allez, tout le monde, bougez-vous ! », ils ont proposé quelque chose de formidable, c’est-à-dire de partager une expérience, une vision, avec une charte, avec une structure et aussi un accompagnement qui fait que tous ceux qui veulent mettre ces services en ligne ont le moyen d’avoir un repère, une base solide, et aussi une sorte de label, une sorte d’identifiant qui fait que tous les utilisateurs peuvent s’y retrouver et plus facilement accéder à des services libres. Donc super initiative !

Frédéric Couchet : Denis, est-ce que tu peux citer quelques exemples de services majeurs proposés par les chatons ?

Denis Dordoigne : Il y a beaucoup des services de Framasoft, dont les pads, les formulaires, des choses comme ça. Selon les chatons, leur âge, etc., il y a des gestions de listes de diffusion, il y a des hébergements de sites internet. Je sais que chez INFINI on fait de la diffusion de radio en live. Il y a d’autres hébergeurs qui sont plus anciens comme La Mère Zaclys ou Marsnet qui ont aussi des services particuliers. En fait il n’y a pas beaucoup de limites dans les services qu’on peut proposer. On en propose plus que n’importe quel GAFAM tout seul.

Frédéric Couchet : Exactement ! On va citer le nom du site de référence, évidemment c’est chatons avec un « s » point org, sur lequel vous trouvez tous les membres de ce collectif qui offrent donc des services très variés avec des formats de contribution ou d’utilisation qui peuvent être très différents ; ça peut être une utilisation totalement libre, ça peut être réservé à des adhérents. Vous allez sur chatons.org et vous retrouvez une cinquantaine, peut-être, de services différents, je dirais en fonction de l’ensemble des chatons.

Christian Momon : Et les services ne sont pas les mêmes chez tous les chatons. C’est intéressant de pouvoir comparer et d’ailleurs, d’avoir une offre différente. Pour le même type de service, on va avoir différents logiciels utilisés, du coup ça donne du choix. On n’est pas enfermé, limité aux choix définis par une structure. C’est plutôt intéressant, en tant qu’utilisateur, de ne pas être enfermé.

Frédéric Couchet : Tout à fait. Angie est-ce que tu veux rajouter quelque chose sur cette introduction avant qu’on passe, on va dire, à la présentation du collectif et de la contribution ?

Angie Gaudion : Du coup parler du site chatons.org sur lequel il y a une rubrique qui permet à n’importe quel internaute de trouver un chaton en fonction de différents critères. Ça peut être le type de service qu’il recherche ; je ne sais pas, vous cherchez, par exemple, à avoir une adresse mail alternative, libre, du coup vous pouvez chercher en fonction de ce service ; on peut chercher avec ce critère-là. Ça peut être en fonction du type de structure : vous ne voulez travailler qu’avec le monde associatif ou ne passer que par des entreprises ou des coopératives. On a un module de recherche qui permet de chercher parmi les structures existantes du collectif celles qui correspondent le mieux à la recherche de l’internaute. Et ensuite, les réponses sont géolocalisées. Donc l’objectif est, par exemple, si vous cherchez à avoir une boîte mail sécurisée, eh bien on va vous dire quels sont les chatons qui le proposent et surtout, on va les placer sur une carte, ce qui vous permettra de trouver le chaton le plus proche de chez vous.

Frédéric Couchet : Christian.

Christian Momon : Si je peux dire, me permettre, le site est vraiment bien fait. Il y a plein d’informations, ne pas hésiter à y aller, c’est vraiment accessible.

Frédéric Couchet : En tout cas, pour les personnes qui cherchent des services, n’hésitez pas à aller donc sur chatons.org, avec un « s », et vous trouverez des chatons qui proposent différents services proches de chez vous, donc avec une proximité intéressante parce que l’un des engagements, et on en parlera sans doute tout à l’heure, c’est aussi de pouvoir recevoir les personnes qui les utilisent lors d’apéros ou de réunions ; la partie proximité est vraiment essentielle. Ça c’est un rappel synthétique. Si vous voulez plus de détails je vous encourage à écouter le podcast de l’émission du 16 avril 2019, qui est sur le site de l’April et sur le site de Cause Commune ou/et de vous connecter sur le site chatons.org.
Maintenant on va essayer de parler un peu plus, de se mettre du côté de la création de chatons, de la maintenance de chatons, et du collectif CHATONS.
On va commencer par la partie création d’un chaton. Pourquoi créer un chaton ? Comment ça se passe ? Quels services mettre en place ? Peut-être que Denis voudrait commencer sur cette partie-là avec l’expérience d’INFINI ?

Denis Dordoigne : INFINI c’est particulier, on faisait déjà des activités de chaton avant que les chatons existent. Ça a été facile, pour nous, de rejoindre le collectif. Après, ce qu’on aime bien dans le collectif CHATONS, c’est qu’il y ait des nouveaux chatons qui se montent ; on a des particuliers, on a des associations, des petits groupements. On a vraiment beaucoup de types de structures dans le spectre CHATONS. Pourquoi se lancer dans un chaton ? Déjà parce qu'on peut avoir des services qui ne sont pas disponibles ailleurs ou qu'on a des amis qui cherchent un service à proximité. Ça peut être juste pour soi qu’on peut le lancer à l’origine, puis pour sa famille et puis l’ouvrir éventuellement plus tard. Ou on peut faire quelque chose de très particulier, je ne sais pas, on a un club de philatélie, eh bien on peut très bien monter un chaton de philatélistes. Vraiment tout le monde peut devenir chaton selon ses besoins.

Frédéric Couchet : Christian Momon.

Christian Momon : À l’April c’est un peu différent parce que l’April n’est pas une association qui donne du service à ses membres, c’est une association d’activisme. Par contre, quand l’initiative CHATONS a été lancée, là on s’est posé la question « est-ce qu’on le fait ou pas ? » Ce n’est pas pour rendre des services à ses utilisateurs, c’est pour développer la liberté numérique pour tout le monde, donc ça, ça fait partie de l’activisme de l’April. Donc nous nous sommes lancés, effectivement suite à l’appel du CHATONS.
Une recommandation, pour la création d’un chaton, c’est d’aller voir le site chatons.org parce que, effectivement, c’est plutôt bien fait et notamment il y a une page qui explique comment monter son chaton et l’introduire dans l’initiative CHATONS. Dans les conseils que je pourrais donner c’est justement d’aller voir comment sont faits les autres chatons, avec quels produits, chez quel hébergeur, pour comparer, pour prendre exemple ou, justement, pour essayer de faire autrement que ce qui est déjà fait. Ça c’est important qu’on n’ait pas tous les mêmes produits, qu’on ne soit pas tous chez le même hébergeur et que, justement, on travaille les alternatives, puisque quand même, le but du jeu de tout ça, c’est de développer les alternatives.

Frédéric Couchet : Angie, l’un des critères, parce qu’on a parlé de services, mais le fait de proposer des services libres ne fait pas forcément un chaton, il faut autre chose de plus. Il y a des orientations, il y a une charte. Est-ce que tu peux, un petit peu, nous rappeler ces principes fondamentaux qui font que, finalement, on peut devenir un chaton ?

Angie Gaudion : Il faut effectivement un certain nombre d’engagements pour faire partie du collectif, qui sont donc transcrits dans la charte des chatons. Il y a 70 critères différents, je crois, qui sont demandés, donc je vais essayer de les synthétiser.
Bien sûr on a repris la notion de collectif au sein de CHATONS. L’ensemble des membres du collectif s’engage, du coup, à être respectueux, bienveillant de l’ensemble des membres du collectif et aussi des utilisateurs auxquels il s’adresse. C’est un critère, on va dire, de base et nécessaire.
Ensuite, les membres du collectif doivent proposer des services alternatifs à ceux des entreprises traditionnelles qui sont donc fermés et centralisés, avec cet objectif de proposer des services qui sont orientés autour de solutions libres et qui sont mis à disposition de leurs utilisateurs, que ce soit pour des fins personnelles ou collectives.
Les chatons ont aussi des engagements en termes de transparence : on va leur demander tout simplement d’assurer, de confirmer, de s’engager en tout cas, de s’engager à ce que les données de leurs utilisateurs, l’identité des utilisateurs utilisant leurs services, soit le plus transparent possible. Ça ne veut pas dire qu’ils n’ont pas le droit de les utiliser, mais on doit faire connaître aux utilisateurs comment elles peuvent, du coup, être traitées par la structure qui les héberge.
On leur demande donc un certain nombre de critères à ce niveau-là, par exemple d’avoir des conditions générales d’utilisation très bien décrites et compréhensibles par l’utilisateur ou l’utilisatrice lambda.
On leur demande aussi une clause sur les données personnelles et le respect de la vie privée, donc on leur demande de décrire quelle est la politique de la structure au regard de ces notions de données personnelles.
Chaque membre du collectif s’engage aussi à rendre publics ses comptes, ses rapports d’activité. C’est un élément de transparence supplémentaire et puis, bien sûr, à donner des informations techniques sur son infrastructure ce qui permet du coup à l’utilisateur de pouvoir s’engager au regard de ces éléments techniques.
Autre type de critères, tout ce qui relève de l’ouverture des services. En fait, on demande aux chatons d’être des contributeurs à l’univers du mouvement du logiciel libre, que ce soit techniquement ou financièrement, on va avoir le fait que, vu qu’on est dans un modèle du Libre, il faut que les membres du collectif, du coup, soient des acteurs du mouvement du Libre, tout simplement. Ça semble assez évident mais c’est quand même important, donc on leur demande de lister publiquement les contributions au Libre qui sont faites au sein de chaque structure.
On essaye de faciliter l’interopérabilité, à savoir permettre à un utilisateur d’un chaton de pouvoir récupérer l’ensemble de ses données pour pouvoir migrer chez un autre hébergeur s’il le souhaite.
Et bien sûr, on s’engage à supprimer toutes les informations sur les utilisateurs à la demande de ceux-ci, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs.
Autre élément important : la neutralité. On va demander aux chatons d’avoir un comportement indépendant, donc à ne pas pratiquer de censure par exemple par rapport aux contenus, à ne pas surveiller ce que font les utilisateurs et utilisatrices ; à s’engager, en fait, à héberger ces contenus dans les cadres juridiques qui sont prévus par la loi.
Et enfin la solidarité, c’est le dernier point, du coup, des engagements des membres du collectif. C’est le fait qu’on est dans un collectif et que c’est important que chaque membre du collectif s’engage à participer à l’organisation et à la gouvernance du collectif. Ça peut prendre plein de formes différentes, mais il y a une volonté que l’ensemble des membres soient présents pour l’organisation du collectif, donc une participation moins neutre.
Le modèle économique des chatons doit être basé sur la solidarité, c’est-à-dire qu’on ne refuse pas des membres du collectif qui proposeraient des services payants, bien évidemment, mais on considère qu’ils doivent être raisonnables et en adéquation avec les coûts de mise en œuvre ; qu’ils ne soient pas surévalués.
Bien sûr on demande aux chatons de s’entraider les uns avec les autres, c’est-à-dire qu’il y a « participer au collectif », mais il y a aussi « aider les autres membres du collectif », que ce soit sur des questions techniques, sur des questions marketing, sur des questions, je ne sais pas, de support utilisateur, ce qui permet, du coup, un échange de connaissances et de compétences au sein des différents membres de chaque structure.

Frédéric Couchet : C’est une très bonne présentation. Je vais passer la parole à Christian qui veut réagir, mais je veux juste faire une référence par rapport à l’actualité. Tu as employé un mot que les gens ne connaissent pas forcément qui est le mot « interopérabilité », qui est important, qui est donc le fait de pouvoir librement quitter une plate-forme sans perdre ses données, ses liens sociaux et de pouvoir continuer à communiquer avec ses contacts, ce qui paraît essentiel aujourd’hui dans un monde connecté. On voudrait juste rappeler que le nouveau secrétaire d’État au numérique, Cédric O, a jugé récemment que cette interopérabilité pouvait être considérée comme étant excessivement agressive pour le modèle économique des grandes plates-formes. Je dis ça justement pour insister sur l’importance des chatons quand on voit qu’un représentant du gouvernement considère que l’interopérabilité c’est un point agressif pour le modèle économique des grandes plates-formes, donc effectivement les géants du Web. Christian Momon, tu voulais réagir sur ça.

Christian Momon : Effectivement. La présentation par Angie est très bien. Ça peut effrayer quand on dit qu’il y a 70 points à respecter, que ce sont des contraintes ; ça peut paraître lourd. En fait, si on regarde bien, ça fait un plan qui contient tous les éléments, en principe élémentaires, quand on fait un site web ou une plate-forme. Tout le monde peut faire une plate-forme mais s’il n’y a pas les mentions légales, s’il n’y a pas les conditions générales d’utilisation, s’il n’y a pas ce qui est fait des données des utilisateurs, en fait c’est une plate-forme qui, déjà, n’est pas forcément très légale mais aussi pas complète, pas finie.
Or là, grâce à chatons.org, la page qui liste toutes ces « contraintes » entre guillemets, eh bien vous avez un plan. Si vous voulez monter un chaton vous avez un plan qui vous permet de ne rien oublier et de suivre les points très facilement.
Ensuite, en tant que chaton et en tant qu’utilisateur, en tant qu’utilisateur de ces chatons, eh bien vous allez trouver des éléments de confiance, des éléments de confiance qui vont vous dire « bon, eh bien voilà, là il y ce qu’il faut pour que ça soit bien ». Donc il ne faut pas avoir de la longueur de la page ou du nombre de ce qui est dedans, c’est vraiment fait pour faciliter les choses et avancer.

Frédéric Couchet : Il ne faut pas avoir peur, comme tu le dis, de tous ces points, d’autant plus que le site chatons.org propose évidemment de l’aide et il y a la liste de discussion des membres du collectif dont on parlera tout à l’heure, mais là j’aurais une question sur la création d’un chaton. Angie a évoqué les CGU, donc conditions générales d’utilisation ; tout à l’heure, Christian, tu as évoqué la partie hébergement, ne pas être hébergé partout. J’aimerais que vous soyez peut-être un peu plus précis par exemple sur l’aspect technique, notamment sur la partie hébergement. Imaginons qu’on soit une structure quelconque, des amis qui veulent monter un chaton, concrètement au niveau hébergement, au niveau services comment ça se passe ? Il faut prendre ses machines, les mettre dans son garage comme il y a longtemps ? Il faut louer des machines, acheter des machines ? Comment ça se passe ? Et les services, comment on les met en place ? Denis, tu veux réagir ? Denis Dordoigne.

Denis Dordoigne : Mettre dans son garage est un moyen de faire. En fait, la première à faire, c’est de savoir où on va mettre ses machines, donc on peut très bien les mettre dans son garage si on a une bonne connexion à Internet et qu’elle est fiable. On peut aller chercher de l’hébergement ailleurs, ce que fait Framasoft, par exemple, leurs services sont hébergés en Allemagne.

Frédéric Couchet : Chez Hetzner.

Denis Dordoigne : J’ai oublié le nom ! Et déjà, on peut s’appuyer sur les structures locales pour héberger les services, donc les membres de la FFDN, des fournisseurs d’accès à Internet.

Frédéric Couchet : C’est quoi FFDN ?

Denis Dordoigne : Comment expliquer ça !

Frédéric Couchet : Fédération FDN French Data Network. Donc une fédération de fournisseurs d’accès à Internet locaux.

Denis Dordoigne : Voilà ! Le mieux c’est de passer par des réseaux comme ça. Sinon, il y en a qui hébergent leurs machines dans des endroits pas forcément recommandables parce que ce ne sont pas des acteurs du Libre. Il faut débuter. Pour s’entraîner on peut faire n’importe quoi, mais au moment où on veut vraiment devenir chaton, proposer les choses, il faut se poser la question et ne pas hésiter à contacter CHATONS en disant « j’ai besoin de tel espace, quel type de matériel ? », des choses comme ça et nous on les aidera à trouver où héberger.

Frédéric Couchet : Au niveau connaissances techniques, il faut quoi comme connaissances techniques ? Christian.

Christian Momon : Il y a quand même des critères techniques à choisir. Suivant les services que vous allez mettre en ligne vous allez avoir besoin de beaucoup d’espace disque, de beaucoup de mémoire, de beaucoup de CPU ou de beaucoup de bande passante. Ces critères-là, si on s’installe dans son garage, même si on a une fibre optique comme connexion à Internet, les services vont en dépendre. Du coup, on peut effectivement installer les serveurs chez soi ; on peut acheter des machines et puis les faire héberger ; on peut louer des serveurs dans des grandes structures qui existent déjà. Il se trouve qu’on a un acteur français qui est vraiment reconnu mondialement.

Frédéric Couchet : Sauf en France !

Christian Momon : Sauf en France !

Frédéric Couchet : Tu parles d’OVH je suppose.

Christian Momon : Voilà ! On peut parler d’autres hébergeurs en France : il y a online.net, il y a 1&1, il y a des grosses structures qui ont des gros data centers où on peut louer pour quelques dizaines d’euros par mois un serveur et ça peut démarrer comme ça.
Là où il faut se poser des questions c’est : il est où le serveur ? Si le serveur, par exemple, est aux États-Unis, eh bien là il y a potentiellement une infraction à la charte du CHATONS dans le sens où ce serveur va être soumis à une loi américaine qui fait que les données des utilisateurs ne seront pas protégées, entre guillemets, « correctement ».

Frédéric Couchet : Le temps que tu réfléchisses je vais poser une question à Angie : est-ce qu’il ne faut que des compétences techniques pour monter un chaton ? Ou quelqu’un qui n’a pas de compétences techniques peut contribuer à un chaton ? Parce que j’ai bien compris qu’à la base c’est proposer des services, mais j’imagine bien que proposer des services ne suffit pas, qu’il y a forcément d’autres compétences qui sont nécessaires, je ne sais pas lesquelles. Quelles sont les autres compétences qui pourraient être nécessaires dans un chaton ?

Angie Gaudion : En plus des compétences techniques, parce que, j’insiste, je pense si on n’a pas de techniques dans le groupe de personnes qui souhaitent monter un chaton je pense qu’on n’y arrivera pas. Ça demande quand même d’avoir des compétences en administration de système qui ne sont, du coup, pas données à n’importe qui. En revanche ça ne suffit pas. Effectivement, on peut être un très bon technicien et, pour autant, ne pas être en mesure de savoir, je ne sais pas, designer les interfaces des services, typiquement ; donc on a besoin de gens qui vont avoir des compétences en création de site web, en mise en valeur, en accès.
On va aussi avoir besoin de communiquer sur ces services. C’est bien beau de créer sa plate-forme et d’intégrer le collectif mais si, ensuite, on ne se fait pas connaître auprès des internautes, ça va être une limite, donc derrière on va avoir des missions de communication, de valorisation de l’offre. Et puis, très souvent, les chatons proposent aussi des actions parallèles à la fourniture de services hébergés qui sont de l’accompagnement numérique au sens beaucoup plus large du terme, et souvent il va nous falloir des médiateurs numériques qui sont en mesure d’accompagner, du coup, des citoyens dans la découverte des services numériques alternatifs.
Et puis peut-être encore un élément : le support. Quand on utilise un service, eh bien il ne marche pas tout le temps à 100 % correctement. ou il marche d’une certaine façon et on est habitué à une autre et, très souvent, on a des questions. tout simplement. sur le fonctionnement du service ou son utilisation, donc il faut avoir quelqu’un effectivement en face qui va pouvoir répondre à tous les questionnements des utilisateurs et des utilisatrices.

Christian Momon : Nous à l’April, enfin dans le Chapril, on a identifié trois types de ressources :

  • il y a les ressources techniques qu’on a vues ;
  • il y a les ressources organisationnelles : il faut pouvoir s’organiser pour que tout fonctionne ;
  • mais il y a aussi les ressources humaines parce qu’il y a de la modération, il y a du rédactionnel, il y a du support.

Frédéric Couchet : Qu’est-ce que tu appelles la modération ?

Christian Momon : Typiquement, la modération c’est quelqu’un qui va poster un message qui n’a pas sa place et il y a quelqu’un qui va demander à ce que ce message soit étudié pour voir s’il est conforme à la charte ou s’il a bien sa place là. Par exemple si c’est un appel à la haine, il faut intervenir pour le gérer.

Frédéric Couchet : Ce point important me fait penser : tout à l’heure Angie a parlé des CGU, des conditions générales d’utilisation. Un point essentiel c’est d’avoir des CGU très claires qui précisent le contexte du chaton et notamment le statut d’hébergeur par rapport à la loi française. Tout à l’heure Noémie Bergez, dans la première chronique, parlait de la LCEN, la loi pour la confiance dans l’économie numérique. C’est très important pour la responsabilisation des différents acteurs de préciser ça dans les CGU et là, ça peut peut-être faire peur, mais là il y a des CGU exemples. Par exemple à l’April, au Chapril, on est partis des CGU de Framasoft qu’on a légèrement adaptées. Ça c’est un point important cet aspect vraiment responsabilisation et donc aussi modération côté humain. Je te repasse la parole après, Christian, je suppose que côté Framasoft, comme vous êtes historiquement les premiers à avoir lancé des gros services et vous avez eu beaucoup d’utilisateurs et d’utilisatrices, je ne sais pas si c’est un travail à temps plein ou à temps partiel simplement de modérer les contenus.

Angie Gaudion : C’est plus que ça. Oui. Du coup on a un salarié à temps plein dans l’association qui est en charge des supports globaux, donc sur l’ensemble de nos services, donc c’est vrai que c’est très large. Ensuite on a une équipe de modérateurs sur nos services médias sociaux, parce que c’est très différent, du coup, de faire du support sur des services qu’on utilise à priori tout seul et qui ne sont pas mis en relation avec d’autres utilisateurs. En revanche, sur ce qui se passe sur Mastodon et Diaspora en l’occurrence, là il y a besoin d’un travail de modération qui est très différent des autres services.

Frédéric Couchet : Christian et après on va faire une petite pause musicale.

Christian Momon : Donc là on voit qu’il n’y a pas forcément besoin que de techos ou de gens qui font de l’informatique pour participer à un chaton. Il faut savoir rédiger des notices de présentation des services. Il faut savoir répondre en support aux courriels des gens qui nous posent des questions et puis, effectivement, si on a un service de médias sociaux, il faut pouvoir regarder, pouvoir vérifier que tout est conforme au règlement et à la loi. Il ne faut pas avoir peur de cette histoire de loi qui oblige l’hébergeur, etc. On n’a pas à vérifier chaque message dans la minute. On a un devoir de faire quelque chose dans un temps raisonnable et on voit que ça ce n’est pas forcément fait par des informaticiens. C’est aussi une façon de faire les choses avec des non informaticiens, on a un non informaticien dans le chaton.

Frédéric Couchet : Nous allons faire une pause musicale avant de poursuivre notre discussion. Nous allons écouter Agger par Stone From The Sky et on se retrouve juste après.

Pause musicale : Agger par Stone From The Sky.

Voix off : Cause Commune 93.1

Frédéric Couchet : Agger par Stone From The Sky, qui est disponible sous licence à la fois Creative Commons Partage dans les mêmes conditions et licence Art Libre. Vous retrouvez les références sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.

Je vais répondre à la première question du quiz avant d’oublier, contrairement à la semaine dernière. La question c’est : d’où vient le nom Framasoft ? Framasoft est un projet qui est né en 2001. Ça vient au départ d’un projet qui s’appelait Framanet, qui signifiait français et mathématiques sur intranet. Ça avait été créé par deux enseignants. Je félicite cousine qui est sur le salon web de la radio, donc sur causecommun.fm, qui a donné la bonne réponse.

Nous allons poursuivre notre discussion sur les CHATONS, avec nos invités : Angie Gaudion de Framasoft, Christian Pierre Momon du Chapril et Denis Dordoigne d’INFINI. Donc framasoft.org, infini.fr, chapril.org et le site des CHATONS ou « chatonsss » comme prononce Christian c’est chatons avec un « s » point org.
Juste avant la pause on parlait un petit peu des services, aussi de la modération et de l’importance de bien choisir ses services. Certains services nécessitent peut-être plus de modération et évidemment la partie réseaux sociaux nécessite beaucoup plus de modération que d’autres services, donc ça peut faire partie d’un des critères de choix quand on met en place des services. On va peut-être y revenir, si on a le temps, dans la discussion.
Là j’aimerais bien qu’on revienne un petit peu sur le collectif, parce que ce qui est un point fort de cette démarche c’est qu’on n’est pas tout seul dans son garage, comme on disait tout à l’heure, à monter son chaton, on a l’aide d’un collectif avec différents outils.
Angie, tu disais donc en introduction que tu étais l’animatrice du collectif pour six mois si je me souviens bien.

Angie Gaudion : Oui c’est ça.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu comment fonctionne ce collectif et qu’est-ce qu’apporte ce collectif, notamment aux nouvelles personnes qui veulent monter des chatons ?

Angie Gaudion : Le fonctionnement du collectif est relativement peu précis dans ses fonctions. Il s’agit avant tout de solidarité entre les membres du collectif et d’organisation, de temps, de discussions, d’échanges sur l’évolution du collectif ou l’évolution de certains processus au sein de ce collectif.
En revanche le travail est grand puisqu’il y a aussi un enjeu de visibilité du collectif vis-à-vis de l’extérieur, donc un gros travail de communication et de diffusion de ce que sont les chatons globalement et de ce que peut être chacun d’entre eux à l’intérieur de ce collectif.

Frédéric Couchet : Dans les outils que le collectif propose il y a quoi ? Il y a la liste de discussion ? Il y a un espace de documentation partagé qui est un wiki et il y a des réunions ?

Angie Gaudion : Il y a aussi un forum.

Frédéric Couchet : D’accord.

Angie Gaudion : En fait ces différents outils sont accessibles même aux non membres du collectif. Ils ne sont pas limités aux membres du collectif. Bien sûr on y parle de choses qui concernent le collectif, donc j’allais dire que quelqu’un d’extérieur ne sera pas forcément hyper-intéressé par tous les sujets. Mais c’est assez intéressant, par exemple pour une structure ou un groupe d’amis qui envisage de devenir chaton, de passer un certain temps sur ces outils en amont, avant même de penser tout simplement aux services qu’ils vont offrir, pour s’imprégner de l’ambiance du collectif, des grands enjeux du collectif et aussi demander de l’aide quand ils ont besoin pour, du coup, mettre en place leurs infrastructures ou leurs interfaces de support, etc.

Frédéric Couchet : Christian.

Christian Momon : Je confirme que c’est très vivant, la liste de discussion est assez active. Les gens répondent ; pareil quand on a des réunions. On profite très souvent des événements libristes qui existent, que ça soit les Journées du Logiciel Libre à Lyon, que ça soit les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre qu’il y a eues à Strasbourg, très intelligemment il est proposé, lors de ces événements, de profiter de l’occasion pour se réunir, pour justement se rencontrer et, en général, c’est très convivial et très constructif.

Frédéric Couchet : Denis, tout à l’heure ou pendant la pause, tu me parlais du wiki qui est un espace de documentation notamment quand on parlait tout à l’heure des CGU. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu à quoi sert ce wiki ? Ce qu’est un wiki aussi ?

Denis Dordoigne : Un wiki c’est un espace où on peut tous collaborer, travailler ensemble, comme Wikipédia. Le wiki a été lancé par des non chatons, il a été lancé avant les chatons eux-mêmes, pour expliquer quand on a besoin de conseils, quand on n’y connaît rien. Il y a toute une partie juridique, notamment, qui explique bien la loi de confiance dans l’économie numérique dont on parlait tout à l’heure. On a aussi des informations techniques, qu’est-ce qu’on peut utiliser quand on n’y connaît rien pour lancer des services, des choses comme ça. Après, il y aussi des membres des CHATONS qui font de la doc de leur côté, un peu partout. Moi, si on m’invite et qu’on me paye à boire, je peux venir vous expliquer les choses ; il n’y a aucun souci !

Frédéric Couchet : Invitation lancée. Ça me fait penser, Denis, que tu as rédigé il y a quelques semaines, peut-être quelques mois, sur linuxfr.org, un article démythifiant un petit peu l’hébergement. Les références sont sur le site de l’April, april.org, c’est une lecture tout à fait utile.
Dans le collectif aujourd’hui, Angie, il y a combien de chatons qui sont inscrits ?

Angie Gaudion : J’ai regardé tout à l’heure, là on est à 60. Il y a 60 membres du collectif et puis, du coup, on est dans une phase un peu particulière d’analyse des candidatures pour de futurs chatons. Potentiellement on en aura davantage d’ici un mois.

Frédéric Couchet : C’est un point intéressant. Comment se passe la candidature à un chaton ? Et comment se fait le choix d’accepter un nouveau chaton dans le collectif ?

Angie Gaudion : Si une structure, un collectif, peu importe la forme en fait, souhaite devenir chaton, il y a un ensemble d’éléments. On a une page sur le site chatons.org, qui s’appelle « Rejoindre le collectif », tout simplement, qui rappelle les critères principaux disant « si vous ne rentrez pas dans ces critères-là ce n’est même pas la peine de candidater pour rejoindre le collectif ». Ensuite on a effectivement une incitation à parcourir la documentation de notre wiki pour avoir un certain nombre d’éléments de réponse qui permettront de proposer des services qui seront validés, justement, dans le cadre du collectif et ensuite à se présenter au sein des différents outils du collectif, que ce soit la mailing-liste ou le forum et, bien sûr, à créer sur le site chatons.org la présentation de sa structure.
Ça c’est la candidature et elle se termine, tout simplement, par sur une issue sur notre dépôt git. En fait c’est l’endroit où on va voter, où l’ensemble des membres du collectif vont pouvoir dire s’ils sont d’accord ou pas avec cette candidature. Mais c’est aussi un lieu d’échange où on va dire : « Il me semble qu’à votre candidature il manque tel aspect ou tel aspect », donc ça permet d’interagir via cette interface sur git qui est donc un logiciel, pour le coup, pas vraiment fait pour les gens qui ne connaissent pas le développement informatique.

Frédéric Couchet : On va revenir sur le collectif, mais ça m’a fait penser à une petite question. Tout à l’heure on a parlé de la création d’un chaton qui sera utilisé par des personnes, sans doute sur le long terme. Comment on gère cet engagement en tant que chaton sur le long terme, notamment la maintenance du chaton parce que beaucoup reposent sur des forces quand même bénévoles, c’est un engagement fort, comment on gère ça ? Christian.

Christian Momon : Il faut avoir des animateurs, des gens motivés qui regroupent d’autres gens motivés et qui font, par exemple, des camps, un week-end pour travailler sur les services et les améliorer, comme on a fait le week-end dernier à l’April. Recruter et avoir une équipe cohérente avec un aspect organisationnel que j’ai cité tout à l’heure.

Frédéric Couchet : D’accord.

Christian Momon : Après c’est la fascination de l’organisation humaine ; ce n’est pas forcément évident. Par rapport au collectif, comment on sait que ça vit encore par exemple avec les chatons ? Il se trouve qu’il y a régulièrement un questionnaire à mettre à jour pour déclarer les nouveaux services ou les évolutions de fonctionnement du chaton. Ça c’est au sein du collectif donc ça aide aussi, ça donne un repère pour continuer à communiquer et à se maintenir à jour.

Frédéric Couchet : Tout à l’heure quand Angie parlait de l’interopérabilité, une des « garanties » entre guillemets, en tout cas très forte, c’est la possibilité de récupérer ses données et de changer de chaton si tout d’un coup le chaton disparaît, en tout cas arrête ses services ou si on n’est plus en accord avec l’usage de ce chaton, donc d’aller voir un autre chaton ailleurs qui propose des services similaires avec une interopérabilité entre les systèmes dont malheureusement le gouvernement français ne semble pas comprendre l’importance.
Denis Dordoigne, INFINI ça fait combien de temps que vous proposez des services ?

Denis Dordoigne : Ça fera 25 ans l’année prochaine.

Frédéric Couchet : Et vous n’en avez pas marre ?

Denis Dordoigne : Non, ça va. Pas encore.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que vous avez noté de nouveaux types d’utilisation ou de personnes qui utilisent ? Notamment est-ce que vous avez de plus en plus de personnes du grand public ou pas du tout ?

Denis Dordoigne : Nous c’est particulier vu qu’on fait aussi de l’accompagnement de publics un peu exclus du numérique, donc on a des personnes âgées, des handicapés. Donc nous, forcément, on a des publics un peu différents et INFINI c’est surtout une association qui rend des services à d’autres associations. Il y a une centaine d’associations à Brest, je crois, qui sont adhérentes chez nous et, du coup, on n’est pas forcément le plus représentatif des chatons pour les services. Après, nous on est là aussi pour aider d’autres à se monter. Typiquement INFINI refuse des utilisateurs parce qu’on a un usage non commercial, on a des règles un peu compliquées, et on les redirige systématiquement vers les chatons quand ils ont de gros besoins de stockage. Par exemple on ne fournit pas une activité commerciale. Tout ce qu’on ne peut pas donner, les autres chatons existent. Si d’autres chatons arrivent, on les conseillera sans aucun souci.

Frédéric Couchet : D’accord. Christian tu voulais rajouter quelque chose ?

Christian Momon : Oui. Par rapport à la maintenance et à l’exploitation sur le long terme, comment on fait en sorte que ça fonctionne durablement ? Eh bien il y a aussi le choix des services. C’est-à-dire qu’il y a des services, on prend un produit on l’installe et puis on se dit « on a fini ». Non ! En fait c’est là que ça commence. Il se trouve qu’il y a des services qui sont plus ou moins aboutis, des produits plus ou moins aboutis, donc plus ou moins facilement maintenables pour faire les mises à jour, etc. Ces services, ça fait partie de ce qui aide à tenir longtemps.
Et puis il y a un phénomène qui vient quand même, qui est nouveau, typiquement on tient des stands April dans plein d’événements et maintenant on vient nous voir à cause du Chapril : « Il paraît que vous avez un chaton, comment ça se passe ? Etc. » Donc il y a des gens motivés, intéressés à participer. Ce qui est très intéressant quand on participe au fonctionnement d’un chaton, que ça soit d’un point de vue technique ou pas technique, c’est la découverte des services. À partir du moment où on met en place un service et qu’on s’en occupe, eh bien on va devoir rentrer dedans un petit peu, voir comment il est fait, qui est-ce qui le gère ; si on a à remonter des éléments de personnalisation, des nouvelles fonctionnalités ou des bugs, du coup on va rentrer en contact avec l’équipe. Il y a des nouveaux liens qui se créent et on monte en compétence. Typiquement, le week-end dernier, il y a quelqu’un qui est venu en disant « moi je suis admin sys dans la vie et il y a un service que je ne connais pas du tout. Vous allez le mettre en place et je suis très intéressé à participer parce que moi ça va me permettre de monter en compétence. » Du coup eh bien voilà ! On a un animateur de service supplémentaire qui nous rejoint et qui va permettre de s’occuper de la plate-forme.

Frédéric Couchet : Denis et après je repasse à Angie pour une question. Vas-y Denis.

Denis Dordoigne : Juste préciser sur la pérennité du service. C’est carrément quelque chose dont les chatons doivent se méfier parce que des fois il y a des gens qui sont très motivés pour mettre en place des services, très intéressés pour le faire mais, après, ils n’ont plus du tout envie de s’en occuper. Ça c’est vraiment un risque. Il faut vraiment avoir des gens qui sont prêts à installer, mais prêts à maintenir derrière. Ce n’est pas forcément ce qu’il y a de plus facile à trouver.
Autre chose, on a aussi des chatons qui sont dans des écoles, dans des structures qui changent tous les ans d’animateur et il faut être sûr qu’on sera capables de faire le transfert de compétences, avoir les bons outils pour ça, pour qu’on ne se retrouve pas en septembre avec un service qui n’est plus rendu.

Christian Momon : Moi j’ai le plaisir de voir qu’effectivement, une fois qu’on a bien mis en place les choses, en fait les actions de maintenance, de mises à jour, etc., sont relativement légères, enfin dans l’expérience Chapril pour l’instant. J’avais peur que ça soit effectivement une grosse charge de travail pour les animateurs de services au Chapril et, pour l’instant j’ai le plaisir de voir que ce ne sont pas des grosses de travail. C’est récurrent, ça, par contre, de façon très régulière, il faut faire attention, mais ça va, c’est vraiment gérable et, du coup, l’activité reste plaisante. Mais il faut penser, effectivement, que ce n’est pas juste un investissement ponctuel, c’est un investissement sur le long terme, absolument.

Frédéric Couchet : Il faut penser que quand il y a aura de plus en plus d’utilisateurs et d’utilisatrices du Chapril, il y a aura de plus en plus de demandes de support, parce que pour l’instant c’est un petit chaton, en démarrage.
On va terminer sur la partie actualité du collectif, parce que c’est un point vraiment essentiel. Je pense que les personnes qui nous écoutent doivent bien comprendre qu’au-delà des services proposés par chacun des chatons, le point essentiel c’est quand même ce collectif et n’est pas forcément toujours évident d’animer un collectif et de faire vivre un collectif. Angie quelle est l’actualité du collectif ? Tout à l’heure tu as dit qu’il y avait une portée de chatons qui allait arriver début juillet. Est-ce qu’il y a d’autres actualités en cours dans les semaines ou dans les mois qui viennent ?

Angie Gaudion : Oui. Ce sont des outils plutôt internes, je crois que c’est Denis qui en parlé tout à l’heure ou Christian, enfin bref, peu importe, une réunion collective annuelle. C’est l’idée que l’ensemble des membres du collectif vont se réengager, annuellement du coup, et mettre à jour, on va dire, les informations à l’intérieur du site chatons.org. Ce qui nous permet de voir, effectivement, s’il y a eu des mouvements dans les services proposés, ce qui nous permet aussi de tirer des statistiques en disant « tiens, tel type de service il n’y a personne qui le propose » ou « ce type de service tout le monde le propose. Est-ce que c’est bien nécessaire en termes répartition, tout simplement, de la charge ». C’est un outil vraiment important qui prend beaucoup de temps à fabriquer et surtout à analyser derrière. Là je suis en train de travailler sur l’analyse des réponses, ce qui permettra, effectivement, d’avoir des grandes orientations, ça nous permettra de savoir qui fait quoi dans le collectif et comment.
Ensuite on va travailler pendant l’été sur la refonte du site internet chatons.org. Vous disiez qu’il est très bien, je vous remercie, je pense qu’il mériterait quelques améliorations puisqu’on a quand même quelques remontées d’utilisateurs de ce site qui n’arrivent pas à trouver les informations qu’ils cherchent. Donc on va travailler davantage sur des processus d’UX, je précise, d’expérience utilisateur ; on va travailler avec des utilisateurs pour analyser la façon dont ils se déplacent au sein de ce site web et comment ils arrivent à trouver de l’information, pour essayer le rendre plus lisible, plus visible et plus attractif, en fait tout simplement, au niveau des contenus.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc ça, ça va être dans l’été avec de nouvelles fonctionnalités, de nouveaux chatons qui vont arriver.
Pour terminer, un petit tour de table peut-être sur votre actualité, vos projets ou vos besoins en termes de chaton. Denis, à part être invité à faire des présentations pour boire des coups, est-ce que INFINI a des besoins ou une actualité ?

Denis Dordoigne : Non. La grosse actualité c’est que demain soir on vote pour les chatons candidats. S’il y en a qui veulent savoir à quoi ressemble ce genre d’activité ils peuvent se présenter sur le canal d’INFINI de Freenode.

Frédéric Couchet : Freenode. On mettra le lien sur le site de l’April pour trouver ce salon. D’accord. Donc pas d’actualité, par d’événements à venir cet été ? Pas de conférences, de rencontres ?

Denis Dordoigne : Non, c’était le barbecue la semaine dernière, mais vous l’avez raté ! Dommage !

Frédéric Couchet : D’accord. Merci Denis de citer un barbecue. L’un des avantages des chatons ce sont les rencontres festives, en tout cas de proximité, où vous pouvez rencontrer les chatons. On fait un apéro mensuel à Paris et il y en a d’autres : à Montpellier, il y en a à Marseille de temps en temps et c’est la même chose chez tous les chatons ; c’est un des engagements très forts de proximité.
Christian Momon, justement pour le Chapril ou pour autre ?

Christian Momon : Pour le Chapril, l’actualité c’est que nous avons trois nouveaux services qui sont vraiment en cours de déploiement, enfin d’installation. On espère bientôt annoncer leur déploiement au public, je pense qu'au plus tard en septembre on aura de jolies annonces. En attendant vous pouvez venir nous rencontrer effectivement au prochain apéro April, vous trouvez les informations sur april.org

Frédéric Couchet : Celui de Paris c’est le 28 juin 2019.

Christian Momon : Voilà. Il y a aussi Pas Sage en Seine bientôt, à la fin du mois, il y a aura un stand April présent, donc venez nous rencontrer, poser des questions sur le Chapril, vous serez les bienvenus. Et si vous êtes intéressé pour devenir animateur d’un service Chapril, participer à l’organisationnel, à la modération, nous recrutons. Vous êtes les bienvenus, nous avons besoin de vous et c’est super sympa !

Frédéric Couchet : Merci de ne pas trop taper sur la table… En tout cas on recrute. Pas Sage en Seine c’est à Choisy-le-Roi, je n’ai pas les dates en tête mais c’est fin juin ; Choisy-le-Roi c’est dans la banlieue proche de Paris.
Angie, pour terminer, quelle est l’actualité du collectif ou même de Framasoft ? Si tu as des annonces à faire passer tu peux.

Angie Gaudion : Sur le collectif on a déjà dit, à priori, les choses qui vont arriver, pas de changement.
Chez Framasoft on est en train de faire une collecte pour un futur service qui, à priori, de toute façon, existera, qui s’appelle Mobilizon. Donc un nouveau service libre dont l’objectif est de permettre aux internautes de se rassembler, de s’organiser, de se mobiliser en dehors des événements Facebook ou Meet-up.
Et puis on est en train de travailler à un gros travail de modération sur nos réseaux sociaux parce que, du coup, on a beaucoup de soucis avec une partie de nos utilisateurs, donc on monte actuellement des équipes de modération plus abouties, avec des codes de conduite un peu plus définis. Ce sont des choses qui vont impacter, en tout cas positivement, nos services à terme.

Frédéric Couchet : eEn tout cas ce sont de belles perspectives. Je vous remercie. L’émission était consacrée au Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires, avec Christian Pierre Momon du Chapril, chapril.org, merci Christian.

Christian Momon : Merci.

Frédéric Couchet : Avec Denis Dordoigne de INFINI, donc infini.fr. Merci Denis.

Denis Dordoigne : Merci.

Frédéric Couchet : Et par téléphone Angie Gaudion de Framasoft, framsasoft.org. Merci Angie.

Angie Gaudion : Merci.

Frédéric Couchet : Je vous souhaite une belle journée.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons faire une pause musicale. Nous allons écouter Plus haut par Sucrepop et on se retrouve juste après.

Pause musicale : Plus haut par Sucrepop.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Chronique « Le libre fait sa comm' » sur le retour d'expérience de l'animation d'un stand par Isabella Vanni

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Plus haut par Sucrepop qui est disponible sous licence libre Creative Commons Attribution Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouvez les références sur le site de l’April, april.org.

Vous écoutez l’émission Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Vous êtes sur Cause Commune sur 93.1 en Île-de-France et sur causecommune.fm partout dans le monde.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Pour parler d’actions de type sensibilisation menées par l’April, annoncer des événements libristes à venir avec éventuellement des interviews de personnes qui organisent ces événements, c’est la chronique « Le libre fait sa comm’ » de ma collègue Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l’April. Bonjour Isabella.

Isabella Vanni : Bonjour à tout le monde.

Frédéric Couchet : La chronique du jour est consacrée au thème du retour d’expérience de l’animation d’un stand de l’April lors d’événements et comme l’organisation de l’émission est bien faite, nous sommes de nouveau en compagnie de Christian Pierre Momon et Denis Dordoigne de l’April.

Christian Momon : Bonjour.

Denis Dordoigne : Bonjour.

Frédéric Couchet : Isabella c’est à toi.

Isabella Vanni : Merci. Effectivement, c’est pratique, on a déjà nos invités à côté et cette fois, tous les deux, en fait, sont là en tant que membres actifs de l’association April et en particulier ce sont des personnes qui sont très engagées sur les événements, sur les nombreux événements auxquels l’April participe au cours de l’année. La sensibilisation se fait par le biais de plein de moyens différents, mais sur les stands c’est un moment important parce qu’on a la possibilité de rencontrer physiquement les personnes donc c’est un échange plus simple, plus immédiat. L’April participe à plein d’événements différents, ça peut être des événements libristes grand public, comme le Capitole du Libre à Toulouse, les Journées du Logiciel Libre à Lyon : ça peut être des salons professionnels comme le Paris Open Source Summit toujours à Paris ; ça peut être des événements grand public de types différents comme la Grande Braderie de Lille, la Fête de l’Huma à Paris ou différents événements autour du mouvement Alternatiba.
J’aimerais aujourd’hui poser quelques questions à Denis et à Christian pour en savoir plus sur comment ça se passe, l’expérience d’un sensibilisateur sur un stand et je voudrais commencer par vous demander quels sont les sujets qui intéressent le plus les personnes qui viennent sur nos stands. Il y a le stand de l’April, une personne s’approche, peut-être parce qu’il y a un décor, des dépliants ou des affiches qui attirent l’attention, et après qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui se passe dans l’échange ?

Christian Momon : Pour répondre simplement, ça se passe bien parce qu’il se trouve que nous avons effectivement plein de matériel, plein de supports de communication. Il faut dire que l'activité est vraiment maîtrisée et bien préparée par notre coordinatrice ; on a cette chance. En général il y a une valise qui est prête la veille des événements avec plein de matériel et quand on arrive sur un stand, eh bien on a plein de choses à mettre sur le stand. Ce qui fait que quand on vient juste tenir le stand, pour accueillir les visiteurs on a plein de choses avec nous qui attirent l’attention, l’œil des visiteurs, qui font qu’on va pouvoir leur donner plein d’informations et après ils vont pouvoir repartir avec des choses, avec des éléments bien concrets.
Donc déjà l’aspect organisation préalable de l’événement c’est quelque chose de fondamental et on a de la chance, c’est super bien fait ! C’était quoi la question ?

Isabella Vanni : Que vous demandent les gens quand ils arrivent sur le stand ? Qu’est-ce qui les intéresse ? Qu’est-ce qu’ils vont poser comme question ?

Denis Dordoigne : La plus grande question qu’on a, la plus fréquente c’est : « Est-ce que je peux prendre des autocollants ? »

[Rires]

Christian Momon : C’est vrai !

Denis Dordoigne : C’est vrai que ça attire les gens, mine de rien, d’avoir des petits supports de communication comme ça. Là on peut leur parler, vu qu’on a des autocollants sur les dangers contre le logiciel libre, on peut leur demander s’ils comprennent ce que sont les dangers, pourquoi c’est dangereux. C’est vraiment un sujet de conversation intéressant. Après ça dépend des publics. On a des salons destinés à des gens qui sont déjà dans la technique, donc ils viennent plus nous poser des questions sur ce qu’est l’April, est-ce que je peux vous rendre service ? Jusqu’à récemment on leur disait « on ne fait pas de technique », maintenant il y a le Chapril. Sinon il y a aussi des salons professionnels, on fait le…

Isabella Vanni : Paris Open Source Summit qui a lieu en novembre ou décembre, début décembre.

Denis Dordoigne : C’est un salon professionnel, on voit des gens qui cherchent ce qu’on vend, qui ne comprennent pas trop ce qu’on fait là. Il faut le dire ! Sinon il y a quand même des salons grand public où là on est obligé d’aller chercher les gens parce qu’ils ne viennent pas forcément nous voir. On parlait tout à l’heure de la Fête de l’Huma, les événements grand public. J’étais encore la semaine dernière aux Geek Faëries.

Isabella Vanni : Il est vrai qu’il y a des événements plus grand public, tu citais la Fête de l’Huma, la Grande Braderie de Lille, où les personnes ne sont pas forcément au courant de ce qu’est le logiciel libre. C’est un public qui peut être quand même très curieux. Ça m’est arrivé de voir des personnes qui ne s'y connaissaient pas et finalement, dans l’échange, on voit que ça leur plaît, ça les intéresse et ils ont envie d’approfondir.

Christian Momon : Moi, le sujet principal que les gens qui viennent ont sur notre stand, c’est le fait que c’est possible. En fait ils repartent en disant « ah ! ça existe, c’est possible ! Je peux, moi, faire tout ça, utiliser des logiciels libres, participer à un projet ! » Et récemment, depuis peu, on vient nous demander de participer au Chapril. Oui.

Isabella Vanni : Ça c’est très bien. On arrive aussi à recruter sur les stands ; ça ne sert pas seulement à sensibiliser mais aussi à recruter des personnes pour nous aider sur nos services.
Quelle est l’idée ou quelles sont les idées reçues les plus fréquemment entendues sur les stands ?

Christian Momon : Ce que je disais là, que l’informatique ce n’est pas pour les gens, que ce n’est pas pour eux. Là ils découvrent que si, c’est pour eux et, qu'en plus, il y a tout un pan de l’informatique dite libre qui leur donne des libertés numériques plutôt que de les gaver comme des moutons chez des gros GAFAM.

Isabella Vanni : D’accord. À moi-même c’est arrivé, « je suis d’accord, cette démarche me plaît, je veux le faire. Qu’est-ce que je peux faire pour la mettre en place ? » Là on a la chance, on a plein d’outils.

Christian Momon : L’Agenda du Libre. On a des supports, on a des super affiches, des sites web d’information, des brochures, on a tout ce qu’il faut. Ce qui les étonne le plus c’est de pouvoir dire « ah, mais je suis pas venu pour rien ! »

Isabella Vanni : Exactement. Le stand de l’April peut aussi être déjà un point de contact pour expliquer les principes, la philosophie du logiciel libre, mais après on est aussi en mesure de diriger, d’orienter les personnes vers d’autres services comme un chaton ou vers des groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices qui peuvent les aider à installer ou paramétrer des logiciels.

Christian Momon : L’orientation est une des activités principales du stand.

Isabella Vanni : Exactement, ça en fait partie : sensibilisation et orientation. Tout à fait.

Christian Momon : L’idée la plus reçue, quand ils arrivent c’est « non ! moi je ne peux pas faire ça. Il n’y a que les GAFAM qui existent. Il n’y a que Google, il n’y a que Microsoft, il n’y a que ces services-là ! Moi je ne peux pas faire autrement. » Aujourd’hui le public est beaucoup plus conscient que ses données personnelles sont complètement pompées de tous les côtés. Par contre, il n’a pas conscience qu’il peut faire quelque chose. Là ils se disent « ah bon, c’est possible, même moi je peux ! » Du coup, en les orientant, après ils ont des nouvelles voies à explorer, seuls ou une prochaine fois lors d’un prochain rendez-vous.

Isabella Vanni : C’est bien ce que tu viens de dire. Tu as noté une évolution dans le type de questions, c’est-à-dire que les personnes semblent plus conscientes maintenant des dangers qui peuvent aussi être liés à l’exploitation de leurs données personnelles. C’est une question : Denis, est-ce que tu as observé toi aussi une évolution par exemple dans les discours, des questions qui n’étaient pas posées avant et qui sont plutôt posées maintenant ?

Denis Dordoigne : La différence maintenant c’est que quand ils arrivent, quand on leur dit : « Vous voulez connaissez le logiciel libre ? » souvent ils disent « oui ».

Isabella Vanni : C’est une bonne nouvelle.

Denis Dordoigne : Souvent ils se trompent quand on leur demande, mais ils sont au courant qu’il y a des logiciels libres qui existent, ils savent que la liberté c’est important. Ils arrivent souvent en disant « je connais déjà » puis ils repartent avec beaucoup d’informations, ils repartent en connaissant vraiment. C’est vraiment ça qui a changé aujourd’hui.

Isabella Vanni : Je pense que ça, ça vous fait plaisir ; ça veut dire que c’est le travail que l’April et plein d’autres associations dans le Libre arrivent à faire, un peu. C’est aussi l’actualité, bien évidemment, c’est aussi l’actualité qui fait peur aux gens, mais peu importe ! L’important c’est qu’il y ait cet échange et qu’ils puissent avoir encore plus d’informations sur le sujet.

Christian Momon : Moi, il y a dix ans, mon ressenti c’est qu’ils venaient dans une démarche personnelle de réaliser un projet, de monter quelque chose. J’ai l’impression qu’aujourd’hui ils viennent plus en réaction aux agressions des GAFAM. Ils voient que leur vie numérique est complètement enfermée, exploitée et en réaction ils cherchent quelque chose. Ça c’est un peu négatif. Ce qui est formidable c’est que, du coup, on peut leur apporter plein de solutions.

Isabella Vanni : C’est une position de défense, en fait.

Christian Momon : Voilà ! Ils viennent en réaction à. Et vu le nombre de scandales dans le numérique aujourd’hui mondialement, ce n’est pas étonnant. Du coup, la motivation pour laquelle ils viennent a un peu évolué. Ce qui est formidable c’est qu’on peut justement leur dire « mais oui, il existe des alternatives, vous pouvez faire des choses très simples, sans être informaticien, pour recouvrer votre liberté numérique et partageons ».

Isabella Vanni : Il y a de plus en plus de personnes, ça je l’ai remarqué, qui connaissent par exemple les services de Framasoft, donc les services alternatifs. Maintenant on pourra dire qu’il y a des services proposés par d’autres chatons, par d’autres groupes. C’est vrai que c'est très important. Même les personnes qui ne connaissent pas disent quand même « j’ai entendu parler de Framadate et d’autres choses », donc très bien.
Le temps court vite. J’avais pensé à cette question : est-ce qu’il y a des questions, des réactions qui vous ont, récemment ou pas récemment d’ailleurs, qui vous ont mis en difficulté ? Est-ce qu’il y a des questions auxquelles on ne sait pas répondre sur le stand, on ne sait pas trop quoi dire ?

Denis Dordoigne : On ne sait pas tout de suite répondre sur le stand. Ce que j’ai souvent maintenant, c’était très rare avant, ce sont des gens, quand on leur explique le logiciel libre, etc., ils disent : « Oui, mais moi je suis peintre, moi j’écris, je ne veux pas que ce soit du Libre parce que les gens vont faire ce qu’ils veulent avec ce que je fais, je ne veux pas qu’ils gagnent de l’argent par rapport à ce que je fais. » Du coup, expliquer l’importance de faire du Libre en dehors du logiciel ce n’est pas toujours ce qu’il y a de plus évident. Je leur explique « les gens qui font du logiciel pensent comme vous, ils ne veulent pas que ce qu’ils font soit dévoyé, ils ne veulent pas que les gens se fassent de l’argent, mais apporter à la communauté c’est suffisamment agréable pour ne pas avoir à se poser ce genre de question ».

Isabella Vanni : Christian, tu as peut-être un exemple, une anecdote ?

Christian Momon : Il y a des sujets qui sont difficiles, parce qu’on oriente, on apporte des solutions, des voies de liberté, mais il y a des sujets qui sont difficiles : le téléphone portable, l’Éducation nationale, les moteurs de recherche. On n’a pas forcément un beau paquet tout prêt, des solutions 100 % libres, où tout est libre à 100 %, donc des fois c’est difficile de répondre. Et puis quand vous avez des gens qui viennent vous voir par exemple parce que, dans leur école, à la rentrée, ils vont avoir une messagerie Google alors qu’ils sont étudiants, eh bien ça fait mal. Ça fait mal ! Il y a de la frustration, mais il y a toujours des moyens, des solutions, des informations à donner pour essayer de minimiser les problèmes.

Isabella Vanni : Finissons en positif. Ça, ça été une note… voilà. Finissons en positif ! Si vous participez à autant de stands c’est parce que ça vous plaît, c’est parce que ça vous motive. Est-ce que vous pouvez dire chacun une courte phrase pour convaincre d’autres personnes à nous aider sur les stands pour promouvoir notre cause ? Denis.

Denis Dordoigne : Rencontrer des adhérents de l’April, rencontrer des publics que vous ne connaissez pas rencontrer d’autres associations du Libre qui sont souvent à côté de nous, c’est vraiment une occasion d’être dans le milieu du Libre et de s’amuser.

Isabella Vanni : Très bien. Christian.

Christian Momon : C’est enthousiasmant. C’est facile parce que bien préparé par notre merveilleuse coordinatrice vie associative. Donc venez ! C’est ouvert à tous et à toutes, venez !

Isabella Vanni : Merci beaucoup. Je laisse la parole à Fred pour les annonces. Merci beaucoup d’avoir participé à cette chronique.

Christian Momon : À bientôt.

Frédéric Couchet : Merci à Christian, merci à Denis et bien sûr merci à Isabella pour cette chronique « Le libre fait sa comm’ ». La prochaine chronique aura lieu en juillet, le 2 juillet 2019 de mémoire, une émission spéciale chroniques.

Isabella Vanni : Je confirme.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : Nous approchons de la fin de l’émission. Nous allons donc terminer par quelques annonces.

[Virgule musicale]

Dans les annonces d’événements : apéro April à Montpellier le 20 juin. Je précise que tous les événements sont sur le site de l’April et aussi sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.
Jeudi 20 juin, à Paris, soirée de contribution au logiciel libre avec notamment l’atelier du groupe Sensibilisation au logiciel libre de l’April, donc avec la merveilleuse Isabella.
Toujours jeudi soir 20 juin, à Paris, l’avant-première du documentaire LOL – logiciel libre une affaire sérieuse, dont on a parlé la semaine dernière, c’est Porte des Lilas.

En introduction je vous avais parlé d’un petit quiz avec une question : que se passe-t-il à Rezé, dans les Pays de la Loire, en lien avec notre émission de la semaine dernière ? Eh bien à Rezé, ce samedi 22 juin 2019, il y a une cartopartie, tous à vélo. Une cartopartie c’est une collecte d’informations sur le terrain donc sur le thème du vélo. L’objectif est de parcourir les rues rezéennes à la recherche des aménagements cyclables afin de les intégrer à OpenStreetMap, la carte numérique participative libre.

Un petit message qu’on nous a demandé de relayer : les personnes qui avaient réalisé en 2017 le documentaire Nothing to Hide, « Rien à cacher », dédié à l’acceptation de la surveillance de la population à travers l’argument « je n’ai rien à cacher » travaillent depuis à une suite documentaire qui s’appelle Disparaître, qui s’intéresse aux moyens de défendre sa vie privée en ligne. Le film se penche sur différents cas de citoyens à faibles risques, des profils plus exposés en ligne comme des femmes, des journalistes, des minorités, des activistes, des lanceurs d’alerte, des lanceuses d’alerte. Une campagne est lancée qui se termine vendredi 21 juin 2019. Il manque quelques euros pour boucler cette campagne de cofinancement.

Et puis évidemment, sur le site de l’Agenda du Libre, vous retrouvez tous les autres événements.

Notre émission se termine. Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission du jour, donc Noémie Bergez, Angie Gaudion, Christian Pierre Momon, Denis Dordoigne, Isabella Vanni. Aux manettes de la régie aujourd’hui Étienne Gonnu. Merci Étienne.
Un merci particulier également à Lionel Allorge, qui a filmé l’émission pour proposer à la rentrée une petite vidéo de quelques minutes sur les coulisses de l’émission.
Un grand merci également à Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio, qui va s’occuper avec beaucoup de soin du traitement et de la préparation du podcast de l’émission avant sa mise en ligne.

Vous retrouverez sur notre site web, april.org, toutes les références utiles, ainsi que sur le site de la radio causecommune.fm. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 25 juin 2019 à 15 heures 30. Notre sujet principal sera consacré à la bureautique libre ; on parlera notamment de LibreOffice et de la Document Foundation.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 25 juin 2019 et d’ici là portez-vous bien.

Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.

Fonction publique: deux amendements contre "l’hégémonie des GAFAM"

La sénatrice centriste Catherine Morin-Desailly a déposé deux amendements au projet de loi sur la fonction publique, dont l’un sur l’information des fonctionnaires quant aux logiciels libres et aux moteurs de recherche.

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (25 juin 2019)

APRIL - ven, 06/21/2019 - 17:00
Start: 25 Juin 2019 - 15:30End: 25 Juin 2019 - 17:00

Réécouter en ligne --> Lire la transcription

-->

La trente-et-unième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 25 juin 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Avec normalement une rediffusion le soir même de 21 h à 22 h 30 (la rediffusion a lieu si le fichier audio pour la rediffusion a pu être traité dans les temps). Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traitées sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Notre sujet principal portera sur la bureautique libre et plus particulièrement sur LibreOffice et The Document Foundation avec Stéphanie Robert, Christphe Cazin de La Mouette et Philippe Hemmel, membre de The Document Foundation. Nous aurons également la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe de travail Transcriptions qui portera sur le RGPD (Règlement général sur la protection des données). Et la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, qui portera sur la migration vers le logiciel libre de la FPH (Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme).

Écouter le direct mardi 25 juin 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h. Avec normalement une rediffusion le soir même de 21 h à 22 h 30.

Liens utiles Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

OpenStreetMap, s'approprier son territoire - Émission La Voix Est Libre - Picasoft

APRIL - ven, 06/21/2019 - 12:36


Titre : OpenStreetMap, s'approprier son territoire - Émission La voix est libre
Intervenants : Cédric Frayssinet - Quentin - Tobias - Stéphane
Lieu : Graf'hit UTC Compiègne
Date : juin 2019
Durée : 37 min
Écouter ou télécharger le podcast
Présentation de l'émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Logo du projet OpenStreetMap - Licence Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic. Logo Picasoft - Licence Creative Commons Alike 4.0 International
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Quentin : Bonjour à tous. Bienvenue sur Graf’hit 94.9. On est dans l’émission La voix est libre aujourd’hui avec Stéphane et Tobias de Picasoft.

Stéphane : Bonjour.

Tobias : Bonjour.

Quentin : On va parler d’OpenStreetMap1 ou « comment s’approprier son territoire ». Pour nous en parler on a reçu il y a quelques jours Cédric Frayssinet, qui ne peut pas être là aujourd’hui, donc on va vous diffuser l’interview préenregistrée et on revient juste après pour continuer la discussion.

Quentin : Bonjour Cédric. Merci beaucoup d’accepter de nous répondre. Tu es prof dans un lycée dans une autre province française — la preuve qu’on commence déjà à être une émission nationale — et tu es chargé de mission à la Dane, la Délégation académique au numérique éducatif. Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

Cédric Frayssinet : Bonjour à toi. Je suis en fait prof de lycée à Lyon, au lycée La Martinière Diderot et je suis enseignant en STI2D et en spécialité Informatique et sciences du numérique, donc en Terminale S, que certains de vos auditeurs connaîtront. Du coup je suis également formateur académique au numérique, donc j’ai, en fait, un mi-temps, je suis déchargé de cours à mi-temps et, dans ce cadre-là, je gère des projets liés au numérique éducatif et je fais des formations, la plupart sur des logiciels libres. Voilà ce que je fais dans mon métier.

Quentin : Super. Ça colle pas mal avec le thème de l’émission. Justement, à propos de logiciel libre, tu viens de donner une interview2 au journal en ligne LinuxFr, accessible à l’adresse linuxfr.org, et tu te présentes en tant que contributeur à OpenStreetMap. Première question : qu’est-ce que c’est OpenStreetMap et, dans la foulée, qu’est-ce que ça veut dire que tu es contributeur d’OpenStreetMap ?

Cédric Frayssinet : C’est un vaste sujet que tu me demandes là ! OpenStreetMap c’est une carte collaborative du monde. En 2004, il y a un ingénieur anglais qui en avait marre de payer pour avoir des cartes et il s’est dit : « Moi, je vais redessiner le monde ». Donc en 2004 il est parti d’une copie blanche, il a demandé de l’aide et tout le monde s’est mis à dessiner le monde, petit à petit, avec des imports successifs au démarrage et puis progressivement, en fait, ce sont les petites fourmis que sont les contributeurs, dont je fais partie, qui ont dessiné le monde point après point, ligne après ligne et polygone après polygone. Voilà les trois types de choses que l’on dessine, en fait, sur OpenStreetMap. Ensuite, quand on contribue, outre le fait qu’on dessine ces polygones, on renseigne, en fait, cette base de données qui est une base de données en libre accès — c’est ce qu’on appelle une licence ouverte — donc elle a une licence ouverte ; tout le monde peut réutiliser ces données, y compris des entreprises pour faire du business. C’est le cas par exemple de Qwant qui va lancer progressivement Qwant Maps3, qui va arriver bientôt sur le marché, pour concurrencer Google Maps.

Quentin : Super, c’est dans le thème ; en plus, la semaine dernière, on a parlé des moteurs de recherche alternatifs. Donc voilà encore un projet cross univers. De ce que tu as dit, on peut se dire qu’OpenStreetMap c’est un peu le Wikipédia de la cartographie puisque, à la base, ça part d’un projet où c’est quasiment blanc et tout le monde vient apporter sa pierre à l’édifice. Chacun peut y ajouter des précisions quant au territoire qu’il parcourt ou qu’il connaît.
Déjà est-ce qu’on peut préciser quelques exemples concrets : si je veux ajouter mon resto préféré ou l’adresse d’un super libraire ou même l’endroit où se trouvent les locaux de Graf’hit où on enregistre, est-ce qu’on peut mettre ce qu’on veut ? Et aussi est-ce qu’il y a besoin, comment dire, de compétences techniques pour le faire ? Parce que souvent on s’imagine que la cartographie c’est quand même réservé à un public un peu d’experts, que ce n’est pas évident de cartographier des choses ou qu’il faut peut-être avoir des connaissances en informatique ?

Cédric Frayssinet : C’est là où justement c’est intéressant. Tu me poses la question parce que, comme je ferai un peu de cartographie avec mes élèves l’an prochain dans le cadre de la réforme du lycée, j’y reviendrai peut-être après, il y a maintenant des applications, en fait, qui permettent de contribuer très facilement, un peu comme une chasse aux Pokémon. Certains des auditeurs connaissent Pokémon Go, eh bien là, en fait, on a le même type d’application qui s’appelle Street Complete4, donc en bon français, qui est une application uniquement Android par contre. En fait on a des quêtes. Par exemple si on passe devant un magasin où il n’y a pas les horaires d’ouverture qui sont renseignés, il y a un petit icône qui apparaît, on clique sur l’icône et on renseigne immédiatement les horaires d’ouverture. Ça marche, il y a un certain nombre, je ne sais pas, il y a plus de 30 ou 40 quêtes possibles comme ça, les parkings, les boîtes aux lettres, les levées, les noms des routes. Voilà ! Il y a un certain nombre de choses à renseigner et c’est très ludique. Ça c’est quelque chose qui est très intéressant et c’est très facile pour rentrer dedans parce que, du coup, c’est juste du clic et se balader dans la rue, en fait.
Ça c’est la première méthode pour contribuer. Ensuite, si effectivement tu veux renseigner ton restaurant préféré, eh bien il n’y a pas de souci, tu renseignes ton restaurant, personne ne va te l’interdire, personne ne va te dire « il ne faut pas le faire ». En fait, la seule « restriction » entre guillemets c’est qu’il ne faut pas qu’il y ait de données personnelles dans OpenStreetMap ; il ne faut pas de données nominatives, également, donc tu ne mets pas « il habite ici, c’est lui qui habite là, etc. »

Quentin : OK !

Cédric Frayssinet : Il y a également d’autres particularités telles que : il ne faut pas que les données soient ponctuelles dans le temps. En fait, la cartographie ce sont des données géographiques, donc il faut que ce soit pérenne dans le temps. Et, dernier cas, il ne faut pas que ce soit copié depuis des cartes non libres telles que Google Maps par exemple, il faut que ce soit créé.

Quentin : Justement, en parlant de Google Maps, c’est bien sympa, on se dit « tout le monde est en train de renseigner des informations », mais qui existent probablement déjà dans Google Maps. C’est-à-dire que dans Google Maps on a les horaires des magasins, on peut trouver où sont les libraires de Compiègne ou de Lyon. Finalement, qu’est-ce que ça apporte de plus OpenStreetMap par rapport à un projet comme Google Maps ?

Cédric Frayssinet : Déjà sur un certain nombre d’informations où on est beaucoup précis sur OpenStreetMap, notamment en ville parce que c’est là où on va recenser le plus de contributeurs. Il y a également au niveau des routes, etc., parce que nous, en fait, on enregistre également le revêtement des routes, donc un GPS ne nous fera jamais passer sur des routes en terre, par exemple. Ce sont des choses que j’ai déjà eues à tester. En fait on met en concurrence, avec ma femme, nos deux GPS et, du coup, on se retrouve des fois dans des situations un petit peu délicates. Donc voilà ! Google m’a déjà fait passer sur des routes un peu bizarres alors que je n’ai jamais eu ça avec OpenStreetMap.
Qu’est-ce qu’on a d’autre ? On a par exemple pour le recyclage, le recyclage de verre, de vêtements, etc., on a tous les points de recyclage dans les villes, ce que Google Maps ne propose pas. On a les boîtes postales, à quelle heure on relève le courrier. Google Maps ne le propose pas. Je pourrais te citer énormément de choses. On a aussi les cartes issues d'OpenStreetMap qui recensent les restos végétariens, les restos végans. On a également des cartes thématiques telles que lire l’accessibilité, en fauteuil roulant par exemple, la mobilité réduite, où là on sait précisément si cette toilette publique est accessible, si ce restaurant est accessible, si ce magasin est accessible, etc. C’est d’ailleurs tellement important que Qwant Maps, qui va sortir, comme je l’ai déjà dit, le recense. En fait quand on clique sur le restaurant il dit si c’est accessible, partiellement accessible ou pas du tout accessible aux fauteuils roulants. Je ne suis pas sûr que Google Maps le propose.

Quentin : D'accord. Effectivement, je pense qu’on y reviendra, mais la diversité des informations est assez énorme, vu que chacun est libre de rajouter les champs qu’il veut et contribuer sur les aspects qui l’intéressent. D’ailleurs, en parlant de diversité, j’y pense, je crois qu’un reproche qu’on fait à Google Maps c’est qu’il y a certaines zones dans le monde qui sont assez mal cartographiées, alors que des contributeurs à OpenStreetMap essayent de cartographier à partir d’images GPS par exemple des zones de conflit ou des zones pas très peuplées mais où c’est important de savoir où est la route pour pouvoir, je ne sais pas, amener des secours, de l’eau, ce genre de choses.

Cédric Frayssinet : Oui. Il y a toute une composante d’OpenStreetMap qui est liée aux ONG. Donc quand il y a des cyclones ou des tremblements de terre à l’autre coin du monde, il y a une structure liée à OpenStreetMap qui s’appelle HOT [Humanitarian OpenStreetMap Team] qui, en fait, émet des tâches et tous les contributeurs s’activent pour aller cartographier ce coin du monde à l’aide d’images satellites récentes, etc., donc pour retracer rapidement les chemins accessibles pour que les ONG se déploient rapidement aux zones soit de conflits, soit d’autres problèmes. Ça c’est quelque chose également qui est très lié à OpenStreetMap. On fait ça sur OpenStreetMap, effectivement.

Quentin : OK. J’ai cru lire dans ton interview que tu proposais des animations autour d’OpenStreetMap pour apprendre à le faire connaître et à l’utiliser. Nous on va bientôt animer avec Picasoft un contrib’atelier autour d’OpenStreetMap. Est-ce que tu pourrais nous donner quelques conseils qu’on pourrait suivre ?

Cédric Frayssinet : Du coup, ça ce sont des animations que j’ai faites en lien avec la réforme du lycée. En seconde on a une nouvelle matière qui arrive, qui est obligatoire pour toutes les secondes qui vont arriver l’an prochain, qui s’appelle « Sciences numériques et technologie ». Dans cette nouvelle matière, il y a le thème numéro 5 qui est « localisation, cartographie et mobilité ». Il y a une compétence attendue qui se nomme « contribuer collaborativement à OpenStreetMap ». Du coup, c’est dans ce cadre-là que j’ai animé des formations. Donc on est en train de former 300 profs sur l’académie de Lyon, enfin, former c’est un grand mot, informer sur notamment OpenStreetMap pour qu’ils puissent travailler sur OpenStreetMap avec leurs élèves.
Des conseils, je n’en ai pas forcément beaucoup. Il y a pas mal de ressources sur Internet, moi j’ai fait des documents à destination des stagiaires et des enseignants.
Une entrée ludique, je l’ai dit, c’est Street Complete. Ensuite, quand on veut passer au-dessus, en fait on va utiliser un navigateur et utiliser l’éditeur ID qui est directement intégré à la carte openstreetmap.org.
Le reproche que l’on fait souvent à OpenStreetMap c’est cette carte openstreetmap.org qui n’est pas forcément hyper-intuitive, c’est-à-dire la recherche n’est pas pertinente par rapport à Google Maps et ça c’est un fait. C’est lié à plusieurs choses. Mais par exemple quand on va sur Qwant Maps, notamment, eh bien là la recherche est autrement plus performante, donc on se rapproche du niveau de recherche de Google.
Voilà ! Je ne sais pas si ça répond à ta question ou partiellement.

Quentin : Si, si complètement. De toute façon il y a plein de points intéressants qu’on abordera dans la suite de l’émission, à savoir le fait qu’il y a plusieurs manières de discuter avec la base de données d’OpenStreetMap, plusieurs manières de présenter les choses. Écoute merci beaucoup en tout cas pour ces réponses éclairantes.

Cédric Frayssinet : Merci à vous de m’avoir contacté et puis bonne animation sur OpenStreetMap. Au revoir.

Quentin : Voilà. De retour sur Graf’hit, 94.9. On remercie évidemment Cédric de nous avoir accordé son temps et de nous avoir introduit OpenStreetMap. Maintenant je crois que Stéphane va passer un petit peu au contenu. Tu vas être le maître du contenu.

Stéphane : À la séance de questions. Première question. Effectivement on a eu quand même un panorama assez large, donc il y a des points qu’on va reprendre, qu’on va peut-être compléter un petit peu. Pour commencer, peut-être qu’on peut, je crois que c’est Tobias qui va nous refaire ça, refaire un point rapide sur ce à quoi sert OpenStreetMap pour les citoyens, pour les utilisateurs. On a un peu plus parlé de contribution, mais en tant que simple utilisateur est-ce que ça nous sert à trouver des endroits, des points d’intérêt, des itinéraires, préparer des randos ? À quoi ça nous sert concrètement OpenStreetMap ?

Tobias : Moi j’ai découvert OpenStreetMap il y a déjà six ou sept ans et c’est vrai que j’étais curieux de ce service-là, notamment effectivement pour préparer mes itinéraires. J’ai tendance à faire beaucoup de randonnées et j’étais curieux de voir si j’étais capable d’utiliser ce service pour les créer. Effectivement, au fur et à mesure des années, on se rend compte qu’OpenStreetMap gagne énormément en précision. En plus, l’affichage sur OpenStreetMap est très clair, il y a énormément d’informations. On peut à la fois l’utiliser pour chercher à se déplacer comme avec un GPS, on peut l’utiliser pour trouver des magasins, des choses comme ça, ou pour des coins un peu plus reculés, pour aller faire de la randonnée, de la marche à pied ou n’importe quoi. C’est un service qui est, mine de rien, assez complet.

Stéphane : Tu as dit que ça s’était amélioré au cours du temps. Tu as une perspective de plusieurs années. On a parlé tout à l’heure avec Cédric de contribution, donc il y a, je pense, un lien entre les deux. C’est-à-dire que l’ensemble des contributions qui ont été faites au cours des années, eh bien ont permis d’améliorer la cartographie du territoire que tu utilises, qu’on utilise. Est-ce qu’on peut revenir un petit peu là-dessus ? On a eu quelques pistes mais, concrètement aujourd’hui, en tant qu’utilisateur qu’est-ce que je peux faire pour contribuer à OpenStreetMap ?

Tobias : Effectivement Cédric a quand même brossé un panel assez large des méthodes de contribution possibles.
Comme il l’a présenté au tout début, il y a l’application Street Complete qui est très amusante. De mon côté, en fait, j’ai commencé tout bêtement par me dire « tiens, est-ce que le numéro de ma maison, est-ce que l’adresse de ma maison est bien renseignée ? », des choses comme ça. Pour pouvoir contribuer là-dedans, il nous suffit d’aller se créer un compte sur OpenStreetMap, utiliser l’éditeur en ligne qui est très bien fait avec un tutoriel qui fonctionne parfaitement. Donc j’ai commencé à rentrer des petites infos, enfin des toutes petites infos là où je voyais des petits manquements sur mon environnement proche et, au fur et à mesure, avec l’expérience, on découvre énormément de manières de contribuer, notamment au travers d’autres services spécialisés dans certains types de contribution comme l’accessibilité, comme l’orientation des toits pour l’orientation solaire ou des choses comme ça.

Stéphane : Des choses dont on a parlé tout à l’heure. Là effectivement, le premier niveau de contribution, je pense que c’est également comme ça que j’ai démarré, ma maison, le petit commerce à côté, etc., dans le village. Ça permet de repérer les points d’intérêt directement à partir de l’interface web et c’est vraiment super facile à faire, on incite tout le monde à se lancer. Il y a un autre aspect, c’est aussi qu’on peut, je crois, tu vas peut-être nous donner quelques mots là-dessus, utiliser un GPS pour tracer des chemins qui n’existent pas, dans une forêt par exemple, enfin qui sont mal repérés typiquement au niveau de sentiers ou de choses comme ça.

Tobias : Effectivement. C’est-à-dire que si après vous être un peu plus habitué et que vous possédez un GPS, vous pouvez tout à fait aller faire une sortie en vélo, ou à pied ou n’importe comment, en embarquant un GPS et là vous allez enregistrer tous les déplacements que vous aurez faits avec ça, que vous pourrez ensuite envoyer directement sur OpenStreetMap. C’est ce qui permet notamment d’avoir une cartographie précise de beaucoup de chemins dans les forêts, dans des lieux qui ne sont, de toute façon, pas accessibles en voiture par exemple.

Stéphane : On a évoqué également, dans la première partie de l’émission, les avantages, on va dire, et un peu inconvénients comparés de Google Maps et d’OpenStreetMap, on aura l’occasion peut-être d’y revenir un petit peu. Je voudrais revenir sur cette notion de cartographie libre, de cartes libres, de données libres. Peut-être que là, Quentin, tu veux, avec ta casquette de président de Picasoft, nous expliquer pourquoi eh bien même si Google Maps est gratuit ou paraît gratuit, en fait ce n’est pas libre ; pourquoi ce n’est pas pareil « libre » et « gratuit ». À quoi ça sert d'avoir des données libres. Voilà, j’ai assez brossé le cadre de la question, je crois que tu vois où je veux en venir.

Quentin : Absolument. Je vais peut-être donner quelques éléments de réponse qui seront quand même des poncifs du logiciel libre en général. Comme tu l’as dit, comme vous l’avez rappelé, « gratuit » ça ne veut pas forcément dire « libre ». Effectivement Google Maps c’est gratuit au sens pécuniaire, c’est-à-dire que vous ne payez pas le service en tant que particulier, mais, on ne va pas revenir très longtemps là-dessus, bien sûr vous le payez avec vos données. Et aussi, comme les données ne sont pas libres, eh bien vous ne pouvez pas les récupérer ou les exploiter pour, par exemple, ouvrir un nouveau service ou héberger vos propres serveurs de cartographie, comme on a parlé dans la première émission. Ça a déjà été un problème, je ne sais pas si on y reviendra après, mais pour certaines entreprises qui utilisaient les services de Google Maps en les intégrant sur leur propre site web, et qui ont vu des coûts augmenter, astronomiques à un moment, et qui ont presque dû, pour certaines, fermer boutique. Alors qu’évidemment, pour OpenStreetMap qui est un service libre, même si les coûts existent et ne sont pas toujours négligeables, il est tout de même possible d’héberger son propre serveur avec une copie de l’ensemble des données d’OpenStreetMap, ce qui constitue quand même une liberté et une indépendance qui est tout à fait souhaitable.

Stéphane : On retrouve ici un des sujets qu’on a déjà abordés, cette question de diversité, de monopole, c’est-à-dire que dans le cas de Google Maps eh bien c’est Google qui offre le service. En quelque sorte si son marché est captif, si les utilisateurs sont captifs, il peut décider des conditions d’utilisation au niveau des données, au niveau financier. En revanche, comme les données d’OpenStreetMap sont libres, eh bien même si en tant qu’utilisateur, en tant que développeur d’un site web je fais appel à une entreprise qui va me donner accès à ses serveurs cartographiques, si à un moment elle change ses conditions d’utilisation, une autre entreprise peut offrir le même service. Donc il y a une diversité de l’offre qui permet de ne pas avoir des acteurs en position dominante.

Quentin : Justement, en parlant de diversité, c’est un mot qui revient souvent dans le thème du Libre et qui est très intéressant puisque OpenStreetMap est vraiment un exemple de diversité. Comme on l’a dit un petit peu avec Cédric, les intérêts des gens qui contribuent sur OpenStreetMap sont extrêmement divers et on va avoir des informations extrêmement précises sur des sujets très variés. Ça peut être, effectivement encore une fois comme le rappelait Cédric, des points de recyclage, des horaires de levée de poste, des choses comme ça, qui ne se retrouveront pas nécessairement sur Google Maps et en particulier, comme le disait Tobias aussi, les zones de randonnée, les villages un petit peu plus petits sont relativement peu bien cartographiés par Google Maps et le sont beaucoup plus par les contributeurs. Donc c’est un lieu de diversité et de richesse beaucoup moins centré sur des informations purement techniques ou commerciales comme on en trouve particulièrement bien remplies sur Google Maps.

Stéphane : Il y a aussi encore un point, peut-être, qu’on peut évoquer avant de revenir un peu plus concrètement, là encore, sur tout ce qu’on peut faire autour d’OpenStreetMap, mais cette comparaison on y tient aussi, c’est la question de ce que nous donne à voir l’application Google Maps, donc celle de la sélection. C’est-à-dire que lorsque l’on fait une recherche sur Google Maps, eh bien, de fait, il y a une sélection qui est faite ; alors on peut imaginer ou observer un certain nombre de choses, mais ça peut être effectivement de décider de ne pas monter un magasin parce qu’il est fermé. On est un petit peu encore dans ce que disait Quentin sur l’efficacité commerciale, on imagine que si l'on cherche l’adresse d’un magasin et qu’il est fermé alors ça ne nous intéresse même pas de savoir où il est. C’est une hypothèse, on pourrait en émettre d’autres. Aujourd’hui on pourrait effectivement imaginer que les résultats de requêtes vont dépendre, à un moment, pourquoi pas, d’une contribution financière, de notions de publicité, de l’intérêt que portent les autres utilisateurs, la question du renforcement des requêtes fréquentes, etc. Bref ! L’idée générale c’est qu’on dépend, à un moment, d’un algorithme, d’un moteur de recherche dans les résultats que l’on observe, alors que sur OpenStreetMap eh bien, encore une fois, on pourra avoir une diversité de moteurs de recherche qui font, du coup, des choix différents. Et si des données, on l’a déjà dit, sont absentes, eh bien on peut toujours les ajouter. Je ne sais pas si vous voulez compléter un peu ce point, Quentin ?

Quentin : Oui, effectivement, c’est un très grand classique de chez Google, c’est le mot « pertinence ». C’est-à-dire qu’on va présélectionner les résultats pour vous parce qu’ils seront plus pertinents pour vous mais, en quelque sorte, ça déresponsabilise et ça enlève du pouvoir à l’utilisateur qui va peut-être passer à côté de choses qu’il aurait aimé voir, parce que Google a décidé que ça ne l’intéresserait pas à partir de l’ensemble des données qu’il a collectées sur lui et, en particulier, pour ces histoires de « oh là, là, on va réduire la charge cognitive de l’utilisateur parce que nous sommes bienveillants et qu’on prend soin de lui ».
Sur OpenStreetMap, évidemment on pourrait se dire « oui, mais s’il y a trop d’informations, on ne va effectivement pas réussir à trouver celles que l’on souhaite », mais là c’est l’utilisateur qui est en situation de choix puisqu’il peut, lui-même, appliquer des filtres et dire « voilà, j’aimerais voir ce genre de choses, sur tel genre de critères » et ce n’est pas très difficile à configurer.

Stéphane : Fin de cette précision. On va abandonner cette comparaison et retourner un petit peu sur ce qu’on peut faire avec OpenStreetMap, ce qui fonctionne bien, moins bien, peut-être ce qui fonctionnera mieux petit à petit dans le futur. Une question classique c’est, je reviens vers Tobias, la question du guidage par GPS. Est-ce qu’il y a aujourd’hui des solutions concrètes qui fonctionnent ? Est-ce qu’elles sont aussi puissantes ou un peu moins puissantes ? Où est-ce qu’on en est un peu autour de ça ?

Tobias : Justement. Là-dessus effectivement on peut déjà utiliser des applications GPS. La plus utilisée pour OpenStreetMap sur Android s’appelle OsmAnd5. Elle n’est pas encore aussi précise qu’une application comme Waze de Google par exemple, pour la simple raison, la première raison déjà est qu'elle est incapable de prendre le trafic en temps réel et ensuite les algorithmes de routage ne sont pas forcément toujours aussi performants. Après, elle propose un certain nombre de fonctionnalités supplémentaires comme l’enregistrement des cartes hors ligne pour être en mesure d’effectuer du guidage quand bien même vous n’avez aucune connexion internet.
Il faut savoir que bon nombre de GPS commerciaux utilisent aussi les données des cartes OpenStreetMap pour enrichir leur système de guidage, donc c’est une solution qui existe actuellement, mais, encore une fois, OpenStreetMap est un écosystème. Donc le site que vous allez atteindre sur openstreetmap.org est, entre guillemets, un « service minimal » qui vous offre effectivement la carte et un système de guidage simplifié. Après, si vous voulez avoir accès, si vous voulez des services vous proposant des meilleurs guidages, par exemple Cédric citait Qwant Maps qui permet de faire une recherche d’adresses beaucoup plus pertinente que celle qu’on peut trouver sur OpenStreetMap. Ou à l’inverse, si vous voulez avoir beaucoup de fonctionnalités de guidage, de choisir votre véhicule, vos préférences et tout ça, vous pouvez par exemple vous orienter sur des services comme Openrouteservice6 qui va vraiment vous permettre d’avoir un choix extrêmement fin sur les types de routes que vous voulez emprunter, le type d’efforts que vous voulez faire et toutes sortes de choses.

Stéphane : Écoute, tu as déjà parlé d’écosystème, tu as commencé à nous citer divers sites. Effectivement, Quentin a utilisé beaucoup le mot « diversité » aussi, « pluralité », « diversité », c’est aussi une constante un petit peu des logiciels libres, c’est qu’on n’a pas un point d’entrée openstreetmap.org qui nous donnerait accès à tout, mais il y a effectivement un écosystème avec des gens qui se lancent, qui montent des projets. Tu en as cité quelques-uns, mais je crois que tu en as pas mal d’autres dans ta besace. Il y a pas mal de choses qui sont assez visuelles, on ne va pas tout voir, mais on va te laisser nous faire un peu l’article sur tout ce qu’il y a de rigolo, d’intéressant, de pertinent, à l’intérieur de l’écosystème OpenStreetMap.

Tobias : Justement, quand on commence à faire des recherches sur l’écosystème d’OpenStreetMap, on peut y passer des heures, voire des journées si ce n’est des semaines, parce que, comme on le disait précédemment, OpenStreetMap c’est vraiment la base de données de la cartographie et ensuite un grand nombre de services vont utiliser ces données pour les valoriser et proposer des expériences très précises.
On a déjà cité Openrouteservice qui vous permet de faire de faire du routage très précis avec un grand nombre de paramètres.
On a cité Qwant Maps qui vous permet de retrouver beaucoup plus facilement des adresses, des magasins, des choses comme ça.
Cédric avait aussi cité HOT qui, du coup, en cas de catastrophe naturelle, va s’appuyer sur la communauté pour cartographier le plus rapidement possible la zone pour que les secours puissent arriver plus facilement et être plus efficaces.
Il y a un nombre énorme d’informations dans OpenStreetMap : si vous prenez par exemple la carte de Grenoble, regardez juste le centre de Grenoble et vous allez voir un peu le nombre d’informations visuelles que vous pouvez déjà avoir. Il faut savoir qu’il y encore plein d’autres informations. Par exemple, des services comme F4map7 vont prendre toutes les données d’étage des bâtiments pour vous faire une visualisation 3D isomérique de la ville.
Vous avez OpenLevelUp8 qui va vous donner, si les bâtiments ont été cartographiés par étage, une carte étage par étage de chaque bâtiment. Vous avez aussi un très grand nombre de tuiles différentes, parce qu’un des gros problèmes que je trouve à Google Maps c’est que la carte, finalement, n’indique pas énormément d’informations. Si, par exemple, vous recherchez la forêt de Compiègne sur Google Maps, vous verrez juste un grand carré gris, vous ne verrez pas la limite, vous ne pourrez pas rapidement prendre la mesure de cette forêt, juste d’un point de vue visuel, alors que beaucoup de services d’OpenStreetMap proposent ce qu’on appelle des layers, donc des visualisations différentes des données, sous toutes les formes, qui permettent, finalement, d’avoir des cartographies vraiment précises et spécifiques de ce qui vous intéresse.
Il y a aussi un site que j’aime beaucoup, qui s’appelle maps.stamen.com9, qui vous propose plein de cartes différentes dont certaines avec un rendu aquarelle ou des choses comme ça.

Stéphane : Ça c’est ton côté artiste, esthétique, Tobias !

Tobias : C’est ça.

Stéphane : Je commente juste un tout petit peu, moi je voyais les images en même temps que tu parlais. Tu nous as montré effectivement – ça se voit moins bien à la radio, j’en ai conscience, mais on mettra peut-être des copies d’écran en plus des liens sur le site –, mais tu nous as montré effectivement, c’était F4map où on voyait Paris en 3D.

Tobias : C’est ça, avec la Tour Eiffel.

Stéphane : Oui, la Tour Eiffel. Tu précisais que non seulement on voit les bâtiments en 3D en fonction des données qui sont rentrées, mais il y a des utilisateurs qui ont pris la peine de faire la modélisation 3D de la Tour Eiffel, de l’Arc de Triomphe, enfin en l’occurrence de divers monuments de Paris.

Tobias : Et, de même, OpenStreetMap permet de cartographier les arbres, donc on a aussi, là où les arbres ont été cartographiés, des visualisations d’arbres qui rajoutent encore des informations.

Stéphane : Sur l’autre chose qui a aussi attiré mon œil, sur OpenLevelUp, on voyait toutes les salles du bâtiment Benjamin Franklin de l’UTC. C’est ça ? Tout a été cartographié aussi.

Tobias : C'est ça. Il faut dire que nous avons des gentils utcéens contributeurs qui ont pris le temps de renseigner chacune des salles pour chacun des niveaux des différents bâtiments de Benjamin Franklin et de PG 1 et 2. Donc, si vous allez sur ce site, vous pouvez, par exemple, avoir la localisation exacte de n’importe quelle salle de ces bâtiments et il reste encore à faire le centre de recherche et le centre de transfert.

Stéphane : OK. Donc si bientôt un étudiant arrive en retard à un de mes cours et qu’il me dit qu’il n’a pas trouvé la salle, je pourrai lui dire que son excuse est non recevable !
Je pense qu’on a fait un tour d’horizon de cet écosystème, mais il y aurait eu encore beaucoup à en dire. Pour prolonger un petit peu tout ça, je crois que Picasoft va organiser quelque chose. Quentin, je te laisse nous annoncer cela.

Quentin : Effectivement, c’est bien sympa, on a discuté pendant déjà une trentaine de minutes d’OpenStreetMap, mais, comme disait Stéphane, ce n’est pas très visuel à la radio. Si c’est un sujet qui vous a intéressé et que vous voulez découvrir un petit peu plus en détail ou en images OpenStreetMap et son écosystème, eh bien nous organisons ce que Framasoft appelle un contrib’atelier. C’est-à-dire un atelier ouvert à tous, où vous pouvez venir découvrir un logiciel libre, en l’occurrence ici OpenStreetMap, et y contribuer, par exemple en cartographiant certains éléments près de chez vous, votre adresse ou ce genre de choses. Donc ce sera le 15 juin 2019, à 14 heures, à la salle Annexe 4 rue de la surveillance à Compiègne. Pour en savoir plus vous pouvez tout simplement aller sur le site picasoft.net et, à partir de là, nous envoyer un mail ou un message. On fera tout simplement de la découverte d’OpenStreetMap, on regardera un petit peu les différents clients pour ceux que ça intéresse et ensuite on verra comment contribuer en pratique.

Quentin : On va continuer et même terminer l’émission avec le traditionnel quiz, on est très malheureux de ne pas pouvoir vous entendre nous répondre, qui sera le suivant : quelle est la distance de l’itinéraire à pied entre le théâtre impérial de Compiègne et l’UTC ? On vous laisse chercher sur le client OpenStreetMap de votre choix et on se retrouve après la musique libre qui a été sélectionnée pour aujourd’hui, qui est Doumaya de Hicham Chahidi.

Pause musicale : Doumaya de Hicham Chahidi

Quentin : De retour pour la fin de l’émission La voix est libre sur Graf’hit. Pour rappel on vous avait posé un quiz qui consistait à chercher la distance de l’itinéraire à pied entre le théâtre impérial de Compiègne et l’UTC. La réponse est un kilomètre, tout pile.
Merci à Romain H pour la sélection de la musique. Maintenant, Stéphane, tu veux peut-être conclure avec quelques liens et quelques recommandations ?

Stéphane : Pour les liens on va d’abord mentionner qu’on a un site radio.picasoft.net qui a vu le jour et qui va notamment recenser ces liens de façon un peu plus pratique qu’à la radio. On pourra retrouver l’interview de Cédric sur linuxfr.org. On invite évidemment tout le monde à se rendre sur openstreetmap.org. Un certain nombre d’autres liens que nous a préparés Tobias et, je crois, que tu voulais en mettre un en valeur en particulier. Tobias, je te laisse l’annoncer.

Tobias : Effectivement. Le lien c’est openstreetmap.fr/contribuer10, c’est l’association française d’OpenStreetMap qui vous propose un certain nombre d’initiatives pour contribuer, même si c’est une affaire de 30 secondes seulement.

Stéphane : Merci à toi pour ce dernier mot et au revoir.

Quentin : Au revoir.

L'April présente à Pas Sage en Seine les 29 et 30 juin 2019 à Choisy-le-Roi (94)

APRIL - jeu, 06/20/2019 - 12:23
Start: 29 Juin 2019 - 10:00End: 30 Juin 2019 - 18:00

L'April sera présente avec un stand au festival Pas Sage en Seine le week-end des 29 et 30 juin 2019.

Pas Sage en Seine (PSES) est une rencontre consacrée aux logiciels libres, au hacking et sa culture qui se déroule tous les ans depuis 2008 en fin de mois de juin, en Île-de-France. L'édition 2019 de Pas Sage en Seine aura lieu les 27, 28, 29 et 30 juin à Choisy-le-Roi (94). Le riche programme d'ateliers et conférences est disponible en ligne.

À cette occasion, l'April tiendra un stand le week-end des 29 et 30 juin. Il n'y a pas beaucoup de personnes inscrites pour animer le stand, ainsi nous faisons appel à votre aide ! Si vous avez des disponibilités, vous pouvez vous inscrire sur le wiki ou envoyer un courriel à evenements AT april POINT org.

« Libre à vous ! » diffusée mardi 18 juin 2019 sur radio Cause Commune - CHATONS - « Le libre fait sa comm' » - « In code we trust »

APRIL - mar, 06/18/2019 - 15:30
Émission Références Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet)..

Nous avons commencé par la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez qui était consacrée à l'usurpation d'identité numérique.Nous avons enchaîné avec notre sujet principal qui portait sur le Collectif des Hébergeurs Alternatifs,Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS) avec : Angie Gaudion de Framasoft, Denis Dordoigne d’INFINI et Christian Pierre Momon du Chapril. Nous avons poursuivi par la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni consacrée au thème du « retour d'expérience de l'animation d'un stand de l'April lors d'événements ». Nous avons terminé par des annonces diverses.

Réécouter en ligne

Votre navigateur ne supporte pas l'élément audio : écoutez l'émission (format OGG) ou format MP3. -->

S'abonner au podcast

Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (le jour même ou le lendemain).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Programme de l'émission du 18 juin 2019
  2. Personnes participantes
  3. Photos
  4. Références pour la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez
  5. Références pour la partie sur les CHATONS
  6. Références pour la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni
  7. Références pour la partie sur les annonces diverses
  8. Pauses musicales
Programme de l'émission du 18 juin 2019

La vingt-neuvième émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio « Cause commune » mardi 18 juin 2019 de 15 h 30 à 17 h.

Au programme :

Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Angie Gaudion de Framasoft
  • Denis Dordoigne d’INFINI
  • Christian Pierre Momon du Chapril
  • Noémie Bergez avocat au cabinet Dune
  • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April
  • Patrick Creusot, bénévole à l'April, à la régie
Photos

Quelques photos.

--> Références pour la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez Références pour la partie sur les CHATONS Références pour la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 11 juin 2019

APRIL - mar, 06/18/2019 - 10:10


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 10 juin 2019 sur radio Cause Commune
Intervenants : François Zaïdi - Noémie Lehuby - Christian Quest - Jean-Christophe Becquet - Frédéric Couchet - Étienne Gonnu à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 11 juin 2019
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou télécharger le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Transcription
    1. Interview de François Zaïdi réalisateur du documentaire LOL - Logiciel libre une histoire sérieuse
    2. Openstreetmap (State Of The Map France) avec Christian Quest Jean-Christophe Becquet et Noémie Lehuby
    3. Chronique « Pépites libres » sur des films libres de la Fondation Blender par Jean-Christophe Becquet
    4. Annonces

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose d’un webchat, donc utilisez votre navigateur web, rendez-vous sur le site de la radio causecommune.fm et cliquez sur « chat ». Vous pouvez ainsi nous rejoindre sur le salon web dédié à l’émission.
Nous sommes mardi 11 juin 2019, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’association est april.org, vous y retrouverez une page consacrée à l’émission avec un certain nombre de références que nous allons citer pendant l’émission et, évidemment, la page sera mise à jour après l’émission. N’hésitez pas également à utiliser le formulaire de contact ou le webchat pour nous faire des retours sur ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.
Je vous souhaite une excellente écoute.

Maintenant le programme de l’émission.
Nous allons commencer par la présentation d’un nouveau documentaire sur le logiciel libre intitulé LOL – logiciel libre une histoire sérieuse [LOL – Logiciel libre une affaire sérieuse ].
D’ici dix-quinze minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur OpenStreetMap, projet de cartographie qui a pour but de constituer une base de données géographiques libres du monde permettant, par exemple, de créer des cartes sous licence libre.
En fin d’émission nous aurons la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, président de l’April, qui portera sur les films libres de la Fondation Blender.
À la réalisation de l’émission aujourd’hui mon collègue Étienne Gonnu. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu : Salut Fred.

Frédéric Couchet : On va vous poser un petit quiz comme depuis quelques émissions. Je vous donnerai les réponses en fin d’émission ou en cours d’émission. Vous pouvez proposer des réponses soit sur le salon web de la radio, soit via les réseaux sociaux.
Première question : lors de l’émission de la semaine dernière, le 4 juin, notre sujet principal portait sur Framasoft. D’où vient le nom Framasoft ? Je poserai aussi la question aux invités pour voir s’ils connaissent.
Deuxième question, en lien avec l’émission d’aujourd’hui : quel site web utiliseriez-vous pour trouver où boire votre bière préférée autour de vous ? Boire, évidemment, avec modération !

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Interview de François Zaïdi réalisateur du documentaire LOL - Logiciel libre une histoire sérieuse

Frédéric Couchet : Nous allons commencer par la présentation d’un nouveau documentaire sur le logiciel libre intitulé LOL – Logiciel libre une affaire sérieuse avec François Zaïdi, réalisateur. Bonjour François.

François Zaïdi : Bonjour Frédéric.

Frédéric Couchet : C’est un nouveau documentaire. On a fait récemment une émission sur un autre documentaire qui est passé sur Arte. Première question : comment, en tant que réalisateur avec l’équipe qui a produit ce documentaire, tu es venu à t’intéresser à ce monde du logiciel libre ? Parce que tu es informaticien à la base ?

François Zaïdi : Absolument pas. Je revendique complètement ne rien y connaître ni en développement ni en logiciel libre. Moi je suis réalisateur, j’aime bien raconter des histoires, c’est mon métier. Effectivement, quand on cherche des sujets, on est venu à me parler de cette problématique des logiciels libres et c’est mon acolyte, Thierry Bayoud et sa femme Léa Deneuville qui sont mes auteurs, qui m’ont présenté ce sujet : le logiciel libre en tant qu’objet audiovisuel pour un documentaire.
Moi, comment dire, j’étais plutôt à l’aise avec l’informatique parce que ça va avec mon métier, les ordinateurs, depuis tout petit. Je connaissais le logiciel libre, je connaissais l’open source, mais c’était un peu des mots. Je connaissais la différence avec le logiciel propriétaire, mais finalement ce n’était pas une problématique en soi qui me paraissait dingue, mais ça m’intéressait quand même. On a gratté un petit peu le sujet et, à force de regarder, on s’est rendu compte qu’il y avait vraiment une problématique de société, qu’il y avait quelque chose qui allait bien au-delà de la technique, de l’informatique et que, finalement, même les gens qui n’utilisent pas l’informatique ou qui pensent ne pas utiliser l’informatique peuvent socialement être concernés par cette problématique-là.
Donc ils ont démarché tout un tas de personnes pour voir qui voulait bien intervenir et nous parler un petit peu de cette notion de logiciel. Je tiens à préciser que nous, sur la gestion, sur la conception du documentaire au départ, on n’était pas forcément arrêtés sur le logiciel libre. Moi personnellement, en tant que réalisateur et producteur, je ne connaissais pas forcément les tenants et les aboutissants de tout ça, mais la question m’intéressait parce qu’elle était digne d’intérêt – c’est un petit peu un truisme que je viens de faire, mais vous l’apprécierez. On a donc eu des intervenants, divers et variés.

Frédéric Couchet : Des intervenants informaticiens, des intervenants du champ politique ? Quels types d’intervenants vous avez interviewés ? Et combien, pour ce documentaire ?

François Zaïdi : On a tapé à pas mal de portes. Il y en a beaucoup qui sont restées fermées, notamment les tenants du logiciel propriétaire, finalement, qui n’ont pas souhaité venir. On a été très bien accueillis par la plupart de ce qu’on peut appeler le champ des tenants du logiciel libre, voire open source.
Du coup nous avons interviewé un petit peu moins de moins de 20 intervenants, 14 restent finalement dans le documentaire. Ce n’est pas juste un documentaire, il y a des parties d’originalité. Moi je viens de la fiction, j’aime bien raconter des histoires et on s’est permis quelques petites originalités. Par exemple il n’y a pas de voix off sur ce documentaire, c’est une suite de ce que vont nous dire ces intervenants.

Frédéric Couchet: C’est une suite des interviews des personnes qui ont été interviewées donc ?

François Zaïdi : Tout à fait. On fait une narration, on construit une narration grâce au montage sur sept points précis, particuliers. Au départ c’est plutôt construit sur ce qu’est l’informatique, c’est plutôt une vulgarisation, finalement, de l’informatique et du logiciel : qu’est-ce que c’est ? Comment ça marche ? Il y a quoi dedans ? Et ensuite, très vite, avec certains intervenants, on s’est rendu compte, et je pense que Thierry Bayoud et Léa Deneuville le savaient bien avant moi, qu’on allait rentrer sur quelque chose de beaucoup plus social, politique et géopolitique

Frédéric Couchet : Donc en fait Thierry et Léa s’attendaient à cette présentation un peu plus politique mais finalement pas toi.

François Zaïdi : Je soupçonne, oui.

Frédéric Couchet : Ça a été ta découverte en tant que personne, finalement.

François Zaïdi : Il faut dire que Léa et Thierry ont travaillé sur le documentaire bien avant que moi j’y arrive. Eux ont développé et ont écrit au départ ce documentaire et après ils m’ont présenté le projet pour que, du coup, je le mette en image, le réalise, le tourne.
Gigowatt Film, ma société qui produit le documentaire, est une toute petite structure. On n’a aucune connaissance avec les diffuseurs ; c’est vraiment une auto-production on est complètement indépendants, pour le coup, et c’est un objet audiovisuel un petit peu particulier. Je ne veux pas dire que c’est formidablement original, mais il y a une tournure assez particulière donc dans le fait qu’il n’y a pas de voix off, dans le fait qu’on a aussi utilisé beaucoup de vieux films pour mettre en parallèle les problématiques d’aujourd’hui.

Frédéric Couchet : Des vieux films de quoi ?

François Zaïdi : Des vieux films de cinéma.

Pierre-Yves Gosset : D’accord. OK !

François Zaïdi : Ce sont des illustrations assez allégoriques mais qui, finalement, nous montrent, au fur et à mesure du documentaire, que ces problématiques-là qui paraissent extrêmement modernes parce qu’elles sont numériques et que le numérique n’est pas si lointain par rapport à nos constructions sociétales, mais finalement ces problématiques-là se retrouvent dans un temps qui est beaucoup plus long. On a retrouvé, on s’en est étonnés, des films de plus d’un siècle qui, finalement, illustrent très bien des problématiques numériques actuelles. C’est rigolo. On les a utilisés.

Frédéric Couchet : Ce documentaire dure combien de temps ?

François Zaïdi : C’est un documentaire qui, à l’heure actuelle, fait 57 minutes

Frédéric Couchet : 57 minutes. Je précise que je n’ai pas vu ce documentaire, il y a une réservation de la surprise. Où est-ce qu’on va pouvoir le voir et à partir de quand ?

François Zaïdi : Le documentaire fait son avant-première privée le 20 juin prochain au cinéma CGR.

Frédéric Couchet : CGR, c’est dans Paris 20e.

François Zaïdi : Exactement, c’est Porte des Lilas.

Frédéric Couchet : Porte des Lilas.

François Zaïdi : J’insiste sur le mot « privée » parce que, à l’heure actuelle, on n’a pas encore le visa d’exploitation et l’avant-première nous permet de réserver la première pour, par exemple, un festival de telle ou telle qualité. L’avant-première va nous permettre de présenter le film à un certain nombre de personnes, ça va nous permettre d’avoir un certain nombre de retours. Il n’est pas exclu qu’on puisse faire un certain nombre de modifications, c’est peu probable, mais pourquoi pas, on est toujours ouverts à ça. Et puis également c'est une manière de montrer ce travail-là pour éventuellement intéresser un distributeur ou un diffuseur.

Frédéric Couchet : D’accord. Si les personnes qui nous écoutent sont intéressées pour assister à cette avant-première comment concrètement elles doivent faire ?

François Zaïdi : Le mieux c’est de nous contacter, de m’envoyer un mail par exemple à l’adresse premiere@gigowattfilm.com, g, i, g, o, w, a, t, t, f, i, l, m point com, c’est au singulier, premiere@gigowattfilm.com, vous m’envoyez un petit mot et on peut vous trouver encore une place ou deux. Il reste encore un certain nombre de places, donc si vous êtes intéressé par le documentaire c’est avec plaisir qu’on vous recevra.

Frédéric Couchet : On mettra l’adresse courriel sur le site de l’April en référence, donc n’hésitez pas à envoyer un courriel à François pour vous inscrire.
Le titre, petite explication sur le titre, donc LOL — logiciel libre une affaire sérieuse. LOL c’est un acronyme que la plupart des gens connaissent, qui veut dire le rire, l’amusement. Pourquoi le choix de ce titre ?

François Zaïdi : Ce qui nous a intéressés là-dedans — ce sont les auteurs qui sont venus avec ça —, c’est quelque chose qui a été dès le début. On travaille ce documentaire depuis trois ans et demi voire un petit peu plus, le premier tour de manivelle on l’a fait en janvier 2016, rendez-vous compte, ça fait trois ans et demi. C’est quelque chose qui est resté, ce titre. Donc LOL, effectivement, c’est l’émoticône, le smiley qui rigole. Et pour moi, enfin pour nous, ça symbolisait l’utilisation que la plupart des gens ont du numérique, quelque chose d’assez simple, d’assez facile : un téléphone, un smartphone, un Facebook, j’envoie une photo, des utilisations finalement assez légères. Et on s’est rendu compte et d’ailleurs on veut dire, dans ce documentaire, que nos utilisations informatiques sont finalement très, très sérieuses parce qu’elles impactent nos vies personnelles, dans des manières avec lesquelles même moi j’ai été surpris ; elles impactent également notre société ; elles impactent nos ministères ; elles impactent notre école ; elles impactent notre propre sécurité et la sécurité de nos États. Et on trouvait intéressant de mettre ça en parallèle. On trouvait intéressant que la plupart des gens qui ne connaissent pas le code, qui ne connaissent pas l’implication et les conséquences de leur utilisation numérique, qui sont finalement les prolétaires du numérique, eh bien ils ont le LOL, c’est le smiley. On a déjà une utilisation de l’informatique et elle n’est pas anodine, elle n’est plus neutre cette utilisation informatique et ça paraissait intéressant d’autant plus que LOL, voilà, j’allais y venir, LOL, si vous le décollez, c’est aussi un acronyme de logiciel libre. Et finalement, à l’image animée, c’est un titre qui passe très bien. Vous me direz ce que vous en pensez dans deux semaines Frédéric.

Frédéric Couchet : Effectivement parce que je n’ai pas vu le film, faisant partie des personnes interviewées, peut-être dans ceux qui restent en tout cas !

François Zaïdi : Oui, tout à fait, je confirme.

Frédéric Couchet : C’est un plaisir de découvrir ça au cinéma parce que, en plus, le cinéma est un lieu que j’aime beaucoup. On verra effectivement graphiquement à quoi ça ressemble. En tout cas je te remercie François Zaïdi.
Je vais rappeler que l’avant-première c’est au cinéma CGR qui est situé Porte des Lilas Paris 20e, que pour s’inscrire il faut envoyer un courriel à François. Vous retrouverez la référence sur le site de l’April parce que c’est une présentation privée. Nous espérons que vous allez trouver un distributeur pour ensuite diffuser ce film.

François Zaïdi : C’est vraiment notre souhait. Je reprends une seconde. Gigowatt Film est une toute petite structure. On a fait ce documentaire de très loin, c’est pour ça qu’on a mis quatre ans à le faire parce qu’on voulait le faire bien et que, finalement, on n’avait pas d’intérêt à le précipiter. Pour nous le documentaire a une valeur assez particulière, on en est très fiers. On verra le 20 juin si c’est à tort ou pas. En tout cas c’est quelque chose qu’on a fait avec nos tripes, qu’on a fait avec notre tête, beaucoup. On n’a pas toujours été d’accord, ça a provoqué beaucoup de débats et je pense que ça a enrichi ce documentaire, ce produit et effectivement, si on arrivait à trouver quelqu’un qui serait prêt à le distribuer voire à le diffuser, on serait vraiment extrêmement contents.

Frédéric Couchet : Eh bien appel lancé. On espère que les gens nous écouteront et pourront répondre à cet appel. Merci François Zaïdi , réalisateur de LOL — logiciel libre, une histoire sérieuse.

François Zaïdi : Une affaire sérieuse.

Frédéric Couchet : Une affaire sérieuse. Pourquoi je dis « une histoire sérieuse » ?

François Zaïdi : En fait, une affaire même à l’écrit, une affaire sérieuse c’est beaucoup plus lourd de sens qu’une histoire. On raconte une histoire, mais en fait c’est une affaire. Je veux vraiment insister sur le côté que moi j’ai découvert au bout de quelques mois d’interviews, sur l’aspect profondément géopolitique de la question du logiciel. Et je ne parle pas de la question du logiciel libre, je parle de la question du logiciel parce qu’au départ, et même à l’arrivée finalement, on s’est efforcés de ne pas prendre parti. Je voulais juste mettre une caméra en face de personnes qui m’ont expliqué ce qu’elles en pensaient, sans voix off, avec moins d’artifices – je ne dis pas qu’il n’y en pas parce qu’il y a du montage, forcément –, mais avec moins d’artifices pour avoir des points de vue qui étaient finalement assez différents, même dans les personnes qu’on a interviewées qui sont principalement issues du Libre, mais c’était assez différent les philosophies, mais toutes, toutes, absolument toutes sans exception nous disent qu’il faut faire extrêmement attention et que la question est extrêmement sérieuse, que c’est une affaire sérieuse, vraiment ! Et je voudrais les remercier ces 14 intervenants qui sont restés, dont vous Frédéric, je voudrais vraiment les remercier parce qu’effectivement sans eux, sans leur point de vue, on n’avait pas de film.

Frédéric Couchet : Merci François, bonne journée.

François Zaïdi : Merci beaucoup.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons faire une pause musicale choisie par l’un des intervenants qui suit. Le titre s’appelle In the desert, c’est Daniel Bautista et on se retrouve juste après.

Pause musicale : In the desert par Daniel Bautista.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Openstreetmap (State Of The Map France) avec Christian Quest Jean-Christophe Becquet et Noémie Lehuby

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter In the desert par Daniel Bautista, c’est en licence libre, les références sont sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez toujours la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et sur le site causecommune.fm partout dans le monde.

Nous allons poursuivre avec notre sujet principal.

[Virgule musicale]

Nous allons parler d’OpenStreetMap avec nos invités. Je vais commencer par présenter les personnes qui sont en plateau, donc Christian Quest, porte-parole d’OpenStreetMap France. Bonjour Christian.

Christian Quest : Bonjour.

Frédéric Couchet : Noémie Lehuby qui est contributrice à OpenStreetMap et également secrétaire de l’association OpenStreetMap. Bonjour Noémie.

Noémie Lehuby : Bonjour Frédéric.

Frédéric Couchet : Et normalement nous avons au téléphone Jean-Christophe Becquet qui est animateur de l’initiative Dessine ta ville et formateur autour d’OpenStreetMap. Bonjour Jean-Christophe.

Jean-Christophe Becquet : Bonjour.

Frédéric Couchet : Tout le monde est là, c’est parfait. C’est une première émission sur OpenStreetMap parce que c’est un sujet tellement large qu’on fera évidemment plusieurs émissions. Les personnes qui écoutent régulièrement l’émission penseront, par exemple, à Wikipédia ; on a déjà fait deux émissions sur Wikipédia. Là c’est une première émission, une introduction. Je vais poser une première question dont la réponse doit être rapide, notamment pour les personnes qui ont le plus de passé, on va dire. C’est votre présentation individuelle, qui vous êtes ? On va commencer par Noémie.

Noémie Lehuby : Bonjour. Je suis Noémie Lehuby. Je suis contributrice OpenStreetMap depuis bientôt cinq ans je pense. Je m’intéresse principalement aux sujets autour des transports et de la mobilité, donc c’est aussi principalement sur ces sujets que je contribue à OpenStreetMap. Depuis quelques années, je m’investis dans l’association OpenStreetMap France qui fait la promotion du projet OpenStreetMap sur le territoire français et cette année je suis secrétaire de cette association.

Frédéric Couchet : J’ai oublié de préciser que tu es aussi cofondatrice de Jungle Bus, une cartographie des réseaux de transport.

Noémie Lehuby : Tout à fait.

Frédéric Couchet : Christian Quest.

Christian Quest : Moi j’ai démarré sur OpenStreetMap en 2009, donc un petit peu avant Noémie. Je suis un des fondateurs d’OpenStreetMap France qui est une association loi de 1901, qui fait la promotion du projet. Que dire d’autre ? J’ai été président de l’association, je fais plein de choses dans l’association, maintenant je m’occupe un peu plus de la partie technique, faire fonctionner des serveurs.

Frédéric Couchet : Et intervenir à la radio !

Christian Quest : Voilà !

Frédéric Couchet : Jean-Christophe Becquet.

Jean-Christophe Becquet : Contributeur aussi d’OpenStreetMap depuis 2011, j’anime une initiative qui s’appelle Dessine ta ville avec les collectivités de ma région dans les Alpes du Sud et je suis formateur logiciel libre à titre professionnel et notamment, du coup, autour d’OpenStreetMap.

Frédéric Couchet : Merci. Première question : c’est quoi OpenStreetMap ? Qui veut commencer ? Le porte-parole.

Christian Quest : Vu que j’ai commencé en premier ! En gros, on fait l’équivalent de Wikipédia sauf qu’on ne fait pas une encyclopédie, on fait un atlas du monde, tout simplement. C’est contributif, c’est ouvert à tout le monde en termes de contribution.
Quand on a démarré, le projet a démarré…

Frédéric Couchet : En quelle année ?

Christian Quest : En 2004. Le décollage réel où il a commencé à y avoir vraiment de la contribution c’est plutôt 2007/2008, et on est partis d’une carte blanche ; il n’y avait absolument rien exactement comme au début Wikipédia, il n’y avait rien. Et petit à petit on a complété, complété, complété.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc une cartographie. Si on fait par référence à Wikipédia, je suppose que c’est sous licence libre.

Christian Quest : Bien sûr.

Frédéric Couchet : Est-ce que c’est la même licence libre que Wikipédia ?

Christian Quest : Non. C’est une licence différente. Dans le passé on a utilisé une autre licence puis on a changé. Depuis 2012 on est sous une licence qui s’appelle l’ODbL, Open Database License. L’idée de cette licence c’est de protéger les données et la base de données. C’est un peu l’équivalent d’une CC BY-SA, si vous voulez, c’est-à-dire un partage à l’identique. L’important c’est que les gens qui utilisent les données participent aussi à leur mise à jour et à leur amélioration, d’où le choix de cette licence. Par contre c’est une licence qui ne protège que le côté base de données, pour l’aspect partage à l’identique, et ce que l’on fait avec cette base de données, des cartes par exemple, n’a pas besoin d’être sous la même licence : on peut mettre des cartes qu’on ferait avec les données de la base de données dans d’autres licences, ce qui permet beaucoup de réutilisations.

Frédéric Couchet : Ça c’est un point intéressant et on reviendra sur la réutilisation tout à l’heure. Noémie, est-ce que tu veux compléter cette introduction sur OSM, donc OpenStreetMap.

Noémie Lehuby : Oui. Je voudrais revenir un petit peu sur le côté collaboratif et participatif parce qu’effectivement, je pense qu’une des grandes forces du projet c’est sa communauté. Avant d’être un projet informatique de création de base de données c’est un projet de communauté et ce sont beaucoup de communautés de passionnés qui se retrouvent dans ce projet. On a avoir des cyclistes qui vont venir cartographier des équipements cyclables, des pistes cyclables, des parkings vélos, etc. On va avoir, je ne sais pas, des végétariens qui vont indiquer quels sont les restaurants qui servent des plats végétariens, et c’est un petit peu toute cette agrégation de passionnés qui fait qu’on a une aussi belle carte aujourd’hui.

Frédéric Couchet : D’accord. Jean-Christophe est-ce que tu veux rajouter quelque chose ?

Jean-Christophe Becquet : Je dis souvent qu'OpenStreetMap c’est une équipe dans laquelle chacun dessine sa rue, son quartier ; les quartiers s’assemblent pour faire des régions, les régions pour faire des pays et à la fin, au bout de 15 ans, on a une carte du monde.

Frédéric Couchet : C’est une bonne présentation.
On va quand même donner une information importante, le nom peut-être du site pour aller sur OpenStreetMap : openstreetmap.org.

Christian Quest : Voilà, c’est le site international. Il y a aussi openstreetmap.fr, qui est le site de notre association, qui fait la promotion du projet, mais le site, la grande porte d’entrée c’est openstreetmap.org.

Frédéric Couchet : On va parler de contribution tout à l’heure. On va commencer par la réutilisation même si, en fait, les deux peuvent être un petit peu mélangées. J’ai envie de vous demander, pour les personnes qui utilisent d’autres outils de cartographie, on ne va pas les citer, mais les gens voient lesquels ils utilisent, quels sont les intérêts d’utilisation d’OpenStreetMap que vous pourriez donner à la radio, un petit peu comme si vous étiez en soirée et que quelqu’un vous dit : « J’ai un itinéraire machin, je vais utiliser telle application privatrice » et vous lui dites « attendez, il y a OpenStreetMap » ? Des exemples d’utilisation. Christian Quest.

Christian Quest : Des exemples d’utilisation. La grosse différence qu’on a entre OpenStreetMap et des services qui commencent par exemple par un « G », c’est l’accès aux données qui permet à des développeurs de faire des applications ou des outils adaptés à une problématique bien particulière.
Noémie a cité par exemple les cyclistes. Pendant longtemps les cyclistes, au niveau de la cartographie, étaient un petit peu la cinquième roue du carrosse, il n’y avait pas vraiment de cartes qui leur étaient dédiées, il n’y avait pas vraiment de sites qui fonctionnaient, qui étaient destinés à cette population-là. Mais le fait d’avoir énormément de données sur la cyclabilité dans OpenStreetMap ça a permis, par exemple à une entreprise comme Géovélo, ce n’est pas le nom de l’entreprise, c’est une appli qui s’appelle Géovélo, de fournir vraiment un excellent outil pour les cyclistes.
C’est ça la particularité que l’on a quand on a accès à l’intégralité des données, pas simplement à des services qu’on vous offre sur des données. Le fait d’avoir cet accès complet permet énormément d’innovation et énormément d’usages qui, sinon, ne sont pas possibles parce que les services tout prêts, tout prêts mâchés, vous limitent dans votre imagination et dans votre innovation. Ça c’est une des grandes particularités. Ça me permet, par exemple, de faire une carte dédiée pour des pilotes de vol libre, de parapente ou de delta, parce que je vais sélectionner vraiment les informations qui sont utiles à ces gens-là. La particularité d’une carte c’est qu’elle est destinée, en général, à un usage. Vous n’allez pas du tout mettre la même chose sur une carte pour des chauffeurs poids lourd et des cyclistes. Un chauffeur poids lourd va vouloir voir les grands axes de circulation, là où il peut circuler, alors que pour un cycliste, au contraire, une autoroute c’est une barrière infranchissable : il n’a pas le droit de circuler dessus et il ne peut pas non plus la couper. Donc vous voyez la carte est une représentation du monde en fonction de ce que l’on veut faire.
Donc c’est très important d’avoir un accès libre à toutes les données qu’il y a en dessous.

Frédéric Couchet : D’accord. Noémie.

Noémie Lehuby : Effectivement, je rejoins pas mal ce que dit Christian. Je pense aussi qu’on a beaucoup parlé de cartes mais OpenStreetMap c’est effectivement une base de données. On peut faire plein de choses avec dont des cartes.
Par exemple sur ma thématique qui est plutôt le transport, on va pouvoir faire d'autres choses que des cartes. On peut aussi faire des plans schématiques, du calcul d’itinéraires, etc., et tout ça c’est possible justement parce que l’écosystème est ouvert, parce que la base de données est sous licence libre et parce que d’autres acteurs peuvent, du coup, l’utiliser, faire grossir cet écosystème idéalement avec des logiciels libres, mais ce n’est pas obligé.

Frédéric Couchet : Et on est, je suppose, indépendant du choix des algorithmes contrairement aux autres outils qui commencent par un « G » ou par un « W » pour certains. Finalement c’est la « porte ouverte », entre guillemets, à la liberté qui va dépendre avant tout des usages, comme vous l’expliquiez tout à l’heure.

Christian Quest : Oui. Tout à fait. Et on vise aussi une grande neutralité dans nos données On a par exemple des sujets, de temps en temps, de positionnement de frontière entre certains pays qui ne sont pas d’accord. Ou bien quel est le nom, par défaut, qu’on va faire apparaître sur une carte pour, par exemple, une ville comme Jérusalem. On va le mettre dans quelle langue ? Ce n’est pas évident. En fait dans notre base on a, je ne peux pas dire toutes les langues, mais si vous prenez le cas de Paris, je crois qu’il y a 250 langues différentes. On peut faire des cartes et des applications effectivement, Noémie a rappelé qu’on ne s’arrête pas aux cartes, qui ne sont pas limitées par la langue, etc.

Frédéric Couchet : Jean-Christophe.

Jean-Christophe Becquet : Comme Noémie l’a dit OpenStreetMap c’est d’abord une base de données géographiques sur laquelle s’appuie tout un ensemble de services en ligne, ceux qu’on trouve sur le site openstreetmap.org mais aussi tout un tas d’autres. En fait, cette base de données libres et ses enjeux libres rejoignent les enjeux du logiciel libre qu’on défend à l’April, c’est-à-dire retrouver la maîtrise de son informatique, retrouver la maîtrise de ses données. Tout simplement, dans la base de données OpenStreetMap, si je constate une erreur, une manque, une information qui n’est pas à jour, eh bien comme dans Wikipédia, je clique sur le bouton « modifier », je corrige, je complète et dans l’instant la base de données est actualisée, complétée, améliorée. Je pense que ce caractère libre de la base de données OpenStreetMap est vraiment un enjeu important qui permet de retrouver la maîtrise de sa base de données.
Dans ma ville, Digne-les-Bains, la base de données OpenStreetMap est de qualité nettement supérieure à celle de ses concurrents propriétaires parce qu’il y a des contributeurs OpenStreetMap dans ma région. Donc aujourd’hui si on cherche un service public, un restaurant, une adresse à Digne, il vaut beaucoup mieux passer par OpenStreetMap que par les cartes propriétaires.

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe. Là je regarde sur le salon web de la radio, je rappelle c’est sur causecommune.fm, vous cliquez sur « chat », il y a une question et une remarque. Je vais commencer par la remarque de un-oeuf-02, c’est son pseudo, qui nous dit : « Ce que j’aime avec OpenStreetMap c’est que l’on peut utiliser les données cartographiques même en étant hors-ligne. » Ça c’est la remarque, je vous laisserai réagir là-dessus et je vous donne l’autre question qui concerne plus OpenStreetMap France, qui est donc de PG : « Est-ce que l’association est dotée d’une équipe de cartographes ? » Déjà est-ce que vous voulez réagir sur la première remarque, sur le fait qu’on peut utiliser les données cartographiques même en étant hors ligne c’est-à-dire sans connexion internet, je suppose évidemment sur téléphone mobile, notamment. Noémie.

Noémie Lehuby : Oui, pourquoi pas. Oui, tout à fait, il y a plusieurs applications mobiles qui existent, qui reprennent justement ce principe. On peut citer par exemple OsmAnd ou plus récemment Maps.me et, effectivement, ce sont des applications qui font un peu tout ce qu’on attend d’une application mobile de cartographie. On peut se repérer avec son GPS, on peut regarder ce qu’il y a autour de soi, chercher des lieux, calculer des itinéraires, enregistrer son adresse préférée en favori, etc., et le tout, effectivement, va fonctionner hors ligne ce qui va permettre de l’utiliser par exemple à l’étranger si on n’a pas de réseau. Ça, effectivement, c’est une grande force d’OpenStreetMap qui est venue très tôt, ça fait assez longtemps que ces services-là existent. Moi, personnellement, c’est comme ça que j’ai découvert OpenStreetMap, c’est en utilisant une de ces applications pendant mes vacances à l’étranger que je suis tombée dedans.

Frédéric Couchet : Je vais compléter la remarque, toujours de un-oeuf-02, qui précise, « le manque – évidemment tout n’est pas toujours rose – ce qui manque, dit-il, ce sont les données de trafic routier en temps réel », par rapport à d’autres applications où il y a effectivement les infos de trafic. Christian Quest.

Christian Quest : Oui. Tout à fait. OpenStreetMap a vocation à décrire le monde, on va dire un monde un petit peu statique, une base de données géographiques mais relativement statiques avec des choses qui ont de la pérennité. Donc tout ce qui est très temporaire comme des travaux, des bouchons ou des accidents, effectivement ça n’a pas sa place dans la base OpenStreetMap.
Je vais faire une toute petite parenthèse : j’ai essayé de démarrer un projet qui s’appelle OpenEventDatabase pour venir combler ce manque et pour venir compléter OpenStreetMap en apportant des données qui, elles, sont localisées dans l’espace mais aussi dans le temps, donc avec des choses beaucoup plus liées au temps réel. Mais là, pareil, il va falloir qu’il y ait de la collaboration, il faut que tout le monde partage ses données en temps réel, ce qui n’est pas évident. Déjà, quand on a démarré, ce n’était pas évident pour les données cartographiques, mais alors pour les données en temps réel. aujourd’hui c’est encore considéré comme le petit trésor !

Frédéric Couchet : Ça me fait venir à l’esprit une question, j’ai une question, mais je vais la poser juste après. Je vais relancer la question sur OpenStreetMap France. Christian est-ce qu’il y a une équipe de cartographes au sein de l’association ?

Christian Quest : Il n’y a pas d’équipe, en tant que telle, de cartographes. Il y a beaucoup de gens dans l’association qui n’ont pas, non plus, une formation de cartographe. Il y a des gens qui collectent des données et qui les utilisent, mais, en fait, c’est assez décorrélé du côté association.
Ce qu’on essaye vraiment de maintenir dans l’association c’est d’être un point de contact pour, ça peut être des entreprises, ça peut être des médias, ça peut être des autorités qui veulent avoir un lien avec le projet OpenStreetMap parce que ce sont des centaines de milliers de contributeurs. Comment un média contacte des contributeurs ? C’est extrêmement compliqué. C’est entre autres pour ça qu’on a créé l’association et aussi pour organiser une conférence annuelle, pour avoir des serveurs, pour pouvoir faire fonctionner tout ça. On essaye de garder le côté association assez limité. Il n’y a que des bénévoles, il y a zéro employé, c’est très important de le dire, même au niveau international.

Frédéric Couchet : Même au niveau de la fondation ? C’est une fondation au niveau international ?

Christian Quest : Au niveau international il y a une fondation de droit anglais qui correspond à peu près à l’équivalent d’une association à but lucratif. Il y a un demi-employé, si je ne me trompe pas, qui s’occupe vraiment d’administratif. C’est tout. Tout le reste fonctionne avec uniquement des bénévoles, ce qui fait que le budget de l’association est absolument ridicule par rapport à d’autres projets. Quand on compare, par exemple,le budget…

Frédéric Couchet : Le budget le Wikipédia par exemple.

Christian Quest : Quand on compare, Wikipédia c’est plusieurs millions de dollars par an et la Fondation OpenStreetMap je crois qu’on doit être aux alentours de 200, 300 000 euros, c’est tout.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que quelqu’un veut compléter sur la partie réutilisation avant de parler de la partie contribution ? Jean-Christophe peut-être.

Jean-Christophe Becquet : Effectivement, avec les données OpenStreetMap, tout un chacun va pouvoir inventer, imaginer, comme le disait Christian, les services qu’il souhaite. Par exemple, si aujourd’hui vous venez en vacances à Digne-les-Bains et que vous allez à l’office de tourisme, vous demandez un plan de la ville, le plan de la ville qui vous sera donné c’est un plan qui a été imprimé à partir d’une extraction des données OpenStreetMap. Et si vous vous dites que vous voulez emprunter les transports en commun – il y a un petit réseau de bus à Digne, seulement cinq lignes – et que vous demandez le plan du réseau des bus, eh bien, de la même manière, le plan du réseau des bus c’est une extraction OpenStreetMap et chaque affichette que vous trouverez dans les Abribus pour vous indiquer les arrêts desservis par la ligne a été réalisée, effectivement, avec des données OpenStreetMap.
Donc on voit bien qu'OpenStreetMap, la base de données OpenStreetMap, est un véritable outil de production. Moi je travaille beaucoup avec les collectivités, donc j’emprunte mes exemples dans ce domaine-là, mais ça s’applique vraiment à tout type d’utilisateur puisque, aujourd’hui, des données géographiques c’est vraiment un sujet de convergence entre tous les domaines, tous les métiers. Je fais un petit peu d’enseignement, j‘interviens auprès d’étudiants en génie biologique et je leur fais des cours de cartographie parce que, aujourd’hui, quand on fait de l’agronomie et qu’on travaille sur des exploitations agricoles, on a besoin de cartographier des parcelles, des cours d’eau, des canaux d’irrigation. Donc on voit bien que c’est un sujet complètement transversal et le fait de disposer d’une base mondiale de données libres, ça va vraiment venir servir à tout le monde.

Frédéric Couchet : Très bien. On va passer à la partie contribution parce que tout à l’heure, dans l’instruction, le mot « collaboratif » ou « participatif » ou « contributif » a été évoqué et plusieurs fois on a parlé des personnes qui contribuent. La question que j’ai envie de poser, je me dis je suis sur une carte sur openstreetmap.org, tout à l’heure l’un de vous ou l’une de vous, je ne sais plus, a dit « on peut utiliser le bouton "modifier" pour ajouter une information », un peu, effectivement, comme sur Wikipédia. La question c’est : est-ce que c’est compliqué ? Est-ce qu’il faut des connaissances techniques ? Est-ce que quand on appuie sur ce bouton de modification il y a un éditeur qui nous aide ? Est-ce qu’on peut entrer n’importe quelle information ? Est-ce qu’on peut supprimer des informations ? Quelles sont les limites ? Quelles informations on peut indiquer ? Quelles sont les limites éventuelles et est-ce que, finalement, il faut être cartographe pour contribuer à OpenStreetMap ? Noémie.

Noémie Lehuby : Pas du tout. Il ne faut pas du tout être cartographe pour contribuer à OpenStreetMap, c’est complètement accessible. Le point de départ c’est d’aller sur openstreetmap.org et de cliquer sur « modifier » et là on a, effectivement, un éditeur web qui est disponible directement sur le site, qui permet de faire ses premiers pas très facilement. Donc de visualiser un petit peu les données OpenStreetMap, de voir à quoi ça ressemble et de faire ses premières modifications. Du coup, j’ai envie de dire que le seul prérequis pour commencer à contribuer dans OSM c’est de connaître son quartier, de connaître sa rue, de connaître un petit peu tout ce qu’il y a autour de soi et de se lancer.
J’irais même encore plus loin puisqu’on a déjà mentionné des applications mobiles, c’est que, aujourd’hui, dans des applications mobiles telles que Maps.me ou OsmAnd, qui sont basées sur OpenStreetMap, on a aussi la possibilité de faire des modifications. Donc de la même manière on va avoir un bouton « modifier » qui va apparaître et qui va permettre d’ajouter par exemple un commerce ou de modifier les horaires d’ouverture d’un restaurant. Contrairement à ce qu’on pourrait penser c’est très accessible et c’est très facile de faire ses premières modifications.

Frédéric Couchet : Un peu comme sur Wikipédia donc, c’est aussi simple techniquement.

Noémie Lehuby : Tout à fait.

Frédéric Couchet : Christian Quest.

Christian Quest : Il y a une grosse différence, par contre, c’est que aujourd’hui, pour contribuer dans Wikipédia, il faut être assez expert d’un domaine.

Frédéric Couchet : Oui, tu as raison.

Christian Quest : Alors qu’on est tous experts de notre quartier.

Frédéric Couchet : C’est effectivement une bonne remarque sur la différence importante.

Christian Quest : Ça fait qu’on peut très facilement contribuer en maintenant à jour des informations qu’on peut juste constater. Il y avait une autre partie dans ta question c’est : qu’est-ce qui a sa place dans OpenStreetMap et qu’est-ce qui n’a pas sa place ?

Frédéric Couchet : Qu’est-ce qu’on peut rajouter et qu’est-ce qui n’a pas sa place ?

Christian Quest : Qu’est-ce qui n’a pas sa place ? Tout à l’heure j’ai un peu parlé, par exemple, des choses qui sont très temporaires : des travaux, des choses comme ça.
Et puis on a quelques règles assez simples, par exemple il faut que ça soit vérifiable sur le terrain : il faut qu’on puisse aller sur le terrain et le vérifier ou bien avoir une source qui permet vraiment de vérifier. Il y a certaines choses qui ne sont pas vérifiables sur le terrain, par exemple la limite entre deux communes n’est pas tracée au sol, par contre on a des sources qui permettent d’aller vérifier. Et puis, autre chose, ce sont les sources d’information qu’on utilise : il faut qu’elles soient libres. Par exemple une des règles qu’on a, on n’a pas beaucoup de règles, on a une des règles qui est quasiment la numéro un c’est : on ne copie pas de cartes, parce que, en général, sur toutes les autres cartes que l’on peut trouver, sauf les cartes qui sont faites avec des données OpenStreetMap, mais là ce serait un peu le serpent qui se mord la queue, sur toutes les autres cartes, en général, il y a un copyright et on ne peut vraiment pas reprendre les informations qui sont sur ces cartes.

Frédéric Couchet : C’est une très bonne remarque parce que sur le salon web – aujourd’hui il y a vraiment beaucoup de questions – quelqu’un dont le pseudo est dans les Dansleslimbes – je vois qu’ils sont très imaginatifs aujourd’hui – pose la question : comment la licence d'OpenStreetMap peut-elle « interagir » entre guillemets avec des bases d’autres services, alors IGN, données d’entreprises ? Je crois que, en partie, tu viens un peu de répondre à la question, mais tu peux, évidemment, compléter.

Frédéric Couchet : En général c’est assez difficile d’utiliser les données si elles n’ont pas été mises au préalable sous une licence libre. Les données en open data, en France, sont largement utilisables dans le cadre d’OpenStreetMap, donc ça peut être une bonne source d’informations pour mettre à jour la carte, enfin la base de données.
On a d’ailleurs une source très importante qui nous a été ouverte depuis 2009 c’est le cadastre. Les services du cadastre nous ont autorisés à utiliser les plans cadastraux pour améliorer les données OpenStreetMap, ce qui nous a permis de compléter énormément de noms de rues, par exemple, sans forcément aller sur le terrain parce qu’on ne peut pas être partout et on n’a pas non plus des contributeurs partout.

Frédéric Couchet : Il y a pas mal de questions sur le salon web, mais on va faire une petite pause musicale et on poursuivra sur la partie contribution. Nous allons écouter Le chariot de Malik par Löhstana et on se retrouve juste après.

Pause musicale : Le chariot de Malik par Löhstana

Voix off : Cause Commune 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Le chariot de Malik par Löhstana, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouvez les références sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.

Nous allons poursuivre notre discussion, notre échange sur OpenStreetMap avec Jean-Christophe Becquet qui est au téléphone, Noémie Lehuby et Christian Quest qui sont sur place.
Je vais poursuivre avec quelques questions qui sont sur le salon web, je ne vais pas forcément pouvoir toutes les prendre. Il y avait une question sur la gestion des données personnelles avec notamment la contribution par position GPS, puisque juste avant la pause on mentionnait des applications. Ça me fait penser aussi à une question : par exemple est-ce qu’on peut rajouter sur OpenStreetMap l’adresse de personnes ou est-ce que c’est interdit ?

Christian Quest : Ça c’est une limite assez claire pour nous. On ne va pas mettre de données personnelles dans la base de données. On s’est même posé la question par exemple sur les cabinets de médecins : a-t-on le droit de mettre le nom du médecin, etc. ? Ça discute, de temps en temps, mais OpenStreetMap n’a pas vocation à devenir un annuaire, ce n’est pas ça. Ce qui est important c’est : j’ai besoin de trouver un médecin à proximité, donc il y en a un qui est là, quel que soit son nom, ce n’est pas le sujet. Il y a des annuaires pour ça.
Pour les données vraiment personnelles, ça n’a pas sa place dans OpenStreetMap, donc ça sera retiré si jamais quelqu’un rajoute ce genre de choses. Parfois ça arrive, par méconnaissance, par incompréhension du projet. On a eu, comme ça, parfois, des modifications qui n’étaient pas franchement souhaitables : quelqu’un qui met son carnet d’adresses. On lui a gentiment fait comprendre que tout le monde, du coup, y avait accès, que ce n’était pas possible, donc on a retiré les données.

Frédéric Couchet : C’est important, excuse-moi de te couper, parce que par rapport à Wikipédia, dans l’émission on avait dit que les gens peuvent faire des erreurs parce qu’on peut revenir en arrière, en fait c’est la même chose sur OpenStreetMap.

Christian Quest : C'est la même chose. Oui, tout à fait, c’est la même chose. On a un système, on appelle ça des reverts, on peut revenir en arrière sur une version d’un objet dans la base de données. C’est vraiment beaucoup plus structuré base de données que ne peut l’être Wikipédia. On va dire qu’on se rapprocherait plus de Wikidata, pour ceux qui connaissent Wikidata. Chaque objet a tout son historique accessible et on peut revenir en arrière et supprimer.
On peut aussi faire ce qu’on appelle des éditions, des rédactions, où là, même une version de l’objet n’est plus accessible. Typiquement quand il y a des données personnelles problématiques, on dira « oui, cette version de l’objet existe, mais tu n’y as pas accès ». Voilà. Ça c’est quelque chose de tout à fait géré, gérable et on fait très attention à ce genre de choses.

Frédéric Couchet : D’accord. Jean-Christophe, tout à l’heure je crois que c’est Christian qui a parlé des vélos ou Noémie, je ne sais plus, c’est Noémie. Je crois que toi tu es un grand randonneur. Jean-Christophe. Christian ouvre les yeux, je parle à Jean-Christophe qui est un grand randonneur. Ma question c’est par rapport à la contribution, on vient de parler de contribution, en utilisant le bouton « modifier », en rajoutant une information, une contribution potentielle, j’imagine, c’est en utilisant un téléphone ou un objet GPS pour tracer des chemins notamment de randonnée.

Jean-Christophe Becquet : Oui. Tout à fait. En zone rurale, le GPS est encore un outil de contribution bien utile, parce que les sentiers de randonnée ne figurent pas forcément sur le cadastre, par exemple. Donc on peut effectivement commencer une randonnée, démarrer son téléphone en mode enregistrement de traces GPS. Ensuite, les outils de contribution à OpenStreetMap permettent d’utiliser le fichier qu’on obtient, qui est un fichier au format GPX, qui contient des points avec l’heure de passage à ce point et les coordonnées latitude, longitude et altitude également du point, pour tracer des chemins sur OpenStreetMap.
On peut aussi renseigner des chemins de randonnée sur OpenStreetMap en utilisant des données open data. Mon département, les Alpes-de-Haute-Provence, a libéré l’année dernière sous licence libre un jeu de données qui s’appelle le Plan départemental des itinéraires de randonnées pédestres [Plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée (PDIPR)] qui contient le tracé de tous les chemins entretenus, maintenus par le conseil départemental pour la pratique de la randonnée, du VTT, de la raquette et du ski de fond, etc. Donc ces données peuvent être utilisées pour abonder la base OpenStreetMap, tracer des nouveaux chemins, des nouvelles pistes de randonnée, de VTT.

Frédéric Couchet : Ça me fait penser, je vais changer de sujet, enfin je vais poser une question sur un sujet un petit peu différent et juste après on revient avec toi, Jean-Christophe, notamment sur le projet Dessine ta ville et le lien avec les collectivités. Si je me souviens bien, un usage important d’OpenStreetMap c’est lors d’incidents ou même d’accidents graves dans des pays, tremblements de terre ou zones de conflit, où là il y a une vraie réactivité qui n’est pas possible avec les autres outils privateurs. Est-ce que quelqu’un veut parler de ça rapidement ? Noémie, Christian.

Christian Quest : Je peux un peu raconter : les premières mobilisations qu’on a pu avoir dans le cas de crises humanitaires, la première où il y a vraiment eu de la mobilisation c’était quand il y a eu le tremblement de terre à Haïti. Les cartes d’Haïti dataient des années 60, étaient sous format papier et il n’y avait absolument rien en numérique.
Il faut savoir que lorsqu’il y a des crises importantes comme ça, il existe une charte de l’espace qui fait que les premières images satellites qui sont prises par des agences spatiales dans le monde sont partagées, donc elles sont libérées. Ça permet, du coup, de réagir très vite et on peut, par exemple, tracer l’état des routes tel qu’il est après la catastrophe et pas tel qu’il était avant.
Je n’étais pas encore très impliqué dans OpenStreetMap au moment d’Haïti, par contre j’ai passé quelques nuits blanches à cartographier une bonne partie de la côte japonaise après le tsunami. On sait que ça a été utilisé par les secours sur place parce qu’ils avaient des informations qui étaient à jour dans leurs GPS tous les matins. Donc ils rechargeaient leurs GPS tous les matins pour savoir par où ils pouvaient passer, parce que là, le problème c’était comment circuler alors que tout le réseau routier de la côte avait été détruit.
Il y a eu plein d’autres cas. Il y a eu des cas aux Philippines avec le typhon Haiyan, il y a eu le tremblement de terre au Népal. Ça on a eu quelques échos dans les médias. On a des missions régulières, de ce type-là, qui sont déclenchées par une organisation qui s’appelle HOT, Humanitarian OpenStreetMap Team. C’est une structure dédiée qui s’est créée après Haïti pour gérer, justement, l’interaction avec les autres ONG. On est aussi intervenus en Afrique à la demande de Médecins sans frontières pour cartographier des villes où aucune carte n’existait. C’était au tout début des foyers d’Ebola et il y avait une suspicion. Médecins sans frontières devait intervenir sur place, nous a demandé « est-ce que vous pouvez nous aider à cartographier cette ville ? », c’est une petite ville de un million d’habitants, je crois. Les médecins sont arrivés avec le matériel et les cartes de la ville, alors que la ville n’avait absolument aucune carte.

Frédéric Couchet : Superbe. Noémie, est-ce que tu veux compléter là-dessus ?

Noémie Lehuby : Oui. C’est intéressant parce que ça nous permet de revenir un petit peu à ce qu’on disait avant sur les différentes manières de contribuer où, effectivement, on peut voir qu’il y a le fait d’aller sur le terrain et de cartographier parce qu’on connaît sa rue. Il y a ce qu’a mentionné Jean-Christophe de contribuer avec d’autres données qui peuvent être ouvertes. Et puis il y a aussi le fait de pouvoir contribuer à partir d’imageries satellites ou aériennes qui sont mises sous une licence compatible. Du coup, on a quand même une très grande variété de possibilités pour contribuer à OpenStreetMap, c’est aussi ça qui fait la richesse du projet c’est que ça se renouvelle énormément et qu’on va pouvoir cartographier de manières très différentes selon ses envies et ses motivations.

Frédéric Couchet : Très bien. Jean-Christophe, dans ton introduction tu as parlé du projet Dessine ta ville, si je me souviens bien du terme exact, donc pour impliquer notamment les collectivités. Est-ce que tu peux nous en parler en petit peu ?

Jean-Christophe Becquet : Le projet Dessine ta ville c’est une initiative qui comporte trois étapes, qui s’adresse effectivement aux collectivités locales.

La première étape c’est de sensibiliser les collectivités à OpenStreetMap, précisément ce qu’on est en train de faire dans cette émission. Donc en interne dans la collectivité, à destination des élus, des agents, expliquer OpenStreetMap, son fonctionnement, ses enjeux, répondre aux appréhensions qui peuvent se poser comme « si tout le monde peut éditer la base de données alors n’importe qui peut faire n’importe quoi ! » Donc expliquer comment la communauté OpenStreetMap se régule et se contrôle, comme l’a expliqué Christian à l’instant. Et puis sensibiliser en externe les habitants, les citoyens de la commune, les écoles, les organismes de formation, les associations. Organiser des conférences pour expliquer le fonctionnement d’OpenStreetMap par exemple à la médiathèque ou dans une maison de quartier.

Une fois qu’on a expliqué au plus grand nombre le fonctionnement, l’intérêt, les principes d’OpenStreetMap, on va essayer de mener des actions pour susciter la participation. C’est-à-dire encourager les personnes à contribuer à la base de données OpenStreetMap. Pour ça, la première chose que peut faire la collectivité c’est donner l’exemple. Par exemple la mairie de Digne-les-Bains a embauché il y a quelques années, pendant quatre mois l’été, une stagiaire dont la mission était de cartographier le réseau des bus de la ville dans OpenStreetMap. Et le fait que la base de données monte en qualité, monte en exhaustivité, ça rend plus facile ensuite la contribution pour aller corriger les petites erreurs, compléter les petites informations qui manquent, donc ça incite les personnes à contribuer.

Une autre manière d’encourager la contribution c’est de fournir des données en open data, la localisation des écoles, les services publics, les bâtiments accessibles au public.

Et une chose qui se pratique, un type d’événements qui se pratique beaucoup dans la communauté OpenStreetMap, c’est d’organiser ce qu’on appelle une cartopartie. Une cartopartie ça consiste à donner rendez-vous à un groupe de gens, en général sur une demi-journée ou une journée, et leur proposer de cartographier un quartier ou une thématique dans un quartier dans OpenStreetMap. Ça peut être une cartopartie générique où on dit aux gens de venir et chacun contribue sur la thématique qui l’intéresse. Ou alors une cartopartie thématique, par exemple à Digne on a organisé une cartopartie sur le thème du vélo, sur le thème de la cyclabilité, où on a cartographié les pistes cyclables, les équipements pour la maintenance des vélos, les garages à vélos, les sources d’eau potable pour remplir sa gourde quand on se déplace à vélo, et une cartopartie sur le thème de la santé où on a cartographié les cabinets médicaux, les pharmacies, les différents bâtiments du centre hospitalier.
Toutes ces contributions vont faire monter la qualité de la base de données en exhaustivité, en actualité, et vont rendre, à chaque fois, encore plus attrayantes les réutilisations. La réutilisation c’est la troisième étape de la démarche Dessine ta ville.
C’est d’abord sensibiliser, ensuite susciter la participation, enfin réutiliser.
Effectivement, quand on a une base de données qui a atteint un certain niveau de qualité on peut, comme je l’ai expliqué tout à l’heure, utiliser cette base de données pour fabriquer des plans, des plans de villes pour le tourisme, pour les réseaux de transport en commun. On peut utiliser cette base de données en fond de carte sur son site web pour localiser les équipements publics, pour localiser les écoles. Et, d’un point de vue un petit peu plus technique, on peut intégrer la base de données OpenStreetMap dans son SIG. SIG c’est l’acronyme de Système d’information géographique, qui est un type service qui se répand de plus en plus dans les collectivités, qui utilise des outils permettant de cartographier, de géolocaliser tous les points du territoire. Aujourd’hui, une des problématiques des SIG c’est d’être alimentés en données. Pour ça la base de données OpenStreetMap est un trésor parce qu’elle est libre, donc on peut l’utiliser sans contrainte et, en plus, si on a mené des actions pour encourager la participation, on va avoir une base de données de très grande qualité en termes de complétude, en termes de fraîcheur, donc très intéressante, très utile pour le SIG de la collectivité.

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe. Tu as parlé de réseau de transport, ça me fait penser que dans l’introduction de Noémie, j’ai cité Jungle Bus. C’est quoi Jungle Bus ?

Noémie Lehuby : Jungle Bus ça part d’un constat très simple, un peu triste, que la plupart des villes dans le monde n’ont pas de plan de transport et n’ont pas, de manière générale, d’informations voyageurs sur les transports qui y circulent et, un deuxième constat, c’est qu’avec OpenStreetMap on peut remédier à ça.
Effectivement, dans OpenStreetMap on peut cartographier des arrêts de bus, des gares, des lignes de bus, des trajets de bus, etc. Comme la basse de données est libre et réutilisable, on peut également, une fois qu’on a cartographié tout ça, s’en servir pour faire des plans de transport, des plans géographiques, des plans schématiques, des plans qu’on peut afficher sur les bus, pour faire des applications de calcul d’itinéraire, etc.
L’idée de Jungle Bus c’était ça, c’était de se dire allons cartographier les réseaux de transport pour lesquels les gens ne savent pas comment les utiliser, où passent les bus, etc.
Ça fait quelques années qu’on fait ça. On a eu notamment un gros projet à Accra, la capitale du Ghana, pour cartographier l’intégralité du réseau de transport de bus informels qui était d’environ 300 lignes. On a pu, ainsi, déployer les premières applications mobiles d’information voyageurs dans la ville. Du coup on a plusieurs actions autour de ça, que ça soit créer les outils pour permettre aux contributeurs de se saisir du sujet et de cartographier les données dans OpenStreetMap. Créer aussi les outils pour réutiliser les données, en faire des choses utiles pour les voyageurs et accompagner les collectivités locales qui en ont besoin, qui ont besoin de comprendre un petit peu comment OpenStreetMap marche ; accompagner aussi les contributeurs qui veulent faire ça bénévolement ou pas, etc. Il y a énormément de travail sur ce sujet-là parce qu’effectivement OpenStreetMap est une solution pertinente mais qui n’est pas forcément encore très connue des personnes à qui elle pourrait bénéficier.
C’est un beau projet dans lequel je m’investis depuis quelques années.

Frédéric Couchet : C’est Jungle Bus. Ça me fait penser que tout à l’heure j’ai fait un petit quiz, j’ai posé deux questions. Je vais répondre à la deuxième question. La question c’était : quel site web utiliseriez-vous pour trouver où boire vote bière préférée autour de chez vous, boire, je le répète, évidemment avec modération. Eh bien le site c’est OpenBeerMap, tout simplement. Vous cherchez sur un moteur de recherche, sinon c’est OpenBeerMap.github.io et c’est un projet qui a été lancé par Noémie il y a quelques années. Combien de temps ?

Noémie Lehuby : C’était en 2014, il me semble. Oui, tout à fait. C’était un petit projet que j’avais lancé à mes débuts dans OpenStreetMap. Je venais vraiment de commencer à ce moment-là et puis, en sortant d’un bar un soir, d’un bar qui n’était pas génial où j’avais bu une bière pas géniale, eh bien je ne suis dit que quand même ça serait vraiment pratique de pouvoir choisir son bar en fonction des bières qu’on y sert. Si vous êtes amateur de bière c’est sûrement quelque chose qui va vous parler, se dire que si on a envie de boire une bonne bière artisanale ou une bonne bière belge par exemple, plutôt que la bière…

Frédéric Couchet : La bière classique, quoi !

Noémie Lehuby : On va dire classique, qu’on ne va pas citer, on va juste dire classique. Voilà ! Du coup je me suis dit qu’OpenStreetMap ça pouvait être une solution pour ça, donc j’ai commencé à regarder un petit peu ce qu’il y avait dans la base de données. J’ai créé un petit site qui permet de visualiser effectivement les bars autour de soi et les bières pressions qui sont servies dans ces bars, puisque c’est une information qu’on peut mettre dans OpenStreetMap. Comme il n’y en avait pas beaucoup je suis même allée un petit plus loin, j’en ai fait un petit éditeur. Sur le site OpenBeerMap on peut aussi modifier les informations classiques du bar – son nom, ses horaires d’ouverture, etc., les horaires des happy hours, ce genre de choses – et bien sûr les bières pressions qui sont servies dans le bar. Ça fait depuis 2014 que le site existe. C’est un projet libre, bien sûr. Je l’ai initié, mais j’ai eu aussi pas mal de contributions sur la partie code en plus des très nombreuses contributions sur la partie données qui sont, du coup, directement reversées dans OpenStreetMap.

Frédéric Couchet : Christian, tu voulais ajouter quelque chose là-dessus ?

Christian Quest : Oui. Je pense que ce genre de choses est essentiel. Évidemment, sur une carte c’est très difficile de représenter tous ces détails et ça montre tout l’aspect base de données qui est essentiel à OpenStreetMap parce qu’on va pouvoir renseigner avec des détails incroyables. On n’a pas parlé, par exemple, de l’accessibilité. C’est aussi un projet qui est né très tôt dans l’histoire d’OpenStreetMap, c’est renseigner l’accessibilité pour les personnes handicapées. Il y a des villes qui se sont emparées du sujet et qui ont cartographié l’accessibilité des commerces, etc., en s’appuyant sur OpenStreetMap, sur des contributeurs, sur des personnes handicapées aussi. Ça permet aussi, quand on fait ce genre de cartopartie thématique, de remettre un sujet sur la place publique : organiser toute une série de cartoparties sur les transports, sur la santé, sur l’accessibilité, éventuellement sur les bières, ça remet le sujet dans la discussion.

Frédéric Couchet : Le temps file il faudra qu’en fin d’émission on parle rapidement de State Of The Map France, enfin rapide, je ne sais pas, mais j’ai deux questions. Une première : est-ce, que suite aux changements récents de facturation ou de tarification de Google Maps, vous avez vu un effet positif sur le fait que de plus en plus de sites allaient utiliser un fond de carte OpenStreetMap à la place de Google Maps ? Première question.
La deuxième question qui est un peu plus générale, pour finir là-dessus, ce sera plutôt : vous avez parlé des cartographies, une personne qui souhaite s’y mettre et qui ne veut pas s’y mettre seule, comment elle peut s’y mettre ? Est-ce que c’est OpenStreetMap France la principale source de références ? Est-ce qu’il y a des événements ? Comment elle s’y met ? Christian, vas-y.

Christian Quest : Je peux répondre sur la première question. Oui, on a constaté un intérêt évident pour OpenStreetMap. Beaucoup de gens qui s’appuyaient sur des solutions gratuites ont cherché, évidemment, des solutions gratuites de remplacement. J’ai écrit plusieurs articles à ce sujet-là pour dire que le gratuit, en la matière, ça a forcément des limites, parce que générer des fonds de carte et les servir comme on le fait, ça nécessite de l’infrastructure et ça a un coût. C’est dommage d’avoir laissé penser pendant des années que tout ça ne coûtait rien. C’est une forme de dumping qui pose quand même de sérieux problèmes.
Nous on a constaté, sur les serveurs d’OpenStreetMap France, une augmentation d’à peu près 110 % du trafic sur nos serveurs de fonds de cartes. Voilà ! On voit bien la corrélation en termes de dates avec l’été dernier et avec l’automne : il y a eu deux pics d’augmentation ; depuis ça n’est pas redescendu et ça ne va sûrement pas redescendre. Ça veut dire un petit peu plus de ressources à mettre en batterie de notre côté.
On a des gens qui nous aident on n’en a pas parlé. Ça vaut le coup quand même de dire qu’il y a des entreprises, il y a des collectivités, il y a des universités qui nous mettent à disposition du matériel. On a au moins deux grosses entreprises qui nous donnent un coup de main qui sont OVH et la Fondation d’entreprise Free, donc qui nous mettent à disposition des serveurs pour pouvoir faire tourner une partie de notre infra française. Et puis, de temps en temps, on fait des appels au don pour compléter, pour remettre à jour des machines.
Je vais laisser Noémie répondre sur la deuxième partie.

Noémie Lehuby : Sur la deuxième question. Oui tout à fait. La question c’était ?

Frédéric Couchet : Comment s’y mettre concrètement.

Noémie Lehuby : Comment s’y mettre concrètement. Ça dépend un petit peu de ses affinités. Si on a plutôt envie de s’y mettre en rencontrant des gens, je pense que le plus simple c’est de venir participer à des rencontres que les groupes locaux organisent ou à des cartoparties. Pour ça, je pense qu’un bon point d’entrée c’est le site de notre association, donc openstreetmap.fr, où on a une rubrique « événements » qui liste les réunions des groupes locaux. Il y a des groupes locaux qui s’organisent, qui se réunissent par exemple tous les mois pour faire un petit peu le point sur l’avancée de leurs projets respectifs. Et puis des cartoparties qui s’organisent qui peuvent être, comme l’a dit Jean-Christophe, ou bien des cartoparties thématiques ou bien des cartoparties généralistes mais limitées par exemple à un territoire. Ça c’est un bon moyen de se lancer en rencontrant d’autres contributeurs qui vont pouvoir vous tenir la main, vous expliquer un petit peu comment ça marche et vous accompagner pour faire vos premiers pas.
Si vous êtes plus aventureux, je pense qu’il faut commencer par aller sur le site openstreetmap.org, cliquer sur « modifier » et regarder un peu comment ça marche.
On a un wiki qui est notre bible, notre grosse source d’informations, qui explique un petit peu comment fonctionne le projet, comment fonctionne la base de données et qui est vraiment la référence. Et voilà ! Commencer à cliquer un peu partout et voir ce qu’on arrive à faire, ce n’est pas très difficile. Le plus difficile c’est de se lancer.

Christian Quest : Il y a autre chose qui est organisé, ce sont des mapathons. Là c’est plus orienté humanitaire, ça se passe en général en soirée et ça permet de découvrir comment compléter la carte dans un endroit, souvent très lointain, à l’aide d’images satellites. Donc on va cartographier par exemple les bâtiments, et rien que le fait de compter les bâtiments permet de savoir quelle est la population approximative dans une zone ce qui va permettre de savoir où positionner par exemple un dispensaire, ce genre de choses.

Frédéric Couchet : D’accord. Jean-Christophe, en deux mots parce que le temps file, un petit mot sur la formation et plus précisément, peut-être, est-ce que tu peux nous dire deux mots sur les nouveaux programmes dans les lycées, notamment à partir de la seconde, parce qu’il y a OpenStreetMap qui est dans les nouveaux programmes ?

Jean-Christophe Becquet : Effectivement, à partir de la rentrée qui vient, dans le nouveau référentiel de compétences attendues dans les programmes de seconde, il y a la compétence « savoir contribuer à OpenStreetMap ». C’est une formidable opportunité pour la communauté OpenStreetMap parce que ça veut dire une masse gigantesque de contributeurs potentiels. C’est aussi une difficulté à gérer parce que ça veut dire qu’il va falloir accompagner, former les enseignants qui vont devoir transmettre cette compétence. Je pense que c’est vraiment un enjeu dans les années qui viennent de mettre en place des formations d’initiation à OpenStreetMap pour faire monter en compétences les contributeurs et surtout ceux qui accompagnent les contributeurs pour avoir des contributions de qualité.

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe. Je vais laisser un dernier mot, mais alors 30 secondes, pour expliquer ce qu’est State Of The Map France et où ça se passe.

Christian Quest : State Of The Map c’est une conférence annuelle. Il y a une conférence internationale qui est organisée et, depuis plusieurs années, on organise aussi un State Of The Map France, c’est la conférence annuelle d’OpenStreetMap France, et cette année elle se déroule à Montpellier du 14 au 16 juin, donc ce week-end.

Frédéric Couchet : Ce week-end.

Christian Quest : On est en train de terminer nos présentations à l’arrache, comme d’habitude. En général on a plus de 200 personnes. On a 70 conférences enfin il y a vraiment beaucoup de choses.

Frédéric Couchet : D’accord. On encourage toutes les personnes à aller à cette édition ou à la prochaine, ou aux cartoparties locales qui sont organisées. Et pour répondre à la dernière question de PG sur le salon : travaillez-vous avec les scolaires ou autres publics pour les sensibiliser ? Je pense qu’avec ce programme de seconde des lycées vous allez avoir de plus en plus de demandes, donc vous y répondrez en fonction, évidemment, des moyens.

Christian Quest : Et ça a déjà été fait, il y a déjà eu des choses de faites, il y a eu des choses de faites récemment par exemple à côté de Metz.

Frédéric Couchet : Écoutez, super. C’était vraiment une première émission, vous avez compris en l’écoutant qu’on a abordé plein de sujets et qu’on pourrait parler de chacun des sujets pendant 30 minutes, une heure.
Je remercie les personnes qui sont intervenues : Jean-Christophe Becquet au téléphone, Noémie Lehuby et Christian Quest sur place et je vous souhaite une bonne journée.

Christian Quest : Bonne journée.

Noémie Lehubyt : Bonne journée.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons faire une pause musicale. Nous allons écouter I need par Jahzzar et on se retrouve juste après.

Pause musicale : I need par Jahzzar.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Chronique « Pépites libres » sur des films libres de la Fondation Blender par Jean-Christophe Becquet

Frédéric Couchet : I need par Jahzzar, musique disponible en licence libre. Les références sont sur le site de l’April, april.org.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre, sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et sur causecommune.fm partout dans le monde.
Nous allons maintenant aborder notre dernier sujet.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons maintenant aborder la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet eh oui, parce que Jean-Christophe Becquet, en plus de ses activités OpenStreetMap, est président de l’April. Bonjour Jean-Christophe.

Jean-Christophe Becquet : Bonjour.

Frédéric Couchet : Aujourd’hui, je crois ce que tu souhaites nous présenter dans la pépite libre ce sont des films libres de la Fondation Blender.

Jean-Christophe Becquet : Oui, tout à fait. Peut-être commencer par expliquer ce qu’est Blender. Blender est un logiciel libre de modélisation, d’animation et de rendu en 3D.
Il est intéressant de se pencher quelques minutes sur son histoire. En effet, Blender était au départ un partagiciel, en anglais on parle de shareware, c’est-à-dire qu'il était disponible gratuitement dans une version limitée et qu’il fallait payer pour accéder à l'ensemble des fonctionnalités. Blender devient ensuite un logiciel gratuit, freeware en anglais. Et en 2002, une souscription est lancée afin de racheter les droits d'auteur de Blender pour un montant de 100 000 euros et d'en faire un logiciel libre, free software en anglais, sous licence GPL. Un article récent sur le site du projet, intitulé Blender is Free Software, célèbre cette liberté. L‘article explique : « Blender est libre pour toujours. Cette liberté, qui rend la licence GPL si puissante, est la raison pour laquelle c'est bien plus que de l'open source ».

Blender connaît un développement formidable depuis 25 ans. Le 2 février 2019, le créateur de Blender, Ton Roosendaal, a reçu le prix Annie Ub Iwerks de la Société internationale du film d'animation, ASIFA-Hollywood. Ce prix reconnaît les progrès techniques qui ont un impact significatif sur l’art ou l’industrie de l’animation. Un article de la licence professionnelle CoLibre titre : « Quand un logiciel libre reçoit enfin la reconnaissance qu’il mérite… ».
Depuis 2007, la Fondation Blender, qui pilote le développement du logiciel, héberge l'Institut Blender. Il s'agit du premier studio de production cinématographique et vidéo ludique libre. L'équipe, basée à Amsterdam, se consacre à la production de films et de jeux vidéos libres avec le logiciel Blender. L'originalité de la démarche réside dans le fait que tout le processus de création artistique, personnages, scènes, textures, est partagé sous licence libre.
Aujourd'hui, la Fondation Blender a publié une dizaine d’œuvres de grande qualité. Citons quelques exemples.
Le dessin animé Big Buck Bunny qui réjouira les enfants de tout âge.
Un autre court métrage, Cosmos Laundromat, raconte l'histoire d'un mouton dépressif sur une île déserte. Il rencontre un vendeur excentrique qui lui propose de changer de vie.
Enfin Spring, le dernier sorti, est une belle ode à la vie. Une jeune bergère affronte les esprits anciens pour permettre la venue du printemps.
Le générique de fin de tous ces films affiche une licence Creative Commons BY. C’est-à-dire qu’on peut les copier, les projeter dans toutes circonstances et aussi les modifier. C’est du cinéma libre !

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe pour cette présentation. On a déjà parlé un petit peu de Blender, notamment son historique que tu as rappelé, dans l’émission du 19 mars avec Jehan Pagès et Lionel Allorge. J’invite les personnes qui écoutent l’émission à réécouter le podcast si elles veulent avoir plus de détails. Je suppose que la production de ces films est aussi l’occasion de montrer les capacités de Blender, donc je suppose, c’est une question ouverte, qu’il y a un nouveau film à chaque nouvelle version de Blender peut-être.

Jean-Christophe Becquet : Effectivement c’était l’une des motivations, en tout cas initiales, c’était de produire des films d’animation pour montrer par la pratique les capacités du logiciel Blender, tester des fonctionnalités nouvelles. Effectivement, depuis 2007, la Fondation Blender sort environ un nouveau film tous les deux ans et chaque fois le défi c’est de mettre en évidence les nouvelles fonctionnalités du logiciel libre Blender.

Frédéric Couchet : Est-ce que tu te souviens de la durée de ces films qui sont produits, c’est quoi ? C’est 50 minutes ?

Jean-Christophe Becquet : Ce sont des films très courts. Ce sont des courts métrages de l’ordre de 10 minutes ce qui, du coup, rend tout à fait possible et pertinente une projection dans un événement libriste, au début ou à la fin d’une conférence ou pendant une pause, on peut proposer la projection d’un film libre de la Fondation Blender. La licence le permet et le format de l’ordre de la dizaine de minutes rend ça possible dans un grand nombre d’événements.

Frédéric Couchet : C’est une excellente suggestion parce que souvent dans les pauses il n’y a rien qui est diffusé sur l’écran. Ça peut être l’occasion de diffuser quelque chose. J’ai vu hier, en préparant l’émission, le dernier-né, Spring, qui est une féerie sur la fin de l’hiver en montagne ; c’est absolument magnifique. De mémoire ça dure six ou sept minutes. On encourage évidemment toutes les personnes à regarder. Tous ces films sont disponibles sur le site de Blender ?

Jean-Christophe Becquet : Oui. Tout à fait. Il y a un site sur lequel on peut retrouver les vidéos de tous les films, en accès libre sous licence Creative Commons BY. Pour pouvoir télécharger les matériaux qui ont servi à la production des films, c’est-à-dire les modèles 3D, les textures, les personnages, il faut souscrire un abonnement auprès de la Fondation Blender de l’ordre de la dizaine d’euros par mois pour pouvoir accéder à l’ensemble des téléchargements, ce qui montre bien que libre n’est pas gratuit et que gratuit n’est pas libre. Ce sont vraiment deux notions différentes. Tous ces contenus, tous ces médias sont bien sous licence libre. Il n’en demeure pas moins que la Fondation Blender a fait le choix de rendre payant l’accès, c’est tout à fait possible et permis par des licences libres. C’est aussi une bonne illustration du fonctionnement des licences libres.
Les films, eux, sont accessibles librement et gratuitement dans leur version intégrale et en haute résolution sur le site de la Fondation Blender.

Frédéric Couchet : Écoute merci Jean-Christophe. Je précise qu’il y a des références sur le site de l’April, dans la page consacrée à l’émission que tu as mise à jour tout à l’heure. Je te remercie pour cette chronique et on se retrouve peut-être en juillet pour la dernière chronique avant la pause.

Jean-Christophe Becquet : Entendu. Ça marche.

Frédéric Couchet : Passe une bonne journée.

Jean-Christophe Becquet : Belle fin de journée. Merci. Au revoir.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous approchons de la fin de l’émission et nous allons finir par quelques annonces.

Annonces

Frédéric Couchet : Nous approchons de la fin de l’émission et nous allons finir par quelques annonces.

On parlait tout à l’heure de collectivités et logiciel libre. Eh bien Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la mairie de Paris a cosigné, notamment avec Jean-Christophe Becquet, décidément la star du jour, une tribune publiée dans Libération la semaine dernière intitulée « Logiciel libre, il faut mettre la technologie au service des villes et des citoyens. » Et nous avons eu récemment une émission avec Pierre Levy, qui travaille à la Direction des systèmes d’information de la mairie de Paris, pour parler notamment de Lutece, un projet libre développé par la mairie de Paris depuis les années 2000.

Mon collègue Étienne Gonnu, actuellement en régie, qui s’occupe aussi des affaires publiques à l’April, a des compétences multiples, car il interviendra jeudi 13 juin au Centre social et culturel Guy Toffoletti à Bagnolet, entre 19 heures et 21 heures, dans une table ronde intitulée « Le logiciel libre, une intelligence collective à grande échelle », c’est organisé par l’université populaire de Bagnolet

Ce week-end, si vous êtes à Montpellier il y a un événement OpenStreetMap, mais si vous êtes en région parisienne il y a un April Camp qui a lieu donc le samedi 15 et le dimanche 16 juin 2019 au local de l’April à Paris. C’est quoi un April Camp ? L’idée c’est de se réunir pendant deux jours entre membres de l’association et soutiens, pour faire avancer des projets, lancer de nouveaux projets ou simplement se rencontrer et discuter. Les projets peuvent être de nature technique, ils peuvent de nature communication ou très variés. Par exemple le dimanche il y aura un atelier sur la création d’un Jeu du Gnou inspiré du Jeu de l’Oie, en fait un jeu de sensibilisation autour d’un certain nombre de thématiques. N’hésitez pas à venir, toute personne est la bienvenue qu’elle soit membre ou pas de l’April, et quels que soient ses compétences. Vous pouvez passer quelques heures ou même les deux jours entièrement. Les références sont sur le site de l’April. C’est samedi 15 juin et dimanche 16 juin. Le local de l’April est dans le 14e arrondissement de Paris.
Vous retrouverez tous les autres événements liés au logiciel libre évidemment sur le site agendadulibre.org.

Notre émission se termine. Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission, donc Jean-Christophe Becquet, Noémie Lehuby, Christian Quest. François Zaïdi. Aux manettes de la régie aujourd’hui Étienne Gonnu.
Un grand merci également à Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio, qui s’occupe notamment et avec beaucoup de soin du traitement des podcasts.
Vous retrouverez sur le site april.org toutes les références utiles, ainsi que sur le site de la radio causecommune.fm. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.

La prochaine aura lieu en direct mardi 18 juin de 15 heures 30 à 17 heures. Notre sujet principal sera consacré au CHATONS, ce sera la deuxième émission consacrée au CHATONS. Je vais rappeler que le CHATONS c’est le Collectif des Hébergeurs, Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Je précise que je triche, je l’ai écrit pour être sûr de ne pas me tromper !

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve donc en direct mardi prochain et d’ici là portez-vous bien.

Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.

Revue de presse de l'April pour la semaine 24 de l'année 2019

APRIL - lun, 06/17/2019 - 20:43

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Nticweb.com] Aux origines de l'Open Source

✍ Samir Roubahi, le dimanche 16 juin 2019.

Quand je travaillais en Allemagne, il y a quelques années, j’ai été surpris d’y trouver un autre rapport au logiciel que celui que je voyais en Algérie et même en France. J’ai notamment vu que la plupart des établissements et institutions du pays utilisaient des applications libres. Et j’ai découvert au passage une multitude de softwares inconnus pour moi jusqu’à présent.

Et aussi: [ZDNet France] Le CERN délaisse Microsoft pour le logiciel libre

✍ Steven J. Vaughan-Nichols, le jeudi 13 juin 2019.

Le CERN, l’un des principaux organismes de recherche scientifique au monde, a délaissé les programmes Microsoft pour utiliser des logiciels open source plus abordable.

[Developpez.com] Freelance: il n'a pas été payé, alors il a publié en open source le projet de son client,

✍ Michael Guilloux, le mercredi 12 juin 2019.

Cela vous êtes peut-être déjà arrivé si vous êtes un travailleur indépendant. Après que son client ait signé “le contrat” et qu’il a commencé à développer la plateforme demandée, le client a décidé de rompre le contrat et refusé de le payer pour le travail qu’il a fait. «Parfois, on se fait avoir dans les affaires, mais au moins, maintenant, j’ai trouvé une solution», explique Jason Werner, freelancer et développeur de Cosmo, un gestionnaire mobile de portefeuille de cryptomonnaie. La solution dont il parle, c’est de publier en open source la plateforme qu’il avait commencé à développer pour son client.

[Next INpact] Hadopi, putain 10 ans!

✍ Marc Rees, le mercredi 12 juin 2019.

Il y a dix ans jour pour jour, après une longue bataille parlementaire, la loi instituant la Hadopi était promulguée par Nicolas Sarkozy. Le début d’une longue histoire, parsemée de surprises et d’une bonne dose de LOL…

[Global Security Mag] RGPD, un an après: 80% des consommateurs n'estiment toujours pas avoir le contrôle sur leurs données

✍ SUZE, le mardi 11 juin 2019.

Si l’entrée en vigueur du RGPD le 25 mai 2018 est venu bouleverser la gestion des données pour les entreprises, elle a aussi ouvert la voie à une prise de conscience des consommateurs sur l’utilisation qui est faite de leurs données. Des consommateurs qui demandent aujourd’hui toujours plus de transparence et de contrôle. C’est ce que révèle une étude menée par SUSE (via Google Survey) auprès de 2000 personnes en Europe (France, Allemagne et Royaume-Uni).

Et aussi: [Thot Cursus] Open source - Code source libre: répertoire des sites de référence et de formation

Le lundi 10 juin 2019.

Une sélection de ressources pratiques pour les personnes curieuses d’en connaître un peu plus sur le code source libre, les logiciels libres et leur évolution.

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April le 20 juin 2019 à la FPH (Paris 11e) - accueil à partir de 18 h 30

APRIL - lun, 06/17/2019 - 13:57
Start: 20 Juin 2019 - 18:30End: 20 Juin 2019 - 20:30 Le groupe de travail Sensibilisation ? L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement. Quand et quoi ? Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois à la Fondation pour le Progrès de l'Homme (Paris 11e), à l'occasion de la Soirée de contribution au Libre organisée par Parinux. La prochaine réunion du groupe de travail Sensibilisation aura lieu le jeudi 20 juin 2019 . Horaires : de 18h45 à 20h30 (accueil à partir de 18h30). Adresse : FPH-Fondation pour le Progrès de l'Homme, 38 rue Saint-Sabin, Paris 11e. Arrêt de métro : Chemin Vert (ligne 8) et Bréguet-Sabin (ligne 5). Pour tous les détails et vous inscrire, rendez-vous sur le pad.

GAFAM : le déclin de l’empire américain - La Méthode scientifique

APRIL - ven, 06/14/2019 - 15:05


Titre : GAFAM : le déclin de l’empire américain ?
Intervenants : Sébastien Soriano - Tristan Nitot - Maxime Gierczak - Pierre-Yves Gosset - Noémie Naguet de Saint Vulfran - Nicolas Martin
Lieu : Émission La Méthode scientifique - France Culture
Date : mai 2019
Durée : 57 min 55
Écouter ou télécharger le podcast
Présentation de l'émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : divorce, photo Pixabay - Licence Pixabay
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Dans quelle mesure la puissance acquise par les géants du numérique d’aujourd’hui doit-elle nous inquiéter ? Comment l’Europe tente-t-elle de s’emparer du problème de la possibilité de démanteler les GAFA aujourd’hui ?

Transcription

Nicolas Martin : Le moteur de recherche de Google, Google Search, possède 94 % des parts de marché en France. Le système d’exploitation de la firme, Android, est installé sur neuf appareils mobiles sur dix. La moitié du commerce électronique aux États-Unis passe par Amazon. Quant à Facebook, sa capitalisation boursière équivaudrait au PIB cumulé de 65 pays de la planète. Ces GAFAM – puisqu’il faut ajouter Apple et Microsoft – sont-ils devenus trop gros ? Si gros qu’ils parlent d’égal à égal avec les États les plus puissants, voire de supérieur à inférieur. Est-il temps d’intervenir, comme le suggère récemment le cofondateur de Facebook, qui appelle, ni plus, ni moins, à démanteler le géant numérique.

« GAFAM : le déclin de l’empire américain ? », c’est le programme monopolistique qui est le nôtre pour l’heure qui vient. Bienvenue dans La Méthode scientifique.

Et pour évoquer cette perspective, de moins en moins utopique, d’un éventuel démantèlement de ces géants américains du numérique, nous avons le plaisir de recevoir aujourd’hui Sébastien Soriano.

Sébastien Soriano : Bonjour.

Nicolas Martin : Vous êtes le président de l’Arcep, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, et Tristan Nitot. Bonjour.

Tristan Nitot : Bonjour

Nicolas Martin : Vous êtes vice-président de Qwant et ex-président et fondateur de Mozilla Europe.
Vous pouvez suivre comme tous les jours cette émission en parallèle via notre fil Twitter @lamethodefc.
Alors cette idée un peu folle, un peu irréaliste au premier abord, de pousser au démantèlement de ces entreprises devenues cyclopéennes, elle n’est finalement pas nouvelle, elle résonne comme un écho de moins en moins lointain depuis une bonne dizaine d’années, mais elle a pris un nouveau tour tout récemment : le mois dernier exactement, le cofondateur de Facebook a lancé une offensive médiatique pour appeler au démantèlement de sa créature. Écoutez cet extrait du journal de France Inter le 9 mai dernier.

Voix off d'une journaliste de France Inter : Direction les États-Unis à présent où un fondateur de Facebook appelle à démanteler le réseau social ; Chris Hughes reproche à sa création d’être devenue trop puissante. Les précisions de Grégory Philipps à Washington.

Voix off de Grégory Philipps : Il est de notoriété publique que les deux hommes qui ensemble ont imaginé Facebook en 2004 dans leur chambre d’étudiant à Harward ne s’entendent plus. Chris Hughes, d’ailleurs, a quitté la compagnie trois plus tard et revendu toutes ses actions en 2012. Mais l’attaque vient donc, cette fois, de l’un des créateurs du réseau social ; le plan média est parfaitement orchestré : tribune dans le New York Times, interviews radio et télé comme ici sur NBC.
« Si je parle aujourd’hui c’est parce que Facebook est devenu trop gros », dit Chris Hughes et dans le New York Times il précise : « Zuckerberg a aujourd’hui plus d’influence que n’importe quel dirigeant politique ou chef d’entreprise dans le monde ». Dans cette tribune, Hughes exprime à regrets « qu’à l’époque, en 2004, nous n’ayons pas imaginé que nos fils d’actualité et leurs algorithmes allaient ainsi changer notre culture, influencer des élections ou donner la parole à des dirigeants nationalistes ». Sur la radio publique NPR enfin, Chris Hughes explique qu’à ses yeux Zuckerberg est tellement puissant qu’il ne doit de comptes à personne, dit-il, et les autorités devraient démanteler sa compagnie et la réguler. Avec Facebook, Instagram et WhatsApp, l’entreprise connaît une situation de quasi-monopole que Chris Hughes a contribué à créer il y a 15 ans.

Nicolas Martin : C’était le 9 mai dernier. Une réaction, l’un et l’autre finalement à cette offensive médiatique. C’est quoi ? C’est une fausse ingénuité, en quelque sorte, ou, au contraire, est-ce que c’est un véritable signal d’alerte ? Sébastien Soriano.

Sébastien Soriano : Je crois qu’il y a une prise de conscience. C’est-à-dire que pendant assez longtemps on a tous joué avec ces nouveaux outils, profité du confort nouveau qu’ils nous apportaient, notamment sur les smartphones, et puis c’était plutôt sympa dans la queue à la boulangerie de regarder son fil Facebook, son fil Twitter. Et finalement on est en train de se rendre compte que cette immixtion totale de ces outils dans nos vies elle donne un immense pouvoir à ces acteurs d’Internet, donc effectivement ça soulève des questions qui sont légitimes.
On peut regretter que ce soit mis sur la table sous l’angle un peu de la vengeance personnelle, donc il faut faire attention, je trouve, dans ce débat, de ne pas rentrer sur une approche qui soit excessivement punitive et de se dire ils sont gros, donc ils sont méchants. C’est un peu plus subtil que ça. Mais sur le fond oui, il y a bien une prise de conscience et heureusement.

Nicolas Martin : Qu’en pensez-vous Tristan Nitot ?

Tristan Nitot : Ils sont gros, ce n’est pas pour ça qu’ils sont méchants, mais ils ont quand même démontré qu’ils pouvaient être méchants. J’essaye de lister sur mon 1 les bévues multiples de Facebook, mais en fait, je n’ai pas le temps ! Je n’ai pas assez de doigts pour taper sur mon clavier les différents scandales qui, semaine après semaine, s’égrainent avec des choses qui, à chaque fois, coupent le souffle.

Nicolas Martin : Par exemple. Donnez-nous des exemples concrets.

Tristan Nitot : Un jour, Zuckerberg, il y a un an et demi dit : « Vous savez, Facebook ça ne va pas, cette année mon engagement c’est de réparer Facebook. » C’était ses vœux d’il y a 18 mois. Et juste après, trois mois plus tard, en fait on découvre qu’ils offrent aux utilisateurs un VPN ; un VPN c’est un système qui permet de chiffrer les communications pour qu’on ne puisse pas être repéré quand on se connecte.

Nicolas Martin : Ce qui est notamment utile dans certains pays qui interdisent Facebook. Pour contourner les interdictions nationales, notamment dans certains pays d’Asie comme la Chine.

Tristan Nitot : C’est utile dans ces cas-là, mais il y a aussi plein de gens qui veulent faire du téléchargement illégal ou des choses comme ça, qui utilisent un VPN pour brouiller les pistes. Donc Facebook offre un VPN à ses utilisateurs et c’est gratuit. Alors les gens se précipitent dessus et, en fait, on se rend compte que Facebook effectivement protège les utilisateurs, mais analyse tout le trafic réseau qui passe par ce VPN. Ça lui permet d’analyser comment les gens qui utilisent Facebook utilisent aussi des concurrents, pour pouvoir mesurer concrètement ce qui est fait avec le trafic sur les concurrents, donc détecter les concurrents les plus dangereux.

Nicolas Martin : Ça c’est dire une fois de plus que Facebook, Google, que ces GAFAM, Apple, Amazon, Microsoft, ont des comportements qui sont des comportements abusifs compte-tenu de leur situation quasi monopolistique. Ce constat-là est, je pense, fait de façon très très large aujourd’hui. Quand on parle de démantèlement on a tout de même le sentiment d’avoir recours à des outils qui sont des outils d’un autre temps, alors que l’air est plutôt au sens de l’agrégation, Sébastien Soriano.

Sébastien Soriano : Oui. Mais il faut, je crois, reconnaître l’immense échec de l’ensemble des politiques publiques qui sont censées faire en sorte que les marchés soient concurrentiels. C’est un point de départ qui me paraît essentiel. Et c’est ce constat d’échec qui doit nous motiver, qui doit ensuite nous servir à aller chercher des outils qui sont non traditionnels, parce que ce constat d’échec est quand même particulièrement éclatant. On a des autorités qui sont en charge de faire en sorte qu’on contrôle les abus de position dominante, qu’on vérifie que les entreprises qui fusionnent n’atteignent pas une situation de marché qui soit trop forte et la situation est absolument dramatique : quand on cherche un réseau social on n’a pas le choix ; quand on cherche un moteur de recherche, on en reparlera, on a le choix, mais il y a quand même un énorme avantage compétitif aujourd’hui au moteur de recherche Google pour des raisons qu’on explicitera. Donc le point de départ de tout ça, c’est qu’on n’a pas le choix ! Et le choix c’est une énorme discipline de fonctionnement du marché, parce que quand vous êtes une entreprise et que vous avez de la concurrence, vous avez peur de perdre vos clients. Donc la discipline qui est induite par cette concurrence, elle n’existe pas dans le numérique et c’est ça le problème.

Nicolas Martin : Aujourd’hui, Tristan Nitot, ce chemin de l’idée d’un démantèlement, en tout cas peut-être d’aller dans le sens inverse de ce que l’histoire économique récente nous montre, il est réaliste ?

Tristan Nitot : Moi je pense que c’est possible et c’est clairement quelque chose qu’il faut envisager. Un Google, de façon un peu imagée, il y a des coutures entre les différentes filiales et on pourrait découper suivant ces coutures. Pourquoi est-ce que Android ce serait la même boîte que le moteur de recherche Google ? Ce n’est pas le même métier, il y en a un ils font du logiciel, il y en a un ils font un service. On peut très bien imaginer de découper, comme ça, par appartement : Android pourrait être une entreprise indépendante qui serait pérenne et bénéficiaire en tant que telle, et puis le moteur de recherche Google aussi. On pourrait en découper sa régie publicitaire, en faire une indépendante qui serait ouverte aux tiers. Vous voyez, ce genre de choses. Pourquoi pas ?

Nicolas Martin : Vous conviendrez que, a priori, voir le problème sous cet angle ça ne va pas tout à fait ou ça n’a pas l’air de tout à fait correspondre à l’économie néolibérale de concentration qui est celle que l’on constate dans le secteur du numérique depuis les dix-quinze dernières années ?

Tristan Nitot : Oui, mais en même temps, l’économie libérale comme ça, si elle est libérale, elle n’est plus au service du consommateur, elle est au service des plus riches. Quand vous avez une situation de monopole, eh bien vous êtes comme une citadelle imprenable et la tentation est grande d’utiliser cette situation de monopole sur un secteur pour l’étendre à un autre secteur. Microsoft l’a fait en son temps : ils avaient un monopole Windows, ils l’ont fait sur internet Explorer d’où la création de Mozilla il y a 21 ans maintenant. À l’inverse, on l’a aussi chez Google : ils l’ont fait sur le moteur de recherche, ils ont fait ensuite Android, ensuite ils ont fait Google Play Store, etc., et ils ne cessent de s’agrandir. Idem chez Facebook. Facebook c’est d’abord le réseau social, ensuite c’est Messenger, ensuite c’est WhatsApp, ensuite c’est Instagram, etc.

Nicolas Martin : Sébastien Soriano.

Sébastien Soriano : Je crois que votre question sur la course à la taille est finalement absolument centrale.

Nicolas Martin : C’est ce qu’on constate, plus qu’une question c’est un constat de ce qui s’est passé ces quinze dernières années.

Sébastien Soriano : Absolument. Tout à fait. Et moi, personnellement, je n’y suis pas fondamentalement opposé. C’est-à-dire que je pense que le numérique dégage effectivement une capacité de mobilisation qui peut être extrêmement positive. Donc le fait de condamner la taille des acteurs en tant que telle n’est pas quelque chose dans lequel je me retrouve.
Pour moi, le problème réel c’est la diversité. C’est-à-dire qu’il y ait des grands acteurs c’est sans doute très bien parce que cette taille génère ce qu’on appelle des gains d’efficacité qui sont ensuite restitués aux consommateurs par des services qui vont être plus performants grâce à toutes les données dont ils peuvent disposer, qui permettent de les optimiser ; ça permet aussi d’amortir des coûts d’innovation sur une base de clientèle qui est plus large, donc ça permet d’apporter des services moins chers, d’ailleurs ils sont souvent gratuits. Donc la taille en tant telle n’est pas forcément ennemie de l’intérêt du consommateur. Le problème c’est l’absence de diversité. Le problème c’est qu’il n’y a, à chaque fois, qu’un, éventuellement deux acteurs, on est content quand on a deux acteurs et c’est vraiment ça le cœur du problème.

[Interlude musical]

Voix Off : La Méthode scientifique, Nicolas Martin.

Nicolas Martin : Nous parlons donc tout au long de cette heure des GAFAM pour poser la question, finalement, de leur taille critique et des réactions à avoir face à cette taille critique. Faut-il aller, faut-il pousser vers un démantèlement, vers une séparation de leurs activités en différentes entreprises ? Nous en parlons avec Sébastien Soriano, président de l’Arcep, et Tristan Nitot, vice-président de Qwant. On y reviendra d’ailleurs dans un instant. Peut-être un mot rapidement, Sébastien Soriano, j’ai donné quelques chiffres au début de cette émission pour évaluer l’ampleur de cette situation monopolistique qui est celle des GAFAM. Est-ce que vous avez quelques chiffres, quelques données en tête, qui pourraient permettre de mesurer exactement quelle est leur situation sur le marché du numérique ?

Sébastien Soriano : Je crois qu’un chiffre qui est particulièrement parlant c’est celui de la capitalisation boursière de ces acteurs. Si vous regardez quelles étaient les grandes entreprises mondiales, vous aviez essentiellement des entreprises du secteur pétrolier, quelques grands constructeurs automobiles et des banques. Ça c’était le paysage que vous aviez il y a une vingtaine d’années. Maintenant vous avez quelques grands acteurs, effectivement, du numérique qu’ils soient américains ou chinois en général, qui sont les plus grandes capitalisations mondiales. Vous avez des acteurs qui ont des bases de clients de plusieurs milliards, des centaines de millions et parfois au-delà du milliard d’individus. Donc ce sont des effets d’échelle que l’on n’avait jamais atteints jusqu’à présent et je crois que c’est ça qui est particulièrement impressionnant. On dit souvent qu’ils sont plus forts que les États, c’est parce que, effectivement, sur la France, Google est une entreprise qui n’est pas si puissante que ça mais son poids c’est d’être présente à l’échelle mondiale et ça, ça lui donne une puissance de frappe qui est, jusqu’à présent, inédite.

Nicolas Martin : Tristan Nitot.

Tristan Nitot : C’est sûr qu'aujourd’hui deux milliards et quelques d’utilisateurs pour Facebook, c’est beaucoup et, en même temps, il ne faudrait quand même pas les prendre pour des clients. Moi je pense que si on les considère comme des clients on réfléchit sur des mauvaises bases. Souvent, quand je parle à des gens, je leur dis : « Est-ce que vous êtes clients de Google ou de Facebook ? — Oui, on est des consommateurs, ce sont des entreprises. » Donc ils se mettent naturellement, psychologiquement, dans cette idée qu’ils sont clients puisque ce sont des entreprises. Mais non ! Et je leur demande généralement, « quand vous voyez deux vaches dans un champ est-ce que vous pensez qu’elles sont clientes sont du fermier ? — Eh bien non ! C’est stupide. » Évidemment que la vache n’est pas cliente du fermier. Elle est logée gratuitement, nourrie gratuitement, elle est peut-être contente d’être là. Bon ! Elle va finir à la boucherie et on lui prend son lait et ses veaux entre temps. Le fait est qu’elle n’est pas cliente du fermier. Eh bien c’est pareil chez Google et Facebook, on est le bétail de ces plates-formes parce que le vrai client c’est l’annonceur publicitaire. En fait, ils retiennent les utilisateurs avec des services intéressants, ils leur pompent de la donnée personnelle et ils les nourrissent avec de la publicité ciblée. Tout ça est finalement extrêmement pervers, parce qu’on a l’impression qu’ils sont généreux, qu’ils nous font des cadeaux avec des services gratuits. La vérité c’est que non ! Ils nous traient comme du bétail.

Nicolas Martin : C’est le vieil adage « si ça n’est pas payant c’est que le produit c’est vous. » Néanmoins, ce qui est intéressant quand on regarde aujourd’hui cette histoire d’un éventuel démantèlement et de quelques partisans, notamment aux États-Unis, notamment dans le camp démocrate qui invoque l’histoire. Effectivement, aux États-Unis, il y a une histoire assez forte de destruction de monopoles, on en reparlera, via le Sherman Anti-Trust Act, que ce soit dans le système pétrolier d’abord puis dans le système des télécommunications. Avant de parler de ces exemples historiques, j’aimerais revenir sur ce que vous disiez tout à l’heure Tristan Nitot. Parce que, dans le domaine du numérique finalement, Sébastien Soriano, on a déjà vu ça : Microsoft avec Internet Explorer, avec Windows Media Player, par la voix notamment de la Commission européenne, s’est fait taper sur les doigts, a été obligée d’introduire, de force, de la concurrence et de renoncer à certaines parts de son monopole. C’est de l’histoire récente ça.

Sébastien Soriano : Oui. Effectivement force est de constater qu’on n’a pas appris de l’histoire et qu’on n’a pas su anticiper ce qui allait se passer avec ces grands acteurs. Moi je préfère les appeler des big tech que les GAFA.

Nicolas Martin : GAFAM pour remettre Microsoft dans le lot, il apparaît souvent.

Sébastien Soriano : Justement, comme tout le monde n’est pas d’accord sur la liste, moi je préfère parler des big tech.

Nicolas Martin : Parlons donc des big tech.

Sébastien Soriano : C’est un choix personnel.

Tristan Nitot : Je suis d’accord avec vous, parce qu’en fait mettre Apple dans le même sac qu’un Google et qu’un Amazon, pour moi ça n’a pas vraiment de sens. Amazon a vraiment un business model très différent et Apple aussi.

Sébastien Soriano : Et au fond, je crois que ce qu’on a raté, ce qu’on a vraiment raté dans l‘analyse, dans la compréhension économique de ce qui était en train de se passer, c’est la notion d’effet de réseau, ce qu’on appelle aussi la loi de Metcalfe.
La notion d’effet de réseau c’est quelque chose de très simple : si vous créez un service, par exemple un réseau social comme Facebook, eh bien ce service est d’autant plus attractif qu’il y a déjà vos amis qui sont sur le réseau. Donc au début, évidemment, c’est très dur de créer un réseau social parce qu’il n’y a personne dessus, donc ce n’est pas intéressant de se connecter. Mais une fois que vous passez une certaine taille critique, vous avez ce qu’on appelle un effet boule de neige. C’est-à-dire que les gens viennent s’abonner ou s’inscrire à votre service parce que les autres sont déjà dessus. Et cette loi des effets de réseau est extrêmement puissante chez tous les acteurs du numérique, parfois de manière inattendue. Par exemple Google, pour prendre l’exemple d’un moteur de recherche, on peut se dire que la performance de Google c’est que son algorithme de recherche est très performant. Mais en fait, il y a d’autres facteurs beaucoup plus insidieux : comme tout le monde va sur Google aujourd’hui, Google sait très bien ce que les gens cherchent ; il sait les questions que chacun pose et ensuite Google sait sur quoi vous avez cliqué, au bout de la combientième page. Donc cette information de savoir ce que les gens ont cherché et ce sur quoi ils ont cliqué, eh bien ça va les rendre plus intelligents pour répondre à des requêtes semblables d’autres personnes. Donc on voit là que le fait d’être déjà dans la place, d’être déjà l’acteur de référence, ça vous rend plus efficace.
Donc au bout d’un moment, la sélection, c’est-à-dire la performance entre les acteurs et le choix que peut faire le consommateur d’aller voir tel ou tel acteur, n’est plus liée à la qualité intrinsèque du service, elle est juste liée au fait que vous êtes le meilleur acteur de la place. Et ça, c’est un énorme défi par rapport à toute la théorie économique. On a vécu sur ce qu’on appelle le paradigme schumpétérien, c’est-à-dire c’est le meilleur innovateur qui va l’emporter et qui va remplacer les autres, eh bien ce mécanisme ne fonctionne plus parce que ces grands acteurs de la tech sont protégés par ces effets de réseau. Ce qui fait que, alors qu’on a pensé que comme Facebook avait remplacé Myspace et Google avait remplacé Altavista, eh bien aujourd’hui personne ne remplace les big tech.

Nicolas Martin : C’est très important ce que vous venez de dire, à plein d’égards, et on va y revenir tout à l’heure quand on va parler des solutions parce qu’on va se rendre compte qu’effectivement cet effet de réseau c’est une sorte de ticket d’entrée qu’il est très difficile et de plus en plus difficile d’acquérir au vu de l’ampleur aujourd’hui de ces big tech, pour utiliser votre terminologie.
J’aimerais tout de même qu’on revienne sur cette histoire récente, notamment celle de Microsoft et de ce qui s’est passé, que vous évoquiez tout à l’heure Tristan Nitot. C’est-à-dire qu’on a vu dans l’histoire récente, sans avoir besoin de remonter à l’histoire de Rockfeller et de sa compagnie pétrolière démantelée par le Sherman Anti-Trust Act, on a vu un géant du numérique qui s’est fait, pour utiliser une expression familière que vous me pardonnerez, tailler des croupières ; à qui on a dit, à un moment donné, : « Vous ne pouvez pas être en situation monopolistique sur l’ensemble de ces territoires ». Vous pouvez nous rappelez en quelques minutes ce qui s’est passé, s’il vous plaît Tristan Nitot, et voir en quelle mesure cela peut ou pourrait être appliqué à la situation actuelle ?

Tristan Nitot : En fait c’est très simple : au début il y avait Microsoft qui avait deux grandes parties de business. La première c’était Windows, vendre une plate-forme avec des ordinateurs sous Windows. C’est une plate-forme en ce sens qu’en tant que telle ça ne fait rien tant que vous n’avez pas mis des applications dessus. C’est cette relation qui est essentielle, on va le voir par la suite, mais la force de la plate-forme c’est que vous en avez besoin pour faire tourner des applications. Les applications c’est ce qui est vraiment utile : ça va être un traitement texte, un tableur, un réseau social, de la messagerie, etc. C’est ça que veut l’utilisateur au final, mas il a besoin d’une plate-forme pour les faire tourner. Donc le business de Microsoft c’était vendre la plate-forme Windows, mais aussi vendre les applications les plus connues, en l’occurrence ce qu’on appelle, ce qu’on appelait à l’époque le Pack Office, Word, Excel, Powerpoint, etc.
Et puis, un jour, le Web est arrivé avec la société Netscape qui a popularisé le navigateur web auprès du grand public. Et les gens de Netscape ont commencé à dire « vous savez le web c’est formidable, ça tourne sur Windows, ça tourne sur les Mac et ça tourne aussi sur ce qu’on appelait à l’époque les machines Unix. À partir du moment où vous avez un navigateur web, d’ailleurs Netscape fournit un navigateur web, regardez il est gratuit ou quasiment gratuit sauf pour les entreprises, mais voilà, vous avez ça vous vous affranchissez du problème de ce qu’est une plate-forme. Que vous ayez Windows ou autre vous aurez accès au Web et sur le Web, qui est lui-même une plate-forme, vous aurez toutes les applications que vous voudrez plus tard. Là on n’y est pas tout à fait, mais on est en train de le construire, ça va venir bientôt. »
Et là crise de panique chez Microsoft – ils avaient le monopole de la plateforme, celle que tout le monde utilisait – en se disant « mais en fait on est devenus complètement banalisés par le Web, ce n’est pas encore fait mais ça va venir, ça se profile, il faut réagir. » La méthode qu’ils ont choisie c’était de dire « puisque nous avons encore le monopole sur Windows, nous allons construire notre propre navigateur qui s’appelle Internet Explorer, qui a quasiment disparu aujourd’hui à part sur les vieilles machines, et nous allons le faire gratuit face à Netscape qui va donc être déstabilisée et, mieux que ça, nous allons l’intégrer dans Windows. Ce qui fait qu’avec le renouvellement des PC, vous aurez un nouveau PC avec le temps qui passe, vous avez un nouveau PC, vous avez Windows et avec vous avez Internet Explorer, donc vous n’avez plus d’intérêt à utiliser Netcape Navigator qui était le navigateur de Netscape. »

Nicolas Martin : Ce qui a eu la peau de Netscape par ailleurs.

Tristan Nitot : Effectivement, Netscape en est morte. Mais Microsoft a été attaquée par le Department of Justice américain en disant « attendez, là vous faites exactement ce qu’il est interdit de faire, parce que c’est mauvais pour le consommateur. Vous aviez déjà un monopole Windows et, en fait, vous faites levier sur ce monopole pour acquérir un nouveau monopole sur le marché des navigateurs, qui est un marché différent de celui des systèmes d’exploitation type Windows ». Donc avec le risque, clairement compris par le législateur, qui est que, eh bien, vous faites la théorie des dominos. Vous avez un monopole et hop ! vous en avez maintenant un deuxième et grâce à ce deuxième vous en avez un troisième et à la fin vous avez le monopole sur tout et les gens sont complètements asservis.

Nicolas Martin : Ce qui s’est passé avec Windows Media Player, c’est la même chose pour un lecteur de contenus multimédia.

Tristan Nitot : Exactement. C’était facile pour eux, avec le monopole sur la plate-forme, de commencer à acquérir le monopole sur les applications. Ils l’ont fait avec Word, ils l’ont fait avec Excel, etc.

Nicolas Martin : Ce qu’on entend, Sébastien Soriano, ce que vient de décrire Tristan Nitot c’est exactement ce qui est en train de se passer dans d’autres secteurs, que ce soit sur Google, que ce soit sur Facebook, c’est-à-dire utiliser un monopole et puis, en acquérant des sociétés, non plus en développant forcément du coup des logiciels ou des applications, eh bien petit à petit ! Voilà ! En acquérir de nouveaux dans d’autres secteurs. Pourquoi ce qui s’est passé avec Microsoft ne serait pas applicable aujourd’hui à ce qui est en train de se passer notamment avec Facebook et Google ?

Sébastien Soriano : D’abord il y a eu une réaction de la Commission européenne qui a sanctionné Google à deux reprises, récemment, donc la Commissaire à la concurrence Margrethe Vestager qui, comme vous le savez, est maintenant potentielle candidate pour être Présidente de la Commission européenne, a prononcé des sanctions très importantes de plusieurs milliards d’euros à l’encontre de Google, justement pour avoir fait ce genre d’effet de levier en utilisant son monopole sur un marché pour l’étendre vers un autre.

Nicolas Martin : Quatre milliards en 2018 pour Android.

Tristan Nitot : Google Shopping aussi.

Nicolas Martin : Google Shopping. Un milliard et demi pour la régie publicitaire AdSense au mois de mars dernier, etc.

Sébastien Soriano : Donc il y a eu une réaction. Il y a eu une réaction. Pour autant, ça ne veut pas dire que tout a été bien anticipé. Notamment il y a un point que vous avez souligné qui est celui des acquisitions. C’est-à-dire qu’il y a une chose qui est de faire ce qu’on appelle de la croissance interne, c’est-à-dire de développer des nouveaux services qu’on a inventés en interne et ça, le droit de la concurrence ne peut pas l’empêcher. On ne peut pas empêcher les gens d’avoir des bonnes idées. Mais une autre chose c’est effectivement d’aller chercher des bonnes idées à l’extérieur. Et ça, je pense qu’il y a eu une claire naïveté de la part des autorités de la concurrence qui ont laissé faire, qui ont laissé les big tech faire leurs courses, racheter des pépites et ainsi créer des conglomérats absolument extraordinaires. C’est quand même fou de se dire qu’on a laissé Google racheter YouTube ; on a laissé Google racheter Android ; on a laissé Facebook racheter WhatsApp.

Nicolas Martin : Et Instagram.

Sébastien Soriano : Avec le recul c’est absolument sidérant.

Nicolas Martin : Comment on explique que les autorités de régulation de la concurrence, qui sont très attentives, pourtant, à ne pas créer justement d’oligopoles à ce point-là puissants, et les autorités de la concurrence américaines le sont normalement particulièrement, comment se fait-il qu’elles n’ont pas réagi à ces rachats ? Est-ce qu’on a une explication à ça ? Sébastien Soriano.

Sébastien Soriano : Oui. D’abord je ne voudrais pas leur taper dessus à ces autorités et je m’associe complètement à leur échec ayant moi-même travaillé à l’Autorité de la concurrence française, donc je ne suis pas en train de donner des leçons après coup. C’est un échec auquel je m’associe.
Je pense que nous avons sous-estimé ces effets de réseau dont je parlais tout à l’heure et nous avons cru au paradigme schumpétérien. C’est-à-dire que nous avons pensé, finalement, que tout ça c’était très innovant, ça bougeait très vite et que ce n’était pas très grave si Facebook achetait ce service avec quelques millions d’utilisateurs, finalement ce n’était pas si énorme et que, eh bien oui, il y aurait quelqu’un dans un garage qui, dans quelques semaines, inventerait quelque chose de très disruptif et complètement différent et qui remplacerait ces innovations.
Je crois qu’on a été trop confiants, trop enthousiastes aussi vis-à-vis du numérique en se disant tout ça, ça bouillonne, ne créons pas trop d’entraves ; si on commence à vouloir réguler l’innovation, on va la brider. Je pense que c’est vraiment cet état d’esprit qui nous a guidés pendant trop longtemps et qui, aujourd’hui, nous a amenés dans cette impasse.

Nicolas Martin : Alors que le marché était précisément en train de se fixer.

Sébastien Soriano : Absolument. Et ce qu’on a sous-estimé c’est le fait qu’il n’y aurait pas d’aller-retour. C’est-à-dire que ce qu’on a sous-estimé, encore une fois, c’est cet effet d’accumulation, avec ces effets de réseau qui fait qu’aujourd’hui c’est extraordinairement difficile de ré-ouvrir le jeu.

Nicolas Martin : Tristan Nitot, un mot tout de même pour compléter ce que vient de dire Sébastien Soriano, mais aussi, parce que, comme il vient d’être dit, des amendes, des amendes lourdes, on parle d’amendes en milliards de dollars, ont été prononcées. Ça n’a pas du tout, pour le moment en tout cas, l’effet que ça a pu avoir à l’époque sur Microsoft puisque, comme vous l’avez souligné, après la condamnation de Microsoft pour Internet Explorer c’est la naissance de Mozilla, c’est l’ouverture de la brèche pour de nouveaux logiciels de navigation, etc.

Tristan Nitot : Moi je suis assez dubitatif sur l’efficacité de la régulation au niveau de Microsoft. C’est-à-dire que médiatement ça a été catastrophique pour eux. Ils avaient quand même des habitudes dans le domaine : traîner tellement de casseroles ça devenait gênant pour le business parce qu’ils commençaient à avoir une réputation de chacal, évidemment on n’avait plus envie de travailler avec eux. Ils se ont dit on va calmer le jeu.

Nicolas Martin : Et avec des logiciels qui techniquement, en plus, n’étaient pas très solides, pour le dire euphémiquement.

Tristan Nitot : Donc c’est plus là que ça a joué. En fait, en termes de régulation, ce qui a été fait n’a pas été très efficace. Il n’y a pas eu d’amende record. Ils ont été obligés de changer de braquet. Je pense que Mozilla a changé les choses, parce qu’une alternative a émergé, mais sans l’aide du régulateur. Objectivement. Moi je n’ai touché jamais d’argent de la Commission européenne ou de je ne sais qui pour développer Mozilla. Rien. Zéro

Nicolas Martin : Mozilla, Safari, Chrome évidemment derrière. Windows Media Player aujourd’hui n’existe plus. Il y a d’autres lecteurs qui sont nés, VLC2, d’autres players qui sont nés, Winamp pour la musique. Ça a quand même ouvert des brèches.

Tristan Nitot : Oui. C’était plus un signal et en plus, si vous voulez, de toute façon Microsoft avait perdu tout intérêt pour Internet Explorer. C’est-à-dire qu’en fait ils avaient eu ce qu’ils voulaient, tuer Netscape, et ils ont complètement arrêté d’investir dans Internet Explorer. C’est ce qui a permis au projet Mozilla d'émerger, c’est qu’en fait Microsoft s’était endormie au volant, donc on a pu construire un navigateur qui était meilleur que celui de Microsoft alors qu’il n’y avait à rien à gagner. C’est pour ça que Mozilla c’est une fondation, c’est à but non-lucratif. Vous ne pouvez pas arriver et faire un business plan en disant « je vais faire un navigateur gratuit pour contrer celui gratuit et mauvais de Microsoft », à l’époque parce que, de toute façon, il n’y a pas d’argent à gagner.

Après les choses ont changé. Google a fait un navigateur, en l’occurrence Chrome qui est en situation monopolistique aujourd’hui ; on peut estimer, je n’ai pas les chiffres, mais ils ont au moins 60 % de parts de marché si ce n’est plus et tous les autres sont, en fait, des clones de Chrome, des sous-versions de Chrome. Il n’y a que Firefox et sa dizaine de pour cents qui résiste. C’est-à-dire, qu’en fait, Firefox a 10 % et Chrome et ses dérivés c’est quasiment 80 % et puis peut-être quelques pour cents pour Safari.
Fondamentalement ça c’est parce que Chrome a un business model : c’est le cheval de Troie de Google Search. C’est un business model dérivé.

Nicolas Martin : Le moteur de recherche de Google.

Tristan Nitot : Voilà. Exactement.

Nicolas Martin : Sébastien Soriano, finalement sur la façon dont Chrome, mine de rien, a réussi à s’engouffrer dans cette brèche-là et ensuite a fait avec Mozilla ou, en tout cas, a tenté de faire avec Mozilla3, ce que Microsoft a réussi à faire avec Netscape4. C’est-à-dire on sait comment Google a empêché de plus en plus à Mozilla de fonctionner, a entravé le fonctionnement de Firefox.

Sébastien Soriano : Oui. Je suis d’accord avec ce que dit Tristan Nitot sur le fait qu’en termes de régulation, les décisions de la Commission européenne vis-à-vis de Microsoft n’ont pas bien trouvé la manière d’aider les concurrents. Mais ça a été quand même un signal et c’est quand même la responsabilité de ces autorités de concurrence, à un moment, de taper du point sur la table pour permettre d’ouvrir les vannes. D’ailleurs dans les années 50, dans les années 60, aux États-Unis il y a une politique de concurrence extrêmement vigoureuse, qui a permis d’ouvrir des brevets, de Xerox. Il y a eu aussi une décision très forte vis-à-vis d’AT&T, vis-à-vis d’IBM et cette politique antitrust très forte a bénéficié à des nouveaux entrants qui sont les acteurs de la Silicon Valley.

Nicolas Martin : AT&T a été démantelé en 1982 au moment où ils avaient plus d’un million d’employés.

Sébastien Soriano : Ce qui est triste c’est qu’on a manqué ces opportunités, notamment en Europe, on a manqué des vagues d’innovation qui ont été ouvertes à ce moment-là et je pense que c’est le vrai défi de l’Europe maintenant. OK, on peut pleurer, on peut taper sur les acteurs en place, c’est une chose, mais le vrai défi maintenant c’est quelle est la réponse qu’on peut apporter, qui va aider l’émergence d’alternatives.

Nicolas Martin : Est-ce que vous pensez que la politique antitrust américaine, cette ancienne politique qui a fait ses preuves, aujourd’hui elle ne pourrait plus être opérante dans le contexte économique actuel ?

Sébastien Soriano : Si, bien sûr, mais il faut inventer des outils spécifiques. C’est-à-dire qu’il ne faut pas seulement taper sur les grands acteurs, il faut trouver la manière de les ouvrir, notamment ouvrir leurs données, ouvrir ce qu’on appelle des interfaces qui permettent à de nouveaux acteurs de se développer dans ces écosystèmes.

Nicolas Martin : Tristan Nitot, vous partagez ce point de vue ?

Tristan Nitot : Absolument. La régulation en tant que telle, old school, à l’ancienne façon…

Nicolas Martin : Par la loi…

Tristan Nitot : Par la loi c’est compliqué parce que la loi évolue forcément moins vite que la technologie qui évolue à une vitesse hallucinante, qui veut prendre les gens à contre-pied, etc. Ça c’est un premier point. Et puis, effectivement, il faut trouver des alternatives et ces alternatives je vais en soumettre deux :

un, l’interopérabilité5. Vous me pardonnerez le mot un peu compliqué, mais c’est la possibilité d’ouvrir ces interfaces, faire fonctionner un système existant avec d’autres systèmes ; donc ils sont interopérables, ils peuvent opérer entre eux étymologiquement ; ça c’est une première possibilité ;

et la deuxième chose c’est la portabilité des données. Puisque vous avez vos données chez Facebook peut-être que vous pourriez les prendre et les porter ailleurs pour que vous ne perdiez pas vos amis. Deux mots qu’il faudra explorer.

Nicolas Martin : Eh bien on va précisément les explorer dans la deuxième partie de cette émission dans un instant.

[Pause musicale]

Nicolas Martin : He's got the whole world in His hand, « Il a tout le monde entre ses mains », de Mahalia Jackson sur France Culture à 16 heures 35. C’est un peu ce dont on parle au cours de cette heure, puisque nous parlons des big tech que nous ne voulons plus appeler les GAFAM puisque toutes ces entreprises ne sont pas exactement sur le même statut. Nous parlons de la question de leur démantèlement. Ces entreprises sont-elles devenues si grosses, si puissantes, qu’il faille aujourd’hui les scinder en plusieurs petites entités ? Nous en parlons avec Sébastien Soriano qui est le président de l’Arcep, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, et avec Tristan Nitot qui est vice-président de Qwant et ex-président et fondateur de Mozilla Europe.

Tout de suite, comme tous les mercredis à mi-parcours, c’est l’heure de retrouver La Recherche montre en main.
Aujourd’hui nous avons le plaisir d’être en ligne avec Maxime Gierczak. Bonjour.

Maxime Gierczak : Bonjour Nicolas.

Nicolas Martin : Vous êtes ex-doctorant à l’université Grenoble Alpes. Vous travaillez sur le consentement et le droit des données personnelles dans le domaine des technologies de l’information. Merci beaucoup d’être avec nous. On vous écoute pour la présentation de vos travaux.

Maxime Gierczak : Aujourd’hui je vais vous parler de la question de la protection des données personnelles, mise en avant notamment suite à l’adoption par le Parlement européen du Règlement sur la protection des données, communément appelé RGPD6. Ce sont surtout les nombreuses affaires ayant éclaboussé certaines entreprises qui ont contribué à la prise de conscience collective quant à l’utilisation de nos données. On peut citer à titre d’exemple le scandale Cambridge Analytica aux États-Unis ou encore la sanction de 50 millions d’euros prononcée par la CNIL contre Google, dont vous avez parlé tout à l’heure.
Dans ces affaires, outre l’atteinte à la vie privée des personnes, toutes ont un point commun, c’est la question du consentement à l’utilisation des données.
Dans le cas de Facebook c’est assez simple puisque les personnes concernées n’avaient tout simplement pas donné leur consentement à cette utilisation.
Pour Google, c’est la façon dont le consentement a été recueilli par l’acceptation des conditions générales d’utilisation qui posait problème.

En effet, depuis l’entrée en vigueur du RGPD, tout citoyen européen doit pouvoir donner son consentent à l’utilisation de ses données. Le consentement est donc un fondement légal au traitement des données, mais il peut également servir de dérogation à l’utilisation de certaines données dont l’usage est par principe interdit, comme les opinions religieuses, les données de santé ou les condamnations pénales.
Un des enjeux est donc d’analyser la portée de ces deux rôles, fondement et dérogations, et les différentes formes d’expression du consentement. En cela l’interprétation stricte ou souple des textes est un enjeu majeur pour une économie des données en pleine effervescence.
Le risque d’une législation trop stricte pourrait être la disparition des petits acteurs, notamment français, n’ayant pas les moyens de s’adapter, tout en favorisant les GAFA qui, eux, disposent d’armées de juristes et de moyens financiers démesurés.
A contrario, adopter une législation trop souple ferait peser le risque d’une disparition de facto de la vie privée et de son corollaire, le droit au respect de celle-ci.

Pour tenter de mieux définir le consentement, j’ai donc, dans un premier temps, procédé à une approche théorique en établissant une synthèse des ouvrages de droit traitant de la question. Une des problématiques principales est le peu de textes à notre disposition par comparaison avec des sujets juridiques éprouvés. J’ai donc décidé de reprendre la notion du consentement à partir d’un domaine où il est très bien défini, et c’est le cas en matière contractuelle, puisque le consentement est une condition nécessaire à la formation d’un contrat mais peut également permettre de déroger à certaines règles dites supplétives.
En faisant une analogie entre le consentement en droit des données et le consentement dans l’avis du contrat, on observe l’existence de trois phases successives similaires :

  • tout d’abord l’expression et le recueil du consentement ;
  • ensuite la conservation et la charge de la preuve du consentement ;
  • et enfin la disparition ou la caducité du consentement.

Cette idée nous permet donc d’envisager un régime juridique du consentement en droit des données qui serait proche que celui qui est existant en matière de contrat.

Également dans son caractère dérogatoire, le consentement interroge aussi sur les limites de ce pouvoir de dérogation. Quelles sont les règles impératives auxquelles le consentement ne peut pas déroger ? Un parallèle intéressant ici peut être fait notamment avec l’ordre public qui justifie l’interdiction du commerce d’organes alors même que nous pouvons normalement disposer de notre corps comme nous l’entendons, comme nous pouvons disposer de nos données.

Face à cette matière nouvelle, mon analyse s’est également attachée à l’observation de la pratique des différents acteurs. En effet, j’ai eu l’opportunité de travailler dans une entreprise de veille stratégique, de réputation numérique, qui analysait des données des réseaux sociaux. Aujourd’hui, en tant que juriste délégué à la protection des données dans le groupement hospitalier de territoire Bresse Haut-Bugey, porté par le Centre hospitalier de Bourg-en-Bresse, j’ai l’occasion de découvrir de nouveaux questionnements liés au secteur de la santé comme la question, notamment, du consentement des ayants droit pour l’utilisation des données d’une personne décédée dans le cadre d’une étude clinique. Sujet qui intéresse aussi les réseaux sociaux puisque le nombre de comptes sur Facebook de personnes décédées devrait, d’ici 50 ans, dépasser celui des vivants.

Après un an, on peut donc déjà entrevoir quelques tendances qui se dessinent. Si le temps de recueil du consentement et de l’information préalable se précisent en jurisprudence, on observe également déjà l’évolution de pratiques dont on peut s’interroger sur la sincérité. À titre d’exemple, beaucoup d’entreprises tentent aujourd’hui de contourner l’exigence de ce consentement en fondant la légalité de leur traitement sur la notion encore floue d’intérêt légitime, ce qui promet certainement des arrêts intéressants sur le sujet.
Les autorités de contrôle et les juges préciseront au cours de ces prochaines années nombre de notions et j’aurai à cette occasion la chance d’être un spectateur contemporain de la construction de cette nouvelle réglementation sur la protection des données. Rendez-vous donc dans quelque temps pour faire le bilan.

Nicolas Martin : Merci beaucoup Maxime Gierczak d’avoir été avec nous à La Recherche montre en main, une chronique qu’on peut retrouver comme toutes les semaines sur de la page de La méthode scientifique sur franceculture.fr.

Voix off : La Méthode scientifique, Nicolas Martin.

Nicolas Martin : Et à 16 heures 41 nous allons donc nous consacrer à ces solutions : comment faire pour contourner, pour démanteler, pour prendre en petite partie ces immensités que sont devenues les big tech ? Et au chapitre des solutions, eh bien comment proposer aux consommateurs une alternative aux services proposés par ces entreprises ? Comment engager une forme d’entreprise, en quelque sorte, de désintoxication ?
Bonjour Noémie Naguet de Saint Vulfran.

Noémie Naguet de Saint Vulfran : Bonjour Nicolas. Bonjour à tous.

Nicolas Martin : Bienvenue dans ce studio, Vous avez donc essayé de trouver des solutions à votre addiction névrotique à Twitter.

Noémie Naguet de Saint Vulfran : Oui. Et j’ai rencontré pour ça Pierre-Yves Gosset, qui est directeur de Framasoft7, une association d’éducation populaire aux enjeux du numérique. C’est suite aux révélations d’Edward Snowden qui pointait notamment du doigt le fait que la concentration des GAFAM rendait une surveillance de masse économiquement possible, qu’il a lancé en 2014 « Dégooglisons Internet »8. C’est une campagne qui a pour objectif de proposer aux consommateurs des services alternatifs à ceux proposés par Google aujourd’hui. L’idée générale est de casser les monopoles et de redistribuer les services aujourd’hui concentrés chez les GAFAM à de plus petites structures.

Pierre-Yves Gosset : On a lancé cette campagne avec trois objectifs :

  • le premier c’était de sensibiliser le public à ces questions de centralisation d’Internet, de concentration des pouvoirs ;
  • le deuxième objectif c’était de démontrer qu’il existait des alternatives et qu’elles étaient disponibles, même si elles sont souvent un peu moins jolies, moins performantes, etc. ;
  • et le troisième objectif c’était d’essaimer notre démarche puisque nous ne visions pas du tout à être le Google du Libre, mais on voulait être une association qui montrait que c’était possible et petit à petit essayer d’essaimer notre démarche au travers d’autres structures, que ça soit des associations, des entreprises, qui pourraient reprendre un petit peu le modèle de ce qu’on faisait.

Noémie Naguet de Saint Vulfran : J’ai bien compris que l’idée c’était de découper Google en petits services. Quels sont les types de services que vous proposez chez Framasoft ?

Pierre-Yves Gosset : On propose aujourd’hui 34 services alternatifs à ceux de Google, Facebook, Microsoft. La campagne s’appelait « Dégooglisons Internet » mais c’était vraiment « dégafamisons » Internet. On avait choisi Google parce que c’est une des entreprises qui présente l’un des plus gros problèmes de concentration des pouvoirs. On voulait, en présentant ces 34 services alternatifs, montrer tout simplement que mon cousin, un professeur, un comptable pouvaient utiliser autre chose que Google. Donc dans les différents services qu’on a mis en place, on a par exemple Framapad9 qui est une alternative à Google Docs, qui permet de rédiger collaborativement des documents en ligne.
La différence c’est que nous on ne capte pas les données, on est sans publicité et on est uniquement financés par les dons. Ce qui nous permet de faire ça aujourd’hui c’est ce qu’on appelle le logiciel libre. Ce sont des logiciels qui sont développés le plus souvent par des utilisateurs ou des utilisatrices, qui participent à ce qu’on appelle un commun numérique, c’est-à-dire que la recette de cuisine du logiciel est disponible, on va pouvoir l’améliorer. Et puis il y a une partie de ces logiciels libres qui sont aussi, des fois, développés par des entreprises.
Nous on s’est faits porteurs de cette idée que le logiciel libre était une réponse à la problématique de la centralisation de Google en disant « les gens utilisent massivement Google Docs et il est possible, finalement, d’avoir des alternatives qui ne nous ne obligent pas à passer par Google. »
Aujourd’hui Framapad c’est plusieurs centaines de milliers de pads qui sont ouverts, c’est plusieurs dizaines de milliers d’utilisateurs chaque jour et ça montre bien qu’un autre Internet est possible.
Framapad ce n’est pas nous qui l’avons développé, c’est basé sur un logiciel libre qui préexistait qui s’appelle Etherpad.

On en développé nous-mêmes. Par exemple on a développé une alternative à YouTube qui s’appelle PeerTube10. La problématique de YouTube c’est quoi ? Il y a en a plusieurs. D’abord c’est un service qui est extrêmement concentré. C’est-à-dire qu’aujourd’hui c’est la plate-forme de diffusion de vidéos : chaque minute qui passe ce sont 500 heures de vidéos qui sont rajoutées sur YouTube, donc il y a un problème de concentration. Un des problèmes qu’on voit avec YouTube c’est son algorithme qui fait que quand on regarde une vidéo de chatons on a une vidéo d’extrême droite qui va s’afficher à côté Pourquoi ? Parce que l’algorithme de YouTube est fait pour que vous passiez le maximum de temps en ligne et que ce qui maintient l’attention des gens ce sont des vidéos qui font le clash, qui font le buzz. Donc il fallait pouvoir montrer qu’il y avait d’autres possibilités.
La problématique qu’on avait c’était que si on ouvrait un service alternatif à YouTube, on risquait d’avoir des centaines, des milliers d’heures de vidéos déposées chaque jour, ce qui aurait eu un coût non négligeable. Donc on a choisi de développer PeerTube sur une technologie qui s’appelle la fédération. Elle permet de mettre différents petits YouTube en relation les uns avec les autres : le PeerTube de Framasoft, le PeerTube de Radio France, le PeerTube de DataGueule qui héberge son propre PeerTube, etc. Du coup, le fait de les mettre en relation, permet en entrant sur une seule de ces installations d’avoir accès, finalement, aux vidéos qui sont ailleurs, donc de répartir et de mutualiser le coût d’hébergement et diffusion de ces vidéos. Ce qui est absolument essentiel si on veut sortir de ce confort de la centralisation, il faut proposer un autre modèle.

Noémie Naguet de Saint Vulfran : Vous n’utilisez pas du tout les données personnelles des utilisateurs ?

Pierre-Yves Gosset : Non, on s’en contrefiche. On pourrait y avoir accès. La grosse différence clairement avec Google c’est que nous nous n’en faisons aucune exploitation commerciale. Les gens viennent utiliser nos services, si ça leur plaît ils peuvent faire un don.

Noémie Naguet de Saint Vulfran : Par rapport aux logiciels que vous avez développés ou dont vous vous servez chez Framasoft, comment vous voyez les choses à plus ou moins long terme ? En termes de développement et d’augmentation de l’utilisation ?

Pierre-Yves Gosset : On ne vise absolument pas à être le Google du Libre, ce qu’on souhaite c’est décentraliser. On répartit le pouvoir. On revient un petit peu aux fondamentaux d’Internet qui dit que l’intelligence du réseau se trouve plutôt en périphérie du réseau plutôt que centralisée sur quelques très gros points.
Pour faire ça on a choisi d’essaimer les différents processus technologiques qu’on a pu mettre en œuvre auprès d’autres structures, non pas pour qu’elles puissent monter un Framapad, mais monter un Totopad, un Infinipad, un Aprilpad, ce qui fait que ça crée une forme de résilience. Si Framasoft met demain la clef sous la porte, eh bien il y aura d’autres structures qui pourront prendre la suite. Les technologies sont là, elles existent, elles fonctionnent chez d’autres structures et c’est pour nous la meilleure solution de résistance à cette concentration du pouvoir chez Les GAFAM.

Noémie Naguet de Saint Vulfran : Est-ce qu’il est vraiment possible de proposer des alternatives à tous les services de Google aujourd’hui ?

Pierre-Yves Gosset : Oui, et ça a un coût qui est infiniment moindre. J’avais fait le calcul, je crois, de quel était le rapport entre le chiffre d’affaires de Google et le budget annuel de Framasoft, on tombait sur trois secondes du chiffre d’affaires ; c’est absolument ridicule. Et pourtant on est capables aujourd’hui, avec neuf salariés et 35 adhérents, de fournir un service à peu près à 500 000 personnes chaque mois. Donc avec très peu de temps salarié, on est en capacité de répondre à une très grande demande.
Maintenant, ce que sous-entend votre question, c’est jusqu’où on peut aller en grossissant ? Nous on pense que grossir est une erreur. On pense, au contraire, qu’il faut plutôt créer une espèce de réseau d’AMAP du numérique, un petit peu comme il y a des réseaux d’AMAP, des associations de maintien de l’agriculture paysanne, qui sont en capacité de vous fournir des choux et des carottes produits par les producteurs qui sont au plus proche de vous. On pense et on espère voir se développer un réseau d’AMAP du numérique qui seront en capacité de vous proposer des services au plus proche de chez vous. Pour nous un effet positif attendu et important c’est de réduire la distance qu’il y a entre les utilisateurs et les utilisatrices du numérique et les producteurs et productrices du numérique.

[Interlude numérique]

Nicolas Martin : Voilà ce reportage du jour chez Framasoft pour essayer de réfléchir aux solutions. Simplement une réaction à ce que vous venez d’entendre l’un et l’autre. Sébastien Soriano.

Sébastien Soriano : Ce que j’apprécie dans ce témoignage c’est un état d’esprit positif. C’est-à-dire qu’il faut faire attention sur ce sujet des big tech et du numérique de ne pas tomber dans une espèce d’état d’esprit qui serait négatif, dépressif, dans lequel tout serait dangereux et où la seule solution serait de barrer la route à des acteurs en place. Je crois qu’il faut renouer avec une sorte d’esprit de conquête et il faut être ambitieux. Il faut se dire que nous, en Europe… Parce qu'aujourd’hui un des problèmes c’est qu’il n’y a pas d’acteurs européens, pas de grands acteurs européens.

Tristan Nitot : Euh !

Nicolas Martin : Dit-il, devant le vice-président de Qwant.

Tristan Nitot : Il n’est pas encore assez grand. Il le sera peut-être un jour.

Nicolas Martin : On est d’accord. On va y revenir dasn un instant.

Sébastien Soriano : Aujourd’hui on n’a pas de grands acteurs. Et moi je ne suis pas non plus pour dire il ne faut que des grands acteurs, j’apprécie la diversité, donc j’apprécie ce qui a été dit par Framasoft sur le fait qu’il y a d’autres modèles qui ne sont pas nécessairement la recherche de la taille critique.
En tout cas cet état d’esprit de conquête qui est de dire nous, l’Europe, on peut avoir des acteurs à nous, on peut avoir un modèle à nous, on peut avoir une cohabitation, on peut avoir une diversité pour peser face aux big tech et avoir nos alternatives, je pense que c’est vraiment ça la voie qu’il faut suivre.

Nicolas Martin : Justement du coup, Tristan Nitot, vice-prédisent de Qwant11, moteur de recherche open source, qui n’utilise pas les données personnelles, la réaction de Sébastien Soriano qui dit qu’il n’y a pas d’acteurs européens finalement suffisamment importants, on revient à cet effet de réseau, à la taille critique, comment on fait ? Quelle est la recette ?

Tristan Nitot : Moi je ne suis absolument pas dans la résignation. Je suis un passionné du numérique depuis toujours, je trouve que c’est formidable. Je trouve que ces dernières années ce business model de la publicité ciblée qui implique une centralisation et une collecte de données personnelles pour cibler la pub, en fait c’est toxique.

Nicolas Martin : Très bien !

Tristan Nitot : Mais je ne reste pas les bras croisés et chez Qwant, depuis bientôt six ans, on fait un moteur de recherche qui est déjà souverain au sens qu’il est français et il a une vocation européenne ; il n’y a pas de raison que l’Europe n’ait pas son moteur de recherche c’est quand même quelque chose d’essentiel, donc c’est une première chose, et il joue le coup d’après. C’est-à-dire qu’il n’essaye pas d’imiter Google. Il veut un service qui, on espère, sera aussi bon que celui de Google et on s’en approche vraiment, mais on se veut différent sur le fait qu’on ne collecte pas de données personnelles, parce qu’on pense, je pense que c’est toxique pour nos démocraties de mettre tout le monde sous surveillance comme ça. Ce que dit Pierre-Yves Gosset c’est que la surveillance de masse est rendue économiquement possible parce qu’on concentre les données.

Nicolas Martin : Ce constat est indubitable, je pense que beaucoup de monde le partage. La question reste entière : comment on fait pour acquérir cette taille critique ? Qwant se développe, il y a de plus en plus d’utilisateurs. Ça reste encore, évidemment par rapport à la concurrence, on va dire modeste, excusez-moi l’emploi du terme, mais néanmoins c’est la réalité des chiffres. Comment on fait quand on est Qwant, quand on est PeerTube pour, d’un seul coup, acquérir une taille suffisante, pour enclencher cette boucle de rétroaction positive ?

Tristan Nitot : Ce n’est pas d’un seul coup, malheureusement, mais progressivement, à force d’acharnement, de peaufiner le produit, d’être innovant, de se différencier en termes de positionnement. Le fait de vouloir un, concurrencer Google, mais deux, respecter la vie privée, c’est unique et ça fait qu’on a une croissance incroyable chez Qwant.

Nicolas Martin : Donnez-nous quelques chiffres si vous en avez ?

Tristan Nitot : Ils ne sont pas tous publics, mais disons que toutes les semaines en comité de direction on constate plusieurs points de croissance par semaine. Donc la croissance chez Qwant est incroyable.

Nicolas Martin : L’équipe de La Méthode scientifique vient de s’y mettre donc on sera dans les chiffres de la semaine prochaine.

Tristan Nitot : Je vous y encourage. Il y a une attente du marché. Ils en ont marre des scandales, ils se disent qu’est-ce que je peux faire ? En fait, changer de moteur de recherche, ce n’est pas très compliqué. Un moteur de recherche c’est plus facile à changer qu’un réseau social parce qu’un réseau social si je n’y retrouve pas mes amis, il n’a pas beaucoup d’intérêt, donc ça fait que quitter Facebook, c’est compliqué. Alors que changer de moteur de recherche, c’est vrai que plus il a d’utilisateurs, plus il est pertinent, mais vous pouvez changer facilement en allant sur qwant.com et cliquer sur « je veux utiliser Qwant ».

Nicolas Martin : Quitter son réseau social effectivement, Sébastien Soriano, c’est plus compliqué, sauf quand on parle portabilité, interopérabilité, or ça, évidemment, face à ces acteurs-là, face à ces acteurs émergents qui emploient, qui cherchent, qui poussent à la roue pour les obtenir, eh bien évidemment les big tech freinent des deux pieds sur le frein à main si je puis me permettre.

Sébastien Soriano : Évidemment c’est le coffre-fort, donc il est fermé à triple tour et ces acteurs en place se défendent très fortement.

Nicolas Martin : Est-ce que les pouvoirs publics peuvent aider ?

Sébastien Soriano : Voilà ! Absolument ! Donc je pense que ça doit être notre priorité numéro un. C’est-à-dire, finalement s’il faut démanteler, c’est quelque part démanteler de l’intérieur, c’est-à-dire faire en sorte que de manière proactive on aide des alternatives à se développer.
Qu’est-ce qu’on a fait ? Moi je suis responsable aujourd’hui d’une autorité qui s’appelle l’Arcep qui a régulé les Télécoms. Qu’est-ce qu’on a fait depuis 20 ans dans les Télécoms ? Je vous rappelle qu’avant il y avait un monopole aussi, c’était France Télécom. Eh bien on a forcé France Télécom à faire quelque chose qui s’appelle le dégroupage, c’est-à-dire que son réseau, qui était en l’occurrence son réseau téléphonique, on l’a forcée à l’ouvrir, ce n’était pas gratuit, c’était payant. On en a défini les conditions techniques, tarifaires et on a permis à des nouveaux entrants, des nouveaux acteurs, d’utiliser ce réseau. Et aujourd’hui, dans ces nouveaux acteurs, il y a des grandes réussites : il y a Free, il y a SFR, il y a Bouygues Télécoms, donc on a réussi à créer un écosystème d’une grande variété qui permet aujourd’hui aux citoyens de bénéficier du choix.

Nicolas Martin : France Télécom c’était une entreprise publique.

Sébastien Soriano : Mais pour moi c’est la même chose !

Nicolas Martin : C’est plus facile de contraindre une entreprise publique quand l’État a la majeure partie des parts.

Tristan Nitot : Quand c’est une entreprise française.

Nicolas Martin : En plus.

Tristan Nitot : Aller réguler Google aujourd’hui !

Sébastien Soriano : Excusez-moi je considère que c’est un biais idéologique. Moi je pense que le sujet c’est le pouvoir de marché. Le sujet n’est pas la question de est-ce que c’est une propriété publique ou pas. Le sujet c’est d’avoir un pouvoir de marché, aujourd’hui, qui donne à des entreprises un pouvoir de vie ou de mort par rapport à des écosystèmes.
Quand Google Maps change son algorithme, change ses interfaces de programmation avec des startups, eh bien il y a des startups qui peuvent mourir parce qu’elles sont dépendantes de ce service pour les services qu’elles ont développés, et ça pour moi ce n’est pas tolérable. Ce n’est pas parce que c’est une entreprise privée que la régulation doit être plus faible.

Nicolas Martin : Sébastien Soriano, quels sont les leviers aujourd’hui des États ou de la Commission européenne pour forcer ce coffre-fort fermé à triple tour à la portabilité ?

Sébastien Soriano : Le problème aujourd’hui que nous avons c’est que le droit de la concurrence, de l’anti-trust européen, a l’habitude d’intervenir après coup, c’est-à-dire qu’il faut des longues procédures pour constater qu’il y a eu une infraction et ensuite on punit l’entreprise cinq ans ou sept ans après. Donc il faut renverser cette logique et passer à une régulation préventive dans laquelle on identifierait un certain nombre d’acteurs comme ayant une responsabilité particulière sur le marché étant donné leur taille et on leur imposerait a priori, donc sans attendre d’avoir constaté des infractions, un certain nombre d’obligations d’ouverture pour permettre à des nouveaux acteurs de rentrer. Exactement comme on l'a fait dans les Télécoms. Bien évidemment il faut adapter tout ça, il ne faut pas copier-coller, il faut trouver des subtilités, s’adapter à l’innovation, être agiles, mais c’est exactement la même logique qu’il faut mettre en place.

Nicolas Martin : Un mot de conclusion puisqu’on arrive à la fin de cette émission. Peut-être un mot d’optimisme ou d’espoir. Toutes ces entreprises, toutes celles dont on parle, ce sont des entreprises très jeunes avec des modèles économiques, avec un phénomène socio-économique très jeune. Est-ce qu’on peut imaginer que, comme tous ces phénomènes émergents, que la bulle va exploser ? Qu’à un moment donné ces phénomènes concentrationnaires vont forcément s’effondrer d’eux-mêmes sous la loi du changement des habitudes, de l'évolution du marché ? Qu’en pensez-vous en quelques mots ? Tristan Nitot.

Tristan Nitot : On y travaille. Fournir une alternative de meilleure qualité qui est dans un paradigme différent, c’est-à-dire respecter la vie privée, ce qui est complètement disruptif si vous me pardonnez le mot, c’est ça, et européen. Et je pense, j’ai l’espoir, toute ma carrière est fondée dessus, c’est arriver à proposer quelque chose de mieux qui est plus au service des individus et moins au service des Américains et de ces multinationales.

Nicolas Martin : Sébastien Soriano, on regardera dans dix ans, dans quinze ans ces grands groupes en disant « mais comment on a pu laisser faire ça ! Quelle aberration historique et économique ! »

Sébastien Soriano : Absolument !

Nicolas Martin : Vous le croyez vraiment ?

Sébastien Soriano : Comme disait Keynes « à long terme on est tous morts ». On peut gentiment regarder ça en attendant que ça s’effondre. Moi je crois que l’Europe doit se réveiller, il doit y avoir un sursaut effectivement d’action vis-à-vis de ces acteurs, encore une fois non pas pour les punir, il y a eu des belles innovations, des grands succès, mais pour créer les conditions d’avoir notre destin en main et que les utilisateurs aient le choix.

Nicolas Martin : Merci beaucoup, ce sera le mot de la fin. Merci Sébastien Soriano, merci Tristan Nitot d’être venus nous parler peut-être de cet avenir, de la fin, du démantèlement de ces grandes entreprises du numérique.

Merci à toute l’équipe de La Méthode scientifique, Antoine Beauchamp, Eléonore Pérès, Céline Loozen, Noémie Naguet de Saint Vulfran, Olivier Bétard à la réalisation et Alex Dang aujourd’hui à la technique.
Dans le prochain épisode de La Méthode scientifique, demain, nous vous raconterons une belle histoire « Comment la chaleur est devevnue de l'agitation ». Ce sera l'histoire de la thermodynamique demain au programme de La Méthode scientifique à 16 heures, jusqu’à preuve du contraire.

L'interopérabilité, ce principe agressif - Décryptualité du 10 juin 2019

APRIL - jeu, 06/13/2019 - 13:37


Titre : Décryptualité du 10 juin 2019 - L'interopérabilité, ce principe agressif
Intervenants : Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 10 juin 2019
Durée : 13 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 23 de l'année 2019
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : operabilite-interoperabilite, Groupe de travail sur l'interopérabilité, AFUL - Licence Creative Commons CC BY-SA
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

En réponse à l'appel de la Quadrature du Net à imposer l’interopérabilité aux GAFAM, Cédric O, secrétaire d'État au numérique juge la mesure trop agressive envers leur modèle économique. Petit rappel de ce qu'est l'interopérabilité, de son intérêt pour chacun contre l'enfermement.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 23. Salut Manu.

Manu : Salut Luc.

Luc : Nous sommes tous les deux.

Manu : Oui. Pour une revue de presse normale, sept articles.

Luc : Qui sera la dernière de la saison parce qu’on va finir un petit peu plus tôt, je serai au loin dans les semaines qui viennent. Premier article : Numerama, « Au Parlement européen, les députés pirates s'allient avec les Verts », un article de Julien Lausson.

Manu : Ce sont quatre députés et effectivement ils se rapprochent d’une formation qui leur parait compatible. Ils demandent des directions de commissions, des vice-présidences de groupes pour avoir un peu plus de poids au niveau des nouvelles lois et des nouveaux règlements européens.

Luc : Archimag, « Common Voice : une grande base de données vocales gratuites créée par Mozilla pour tous ceux qui travaillent sur la reconnaissance vocale », un article de Clémence Jost.

Manu : C’est un gros sujet en ce moment parce qu’il y a beaucoup de choses qui se font avec la voix. On peut contrôler, dans nos maisons, de plus en plus d’appareils avec la voix ; il y a des interactions où on écoute les ordinateurs énoncer les choses à haute voix. Donc là, eh bien c’est Mozilla qui se propose de faire un truc un peu nouveau.

Luc : Permettre en Libre de travailler sur de la reconnaissance vocale, un sujet important. Une belle initiative et ça fait plaisir de la part de Mozilla sur lequel on était un peu critique ces derniers temps. La Libre.be, « Et si on divorçait de Google, de Microsoft, d'Apple, d'Amazon… », un article de Scholasse Etienne.

Manu : Qui parle en grande partie de l’association Framasoft, donc des gens qui veulent « dégoogliser Internet » et faire en sorte qu’on récupère le contrôle de nos données à travers des briques de logiciel libre, qu’on puisse nous-mêmes, chacun, ou dans des associations, dans des groupes installés, sous la forme notamment de chatons.

Luc : France Culture, « GAFAM : le déclin de l'empire américain ? », un article de Nicolas Martin.

Manu : On est plein dans les GAFAM. C’est terrible ! Là, le déclin, ça parle du fait que les GAFAM sont probablement trop gros pour certains acteurs, notamment pour l’Europe qui n’a pas de GAFAM en son sein et qui n’est pas tellement enchantée de cette mainmise.

Luc : Next INpact, « Imposer l'interopérabilité aux plateformes ? Les doutes et la prudence de Cédric O », un article de Marc Rees.

Manu : Dont on va parler juste après.

Luc : Industrie et Technologies, « Pour ses dix ans, l'autorité française de la cybersécurité affiche ses ambitions », un article de Kevin Poireault.

Manu : Cette autorité c’est l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’informations, l’ANSSI. Ce sont des gens qu’on aime bien, des gens qui travaillent sur la sécurité, qui utilisent et qui font aussi du logiciel libre. Ils le proposent, ils le mettent en avant, notamment pour la sécurité, donc ça fait super plaisir.

Luc : Libération, « Logiciel libre : il faut mettre la technologie au service des villes et des citoyens », c’est une tribune signée par beaucoup de gens, Emmanuel Grégoire, Jean-Christophe Becquet, François Elie, Jacob Green, Jean-Baptiste Kempf et Cédric Thomas.

Manu : Ça parle des citoyens, des villes, des collectivités territoriales. C’est pour ramener un petit peu le sujet plus bas que ce dont on discute souvent. Souvent on discute au niveau des multinationales et des États. Eh bien là, avec le logiciel libre, on peut ramener de l’innovation dans les villes. On peut essayer de partager, on peut faire de nouveaux modèles. Il a un deuxième article du Monde qui parle des communs numériques à Barcelone, donc il y a des choses qui se font au niveau local, qui font plaisir.

Luc : À noter que les signataires de cette tribune sont des libristes, notamment Jean-Christophe Becquet est à l'April. Notre sujet de la semaine c’est cet appel à l’interopérabilité des gens du Web. On en avait déjà parlé et on avait relayé cet appel à signature.

Manu : Hébergé par La Quadrature du Net1.

Luc : Tout à fait. Au final 69 [70, NdT] organisations ont signé.

Manu : Le titre c’est « Pour l’interopérabilité des géants du Web », donc justement les GAFAM.

Luc : Eh oui ! Pour comprendre ce qu’est que l’interopérabilité.

Manu : Oui. C’est un peu compliqué comme sujet.

Luc : Déjà ça fait huit syllabes, ce qui est beaucoup !

Manu : Huit syllabes ! C’est beaucoup trop pour un cerveau normal !

Luc : L’interopérabilité2 c’est cette idée d’avoir des systèmes qui sont en mesure de communiquer les uns avec les autres à partir d’une norme ou en tout cas d’un accord, de quelque chose, où on va décrire précisément, de façon transparente, comment ça marche, qu’est-ce que c’est censé faire, pour que les systèmes puissent échanger entre eux, indépendamment de leurs infrastructures et que ce soient des systèmes vraiment complètement différents.

Manu : C’est la même chose que la compatibilité ?

Luc : Ce n’est pas la même chose puisque la compatibilité c’est : j’ai un système potentiellement fermé, j’ai soit fait un accord avec quelqu’un dans un coin en disant « oui tu peux faire un truc qui va « marchouiller », peut-être partiellement ou uniquement dans telle et telle condition que j’aurais choisie » ou, à l’inverse, « je n’ai pas envie que tu fasses quelque chose qui marche avec mon système, mais toi tu y vas quand même ». On a l’exemple des capsules de café compatibles avec les machines, des choses comme ça par exemple.

Manu : De la belle compatibilité !

Luc : Ce sont des sujets qui sortent complètement de l’informatique.

Manu : Ça marche aussi pour les imprimantes et les cartouches d’imprimante.

Luc : Exactement. Un domaine dans lequel l’interopérabilité, par exemple, marche très bien ce sont les prises électriques. On a, dans une bonne partie de l’Europe, des prises qui sont normées, le courant est normé, la forme des prises, etc. ; quelle que soit la maison ou le pays où on va qui répond à ces normes, on peut brancher la prise et ça marche ! Et ce n’est pas uniquement parce qu’il y a une tolérance ou parce qu’on essaie de comprendre, c’est que tout ça est très clairement décrit, c’est public, c’est transparent.
Pourquoi c’est important ? Parce que, aujourd’hui, les gens utilisent, notamment par rapport aux géants du Web, plein de plates-formes. On a beau appeler à aller ailleurs, sur Mastodon3, sur des réseaux libres, etc., on sait que certains vont le faire, mais que la majorité des gens y sont et n’en bougeront pas. Notamment parce que ce choix de partir serait potentiellement assez coûteux pour eux. On a par exemple en tête Nicolas qui a un membre de sa famille qui n’utilise que WhatsApps et qui refuse d’aller ailleurs.

Manu : Pour discuter.

Luc : Voilà. Donc le choix de Nicolas à ce niveau c’est soit il arrête de parler à ce membre-là de sa famille, soit il met ce truc dégueulasse qui s’appelle WhatsApps sur son téléphone et il continue à être en contact. Effectivement c’est un choix et je pense que je ferais le même.
L’interopérabilité c’est cette solution qui permet de dire que personne ne soit prisonnier, que chacun puisse faire les choix qu’il veut sans enfermer les autres. Et s’il décide d'utiliser un système où on l’espionne et où on lui pique toutes ses données, au moins il peut partir parce que d’autres systèmes utilisent les mêmes éléments.

Manu : Il faut que ça fonctionne en temps réel, qu’on puisse communiquer, on puisse utiliser deux plates-formes qui vont fonctionner ensemble.

Luc : On est bien dans un rapport d’égalité. C’est-à-dire que ce n’est pas un gros réseau qui dit « je tolère que vous veniez faire ceci, cela chez moi et le jour où je change d’avis tout s’arrête ». C’est vraiment une norme qui vient de l’extérieur. D’où l’appel au niveau du régulateur public de dire qu’il faut forcer pour que tous ces services fonctionnent ensemble.

Manu : Ce n’est pas toujours un fonctionnement parfait. Il y a parfois des éléments qui restent incompatibles dans certaines parties. On avait parlé du W3C [World Wide Web Consortium] et des normes qui définissent le Web, qui définissent Internet, donc HTML, CSS, mais on sait qu’il y a eu pas mal de choses et de difficultés, parce qu’un navigateur pouvait interpréter la norme d’une certaine manière et un autre navigateur d’une autre. Et on sait que Google a certainement joué avec ses sites Web, Google Mail, YouTube, pour bidouiller.

Luc : On avait fait une émission4 là-dessus, sur une accusation portée par un ancien de Mozilla, de dire que Google, alors que les pages web c’est censé être interopérables, aurait consciencieusement fait des petits sabotages dans le temps, pas nécessairement des gros trucs, puis il aurait corrigé après, mais pour générer tout une série d’incidents qui faisaient que les autres navigateurs ne marchaient pas bien avec ses propres produits qui sont dominants.
Effectivement, on voit la nécessité d’avoir un régulateur externe, c’est que quelqu’un qui ne joue pas le jeu, qui est de mauvaise foi, il faut pouvoir lui tomber dessus et le rappeler à l’ordre.

Manu : Il y a une difficulté dans les normes et les standards, c’est qu’il ne faut pas qu’ils figent un domaine. Le sujet avait été porté sur les problématiques de chargeurs de téléphones portables. La Commission européenne avait voulu imposer des chargeurs interopérables, on va dire, en tout cas normés pour éviter qu’on se trimballe tous avec différents chargeurs, c’était juste l’horreur. Apple était en tête des horreurs dans ce domaine-là. La Commission européenne a poussé pour que les fabricants de téléphones s'adaptent à un standard à peu près universel, l’USB. À l’époque c’était de l’USB-B, mais la Commission n’avait pas fait un système hyper-fermé, hyper-contraignant, ce qui est un avantage et un inconvénient. L’avantage c’est que ça a permis à l’USB-C d’émerger, c’est la nouvelle norme pour les chargeurs de téléphones portables et autres appareils.

Luc : Il y a aussi la forme de la prise parce qu’on sait bien qu’en USB il peut y avoir genre trois ou quatre formes de prises différentes, entre les carrés, les espèces de machins qui font un petit entonnoir, du machin

Manu : Ça c’était l'USB-B. Justement, l’USB-C est plus propre de ce point de vue-là.

Luc : L’USB-C a aussi l’avantage de marcher dans les deux sens. On n’a plus ce problème de « j’essaye dans un sens, ça ne marche pas, je retourne » et en fait c’était le premier sens qui était le bon !

Manu : Donc il y a eu une évolutivité du standard qui était plutôt positive, ils n’ont pas bloqué la chose mais quand même, les fabricants vont dans le même sens.

Luc : Sauf Apple, bien sûr, parce que eux ont des clients qui sont prêts à payer le câble beaucoup plus cher, comme ça ils peuvent changer la prise pour faire renouveler tous le matos régulièrement. C’est très intelligent !

Manu : On peut parler d’un écosystème dans ces cas-là. On a vraiment une cage dorée qui comprend plein de choses ensemble. Apple, ils avaient fait tout un travail là-dessus, ils voulaient accaparer les gens dans leur entièreté.

Luc : Et ils l’ont fait !

Manu : Et ils l’ont fait et on a effectivement plusieurs systèmes qui ne fonctionnent que les uns avec les autres. On est un peu bloqué : quand on veut évoluer, il faut tout faire évoluer d’un coup. On est vraiment coincé dans cette cage dorée, ça reste compliqué.

Luc : On comprend bien que l’interopérabilité ça ne va pas du tout dans le sens, l’intérêt des GAFAM.

Manu : Comment ça ?

Luc : Eux, leur intérêt, c’est d’enfermer les gens. Donc forcément, si on fait un système d’interopérabilité où on dit « les gens vont pouvoir parler dans tous les sens comme ils veulent ».

Manu : On pourrait même parler de monopole à ce niveau-là, d’ailleurs il en est question dans les articles. Aux États-Unis le gouvernement est en train de creuser sur les idées : est-ce que Google, est-ce que Facebook ce ne sont pas des monopoles ? Eh bien l’interopérabilité c’est une manière de casser un petit peu ces monopoles, de permettre aux gens de s’en sortir sans galérer, comme on l’a fait avec les banques, comme on l’a fait avec les téléphones portables.

Luc : Donc cet appel. Cédric O – juste la lettre « O », c’est son nom de famille – qui est notre secrétaire d’État au numérique, a réagi sur ce point et dans l’intérêt de la population française il a dit que c’était excessivement agressif pour le modèle économique des GAFAM.

Manu : C’est toi qui rajoutes « pour le modèle économique des GAFAM », mais effectivement, ça a l’air de l’embêter un peu cet appel à l’interopérabilité, c’est peut-être trop fort dans son esprit. On ne sait pas exactement si lui va proposer d’autres choses.

Luc : Je ne l’invente pas, il l’a dit : « jugé toutefois excessivement agressif pour le modèle économique des grandes plates-formes ».

Manu : Bravo, effectivement, ce n’était pas la partie mise dans le chapô. C’était un peu plus loin, tu avais raison.

Luc : J’ai lu l’article ! Donc on voit que notre secrétaire d’État au numérique fait le choix de l’enfermement des citoyens français parce que c’est rentable pour les grosses plates-formes.

Manu : Nous ça nous embête. On n’aime as trop qu’il y ait des géants, en plus étasuniens, sous contrôle de l’État américain, qui travaillent avec les données de nos citoyens. Ce n’est pas très pratique et il faut permettre, justement, de « dégoogliser » tout ce système-là. Allez voir Framasoft et les chatons5 ce sera une bonne alternative. L’interopérabilité aurait été un bon chemin pour s’éloigner de tout ça.

Luc : Oui, sauf que je pense que dans l’esprit des gouvernements ces GAFAM ont beaucoup d’intérêt. Aujourd’hui il y a énormément de débats sur l’anonymat, sur les discours haineux, etc., et derrière on a vu également des affaires avec les gilets jaunes, mais toute forme de contestation, où l’État, le pouvoir sent ce besoin de reprendre ça sous contrôle en disant « les gens discutent dans tous les sens. Il y a des informations vraies et fausses qui circulent partout, du coup comment on fait pour contrôler tout ça ? »
Finalement, si on met dans leur position et dans l’idée d’avoir du contrôle social et de mieux maîtriser ce truc-là, eh bien les GAFAM ce sont quand même leurs meilleurs alliés potentiels.

Manu : Ce sont des géants qui sont à la hauteur des États et, quand les présidents de ces géants se déplacent, ils sont accueillis un peu comme des chefs d’État, donc ils ont de l’importance et effectivement on peut supposer qu’il y a des interactions entre tous qui leur permettent de travailler main dans la main.

Luc : Donc Cédric O, lui, se dit « eh bien non, on ne va pas casser le modèle des GAFAM, il faut qu’on bosse avec eux pour contrôler tout ça ».

Manu : C’est un peu dommage, c’est un peu embêtant.

Luc : Ça révèle des choses ! Ça me fait penser à la période des Lumières et de la Révolution française

Manu : Rien que ça !

Luc : Eh oui ! À l’époque, sous l’Ancien Régime, il n’y avait, par exemple pour les poids et mesures, que des exceptions. C’est-à-dire que dès qu'on arrivait sur un territoire il fallait aller voir les gens qui étaient responsables des poids et mesures et on les payait pour qu’ils puissent valider que tel machin faisait bien ceci, faisait bien cela. Il n’y avait pas deux trucs pareils, donc on était obligé de passer à la caisse à chaque fois. Il y avait des monopoles, il y avait des systèmes qui étaient très pratiques pour contrôler le commerce, pour contrôler la circulation, etc.

Manu : C’était aussi très coûteux et pas du tout pratique à l’usage.

Luc : Tout était long et compliqué et on était effectivement coincé pour chaque territoire. La Révolution française a rationalisé tout ça, a mis en place le système métrique et avec des définitions claires de telle sorte que tout le monde utilise la même unité et qu’on ne soit absolument plus dépendant d’un système complètement incompréhensible, complètement local, etc., ce qui a été un accélérateur de développement, d’organisation et d’efficacité.

Manu : Donc on peut voir les normes et standards un petit peu de cette manière-là : c’est un moyen d’imposer, certes de l’extérieur, mais de faire en sorte qu’il y ait des choses qui fonctionnent mieux ensemble par la suite et donc de passer outre tous ces blocages.

Luc : Effectivement. Donc on est, à mon sens, vraiment dans cette logique. Est-ce qu’on est dans l’idée de faire une société plus efficace, plus rapide et on a beaucoup de défis à relever à l’avenir, ou est-ce qu’on est dans une société où on met des tuyaux, des robinets et des compteurs ?

Manu : Des monopoles.

Luc : Voilà. Qui permettent à des groupes de faire de l’argent en contrôlant leurs utilisateurs.

Manu : Donc on peut espérer une évolution du monde entier pour plus d’interopérabilité, plus de logiciel libre, puisque c’est une manière d’être interopérable en implémentant soi-même ses propres briques.

Luc : Oui. Après, effectivement, on peut aussi ne pas faire de l’interopérabilité avec le logiciel libre, mais en tout cas c’est une démarche qui est intéressante parce qu’on ne dit aux gens « passez au Libre, le Libre c’est mieux », même si c’est le cas, mais on leur dit « n’enfermez pas les gens, ne soyez pas enfermés. Utilisez des trucs propriétaires si vous voulez, mais au moins exigez le fait que vous puissiez discuter avec tout le monde et que tout le monde puisse discuter avec vous. »

Manu : À la semaine prochaine ?

Luc : Eh bien non. Comme je le disais en introduction on va s’arrêter là, on va faire notre pause estivale. On arrête un petit peu plus tôt.

Manu : On se retrouve en septembre.

Luc : Amusez-vous bien pendant cet été et à septembre. Salut.

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (18 juin 2019) - CHATONS - « Le libre fait sa comm' » - « In code we trust »

APRIL - mer, 06/12/2019 - 15:35
Start: 18 Juin 2019 - 15:30End: 18 Juin 2019 - 17:00

Réécouter en ligne --> Lire la transcription

-->

La trentième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 18 juin 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Avec normalement une rediffusion le soir même de 21 h à 22 h 30 (la rediffusion a lieu si le fichier audio pour la rediffusion a pu être traité dans les temps). Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traitées sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Notre sujet principal portera sur le Collectif des Hébergeurs Alternatifs,Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS) avec : Angie Gaudion de Framasoft, Denis Dordoigne d’INFINI et Christian Pierre Momon du Chapril. Nous aurons également la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez qui sera consacrée à l'usurpation d'identité numérique. Nous terminerons par la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni consacrée à l'expérience d'animation des stands de l'April lors d'événements.

Écouter le direct mardi 18 juin 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h. Avec normalement une rediffusion le soir même de 21 h à 22 h 30.

Liens utiles Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 4 juin 2019

APRIL - mar, 06/11/2019 - 10:06


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 4 juin 2019 sur radio Cause Commune
Intervenants : Pierre-Yves Gosset - Étienne André - Pierre Ficheux - Frédéric Couchet - Isabella Vanni à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 4 juin 2019
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou télécharger le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Transcription
    1. Présentation de Framasoft par PYG
    2. Présentation d'Open Académie avec Étienne André
    3. Hommage à Patrick Sinz avec Pierre Ficheux
    4. Annonces

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose d’un webchat, donc utilisez votre navigateur web préféré, rendez-vous sur le site de la radio causecommune.fm et cliquez sur « chat ». Vous pouvez ainsi nous retrouver sur le salon dédié à l’émission.
Nous sommes mardi 4 juin 2019, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’April est april.org et vous pouvez y trouver d’ores et déjà une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission. N’hésitez pas également à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.
Je vous souhaite une excellente écoute.

Voici maintenant le programme de cette émission.
Nous commencerons exceptionnellement par notre sujet principal qui portera sur Framasoft avec Pierre-Yves Gosset, le directeur de l’association, ce qui lui permettra de prendre ensuite son train et d’être à l’heure pour sa conférence à Lyon ce soir.
D’ici trois quarts d’heure nous aurons une présentation d’Open Académie avec Étienne André qui est fonctionnaire « intrapreneur » dans une start-up d’État. Il nous expliquera un petit peu ce que c’est que ce terme.
En fin d’émission nous aurons un petit portrait de Patrick Sinz qui vient de nous quitter malheureusement. Pierre Ficheux, informaticien, nous parlera de Patrick.
À la réalisation de l’émission aujourd’hui ma collègue Isabella Vanni. Bonjour Isabella.

Isabella Vanni : Bonjour.

Frédéric Couchet : Avant de commencer je vais vous poser un petit quiz comme la semaine dernière et je donnerai les réponses en cours d’émission. Vous pouvez proposer des réponses soit sur le salon web de la radio, soit sur les réseaux sociaux avec les comptes @aprilorg sur Twitter ou encore pouet.april.org sur Mastodon.
Les deux questions. Dans l’émission de la semaine dernière du 28 mai 2019 nous avons parlé d’une distribution éducative libre. Comment s’appelle-t-elle ?
Deuxième question : que se passe-t-il à Selles-sur-Cher ce week-end, en lien avec le logiciel libre.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Présentation de Framasoft par PYG

Frédéric Couchet : Nous allons commencer par un échange sur Framasoft avec Pierre-Yves Gosset, le directeur de l’association. Bonjour Pierre-Yves.

Pierre-Yves Gosset : Bonjour Frédéric.

Frédéric Couchet : Émission un petit peu exceptionnelle parce que, comme je l’ai dit, tu as un train à prendre pour donner une conférence ce soir à Lyon, donc on commence par le sujet long. L’idée c’est un petit peu de mieux de faire connaître l’association, à la fois ses projets, les gens les connaissent plutôt pas mal ou en tout cas en connaissent un certain nombre, mais aussi de revenir un petit peu sur ce qu’est Framasoft, l’historique, le mode de fonctionnement et les projets. D’abord première petite question : déjà, à titre personnel, est-ce que tu peux faire une petite présentation sur ton parcours ?

Pierre-Yves Gosset : Oui. Je m’appelle Pierre-Yves Gosset. J’ai 42 ans – oui, tout ça, 42 – ça doit faire à peu près 15 ans que je suis dans Framasoft et ça fait 11 ans que je suis salarié de l’association. Je suis venu au logiciel libre pendant que j’étais objecteur de conscience, un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître vu que c’était du temps où on faisait le service militaire. Quand j’ai découvert le logiciel libre, je me suis assez vite intéressé à ce que c’était, aux valeurs que ça portait et, dans mon parcours, je me suis assez vite rapproché de la communauté Framasoft, j’ai été secrétaire de l’association pendant quelque temps, puis le premier salarié et maintenant directeur vu que nous sommes neuf salariés dans l’association.

Frédéric Couchet : D’accord. Imaginons que tu sois à une soirée ou ailleurs, comment tu présenterais Framasoft en une ou deux phases, avant qu’on rentre dans le détail ?

Pierre-Yves Gosset : Je peux te la faire en une phrase.

Frédéric Couchet: En une phrase !

Pierre-Yves Gosset : Framasoft est une association d’éducation populaire aux enjeux du numérique. Tu noteras qu’il n’y a pas forcément le mot « libre » dedans.

Frédéric Couchet : J’ai bien noté qu’il n’y a pas forcément le mot « libre » dedans, mais peut-être que la partie libre est un prérequis nécessaire et évident. On y reviendra.
On va parler un petit peu de la naissance de Framasoft parce qu’aujourd’hui quand même beaucoup de gens connaissent Framasoft, mais peut-être ne souviennent-ils pas d’où ça vient. Donc à quel moment a été créée Framasoft et que veut dire Framasoft ? Hier à table, avec d’autres libristes, j’ai posé la question et, en fait, personne ne connaissait la réponse à part moi et peut-être une autre personne. Est-ce que tu peux nous dire quand a été créée Framasoft, par qui et que signifie Framasoft ?

Pierre-Yves Gosset : Bien sûr. Framasoft est un projet qui est né en 2001. Ça vient au départ d’un projet qui s’appelait Framanet, qui signifiait français et mathématiques sur intranet. Ça avait été créé par deux enseignants : Caroline Atabekian qui a, depuis, créé le site WebLettres qui sert notamment aux enseignants de français, et Alexis Kauffmann qui est le fondateur de Framasoft. Ils avaient créé au sein de ce site Framanet une page autour des logiciels pour l’enseignement. Donc on est vraiment une association issue du milieu de l’enseignement. Ensuite, en 2004, s’est montée une association.

Frédéric Couchet : La création c’est quelle année ?

Pierre-Yves Gosset : Le projet est né en 2001, l’association a été créée en 2004.

Frédéric Couchet : D’abord un projet informel avec un site web et ensuite l’association en 2004.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait. Au départ un projet purement pratico-pratique, complètement dans le faire, monté par deux enseignants et ensuite une association créée par trois enseignants : Alexis Kauffmann, Georges Silva et Paul Lunetta. Moi je suis arrivé en 2005.

Frédéric Couchet : D’accord. Toi tu es arrivé en 2005. Donc 2001, ça fait maintenant 18 ans, une longue période.

Pierre-Yves Gosset : 18 ans. Ça remonte à loin !

Frédéric Couchet : Historiquement quels ont été les projets de Framasoft, les premiers projets de Framasoft ?

Pierre-Yves Gosset : Le premier projet de Framasoft et celui qu’on continue à maintenir même s’il est moins visible aujourd’hui, c’est l’annuaire de logiciels libres. C’est-à-dire que la page qui listait des logiciels au sein de ce site qui s’appelait Framanet est devenue assez vite relativement importante en nombre de logiciels. Il faut savoir que jusqu’en 2004-2005, ça n’était pas que des logiciels libres, c’était vraiment des logiciels à la fois libres mais aussi des logiciels gratuits qui pouvaient aider les enseignants à mieux pratiquer leur démarche d’enseignement. Petit à petit, enfin pas petit à petit, il y a eu une rupture assez forte au bout d’un moment, une prise de conscience partagée par Alexis Kauffmann et par d’autres de dire que ce qui compte dans tous ces logiciels c’est finalement qu’on puisse les réutiliser, les partager, les copier, sans être limité par des problématiques de droit, de prix, ce qui était relativement important dans le milieu enseignant parce que ce n’est pas toujours facile de pouvoir acheter des logiciels. Donc l’idée du partage à la fois du savoir et des logiciels, s’est rencontrée à ce moment-là et l’annuaire est devenu un annuaire exclusivement basé sur du logiciel libre et faisant la promotion exclusivement de logiciels libres.

Frédéric Couchet : Il y avait combien de logiciels qui étaient référencés à cette époque-là ? Est-ce que tu t’en souviens ?

Pierre-Yves Gosset : C’est monté petit à petit. En 2004 il devait y en avoir un petit peu plus de 200, je crois. Le plus haut qu’on ait eu sur l’ancienne version du site, qui était un site sous SPIP [Système de publication pour l’Internet], je crois que c’était 1200 logiciels libres. Et on a rebooté cet annuaire.

Frédéric Couchet : On a rebooté! C’est quoi cette expression ?

Pierre-Yves Gosset : Tout simplement l’annuaire était très vieillissant, on n’avait plus de bénévoles pour s’en occuper et ça devenait compliqué de se dire qu’est-ce qu’on fait de toutes ces vieilles notices logicielles dont les logiciels n’existent plus, dont on ne trouve plus le code source, etc. Donc il a fallu remettre à zéro cet annuaire. On l’a donc refait et annoncé à nouveau, si je dis pas de bêtises, en 2016. Je ne suis même pas allé sur Framalibre ces derniers jours, mais aujourd'hui on doit tourner aux alentours de plusieurs centaines de fiches logicielles, on doit être à 600, 800, quelque chose comme ça.

Frédéric Couchet : D’accord. Je précise qu’on va sans doute citer beaucoup de noms de sites web au cours de l’émission. Le plus simple c’est d’aller sur le site portail, on va dire, framasoft.org, et là vous retrouverez tous les liens.
Ça c’était l’annuaire. Il y avait un autre projet qui était important, c’était la Framakey. Est-ce que tu peux expliquer ce qu’était ce projet-là ? Est-ce que ça existe toujours ?

Pierre-Yves Gosset : Le projet Framakey est né en 2005. L’histoire est assez simple. J’avais un traduit un projet qui s’appelait The Open CD, dont tu te souviens peut-être, qui était un CD, une compilation de logiciels libres sur CD et DVD, et j’avais trouvé qu’il était assez facile de pouvoir mettre ces logiciels libres sur clé USB et de les faire tourner sur clé USB, donc le projet Framakey est né. Avec un autre bénévole on a porté ce projet pendant quelques années à ce moment-là, à partir de 2005-2006. L’idée c’était de créer une clé USB sur laquelle on pouvait emporter et embarquer ses logiciels, ce qui, d’ailleurs, permettait souvent des utilisations un petit peu sauvages et positives de logiciels libres dans des environnements qui étaient verrouillés par les administrateurs systèmes et qui empêchaient l’exécution par exemple de Firefox. Eh bien là on avait un Firefox portable sur la clé USB : on branche la clé USB, on lance Firefox portable et ça fonctionne directement depuis la clef USB.
Ce projet existe toujours, il est clairement moribond aujourd’hui puisqu’il restait maintenu par des bénévoles de Framasoft, notamment Arnaud que je salue, et qui n’ont juste plus le temps de s’en occuper. Ce qui est intéressant c’est que, on en reparlera peut-être plus tard, mais il y a d’autres associations, notamment les CEMEA, une association, un gros réseau d’éducation populaire qui, potentiellement, est intéressé par le projet Framakey et qui pourrait en voir d’autres usages que nous n’avions pas détectés au départ, pour d’autres publics que le très grand public qu’on visait à l’époque. Donc des publics très ciblés peuvent avoir besoin de ce projet-là et on aimerait bien transmettre ce type de projets pour ne plus, tout simplement, avoir à les porter ; 2005 ça fait 14 ans, il est peut-être temps pour nous de passer à autre chose !

Frédéric Couchet : Tout à fait. Il faut préciser que ces Framakeys permettaient de faire tourner les logiciels libres à la fois sur un environnement Windows et des Framakeys aussi sur environnement libre comme une Debian. Nous-mêmes d’ailleurs, April et Framasoft, nous avions travaillé ensemble sur une key, une clé, une Framakey en l’occurrence, ou une Framaclef, en coopération avec le Crédit coopératif dans le cadre du Guide Libre Association, avec des logiciels qui étaient diffusés auprès d’associations avec un guide papier et des clés à la fois Windows et Debian, ce qu’on appelle en double amorçage ou en double possibilité. Aujourd’hui les besoins ont aussi peut-être changé. Effectivement, comme tu le dis, c’est intéressant que d’autres structures s’approprient ces sujets-là et les adaptent aux besoins de leur public.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait.

Frédéric Couchet : L’annuaire et les clés c’étaient les deux principaux projets de Framasoft à cette époque-là. Est-ce qu’il y en avait d’autres ?

Pierre-Yves Gosset : Oui. En 2005 c’étaient les deux principaux projets. En 2006 sont arrivés deux autres projets d’importance qui sont toujours bien présents et très actifs aujourd’hui à savoir le Framablog créé par Alexis Kauffmann à l’époque. Framablog qui visait et qui vise encore aujourd’hui à faire des ponts entre le milieu du logiciel libre et le milieu, les milieux des cultures libres ; expliquer un petit peu, finalement, les choses qui peuvent se passer de par le monde autour du monde du Libre et les expliquer en les traduisant parfois de façon littérale, c’est-à-dire qu’on a un groupe de traducteurs qui s’appelle Framalang, qui est composé de 80 à 100 personnes qui traduisent très régulièrement des articles essentiellement de l’anglais vers le français, mais c’est aussi de l’espagnol vers le français. Ça permet de diffuser plus facilement de l’information au grand public en disant « là on a trouvé cet article intéressant, on vous le propose à débat ». Ça nous sert aussi, à nous Framasoft, d’organe de promotion, de diffusion, d’information sur ce que l’on fait, donc à la fois un outil de communication interne. Aujourd’hui, je crois que sur le Framablog on a dépassé les 1600 articles publiés depuis 2006, donc il y a un rythme de publication relativement important.
L’autre projet qui est né dans ces années-là c’est le projet Framabook qui est une maison d’édition libre, micro-maison d’édition mais maison d’édition quand même puisque, aujourd’hui, je crois qu’on atteint les 48 ouvrages, on devrait atteindre les 50 d’ici la fin de l’année. La particularité de Framabook, c’est que tout le monde nous disait : « Votre truc, le logiciel libre, c’est bien gentil, ça marche parce que c’est du numérique et qu’on peut le copier-coller, mais si on le fait avec des objets physiques ça ne marche pas trop ! » On était à l’époque où on faisait un petit peu la promotion de la Framakey et on a dit : « Vous voyez bien qu’on peut faire de l’objet physique et libre à la fois. » L’aspect culture libre nous paraissait intéressant et Georges Silva, qui est un des fondateurs de Framasoft, avait, à cette époque, un ouvrage sur Thunderbird qui devait être publié dans une grande maison d’édition.

Frédéric Couchet : Rappelle-nous ce qu’est Thunderbird.

Pierre-Yves Gosset : Thunderbird c’est un client mail, c’est-à-dire un logiciel qui permet de lire vos mails, d’y répondre, etc. Donc il avait écrit, je crois que c’était Utilisez Thunderbird 1.5 et il s’est retrouvé avec ce manuscrit sur les bras. Du coup, avec Alexis Kauffmann, ils ont décidé de monter cette maison d’édition, Framabook, sur la base de ce premier ouvrage, qui a été repris ensuite par d’autres. Aujourd’hui on atteint une cinquantaine d’ouvrages qui vont du roman, puisqu’on a pas mal d’auteurs dans l’association, on a des membres qui vraiment écrivent.

Frédéric Couchet : J’ai même lu récemment un roman policier.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait, des romans policiers.

Frédéric Couchet : C’est Frédéric…

Pierre-Yves Gosset : Urbain.

Frédéric Couchet : Frédéric Urbain. Un roman policier qui est un peu à la mode ancienne, avec des personnages très truculents, de l’argot, etc. Très bien.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait. Ça lui fera très plaisir que tu lui parles de son roman.

Frédéric Couchet : Je lui ai dit en direct.

Pierre-Yves Gosset : Il y a aussi, toujours dans les romans, Traces de Stéphane Crozat qu’on a publié il n’y a pas longtemps ; moi j’ai vraiment trouvé le bouquin excellent. Il y a toujours dans les romans, mais cette fois-ci troisième quart du douzième siècle, donc romans médiévaux, une republication des ouvrages de Yann Kervran qui avait publié ces livres-là, que vous pouviez trouver dans toutes les bonnes librairies et toutes les bonnes bibliothèques. Plusieurs années après il a souhaité reprendre ses ouvrages, les republier et il a choisi de les republier chez Framabook. Il y a aussi Pouhiou, qui est aujourd’hui salarié de Framasoft, mais qui avait publié ses ouvrages. Après on a des bouquins qui tournent aussi autour du logiciel libre, évidemment, à la fois qui peuvent être des essais, qui peuvent être des livres très pratico-pratiques sur, je ne sais pas, Drupal ou autres, et enfin, on a des ouvrages encore un petit peu entre deux mondes, par exemple un ouvrage qui s’appelle Thermodynamique de l’ingénieur qui sert aux étudiants ingénieurs qui étudient la thermodynamique, un bouquin qui marche plutôt bien. Voilà !
Donc on se trouve avec plein de choses très différentes, des bandes dessinées aussi.

Frédéric Couchet : Je veux juste préciser que Drupal c’est un…

Pierre-Yves Gosset : Un système de gestion de contenus.

Frédéric Couchet : Un système de gestion de contenus, notamment pour faire des sites web, qui propulse des sites très puissants et des sites un peu moins puissants comme celui de l’April, par exemple.
Tu parlais de livres, les personnes qui ont écouté l’émission il y a quelques semaines sur les licences libres, dans le Framabook il y a Option libre. Du bon usage des licences libres, les licences libres expliquées, un livre de Benjamin Jean. C’est très intéressant. Et le Guide Libre Association dont je parlais à l’instant est également disponible en version Framabook.
Ça ce sont des projets qui existent depuis très longtemps. Tu as très souvent employé le mot « bénévole ». Si je me souviens bien de ce que tu as dit dans ton explication au départ, toi tu es devenu le premier salarié en 2008.

Pierre-Yves Gosset : 2008.

Frédéric Couchet : Qu’est-ce qui a fait qu’à un moment vous êtes passés à un mode avec des bénévoles et des salariés ?

Pierre-Yves Gosset : Il y a l’histoire officielle et il y a l’histoire officieuse.

Frédéric Couchet : Tu es en direct, tu racontes juste ce que tu veux !

Pierre-Yves Gosset : Le projet Framasoft marchait bien, tout simplement.
Je n’ai pas précisé, mais Framasoft est une association de 35 adhérents et adhérentes. On est volontairement une toute petite association, il y a finalement assez peu de bénévoles dans l’association, entre 25 et 30. On est resté quasiment à effectif constant en nombre d’adhérents et d’adhérentes ; on n’a pas souhaité nécessairement aller beaucoup plus loin. L’idée c’était de dire on va essayer de faire le maximum avec une toute petite taille, ce qui nous permet d’être relativement agiles et de changer notre fusil d’épaule assez régulièrement, ce qui est plutôt efficace pour nous.
Donc en 2008, il s'est passé deux choses : la première chose c’est qu’on avait un petit de sous sur le compte parce que, figure-toi, on avait de la publicité Google sur le compte.

Frédéric Couchet : Je m’en souviens !

Pierre-Yves Gosset : Publicité AdSense sur le site framasoft.net à l’époque. Publicité Google qui rapportait un peu de sous, qui étaient, du coup, sur le compte en banque de Framasoft, qui ne servaient pas nécessairement à grand-chose et on s’était dit autant dépenser cet argent en essayant d’aller plus loin dans notre démarche de promotion et de sensibilisation et au Libre.
La deuxième chose c’est que moi j’étais salarié au CNRS à l’époque. Je travaillais sur un projet autour du logiciel libre, le projet PLUME, et, à la fin de mon contrat, on m’avait tout simplement proposé de m’embaucher parce qu’ils avaient besoin de poursuivre ce projet, ils ne pouvaient pas me renouveler mon contrat.

Frédéric Couchet : Le CNRS.

Pierre-Yves Gosset : Voilà, tout à fait. Le CNRS souhaitait reconduire mon contrat, mais il ne pouvait pas le faire sous forme de CDD. Moi je ne voulais pas rentrer dans la fonction publique, j’avais déjà passé près de dix ans à travailler pour des universités, ça ne me tentait plus que ça. Du coup, ce qui s’est passé c’est que, tout simplement, ils m’ont dit : « Tu peux te mettre en auto-entrepreneur, on pourrait payer une structure pour que tu continues à travailler pour nous », et c’est ce que j’ai fait, c’est-à-dire que j’ai proposé à l’association effectivement de travailler au sein de Framasoft sur le projet PLUME et ça a aussi permis de débloquer des fonds qui ont permis, finalement, la première création de poste à Framasoft. Voilà ! C’est à la fois grâce au CNRS et, je n’ai pas honte de le dire, mais je trouve ça très rigolo avec le recul, en partie grâce à l’argent de la publicité, gagné via les publicités Google.

Frédéric Couchet : Ça c’était au début. On va revenir après sur le mode de financement actuel de Framasoft. Depuis vous êtes donc « dégooglisés » en termes d’organisation. On reviendra tout à l’heure sur le projet Dégooglisons Internet. Ça c’est 2008. Aujourd’hui, juste un chiffre, vous êtes combien de salariés à Framasoft ?

Pierre-Yves Gosset : On est neuf salariés. On est 35 adhérents au total, ce qui fait de nous, en termes de salariés, une des plus grosses associations du Libre non seulement francophone mais, je pense, européenne.

Frédéric Couchet : Tout à fait. Ça c’est la naissance, on l’a vue assez rapidement, la naissance de Framasoft avec la partie mathématique, les premiers projets dont certains existent toujours et certains, évidemment, très importants comme l’annuaire du Libre à l’époque qui était la référence sur laquelle on renvoyait les gens. On vient de voir juste le démarrage, la partie salariée, on y reviendra tout à l’heure parce que Framasoft a bien progressé depuis, a de plus en plus de projets, une équipe de neuf personnes et on verra un petit peu plus en détail à quoi servent ces neuf personnes. Mais il y a aussi un autre virage. Tu as donné un premier virage tout à l’heure c’est l’extension à la culture du Libre : ce qui a été un marqueur de Framasoft c’est, au-delà du logiciel libre, la culture du Libre. Un deuxième virage c’est celui de l’éducation populaire. Est-ce que tu peux nous expliquer à quel moment s’est fait ce virage et pour quelles raisons ?

Pierre-Yves Gosset : On a toujours fait de l’éducation populaire.
Définir l’éducation populaire ou l’éducation non formelle c’est toujours un exercice un petit peu difficile. Si je devais résumer ça, pareil en une phrase, je dirais que c’est l’éducation de tous par tous dans l’idée de s’émanciper et de pouvoir être autonomes. Alors être autonomes c’est très vaste, mais c’est aussi être autonomes, pour nous, là spécifiquement, sur des questions numériques. Donc Framasoft a toujours été une association d’éducation populaire. En 2013, on a fait cette démarche de demander un agrément « jeunesse et éducation populaire ». On a surtout beaucoup rencontré d’autres structures autour de nous qui faisaient de l’éducation populaire sur le terrain. Il y avait à la fois une part de nécessité, une part d’envie et une part de mise en perspective. La nécessité c’était qu’on se rendait bien compte que le logiciel libre marchait bien dans nos petits lieux libristes ; dans notre petite tour d’ivoire, ça marche plutôt bien. Par contre, quand il fallait aller rencontrer les gens, c’était un petit peu plus compliqué. Là-dessus il faut saluer le travail qui a été fait notamment par Ubuntu pour démocratiser un petit peu GNU/Linux en tant que système d’exploitation qu’on va pouvoir utiliser sur son ordinateur. On voyait bien qu’on butait, de toute façon, en termes d’usage sur quelques pour cents. On s’est dit, en fait, on doit pouvoir, j’allais dire utiliser, ça peut être mal compris, mais c’était pour moi positif, s’appuyer sur des réseaux préexistants ; tout à l’heure je parlais des CEMEA qui est un réseau d’éducation populaire qui a 80 ans il me semble, ça peut être la Ligue de l’enseignement qui est encore plus ancienne, ça va être des associations de quartier type MJC, etc., c’est exactement ce que vous faites-là en faisant cette émission aujourd’hui.

Frédéric Couchet : Exactement !

Pierre-Yves Gosset : Donc c’était quelque chose qui était déjà pratiqué, mais on a souhaité l’affirmer, le développer et rendre ces liens plus tangibles, finalement en travaillant avec ces associations d’éducation populaire, ces réseaux d’éducation populaire qui sont présents sur le territoire, qui eux ont les contacts sur le terrain, qui ont l’habitude, qui connaissent leur population, c’est-à-dire que ce sont souvent des gens qui sont assez éloignés du numérique. Du coup on s’est pris quelques claques dans la face et c’était très bien de se prendre quelques claques, on va dire : nous on était très au point sur les questions techniques et tu te retrouves dans une MJC à expliquer à quelqu’un comment fonctionne la souris, eh bien tu te retrouves…

Frédéric Couchet : Tu te retrouves dans la réalité.

Pierre-Yves Gosset : Voilà, dans la réalité. Du coup on s’est dit il faut qu’on réajuste non seulement nos pratiques mais aussi nos discours et c’est ce qu’on a commencé à faire depuis 2013-2014.

Frédéric Couchet : Donc avec un axe éducation populaire.

Pierre-Yves Gosset : Qu’on a développé.

Frédéric Couchet : Qui a été développé et vous avez eu l’agrément.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait. Depuis 2013 Framasoft est une association d’éducation populaire on peut le dire puisqu’on a l’agrément. Ce qui n’empêcherait pas, à mon sens, de pouvoir le dire, ce n’est pas l’agrément qui définit si vous êtes une association d’éducation populaire ou pas.

Frédéric Couchet : D’accord. On va faire une petite pause musicale et après on va parler des projets un peu plus récents, que les gens connaissent sans doute mieux. On va écouter Leaf par KV et on se retrouve juste après.

Pause musicale : Leaf par KV.

Voix off : Cause Commune 93.1

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Leaf par KV, musique disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, donc l’œuvre peut-être librement utilisée simplement à la condition de l’attribuer à l’auteur en citant son nom, ce que je fais. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez l’émission Libre à vous !, sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.

Avant de poursuivre je vais vous reposer les deux questions du quiz.
La semaine dernière, dans l’émission du 28 mai, nous avons parlé d’une distribution éducative libre. Comment s’appelle-t-elle ?
Deuxième question : que se passe-t-il en fin de semaine, ce week-end, à Selles-Sur Cher et qui est en lien avec le logiciel libre.

Après ces deux petites questions auxquelles je donnerai la réponse tout à l’heure, nous allons poursuivre la discussion toujours avec Pierre-Yves Gosset de Framasoft, directeur de Framasoft. L’invité suivant nous a rejoints, Étienne André, et, ce qui était marrant, c’est que ça a rappelé beaucoup de souvenirs à Étienne André parce qu’on est à peu près de la même génération ici.
On a parlé un petit peu de l’« ancien » Framasoft, entre guillemets, en tout cas les premières années, les belles années, et puis les belles années se poursuivent avec des projets importants. Tout à l’heure on parlait de Google, de la pub sur le premier site Framanet.
Framasoft a lancé il y a quelques années un projet, une ambition incroyable, Dégooglisons Internet. C’était quand ? Quel était l’objectif ? Et où on en est de ce projet un peu mégalo, non ?

Pierre-Yves Gosset : Voilà ! C’était notre modeste plan de libération du monde. Tout simplement, en fait, il s’est passé un événement important en 2013, ce sont les révélations d’Edward Snowden qu’on n’a pas forcément prises en pleine face parce qu’on savait déjà qu’il y avait des collusions importantes entre les services de renseignement étasuniens et un certain nombre d’entreprises américaines du numérique. C’est juste que là c’était flagrant, c’était sur la place publique, c’était débattu, ça a quand même été le feuilleton de cet été 2013.
Nous on s’est regardés, dans l’association, et on s’est dit « attends ». Nos mails étaient gérés chez Gmail, les mails de l’association étaient gérés chez Gmail ; on utilisait Google Groups pour discuter entre nous ; on avait de la pub AdSence qu’on avait dû virer, je pense, en 2012 ou effectivement début 2013. En gros on était dépendants, on était devenus dépendants de Google.

Frédéric Couchet : Et beaucoup de personnes vous le faisaient remarquer, en plus !

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait. Par rapport au public qu’on visait, ce n’était pas ces personnes-là qui nous le faisaient remarquer, c’étaient évidemment les amis de l’intérieur qui nous disaient : « C’est mal ! » Mais bon ! On est une association qui vient du milieu de l’enseignement. Comme je disais j’ai travaillé pendant très longtemps pour des universités. Les trois fondateurs de Framasoft sont des enseignants. À un moment donné, on n’était pas des informaticiens et des informaticiennes, donc on avait cette problématique de se dire si on veut être autonomes sur ces outils-là ça va nous prendre pas mal de temps. Et on avait repoussé, repoussé, jusqu’à cet été 2013. On avait, à ce moment-là, la chance d’avoir quelqu’un dans l’association, Luc Didry, qui y est toujours, qui est maintenant notre administrateur système salarié, mais qui, à l’époque, était bénévole.

Frédéric Couchet : Donc la personne qui est en charge de la maintenance de votre système d’information donc de vos services.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait. Exactement. Et qui a dit : « OK ! Moi c’est mon boulot. En tant que bénévole je peux vous aider à nous dégoogliser en tant qu’association ». Et il y a passé pas loin d’un an, on va dire six mois à temps très important plus six mois sur les petits services et les petits liens qui restaient, etc.
On s’est dit on a problème : si nous qui sommes une association, qui connaissons quand même bien le numérique, qui comprenons relativement bien ses enjeux, on n‘est pas fichus de sortir de Google en mois de six mois, comment vont faire les autres ? On a donc décidé, à ce moment-là, de lancer cette campagne qui s’appellera, en octobre 2014, Dégooglisons Internet et qui visait trois objectifs.
Le premier c’était de sensibiliser le public à la domination et aux différentes dominations de Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft. On aurait pu appeler ça « dégafamiser » mais le terme GAFA ou GAFAM n’était pas très connu à l’époque. Il s’agissait quand même d’avoir un terme que les gens comprennent. On a choisi, pour cette sensibilisation, d’utiliser l’imagerie d’Astérix que tout le monde, sur la planète, comprend bien : le petit village gaulois entouré par les Romains en disant chaque camp romain sera un service de Google ou de Facebook ou autre, un service qui centralise vos données, et on va essayer, nous petits Gaulois, d’aller combattre ces camps romains.
Ça c’était le premier objectif, c’était la sensibilisation. On a fait, j’avais fait le décompte à un moment donné, plus de 300 conférences sur trois ans sur le sujet des dominations technique, économique, politique et culturelle de Google et compagnie. Mais ça ne suffit pas de sensibiliser puisqu’il n’y avait rien, en fait.

Frédéric Couchet : Si tu dis qu’il y a un problème et que tu n’offres pas la solution à côté !

Pierre-Yves Gosset : Voilà, exactement. On ne disait pas « Google c’est le mal ». On disait qu’il y a effectivement un problème avec Google, il y a le problème de la surveillance, mais il y a aussi le problème de la domination technique et de Google qui est capable de dire quels doivent être les formats, quels doivent être les protocoles, etc. Il y a le problème de la domination économique très forte de ces entreprises puisqu’elles sont riches à plusieurs centaines de milliards. Du coup on se retrouvait à dire aux gens quelque chose. On pouvait dire « nous ça y est, on est sortis de Google », mais les gens nous regardaient et nous disaient : « OK ! Mais moi je fais quoi ? Je fais quoi avec mon mail ? Je fais quoi avec mon moteur de recherche ? Je fais quoi avec mes Google docs ? Etc. »
Donc le deuxième objectif qu’on s’était fixé c’était de démontrer que le logiciel libre était une réponse qui était présente, immédiate, efficace face à cette problématique. Donc on a décidé de mettre en place des alternatives ; on s’était lancés sur l’idée de 30 services, on en est à 34 ou 35 aujourd’hui, je n’ai même plus le décompte.

Frédéric Couchet : Dès le départ vous aviez déjà l’objectif d’avoir une trentaine de services pour couvrir quasiment l’ensemble des besoins.

Pierre-Yves Gosset : Exactement.

Frédéric Couchet : D’accord.

Pierre-Yves Gosset : C’était ça qu’on visait. On s’est dit on va sortir dix services par an et avec ces dix services, en trois ans, on arrivera en octobre 2017, on aura sorti 30 services alternatifs à ceux de Google.

Frédéric Couchet : Et dans votre petit village vous étiez combien à ce moment-là, en 2013 ?

Pierre-Yves Gosset : Toujours pareil. On était en gros 35 bénévoles.

Frédéric Couchet : Et en salariés ?

Pierre-Yves Gosset : En salariés, en 2014, on était trois.

Frédéric Couchet : D’accord.

Pierre-Yves Gosset : Entre deux et trois.
Assez rapidement on a décidé, effectivement, déjà d’embaucher un admin-sys, parce que c’était moi qui faisais l’administration système des machines, etc., donc la partie plus technique. Ce n’est pas du tout mon cursus, moi je suis économiste de formation, donc ça n’avait rien à voir. Du coup je me suis retrouvé à devoir un petit peu animer et coordonner cette campagne pendant les trois années qui ont suivi et donc de démontrer que vraiment ça fonctionnait.
Le troisième objectif, troisième et dernier objectif de Dégooglisons Internet et vous en avez déjà parlé dans une précédente émission, c’était l’essaimage. C’est-à-dire qu’il n’y a jamais eu dans notre volonté l’idée que Framasoft pouvait concurrencer Google, ça nous aurait fait doucement sourire ; le budget de Framasoft, j’avais fait le calcul, c’est 1,32 seconde du chiffre d’affaires de Google donc forcément c’est absolument incomparable ! Mais il y avait plutôt l’idée, finalement, d’impulser un réseau qui allait devenir CHATONS, dont vous avez parlé il y maintenant 15 jours-trois semaines, je crois, avec ma collègue Angie.

Frédéric Couchet : On en a parlé il y a quelques semaines et on va en reparler le 25 juin 2019.

Pierre-Yves Gosset : Parfait.
Donc pendant ces trois années-là, d’octobre 2014 à octobre 2017, on a sorti des services, j’allais dire à la machette, quasiment un par mois pendant trois ans. Certains étaient plus lourds que d’autres à mettre en œuvre, etc., et on a fait énormément de conférences. Fin 2017 on était un peu épuisés de tout ça et à la fois portés puisque, je ne l’ai pas précisé, mais Framasoft est une association qui ne vit que des dons.

Frédéric Couchet : Justement c’était ma question : le modèle économique des géants du Web on le connaît, malheureusement, peut-être que tous les gens n’en ont pas forcément conscience mais en tout cas on le connaît, et de mieux en mieux. Par contre, effectivement, comment financièrement vous vous en sortez ? C’est-à-dire est-ce que vous avez un modèle qui est basé sur le paiement de l’usage du service ou est-ce que c’est un autre modèle ?

Pierre-Yves Gosset : Non, non ! On n’a pas de clients. On a uniquement des donateurs et des donatrices, des soutiens qui pensent que ce qu’on fait est bien. Donc nous on propose, on est extrêmement clairs sur le modèle économique, on dit : « Si ça vous a plu, si vous utilisez le service et qu’il vous convient, pensez à faire un don parce que c’est maintenu par une petite association. Si vous avez les moyens vous pouvez faire un don. Si vous n’en avez pas les moyens ne faites de don mais parlez-en autour de vous, etc. » Il y a plein de façons de soutenir le logiciel libre autres que en faisant des dons.
Le gros avantage, ce n’était pas du tout un calcul de notre part, c’est qu’on s’est finalement retrouvés à toucher énormément de monde. Une petite partie de ce énormément de monde nous fait des dons et ça nous permet, aujourd’hui, de payer les neuf salariés et les frais de fonctionnement de l’association.

Frédéric Couchet : Donc aujourd’hui le financement de Framasoft c’est du 100 % donations.

Pierre-Yves Gosset : C’est du 94 %.

Frédéric Couchet : Quasiment exclusivement.

Pierre-Yves Gosset : Oui Tout à fait. On vend de tee-shirts.

Frédéric Couchet : Comme tout le monde : on vend des tee-shirts, des autocollants, les autocollants généralement on les donne, des mugs, etc. L’essentiel ce sont les dons.

Pierre-Yves Gosset : Ce sont les dons et on n’a pas l’intention, pour l’instant, de bouger de ce modèle de financement qui nous convient assez bien en tant qu’association d’éducation populaire ; c’est quelque chose qui nous va bien.

Frédéric Couchet : Et dans cette période-là, est-ce que tu peux nous citer les deux trois services peut-être les plus utilisés ou les plus connus ou les plus emblématiques ?

Pierre-Yves Gosset : Les plus utilisés, les plus connus, sont Framadate qui est une alternative à Doodle, qui n’est pas un service de Google, qui reste une boîte privée, suisse, qui appartient à un assez gros groupe, qui vit aussi de la vente et de la collecte de données et de la personnalisation de son produit. On a développé une alternative à Doodle sur la base d’un logiciel libre préexistant qui était développé à l’université de Strasbourg et qui s’appelait StUdS. Aujourd’hui des Framadate il y en a plusieurs milliers qui sont créés chaque jour, c’est plusieurs dizaines de milliers de visiteurs et de visiteuses chaque jour. C’est un service qui marche très bien.
Le deuxième service peut-être le plus connu c’est Framapad, basé sur un logiciel libre qui s’appelle Etherpad.

Frédéric Couchet : Une sorte de bloc-notes, en ligne, collaboratif.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait. Un bloc-note collaboratif. Le gros avantage de Framapad c’est qu’il est collaboratif, ça veut dire que pendant que vous tapez un texte une autre personne qui vient sur votre bloc-notes peut compléter ce texte, peut le corriger en temps réel, etc. Aujourd’hui on héberge plus de 200 000 pads, me semble-t-il. On a d’ailleurs participé assez largement au développement de Etherpad, le logiciel originel, et on a développé nos propres plugins qui sont évidemment sous licence libre et disponibles en ligne, que n’importe qui peut télécharger et installer.

Frédéric Couchet : Et réutiliser. Justement, tu parles de cette partie de réutilisation. Donc ce projet 2013-2017.

Pierre-Yves Gosset : 2014-2017.

Frédéric Couchet : 2014-2017. En 2017 vous décidez de ne pas poursuivre cette extension, mais plutôt, comme tu as commencé à le dire tout à l’heure, d’essaimer. Donc ce sont ces fameux chatons. Même si on a déjà consacré une émission, on va en reparler le 25 juin, est-ce que tu peux quand même expliquer rapidement ce que sont les chatons et ce que signifie CHATONS ? On va savoir si tu sais ce que ça veut dire !

Pierre-Yves Gosset : C’est moi qui ai trouvé l’acronyme, donc je peux le redire. CHATONS c’est le Collectif des Hébergeurs, Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Chaque terme est important.
Donc c’est un collectif, ce n’est pas une association. Ça regroupe des hébergeurs de services en ligne type Etherpad, type Framadate, type autres. Vous pouvez proposer à peu près n’importe quel type de service libre si vous faites partie du Collectif CHATONS.
Transparents parce qu’on a choisi d’avoir une gouvernance qui est relativement ouverte, que chacun peut voir, etc., et qui reste bien visible.
Ouverts. Évidemment tout est basé sur du logiciel libre. Si vous êtes chaton vous devez être à 100 % logiciel libre modulo quelques petits points, genre s’il y a un pilote SCSI sur un disque dur, etc., qui n’est pas libre.

Frédéric Couchet : Un périphérique réseau ou disque dur.

Pierre-Yves Gosset : Merci. Évidemment il y a quelques petits choses qui peuvent être non libres, mais on essaye d’encadrer ça au plus strict.
Neutres parce que, évidemment, on promeut aussi dans CHATONS non seulement l’aspect neutralité du Net mais le fait que chaque chaton peut avoir ses propres modèles économiques, ce qui nous différencie, en ça, du modèle dont on s’est inspiré qui est celui de la FFDN.

Frédéric Couchet : C’est quoi la FFDN ?

Pierre-Yves Gosset : La FFDN c’est la Fédération FDN, c’est-à-dire l'association qui regroupe des fournisseurs d’accès à Internet associatifs et alternatifs.
J’en étais au « N », donc le « S » de Solidaires, c’est parce que ça nous paraissait une composante très importante. On ne souhaitait pas juste créer un collectif dans lequel n’importe qui pouvait postuler et avoir des modèles économiques qu’on aurait trouvés non solidaires. Donc on essaye aussi de promouvoir un autre Internet, non seulement sur les aspects techniques mais aussi sur les aspects de pratique et d’usage autour de la solidarité.

Frédéric Couchet : D’accord. J’invite les personnes qui nous écoutent à écouter le podcast de l’émission du 26 avril 2019, qui est une première émission sur les CHATONS avec une explication sur les services rendus, le fonctionnement. Et comme je le disais tout à l’heure, le 25 juin nous ferons une seconde émission plus orientée pour les structures qui souhaiteraient mettre en place un chaton. Comme ça se passe ? Comment fonctionne le collectif ? Comment se choisissent les logiciels ? Des critères un peu plus techniques, donc le 25 juin.
Ça c’est l’essaimage. Et puis, parce que Framasoft vous ne vous reposez quand même pas sur vos lauriers, vous lancez il y a quelque temps un nouveau projet. Il faut s’entraîner à le dire ce projet !

Pierre-Yves Gosset : C’est comme « dégooglisons », il faut apprendre !

Frédéric Couchet : Il faut apprendre à le dire, donc Contributopia qui est lancé il y a quelques années. Qu’est-ce que c’est que Contributopia ?

Pierre-Yves Gosset : C’est la suite et la poursuite pour nous logique, pas forcément logique pour tout le monde, mais pour nous logique de ce qu’était Dégooglisons Internet. On aurait pu faire un Dégooglisons Internet 2, repartir pour trois ans et ressortir x services chaque année, mais ce n’est pas du tout ce qu’on a souhaité faire. D’abord parce qu’on était fatigués. Il faut imaginer : pendant trois ans on a sorti quasiment un service par mois, on a embauché. Donc il fallait aussi gérer la croissance de l’association : elle est passée de deux-trois salariés à neuf aujourd’hui.

Frédéric Couchet : Une petite question. Il y a un choix de ne pas poursuivre les embauches ?

Pierre-Yves Gosset : Oui. Volontiers… Volontairement.

Frédéric Couchet : Volontairement.

Pierre-Yves Gosset : Pas volontiers, volontairement. Mais volontiers, je veux bien qu’on arrête d’embaucher à Framasotf, ça m’arrange aussi en tant que directeur !
Du coup on s’est dit qu’on avait deux voies : soit on se disait ça marche et on devient une espèce de champion du service libre, etc., qui est une étiquette qu’on nous a assez vite collée genre « Framasoft le Google du Libre » qu’on n’a pas toujours bien prise d’ailleurs. Mais ce n’était pas du tout notre objectif. Nous on se considère vraiment comme une bande de potes qui font des trucs aussi pour se marrer et, à un moment donné, on voyait bien que la pression et les exigences envers nous du public devenaient très fortes. Donc on s’est dit on ne veut pas céder à cette pression et à ces exigences et on a décidé volontairement de limiter le nombre de salariés à dix. On a décidé de rester une petite association en mode bande de copains.
Contibutopia était un virage à la fois en termes de communication puisqu’on est passé de l’imagerie Astérix un peu agressive – le Gaulois parfois réfractaire face au camp romain qui veut nous dominer, etc. – on va dire une histoire ou un imaginaire de David contre Goliath, mais finalement, être des super héros ça ne nous intéresse pas du tout. Donc on s’est dit on veut essayer de communiquer autre chose.
Du coup on a pas mal réfléchi en interne dans l’association. On a demandé à David Revoy qui est un dessinateur fort connu dans le milieu du logiciel libre, qui publie des bandes dessinées sous licence libre, notamment une BD qui s’appelle Pepper&Carrot, qui est un type adorable, de nous réaliser un petit peu des visuels qui porteraient une autre image d’un numérique qui serait souhaitable. On a développé cet imaginaire un petit peu positif du numérique au travers de cette campagne Contributopia ; du coup on n’a pas repris du tout les codes de la start-up nation, etc., on a complètement cassé les codes avec ça. On a fait quelque chose d’assez mignon, d’assez graphique, un peu en mode Manga BD, parce qu’on voulait donner une autre image de ce que voulait être Framasoft au monde. C’est-à-dire qu’il y a eu dans l’association, pendant cette période-là, un certain nombre de prises de conscience que le logiciel libre était certes quelque chose qu’on souhaitait défendre, mais qui était plus un moyen qu’une fin et que finalement, nous ce qu’on souhaitait, la fin, c’était vivre dans une société plutôt apaisée ; ce qu’on souhaitait c’était passer de la société de consommation à la société de contribution telle que l’a définie en partie Bernard Stiegler qui est un philosophe.
On souhaitait porter une autre façon de parler des enjeux autour du numérique, qui ne soit pas tournée uniquement sur les meilleurs services, la concurrence, la bataille, la lutte, mais plutôt sur le faire ensemble, sur l’entraide, sur le partage des savoirs et des connaissances. Donc quand on a proposé Contributopia il y avait cette idée de changer un petit peu de paradigme et de dire qu’en changeant le numérique on pouvait changer la société et inversement : si on voulait changer la société il fallait aussi changer le numérique. Et on a décidé d’orienter, on va dire notre lutte ou notre façon d’agir, sur l’idée que la contribution était quelque chose d’absolument central.
Si je reprends le cas de Framadate, par exemple, les gens imaginent que c’est toujours Framasoft qui maintient Framadate sauf que, dans les faits, on n’a personne pour réellement maintenir Framadate. On a de temps en temps un salarié de Framasoft qui peut y passer un petit peu de temps à droite, à gauche, etc., mais on est juste complètement débordés par l’ensemble de ces activités, vu qu’on a toujours la maison d’édition, on a toujours la Framakey, on a 34 services et on en propose de nouveaux assez régulièrement.
Donc il fallait parler d’autre chose, le faire autrement. Pour nous Contributopia c’est un mot valise, non seulement avec l’idée de contribution au logiciel libre, de société de contribution, et d’utopie. Et je rappelle que « utopie » ça ne veut pas dire quelque chose qui n’existe pas, c’est quelque chose qui n’est en aucun lieu et on a trouvé qu’Internet était une utopie parfaite.

Frédéric Couchet : Donc c’est à la fois créer et proposer des outils, transmettre des savoir-faire et encourager à la contribution, finalement pour améliorer le monde.

Pierre-Yves Gosset : Oui, Exactement. C’est changer le monde un octet à la fois, tranquillement, doucement, et surtout, pour nous, relâcher un peu la pression et dire l’important ce n’est pas du tout Framasoft, l’important ce sont les gens qui décident de taper ensemble dans un même but pour aller dans la même direction. Ça c’est valable et c’est aussi ce que porte Contributopia comme discours c’est de dire que n’est pas telle ou telle association, que ce n’est pas tel ou tel sujet de militance qui doit nécessairement l’emporter. C’est plutôt par une complémentarité et par une mise en réseau de différents groupes qu’on va réussir à avancer, à changer le monde.
Aujourd’hui Framasoft se retrouve dans des projets aux côtés d’associations comme Tous Migrants ou la Cimade.

Frédéric Couchet : Un exemple de projet, justement.

Pierre-Yves Gosset : Je vais prendre un projet technique et un projet non technique.
Le projet technique, Bénévalibre, ça va te parler ! Bénévalibre est un logiciel qu’on coproduit à de nombreuses structures, à la fois des réseaux d’éducation populaire comme le Crajep Bourgogne-Franche-Comté, l’April, Framasoft, la Ligue de l’enseignement et d’autres. L’idée c’est de faire un logiciel pour gérer et comptabiliser le temps de bénévolat des associations. Là on est sur un projet de développement logiciel ; ça va être réalisé par une société coopérative d’intérêt collectif qui s’appelle Cliss XXI. Pour nous ce projet-là est important. C’est un facteur de changement dans la société et c’est un projet technique qui, pour nous, est plus intéressant qu’un logiciel qui permet juste, je ne sais pas, de partager des images par exemple. Pour nous ça a plus de sens.

Frédéric Couchet : D’accord.

Pierre-Yves Gosset : Un projet non technique, ça va être par exemple : on travaille avec d’autres associations sur une coalition qui travaille à identifier et finalement mieux faire connaître les types de répression sur les libertés associatives, c’est-à-dire les répressions qui peuvent être policière, judiciaire. Quand on est une association, aujourd’hui en France et même plus largement en Europe, on peut voir son activité associative menacée ou réprimée par d’autres intérêts qui peuvent être des États, qui peuvent être d’autres structures, qui peuvent être des baisses de subvention, etc. Donc on travaille aussi sur ces sujets-là.
On voit bien qu’on s’est éloignés, avec ce type de choses, des questions purement techniques du numérique et pourtant on garde toujours ce discours assez fort, même si on n’identifie pas notre ennemi comme étant Google. Aujourd’hui on va beaucoup parler du capitalisme de surveillance, de sujets de ce type-là qui mériteraient une émission à part entière.

Frédéric Couchet : Ce sont de bien belles explications, comme le dit Marie-Odile sur le salon web, et je relayerai après une petite question qui va te faire sourire et qui va aussi faire sourire ton voisin. Juste avant, ça n’empêche pas le développement de vos outils, est-ce que PeerTube rentre dans cette catégorie-là ou est-ce que PeerTube c’est encore, on va dire, Dégooglisons ?

Pierre-Yves Gosset : Non. PeerTube sort.

Frédéric Couchet : Rappelle déjà ce qu’est PeerTube, s'il te plaît.

Pierre-Yves Gosset : PeerTube est une plate-formee libre, fédérée et décentralisée, qui permet de diffuser et de mettre en ligne des vidéos. Quand dans Dégooglisons Internet on avait pensé à créer une alternative à YouTube on s’est dit « mais du coup, si on fait FramaTube et que tout le monde vient déposer ses vidéos, ça va nous coûter hyper-cher et surtout on va centraliser à nouveau les vidéos, ça ne sert strictement à rien, il faut qu’on puisse sortir de ce système-là ».
Je pourrais raconter très rapidement l’histoire de PeerTube. En fait, c’est aussi une question d’opportunité. On a rencontré le développeur d’un logiciel qui s’appelait PeerTube, qui faisait ça sur son temps perso et 100 % bénévole. On lui a proposé, tout simplement, de travailler au sein de Framasoft, d’être salarié au sein de Framasoft pour accélérer le développement de PeerTube.
La particularité de PeerTube et ce pourquoi, pour moi, PeerTube rejoint l’idée de Contributopia, c’est qu’on est sur du logiciel qui est fédéré. C’est un concept qui est hyper-important pour nous aujourd’hui, c’est-à-dire la fédération ; le mail, par exemple, est un outil fédéré : moi j’ai une adresse @framasoft.org ; toi, Frédéric, tu as une adresse @april.org ; si je t’écris tu reçois mon mail, tu peux répondre avec ton mail et m’envoyer un mail depuis @april.org à @framasoft.org. L’idée de réseau fédéré, par exemple comme Mastodon, ça fait que si tu as un compte sur Framapiaf tu peux écrire à quelqu’un qui a un compte sur une autre instance du logiciel Mastodon qui est un réseau de microblogging.

Frédéric Couchet : Microblog.

Pierre-Yves Gosset : Microblog, voilà, un peu alternatif à Twitter.

Frédéric Couchet : Pour échanger des messages courts.

Pierre-Yves Gosset : Pour échanger des messages courts.
Ce système-là nous paraissait hyper-intéressant parce que ça nécessitait de réinventer, finalement, comment est-ce qu’on allait utiliser Internet non plus en allant déposer ses données chez Framasoft ou chez Google ou chez Facebook ou à l’April, mais plutôt comment on allait pouvoir se réapproprier notre petit bout d’Internet et c’est en ça, pour moi, que PeerTube relève plus de Contributopia que de Dégooglisons Internet.

Frédéric Couchet : D’accord. Pour que tu ne loupes pas ton train parce que sinon je m’en voudrais, on va bientôt terminer Je vais quand même relayer la question de Marie-Odile qui demande, en fait, « est-ce que pyg n’ira toujours pas boire le thé à l’Éducation nationale ? » Est-ce que tu peux rapidement rappeler le contexte et répondre ?

Pierre-Yves Gosset : Tout simplement, pour ceux qui ont suivi le début de l’émission, Framasoft vient du milieu de l’éducation, Éducation nationale, éducation populaire. On a longuement discuté avec des personnes au ministère de l’Éducation nationale pendant des années. Je suis moi-même allé un certain nombre de fois, y compris avec toi, au ministère et il n’en est pas ressorti grand-chose. On a donc sorti, je crois que c’est en octobre 2016, un billet qui s’appelait « Pourquoi Framasoft n’ira plus prendre le thé au ministère de l’Éducation nationale ». Pour nous, ça exprime assez bien ce que veut faire Framasoft aujourd’hui, c’est-à-dire qu’on est une toute petite association. On a un nombre de points d’énergie, si je prends la métaphore du jeu vidéo, qui est relativement limité. Chaque matin je me dis : j’ai 100 points d’énergie où est-ce que je les mets ? En tant qu’association on va dire qu’on va avoir 10 000 points d’énergie où est-ce qu’on les met ? Eh bien clairement, quand on les met au niveau de l’Éducation nationale, le retour est de trois. Si, si, des fois il y a un tout petit peu de retour mais pas grand-chose !
L’idée c’était de dire : où est-ce qu’on peut mettre notre énergie pour qu’elle soit efficace, pour qu’elle soit vecteur de transformation ? Aujourd’hui, au ministère de l’Éducation nationale, il se passe des choses intéressantes. Par contre je n’ai toujours pas de vrais signes positifs et concrets qui me diraient que si Framasoft demain mettait, aller, on va dire 1000 points d’énergie au niveau de l’Éducation nationale en termes d’un investissement de temps et d’énergie, eh bien je ne suis pas sûr qu’on aurait plus que trois en retour. Donc tant qu’on n’a pas ce retour-là, tant que pour moi il n’y a pas des positions claires, limpides, et vraiment avec des projections un petit à long terme et des engagements fermes du ministère de l’Éducation nationale, eh bien tout simplement le ministère continuera à travailler sur ses propres projets ; ils avanceront à leur rythme et nous on ira mettre notre énergie auprès, notamment, des publics associations, éducation populaire, milieu de l’économie sociale et solidaire.

Frédéric Couchet : Très bien. Est-ce que tu as une dernière phrase de conclusion ou un appel, une actu ?

Pierre-Yves Gosset : Oui. Tout à fait. Il se trouve que toujours dans la logique de Contributopia, on vient de lancer un appel à la collecte pour un logiciel qui s’appelle Mobilizon.
Mobilizon est né d’une problématique assez simple : les marches pour le climat, qui m’intéressent parce que je m’intéresse à ces questions-là, sont organisées essentiellement sur Facebook. Je n’ai pas de compte Facebook, enfin je n’utilise plus mon compte Facebook depuis des années, donc je pouvais participer à la marche pour le climat, mais je ne pouvais pas participer à l’organisation, puisque tous les groupes d’organisation se situaient sur Facebook. On s’est rapidement dit, là aussi ça venait de Dégooglisons Internet, qu’on voulait une alternative à Meetup. Meetup est une plateforme qui permet d’organiser des événements à plusieurs, qui est une plate-forme complètement fermée d’ailleurs. On s’est dit : en fait le problème ce n’est pas juste la gestion des événements c’est plutôt la gestion des mobilisations. Donc on a voulu créer Mobilizon, qu’on espère être à la fois non seulement une alternative aux événements Facebook, peut-être assez rapidement aux groupes Facebook, mais qui permette à la fois d’organiser l’anniversaire surprise de ta cousine jusqu’à, pourquoi pas, je ne sais pas, une action de désobéissance civile par Extinction Rebellion. Donc on doit pouvoir couvrir tout ce panel-là d’actions et la particularité c’est que Mobilizon, tout comme PeerTube, sera lui aussi un logiciel non seulement libre, décentralisé – donc chacun va pouvoir l’installer –, mais aussi fédéré, c’est-à-dire que les différentes installations de Mobilizon vont pouvoir s’interconnecter les unes avec les autres de façon à ne pas tout avoir dans le même silo.
On a lancé une campagne qui vise à atteindre 50 000 euros, qui est, pour l’instant, la somme qu’on a estimée nécessaire pour amorcer le projet et donc sortir une version bêta, en gros, au deuxième semestre 2019, c’est-à-dire quand même très bientôt, en ce moment on code déjà dessus, et une version 1 au premier semestre 2020. On a franchi la barre des 35 000 euros la semaine dernière. On cherche surtout, si vous connaissez des structures anglo-saxonnes, en tout cas non francophones, elles peuvent très bien être hispanophones ou germanophones, qui peuvent être intéressées par Mobilizon, n’hésitez pas à leur passer l’info parce que, en fait, on a cette difficulté de montrer ce modèle économique du logiciel libre en disant « finalement c’est un logiciel qui ne rapportera pas d’argent, on a besoin de financement au départ pour amorcer le logiciel. Par contre si on s’y met tous, si plein de gens mettent un euro, eh bien on pourra avoir la somme pour payer un développeur pour le développer à plus long terme. »

Frédéric Couchet : Écoute merci Pierre-Yves. Évidemment j’encourage toutes les personnes qui nous écoutent à aller sur framasoft.org pour trouver toutes les informations et pour participer à Mobilizon.
On va te libérer pour que tu attrapes ton train. Je te remercie. C’était Pierre-Yves Gosset, directeur de Framasoft. Belle journée et bon retour sur Lyon.

Pierre-Yves Gosset : Merci. Bonne fin d’émission.

Frédéric Couchet : Merci.
Nous allons faire une petite pause musicale. Nous allons écouter Passe-moi le balai par Demi-Sel et on se retrouve juste après.

Pause musicale : Passe-moi le balai par Demi-Sel.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Passe-moi le balai par Demi-Sel. C’est une musique évidemment sous licence libre Creative Commons Attribution Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.

Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout sur le site causecommune.fm.

Je vais répondre à la première question du quiz de tout à l’heure qui était : la semaine dernière nous avons parlé d’une distribution éducative libre. Comment s’appelle-t-elle ? La réponse c’est PrimTux, donc primtux.fr.
Nous allons changer de sujet.

[Virgule musicale]

Présentation d'Open Académie avec Étienne André

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre par un échange sur Open Académie avec Étienne André qui est fonctionnaire « intrapreneur » dans une start-up d’État. Bonjour Étienne.

Étienne André : Bonjour.

Frédéric Couchet : Bien sûr première question : c’est quoi un fonctionnaire « intrapreneur » dans une start-up d’État ?

Étienne André : Eh bien c’est un fonctionnaire très motivé ! Je ne suis pas n’importe quel fonctionnaire mais intendant, en fait, dans un établissement scolaire, dans un lycée, donc chargé des toits qui fuient, des frites trop grasses, des couloirs sales.
On travaille beaucoup sur ordinateur, on doit travailler avec pas mal de données, et j’avais un collègue qui savait bricoler des petits trucs en base de données. Moi je faisais un petit site Web pour échanger des choses avec mes collègues, intendancezone.net, dans lequel je parle beaucoup de logiciel libre. On s’est rencontrés et puis j’ai commencé à diffuser les logiciels de ce collègue, qui pouvaient être utiles à certains. Mais ils étaient dans un drôle d’état, ce n’était pas terrible ! J’ai commencé à lui faire des suggestions d’amélioration et, tout doucement, on a commencé à passer de plus en plus de temps là-dessus et, un jour, je lui ai dit : « Tu sais, ce qu’on fait, il faudrait quand même que ça soit ouvert, libre. Moi je le mets sur Internet, là sur mon site, mais il faut que les gens n’hésitent pas : s’ils pouvaient le développer de manière collaborative et participer, qu’on fasse une communauté d’utilisateurs et de développeurs, ça serait vachement mieux ! » Et ça a grimpé petit à petit. Là-dessus il y a eu un concours organisé par l’Éducation nationale qui s’appelait Impulsions – ça existe d’ailleurs toujours, je crois – et en 2013 on a présenté la démarche avec, comme démonstration, un logiciel qui été plus avancé que les autres à ce moment-là, GemaSCO, Gestion des MAnuels SCOlaires.

Frédéric Couchet : D’accord.

Étienne André : Donc vous avez des dizaines, des milliers de manuels dans un collège, qu’on distribue aux élèves le jour de la rentrée, qu’on récupère à la fin de l’année. Il faut vérifier qu’ils sont tous rentrés, vous avez toute une gestion la-dessus. On fait des petits codes-barres qu’on colle sur le manuel ; un coup à la douchette code-barres, hop ! on sait que Kévin a rendu son manuel, toutes ces choses-là. Donc c’est assez simple comme gestion de stock, au début on est parti sur ce concept qui était facile.
En tout cas, en 2013 on a été remarqués, et on a eu envie d’aller de plus en plus loin, de créer de nouveaux logiciels et dans cette époque de grand enthousiasme, un jour on lit un article d’un secrétaire d’État à la modernisation de l’action publique, Thierry Mandon, qu’on ne connaissait pas.

Frédéric Couchet : C’était quoi ? 2015, 2016 ?

Étienne André : Ça se passe fin 2014.

Frédéric Couchet : D’accord.

Étienne André : Je trouve cette interview dans la Gazette des communes et je me dis « tiens, ça va intéresser Pierre », l’autre collègue qui développait. Moi je communiquais mais je ne développais pas. Il s’est mis à sauter partout comme un dingue en disant « il faut le rencontrer ! — Mais qui ça ? Le ministre ? Qu’est-ce que tu veux lui dire ? » Je ne comprenais pas. En fin de compte, je ne sais pas s’il a jamais rencontré le ministre, mais, en tout cas, on s’est mis en contact avec le secrétariat général pour la modernisation de l’action publique, à l’intérieur duquel ou autour duquel, je ne connais pas forcément toutes les articulations, se trouve la DINSIC, donc la DSI de l’État, chargée, entre autres, de l’amélioration numérique des services de l’État. Et là il y a des gens qui nous ont dit : « Ce que vous faites c’est bien ! En fait vous êtes des "intrapreneurs" ». Donc je réponds à la question.

Frédéric Couchet : Je ne doute pas que tu répondes à la question.

Étienne André : Voilà, j’ai pris le temps. « Vous êtes des "intrapreneurs", ce que vous êtes en train de faire là c’est une start-up d’État, on va vous aider, on va chercher un nom, on est tombés sur Open Académie » ; c’est assez bateau, assez clair.

Frédéric Couchet : Excuse-moi, pourquoi ils ont employé ce terme de « start-up d’État » ? C’est parce qu’on est la start-up nation ? Qu’est-ce qui se cache derrière ce terme « start-up » en fait ?

Étienne André : Le principe de la start-up c’est qu’avec de petits moyens, on teste quelque chose, une idée, et si ça marche eh bien on peut passer à l’échelle et gagner des milliards avec une petite mise départ. Appliqué à la fonction publique, ça veut dire que des fonctionnaires qu’on aide un petit peu à faire un petit peu mieux que la tambouille qu’ils faisaient tout seuls dans leur coin, eh bien on va leur permettre de développer des pratiques, des outils qui vont réellement transformer tout l’environnement, soit pour améliorer les conditions de travail des fonctionnaires et/ou, et surtout beaucoup, quand même, pour améliorer le service rendu à l’usager. Ceci avec très peu de moyens. Dans la logique de start-up des fois ça rate, mais ce n’est pas grave, on n’y a pas mis beaucoup d’argent ! On a juste permis à un fonctionnaire, à temps partiel, de s’occuper un peu d’autre chose que de ses missions habituelles.

Frédéric Couchet : Donc quelque part si on compare, c’est du développement que vous faites, c’est un développement dans un cadre léger, agile et avant tout focalisé sur les usages des personnes qui vont utiliser le logiciel avec des retours très rapides, donc c’est quelque part de l’agilité. Le terme « start-up d’État » peut peut-être faire peur, mais, en fait, on comprend mieux l’objectif qui est, comme tu le dis, essayer de produire un produit qui va correspondre à des besoins, de l’adapter, et puis si ça marche tant mieux, si ça ne marche pas, tant pis. Dans ton cas le projet, enfin cette « start-up d’État » entre guillemets s’appelle Open Académie.

Étienne André : Voilà.

Frédéric Couchet : Développée uniquement en logiciel libre ? C’est un des critères ?

Étienne André : Pas forcément. Je ne crois pas qu’il y ait une éthique libre à la DINSIC en disant « il faut absolument que s’il y a un logiciel il soit libre ».

Frédéric Couchet : Je te pose la question parce que je crois que c’est l’un des critères, mais il faudra vérifier. On aura bientôt la DINSIC avec nous, on vérifiera, mais je crois que c’est l'un des critères, en tout cas en partie en logiciel libre.

Étienne André : Je pense que c’est une bonne pratique pour eux, mais ce n’est pas forcément un objectif absolu.

Frédéric Couchet : Tout à l’heure tu parlais des premiers logiciels qui ont été développés, tu as parlé de base de données, initialement c’était développé avec un outil privateur.

Étienne André : Ça l’est toujours !

Frédéric Couchet : Ça l’est toujours, Microsoft Access. Mais quel avantage tu as eu à utiliser cet outil ?

Étienne André : C’est très bizarre et moi ça m’a freiné pendant très longtemps, parce que je refusais de participer au développement d’un truc sous Microsoft Access. Je disais « non, non ce n’est pas possible, il faut qu’on puisse faire la même chose avec libre Office Base ». Eh bien j’ai réussi l’année dernière : avec un stagiaire qui avait vraiment la niaque on a réussi à faire un petit bout de petit machin avec LibreOffice Basic et on a transpiré une semaine pour faire un truc qui se fait en deux minutes avec le VBA. Franchement!

Frédéric Couchet : VBA c’est le langage de programmation Visual Basic for Applications. OK !

Étienne André : Qui est commun à toute la suite Microsoft Office. En fait, même encore maintenant en ayant appris à faire du Basic, on n’arrive pas à le faire dans LibreOffice, c’est encore vraiment un truc au-delà du geek ! C’est vraiment pour des professionnels, en tout cas des gens qui ont l’habitude de faire du Basic, du développement très dur.
Pourquoi est-ce qu’on a commencé avec ça, avec Access ? C’est parce qu’en fait c’est de la bureautique, c’est de la bureautique évoluée et quand Pierre a commencé…

Frédéric Couchet : Il s’appelle comment ce Pierre ?

Étienne André : Pierre de Maulmont, qui est intendant dans un lycée parisien, moi je suis à Créteil actuellement. Lorsqu’il a commencé, pour lui c’était juste au lieu de faire des tableaux — je vais faire exprès de dire tableaux Excel, c’est ça, concrètement dans le métier, ce que les collègues disent et entendent — au lieu d’utiliser des tableurs, eh bien c’était de passer à la troisième dimension. Au lieu d’avoir juste des colonnes et des lignes, là on va avoir des données dans tous les sens qui vont faire des petites étincelles dans une galaxie d’informations. C’est très puissant et l’intérêt, j’allais dire du point de vue du développement communautaire, libre, collaboratif, c’est que les collègues qui ne sont pas des informaticiens, qui n’ont aucune compétence, eh bien ils avaient Access sur leur ordinateur ; une partie d’entre eux en tout cas, ils avaient, plus ou moins par hasard, la version pro de Microsoft Office sur leur ordinateur avec Access dedans.
Donc comme c’était déjà sur leur ordinateur, ils n’avaient pas peur. Ils ont d’abord fait tourner le logiciel qu’on leur envoyait, c’était mieux, sinon il y a un lecteur qui n’aurait pas permis de développer. Mais en plus, souvent, ils sont allés regarder des trucs parce qu’ils cherchaient le tableau Excel pour le modifier, parce que des fois le chiffre que sortait notre truc ce n’était pas le bon, ils voulaient le corriger à la main ; ça ne risquait pas de marcher, mais on ne leur disait pas ! Ils ouvraient le capot, en général ils cassaient tout, mais des fois ils avaient des idées, des fois ça changeait le logiciel ou des suggestions, même si eux-mêmes n’avaient pas réussi à les appliquer.
Donc parce que c'est ce logiciel pas fait pour les informaticiens, pas sérieux, pas sérieux pour développer, pas fiable, pas stable et puis éthiquement pas du tout convaincant, mais parce que c’est cet outil-là on a pu développer de manière collaborative.

Frédéric Couchet : Et créer une dynamique, en fait.

Étienne André : Exactement. Si on avait dit : « Vous voulez participer à notre démarche, vous allez apprendre à faire du PHP, vous allez vous installer le framework Machin », eh bien on avait zéro collègue qui nous suivait. Là ils y sont allés. Ils ont commencé à modifier de temps en temps un bout de mise en page dans un formulaire ou dans un état, trois fois rien, mais ils l’ont fait et certains se prenaient au jeu et ont été plus loin.
En fin de compte, aujourd’hui, après cinq-six ans de cette démarche, il n’y a à peu près que moi qui fais ça tous les jours, mais on a quand même une bonne dizaine de collègues au niveau national qui, de temps en temps, ont été bien au-delà et nous ont dit : « Dans ta base de données il y a tel problème de relation entre telle et telle table ; ta requête ici elle n’est pas bonne », sur des choses qui sont relativement intéressantes.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce qu’il y en quand même un projet de redévelopper certains outils ou, pour les nouveaux développements, que ce soit fait avec des outils de développement libres ?

Étienne André : Notre philosophie initiale c’était « on a des données et on ne veut pas dépendre du ministère pour travailler dessus ». Donc on voulait que ça soit sur le poste de travail. C’était la logique d’avoir la petite application bureautique. Petit à petit on se fait une raison et on se dit c’est vrai que maintenant on a tous un accès à Internet à peu près correct, donc on peut envisager d’avoir des outils en ligne.
À partir du moment où on a des outils en ligne, eh bien on va passer à un autre mode de développement, un autre type de travail. Mais aujourd’hui on ne sait toujours pas vraiment faire. C’est-à-dire que, à terme, la start-up d’État, enfin Open Académie, on devrait commencer à développer d’autres logiciels, mais ça ne sera plus la même chose, ça ne sera plus du collaboratif. Ça restera agile et proche de l’utilisateur, ce qui est la vraie novation, surtout au ministère de l’Éducation nationale, mais, du point de vue technique, on ne va plus pouvoir espérer avoir des collègues qui participent.

Frédéric Couchet : D’accord.

Étienne André : On commence à le faire aujourd’hui avec un très gros projet qui est en route depuis un an et demi maintenant et dont Pierre s’occupe à plein temps. Aujourd’hui moi je m’occupe de la maintenance et de la continuation de la gamme des machins SCO donc les logiciels sous Access qu’on propose aux intendants.
Pierre, aujourd’hui avec le soutien du ministère de l’Éducation nationale, dans le cadre du Laboratoire d’innovation 110 bis, puisque l’adresse du ministère c’est 110 rue de Grenelle, donc au 110 bis ils lui ont donné les moyens pour embaucher trois informaticiens, des vrais, et puis des gros, des libristes purs et durs, des gens qui connaissent l’April, qui connaissent Framasoft et toutes ces choses-là, qui sont en train de développer — je ne sais même pas sous quel langage, excusez-moi, je suis très peu associé au projet — un système qui s’appelle DossierSCO : il s’agit de dématérialiser le dossier d’inscription au collège.

Frédéric Couchet : Au collège. D’accord.

Étienne André : S’il y a des parents d’élèves ou des collégiens qui nous écoutent ou des gens qui y étaient il y a encore peu de temps, ils connaissent bien le truc, c’est-à-dire qu’au mois de juin, là maintenant, on vous fournit une liasse de cinq ou dix papiers différents. Il faut remplir le prénom, le nom, l’adresse, etc., comme si l’Éducation nationale et le collège ne connaissaient pas déjà tout ça ! On a tout ça dans des bases de données. En fait, il s’agit tout simplement de permettre aux gens de se connecter, d’aller confirmer ces informations. Si on a besoin d’un justificatif on le prend en photo avec un téléphone, on envoie ça au serveur, et c’est marre : on n’a pas besoin d’en faire plus.

Frédéric Couchet : Écoute Étienne je te remercie. J’encourage évidemment tous tes collègues et aussi les parents d’élèves à s’intéresser à ce sujet. Le cite web d’Open Académie c’est openacademie.beta.gouv.fr, la référence est aussi sur le site de l’April. Est-ce que tu souhaites ajouter une petite phrase ?

Étienne André : On aimerait bien être mieux soutenus par le ministère de l’Éducation nationale, mais là, pour DossierSCO, il y a un bel effort. J’espère que c’est le début…

Frédéric Couchet : Eh bien on encourage le ministère de l’Éducation nationale à mieux soutenir ce projet, encore plus. Merci. C’était Étienne André qui travaille au ministère de l’Éducation nationale en tant qu’intendant dans un lycée. Bonne journée Étienne.

Étienne André : Merci Fred.

Frédéric Couchet : Nous allons faire une petite pause musicale, la dernière. Nous allons écouter Magdalena par Daniel Bautista et on se retrouve juste après.

Pause musicale ; Magdalena par Daniel Bautista.

Voix off : Cause Commune 93.1

Hommage à Patrick Sinz avec Pierre Ficheux

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Magdalena par Daniel Bautista ; c’est également sous licence libre Creative Commons Attribution Partage dans les mêmes conditions. Les références sont sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.

Nous allons maintenant aborder notre dernier sujet.
Nous avons normalement avec nous au téléphone Pierre Ficheux, informaticien, spécialiste en logiciels libres, en systèmes embarqués. Pierre, est-ce que tu es au téléphone avec nous ?

Pierre Ficheux : Je suis au téléphone.

Frédéric Couchet : Bonjour Pierre.

Pierre Ficheux : Bonjour.

Frédéric Couchet : Aujourd’hui tu n’es pas là pour parler de ton activité, mais pour nous parler de Patrick Sinz. Je vais faire une petite introduction.
Patrick Sinz, né le 1er mai 1960, est malheureusement décédé le soir du 27 mai 2019 dans un accident de la route.
Pourquoi on veut parler de Patrick Sinz ? C’est parce qu’il a joué un rôle très important dans la diffusion du logiciel libre en France et aussi des systèmes Unix. Comme il le disait lui-même, Patrick est tombé dans le chaudron d’Unix en 1980 lors d’une session d’été à l’université de Berkeley en Californie, l’une des universités les plus prestigieuses au monde. C’est dans cette université qu’est née notamment la Berkeley Software Distribution, BSD, « collection de logiciels de Berkeley », un système d’exploitation dérivé d’Unix, initialement pas libre mais devenu logiciel libre à partir de 1989 et qui est aujourd’hui à l’origine de nombreux systèmes d’exploitation libres de la famille BSD. Unix est une famille de systèmes d’exploitation multitâche et multi-utilisateur. Le développement a commencé dans les années 70. C’est un système très populaire que, sans doute, les gens ne connaissent pas, mais qui a pourtant donné naissance à de très nombreux systèmes, libres ou pas libres, utilisés aujourd’hui. Les variantes de BSD que je vais citer FreeBSD, NetBSD, OpenBSD, GNU/Linux, mais également macOS et d’autres systèmes.
Patrick a introduit Unix à l’université Paris 8 Saint-Denis en 1981. C’est à l’université Paris 8 que j’ai connu Patrick Sinz dans les années 90 où il était chargé de cours. Et toi, Pierre, tu connais Patrick depuis 1989, tu m’as dit avoir démarré le logiciel libre grâce à son entreprise de l’époque, Axis, et par ta rencontre avec Patrick Sinz. Est-ce que tu peux nous raconter cette rencontre et un petit peu le parcours de Patrick Sinz ?

Pierre Ficheux : Oui. À l’époque je travaillais à Bordeaux dans une société qui s’appelle Lectra, qui existe toujours, qui malheureusement maintenant utilise Windows. C’était une société qui fabriquait des machines de CAO et des machines de coupe pour l’industrie textile.

Frédéric Couchet : CAO, conception assistée par ordinateur.

Pierre Ficheux : Voilà. C’est ça. Ils sont aujourd’hui leaders mondiaux dans le domaine. L’idée c’était de passer d’un système d’exploitation maison, qui était un petit peu dépassé, à une version d’Unix qu’il était nécessaire de faire tourner sur des machines fabriquées par Lectra. On fabriquait nos machines. C’était un peu spécial mais c’était la stratégie de l’époque.
Moi je suis rentré dans cette entreprise en 1986 [1989, Note de l'orateur]. Je travaillais précédemment sur Unix chez Thales Avionics et je cherchais une entreprise qui fasse du conseil sur Unix, qui soit expert en Unix et j’ai trouvé Axis. Je suis allé voir Axis — c’était Axis Design, ne pas confondre avec Axis Digital — et j’ai rencontré Patrick. Je me revois encore à la première rencontre : il y avait un bureau avec un capharnaüm épouvantable. Il était assis sur un énorme fauteuil de cuir Pullman. Ça changeait beaucoup de l’ambiance Thales en fait. J’ai eu un choc, je me dis qu’est-ce que je fais là ? Est-ce qu’ils vont pouvoir m’aider ? C’est là que j’ai rencontré des gens avec qui je collabore toujours, comme Loïc Dachary, des gens comme ça, qui est le président de la FSF Europe [Free Software Foundation].

Frédéric Couchet : France.

Pierre Ficheux : France, pardon. Oh ben maintenant, c’est presque pareil ! Donc avec Loïc on a fait le portage et puis des gens de chez Lectra bien sûr, on a porté Unix système 5.3.2. Tu parlais d’Unix il y a quelques minutes, ça c’était la version officielle d’Unix qui était faite par ce qu’on appelait Bell Labs à l’époque, en fait qui doit être Nokia aujourd’hui, quelque chose comme ça, après les rachats et les rachats.
Donc grâce à Axis on a développé tout ça. Après j’ai quitté Lectra parce qu’ils sont passés sous Windows donc ça ne m’intéressait plus et j’ai continué de travailler dans le Libre, je dirais grâce à Patrick, grâce à Loïc et tous les gens qui tournaient autour d’Axis. Donc j’ai travaillé pour Red Hat et après j’ai fini par créer une entreprise qui s’appelle Open Wide, qui s’appelait Open Wide et c’est là où j’ai revu Patrick ensuite.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc tu ne l’as pas perdu de vue. Patrick c’était quoi ? C’était à la fois quelqu’un d'ultra brillant techniquement et en termes d’entrepreneur ? Il était comment ? C’était à la fois les deux ? C’était un mélange des deux ?

Pierre Ficheux : Les deux. Un mélange des deux. Je n’ai jamais travaillé avec lui sur des sujets de développement. Lui était directeur d’Axis, donc je travaillais plutôt avec Loïc et d’autres développeurs. Je l’ai revu, jusqu’à il y a quelques mois on se revoyait. Il avait toujours plein de projets. Il a un CV long comme le bras. Il a tout fait. Il a fait du développement au début. Il a fait du management, il a fait de la création d’entreprise. Il a même travaillé à Nevers pour le Comité d’expansion économique autour du numérique. Enfin des choses très différentes. Il a beaucoup travaillé également à l’étranger. En fait il était allemand de nationalité, il parlait évidemment couramment français ; il a travaillé de nombreuses années à Barcelone, donc j’imagine qu’il parlait très bien espagnol également.
Il avait une caractéristique. Les dernières fois que je l’ai vu – on se retrouvait dans un bar boulevard Henri-IV dans le 11e, il n’habitait pas loin et moi j’habite à Bastille – il écoutait des gens qui venaient parler de projets qui n’étaient pas forcément très intéressants et il les écoutait avec le sourire alors que lui avait 30 ans d’histoire sur le logiciel libre. Il écoutait des gens qui parlaient d’un projet pour piloter leur porte de garage et il leur parlait avec le sourire. C’était quelqu’un d’ouvert à tout le monde, pas du tout hautain, pas du tout élitiste ; c’était quand même quelque chose d’exceptionnel dans le domaine.

Frédéric Couchet : Oui. En plus, comme tu le dis, il a un CV très long, c’est-à-dire qu’il a participé à de très nombreux projets, notamment ces dernières années, peut-être aussi spécialisés dans le logiciel libre et le secteur public. Il a donné pas mal d’idées à la Commission européenne. Il a fait partie de Mandriva, société française de distribution de logiciels libres. Comme tu dis il a travaillé à l’étranger, je crois qu’il a pas mal travaillé dans les pays arabes aussi, si je me souviens bien. C’est quelqu’un qui a eu beaucoup d’expériences et qui a sans doute initié beaucoup de gens à la fois à Unix, à cet environnement de travail, de développement, et aussi au logiciel libre.

Pierre Ficheux : Oui, à commencer par moi, moi et beaucoup de gens autour de moi. Je suis né en 1962, j’étais un petit plus jeune, je suis un petit peu plus jeune, mais il y a beaucoup de gens j’imagine à l’étranger. Il a travaillé en Bolivie aussi. J’ai retrouvé une conférence dans les Émirats ; il avait fait des conférences là-bas. C’est un parcours exceptionnel, c’est pour ça que c’est une immense perte pour la science, pour le logiciel libre, pour plus que ça, outre que pour sa famille bien entendu.

Frédéric Couchet : Plus récemment il était président de l’AFUL, l’Association francophone des utilisateurs de logiciels libres. C’était aussi un enseignant. Moi je l’ai connu, comme je l’ai dit au début, en tant qu’enseignant à Paris 8. C’était aussi quelqu’un qui était passionnant en tant qu’enseignant, qui a introduit en grande partie Unix en France avec d’autres et qui nous a transmis à la fois sa passion et sa connaissance technique avec toujours, comme tu le dis, gentillesse, avec le sourire, c’est-à-dire toujours prêt à aider les autres, à ouvrir les autres vers de nouvelles perspectives. C’est quand même quelqu’un qui avait un esprit très ouvert et qui entre guillemets « pouvait voyager loin » et donner des idées auxquelles on n’aurait sans doute pas pensé.

Pierre Ficheux : Oui, surtout cette capacité à discuter avec des gens d'un bon niveau technique, des experts, et puis des gens qui étaient des débutants en fait. C’est ça le vrai talent, c’est ça la vraie gentillesse.

Frédéric Couchet : Oui, il s’adaptait en fonction du public qu’il avait en face de lui.

Pierre Ficheux : Ça va être compliqué. Moi j’ai appris ça sur Facebook, j’étais en congé la semaine dernière. Au début je n’y ai pas trop cru parce qu’on s’est échangé des messages sur Facebook il y a encore quelques jours et ça a été un vrai choc.

Frédéric Couchet : Comme pour beaucoup de gens. Il y a eu pas mal de messages sur les réseaux sociaux parce que, même si les gens du logiciel libre ou les libristes ne connaissent pas forcément tous et toutes son nom, en fait depuis des années, on va dire peut-être depuis 30 ans maintenant, il a joué un rôle quand même considérable dans la percée du logiciel libre à la fois dans les entreprises, dans le secteur public. Et puis il a initié plein de gens et il a eu beaucoup d’activités.
Sur le site de l’April on a mis une référence, vous trouverez un lien vers le site de LinuxFr qui fait un petit peu une récapitulation de son parcours qui a été très divers, très varié. Je regardais aussi une page Linkedin où il y avait des références et surtout, comment dire, des gens qui commentaient le travail qu’ils ont pu faire avec lui et tous les commentaires étaient très positifs ; il y en avait une bonne dizaine dessus, c’était vraiment très impressionnant.
Malheureusement la fin de l’émission s’approche. Est-ce que tu veux rajouter quelque chose, Pierre ?

Pierre Ficheux : En réalité pas grand-chose. Je ne sais pas trop quoi dire dans ces cas-là. J’espère qu’il y aura toujours des gens comme ça qui arrivent à faire des choses en dehors du contexte uniquement mercantile. Moi je suis un industriel, j’ai créé une société, je travaille pour gagner ma vie, mais j’estime que le Libre c’est aussi travailler par passion et travailler pour échanger l’information, transmettre l’information. J’ai toujours cet état d’esprit et je pense que c’est l’état d’esprit du Libre.
Espérons qu’il y aura toujours des Patrick Sinz à l’avenir, après lui, après nous. C’est ce que je peux espérer.

Frédéric Couchet : Nous l’espérons tous. En tout cas merci Pierre. Je te souhaite quand même de passer une bonne journée et puis à bientôt.

Pierre Ficheux : Merci.

Frédéric Couchet : Évidemment nous présentons toutes nos condoléances à sa famille et à ses proches.
Il ne va pas y avoir beaucoup d’annonces, je vois que 17 heures approche. Je vais simplement citer une phrase de Loïc Dachary dont Pierre a parlé tout à l’heure. Je lui ai demandé un petit peu ce qu’il pensait de Patrick. Il m’a dit : « Patrick m’a souvent fait rêver. Quand on parlait d’un projet il voyait ou imaginait un développement. Avec Patrick l’informatique c’était toujours un peu magique et enthousiasmant, jamais triste ni ennuyeux. »
J’espère que d’autres personnes pourront suivre sa trace et que vous aussi vous verrez une informatique joyeuse.

Annonces

Je réponds juste à la question sur Selles-sur-Cher, qu'est ce qui se passe ce week-end ? Eh bien il y a les Geek Faëries, un événement, donc les 8 et 9 juin 2019 à Selles-sur-Cher en Loir-et-Cher. Vous allez sur le site de l'April et vous trouverez toutes les références.

Je vous souhaite une bonne fin de journée et on se retrouve la semaine prochaine.

Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze

Décryptualité du 10 juin 2019 - L'interopérabilité, ce principe agressif

APRIL - lun, 06/10/2019 - 23:22

Écouter ou télécharger le décryptualité du 10 juin 2019 (13 minutes)
Decryptualité sur Mastodon

En réponse à l'appel de la Quadrature du net à imposer l’interopérabilité aux GAFAM, Cédric O, secrétaire d'état au numérique juge la mesure trop agressive envers leur modèle économique. Petit rappel de ce qu'est l'interopérabilité, de son intérêt pour chacun contre l'enfermement.

    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

 Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

Revue de presse de l'April pour la semaine 23 de l'année 2019

APRIL - lun, 06/10/2019 - 19:23

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Numerama] Au Parlement européen, les députés pirates s'allient avec les Verts

✍ Julien Lausson, le mercredi 5 juin 2019.

Les quatre nouveaux élus pirates ont décidé de rejoindre le groupe des Verts/Alliance libre européenne. Ils se positionnent pour la vice-présidence du groupe et certaines commissions stratégiques.

[Archimag] Common Voice: une grande base de données vocales gratuites créée par Mozilla pour tous ceux qui travaillent sur la reconnaissance vocale

✍ Clémence Jost, le mercredi 5 juin 2019.

La fondation Mozilla a mis en ligne Common Voice en février 2019. Les jeux de cette grande base de données vocales sont dans le domaine public, c’est à dire téléchargeables et réutilisables gratuitement. Les startups comme les chercheurs peuvent s’emparer de cette matière pour faire avancer leurs projets en reconnaissance vocale.

[La Libre.be] Et si on divorçait de Google, de Microsoft, d'Apple, d'Amazon…

✍ Scholasse Etienne, le mercredi 5 juin 2019.

Laisser vos données de vos activités sur Internet aux géants du net n’est pas une fatalité. L’association Framasoft propose une alternative.

[France Culture] GAFAM: le déclin de l'empire américain?

✍ Nicolas Martin, le mercredi 5 juin 2019.

Dans quelle mesure la puissance acquise par les géants du numérique d’aujourd’hui doit-elle nous inquiéter? Comment l’Europe tente-t-elle de s’emparer du problème de la possibilité de démanteler les GAFA aujourd’hui?

Et aussi: [Next INpact] Imposer l'interopérabilité aux plateformes? Les doutes et la prudence de Cédric O

✍ Marc Rees, le mercredi 5 juin 2019.

70 organisations ont signé une lettre ouverte pour demander au gouvernement et au législateur d’imposer l’interopérabilité aux grandes plateformes. Le sujet est toutefois jugé «excessivement agressif pour le modèle économique des grandes plateformes» estime Cédric O, secrétaire d’État au Numérique.

[Industrie et Technologies] Pour ses dix ans, l'autorité française de la cybersécurité affiche ses ambitions

✍ Kevin Poireault, le mercredi 5 juin 2019.

L’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) a célébré ses 10 ans d’existence en grande pompe, dans le 12e arrondissement de Paris, le 4 mai. L’occasion pour Guillaume Poupard, son directeur général, de présenter les grandes orientations de l’agence pour les années à venir.

[Libération] Logiciel libre: il faut mettre la technologie au service des villes et des citoyens

✍ Emmanuel Grégoire, Jean-Christophe Becquet, François Elie, Jacob Green, Jean-Baptiste Kempf et Cédric Thomas, le mardi 4 juin 2019.

Face à l’expansion des Gafam, le logiciel libre est une approche essentielle pour repenser la technologie au bénéfice des citoyens.

Et aussi:

Intervention de l'April à La Fabrique Bohème le mardi 18 juin 2019 à Paris 14e

APRIL - lun, 06/10/2019 - 12:27
Start: 18 Juin 2019 - 09:30End: 18 Juin 2019 - 11:30

Cette intervention s'inscrit dans le cadre de l'événement mensuel « Le petit-dej' des coworkers » organisé par le coworking parisien La Fabrique Bohème.

À cette occasion, Magali Garnero et Isabella Vanni présenteront le logiciel libre, ainsi qu'un panel de logiciels et de services libres qui peuvent intéresser les coworkers (créateurs et créatrices, indépendant⋅e⋅s entrepreneur⋅e⋅s).
L'intervention aura lieu mardi 18 juin 2019 dans les locaux de la Fabrique Bohème (Paris 14e). Une inscription est nécessaire.

Apéro April le 28 juin 2019 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)

APRIL - ven, 06/07/2019 - 18:18
Start: 28 Juin 2019 - 19:00End: 28 Juin 2019 - 22:00 Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que l'équipe salariée et de nombreuses personnes actives au sein de l'association. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Quand et quoi

Le prochain apéro francilien aura lieu le vendredi 28 juin 2019 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin.

En ouverture de l'apéro nous ferons un court point sur les dossiers/actions en cours.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

Apéro April le 20 juin 2019 à Montpellier

APRIL - ven, 06/07/2019 - 18:16
Start: 20 Juin 2019 - 18:45End: 20 Juin 2019 - 19:30 Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

Quand et quoi

Le prochain apéro à Montpellier aura lieu jeudi 20 juin 2019 de 18h45 à 19h30 à l'adresse suivante : Do Tank, 2 rue du Pavillon, 34000 Montpellier.

Pour tous les détails rendez-vous sur le site de Montpel’libre.

Vous pouvez aussi vous inscrire sur le pad.

Les Aprilapéro Montpellier auront lieu le 3e jeudi de chaque mois.

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (11 juin 2019)

APRIL - ven, 06/07/2019 - 14:57
Start: 11 Juin 2019 - 15:30End: 11 Juin 2019 - 17:00

Réécouter en ligne --> Lire la transcription

-->

La vingt-neuvième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 11 juin 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Et l'émission sera rediffusée le soir même de 21 h à 22 h 30.

Notre sujet principal portera sur OpenStreetMap (OSM), avec Nohémie Lehuby, contributrice, secrétaire de l'association OpenStreetMap France et co-fondatrice de Jungle Bus, Christian Quest, porte-parole d'OpenStreetMap France, et Jean-Christophe Becquet, animateur de l'initiative Dessine ta ville et formateur autour d'OpenStreetMap. Nous aurons également la chronique « Pépites Libres » de Jean-Christophe Becquet sur les films libres de la fondation Blender et la présentation d'un nouveau documentaire sur le logiciel libre intitulé « LOL - Logiciel libre une histoire sérieuse ».

Écouter le direct mardi 11 juin 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h. Avec normalement une rediffusion le soir même de 21 h à 22 h 30.

Liens utiles Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Pages