Agrégateur de flux

Libre en Fête 2019 - le site est en ligne !

APRIL - ven, 12/14/2018 - 11:16
Pour la dix-huitième année consécutive, l'April lance l'initiative Libre en Fête. Pour accompagner l’arrivée du printemps, des événements de découverte des logiciels libres et du Libre en général sont proposés partout en France autour du 20 mars, dans une dynamique conviviale et festive. L'édition 2019 du Libre en Fête se déroulera du samedi 2 mars au dimanche 7 avril inclus.

À l'occasion du Libre en Fête, tous les groupes d’utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres, les espaces publics d’accès à Internet, les bibliothèques, les médiathèques, les clubs informatiques et toutes les associations et structures ayant à cœur la promotion du Libre sont invitées à organiser des évènements à destination du grand public. Le site du Libre en Fête donne toutes les informations nécessaires pour participer à l'initiative. Bien sûr, un événement peu avant le 2 mars ou peu après 7 avril 2019 est le bienvenu aussi.

Les événements organisés dans le cadre du Libre en Fête peuvent prendre de multiples formes : conférence de découverte, atelier d’initiation à un logiciel libre, à un service libre ou à un projet collaboratif comme Wikipédia ou OpenStreetMap, fête d'installation, exposition de panneaux de sensibilisation comme par exemple l'Expolibre, mise à disposition de postes informatiques sous logiciel libre, de jeux vidéos libres... Bien sûr, il est possible de proposer plusieurs activités au sein d'une même journée de découverte. Et si un fond musical est prévu pour les moments les plus informels, le choix de morceaux diffusés sous licence libre est recommandé. Pour cette édition 2019, l'April propose la thématique optionnelle « la priorité au logiciel libre au quotidien ».

La coopération entre différentes structures au niveau local est vivement encouragée. Les groupes d’utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres peuvent notamment apporter leurs connaissances et leur expertise, et les espaces d'initiation à l'informatique et ses enjeux sont des lieux propices à l’organisation d’évènements de découverte des logiciels libres. Ainsi, le Libre en Fête, c'est aussi l'occasion de nouer de nouveaux partenariats et/ou de renforcer des liens existants. Des liens utiles pour la recherche de partenaires sont disponibles sur le site de l'initiative.

Le référencement d'un événement dans le cadre du Libre en Fête se fait via l'Agenda du Libre, en ajoutant le mot-clé libre-en-fete-2019 lors de sa soumission.

Proposer un événement pour le Libre en Fête 2019

Une liste de diffusion a été mise en place pour que les structures participant à l'initiative puissent échanger leurs expériences et idées. L'inscription à cette liste est libre.

Pour toute question sur le Libre en Fête, il est possible de nous écrire.

Faites circuler cette annonce, merci !

Edge passe à chromium, quelles conséquences pour les navigateurs libres - Décryptualité du 10 décembre 2018 - Transcription

APRIL - ven, 12/14/2018 - 08:46


Titre : Décryptualité du 10 décembre 2018 - Edge passe à chromium, quelles conséquences pour les navigateurs libres
Intervenants : Nolwenn - Christian - Nico - Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : décembre 2018
Durée : 15 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 49 de l'année 2018
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Logo Chromium Wikipédia - Licence Creative Commons Attribution 2.5 Generic license.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Edge, le navigateur de Microsoft abandonne son moteur propriétaire maison pour adopter celui de Chromium, projet libre porté par Google. Quelles sont les enjeux d'une telle décision dès lors que l'immense majorité des utilisateurs utilisent des moteurs proposés par Google ?

Transcription

Luc : Décryptualité.

Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 49. Salut Manu.

Manu : Salut Christian.

Christian : Salut Nico.

Nico : Salut Nolwenn.

Nolwen : Salut Luc.

Luc : Aujourd’hui est un grand jour puisque, Manu, tu viens de comprendre que « salut Manu » c’était une sorte de leitmotiv parce que ça rime, en fait.

Manu : Oui. On ne fait pas toujours attention !

Luc : Ça fait je ne sais pas combien d’années qu’on fait ça, tu n’avais pas réalisé.

Manu : Vieux motard qu’on aimait.

Luc : Le sommaire, qu’est-ce qu’on a ?

Christian : acteurspublics.com, « Bastien Guerry : “Le logiciel libre a besoin d’une vraie stratégie de mutualisation au sein de l’État” ».

[Christian n'a pas prononcé le mot « libre », NdT]

Manu : Le logiciel libre et c’est bien. Ça veut dire que l’État s’intéresse à utiliser nos technologies favorites pour les implémenter dans différentes administrations et c’est Etalab qui le dit par l’intermédiaire de Bastien Guerry qu’on apprécie beaucoup.

Christian : ITforBusiness, « Officiel : Microsoft Edge adopte Chromium et l’open source ».

Manu : Chomium c’est comme un petit enfant qui va passer sous l’aile du parent Microsoft. On va en parler après.

Christian : The Conversation, « Débat : L’open science, une expression floue et ambiguë », par Alexandre Hocquet.

Manu : Ça parle de science ouverte. C’est un concept qui prend pas mal d’idées du logiciel libre, c’est pour ça qu’on en parle et qu’on aime bien en parler. La science ouverte ce n’est pas quelque chose de si nouveau, finalement, mais qui rebondit un peu sur ce qu’on fait.

Christian : Echo Sciences, « Le FabLab, un lieu d’émancipation sociale : discours ou réalité ? » par Eléonore Pérès.

Manu : Allez jeter un œil, ça parle un petit peu de ce qu’on fait dans les fablabs de manière réelle et ça compare notamment les États-Unis et la France où les accès aux fablabs n’ont pas l’air de suivre les mêmes conditions.

Christian : Journal du Net, « A l’Open CIO Summit, la tentation open source des groupes toujours plus forte », par Antoine Crochet-Damais.

Manu : C’est ce qui vient de se passer il y a quelques jours, l’Open Source Summit, où il y a plein d’entreprises qui se retrouvent et qui se sont congratulées sur le logiciel libre, l’open source de leur point de vue. Ça marche bien et ça aussi ce n’est pas mal.

Christian : ZDNet France, « La Commission européenne privilégie le logiciel libre », par Thierry Noisette.

Manu : Là c’est tout un truc au niveau de l’Europe où il y a des recommandations qui sont en train d’être faites, on parle d'une des entités, la Commission, donc ça peut percoler, en théorie, jusqu’aux administrations des différents États ; c’est quelque chose d’assez fort. Je pense qu’on va en parler dans les semaines qui viennent parce que c’est assez conséquent.

Luc : Le sujet de la semaine, ça va être ?

Nico : Un sujet à troll !

Luc : Un sujet à troll, oui, et une question de navigateur internet puisqu’on l’a vu dans la revue de presse : Microsoft décide d’utiliser Chromium1. On le rappelle, Microsoft fait des navigateurs depuis très longtemps ; il y a fort longtemps 20 ans, 15 ans, dans ces eaux-là, ils avaient sorti une série de navigateurs qui s’appelait Internet Explorer qui a été maudite par tous les développeurs.

Manu : Hou ! Je maudis encore les développeurs qui ont travaillé sur cette bouse !

Nico : C’était un véritable cauchemar à l’époque. En fait, le navigateur n’implémentait pas bien les standards et, du coup, les développeurs web s’arrachaient les cheveux pour avoir des sites à peu près compatibles. Malheureusement il était majoritaire, il trustait 80 % ou 90 % de parts de marché à l’époque, donc on n’avait pas le choix.

Luc : Microsoft utilisait sa position dominante avec le système d’exploitation pour forcer à l’utilisation de son navigateur et pour tout péter en se disant « on va mettre la main sur Internet » à une époque où c’était en train de se développer.

Christian : Et il prenait les utilisateurs en otage.

Luc : Il y a déjà quelques années, Internet Explorer ayant fini par récupérer une réputation absolument désastreuse, ils se sont dit : il faut qu’on se refasse une virginité et on va créer un machin qui s’appelle Edge. Ils n’ont pas pu se retenir de prendre un logo qui ressemblait vachement à celui d’Internet Explorer et, du coup, de saboter leur propre plan, en disant « on recommence tout depuis zéro ». J’avais lu des trucs plutôt positifs disant que ça marchait plutôt pas mal.

Manu : C’était moins pire !

Luc : Voilà ! Tout aussi proprio que ce soit.

Christian : Mais comme ce n’est pas un logiciel libre, on ne peut pas savoir s’ils n’ont pas repris exactement le même qu’avant en changeant juste le logo !

Luc : En tout cas aujourd’hui, coup de théâtre qui n’en est pas tout à fait un parce qu’il y avait quand même des signes annonciateurs : ils ont décidé de passer à Chomium. Chomium c’est quoi ?

Nolwenn : Chromium c’est un navigateur qui est basé sur du logiciel libre, de base.

Manu : C’est du logiciel libre.

Nolwenn : Par The Chromium Projects, c’est ça ?

Manu : Voilà.

Nolwenn : Qui est basé sur WebKit.

Manu : Il y a tout un historique dans les moteurs de rendu2 : Blink, WebKit, KHTML ; c’est une famille de logiciels.

Luc : Il faudrait qu’on en parle en détail et qu’on explique aussi ce qu'est un moteur de rendu.

Nolwenn : Le moteur de rendu c’est ce qui fait que vous allez pouvoir voir votre page web de façon visuelle et pas en mode texte sur un terminal.

Luc : D’accord. C’est ce qui va interpréter le code pour l’afficher, en quelque sorte.

Nolwenn : Oui, c’est ça.

Luc : Et en quoi c’est important ?

Nico : Si on veut avoir le même rendu d’un navigateur à l’autre, le but c’est d’avoir normalement des normes, des specs qui disent comment ça doit se rendre, comment telle balise va s’afficher dans une page. Du coup, chacun a plus ou moins ses implémentations et sa propre lecture des specs. Il faut être relativement proche d’un navigateur à l’autre pour ne pas trop perturber l’utilisateur.

Manu : Le résultat c’est que Chromium est intégré sous la forme majoritaire dans le logiciel privateur fait par Google qui s’appelle Chrome, mais dont le cœur, le moteur comme dans une voiture, ce qui fait tourner la bête, eh bien est libre, ce qui nous plaît de plein de points de vue, n’est-ce pas Christian ?

Christian : Comme Chrome n’est pas un logiciel libre, nous ne savons pas dans quelle mesure ce moteur libre a été modifié pour ne plus être aussi fonctionnel que le libre. Donc !

Nolwenn : Oui. De ce point de vue-là ça peut très vite se voir au niveau du développement web parce que justement, dès qu’on va vouloir faire un peu CSS [Cascading Style Sheets] ou même du Java script…

Manu : Ce sont des apparences et des fonctionnements. Ce sont des technologies qu’on implémente.

Nolwenn : Dès que l’on va vouloir avoir un affichage identique entre Chrome et Firefox, par exemple, on pourra se rendre compte qu’il y a des spécifications définies par le W3C [World Wide Web Consortium] qui ne sont pas respectées et qui font que l’affichage va se casser.

Manu : Là tu as introduit Firefox3. C’est un concurrent en logiciel libre, c’est donc un autre navigateur internet.

Luc : De la Fondation Mozilla qui est l’organisation qui le chapeaute, qui a d’autres projets également, mais c’est le projet phare. Du coup, avec ce moteur de rendu qui est vraiment la clef de voûte du navigateur, il y a plein de navigateurs, mais ils utilisent un nombre de moteurs assez réduit. Qu’est-ce qu’on a comme moteurs disponibles ?

Nico : On avait celui qui était plutôt basé sur Mozilla Firefox c’était Gecko. On a WebKit qui était un ancien moteur de rendu qui date des années 90, je crois, quelque chose comme ça.

Luc : 98.

Nico : 1998. Qui a été réutilisé par plein d’autres petits projets.

Luc : Dont Google avec Chrome.

Nico : Dont Google, mais il y a eu aussi Opera, Midori.

Manu : Apple.

Nico : Apple, Android ou autres et on avait du coup Internet Explorer, je n’ai plus en tête, d’ailleurs, le nom du moteur qui était utilisé.

Manu : On va l’oublier.

Nico : On va l'oublier. Et puis Edge qui est arrivé derrière. Il y a quelques années, l’avantage c’était que ces moteurs-là avaient globalement la même part de marché, on était aux alentours de 25 et 30 %, donc c’était relativement équitable.

Manu : C’est-à-dire que les utilisateurs qui allaient sur Internet utilisaient tous certains navigateurs mais à peu près de manière égale.

Nico : En gros, si on résume à Google, Firefox et Internet Explorer, il y avait 33 % chacun, plus les petits à côté, mais c’était une situation qui était relativement bien homogène. Aujourd’hui la situation n’est plus du tout la même avec Google qui truste 80 %, 70-80 %, le passage d’Internet Explorer à WebKit qui va encore plus monter la barre, donc on se retrouve aujourd’hui avec du 90 % pour WebKit et 10 % pour Gecko.

Manu : Ce n’est pas tout à fait WebKit, c’est un fork de WebKit qui a encore un autre nom, qui s’appelle Blink, c’est une famille.

Luc : Aujourd’hui pour expliquer : WebKit c’est le moteur qui avait été utilisé par Google dans Chrome, qui est utilisé par plein d’autres navigateurs, dont le navigateur d’Apple qui s'appelle Safari.

Manu : Par Apple, Safari.

Luc : Google, il y a quelques années, a forké c’est-à-dire qu’ils ont fait une nouvelle version qui est la leur, qui s’appelle comment ?

Manu : Blink.

Luc : Bkink. Du coup il y a encore des gens qui sont sur WebKit, notamment le Safari en question, Opéra, et il y a Bkink qui est utilisé par Chrome et Chromium.

Manu : Par Opera maintenant.

Nico : Et par Edge bientôt.

Luc : Donc par Edge puisque Microsoft, en gros, balance tout ce qu’ils ont fait et disent : « Nous aussi on se range derrière la bannière de Google ». Du coup, en termes de moteur, qu’est-ce qui reste qui ne soit pas Google ? Il ne nous reste, finalement que ?

Nico : Firefox.

Luc : Que Firefox !

Manu : Ça leur donne une importance phénoménale.

Luc : À Firefox ?

Manu : Oui. À Mozilla. Ce sont les derniers résistants, les rebelles !

Christian : Surtout que, du coup, c’est le seul logiciel libre, le seul navigateur complètement en logiciel libre, alors que les autres…

Luc : Chromium est libre !

Nico : Sur les grands navigateurs en tout cas.

Christian : C’est vrai. Chromium est un logiciel libre, par contre les utilisations de Chromium par Google, par Microsoft et par les autres, ce sont des boîtes noires.

Luc : Qui développe Chomium ?

Nico : C’est un projet, en fait, The Chromium Projects, qui regroupe, du coup, Google en premier contributeur mais n’importe qui peut aller dessus.

Luc : Donc c’est financé quand même par Google. Quel intérêt Google a à développer un machin comme Chromium alors qu’ils ont leur propre navigateur fermé Chrome ?

Nolwenn : Je suppose que comme c’est un projet libre, ça veut dire que n’importe quel développeur peut apporter sa propre contribution et ça peut permettre, justement après, d’apporter une plus-value à Chrome derrière.

Manu : Pour le coup, d’ailleurs, c’est ce qui se passe avec Microsoft. Microsoft va contribuer à ce qui est devenu une infrastructure commune. Le moteur est utilisé par différentes entités qui d’habitude sont en compétition et là il y a ce côté vertueux du logiciel libre où même des opposants, peut-être même des ennemis, des gens qui ont été en bataille, peuvent contribuer de manière positive. C’est du win-win !

Luc : Du coup, à la Fondation Mozilla ils sont complètement à la ramasse, ils sont tout seuls alors que les autres sont tous sur la même orbite !

Nico : C’est un peu compliqué parce que le principal problème de la situation qui va se créer c’est que Chrome est très majoritaire en utilisation, on est aux alentours de 60 % ; ça veut dire que Google est en position dominante pour pousser ce qu’ils ont envie sur le navigateur et, par ricochet, comme en plus c’est le moteur de rendu le plus utilisé, forcément les modifications vont être reprises par tous les autres derrière, donc on va arriver à 90 % des utilisateurs couverts, et puis Firefox va être tout seul au milieu et va ne faire que courir derrière Google à devoir implémenter exactement la même chose mais du coup sur un moteur différent.

Luc : Avec moins de moyens.

Nico : Avec moins de moyens, donc avec des bugs en plus, avec de la compatibilité qui ne sera pas forcément assurée ou beaucoup plus difficilement que les autres navigateurs. Donc Google va être le maître du jeu à pouvoir mettre ce qu’il a envie dans son navigateur et à recréer l’espèce de monstre d’Internet Explorer 6 qu’on avait connu à l’époque, où on était obligé d’être compatible avec ce navigateur-là sous peine de perdre tous les utilisateurs.

Manu : Petit détail, c’est quoi le financement de Mozilla ? Rappelez-moi !

Luc : Aujourd’hui ils sont en train d’essayer de se diversifier, mais ils touchent l’essentiel de leur argent par les moteurs de recherche qui sont affichés dans le navigateur et le moteur de recherche par défaut, donc Google notamment. Évidemment, plus leurs parts de marché baissent moins ils vont toucher d’argent, parce qu’une fois qu’ils vont devenir négligeables eh bien pourquoi on continuerait à leur donner de l’argent ?

Manu : Sachant, il me semble, qu’ils avaient aussi fait des accords avec Microsoft.

Luc : Avec Microsoft, avec Yahoo, avec que des gens qui respectent à fond les données des gens !

Christian : Du coup, on s’aperçoit encore une fois que ça va être aux utilisateurs de faire la différence, d’essayer d’équilibrer les choses. Donc nous invitons tous les utilisateurs à utiliser de vrais logiciels libres et pas des boîtes noires basées sur du logiciel libre.

Luc : Tu crois vraiment que c’est comme ça que ça va se passer ?

Christian : J’ai foi en l’être humain ! Hum !

Nolwenn : Oui, mais si des navigateurs comme Firefox devaient éventuellement avoir des financements externes, jusqu’à quel point est-ce qu’on peut être sûr que c’est effectivement libre et respectueux des données privées ?

Christian : On a accès aux sources et après on peut, effectivement, s’intéresser à la transparence de la gouvernance de la Fondation Mozilla. Et là, effectivement, il y a des choses à dire.

Nico : L’accès aux sources des fois c’est compliqué. Par exemple Mozilla s’est fait avoir : le magasin des applications, en fait, était hébergé sur des serveurs distants qui utilisaient du Google Analytics dessus. Quand on allait sur la page pour installer des extensions, on était traqué par Google et compagnie et c’est du code auquel on n’a pas accès. Autant le code du navigateur en lui-même était libre, on pouvait faire ce qu’on voulait, mais les trackers étaient à distance sur des serveurs.

Luc : Il y a des choses qui sont contestables pour Firefox. L’ambition de la Fondation Mozilla c’est de jouer dans la cour des grands, d’avoir un truc qui soit adapté au grand public.

Manu : Ils jouent dans la cour des grands.

Luc : Oui, mais du coup ils font un certain nombre de compromis. Des gens avaient râlé quand ils avaient accepté de mettre des DRM [Digital Rights Management] qui sont des systèmes de contrôle, qui sont un peu l’antithèse de ce qu’on aime dans le logiciel libre, pour la lecture des vidéos. En même temps ils avaient dit : « Si on ne fait pas ça, on meurt instantanément », ce qu’on peut comprendre.

Nolwenn : Pour le côté des DRM ce n’était pas un sujet qui avait été soulevé au niveau du W3C, justement ?

Luc : Oui, le W3C l’avait accepté, il l’avait implémenté.

Nolwenn : Donc c’est un peu tirer sur Firefox alors que, finalement, ce n’est pas forcément Firefox tout seul !

Luc : Tout à fait !

Nolwenn : Firefox ou la Fondation Mozilla.

Luc : Moi, il y a un truc sur lequel je me suis trompé récemment, c’est que la Fondation Mozilla a sorti une page, enfin une classification des gadgets hi-tech qui respectent la vie privée et ils ont un texte qui encense le Kindle d’Amazon qui, certes, n’a pas de caméra ou de choses comme ça donc pour eux c’est vraiment super, mais qui est quand même un système à base de DRM de la pire espèce, qui peuvent effacer les bouquins à distance, qui est proposé par un des GAFAM et non des moindres.

Manu : Amazon.

Luc : Amazon qui, en plus de ça, est en situation de quasi-monopole sur la vente des bouquins ; c’est juste une horreur absolue. Et on a une Fondation Mozilla qui dit : « C’est super ! », alors qu’il y a plein d’autres liseuses qui existent sur le marché. Pourquoi proposer celle du gros GAFAM qui pue ? Moi je me demande : est-ce qu’ils ont été payés pour faire ce truc-là ? Je me pose des questions et je me dis : qu’est-ce que vaut leur engagement ?

Nico : Il y a eu aussi Pocket, la fameuse affaire Pocket où il y avait déjà un logiciel libre qui existait, qui s’appelle Wallabag4 qui était maintenu et plutôt bien maintenu et bien utilisé.

Manu : Qui permettait ?

Nico : Qui permet, en fait, de marquer ses sites internet pour lire plus tard ; du coup on récupère le texte.

Manu : Ça les enregistrait.

Nico : Ça les enregistrait, etc. On a Wallabag qui est un logiciel libre, on a Pocket qui était un logiciel propriétaire et Mozilla a racheté Pocket et a dit : « On l’intègre dans le navigateur ». Donc c’était arrivé par défaut dedans et Wallabag, du coup, s’est retrouvé « mais pourquoi ? Nous on existe intégrez-nous ! »

Luc : Et on ne peut pas paramétrer son navigateur pour dire : je mets le service de mon choix qui me permet…, le service équivalent de mon choix ?

Nico : On peut bien sûr installer Wallabag, mais ce n’est pas exactement la même intégration. On est obligé de désactiver complètement Pocket pour intégrer Wallabag en extension.

Luc : Du coup ma question c’est : est-ce que c’est si grave que ça si Firefox se retrouvait dans l’orbite de Google ? Parce qu’ils pourraient très bien faire une version de Chromium qui reste libre, qui fasse vraiment le ménage pour qu’il n’y ait pas de système de surveillance comme ils le font aujourd’hui avec Firefox et, au final, leur démarche est quand même vachement commerciale. Est-ce que c’est vraiment la fin du monde ?

Manu : C’est du logiciel libre, donc ils n’ont pas besoin de faire quelque chose même pour garder des parts de marché ; c’est vrai qu’ils ont tendance à chercher à exister, à être utilisés. Mais ce n’est pas une nécessité, ils peuvent continuer à fonctionner même avec 2 % de parts de marché sur Internet. Ce n’est pas forcément très grave.

Luc : Aujourd’hui il faut des millions : la patronne de Firefox s’est fait augmenter de 117 % l’année dernière ou 115 % ; elle touche deux millions et quelques, par an. Je trolle, mais derrière il y a également plein de développeurs et c’est quand même du haut niveau : il faut beaucoup de monde donc il faut beaucoup de sous.

Nico : C’est sûr que s’ils arrivent à 2 % ça va être compliqué pour eux de maintenir la fondation à flot. Ils pourront continuer, de toute façon, à vivre avec le logiciel libre mais l’argent est malheureusement le nerf de la guerre et les parts de marché aussi. C’est vrai que s’ils n’avaient pas réagi comme ils ont fait pour plein d’autres raisons, peut-être des besoins de marketing ou autres, eh bien ils auraient juste disparu de la surface de la planète assez rapidement.

Christian : On critique beaucoup la Fondation Mozilla mais c’est quelque part parce qu’on en attend beaucoup aussi. Et pourquoi on en attend autant ? C’est parce que des acteurs de cette dimension-là, dans le logiciel libre, eh bien il n’y en pas tant que ça. Récemment d’ailleurs, on en a perdu un, on a perdu RedHat qui a été racheté par IBM. Du coup on se pose la question d’avoir des acteurs importants. Mozilla Fondation c’est un budget en millions de dollars ; les GAFAM c’est en milliards, en dizaines de milliards de dollars, c’est déséquilibré et se pose la question du financement. Donc aux utilisateurs de se poser la question de savoir s’il faut qu’ils donnent leur argent aux GAFAM ou à des entités de développement de logiciels libres.

Luc : Cette question de la migration de Microsoft vers le monde Google est aussi catastrophique qu’on pense ? Ou est-ce que, au final, s’ils sont suffisamment nombreux à être derrière Google, ils pourront faire pression dessus ?

Nico : On espère juste ne pas revivre un Internet Explorer 6 et ne pas se traîner un boulet et subir les normes, les specs de Google ; c’est un peu le seul véritable problème, au final, dans cette affaire.

Luc : L’avenir nous le dira. Merci à tout le monde. On se retrouve la semaine prochaine.

Manu : À la semaine prochaine.

Nico : Salut.

Christian : Salut.

Nolwenn : Salut.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 4 décembre 2018

APRIL - jeu, 12/13/2018 - 18:27


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 4 décembre 2018 sur radio Cause Commune
Intervenants : Caroline Corbal - Pierre Baudracco - Frédérique Pfrunder - Laurent Costy - Isabella Vanni - Olivier Grieco - Frédéric Couchet
Lieu : Radio Cause commune
Date : 4 décembre 2018
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustrations : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site cause-commune.fm. La radio dispose d’un webchat, donc utilisez votre navigateur web et rendez-vous sur chat.libre-a-toi.org ou directement sur le site de la radio et vous cliquez sur « chat », ainsi vous nous retrouvez également sur le salon dédié à l’émission.
Nous sommes mardi 4 décembre 2018, nous diffusons en direct mais vous écoutez peut-être un podcast dans le futur.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, délégué général de l’April.
Le site web de l’April est april.org et vous pouvez y trouver dès maintenant une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles que nous allons citer — ceux que nous n’avons pas encore mis sur la page je les rajouterai à la fin de l’émission —, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission.
N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu, mais aussi des points d’amélioration. Je vous souhaite une excellente écoute.

On va passer maintenant au programme du jour.
Nous allons commencer par une interview de présentation du Paris Open Source Summit qui est un évènement qui va se dérouler demain et après-demain.
Ensuite, d’ici une quinzaine de minutes, notre sujet principal porte sur les logiciels libres et le monde associatif et j’ai le grand plaisir d’avoir en studio avec moi Frédérique Pfrunder, déléguée générale chez Le Mouvement associatif. Bonjour Frédérique.

Frédérique Pfrunder : Bonjour.

Frédéric Couchet : Également présent Laurent Costy, administrateur de l’April, co-animateur du groupe de travail Libre Association de l’April et directeur adjoint de la Fédération Française des MJC, donc Maison des jeunes et de la culture. Bonjour Laurent.

Laurent Costy : Bonjour à toutes et à tous.

Frédéric Couchet : On vous retrouve d’ici une petite quinzaine de minutes. Ensuite, aux alentours de 16 h 45, nous aurons une présentation de notre initiative Libre en Fête par ma collègue Isabella Vanni.
À la réalisation de notre émission nous avons notre ami Olivier Grieco. Bonjour Olivier.

On va passer tout de suite au premier sujet. Comme je vous l’ai dit, on va commencer par une interviewe de Pierre Baudracco et Caroline Corbal qui sont membres du comité de programme de Paris Open Source Summit, qui vont nous parler de cet évènement qui a lieu les 5 et 6 décembre 2018 au Dock Pullman à Aubervilliers. C’est une interview qui a été enregistrée il y a quelques jours et on se retrouve juste après.

Frédéric Couchet : Eh bien bonjour. Je suis en compagnie de Pierre Baudracco et de Caroline Corbal ; nous allons parler d’un évènement qui se passe les 5 et 6 décembre 2018 à Aubervilliers, près de Paris, c’est le Paris Open Source Summit. Je vais demander à Pierre et Caroline de se présenter rapidement. Pierre.

Pierre Baudracco : Bonjour. Donc Pierre Baudracco, je suis président du programme de l’édition 2018 du Paris Open Source Summit ; je suis également président d’un éditeur de logiciels libres qui s’appelle Blue Mind.

Frédéric Couchet : Blue Mind est un concurrent libre à Microsoft Exchange, si je me souviens bien.

Pierre Baudracco : Exactement, la messagerie collaborative.

Frédéric Couchet : Caroline, peux-tu te présenter rapidement ?

Caroline Corbal : Bonjour, Caroline Corbal. J’ai le plaisir cette année de coordonner la thématique « Écosystème » du Paris Open Source Summit. Par ailleurs je travaille dans une entreprise qui s’appelle Inno3, spécialisée dans le logiciel libre et l’open data et je suis présidente d’une association qui promeut un outil libre de démocratie participative.

Frédéric Couchet : Qui s’appelle comment ?

Caroline Corbal : DemocracyOS.

Frédéric Couchet : OK. Merci. Maintenant on va commencer par la présentation de cet évènement, Paris Open Source Summit. Pierre, peux-tu nous présenter en quelques mots ce qu’est cet évènement, quels sont les objectifs, le public attendu, les intervenants qui sont annoncés ?

Pierre Baudracco : Très rapidement. Le Paris Open Source Summit c’est le plus grand évènement européen lié à l’open source. C’est un évènement généraliste qui va contenir un espace exposition, donc des sociétés viennent exposer leurs produits, leurs savoir-faire ; un grand programme de conférences dont je suis président et dont Caroline est vice-présidente d’une des thématiques majeures ; qui va contenir également un village d’associations, associatif, puisqu’une des particularités de l’open source c’est d’avoir tout un pan lié à la communauté, on en reparlera, et puis un événement qui intéresse aussi des VIP puisque nous avons l’honneur d’accueillir la ministre Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, des gens de l’ANSSI de l’État et diverses personnalités, le Cigref par exemple.

Frédéric Couchet : L’ANSSI c’est l’Agence de sécurité de l’État et le Cigref, rappelle-moi ce que c’est ?

Pierre Baudracco : Le Cigref, en gros, c’est le club des DSI des 150 plus grandes entreprises françaises.

Frédéric Couchet : C’est ce qui regroupe les directions informatiques des grandes entreprises françaises. Caroline, comme l’a dit Pierre, toi tu t’occupes d’un thème qui s’appelle le thème « Écosystème » ; est-ce que tu peux nous en dire plus ?

Caroline Corbal : La thématique « Écosystème » cette année on l’a vraiment vue comme une tribune pour rassembler et valoriser celles et ceux qui ont fait le choix de l’ouverture et de la collaboration pour innover plus efficacement, plus durablement. Donc il y a des thématiques phares qui sont portées dans ce cadre-là, notamment « l’éthique du numérique » puisque la confiance dans le numérique en dépend. Donc on va parler de données personnelles, on va parler d’intelligence artificielle, des modèles économiques liés au logiciel libre aussi. On va aussi beaucoup parler de comment l’open source et ce qu’on appelle aujourd’hui l’inner source, donc des pratiques liées à l’ouverture peuvent accélérer la transformation numérique des organisations. On a fait aussi le choix d’apporter beaucoup d’importance à l’inclusion et à la diversité dans cette édition, notamment la place des femmes dans l’open source, dans le numérique en général mais dans l’open source aussi, déjà en féminisant plus le programme mais aussi en ayant des sessions dédiées à ce sujet-là qui seront très accès solutions pratiques : comment est-ce qu’on peut apporter collectivement des réponses à ces enjeux ? Il y a des femmes de plein de projets à la fois recherche, d’entreprises, du secteur public, qui vont venir témoigner et apporter des solutions concrètes.

Frédéric Couchet : Ça c’est super. Déjà ça démontre qu’en fait, par rapport aux personnes qui écoutent l’émission, eh bien toute personne qui écoute l’émission peut venir, ne serait-ce que sur le thème « Écosystème ». Le grand public peut venir, peut découvrir ces conférences, et puis les personnes un peu plus techniques ou un peu plus connaisseuses de ces sujets peuvent aussi être intéressées par le thème « Écosystème » bien entendu mais aussi par les deux autres thématiques qui sont les thématiques « Tech » pour technique et « Solutions ». Pierre est-ce que tu peux nous les présenter ?

Pierre Baudracco : Effectivement l’open source est d’origine assez technique, ce sont des outils informatiques, donc toute la galaxie technique est invitée et vient en général à cet évènement.
La thématique « Solutions », on a voulu justement ouvrir pour proposer et montrer quelles solutions existaient en open source, en logiciel libre, à destination du grand public et des entreprises et il n’y a pas besoin de connaître le logiciel libre pour ça : c’est « voilà ce qui existe en termes de logiciels, d’applications de gestion ou autres ».
La thématique « Écosystème », Caroline en a parlé, ce sont tous les impacts que l’open source peut avoir sur la société et on aura des débats cette année, notamment en conférence plénière, un keynote sur la souveraineté, en quoi l’open source peut aider à préserver ou garder une souveraineté numérique en France ou en Europe par rapport aux géants américains qui sont très ou trop puissants. Et une problématique liée aux compétences, à l’emploi, à l’embauche, c’est pour ça aussi que la ministre madame Vidal vient puisque c’est un des enjeux phares : le numérique explose, l’open source est un moteur de cette révolution numérique et aujourd’hui on manque de talents et de compétences donc il faut favoriser l’émergence de personnes dans ces domaines.

Frédéric Couchet : Très bien. Ça me fait penser d’ailleurs que les gens qui peuvent chercher de l’emploi aujourd’hui dans le logiciel libre, eh bien Paris Open Source Summit c’est le bon moment de rencontrer des entreprises qui recrutent parce qu’effectivement vous recrutez des talents. Je suppose que c’est dans toutes les catégories techniques que vous recrutez.

Pierre Baudracco : Oui. Toutes les catégories : techniques, mais ça peut être même commerce, ça peut être marketing, mais effectivement il y a un gros focus sur le technique et d’ailleurs cette année, au Paris Open Source Summit, on a organisé un forum RH avec les coorganisateurs notamment Systematic, le pôle Systmatic a organisé un grand forum RH, un endroit pour se retrouver justement par rapport à l’emploi, donc avec des conférences, avec des jobs dating, avec un concours coding party, etc.

Frédéric Couchet : D’accord ça me fait penser à une question : qui organise, en fait, le Paris Open Source Summit ?

Pierre Baudracco : Le Paris Open Source Summit est coorganisé par le pôle de compétitivité Systematic, par les régions, par la société Weyou qui est en charge de la logistique et de la commercialisation de la partie exposition et par le CNLL qui est, en fait, la fédération qui regroupe l’écosystème professionnel du logiciel libre et qui fournit beaucoup de contenus justement.

Frédéric Couchet : Donc le CNLL qui veut dire Conseil national du logiciel libre, même si je crois que le nom va évoluer. En tout cas on peut dire que c’est la structure qui représente un petit peu les acteurs économiques du logiciel libre en France et je suppose qu’il y aura effectivement une présentation du CNLL avec les deux coprésidents Stéfane Fermigier et Philippe Montargès.
Tu parlais de Weyou ; pour les gens qui suivent le logiciel libre depuis longtemps c’est aussi la structure qui organisait les salons GNU/Linux expo il y a quelques années, donc il y a une persistance dans l’organisation, et une des caractéristiques, justement ce que tu disais tout à l’heure Pierre, et Caroline va peut-être pouvoir nous donner des détails sur la partie exposants, le village exposants qui mélange à la fois des entreprises et également des associations du logiciel libre.

Caroline Corbal : Tout à fait. Il y aura plusieurs stands dédiés aux entreprises de l’open source et, par ailleurs, il y a un village des associations qui réunit de nombreux acteurs associatifs qui représentent bien la diversité et la richesse, en fait, des associations du Libre. Il y aura également une session pour ces acteurs-là via l’outillage des associations ; donc même si vous n’êtes pas une association du Libre, vous pouvez aller vous renseigner sur les outils libres que vous pouvez utiliser au sein de votre association, qui sera coorganisée par Webassos et par l’April. On a vraiment souhaité donner une place particulière aux associations qui feront aussi la clôture du Paris Open Source Summit cette année.

Frédéric Couchet : Merci Caroline de parler de ça parce qu’en fait ça fait l’enchaînement vu que dans l’émission du 4 décembre le sujet principal ce sera justement logiciel libre et monde associatif avec notamment Laurent Costy qui intervient à Paris Open Source Summit.
Parmi les évènements associés, en tout cas les temps forts, j’ai noté, et je crois que tu voulais évoquer ça Caroline, la présence de la DSI de l’État qui va faire une journée ouverte à toutes les personnes de l’administration qui veulent contribuer au logiciel libre.

Caroline Corbal : Tout à fait. L’idée c’est d’organiser une journée, donc les blue hats, les chapeaux bleus, vous pourrez les reconnaître car ils vont vraiment porter des chapeaux bleus sur l’évènement. L’idée c’est de rassembler une communauté autour des logiciels libres qu’utilisent ou produisent les administrations et lever, petit à petit, les freins qui peuvent exister à la contribution à ces logiciels libres. Ça fait notamment suite au fait que l’État a publié récemment, cette année, sa politique de contribution en matière de logiciel libre.

Frédéric Couchet : Tout à fait. Nous aurons l’occasion, début 2019, justement d’inviter des représentants de cette structure et qui ont nommé, en plus, un référent logiciels libres qui est un libriste de longue date, qui s’appelle Bastien Guerry, qui sera présent lui aussi, évidemment, à Paris Open Source Summit.
Pierre est-ce qu’il y a d’autres évènements associés dont tu veux parler ? Peut-être le Prix « Acteurs du Libre » ou d’autres évènements ?

Pierre Baudracco : Effectivement j’ai présenté le salon, l’évènement rapidement, j’ai oublié de mentionner que le Paris Open Source Summit c’est également une dizaine d’évènements associés comme la remise du Prix « Acteurs du Libre », comme le Forum RH, comme EOLE qui est un évènement sur la partie juridique de l’open source, comme l’Open Source Community Summit, comme l’Open CIO Summit donc un petit sommet des grands DSI. Voilà ! C’est plein d’évènements qui se déroulent dans le cadre du salon et je voudrais aussi rajouter, puisque Caroline a parlé du village associatif, que la cérémonie de clôture cette année, donc le deuxième jour, le 6 décembre en fin de journée, est organisée par les associations et sera assez festive. Nous aurons la présence de l’Open Source Initiative, l’OSI, avec son président qui va venir parler et fêter des anniversaires comme l’anniversaire de linux.fr, etc. Donc ça va être festif, venez nombreux déguster et manger ces gâteaux.
Et dernier point, le Paris Open Source Summit en chiffres : le Paris Open Source Summit c’est 5000 visiteurs, donc vous avez compris que tous les publics sont les bienvenus ; c’est un évènement qui est gratuit donc n’hésitez pas à vous pré-inscrire ou venir directement le jour même ; c’est plus de 200 conférences et plus de 150 exposants. Donc c’est une vraie grand-messe sur l’open source européenne.

Frédéric Couchet : Effectivement c’est un évènement à ne pas manquer sur le logiciel libre et l’open source. Tu parles des fêtes ; effectivement le site linux.fr qui est un site d’information sur le logiciel libre fête ses 20 ans et ça sera à la fois festif et aussi un peu bruyant parce qu’ils nous ont demandé notre mégaphone ; on essaiera de ne pas faire trop de bruit ! Mais effectivement, beaucoup de structures fêtent, entre guillemets « leurs 20 ans » parce qu’une date marquante dans le logiciel libre c’est 1998, comme tu l’as dit, avec notamment la création de l’Open Source Initiative et le lancement d’un certain nombre de projets.
Avant de vous laisser la parole peut-être pour des derniers points, on va rappeler les dates, le lieu et comment ça se passe en pratique : c’est-à-dire est-ce que les gens qui veulent venir doivent s’inscrire ? Est-ce que c’est payant ? Caroline est-ce que tu peux nous donner les informations pratiques ?

Caroline Corbal : L’évènement est gratuit. Vous pouvez réserver votre badge sur le site internet, donc c’est opensourcesummit.paris l’URL pour y accéder, et ensuite, le jour J, il suffit de se présenter et de récupérer son badge à l’entrée.

Frédéric Couchet : Quelles sont les dates ?

Caroline Corbal : Les 5 et 6 décembre. L’évènement ouvre ses portes à 9 heures les deux jours.

Pierre Baudracco : Et le lieu.

Frédéric Couchet : Le lieu, je l’ai noté, parce que c’est au Dock Pullman, donc c’est 87 avenue des Magasins Généraux à Aubervilliers. Rassurez-vous, c’est à 100 mètres de la Porte de la Chapelle et il y a des bus qui arrivent. Pierre, tu veux rajouter…

Pierre Baudracco : C’est juste aussi au bout de la ligne 12 du métro. On peut y aller en métro.

Frédéric Couchet : D'accord.On peut y aller en métro effectivement. Oui, Porte de la Chapelle je crois que c’est la ligne 12 de mémoire. Donc le Dock Pullman, les 5 et 6 décembre 2018, ça ouvre ses portes à 9 heures. Vous avez compris aussi qu’il faut être présent le jeudi 6 décembre aux alentours de la fermeture pour profiter du final avec les associations, les différentes fêtes. On va rappeler le site web c’est opensourcesummit.paris, donc pré-réservez votre badge ; l’accès est gratuit mais il faut s’inscrire. Caroline, Pierre est-ce que vous voulez rajouter quelque chose avant qu’on conclue ?

Pierre Baudracco : Non. C’est juste un grand évènement très ouvert, on a vu, différents publics, différentes manifestations, des conférences, donc venez nombreux, l’intérêt c’est d’être le plus nombreux possible pour accompagner cette ouverture de la révolution numérique qui passe par l’open source.

Caroline Corbal : Peut-être pour conclure, un dernier mot pour dire aussi merci à toutes les personnes qui ont contribué à faire de cette édition ce qu’elle va être et la diversité notamment du programme parce que là on est juste Pierre et moi et au comité de programme on est cinq personnes. Par ailleurs ce sont énormément de personnes qui travaillent sur le sujet, qui sont très représentatives de la diversité de l’écosystème, qui viennent du secteur public, du secteur privé, des associations et qui ont travaillé pendant un an. Donc un grand merci à toutes ces personnes.

Frédéric Couchet : Effectivement on les remercie. On a hâte d’être à la semaine prochaine, les 5 et 6 décembre 2018, à Aubervilliers, près de la Porte de la Chapelle, pour deux jours autour du logiciel libre. Écoutez, merci Pierre et merci Caroline. À bientôt.

Pierre Baudracco : Merci Frédéric.

Caroline Corbal : Merci et rendez-vous les 5 et 6 décembre.

Frédéric Couchet : Merci.

Frédéric Couchet : Merci.
Vous venez d’entendre une interview avec Pierre Baudracco et Caroline Corbal, membres du comité de programme de Paris Open Source Summit qui se déroule demain et après-demain au Dock Pullman à Aubervilliers.
Vous avez beaucoup entendu parler du terme open source. Pour les gens qui suivent bien l’April vous savez que ce n’est pas un terme que l’on privilégie. Les termes « logiciel libre » qui vient de l’anglais free sofware et open source dans le sens donné par l’Open Source Initiative, en pratique, désignent à peu près les mêmes logiciels, mais l’usage de ces deux termes met en valeur des points de vue qui sont très différents. Le mouvement du logiciel libre est avant tout éthique, basé sur le partage de la connaissance et sur l’entraide là où le mouvement open source met plutôt en avant les aspects pratiques, économiques, des logiciels libres. En plus, le terme open source est souvent utilisé pour tromper les personnes et qualifier des logiciels qui ne répondent pas aux critères donnés par l’Open Source Initiative, qui fête donc ses 20 ans dans deux jours.
Le terme logiciel libre étant plus précis et renforçant l’importance des libertés il est privilégié à l’April, mais l’évènement s’appelle Paris Open Source Summit.

Vous êtes de retour sur cause commune 93.1, toujours l’émission de l’April Libre à vous !. Comme l’ont dit Pierre Baudracco ou Caroline Corbal, Laurent Costy interviendra lors de l’évènement pour parler de l’outillage informatique libre pour les associations. Mon collègue Étienne Gonnu interviendra également dans deux thématiques : une thématique sur la directive droit d’auteur et une sur les logiciels libres de caisse suite à une action très importante menée par l’April et d’autres structures. Le détail du programme est sur le site opensourcesummit.paris et les interventions de l’April vous les retrouvez sur le site april.org.

Nous allons changer de sujet mais pas totalement vu que Laurent est avec moi. Laurent Costy, tu es administrateur de l’April, tu es co-animateur de notre groupe de travail Libre Association et tu es directeur adjoint de la Fédération française des MJC. Rebonjour Laurent.

Laurent Costy : Bonjour Fred.

Frédéric Couchet : Frédérique Pfrunder qui est déléguée générale au Mouvement associatif. Rebonjour Frédérique.

Frédérique Pfrunder : Rebonjour.

Frédéric Couchet : Déjà, avant d’introduire le sujet, avant d’aborder le détail du sujet logiciel libre et monde associatif, peut-être présenter en quelques mots vos deux structures ; donc Frédérique Pfrunder sur Le Mouvement associatif.

Frédérique Pfrunder : Le Mouvement associatif est une association, ça commence bien ! Nous regroupons en notre sein des coordinations associatives qui elles-mêmes regroupent des fédérations, des réseaux associatifs. L’objet du Mouvement associatif c’est de porter toutes les questions de développement de la vie associative en France, de traiter tous les sujets transversaux de développement de la vie associative. Voilà ! On essaye de porter la voix des associations notamment dans les rapports avec les pouvoirs publics, mais pas seulement, et d’animer aussi des réflexions inter-associatives sur des sujets partagés, les sujets de l’engagement du bénévolat, mais aussi des sujets du modèle économique, de la relation avec les partenaires publics, etc.

Frédéric Couchet : D’accord. Le site internet c’est lemouvementassociatif.org

Frédérique Pfrunder : Absolument.

Frédéric Couchet : Laurent Costy, tu ne vas pas présenter l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre ; le groupe de travail Libre Association, on y reviendra plus tard dans le cadre de l’émission. Par contre, tu peux peut-être nous présenter ton activité professionnelle en tant que directeur adjoint de la Fédération Française des MJC.

Laurent Costy : Je travaille au niveau de la Fédération Française des MJC en ayant travaillé préalablement au niveau des régions. Ce que je trouve intéressant de pointer là, finalement, c’est qu’à la fois j’ai un pied dans le monde libriste en étant administrateur de l’April et puis, par ailleurs, je suis confronté au quotidien à la difficulté des associations quand il s’agit de vouloir aller vers le Libre ; donc j’ai ces deux regards. Parfois je suis confronté à des situations assez complexes puisque moi j’aimerais aller vers le Libre au sein de la Fédération Française et puis le quotidien fait qu’à un moment donné on doit avancer, on doit sortir des fiches de paye avec un logiciel, etc. Ça on y reviendra tout à l’heure, mais voilà ! Je suis confronté au quotidien et tiraillé entre cette volonté d’aller vers le Libre et la difficulté au quotidien d’avancer sur le sujet.

Frédéric Couchet : On reviendra évidemment sur les difficultés au quotidien. On va commencer peut-être par faire un petit point sur le contexte associatif en France, sur l’équipement informatique des associations et les personnes pour gérer cet équipement informatique. Frédérique Pfrunder, est-ce que tu peux nous faire un petit point, justement sur cet environnement associatif pour qu’on comprenne mieux, parce que je crois qu’on sous-estime la place du mouvement associatif en France ; les télés parlent beaucoup de l’importance des entreprises, mais le mouvement associatif est très important.

Frédérique Pfrunder : C’est vrai, absolument. Un petit panorama rapide. Les associations, en France, c’est 1,5 million de structures, donc beaucoup ! À peu près 20 millions de bénévoles : on estime qu’un Français sur deux est adhérent d’une association. Ce qu’il est important de préciser c’est que les associations sont extrêmement diverses dans leurs modèles et 85 % d’entre elles fonctionnent uniquement avec des bénévoles. Après, à côté de ça, il y a 15 % d’associations employeuses ; la très grande majorité de ces associations employeuses ont un ou deux salariés, donc des toutes petites structures.
Le tissu associatif c’est ça : c’est 85 % d’associations qui ne fonctionnent qu’avec des bénévoles, des gens qui donnent de leur temps, un peu de temps, beaucoup de temps, ça dépend, mais qui donnent de leur temps gratuitement, et puis un certain nombre de petites structures employeuses, mais avec, encore une fois, un ou deux salariés qui sont là pour aider les bénévoles à remplir l’objet social de la structure et qui vont gérer les aspects administratifs, ce type de choses.
À côté de ça il y a des très grosses associations, enfin il y a des moyennes associations, de très très grosses associations ; on ignore parfois à quel point elles sont grosses : l’APF France handicap, par exemple, c’est 11 000 salariés ; c’est aussi énormément de bénévoles mais c’est 11 000 salariés. On peut en citer quelques autres que tout le monde connaît : la Croix-Rouge, Les Restos du Cœur, Médecins du monde sont des associations, Emmaüs, la Fédération Française des MJC qui est d’une plus petite taille évidemment, on n’est pas sur 11 000 salariés.

Laurent Costy : 170 salariés.

Frédérique Pfrunder : Voilà. Mais c’est une grosse structure associative : pour les associations, 170 salariés c’est beaucoup. Voilà pour un panorama très rapide et pour placer le contexte des associations, de ce que sont les associations. Elles sont présentes partout sur le territoire et sur des secteurs d’activité extrêmement divers : les associations c’est le sport, c’est la culture, l’éducation populaire, les loisirs, les colonies de vacances, l’animation, l’accueil d’enfants, l’accueil périscolaire. C’est aussi beaucoup dans le sanitaire médico-social ; il y a beaucoup de crèches qui sont des crèches associatives, des hôpitaux qui sont aussi associatifs, ce qu’on sait assez rarement. Voilà ! Donc c’est une très grande diversité d’actions, une très grande diversité de modèles, du coup une très grande diversité de besoins aussi, évidemment dans l’équipement informatique comme dans les compétences générales.
Si on parle de l’équipement, c’est vrai que là aussi c’est compliqué de faire des généralités compte-tenu de la diversité. Les associations, comme à peu près toutes les structures et les citoyens, ont progressé dans leur équipement informatique, évidemment, au fil des années. Être outillé en informatique, en numérique et faire appel aux outils numériques, c’est une nécessité pour le tissu associatif comme ça l’est dans la vie quotidienne d’à peu près tout le monde.
Il y a une étude de Recherches et solidarités qui a été faite en 2013 puis 2016, qui montre bien qu’il y a une évolution continue dans ce domaine-là : 72 % des associations sont équipées d’un site internet, donc 72 % sur les 1,5 million de structures, ça fait quand même…

Frédéric Couchet : Ça fait beaucoup de sites !

Frédérique Pfrunder : Ça fait beaucoup de sites !

Frédéric Couchet : Je précise que la référence de l’étude dont tu parles est sur le site de l’April pour les personnes qui veulent aller plus dans le détail.

Frédérique Pfrunder : Évidemment ça va être des sites d’une qualité inégale et qui ont une utilité différente en fonction des associations : ça peut être juste un site vitrine ou des sites ressources beaucoup plus importants, mais les associations se tournent évidemment vers ces outils. Beaucoup d’associations utilisent de plus en plus des réseaux sociaux, évidemment. Et puis on voit aussi une très nette progression de l'utilisation des outils collaboratifs sans doute parce que là ça répond aussi à un point essentiel de l’activité associative.

Frédéric Couchet : À leur pratique.

Frédérique Pfrunder : Eh oui, à une pratique qui est de faire parler les gens ensemble, de collaborer, de concerter, élaborer une parole collective parce que c’est bien ça qui est au plus profond des associations, c’est la construction collective, l’intelligence collective ; pour ça, les outils collaboratifs c’est quand même vraiment bien.
Ça fait partie des progressions importantes de ces dernières années en termes d’équipement pour les associations, ce qui veut bien dire qu’il y a un besoin important. Mais il y a aussi un besoin de compétences et là c’est plus compliqué. Ce qui est relevé par les associations dans leurs difficultés pour ça, c’est bien une question de temps, une question de moyens, une question de compétences en interne ; on y reviendra sans doute dans les discussions, que ça soit pour le Libre ou plus globalement pour l’équipement numérique de façon générale, en fait ; ce n’est même pas que pour le Libre.

Frédéric Couchet : Oui. Ce tour d'horizon concerne effectivement l’informatique en général.

Frédérique Pfrunder : Tout à fait.

Frédéric Couchet : On prend conscience, effectivement, à partir du moment où tu nous dis que dans 85 % des associations il n’y a que des bénévoles, forcément l’informatique va être gérée par des bénévoles qui connaissent plus ou moins un système et qui vont peut-être orienter des décisions.

Frédérique Pfrunder : Absolument. Ceci dit, ce qui est intéressant c’est qu’il y a une assez bonne connaissance – enfin, une assez bonne connaissance – du principe du logiciel libre en tout cas dans les associations. Les associations interrogées, pour beaucoup d’entre elles, ont dit connaître l’idée du logiciel libre et soit être déjà équipées soit avoir envie d’y aller. Donc il y a une marge de progression intéressante en la matière.

Frédéric Couchet : Laurent Costy, tu veux réagir là-dessus ?

Laurent Costy : Oui. On l’a vu. Dans le cadre du groupe de travail de l’April Libre Association on a fait plusieurs enquêtes aussi, alors très modestes par rapport à Recherches et solidarités, mais ne serait-ce qu’avec ces enquêtes en 2008-2009 et puis 2014-2015, on a vu un peu le changement d’état d’esprit des associations. C’est-à-dire qu’en 2008-2009 la question c’était plutôt « mais c’est quoi les logiciels libres ? », alors que dix ans plus tard on avait la question « mais comment on fait pour y passer ? » Donc on sent bien quand même un changement de mentalité par rapport au logiciel libre et une connaissance au moins du nom et de ce que ça peut représenter.

Frédéric Couchet : Et de leurs usages, je suppose, en interne, mais on y reviendra par rapport aux types de logiciels. Est-ce que tu voulais ajouter quelque chose sur cette partie-là, Frédérique ?

Frédérique Pfrunder : Non. Je pense que ça fait un panorama déjà assez vaste et, encore une fois, qui montre toutes les potentialités. Il y a certainement un gros travail d’information, d’éducation à faire, mais en tout cas voilà ! L’intérêt existe, le besoin existe ; les associations ont plein d’usages à faire du numérique et là-dessus les outils du Libre peuvent sans doute correspondre à beaucoup d’entre eux.

Frédéric Couchet : Justement, on va arriver à ce sujet du lien entre monde associatif et logiciel libre. Je pense juste que j’ai oublié de citer le site web de la Fédération Française des MJC donc c’est ffmjc.org et le groupe de travail Libre Association c’est libreassociation.info même si on y reviendra tout à l’heure.
Justement Laurent, pourquoi les valeurs du logiciel libre rejoignent-elles celles du mouvement associatif ? Et finalement pourquoi c’est plus qu’un outil pour le mouvement associatif le recours au logiciel libre ?

Laurent Costy : J’avais travaillé un peu la question plutôt dans le lien logiciel libre éducation populaire. L’éducation populaire c'est finalement une forme un peu restreinte du mouvement associatif dans son ensemble puisque tout à l’heure on a cité la santé, on a cité le sport, etc., même si, évidemment, il y a des croisements. Il y a une partie du monde associatif qui se reconnaît dans l’éducation populaire donc c’est plutôt ce lien-là que j’avais travaillé, entre les valeurs de l’éducation populaire et les valeurs du logiciel libre. J’avais fait un master sur la question. Je vais vous épargner la longueur du texte, mais peut-être que je peux résumer, justement, par le lien entre les quatre libertés du logiciel libre et ce qui fait lien avec les valeurs de l’éducation populaire.
Si vous vous souvenez des quatre valeurs du logiciel libre :

  • vous avez la liberté d’utilisation. Là, très clairement, contrairement à un logiciel privateur, les utilisatrices et les utilisateurs sont égaux devant l’utilisation. On n’a pas de discrimination en fonction des aspects financiers, en fonction des aspects techniques, etc. Ça c’est une première chose qui met les utilisatrices et les utilisateurs sur le même pied d’égalité et ça c’est quelque chose qui rejoint un peu tout ce qu’on défend au sein de l’éducation populaire et plus généralement, quand même, au niveau des valeurs associatives ;
  • la deuxième liberté pour le logiciel libre, c’est bien la question d’étudier le programme. Là, très clairement, c’est l’ouverture à l’esprit critique. Quand les choses sont accessibles, ça veut dire qu’on autorise les gens à se pencher sur la question, à regarder, à observer, à critiquer, à poser des questions. On est, encore une fois, dans la progression du citoyen pour qu’il puisse soit s’outiller lui-même soit demander à d’autres pour être aidé et comprendre les choses. Si le logiciel est fermé, en aucun cas on ne peut aller voir ce qui se passe dedans et essayer de comprendre même si, bien sûr, il y a des questions de compétences au départ mais en tout cas on comprend bien l’esprit et l’esprit, au départ, est important à mon avis;
  • la troisième liberté c’est la question de modifier le programme. Je viens initialement d’un monde associatif sur la question de la culture scientifique et technique, donc évidemment la question du droit à la bidouille est vitale dans l’éducation populaire.

Frédéric Couchet : Qu’est-ce que tu appelles la bidouille ?

Laurent Costy : Le droit à la bidouille ça veut dire le droit à mettre les mains dans le cambouis, à essayer de comprendre comment c’est fait. C’est vital pour le citoyen à un moment donné, que ce soit un programme ou que ce soit une loi ; à un moment donné il faut s’intéresser aux choses et si on nous ferme la boîte, qu’on n’a pas le droit de s’intéresser aux choses, ça veut dire qu’on nous demande d’être des moutons, des lemmings, tout ce qu’on veut ; on doit faire ce qu’on nous dit et on n’a pas d’autre choix dans la vie. Là on va vers une société totalitaire ou je ne sais pas quoi, mais, en tout cas, ça ne va pas dans le sens d’un monde citoyen où chacun prend ses responsabilités, à mon avis. Ça c’était la troisième liberté ;

  • et puis la quatrième liberté de redistribuer le programme, eh bien là on rejoint toute la question de l’intérêt général et du bien commun. C’est-à-dire que là on nourrit : tout ce qu’on fait, ça sert aux autres et on ne garde pas ce qu’on a fait pour soi en espérant tirer parti de ça et puis surtout abuser des autres, sinon ça ouvre des perspectives vraiment négatives de mon point de vue. La quatrième liberté : redistribuer. L’intérêt général, le bien commun, on sait très bien que le logiciel libre rejoint vraiment cet esprit des biens communs, enfin des communs en général.

Frédéric Couchet : Finalement c’est une approche de l’informatique qui n’est pas du tout technique mais qui est totalement politique et sociétale en fait.

Laurent Costy : Complètement, et ça fait le lien aussi à un point qu’on avait soulevé dans notre enquête avec les associations : un des problèmes vis-à-vis de l’informatique, c’est que c’est considéré par les conseils d’administration comme quelque chose de technique. Comme c’est technique, ce n’est pas quelque chose qui doit être posé, discuté en conseil d’administration et ça je trouve que c’est une vraie erreur parce que l’outil est technique et l’outil est aussi source de pouvoir. Donc, à un moment donné, il faut absolument pouvoir maîtriser ces enjeux-là pour ne pas que l’association soit manipulée par ailleurs.
J’ai eu le cas, j’intervenais dans un centre social sur la question des logiciels libres samedi dernier, ils ont vraiment pris conscience que c’était important et, du coup, ils ont posé cette discussion-là en conseil d’administration et, à partir de ce moment-là, des actions sont nées. C’est-à-dire que c’est dans la discussion au sein du conseil d’administration qu’un plan d’action a été mis en œuvre, même modeste, mais en tout cas prenant en compte la question du logiciel libre, de la migration et puis de perspectives pour aller vers une informatique plus respectueuse des utilisatrices et utilisateurs.

Frédéric Couchet : Et ça c’est relativement récent. Je pense que ça confirme un peu ce que disait tout à l’heure Frédérique Pfrunder justement sur cette prise de conscience et le fait que c’est avant tout quelque chose de politique et qui ne dépend pas que des militants de terrain et que les structures dirigeantes doivent aussi accompagner.

Frédérique Pfrunder : Je partage totalement tout ce qui a été dit, évidement. Les associations sont comme les citoyens, forcément d’ailleurs puisqu’elles sont constituées de tous ces citoyens, et cette méconnaissance finalement du logiciel libre, de ses enjeux, au regard du monde informatique c’est assez largement partagé. Je pense qu’il y a un certain nombre de sujets aujourd’hui qui amènent à une meilleure connaissance, en tout cas plus d’inquiétude qui entraîne la nécessité, pour les uns et les autres, de s’intéresser. La question des données personnelles va quand même commencer à être de plus en plus saisie ; les associations y sont forcément confrontées parce qu’elles ont beaucoup de fichiers, etc. Donc tous ces questionnements autour des données personnelles vont aussi les obliger à s’interroger sur ces questions-là et à en faire des sujets plus politiques que techniques. C’est vrai qu’en général, dans une première appréhension, ils sont très techniques : il nous faut un site internet, il nous faut un logiciel de traitement de texte, il faut qu’on puisse gérer nos mails et puis chacun va amener sa compétence, celle qu’il a chez lui dans sa maison, dire : ah ben tiens, moi j’utilise ça, c’est pratique.

Laurent Costy : Ils vont surtout utiliser ce qui est imposé au quotidien ; quand on achète un ordinateur on n’a pas le choix !

Frédérique Pfrunder : Absolument. Ce qui est imposé au quotidien, ce qui est le plus facile. Il y a la question de ce qui est imposé, la question de ce qui est facile.

Frédéric Couchet : C’est la question de la vente forcée, effectivement, ordinateur-logiciel.

Frédérique Pfrunder : Absolument. Et puis surtout l’absence de questionnement, effectivement, et le conseil d’administration d’une association va s’intéresser à son objet social. Une association qui a pour objet la lutte contre la pauvreté, eh bien dans son CA elle traite de la question de la lutte contre la pauvreté, elle ne traite pas de l’équipement informatique de sa structure, ce qui est un tort parce qu’effectivement les valeurs associatives il faut les faire vivre dans le projet qu’on porte mais au sein même du projet, évidemment. Une association c’est avant tout un collectif démocratique, un lieu de construction collective, d’élaboration collective, d’implication citoyenne et ça, ça doit passer aussi par le fonctionnement interne de l’association. Là-dessus, c’est sûr que la question des outils utilisés, de tous points de vue, doit se poser. Elle ne se pose pas pour la question informatique alors qu’elle va se poser, par exemple, pour l’équilibre des votes au sein du conseil d’administration. Finalement il faut aller plus loin et se dire que les outils qu’on utilise au quotidien sont aussi des éléments du projet. Ça ne se fait pas dans toutes les associations, mais il y a une appétence pour ça, sans aucun doute, et il faut que ça soit posé comme un enjeu, clairement.

Frédéric Couchet : Je suppose aussi que c’est compliqué parce que c’est relativement récent finalement ; on a l’impression que l’informatique est très ancienne, mais… C’est vrai que l’informatique est très ancienne, mais les bouleversements ont moins de dix ans, notamment avec l’arrivée des réseaux sociaux, les géants de l’Internet qui révolutionnent tout. Aujourd’hui il y avait la présentation de la nouvelle Freebox qui va encore plus loin dans l’espionnage, d’un certain point de vue, vu que Alexa est installé, le micro d’Amazon est installé par défaut sur la Freebox, donc on va vraiment dans un chamboulement complet. Effectivement, on peut comprendre que le monde associatif, comme tout le monde, a du mal pas à percevoir mais en tout cas à se positionner parce que ça nécessite du temps, des échanges. On ne peut pas critiquer ça, on peut le juste le constater et, effectivement, il faut discuter pour pouvoir mettre en place des solutions.

Laurent Costy : Oui le temps institutionnel associatif est long ; c’est un temps long ! Il faut laisser mûrir la réflexion, il faut requestionner, réinterroger le projet, etc.

Frédéric Couchet : Exactement! Je vous propose qu’on fasse une petite pause musicale. Attention, ça va bouger, parce que c’est un groupe de Montréal qui s’appelle Tintamare et le morceau s’appelle Downtown.

Voix off : Cause commune.

Pause musicale : Downtown par le groupe Tintamare.

Voix off : Cause commune – cause-commune.fm 93.1

Frédéric Couchet : Vous venez d’entendre Downtown du groupe Tintamare. J’espère que vous avez apprécié ça dans vos oreilles. Si vous n’avez pas compris toutes les paroles, sur le site de l’April vous avez le lien vers ce groupe et il y a non seulement le fichier musical mais il y a aussi les paroles.

Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Actuellement l’émission est consacrée au logiciel libre et monde associatif avec Laurent Costy, administrateur de l’April et directeur adjoint de la Fédération Française des MJC et Frédérique Pfrunder qui est déléguée générale Le Mouvement associatif.

Juste avant la pause musicale nous parlions du rapprochement des valeurs entre le monde du logiciel libre, le monde associatif, éducation populaire, économie sociale et solidaire, et nous parlions aussi de la complexité de la prise en compte de la partie logiciel libre par les conseils d’administration d’associations. Frédérique, j’ai envie de te questionner un peu aussi sur la prise en compte par Le Mouvement associatif de cette question du logiciel libre. Quelle est la position ou, en tout cas, les positions que pourrait avoir Le Mouvement associatif, les perspectives sur ce sujet ?

Frédérique Pfrunder : Le Mouvement associatif, la structure donc, n’a pas pris de position formelle sur le logiciel libre en disant « il faut que les associations utilisent toutes des logiciels libres, etc. ». Ce n’est pas notre vocation, on ne donne pas d’instructions au monde associatif ; de toute façon on aurait tort d’essayer, on n’y arriverait certainement pas et tant mieux, d’ailleurs.
En revanche, ce sur quoi on essaye de travailler, c’est de sensibiliser les associations aux enjeux du numérique et évidemment, le recours au logiciel libre en fait partie. On a plusieurs projets dans ce sens-là ou plusieurs actions dans ce sens-là. On a monté un projet collectif qui s’appelle RéZolutions Numériques, qui a été déployé dans les régions avec un certain nombre d’acteurs où on traite de différentes questions relatives à l’utilisation du numérique, des outils informatiques par les associations en essayant de leur donner des clefs, des informations, de l’outillage. Évidemment, la question du Libre fait partie de cet ensemble dans RéZolutions Numériques. Quand on fait une journée RéZolutions Numériques en région, en général il y a toujours des acteurs du Libre, plutôt des acteurs locaux d’ailleurs, qui sont présents et qui viennent sensibiliser, exposer, partager.

Frédéric Couchet : De manière, effectivement, à montrer que ça existe et que des acteurs locaux, sur le terrain, existent pour accompagner éventuellement les structures.

Frédérique Pfrunder : Absolument. Pour accompagner celles qui le souhaitent et, encore une fois, pour sensibiliser les acteurs associatifs à ces enjeux. Qu’est-ce que ça veut dire ? Pourquoi le logiciel libre par rapport à d’autres ?
Il y en a une nouvelle édition de RéZolutions Numériques à Arras dans deux jours donc dans les Hauts-de-France. Pour ceux qui sont dans les Hauts-de-France, n’hésitez pas à aller y faire un tour, vous rencontrerez plein d’acteurs du numérique.
On va voir un petit échange-débat dans le cadre d’un cycle de conférences qui s’appelle du Piment dans l’Assoc’, que le Mouvement associatif organise pareil, pour les associations, pour les sensibiliser à un certain nombre de questions sur leur structure-même et le prochain Piment dans l’Assoc’ est sur le numérique, on a appelé ça : « Associations, les pigeons du Web ? », c’est un peu un raccourci, mais justement pour essayer de pointer cette question-là. Je parlais des données personnelles tout à l’heure, des réseaux sociaux comme Facebook sont très désireux d’avoir plein de flux et notamment de flux associatifs sur leur réseau. Est-ce que quelqu’un, enfin est-ce que toutes les associations se posent vraiment des questions sur ce qui est fait des données, est-ce qu’il faut vraiment y aller et pourquoi il ne faudrait pas y aller ?

Frédéric Couchet : Et quelles alternatives existent ?

Frédérique Pfrunder : Absolument.

Frédéric Couchet : On pense notamment aux services proposés par Framasoft dans le cadre de CHATONS donc Collectif des Hébergeurs Autonomes Neutres Transparents et Solidaires et qui essaiment parce que d’autres structures proposent les mêmes services alternatifs, effectivement, aux géants du web, l’April par exemple : le chaton de l’April s’appelle chapril.org ; je fais un peu d’auto-promo.

Frédérique Pfrunder : Et avec un nom pareil on se demande bien comment on pourrait ne pas vouloir l’utiliser !

Frédéric Couchet : Exactement ! Le Piment dans l’Assoc’, c’est quel jour ?

Frédérique Pfrunder : C’est le 18 décembre.

Frédéric Couchet : À Paris ?

Frédérique Pfrunder : À Paris, aux Canaux, donc à Stalingrad ; c’est ouvert aux acteurs associatifs, il suffit de s’inscrire, on trouve toutes les infos sur notre site internet. C’est ouvert à tout acteur associatif, bénévole, salarié d’association, qui veut venir échanger sur ces questions-là. On fait ça sous forme de débat mouvant ; on essaye de faire en sorte que ça soit un peu dynamique et non pas sous forme de conférences trop fermées.
Voilà ! C’est le type de choses qu’on essaye de faire au Mouvement associatif pour ouvrir, sensibiliser.
Il est bien évident qu’on pourrait aller plus loin, j’espère bien qu’on ira plus loin et, pour être tout à fait honnête, au sein de notre conseil d’administration par exemple, nous n’avons pas discuté de ces questions-là pour savoir si nous-mêmes nous devions nous équiper avec du logiciel libre, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, même si on utilise assez largement les outils de Framasoft. Hélas nous ne sommes pas totalement passés au Libre !

Frédéric Couchet : Pas totalement parce que je suppose que, comme beaucoup de structures, vous utilisez en grande partie, Le Mouvement associatif, du logiciel libre.
Il y a un dernier projet sur lequel je voulais éventuellement que tu nous dises quelques mots c’est le projet Solutions d’associations auquel on a contribué l’an dernier.

Frédérique Pfrunder : Que j’ai oublié, tout à fait. Qui est projet qu’on a coconstruit avec La Fonda qui est une association qui travaille aussi sur la prospective associative, on va dire. L’idée de Solutions d’associations c’était de mettre en valeur des initiatives portées par les associations pour répondre aux enjeux de société. Et effectivement, on a fait un appel à contribution auprès des associations pour toutes celles qui souhaitaient mettre en avant, faire connaître leurs réponses aux enjeux de société et l’April a contribué sur la question du logiciel libre ; ça fait partie, aujourd’hui, de notre banque de données sur les solutions associatives pour changer le monde.

Frédéric Couchet : Exactement. La référence est sur le site de l’April si vous la cherchez. On a bien compris que pour l’instant, effectivement, il n’y a pas une position prise en conseil d’administration, j’aurais tendance à dire pas encore. Nous aurons l’occasion, sans doute, de refaire une émission, peut-être dans quelques mois, avec les évolutions

Frédérique Pfrunder : Ceci dit, je précise quand même que Le Mouvement associatif n’a pas vocation à prendre position, enfin à trancher des questions de société de ce type-là. On travaille sur les questions de vie associative. Évidemment, comme on a pu le souligner, la question du logiciel libre a un lien avec les valeurs associatives et donc c’est quelque chose qu’il faut qu’on ait dans nos perspectives. De là à dire que le monde entier doit passer au logiciel libre, ça n’est pas le rôle du Mouvement associatif.

Laurent Costy : Je vous rassure, Frédéric n’avait pas préparé un engagement à signer en sortant disant « Le Mouvement associatif dans un an est sous logiciel libre, sur tous les aspects. »

Frédérique Pfrunder : On ne sait pas !

Frédéric Couchet : Non, je n’avais rien préparé ; on y va par étapes. Merci en tout cas Frédérique pour ce petit point d’étape. Laurent, on a parlé beaucoup de logiciels libres, de valeurs, mais on va peut-être rentrer un petit peu en détail sur les logiciels libres utilisés par le monde associatif : est-ce qu’il y a des évolutions ? Et aussi la fameuse question du système d’exploitation entièrement libre, c’est-à-dire du poste de travail entièrement libre.

Laurent Costy : Effectivement, de toute façon la question de la migration c’est quelque chose qui se prépare, c’est quelque chose qui s’étudie, qui prend du temps, qui se fait en fonction du contexte de l’association. Encore une fois, le panorama des associations est tellement divers qu’il n’y a aucune règle qui peut s’appliquer à toutes, évidemment. Après, il peut y avoir des préconisations, une des étapes généralement recommandée c’est de se dire que sous environnement privateur on installe plutôt des logiciels libres.

Frédéric Couchet : Lesquels ?

Laurent Costy : Par exemple LibreOffice pour tout ce qui est bureautique : le tableur, le traitement de texte, la présentation éventuellement ; potentiellement la base de données. Donc ça, c’est quand même une base qui est une première étape. Évidemment les gens habitués à la position de certaines icônes, certains menus, vont avoir des réticences parce qu’on bouscule leurs habitudes, leur zone de confort, donc il faut accompagner ça : il faut préparer des petits tutoriels, de l’accompagnement, rassurer les gens « mais si, ta fonction existe quand même aussi sous LibreOffice ». Donc ça se prépare.
Sur le courriel, par exemple Thunderbird peut faire l’affaire et peut être une bonne alternative à la solution propriétaire qui est native souvent sous Windows qui est Outlook.
Évidemment, avant tout ça, avant même de décider ce qu’on pourrait mettre comme logiciels, il faut faire un état des besoins de chaque personne. Quand il y a des salariés par exemple, la chargée de communication n’a pas les mêmes besoins que la comptable, que le chargé d’actions, etc. Donc il faut bien identifier les besoins des personnes pour ne pas, effectivement, tout traiter dans l’ensemble. Et il y aura peut-être, d’ailleurs, une démarche de migration différentiée parce qu’il y a des logiciels, encore, pour lesquels on n’arrive pas à se passer de Microsoft Windows : la comptabilité ça reste encore compliqué, la paye c’est pratiquement exclu, donc ces postes-là, pour l’instant, on n’a pas de perspective pour les faire migrer sous une distribution GNU/Linux par exemple. Donc oui, il y a des précautions à prendre.
Après, sur le détail des logiciels qui existent, la retouche photo, Gimp, enfin tout ça vous les trouvez sur les sites tels que l’April, Framasoft qui a développé une page qui vous permet d’avoir la correspondance du logiciel libre correspondant au privateur que vous utilisez.

Frédéric Couchet : Le site c’est framasoft.org.

Laurent Costy : Merci. Et dans leur campagne Dégooglisons Internet, ils avaient pas mal travaillé sur la question, réactualisé leurs correspondances, on va dire.
Donc il faut prendre du temps pour justement préparer un peu cette transition-là.
Et puis, quand les gens commencent à être habitués, une fois qu’il n’y a pas plus de logiciels qui font barrage, eh bien on peut envisager la migration sous un système d’exploitation libre.

Les systèmes d’exploitation libres ont fait beaucoup de progrès par rapport à il y a dix ans, donc c’est vrai que même quelqu’un qui n’a pas beaucoup de compétences techniques, normalement, au quotidien, s’il est un peu accompagné, ça se passe très bien.

Frédéric Couchet : C’est clair que quand on compare les environnements de bureau en logiciel libre d'il y a dix à aujourd’hui, ça n’a strictement rien à avoir. Il y a dix on n’encourageait pas forcément des gens à migrer comme ça au logiciel libre, enfin à un système entièrement libre.

Laurent Costy : Je veux bien faire une petite parenthèse, là mon côté associatif, pas mon côté libriste. On a quand même eu cette tendance-là à « survendre », entre guillemets, les systèmes d’exploitation.

Frédéric Couchet : Certaines personnes ont peut-être eu une tendance ; nous on n’a jamais survendu justement parce que…

Laurent Costy : Certaines personnes ! Dans le monde associatif ça a parfois été perçu comme ça.

Frédéric Couchet : OK ! C’est le problème des militants peut-être libristes qui disent : « Migre complètement » sans tenir du besoin de la personne et de la réalité des choses. Ce n’est pas du tout la façon dont il faut faire.

Laurent Costy : Du coup les gens n’étaient pas prêts, du coup les gens ont été confrontés à un mur et finalement ont été vaccinés pour dix ans et n’ont plus du tout envie de revenir vers le logiciel libre. Il faut qu’on arrête avec cette idée reçue qu’on passe au Libre très facilement, que c’est Plug and Play, etc. Ce n’est pas si simple que ça !

Frédéric Couchet : C’est quoi Plug and Play ? Pardon !

Laurent Costy : On branche et ça marche ! Des fois ça ne marche pas, mais comme le logiciel privateur d’ailleurs. On ne s’en rend pas compte avec le logiciel privateur parce qu’on n’a que ce choix-là et on ne fait plus attention. L’informatique, parfois, il faut pouvoir se pencher sur la question et essayer de résoudre les problèmes. Il y a des fois ça ne marche pas ! Bref !

Frédéric Couchet : D’où l’importance de l’accompagnement humain !

Laurent Costy : Voilà, tout à fait !
C’est plutôt une démarche, c’est plutôt une progression, c’est plutôt prendre le temps. L’accompagnement au changement c’est primordial dans les associations, mais que ce soit sur l’informatique et sur toute autre chose. Dans le projet c’est systématiquement ça : un nouveau projet dans une association, eh bien il va falloir changer des choses, il va falloir se mettre un peu en danger, ça fait partie de cette logique-là.

Frédéric Couchet : En précisant effectivement que cette démarche progressive permet un accompagnement sur la durée. En fait, les logiciels dont tu as parlé sont à la fois disponibles sur environnement privateur Microsoft Windows par exemple, mais aussi sur environnement libre. Donc en fait, une fois qu’on a commencé comme ça par les outils type LibreOffice, The Gimp ou autres, effectivement la migration vers l’environnement complètement libre est « plus simple » entre guillemets. Et je reviens sur le fait que les environnements, aujourd’hui, ont quand même très nettement progressé. Une des difficultés, peut-être, c’est aussi, on en parlait tout à l’heure, le fait que les associations, quand elles achètent du matériel, eh bien c’est souvent préinstallé avec un Microsoft Windows ou autre environnement privateur. Donc effectivement l’effort pour aller vers autre chose est important parce que les gens ont déjà quelque chose d’installé. Si au moins, un jour, on avait la possibilité d’avoir le choix de son système d’exploitation sur les ordinateurs qu’on achète ce serait quand même une grande avancée pour la liberté de choix et pour les libertés.

Laurent Costy : Pour préparer l’émission, j’ai interpellé un directeur sur la Maison-phare à Dijon parce que je savais qu’il avait un peu engagé ce processus de migration, en tout cas il voulait aller vers le Libre.

Frédéric Couchet : Raconte-nous ça. Vas-y.

Laurent Costy : Du coup je l’ai un peu interpellé sur les difficultés qu’il pouvait rencontrer au quotidien. De fait on l’a déjà évoqué, mais du coup, là j’ai vraiment un retour concret de la complexité qu’il a eue au quotidien. Il reste toujours convaincu à ce jour, mais c’est vrai qu’ils ont fait deux pas en avant un pas en arrière pour pouvoir continuer le processus. Évidement, il y a toute la question de la culture imposée, c’est exactement ce que tu disais à l’instant, le fait qu’on achète une machine, c’est Microsoft dessus et on ne nous laisse même pas la possibilité de penser qu’il pourrait y avoir autre chose ! C’est quand même un monde imposé et ça, un peu, c’est difficilement supportable pour le monde associatif, pour certaines personnes, quand même.
Les gens sont habitués à quelque chose et les faire changer d’habitudes ça reste très compliqué quel que soit le sujet.

Dans un premier temps, en démarrant le projet, ils ont essayé de mettre un dual boot, ce qu’on appelle un dual boot, donc le système Windows et à la fois, sur le même ordinateur, un système…

Frédéric Couchet : Un double amorçage en fait.

Laurent Costy : Un double amorçage, voilà, et laisser le choix aux gens. De fait, naturellement, les gens restaient sous le système Windows, eh bien oui, ils sont habitués à ça, c’est normal. Par ailleurs, en plus, visiblement la version n’était pas stable, il y avait des bugs sous Linux. Du coup on avait deux systèmes concurrents et un qui n’était pas complètement bien configuré. De fait c’est pareil, ça donnait une raison de plus aux gens de rester sous Windows à ce moment-là.
Après, effectivement, ils sont restés plutôt sur une démarche sous Windows et ils ont fait cette démarche qu’on a évoquée tout à l’heure de mettre des logiciels libres sous système d’exploitation privateur. Donc ils utilisent le traitement de texte. À priori, ce qu’il me disait, c’est que, pour l’instant, il y avait juste un logiciel qui leur posait souci qui est un logiciel de montage vidéo qui est encore un logiciel privateur. Mais en tout cas, ils avaient commencé à éliminer la majeure partie des logiciels autres que ce logiciel-là, peut-être par habitude de l’animateur, je ne sais, parce qu’effectivement des logiciels vidéo moi j’en connais, je ne les utilise pas beaucoup, je ne les ai pas pratiqués beaucoup, mais je sais qu’il en existe sous GNU/Linux.
Après ils avaient quelques difficultés avec les partenaires, les institutions. Par exemple, ils sont centre social, donc ils ont des liens avec la CAF et puis, par rapport aux formats de fichiers, ils avaient parfois des problématiques avec la suite Microsoft.

Frédéric Couchet : La compatibilité des formats de fichiers.

Laurent Costy : Tout à fait.

Frédéric Couchet : Pour l’outil de vidéo il y a notamment Blender qui est, de l’avis de beaucoup de gens… Je ne sais pas si ça répondait au besoin exactement, en tout cas il y a plusieurs outils.

Laurent Costy : Blender c’est plutôt de la 3D.

Frédéric Couchet : Peut-être. Je vais avouer que je ne suis pas un expert.

Laurent Costy : Je pense que Blender ça ne répond pas. Par contre, je sais qu’il y a d’autres logiciels de montage vidéo. On reviendra vers eux éventuellement pour les aider.
C’est pareil, c’est aussi une question qu’on a au niveau des petites associations, des très petites associations. Eux ils sont structurés, il y a une quinzaine de salariés, de mémoire, qui travaillent à temps plein donc, à un moment donné, par rapport aux besoins, ils se sont appuyés sur un progiciel de gestion intégrée, sur un logiciel avec une communauté libre, Odoo par exemple, et ils l’ont fait paramétrer à leurs besoins. Donc ça, ce n’est absolument pas à la portée de l’association qui n’a pas de salariés. Et puis il faut accompagner le prestataire pour bien expliquer les besoins ; c’est un travail lourd et qui ne peut répondre qu’à des besoins de structures moyennes ou importantes. Ça, pour le coup, ils en sont complètement satisfaits. Ça répond à leurs besoins, évidemment c’est dimensionné pour eux !

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que sur le retour d’expérience tu as fini ?

Laurent Costy : Il me reste deux points.

Frédéric Couchet : Vas-y.

Laurent Costy : Sur la question des moteurs de recherche ils sont passés sous Qwant. Ils ont essayé d’éradiquer d’entrée, systématiquement par défaut Google, je pense que c’est une très bonne chose, et puis ce qu’il explique, la plus grosse difficulté qu’il a eue malgré l’intervention de tiers extérieurs, c’est de réussir à convaincre l’équipe que c’était autre chose qu’une question technique et une lubie du directeur.

Frédéric Couchet : On en revient à la discussion de départ.

Laurent Costy : Et de l’importance de faire venir des gens de l’extérieur. Dans mon réseau, au sein de la Fédération Française, à chaque fois que je parle de logiciel libre, ça gonfle les gens, soyons très clairs ! Alors que quand c’est quelqu’un d’autre qui vient en parler : « Ah ben oui, finalement pourquoi Laurent nous disait ça ? Ce n’est peut-être pas inintéressant ! » Il y a aussi ces jeux-là à faire jouer pour pouvoir débloquer, peut-être parfois, des situations.

Frédéric Couchet : D’accord. Sur les freins à l’adoption du logiciel libre dans le Mouvement associatif en général, je suppose, Frédérique, que tu as aussi des retours d’expériences ou un avis sur la question.

Frédérique Pfrunder : Je partage ce qui a été dit ; je pense que ça ne peut être qu’une démarche de toutes façon, une démarche au long cours. C’est intéressant cette question du militant, ce que dit Laurent, que dans sa structure on lui dit : « Bon, ça suffit ! » Ce n’est pas toujours facile au sein de structures militantes que sont les associations d’accepter une autre militance. C’est assez drôle ! En fait, une association ce sont souvent des militants ; ça semblerait naturel qu’ils entendent une autre militance et qu’ils l’intègrent, or ce n’est pas si simple que ça. Effectivement, ils ont tendance à dire « va militer dans ton autre association et puis là on fait ce pourquoi on a monté notre association, notre objet. »

Frédéric Couchet : On reste sur l’objet social de l’association, le reste ce n’est pas important, en tout cas.

Frédérique Pfrunder : Exactement. Évidement c’est un peu caricatural. Heureusement les associations sont, pour certaines d’entre elles, prêtes à intégrer un certain nombre de choses, mais effectivement ce n’est pas si simple alors que ça paraîtrait assez naturel.
Les freins oui, bien sûr, ils sont ceux-là. J’ajouterais peut-être un autre frein qui est la question du réseau. J’ai parlé du panorama associatif, je n’ai pas dit qu’en France les associations sont assez structurées en fait, le monde associatif est assez structuré et fédéré. C’est-à-dire qu’il y a à peu près la moitié des associations qui font partie de réseaux, alors de façons assez diverses avec des liens plus ou moins forts. Sur ce côté démarche, c’est vrai que si une tête de réseau décide de faire cette démarche, il faut vraiment qu’elle prenne en compte la question de la compatibilité ; je pense que la question de la compatibilité est importante parce que ça veut dire qu’il faut que tout ce qu’elle fait soit aussi approprié par les structures de son réseau, donc ça peut être en cascade ; ce n’est pas juste changer.

Frédéric Couchet : C’est le ruissellement du logiciel libre !

Frédérique Pfrunder : C’est le ruissellement du logiciel libre, c’est magnifique ! Et comme on a quelques doutes sur le ruissellement, je ne sais pas ! Ça peut être une question.
Je pense que c’est quand même un enjeu, enfin c’est une problématique pour les réseaux parce que ça ne veut pas dire forcément ne changer que les façons de faire de la tête d’épingle qui a dix salariés, ça veut dire aussi réussir à développer ça dans toutes les petites structures qui font partie du réseau, mais si on ne le développe pas ça peut poser d’autres…

Frédéric Couchet : Et sans que ce soit vu comme imposé par la structure du réseau parce que c’est totalement risqué.

Frédérique Pfrunder : Ça c’est sûr ! La logique descendante ça ne marche pas. Ça c’est clair, ça ne marchera pas !

Frédéric Couchet : Donc on oublie le ruissellement, c’est même contre-productif.

Laurent Costy : C’est même l’inverse de ce qu’on voudrait obtenir !

Frédérique Pfrunder : Il faut vraiment que ça soit approprié donc c’est la question de la pédagogie, effectivement, de bien expliquer les enjeux et après, même quand c’est approprié et qu’on se dit : oui ça serait super ! Hou là, il faut le faire, on est déjà débordés, on n’est que des bénévoles, on n’a déjà pas le temps de faire ce qu’on voudrait faire dans notre projet associatif, comment on fait pour faire ça ? La question de l’accompagnement est essentielle, mais je ne sais pas s’il y a vraiment tant de moyens que ça d’accompagnement pour le passage au Libre. C’est une question : qui sont les personnes compétentes qui peuvent venir accompagner les associations dans cette transformation ? C’est un enjeu pour l’April sûrement !

Frédéric Couchet : Ça tombe bien, merci pour l’enchaînement, parce que c’est le dernier point de notre discussion du jour sur les ressources extérieures pour accompagner les associations, les aider vers le logiciel libre. Notamment on va parler du guide Libre Association, déjà du groupe de travail Libre Association, Laurent, que tu peux présenter désormais.

Laurent Costy : Ou alors on fait peut-être un tour de tous les partenaires qui peuvent agir sur la question.

Frédéric Couchet : Comme tu veux. Oui.

Laurent Costy : On a cité Framasoft, je pense que tout ce qu’ils mettent en place est assez remarquable. Moi je n’arrête pas de les recommander, même si je suis membre du conseil d’administration de l’April je fais de la promotion pour Framasoft.

Frédéric Couchet : Ce sont des amis, en plus.

Laurent Costy : Ça me semble évident de toute façon ! Vu le travail qu’ils produisent au quotidien je pense qu’il faut absolument souligner les services qu’ils ont mis en place, qui sont des vraies alternatives décentralisées. Ça aussi c’est une question vraiment centrale justement pour l’avenir.

Frédéric Couchet : Et appropriables parce que le but c’est que les gens puissent éventuellement installer leurs propres services s’ils ont les compétences et le temps.

Laurent Costy : Et ça, si les fédérations se saisissent de cet objet-là, c’est vraiment un outil extrêmement intéressant. Du coup il y a des discussions autour de ça. Il y a déjà des fédérations d’éducation populaire qui se sont positionnées par rapport à ça, qui vont installer des chatons ; je pense à la Ligue de l’enseignement qui s’est positionnée sur ces questions-là. Donc Framasoft me semble essentiel.
Je peux renvoyer aussi vers l’Agenda du Libre parce que, sur l’Agenda du Libre vous avez aussi une liste de structures qu’on appelle des groupes d’utilisatrices et d’utilisateurs de logiciels libres, qui sont sur les territoires et qui peuvent potentiellement aider une association. C’est fonction de l’histoire de ce groupe d’utilisateurs qu’on appelle GULL, s’il est ancien, s’il a envie d’aider ou pas, ou si c’est un sujet qu'il préférerait garder en interne, etc., mais en tout cas ça vaut la peine de regarder s’il y en a un près de chez vous et s’il peut, potentiellement, apporter une aide.

Frédéric Couchet : Le site c’est agendadulibre.org.

Laurent Costy : Ça ce sont des structures alternatives ressources auxquelles je pense ; il y en a sans doute d’autres, je n’ai pas préparé particulièrement cette question.

Frédéric Couchet : Il y a les prestataires de services locaux qui existent, les sociétés de services en logiciel libre qui sont d’ailleurs souvent des petites structures, à taille humaine, et qui peuvent parler, évidemment, aux associations.

Laurent Costy : Tout à fait. Du coup c’est vrai que nous, au sein du groupe de travail Libre Association de l’April, on essaye de fournir des outils et d’aider les associations sur cette question-là. On avait produit, par exemple, le guide des logiciels libres pour les associations qui est encore accessible sur le site de Framasoft d’ailleurs, je pense.

Frédéric Couchet : Il est accessible sur le site libreassociation.info à la fois en version numérique et effectivement, il est disponible aussi en version Framabook.

Laurent Costy : Qui a été un peu actualisée quand même.

Frédéric Couchet : Qui a été un petit peu actualisée sur le contenu et sur la mise en forme et j’en profite pour dire que les personnes qui seront à Paris Open Source Summit demain et après-demain ou à l’Ubuntu Party de ce week-end à la Cité des sciences et de l’industrie que nous avons des exemplaires du guide à disposition.

Laurent Costy : Ce guide-là est quand même intéressant parce qu’à la fois on rappelle la question du rapprochement des valeurs, ce qui me semble essentiel, et puis, évidemment, on présente tous les outils alternatifs qui pourraient vous aider.
Un des projets en ce moment du groupe Libre Association c’est de travailler sur le développement d’un logiciel de valorisation du bénévolat. On sait que cette question-là est centrale pour les associations et que c’est un peu compliqué de pouvoir comptabiliser ce temps-là ou d’avoir un outil simple qui permette un peu de centraliser les besoins. Donc, on est en train de travailler avec le Crajep Bourgogne-Franche-Comté, je vais expliquer ce que c’est Fred, je te vois me regarder. C’est le Comité régional des associations de jeunesse et d’éducation populaire de Bourgogne-Franche-Comté, avec le Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté qui soutient financièrement le projet. Très vraisemblablement, pour l’instant on n’a pas encore la réponse, mais en tout cas la Fondation du Crédit coopératif semblait intéressée et aussi Le Mouvement associatif régional à cet endroit-là. Voilà ! On essaye de mettre autour de la table des acteurs concernés par cette question-là et, à priori, toutes les associations le sont, pour faire aboutir quelque chose qui servira à tout un chacun et donc alimenter le bien commun et l’intérêt général.
Et puis de temps en temps, quand on a le temps au sein du groupe Libre Association, on aide l’État.

Frédéric Couchet : Explique-nous, effectivement.

Frédérique Pfrunder : Qui en a bien besoin !

Laurent Costy : Bien sûr ! On les aide à tenir leur engagement parce que par exemple, cet été l’État avait produit un Cerfa. Cerfa c’est un modèle de document – les associations connaissent bien ça – qui permet aux associations de faire leurs demandes de subvention.

Frédéric Couchet : Un formulaire administratif pour faire des demandes de subvention.

Laurent Costy : Exactement. Or, pour faire un formulaire administratif, l’État s’est donné des règles. Il faut qu’il respecte certaines règles et, par exemple, que le PDF qui est produit pour ce formulaire puisse être ouvert par l’ensemble des systèmes d’information, par l’ensemble des logiciels, etc.

Frédéric Couchet : Logique !

Laurent Costy : Logique ! Sauf que, évidemment quand j’ai ouvert ce document cet été sous ma distribution GNU/Linux Debian, eh bien c’était impossible d’ouvrir le document. Heureusement on me disait : « Mais si, allez télécharger la dernière version d’Adobe, ça va s’ouvrir ». Je télécharge. Ah oui, une version GNU/Linux très bien ! Évidemment, quand on cliquait, il n’y avait pas de version. Donc l’État n’était pas en cohérence avec ses propres règles. Du coup qu’est-ce qu’on a fait dans le groupe ? On a décidé, finalement, de reproduire un document et de le mettre à disposition.
On a aussi interpellé par le biais du Mouvement associatif régional la DRJSCS, enfin la Direction régionale jeunesse cohésion sociale. On n’a jamais vraiment eu de réponse sauf que, au final, le document s’est retrouvé sur le site officiel.

Frédéric Couchet : Sur le site officiel.

Laurent Costy : On n’a pas eu de réponse officielle, ce qui est bien dommage parce que finalement ils ont fait le travail. Ça ce sont aussi des petits exemples de choses qui peuvent être faites par le groupe et qui peuvent aider les associations.

Frédéric Couchet : Merci Laurent. Je vais rappeler que le groupe est ouvert à toute personne qui le souhaite : en allant sur libreassociation.info vous avez un formulaire qui vous permet de vous inscrire sur la liste de discussion ou en allant sur le site de l’April.
Le temps passe vite il nous reste vraiment quelques minutes. On a fait un premier tour, bien sûr on va refaire des émissions sur le sujet. Restez avec nous jusqu’au bout à l’antenne, j’ai eu une petite surprise pour les personnes qui apprécient notre émission. Frédérique est-ce que tu as quelques mots à ajouter sur ce sujet soit des freins, soit de l’accompagnement ?

Frédérique Pfrunder : Juste pour rebondir sur Bénévalibre. Effectivement Le Mouvement associatif ne s’est pas encore vraiment positionné sur le projet mais ceci dit on a déjà parlé. Je pense que c’est vraiment intéressant cette entrée par un outil spécifique aux associations, qui répond à un besoin qui n’est servi nulle part ailleurs. Comptabiliser le bénévolat, c’est dans les associations que ça se passe. Et avoir cet outil créé dans le cadre du Libre, je pense que c’est une bonne porte d’entrée, peut-être, pour cette question pédagogique. Je ne vais pas y revenir, je pense que l’essentiel c’est vraiment ça. Une fois qu’une association a compris ce que sont les enjeux derrière, il y a encore plein de travail pour arriver à faire quelque chose, mais, au moins, c’est une première graine qui est semée dans l’esprit ; on y pense, petit à petit on peut faire un chemin, avancer, et il y a une vraie convergence de vue, indiscutablement, entre les acteurs du logiciel libre qui sont associatifs pour beaucoup et les associations dans leur grande diversité. Encore une fois tous les questionnements actuels qui émergent quand même de plus en plus auprès des citoyens vont forcément, aussi, être saisis par les associations, ce qui peut promettre un beau développement du Libre dans le monde associatif.

Frédéric Couchet : C’est une belle conclusion. Laurent, est-ce que tu veux ajouter quelque chose ?

Laurent Costy : Non. Je vais laisser le mot de la fin à Frédérique.

Frédéric Couchet : Je vais juste faire une petite précision parce que sur le salon web de la radio, Tonio nous précise que Blender fait aussi du montage vidéo.

Laurent Costy : Pardon. Au temps pour moi Fred !

Frédéric Couchet : Je n’étais pas sûr. Il y a des gens qui nous écoutent et qui, en plus, apportent des corrections. Merci Tonio sur le salon web de la radio.
Je vous remercie donc Laurent Costy qui est administrateur à l’April et directeur adjoint de la Fédération Française des MJC, Frédérique Pfrunder qui est déléguée générale du Mouvement associatif, d’être venus pour cette première émission. On a fait un premier tour de table et peut-être que, dans le cadre d’une deuxième émission, on fera des retours d’expérience plus concrets avec des gens qui ont tenté d’utiliser des logiciels libres, de migrer, etc. En tout cas merci à vous.

Nous allons faire une petite pause musicale. Comme c’est bientôt Noël on a fait un choix évidemment en conséquence. Le groupe s’appelle Les bernardo et le morceau s’appelle tout simplement Joyeux Noël.

Voix off : Cause commune 93.1

Pause musicale : Joyeux Noël par le groupe Les bernardo

Voix off : Cause commune – cause-commune.fm - 93.1

Frédéric Couchet : Vous êtes de retour sur radio Cause commune 93.1 pour l’émission Libre à vous! de l’April. Vous avez noté que cette pause musicale était très différente de la première ; là c’était Joyeux Noël par Les bernardo.
On va changer de sujet pour parler d’un évènement qui va arriver en 2019, qui s’appelle le Libre en Fête, qui est une initiative de l’April. J’ai interviewé il y a quelques jours ma collègue Isabella Vanni qui ne pouvait pas être là aujourd’hui, qui est coordinatrice vie associative et assistante projets à l’April. On va écouter l’interview et on se retrouve juste après.

Frédéric Couchet : Aujourd’hui je suis en compagnie de ma collègue Isabella Vanni ; tu es animatrice vie associative et responsable projets à l’April et tu vas nous parler de l’initiative Libre en Fête. Déjà peux-tu nous expliquer ce qu’est l’initiative Libre en Fête ?

Isabella Vanni : Libre en Fête est une initiative ou, encore mieux, un évènement national coordonné par l’April, qui a lieu tous les ans depuis 2002, donc on est déjà arrivé à la 18e édition en 2019 ; il a lieu à l’arrivée du printemps et l’objectif c’est de faire découvrir le logiciel libre au grand public dans une dynamique si possible conviviale et même festive. On va dire qu’au printemps la vie reprend son cours après l’hiver et on a pensé que le printemps est aussi une très bonne occasion pour les personnes, justement, de découvrir comment reprendre le contrôle de leur informatique grâce au logiciel libre.

Frédéric Couchet : Tu parles d’un évènement qui a lieu au printemps. Est-ce qu’il y a des dates précises pour ces évènements dans le cadre du Libre en Fête ?

Isabella Vanni : Oui Fred. On est déjà en mesure de communiquer les dates pour l’édition 2019. En 2019, Libre en Fête aura lieu du samedi 2 mars au dimanche 7 avril. Bien sûr, rien n’empêche d’organiser aussi des évènements à des dates légèrement avant ou légèrement après cette période ; on n’est pas aussi stricts non plus.

Frédéric Couchet : Ce sont des évènements, mais ce n’est pas l’April qui organise ces évènements. Qui organise ces évènements et pour quel public ? Tu as dit que c’est principalement pour le grand public.

Isabella Vanni : Tout à fait. L’April a un rôle de coordination. Les évènements sont organisés par toute structure ayant à cœur le logiciel libre, sa diffusion auprès d’un public plus large. Ça peut être un GULL, je rappelle ce qu’est un GULL parce que c’est un acronyme pour groupe d’utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres, donc des associations locales qui se proposent, justement, d’organiser des évènements ou des permanences pour favoriser la diffusion du logiciel libre, mais ça peut être aussi d’autres structures qui peuvent être potentiellement intéressées à cette action par exemple une médiathèque ou encore un hackerspace ou encore un café associatif ; pourquoi pas une maison de la jeunesse et de la culture. Il suffit qu’il y ait une personne motivée à l’intérieur de la structure et, bien sûr, que cette personne obtienne l’accord de la structure pour qu’un évènement puisse se faire, puisse s’organiser.

Frédéric Couchet : Dans les autres structures il y a aussi les espaces publics numériques qui sont des lieux d’accueil et de sensibilisation en informatique ; souvent d’ailleurs il y a de la sensibilisation basée sur du logiciel libre. Je suppose que c’est aussi l’occasion, pour des groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices, de nouer des partenariats avec des espaces publics numériques.

Isabella Vanni : C’est l’une des conséquences du Libre en Fête. L’objectif c’est justement de favoriser la diffusion, la promotion du logiciel libre auprès du grand public, mais l’une des conséquences positives c’est aussi la mise en place de partenariats, effectivement, entre les espaces publics numériques et les GULL, les associations d’utilisateurs de logiciels libres.

Frédéric Couchet : Les associations de promotion du logiciel libre. Ça a lieu au printemps, donc c’est la 18e édition. On a déjà une idée du nombre d’évènements qui sont organisés à peu près chaque année. Combien d’évènements sont organisés à l’occasion de chaque édition, à peu près ?

Isabella Vanni : On va dire que les trois dernières années, on a eu environ entre 150 et 190 évènements. On a eu un pic en 2009, on a dépassé les 200 évènements et j’espère qu’on pourra atteindre, accomplir à nouveau cet exploit en 2019.

Frédéric Couchet : L’objectif pour 2019 c’est d’atteindre ce pic de 200 évènements. Est-ce que sont des évènements qui sont organisés uniquement en France, principalement en France ? Ou il y a des évènements dans d’autres pays, notamment francophones.

Isabella Vanni : Les évènements, jusqu’à présent, étaient organisés notamment en France. Bien sûr le logiciel libre n’a pas de frontières donc on peut organiser un évènement n’importe où. D’ailleurs en 2018, par exemple, il y a eu des évènements organisés aussi en Belgique et en Suisse.

Frédéric Couchet : Si on comprend bien c’est un ensemble d’évènements qui sont organisés autour du printemps. L’April étant là, on va dire, pour lancer cette initiative, proposer des outils de sensibilisation. Il y a un site internet qu’on va déjà indiquer, qu’on rappellera à la fin de l’interview, c’est libre-en-fete.net. Mais concrètement, comment une structure qui organise un évènement peut référencer son évènement dans le cadre du Libre en Fête ?

Isabella Vanni : L’initiative Libre en Fête s’appuie sur l’Agenda du Libre, on en a déjà parlé dans cette émission ; c’est un site, en fait, de références pour trouver tout évènement ou toute structure autour du Libre près de chez soi. Ça permet aux organisations, aux structures qui organisent des évènements de référencer, de publier, de soumettre l’évènement Libre en Fête sur l’Agenda du Libre pour lui donner un maximum de visibilité. Et pour que l’évènement soit référencé dans le cadre de cette initiative, il suffit d’ajouter le mot clef libre-en-fete-2019 un tiret entre chaque mot donc libre tiret en tiret fete tiret 2019.

Frédéric Couchet : Il faut aller sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre tout attaché point org et quand vous saisissez votre évènement vous pouvez mettre un certain nombre d’étiquettes, de tags, par exemple atelier d'initiation et vous rajoutez donc l’étiquette libre-en-fete-2019 ce qui permet ensuite aux évènements d’être référencés directement sur le site de l’initiative Libre en Fête.
On encourage évidemment toutes les structures à organiser des évènements, à les référencer ; je suppose d’ailleurs qu’il y a des évènements qui sont organisés dans le cadre du Libre en Fête mais que les structures organisatrices ne référencent pas sur l’Agenda du Libre parce qu’elles oublient.

Isabella Vanni : Ça peut arriver, donc c’est le rôle du coordinateur ou de la coordinatrice en l’occurrence ; c’est-à-dire que l’April, en tant que coordinateur, fixe les dates, choisit le thème, d’ailleurs j’en profite pour dire que cette année le thème est « la priorité au logiciel libre au quotidien » ; l’April met aussi à disposition un site web, tu en parlais tout à l’heure, fait des appels à participation, notamment en direction des organisations qui sont déjà actives sur l’Agenda du Libre, et veille à ce que les évènements soient correctement référencés. Si ce n’est pas le cas c’est à moi de veiller à ce que ce soit fait et à relancer les structures.

Frédéric Couchet : Donc nous invitons toutes les structures, évidemment qui le souhaitent, à organiser des évènements dans le cadre du Libre en Fête. Si vous avez besoin d’outils de sensibilisation, des dépliants, des affiches, des autocollants, eh bien l’April en a à disposition donc vous pouvez nous contacter. Vous pouvez aussi en trouver sur le site enventelibre.org donc enventelibre tout attaché point org. Isabella tu vas peut-être simplement nous rappeler les dates, le site et si tu as quelque chose à ajouter par rapport à cet évènement.

Isabella Vanni : Oui. Je voudrais en profiter pour donner quelques pistes parce qu’il y a plein d’évènements différents qui peuvent être organisés. Il peut s’agir de conférences, d’ateliers d’initiation à un logiciel libre ou à un service libre en ligne ; il peut s’agir de séances de contribution à un projet collaboratif, je pense par exemple à Wikipédia ou OpenStreetMap. Ça peut être aussi des install-parties ; je rappelle que les install-parties, on l’a déjà dit dans d’autres émissions, ce sont des réunions où les gens peuvent aller pour se faire aider à installer un système de distribution libre sur leur ordinateur. Il peut s’agir aussi de vidéos sur le logiciel libre ou d’expositions expliquant le logiciel libre et ses enjeux. D’ailleurs l’Expolibre de l’April peut être un outil très pertinent pour ce genre d’évènement. Bien sûr, il est aussi possible de proposer plusieurs activités dans le cadre d’une même journée de découverte.
Je voudrais parler particulièrement d’un évènement très sympa qui a eu lieu en 2018, Libre en Fête en Trégor. En fait, plusieurs associations de cette région s’associent tous les deux ans pour se donner le temps d’organiser un bel évènement, pour proposer une série d’animations autour du logiciel libre et en 2018, en plus de nombreuses mini-conférences sur différents thèmes comme le logiciel libre, l’open data, la cybersécurité, elles ont proposé aussi des jeux libres, elles ont proposé une séance de cartographie participative, je parlais tout à l’heure d’OpenStreetMap, elles ont proposé aussi des démos de l’imprimante 3 D parce que l’esprit Do It Yourself est très cher aux libristes et il y a des points de contact très forts avec les hackerspaces. Donc voilà ! C’est pour donner des exemples d’évènements qui peuvent être organisés.

Frédéric Couchet : Libre en Fête en Trégor c’est en Bretagne. Install-partie, on parle aussi souvent de fête d’installation, même si ce n’est pas forcément totalement festif mais en tout cas c’est collaboratif et il y a souvent des choses à partager au-delà des logiciels.
Est-ce qu’on a fait le tour de la présentation de Libre en Fête. Tu veux peut-être rappeler les dates, le site et les éléments importants. Le site de l’Expolibre dont Isabella vient de parler c’est expolibre.org, vous pouvez retrouver l’Expolibre en version PDF que vous pouvez imprimer et il y a également une version qui est disponible à la location. Isabella je te laisse conclure.

Isabella Vanni : Tout à fait. Pour l’édition 2019, les dates retenues sont du samedi 2 mars au dimanche 7 avril 2019. Le site c’est libre-en-fete.net, donc libre tiret en tiret fete point net. Une liste de discussion est également disponible lef, l, e, f arobase libre tiret en tiret fete point net [lef@libre-en-fete.net].
Participez nombreux ; le succès de l’évènement sera possible grâce à vous. Donc organisez plein d’évènements !

Frédéric Couchet : Écoute merci Isabella. Je trouve que c’était très clair. Nous vous encourageons à organiser plein d’évènements de découverte du logiciel libre et nous encourageons évidemment les personnes à aller ensuite à ces évènements qui seront annoncés au fur et à mesure depuis début 2019 jusqu’à autour du printemps 2019. Merci Isabella je te souhaite une bonne fin de journée.

Isabella Vanni : Merci. À vous aussi.

Frédéric Couchet : Vous êtes de retour en direct sur Cause commune 93.1. Vous avez eu une présentation par ma collègue Isabella Vanni de l’initiative Libre en Fête dont la première édition date de 2002 et qui, d’ailleurs, est née en Bretagne, sur des plages de Bretagne et je salue à cette occasion l’autre personne qui a lancé cette initiative à l’époque, c’était Pascal Desroche qui se trouve toujours en Bretagne. L’objectif : je vois passer sur les réseaux sociaux qu’on annonce 200 évènements en 2019 pour le Libre en Fête, donc il va falloir, évidemment, organiser plein d’évènements.

L’émission se termine bientôt. On va passer aux actualités, aux annonces, dont une devrait normalement vous faire plaisir, enfin j’espère !

Sur les actualités à venir et notamment les évènements, on en a parlé tout à l’heure, il y a le Paris Open Source Summit qui a lieu les 5 et 6 décembre à Aubervilliers. Je vous rappelle que mon autre collègue Étienne Gonnu interviendra mercredi à 9 h 15 pour parler des logiciels libres de caisse et de la loi anti-fraude à la TVA. Vous vous dites : quel lien entre les deux ? Eh bien venez voir sa conférence ou sinon je vous donne rendez-vous début 2019 dans l’émission où on reviendra sur le sujet, car c’est une action très importante, institutionnelle, qui a été menée par l’April suite à la loi de finances de 2016. Étienne interviendra également une dizaine de minutes dans le cadre des présentations, donc Open Source Community Summit, le 5 décembre de 13 h 45 à 16 h 30 ; ce sont plusieurs interventions courtes et il abordera la problématique du partage de code dans la directive droit d’auteur. On a déjà parlé de ce sujet dans des émissions précédentes, mais la directive poursuit sa route au niveau du Parlement européen ; on en reparlera début 2019, car le sujet sera à nouveau d’actualité.
Laurent Costy qui est toujours avec moi en studio interviendra jeudi 6 décembre à 15 h 30 dans l’atelier « Les logiciels libres pour nos associations : enjeux et solutions pratiques ».
L’April a évidemment un stand, donc vous pouvez nous retrouver sur le stand B24.
Le week-end vous avez l’Ubuntu Party, les 8 et 9 décembre à la Cité des sciences et de l’industrie. Je suppose que sur cette radio de nombreux appels ont été faits pour l’Ubuntu Party avec notamment Olive et Charlotte.

Olivier Grieco : Mais surtout, le plateau de Cause commune sera en direct, sur toutes les émissions du week-end, depuis la Cité des sciences.

Frédéric Couchet : Vous venez d’entendre la voix d’Olivier Grieco qui nous rappelle que le plateau de Cause commune sera en direct ; vous pourrez voir les gens du plateau et effectivement ce sera diffusé en direct.

Olivier Grieco : Samedi et dimanche.

Frédéric Couchet : Samedi et dimanche. L’April aura un stand. Vous y retrouverez aussi l’Expolibre dont vient de parler Isabella, je l’ai apportée tout à l’heure donc elle devrait être disponible sur l’espace.
Avant ça jeudi 6 décembre, vous avez la soirée de contribution au Libre qui a lieu à la Fondation pour le progrès de l’homme rue saint-Sabin ; c’est tous les jeudis pour permettre d’apprendre à contribuer au Libre en fonction de vos compétences.
Tous les autres évènements vous les retrouvez évidemment sur le site de l’Agenda du Libre, donc agendadulibre.org.
On a parlé de Noël, si vous voulez offrir des cadeaux, des goodies utiles et sympas à vos amis, familles, vous avez le site enventelibre.org dont il a été question tout à l’heure ; vous pouvez y retrouver des tee-shirts, des livres, des badges, des clefs USB.
Vous pouvez aussi faire un don à Cause commune pour aider à soutenir l’association qui porte cette radio, parce que, évidemment, il y a des coûts matériels.

Une petite annonce aussi : aujourd’hui c’est la septième émission mensuelle ; nous avons ouvert un questionnaire sur le site de l’April, donc april.org, pour avoir des retours et suggestions concernant notre émission, pour vous permettre, en fait, de vous exprimer et puis nous, d’améliorer l’émission au fur et à mesure. Je vous encourage à vous rendre sur april.org, ça prend à peu près une dizaine de minutes pour remplir ce questionnaire ; en tout cas c’est très utile pour nous d’avoir des retours.

Je vous dis que l’émission est une mensuelle. L’annonce de service de fin d’année, notamment après discussion avec Olivier Grieco et avec l’équipe de l’April : nous avons décidé de passer notre émission en hebdomadaire à partir de janvier 2019. La première émission hebdomadaire ce sera le 8 janvier ; j’ai essayé de convaincre tout le monde de faire une émission le 1er janvier, mais on m’a dit qu’il n’y aurait pas forcément grand monde pour écouter. Donc à partir du 8 janvier 2019 nous serons en hebdomadaire. La raison est tout simplement pour nous permettre de traiter plus de sujets, de pouvoir réagir à l’actualité avec une émission hebdomadaire. C’est le même horaire 15 h 30 17 h. À la première émission nous aurons justement la Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État, donc la DINSIC ; une personne de la mission Etalab qui est chargée de la politique d’ouverture et du partage des données publiques du gouvernement français. Dans la première interview qu’on a écoutée tout à l’heure sur Paris Open Source Summit il était question du référent logiciel libre Bastien Guerry ; Bastien sera peut-être avec nous. Et dans la deuxième émission, là je vous annonce vraiment du très sérieux, nous aurons le plaisir et l’honneur d’avoir le président de la CADA, la Commission d’accès aux documents administratifs, qui viendra échanger avec nous, avec Regards citoyens et avec Xavier Berne de Next INpact suite à une récente décision de la CADA qui nous questionne et c’est en lien avec le ministère de la Défense, nos meilleurs amis !

Nous passons en hebdo. Pour nous c’est vraiment quelque chose d’important ; j’espère que ça vous fait plaisir et que vous serez à l’écoute de l’émission.

Celle-ci se termine. Vous retrouvez sur notre site web, april.org, toutes les références utiles ainsi que sur le site de la radio Cause commune donc cause-commune.fm. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.
Nous vous souhaitons de passer une belle journée, de passer également de belles fêtes de fin d’année et on se retrouve le 8 janvier 2019 pour la première émission en hebdomadaire. D’ici là portez-vous bien et nous nous quittons en musique, comme d’habitude, avec Wesh tone.

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April le 13 décembre 2018 à la FPH (11e) - accueil à partir de 18h30

APRIL - mer, 12/12/2018 - 11:57
Début: 13 Décembre 2018 - 18:30Fin: 13 Décembre 2018 - 20:30 Le groupe de travail Sensibilisation ?

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l’April est la production d'outils de communication pour sensibiliser le public au logiciel libre et aux formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

Quand et quoi ?

La prochaine réunion du groupe de travail Sensibilisation aura lieu le jeudi 13 décembre 2018 de 18h45 à 20h30 (accueil à partir de 18h30) à la Fondation pour le Progrès de l'Homme, 38 rue Saint-Sabin (Paris 11e, arrêt de métro : Chemin Vert).

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

Décryptualité du 10 décembre 2018 - Edge passe à chromium, quelles conséquences pour les navigateurs libres

APRIL - mar, 12/11/2018 - 01:13

Écouter ou télécharger le décryptualité du 10 décembre 2018 (15 minutes)

    Edge, le navigateur de Microsoft abandonne son moteur propriétaire maison pour adopter celui de Chromium, projet libre porté par Google. Quelles sont les enjeux d'une telle décision dès lors que l'immense majorité des utilisateurs utilisent des moteurs proposés par Google ?
    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

 Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

Revue de presse de l'April pour la semaine 49 de l'année 2018

APRIL - lun, 12/10/2018 - 15:37

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 49

[acteurspublics.com] Bastien Guerry: “Le logiciel libre a besoin d’une vraie stratégie de mutualisation au sein de l’État”

Par Émile Marzolf, le vendredi 7 décembre 2018. Extrait:
> Le tout nouveau “référent logiciels libres” d’Etalab, Bastien Guerry, ancien entrepreneur d’intérêt général, explique à Acteurs publics comment le logiciel libre gagne du terrain dans l’administration et à quels défis il se heurte.
Lien vers l'article original: https://www.acteurspublics.com/2018/12/07/bastien-guerry-le-logiciel-libre-a-besoin-d-une-vraie-strategie-de-mutualisation-au-sein-de-l-etat

[ITforBusiness] Officiel: Microsoft Edge adopte Chromium et l’open source

Par Laurent Delattre, le jeudi 6 décembre 2018. Extrait:
> Microsoft annonce un profond changement de stratégie autour de son navigateur Web, Edge. Celui-ci ne disparaît pas mais adopte le moteur de rendu Chromium et une nouvelle philosophie de développement.
Lien vers l'article original: http://www.itforbusiness.fr/rss/item/10963-microsoft-edge-adopte-chromium-et-l-open-source

Et aussi:
[RTBF Info] Microsoft va se joindre à Google pour améliorer son navigateur

[The Conversation] Débat: L’«open science», une expression floue et ambiguë

Par Alexandre Hocquet, le mercredi 5 décembre 2018. Extrait:
> Qu’est-ce que la «science ouverte»? En quoi la science actuelle est elle «fermée» et que recouvre l’expression «ouvrir la science» comme l’indique le slogan des journées?
Lien vers l'article original: https://theconversation.com/debat-l-open-science-une-expression-floue-et-ambigue-108187

[Echo Sciences] Le FabLab, un lieu d’émancipation sociale: discours ou réalité?

Par Eléonore Pérès, le mercredi 5 décembre 2018. Extrait:
> Pour qui s’intéresse un peu à la culture scientifique et technique et à sa place en société, le terme FabLab ne doit pas être inconnu. Il résonne beaucoup dans la sphère de la médiation des sciences et dans les médias depuis quelques années. A travers les idées de “faire soi-même” et “d’apprendre en faisant”, les FabLabs sont souvent synonymes d’inclusion sociale et de capacitation (ou «empowerment»). Mais qu’en est-il de la réalité?
Lien vers l'article original: https://www.echosciences-grenoble.fr/communautes/le-master-cst/articles/le-fablab-un-lieu-d-emancipation-sociale-discours-ou-realite

[Journal du Net] A l'Open CIO Summit, la tentation open source des groupes toujours plus forte

Par Antoine Crochet-Damais, le mercredi 5 décembre 2018. Extrait:
> A l'Open CIO Summit, la tentation open source des groupes toujours plus forte Les DSI du Cac 40 mettent en avant le rôle des logiciels libres pour passer outre les technologies commerciales et propriétaires. Avec des indicateurs de résultats financiers à la clef.
Lien vers l'article original: https://www.journaldunet.com/solutions/dsi/1419552-open-cio-summit-l-open-source-un-levier-cle-d-innovation

Et aussi:
[silicon] Paris Open Source Summit 2018: le Cigref défend une approche hybride open source/propriétaire
[InformatiqueNews.fr] L’open source, alternative aux grands éditeurs
[cio-online.com] Adopter le logiciel libre sereinement mais résolument
[Les Echos] Open Source: un écosystème qui recrutera 8.000 personnes en 2019
[Programmez!] Grande enquête 2018: quelles perspectives pour le marché du travail dans l’open source?

[ZDNet France] La Commission européenne privilégie le logiciel libre

Par Thierry Noisette, le lundi 03 décembre 2018. Extrait:
> Le CNLL, qui fédère 300 entreprises en France, rappelle les débats sur la préférence aux logiciels libres, rejetée par le gouvernement époque Hollande.
Lien vers l'article original: https://www.zdnet.fr/blogs/l-esprit-libre/la-commission-europeenne-privilegie-le-logiciel-libre-39877511.htm

Et aussi:
[ChannelNews] La commission européenne marque une préférence explicite pour le logiciel libre

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Comment, pourquoi les Chatons et notamment le Chapril - Décryptualité du 3 décembre 2018 - Transcription

APRIL - sam, 12/08/2018 - 14:45


Titre : Décryptualité du 3 décembre 2018 - Comment, pourquoi les Chatons et notamment le Chapril
Intervenants : Nolwenn - Magali - Christian - Nico - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : décembre 2018
Durée : 14 min
Écouter ou télécharger le podcast
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Logo Chapril - Licence GNU FDL - CC by-sa - LAL
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos..

Description

Souscrivant à l'initiative Chatons de Framasoft l'April sort son Chapril. L'occasion de rappeler en quoi consiste l'initiative et l'engagement associatif à offrir de telles alternatives.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 48. Salut Manu. Non ? Pas de Manu ! Où est Manu ? Bon, eh bien alors salut Mag.

Mag : Miaou Nolwenn.

Nolwen : Miaou Nico.

Nico : Miaou Christian.

Christian : Miaou Luc.

Luc : Comment ça miaou ? Je vois que quand Manu n’est pas là, les chatons dansent ou un truc comme ça. Manu est parti ; il n’a même pas fait de revue de presse, elle n’est pas encore publiée.

Mag : En fait il l’a faite, mais elle n’est pas validée.

Luc : Donc on n’en parlera pas cette semaine.

Mag : Ça fait bizarre d’ailleurs un décryptualité sans revue de presse !

Luc : Oui, mais c’est la vie ! C’est comme ça ! Donc du coup nous avons décidé de parler CHATONS.

Mag : Oui. On va chatonner ce soir.

Luc : Une initiative dont on parle régulièrement avec un point de vue, ce soir, un petit peu plus particulier parce qu’il y a des chatons qui se montent notamment à l’April et chez Parinux. Du coup, on a des gens qui sont en première ligne et qui peuvent en parler. Un chaton c’est quoi ?

Mag : Un chaton1 c’est un membre du collectif des Hébergeurs, Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires.

Nolwenn : Rien que ça !

Luc : C’est une initiative lancée par ?

Nico : C’est une initiative qui a été lancée à l’origine par Framasoft2. Ils avaient décidé de Dégoogliser Internet3. Ils avaient proposé plein de services et ils se sont rendu compte qu’ils devenaient un peu trop gros parce que plein d’utilisateurs sont arrivés sur leurs services et, du coup, ils étaient en train de se transformer en Google bis. Donc ils ont dit : on ne deviendra pas gros, on va faire plein de petits chatons partout et donc monter plein de structures qui vont gérer globalement les mêmes services, mais de manière décentralisée et avec peu d’utilisateurs ; leur but c’est d’être en dessous de la barre du millier d’utilisateurs.

Mag : Parce que plus on est nombreux et mieux c’est !

Luc : Effectivement. C’est un petit dans la logique de ce que FDN avait fait, donc French Data Network4 qui était le premier fournisseur d’accès associatif et qui, grossissant, avait dit : « On ne veut pas devenir gros, on va apprendre à d’autres personnes à faire la même chose que nous ». Framasoft s’est mis un peu dans cette logique-là.

Christian : Et ça permet donc une plus grande décentralisation des services, ce qui est vraiment positif.

Mag : Des chatons on en trouve partout : il y en a France, au Canada ; pour l’instant ça s’arrête là. Il me semble qu'il y en a peut-être un qui va arriver en Belgique ou qui est déjà en Belgique.

Christian : Il y a une très belle carte sur le site chatons.org où on peut les consulter, les localiser, les voir.

Luc : Chatons au pluriel.

Christian : chatonsss point org !

Luc : Combien de chatons au final ?

Mag : 61 chatons actuellement mais là il y a une nouvelle portée et je pense qu’il va y en avoir six ou sept de plus.

Luc : Une portée c’est quand il y en a de nouveaux qui rentrent ? Du coup, qu’est-ce qu’il faut pour faire un chaton ?

Christian : Déjà, on ne fait pas ce qu’on veut quand on est un chaton : il y a une charte à respecter, il y a aussi un manifeste très engagé à suivre et auquel il faut adhérer. Donc il y a un certain nombre de règles importantes à respecter.

Nico : Les règles, en fait, c’est tout ce qui va faire qu’un service va être éthique. Ça va être : on s’engage à ne pas surveiller les données, à ne pas faire de censure, à éviter les contrôles par les administrateurs des données des utilisateurs ; cela a été renforcé en plus avec l’entrée en vigueur du RGPD [Règlement général sur la protection des données] qui était clairement dans la philosophie de ce que les chatons voulaient mettre en place. Après, il y a toutes les problématiques techniques : faire des backups, avoir un business modèle viable donc pas un truc qui va mourir tout seul parce qu’il n’y a pas de finances ou il n’y a personne pour s’en occuper. Il faut vraiment venir avec un vrai projet, sur le long terme, et pas juste un truc kleenex qui finira dans 15 jours.

Mag : Et bien sûr solidaire : si un chaton meurt, il faut que les données qui sont stockées chez ce chaton-là puissent être récupérées par les autres chatons pour que le service continue.

Luc : Est-ce qu’on a déjà eu des petits chats morts ? Le petit chat est déjà mort ?

Mag : Oui, il y en a un qui a préféré arrêter parce qu’il n’arrivait plus à maintenir ses services.

Christian : Il faut voir qu’un chaton c’est une aventure humaine ; c’est du temps, de l’investissement, une machine plus ou moins puissante et du temps pour mettre en place les choses et parfois on s’aperçoit que, effectivement, c’est trop de disponibilités pour ce qu’on a, mais ce n’est pas grave, c’est positif, ce sont des expériences partagées et c’est très bien ! Vu qu’il y a beaucoup de chatons, même s’il y en a un qui disparaît, ça ne remet pas en cause le service et le principe pour tout le monde.

Luc : Du coup, comment on fait pour récupérer ses données ? Parce que si on met ses données dans un chaton et que le chaton meurt, il passe sous une voiture, comment on fait ? On a mis toutes ses billes dedans, c’est foutu ?

Christian : Là-dessus la charte des chatons est très claire, c’est-à-dire que les données sont récupérables pendant un certain temps et en respectant un certain nombre de règles.

Luc : Mais si la personne lâche le morceau et dit « ce n’est plus mon problème », comment tu peux garantir qu’elle va faire ce qu’elle s’est engagée à faire ?

Nico : C'est vrai que ça va être compliqué, quand même, si ça ferme du jour au lendemain. C’est arrivé je crois, récemment, pas sur un chaton mais sur un autre service où ils ont perdu leur disque dur suite à une erreur de manip de leur hébergeur, eh bien !!!!

Luc : Du coup il n’y avait pas de backup ?

Nico : Là non ; là l’hébergeur a vraiment tout « vraqué » d’un coup ; ils se sont retrouvés un peu dans le gaz. Malheureusement la fiabilité à 100 % n’existe pas, mais les chatons s’engagent à faire le maximum possible à hauteur de leurs moyens. Forcément qu’une structure un peu plus grosse aura peut-être plus de moyens et plus de fiabilité qu’une structure plus petite. Quoique ça ne veut pas forcément dire grand-chose en informatique.

Nolwenn : Ou pas !

Christian : Rappelons, bien sûr, que dans tout système d’information, il ne faut pas forcément faire une confiance absolue à son fournisseur et faire ses propres sauvegardes. C’est une règle de base en informatique.

Luc : Et rappelons que les GAFAM, les très très grosses boîtes qui ont beaucoup de moyens font également d'énormes conneries. En 2011 c’était Sony qui s’était fait piquer des millions de données bancaires, des numéros de cartes bancaires valides, non chiffrés à priori.

Nico : Il y avait Google qui s’était pris la foudre sur un data-center et qui avait perdu quelques téraoctets de données dans un coin.

Mag : Il y avait Facebook qui distribuait gratuitement des données de ses utilisateurs.

Luc : Voilà ! Les données de 86 millions de personnes et qui, en plus de ça — il y avait un article là-dessus, c’est assez récent — n’avait pas lu les conditions de la boîte à qui il donnait les données de 86 millions de personnes. Donc le risque zéro n’existe pas.
Dans les chatons qui quittent le navire, il y en un autre un peu particulier qui est parti et qui lui a décidé que le principe de chaton ne lui convenait plus.

Mag : En fait il y eu un ultimatum : soit vous virez tel chaton, soit je me barre ! Et à chaque fois qu’il y a ce genre d’ultimatum !

Luc : Pourquoi virer le chaton ? Sur quelle base ?

Nolwenn : Pour des raisons politiques. Après, le problème des chatons c’est que comme ce sont des collectifs, forcément chaque collectif peut avoir sa propre position politique et sa vision de comment doivent être faites certaines choses. C’est inhérent à tous les milieux, que ce soit les chatons ou ailleurs.

Christian : Je vous invite à regarder le site chatons.org parce que la charte est assez précise justement sur les exigences et les attendus. Les exigences ont leurs limites, donc il peut y avoir des gens qui estiment qu’il y a besoin de plus, effectivement. Là, encore une fois, c’est une activité collective et des fois il y a des gens qui n’adhèrent pas et préfèrent prendre leur chemin. C’est possible. Le chaton n’est pas là pour tout remplacer, n’est pas là pour tout faire, mais c’est un projet, c’est une référence, c’est un repère dans l’espace numérique qui est plutôt intéressant, mais qui ne veut pas dire qu’à côté il n’y a pas aussi d’autres activités.

Luc : Qu’est-ce qu’on trouve comme types de services dans ces chatons ?

Nolwenn : Globalement on va retrouver le même genre de services que ceux qu’on trouve déjà chez nos amis de Framasoft. Ça va être par exemple des pads ou des agendas en ligne.

Luc : Un pad c’est quoi ? Un iPad c’est ça ?

Nolwenn : Non. C’est un outil de travail collaboratif pour travailler sur du texte. Par exemple vous voulez faire une page wiki qui n’existe pas, vous êtes cinq copains, vous allez travailler sur la même page et à la fin vous allez pouvoir tout pousser d’un coup.

Luc : On l’utilise aussi pour les compte-rendus ; on travaille à plusieurs en même temps sur les compte-rendus quand on fait des réunions ; ça marche bien.

Mag : Ou pour les traductions.

Luc : Quoi d’autre ?

Christian : Des pastes pour copier-coller des morceaux de texte, échanger rapidement sur Internet quand on ne travaille pas au même endroit en même temps.

Luc : C’est tout ?

Mag : Il y a aussi des raccourcisseurs d’URL, ce qui est assez pratique quand on doit envoyer une URL par mail, ça fait un petit bout au lieu de trois lignes. Il y un abonnement au flux RSS.

Luc : Plus personne n’utilise les flux RSS !

Mag : Si, il y en a.

Christian : Plus qu’on ne croit. Il y a aussi des instances Mastodon.

Nico : Après, globalement, c’est tout logiciel qui est hébergeable sur un serveur et partageable par plusieurs personnes.

Luc : Logiciel libre.

Nico : Logiciel libre. D’ailleurs je ne sais même pas s’il y a une notion de logiciel libre dans les chatons.

Mag : Si.

Nolwenn : Si.

Christian : Si. C’est dans la charte, il y a marqué « il faut que ça soit des logiciels sous une licence compatible avec celles de la Free Software Foundation.

Nico : Globalement, n’importe quel logiciel peut être installé sur un chaton, il suffit juste d’avoir suffisamment d’utilisateurs pour le demander, suffisamment de gens pour l’installer et puis suffisamment de gens pour le maintenir aussi, derrière.

Luc : Dans les services intéressants il y a aussi Nextcloud5 qui est une sorte de cloud personnel — c’est déjà un gros logiciel donc tout le monde ne l’offre pas — qui permet de synchroniser ses contacts, son agenda, d’héberger des fichiers et de les partager. Moi j’en ai un chez la Mère Zaclys qui est un chaton ; c’est quand même vachement pratique et ça évite de mettre tous ces trucs-là chez les GAFAM.

Nico : Nextcloud est un bon exemple parce que c’est un des plus compliqués à maintenir pour les chatons : ça consomme beaucoup de disque dur, justement les gens vont mettre beaucoup de données dedans, du coup il faut des grosses capacités techniques ; tous les chatons n’ont pas ces capacités-là donc il y a très peu de Nextcloud et, du coup, tout le monde va chez les mêmes. Ce sont vraiment des services comme ça qui sont un peu critiques et malheureusement pas encore très bien décentralisés.

Mag : À Parinux on a un Nextcloud ! Et vous à l’April ?

Christian : On a d’autres services. D’ailleurs c’est un point important, nous recrutons des animateurs de services. Si vous avez un service qui vous intéresse particulièrement vous pouvez nous le proposer, on se fera une joie de vous accueillir dans l’équipe Chapril pour l’installer, le maintenir et le faire vivre.

Luc : Christian, toi qui as participé de l’intérieur à la mise en place du côté technique d’un chaton, ça consiste à quoi, en gros, en essayant de rester clair pour les néophytes ?

Christian : Principalement c’est mettre effectivement une machine en place. Certains chatons se basent sur des toutes petites machines qui fonctionnent presque toutes seules par exemple avec YunoHost6. Nous on a fait le choix d’une infrastructure plutôt solide avec deux serveurs redondés, des backups, de l’espace numérique fantastique. À partir de là on a installé des machines virtuelles pour faire tourner des services. Un gros travail ! Au passage je salue Polux et toute l’équipe de l’April.

Mag : Et Quentin et Édouard et Didier et VX. Bref !

Luc : Du coup tu estimes à combien de temps de boulot passé là-dessus par les membres de l’April ?

Christian : Mais quand c’est du plaisir on ne compte pas, voyons ! Je dois reconnaître que ça a été l’occasion de faire aussi des Chapril Camps, de bloquer des week-ends pour passer du temps ensemble à mettre en place une infrastructure de qualité.

Nico : De toute façon, en termes de temps, ça va beaucoup dépendre des services qu’on propose, du nombre d’utilisateurs qu’on va accueillir. Forcément, si on accueille 10 000 personnes avec des services par paquets de 12, il va vraiment falloir beaucoup de moyens. Alors que si un chaton ne propose qu’un service à dix adhérents ça, ça peut se monter en un après-midi sans problème.

Nolwenn : Après il y a un point aussi qui n’a pas forcément été soulevé, ce sont les compétences personnelles de chaque administrateur. Comme dans les chatons la plupart des gens sont des bénévoles et ne sont pas forcément du métier de l’administration système, c’est aussi un point de vue personnel, une montée en compétences qu’il faut acquérir et ce n’est pas toujours évident à acquérir ; il faut vraiment une vraie curiosité, une vraie volonté de le faire et d’apprendre.

Christian : C’est ça qui est passionnant, c’est que chacun peut apporter sa plus-value ; on n’est pas forcément obligé d’être un adminsys professionnel pour participer ; on peut commencer par juste installer un logiciel libre et voir comment il fonctionne, comment il s’installe, être accompagné et puis juste s’occuper de ça, ne pas s’occuper de l’infrastructure à côté, des serveurs, du routage, des sauvegardes, du monitoring. Non, non, on laisse ça à ceux qui savent faire et on se concentre juste sur le service ; ça prend moins de temps et ça permet effectivement un, de participer deux, d’être utile et de monter en compétences, absolument.

Luc : Il faut aussi tenir dans la durée, effectivement. Souvent on sait que sur les projets bénévoles on arrive, quand on a de la chance, à trouver des gens motivés au départ, mais des gens motivés dans la durée ce n’est pas toujours facile ; comment on fait pour maintenir des trucs parce qu’il y a des mises à jour à faire, ce genre de choses, comment on fait pour tenir dans la durée ?

Nico : C’est aussi pour ça que les chatons n’excluent pas les entreprises. Vous avez le droit d’être une entreprise mais, du coup, sous certains formats puisqu’il y faut une entreprise éthique donc les SCOP [Société coopérative et participative] en particulier pour faire ce système-là. Vous pouvez très bien faire payer le service ; il faut juste que ce ne soit pas gratuit ou, en tout cas, pas financé par la publicité ou par la revente des données des utilisateurs, donc éviter ce que font les GAFAM. Mais vous pouvez monter, avec un business modèle fiable vous pouvez être un chaton et vendre votre service à vos clients.

Mag : Et vous pouvez aussi être un particulier, avoir un chaton totalement fermé réservé à votre famille. Donc c’est vraiment ouvert à un grand nombre de personnes.

Christian : Certaines associations ont des services qui sont réservés aux adhérents et là les cotisations permettent, par exemple, de couvrir l’espace disque nécessaire pour avoir un Nextcloud ou autre.

Luc : On cite souvent les Motards en Colère parce qu‘on ne les attend pas là ; on ne voit pas les Motards en Colère en chatons, mais ils ont leur propre chaton réservé aux Motards en colère.

Christian : Pour faire durer il faut une équipe effectivement, souvent d’adminsys mais justement c’est aussi l’opportunité d’installer une organisation avec une équipe et de se répartir avec un adminsys qui va gérer le gros serveur et des personnes qui vont ne s’occuper que d’un service ; ça peut être plus léger. On voit que ça peut être l’organisation habituelle des gros geeks qui sont tout seuls ou alors, justement, une équipe ouverte.
Autre point important, il n’y a pas que des geeks ou des técos pour faire tourner un chaton. Il y a besoin de rédactionnel, il y a besoin de graphisme. L’un des points intéressants avec le Chapril, c’était de travailler avec Antoine Bardelli, un des graphistes avec qui on travaille beaucoup à l’April et qui nous a fait un magnifique logo Chapril ; je vous invite à aller voir chapril.org7, c’est magnifique !

Mag : Laisse-moi deviner ! Il a une tête de chat, c’est ça ?

Christian : Oh ! Comment tu as deviné ?

Luc : OK ! Il y a une autre chose qu’il faut faire effectivement dans la durée, c’est accompagner les utilisateurs, c’est une chose que je compte faire au sein de Parinux parce qu’il y a des tas de gens qui vont galérer un petit peu et il faut les aider. Il y a plein d’outils, on n’en a cité qu’une partie ; il y a notamment le truc pour les dates, l’équivalent de Doodle que tout le monde utilise et ça marche tout aussi bien ailleurs.

Christian : On en a un sur Chapril !

Luc : Ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier ; s’il y a une alternative utilisez-la plutôt qu’utiliser le machin propriétaire qui vous espionne, ça ne vous coûtera pas plus cher et ça ne vous fera pas perdre de temps. Donc voilà ! Allez sur chatons.org, chatons au pluriel, chatonsss. Amusez-vous bien et on se retrouve la semaine prochaine

Mag : Miaou.

Christian : Miaou.

Nolwenn : Miaou.

Luc : Wouaf !

L'April présente à l'Ubuntu Party parisienne des 8 et 9 décembre 2018

APRIL - ven, 12/07/2018 - 14:35
Début: 8 Décembre 2018 - 11:00Fin: 9 Décembre 2018 - 18:00

A l'occasion de la sortie de la nouvelle version de la distribution Ubuntu, une Ubuntu Party aura lieu le week-end des 8 et 9 décembre 2018 à Paris.

Au programme :
- une install party pour installer des systèmes d'exploitation libres sur les ordinateurs personnels ;
- des ateliers d'initiation aux outils du numérique ou à l'utilisation de logiciels libres ;
- des conférences sur des sujets variés (la vie privée, la sécurité informatique, les FAI associatifs, les licences et, bien-sûr, les logiciels libres).

Pour plus de détails, voir le programme disponible en ligne.

À cette occasion, l'April tiendra un stand. Si vous avez des disponibilités pour l'animer, vous pouvez vous inscrire sur le wiki ou envoyer un courriel à evenements AT april POINT org.

Émission « Libre à vous ! » diffusée mardi 4 décembre 2018 sur radio Cause Commune

APRIL - mar, 12/04/2018 - 13:43

La septième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 4 décembre 2018 de 15 h 30 à 17 h 00. Vous trouvez sur cette page les références citées pendant l'émission. Les références qui pourraient manquer seront ajoutées ultérieurement.

La septième émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio « Cause commune » mardi 4 décembre 2018 de 15 h 30 à 17 h. Nous avons commencé par un échange avec Pierre Baudracco et Caroline Corbal, membres du comité de programme de Paris Open Source Summit, qui nous ont entretenus de cet événement qui a lieu les 5 et 6 décembre 2018 au Dock Pullman (Aubervilliers). Nous avons enchaîné avec notre sujet principal qui concernait le logiciel libre et le monde associatif avec Frédérique Pfrunder, déléguée générale chez Le Mouvement associatif et Laurent Costy, administrateur de l'April, co-animateur du groupe de travail Libre Association et directeur adjoint de la Fédération Française des MJC. Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et assistante projets à l'April, nous a alors présenté l'édition 2019 du Libre en Fête. Et nous avons terminé par l’annonce de quelques événements à venir. Vous trouvez sur cette page les références citées pendant l'émission. Les références qui pourraient manquer seront ajoutées ultérieurement.

-->

(Ré)écouter en ligne

-->

S'abonner au podcast

Lire la transcription

--> toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Les ambitions de l'émission Libre à vous !
  2. Programme de l'émission du 4 décembre 2018
  3. Podcasts des différents sujets abordés
  4. Références pour la partie Paris Open Source Summit
  5. Références pour la partie Libre en Fête 2019
  6. Références pour la partie logiciel libre et monde associatif
  7. Autres références
  8. Références pour la partie événements à venir
  9. Pauses musicales
Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio « Cause commune » a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission mensuelle, qui est diffusée en direct chaque 1er mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

N'hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). L'émission dispose d'un flux RSS compatible podcast.

Programme de l'émission du 4 décembre 2018

Au programme :

  • nous avons commencé par un échange avec Pierre Baudracco et Caroline Corbal, membres du comité de programme de Paris Open Source Summit, qui nous ont entretenus de cet événement qui a lieu les 5 et 6 décembre 2018 au Dock Pullman – 87, avenue des Magasins Généraux, 93300 Aubervilliers
  • notre sujet principal concernait logiciel libre et monde associatif avec Frédérique Pfrunder, déléguée générale chez Le Mouvement associatif et Laurent Costy, administrateur de l'April, co-animateur du groupe de travail Libre Association et directeur adjoint de la Fédération Française des MJC.
  • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et assistante projets à l'April, nous a alors fait une présentation de l'édition 2019 du Libre en Fête
  • enfin, nous avons terminé par l'annonce de quelques événements à venir
Podcasts des différents sujets abordés

Voici les podcasts des différents sujets abordés pendant l'émission :

--> Références pour la partie Paris Open Source Summit Références pour la partie Libre en Fête 2019 Références pour la partie logiciel libre et monde associatif Autres références Références pour la partie événements à venir Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

44 organisations demandent à Émmanuel Macron de renoncer à son projet de censure anti-terroriste

APRIL - mar, 12/04/2018 - 09:48

L'April se joint à 43 associations pour signer une lettre ouverte rédigée à l'initiative de La Quadrature du Net, afin d'interpeller le président de la République et lui demander de renoncer à son projet de règlement européen de censure sécuritaire, dont il est le principal promoteur.

Les gouvernements européens se réuniront le jeudi 6 décembre 2018 pour décider de leur position sur ce texte. Ce règlement instrumentalise la crainte terroriste pour museler tout Internet, mais ne servira à rien d’autre qu’à renforcer Google et Facebook notamment et à remettre en cause la confidentialité de nos communications.

Un texte qui aura un écho particulier pour toute personne qui suit la liberticide directive droit d'auteur. L'objet du texte est différent, mais la solution affichée est très similaire : imposer aux acteurs de l'Internet, hébergeurs en tête, une surveillance des informations et contenus des personnes qui utilisent leurs services et les en rendre responsables.

Vous pourrez retrouver la liste des signataires sur le site de La Quadrature du Net, ainsi que leurs textes d'analyse sur ce dossier.

La lettre ouverte en PDF ou ci-dessous :

Opposition au projet de règlement européen de censure antiterroriste

Monsieur le Président,

Au nom de la lutte contre la radicalisation terroriste en ligne, vous défendez un projet de règlement européen imposant de nouvelles obligations à l’ensemble des acteurs de l’Internet : hébergeurs de site, de blog et de vidéo, forum et réseaux sociaux, sites de presse, fournisseurs de mail et de messagerie, etc.

Alors que la Commission européenne et votre gouvernement ne démontrent de façon étayée ni l’efficacité ni la nécessité de ces obligations pour lutter contre le terrorisme, vous souhaitez imposer aux acteurs d’Internet d’agir sur des contenus dont la dangerosité n’aura été évaluée par aucun juge et ce dans des délais extrêmement courts.

Ces obligations sont porteuses de graves dangers pour l’ensemble de l’écosystème numérique européen. En effet, les moyens économiques, humains et techniques requis pour exécuter les obligations envisagées sont tout simplement hors de portée de la quasi-totalité des acteurs : très peu sont ceux qui seront en mesure de répondre 24h/24h, 7j/7 et en moins d’une heure aux demandes de retrait de contenu provenant de n’importe quelle autorité d’un État membre de l’Union. De la même manière, les mesures de surveillance et de censure automatisées que les autorités nationales pourraient imposer en vertu du texte seront totalement impraticables.

Ainsi, pour se plier à ces nouvelles contraintes, les acteurs économiques de petites et moyennes tailles ne pourront que sous-traiter l’exécution des demandes de retrait et la censure automatisée aux quelques grandes entreprises qui, en raison de leur puissance financière, seront capables de les prendre en charge, Google et Facebook en tête, cette sous-traitance étant porteuse d’une dépendance économique et technique gravement préjudiciable à l’économie numérique européenne.

Quant aux acteurs associatifs et collaboratifs à buts non lucratifs, ils n’auront d’autres choix que de cesser leurs activités.

Ce règlement appauvrira donc radicalement la diversité numérique européenne et soumettra ce qu’il en reste à une poignée d’entreprises qui sont déjà en situation de quasi-monopole et dont il faudrait au contraire remettre en cause l’hégémonie.

Enfin, ce règlement conduirait à une surveillance généralisée de nos échanges en ligne et une censure privée et automatisée de l’information, parfaitement contraires au projet humaniste que vous entendez porter au niveau européen.

Nous, acteurs de cet écosystème et défenseurs des libertés fondamentales, vous demandons de renoncer à ce projet.

Décryptualité du 3 décembre 2018 - Comment, pourquoi les Chatons et notamment le Chapril

APRIL - mar, 12/04/2018 - 01:25

Écouter ou télécharger le décryptualité du 3 décembre 2018 (14 minutes)

    Souscrivant à l'initiative Chatons de Framasoft l'April sort son Chapril. L'occasion de rappeler en quoi consiste l'initiative et l'engagement associatif à offrir de telles alternatives.
    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

 Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

La Commission européenne privilégie le logiciel libre

Le CNLL, qui fédère 300 entreprises en France, rappelle les débats sur la préférence aux logiciels libres, rejetée par le gouvernement époque Hollande.

Revue de presse de l'April pour la semaine 48 de l'année 2018

APRIL - lun, 12/03/2018 - 21:40

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 48

[The Conversation] Pour lutter contre le changement climatique, inspirons-nous de Linux!

Par Antoine Godin, le dimanche 2 décembre 2018. Extrait:
> Les dispositifs intergouvernementaux comme la COP24 ne pourront à eux seuls résoudre la crise climatique. La protection du climat est plus que jamais l’affaire de tous.
Lien vers l'article original: https://theconversation.com/pour-lutter-contre-le-changement-climatique-inspirons-nous-de-linux-107857

[Le Temps] Vers la fin des blockchains et de l’open source?

Par Olivier Depierre, le vendredi 30 novembre 2018. Extrait:
> Après avoir vu d’innombrables réécritures et améliorations des blockchains existantes, certaines nouveautés technologiques se cloîtrent et se protègent, impassibles face à la critique extérieure. Qui a dit trumpisme?
Lien vers l'article original: https://www.letemps.ch/economie/vers-fin-blockchains-lopen-source

[newsmonkey] Reddit entre dans la guerre contre les articles 11 et 13 sur le droit d'auteur

Par Gauvain Dossantos, le jeudi 29 novembre 2018. Extrait:
> Après YouTube, c'est au tour de Reddit d'inciter ses utilisateurs à s'exprimer à l'encontre de la directive européenne sur le droit d'auteur et le copyright. Plus précisément contre l'article 11 et l'article 13 de ce texte de loi.
Lien vers l'article original: http://fr.newsmonkey.be/article/26672

Voir aussi:
SaveYourInternet

[Developpez.com] Il y a presque 6 années, la NASA a migré tous les ordinateurs portables à bord de l'ISS de Windows vers Linux

Par Coriolan, le jeudi 29 novembre 2018. Extrait:
> Il y a presque 6 années, la United Space Alliance, l’entreprise menant des activités spatiales pour le compte de la National Aeronautics and Space Administration (NASA), a entrepris de migrer les ordinateurs au sein de la station spatiale internationale (ISS) vers Linux.
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/235407/Il-y-a-presque-6-annees-la-NASA-a-migre-tous-les-ordinateurs-portables-a-bord-de-l-ISS-de-Windows-vers-Linux-pour-plus-de-stabilite-et-de-fiabilite

[cio-online.com] Stéphane Rousseau (Eiffage): «l'Open CIO Summit est organisé par les décideurs IT pour les décideurs IT»

Par Bertrand Lemaire, le mardi 27 novembre 2018. Extrait:
> DSI groupe de Eiffage, Stéphane Rousseau explique pourquoi il a accepté d'être le parrain de l'Open CIO Summit 2018. Cette manifestation se tiendra le 4 décembre 2018 à Paris. Il détaille également la place actuelle de l'Open Source en entreprise. Il a piloté les travaux du groupe de travail du Cigref «Open-source: alternatives aux grands fournisseurs».
Lien vers l'article original: https://www.cio-online.com/actualites/lire-stephane-rousseau-eiffage-%C2%A0-%C2%A0l-open-cio-summit-est-organise-par-les-decideurs-it-pour-les-decideurs-it%C2%A0-10822.html

[ouest-france.fr] Quimperlé. L’Install-party a battu son plein à la médiathèque

Par la rédaction, le lundi 26 novembre 2018. Extrait:
> «C’est depuis 2013 que nous accueillons des Install-party», explique Pascal Thibaut, directeur de la médiathèque de Quimperlé. Samedi 24 novembre, un après-midi d'animations était organisé.
Lien vers l'article original: https://www.ouest-france.fr/bretagne/quimperle-29300/quimperle-l-install-party-battu-son-plein-la-mediatheque-6090368

[La gazette.fr] Numérique et territoires: une transition au service des citoyens

Par Baptiste Cessieux, le lundi 26 novembre 2018. Extrait:
> Quel est le degré de maturité des collectivités dans l’appropriation des outils numériques et le déploiement de politiques publiques dématérialisées? Pour quels services aux citoyens? Résultats de l'étude «La Gazette» - Orange: des services aux citoyens sur les rails mais des interactions entre administrations qui restent à prouver.
Lien vers l'article original: https://www.lagazettedescommunes.com/592805/numerique-et-territoires-une-transition-au-service-des-citoyens

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Jérémie Zimmermann : 1984, un manuel d’instructions ?

APRIL - lun, 12/03/2018 - 14:11


Titre : 1984, un manuel d’instructions ?
Intervenants : Jérémie Zimmermann - Bruno, intervieweur
Lieu : Thinkerview
Date : octobre 2018
Durée : 1 h 24 min
Visionner la vidéo ou écouter le podcast
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : copie d'écran de la vidéo.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Intervieweur : Jérémie Zimmermann, bonsoir.

Jérémie Zimmermann : Bonsoir.

Intervieweur : Nous vous recevons sur une chaîne internet qui s’appelle Thinkerview. Est-ce que vous pouvez vous présenter succinctement s’il vous plaît ?

Jérémie Zimmermann : Déjà je ne sais pas pourquoi tu me vouvoies, ça fait bizarre.

Intervieweur : Vas-y.

Jérémie Zimmermann : Je suis Jérémie Zimmermann ; c’est moi. J’ai été pendant un temps porte-parole d’une organisation qui s’appelle La Quadrature du Net1, que j’ai fondée il y a une dizaine d’années. J'ai, depuis une quinzaine d'années, milité pour les logiciels libres, pour leur défense et leur promotion et je me demande même pourquoi je suis là.

Intervieweur : Je vais dire pourquoi tu es là. Tu fais partie de nos tout premiers invités, on se connaît depuis des années et le fait que tu quittes La Quadrature, que tu démissionnes, on s’est sentis obligés de t’inviter parce que tu fais partie des murs pratiquement, c’est vrai, et ta démarche intellectuelle au sein de La Quadrature nous a aussi beaucoup motivés pour continuer ce qu’on fait, donc voilà !

Jérémie Zimmermann : Démissionner, c’est un peu formel ; c’est administratif, j’ai juste souhaité m’enlever cette étiquette-là pour continuer et faire autre chose. Tu sais, ça nous arrive à tous dans la vie, à un moment on faisait quelque chose et puis on va faire autre chose. J’ai énormément de respect pour La Quadrature du Net et tous ceux qui y sont, je leur fais à tous un gros bisou. Certains de mes meilleurs amis sont ceux avec qui j’ai partagé ces moments absolument formidables ; j’ai pu passer des moments, des expériences dingues avec tous ces gens-là. Il y a un moment où tout le monde venait me voir en disant « ah La Quadrature du Net », alors que moi, en fait, ça fait quatre ans que j’ai lâché mon poste à plein temps de représentant, porte-parole, coordinateur, etc. Il était juste temps de marquer ça ; si vous voulez parler à La Quadrature du Net vous allez là-bas, si vous voulez me parler vous venez ici. Mais ce n’est pas l’annonce de l’année.

Intervieweur : Revenons aux sources. Pourquoi La Quadrature à l’époque ?

Jérémie Zimmermann : Parce qu’à l'époque on était un certain nombre à se retrouver autour des valeurs du logiciel libre, d’un usage de l’informatique et des réseaux qui permettait aux gens de se retrouver, de réfléchir, de partager, de mettre en commun, de s’organiser et que, alors qu’on était chacun dans nos structures autour du logiciel libre, on s’est dit : là il y a d’autres trucs qui sont en train de se passer.
On avait bataillé sur la transposition de la directive EUCD [European Union Copyright Directive] — les vieux souvenirs parlent d’un temps que les moins de vingt ans, tout ça… — un projet de loi qui venait toucher au logiciel libre par le copyright, par le doit d’auteur, qui venait imposer des espèces de conneries restrictives. Nous on était montés au front ; on était allés au Parlement ; on avait envoyé des lettres, des machins, on avait passé plein de coups de fil, etc., mais c’était une fois, sur un projet.

À l’époque, en fait, quand Sarkozy était en train d’accéder au trône on s’est dit : on va en chier ! Il est arrivé et il a mis l’HADOPI [Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet] sur la table, donc on s’est dit : là il y a besoin de s’organiser un petit peu pour aller contrer ce genre de menace. Dès le début, en fait, c’était un peu notre expérience, notre background, comme on dit – vous avez la traduction simultanée je crois ; l’idée c’était d’aller sur ces fronts parlementaires, législatifs, pas parce qu’on croyait fondamentalement que la loi c’était l’alpha et l’oméga de tout ce qui se passait dans le monde, mais parce qu’on avait repéré là des processus particulièrement infects, un processus d’élaboration qui était particulièrement corrompu, des lobbies industriels qui arrivaient avec des dossiers dorés sur tranche qui se retrouvaient, boum ! direct copiés-collés sous forme d’amendements ; des ministres et des machins ministériels qui étaient à brasser du vent et qui copiaient-collaient les trucs des lobbies. Et on s’était dit à l’époque que c’était intéressant d’exposer ça pour bâtir une sorte de compréhension collective, une sorte de mémoire politique ; c’était d’ailleurs le titre d’un logiciel qu’on a développé pendant un temps pour garder des traces des décisions qui étaient prises dans les parlements.

Donc on s’était dit : on veut donner à chacun les moyens de comprendre, les moyens de s’organiser, les moyens de participer. Donc on a pris presque comme un outil, en fait, ces dossiers législatifs, comme un cas d’école : si vous voulez comprendre le monde et si vous voulez comprendre comment les choses évoluent regardons l’espace d’un instant un petit bout de processus législatif.

On a fait du boucan à l’époque et très vite on s’est retrouvés au Parlement européen. Moi j’ai passé peut-être sept ans à naviguer dans les couloirs du Parlement européen. Au début je connaissais une personne, puis deux, puis trois et, de proche en proche, documenter ces processus législatifs à l’échelle européenne. Il y a plein de trucs qu’on a faits au milieu de la nuit, bourrés, en disant « ouais, c’est cool ». À un moment, on a pris un diagramme improbable du président de la Commission européenne qui expliquait le processus législatif européen : première lecture du truc, première lecture du bidule, deuxième. Tu vois le truc, tu as envie de te pendre tellement c’est obscur ! Le diagramme lui-même explique pourquoi tout le monde s’en fout, en fait, de l’Union européenne, et nous on a pris le machin et on mettait : vous êtes ici. J’ai passé un quart d’heure sur Inkscape à faire un cercle comme ça avec écrit : vous êtes ici avec un point au milieu et on le déplaçait sur le diagramme pour essayer vaguement de tenter d’expliquer ce qui se passait.
Donc on a fait ça pendant des années et puis La Quadrature du Net est devenue une sorte d’institution, est devenue autre chose ; il y a des salariés, il y a des membres, il y a un crédit d’estime, d’image ; c’est devenu presque un bon client des médias. Il y a beaucoup de dossiers aujourd’hui qui sont traités par La Quadrature du Net et moi j’ai juste, à un moment, ressenti le besoin d’aller faire autre chose. Parfois on dit que les vies des gens ce sont des cycles de cinq ans, sept ans, dix ans je ne sais pas. Pour moi c’est la fin d’un cycle.
Au passage il se trouve qu’à force de me retrouver dans les couloirs du Parlement européen, de rencontrer parfois des gens très bien…

Intervieweur : On t’a proposé d’en manger un peu ?

Jérémie Zimmermann : Bien sûr, alors là… C’était vraiment se tromper de…

Intervieweur : Des noms ?

Jérémie Zimmermann : Non ! des noms, non ! Mais parti machin, parti bidule, parti machin. Pfff ! C’était ma réponse de base.

Intervieweur : Tu n’as pas marché, quoi !

Jérémie Zimmermann : Non ; soit je cours, soit je suis à l’arrêt, je contemple, mais je ne marche pas au pas !
Le truc c’est qu’après, à la louche une dizaine d’années parce que, avant, à La Quadrature du Net il y avait la bataille sur les brevets sur les logiciels et d’autres trucs, en gros après une dizaine d’années à regarder le processus législatif européen, à voir la Commission européenne et ses crânes d’œuf, à voir le Parlement avec ses commissions parlementaires et ses « trilogues » et ses machins, je ne veux même pas entrer dans les détails, eh bien quelque part j’ai perdu la foi. Il y a dix ans tu m’aurais demandé « alors l’Europe, machin », j’aurais dit « oui l’Europe, le Parlement européen, l’institution démocratique et tout, on y va, on y va ! » Et à force de regarder ces machins fonctionner, plus j’en parlais, plus je me rendais compte que j’expliquais, en fait, pourquoi ça ne fonctionne pas.

Intervieweur : L’Europe ne fonctionne pas ?

Jérémie Zimmermann : Si tu regardes le fameux diagramme du processus dit de codécision, l’élaboration législative [Jérémie mime le geste du violoniste, NdT], tout le monde s’est endormi déjà sur la chaîne YouTube. Si tu regardes le processus de codécision tu vois, oui, la Commission est la seule qui balance un truc, qui met un truc sur la table. Ensuite le Parlement carbure. Le Parlement est démocratique : les gens sont élus, il se passe des trucs. Le Parlement décide quelque chose et puis vient le Conseil de l’UE et le Conseil de l’UE ce sont les gouvernements, ce sont les États membres. Quand on va parler d’Internet ça va être 28 ministres des Télécoms ; quand on va parler de glyphosate ça va être 28 ministres de l’agriculture. Et le Conseil de l’UE en fait c’est le co-législateur, comme l’Assemblée et le Sénat qui se renvoient la navette parlementaire, on a le Parlement et le Conseil, et donc ça ne choque personne ou alors tout le monde s’en fout qu’une bande d’exécutifs…

Intervieweur : Non-élus.

Jérémie Zimmermann : C’est l’exécutif, une bande d’exécutifs mis dans le même sac se retrouvent ah! législatif ! Comment on disait déjà ? Séparation des pouvoirs ! Pfff! ! Il n’y a pas ! Et cette bande, c’est toi qui l’as dit, de non-élus du Conseil de l’UE a systématiquement le dernier mot après le Parlement européen. Le Parlement peut décider « oui, oui », si derrière les États membres disent « on n’en veut pas », on se retrouve en seconde lecture. Le Parlement dit « mais si, on en veut quand même » et les États membres disent « eh bien non, on n’en veut pas ». Et à la fin d’une éventuelle troisième lecture qui arrive tous les 36 du mois, ce sont les États membres qui décident de mettre le truc à la poubelle.

Donc pour avoir vécu le truc pendant dix ans, du début à la fin, le diagramme je l’ai écumé comme les sept mers, arriver à cette conclusion « mais en fait ça ne peut pas fonctionner démocratiquement ce merdier ». Et me retrouver avec le statut de personne publique, qui m’est un petit peu tombé sur le coin de la gueule, à me retrouver dans des interviews, des trucs et des machins, des conférences et trucs, à me mordre l’intérieur de la bouche parce que si j’exprimais un peu trop mon opinion là-dessus, j’avais un discours qui commençait presque à être le calque du discours des eurosceptiques.

Intervieweur : François Asselineau.

Jérémie Zimmermann : Le truc c’est que je suis ni nationaliste, ni fasciste. Pour te dire les frontières, je m’en cogne, je suis plutôt contre.

Intervieweur : Asselineau n’est ni un fasciste ni un…

Jérémie Zimmermann : Qu’est-ce que tu me dis ? Je ne sais même pas qui c’est ; on s’en fout ! Ce n’est même pas une question de noms, de partis ou de trucs et de machins ; je me rendais compte que ma vision de l’Europe commençait à coïncider avec celle de ceux qui étaient contre l’Europe parce qu’ils étaient pour les nations, contre l’autre, pour la violence. Et je me suis dit « là il faut que j’arrête, il faut que j’aille faire autre chose. »

Au passage, physiquement j’ai, comme on dit, burn-out. Il y a mon corps qui m’a dit « t’arrête » [Jérémie mime le fait de tirer un signal d’alarme, NdT], donc j’ai arrêté et, pendant que La Quadrature devenait autre chose, se structurait avec pour objectif, quelque part, de générer moins de douleur pour ceux qui la font avancer, eh bien moi je suis allé faire autre chose, j’ai pris un petit peu de distance, j’ai pris mon temps, j’ai pris le temps de me remettre les idées en place.

Intervieweur : C’est le fait que tu crois en l’Europe et que tes désillusions ont pris le contrôle de ta pensée face à…

Jérémie Zimmermann : Contrôle de ma pensée ; il est malin celui qui pourrait dire d’où elle vient ! Finis ta question, pardon !

Intervieweur : Donc l’Europe ça ne fonctionne pas, en fait !

Jérémie Zimmermann : Écoute ! Sur les sujets sur lesquels j’ai œuvré pendant dix ans, on a remporté des batailles, des victoires phénoménales. Attends ! Tu ne peux pas dire ça ; tu ne peux pas dire, pour ceux qui ne voient pas Bruno [Jérémie fait un clin d’œil, NdT] ; on fait comme on a dit pour le chèque ! Il est en train de me faire [Jérémie indique entre deux doigts « un peu », NdT] ! Non, on a remporté des victoires qui étaient inimaginables à l’époque.

Intervieweur : En roubles ?

Jérémie Zimmermann : On a fait péter le high-score du nombre de coups de fil entrants dans le Parlement européen autour du paquet Télécoms. On a fait adopter par 88 % du Parlement européen un truc qui dit « les droits et libertés des utilisateurs d’Internet ne peuvent être restreints que par une décision préalable du juge », au moment où la France était en train de faire son HADOPI. 88 % du Parlement ! Sarkozy était le président du Conseil de l’UE donc ils ont fait quoi ? Ils ont pris le stylo, ils ont fait tac ! [Jérémie mime le geste de rayer, NdT]. On s’en fout.
On a remporté cette victoire contre l’ACTA [Anti-Counterfeiting Trade Agreement] ; quand je dis « on » ce n’est pas nous, La Quadrature du Net ; c’était une espèce de coalition informelle, un réseau de réseaux au travers de l’Europe et du monde ; on avait des amis polonais, japonais, australiens, américains.

Intervieweur : On a toujours.

Jérémie Zimmermann : Que j’ai toujours, bien sûr, mais qui faisaient partie de ce mouvement où on a défoncé un accord commercial qui était négocié par 39 pays dont les 27 à l’époque de l’UE, où pendant quatre ans tout le monde nous a dit : « Vous êtes des clowns, ça ne marchera jamais ! », à la fin on a gagné 12 contre 1. Donc on a quand même vachement secoué le cocotier ! Il y a quand même des moments où des technocrates de la Commission européenne, j’ai l’impression, j’imagine, à qui il arrivait encore parfois se réveiller au milieu de la nuit en disant « ACTA, Internet, oh mon dieu ! »

Intervieweur : Jérémie Zimmermann.

Jérémie Zimmermann : Non, ce n’est pas moi, c’était vraiment une espèce de réseau de réseaux.
Donc on a quand même secoué un certain nombre de cocotiers, mais, au bout du compte, il y a toujours le machin qui revenait par la fenêtre une fois qu’on l’avait chassé par la porte. On avait beau se débarrasser une fois, deux fois, trois fois des fameuses « mesures techniques que doivent utiliser les opérateurs d’Internet pour enlever les contenus illégaux » et autres formulations qui ouvrent la porte à la censure généralisée, à chaque fois qu’on le dégageait, dans les six mois venait une nouvelle consultation publique sur nani-nana ; il y a une fois où on a fait en sorte qu’il y ait 1500 personnes qui répondent à une consultation publique de l’UE alors que d’habitude tout le monde s’en cogne, ce qui faisait que les individus étaient les premiers à répondre avant même l’industrie, mais, quel que soit le résultat de la consultation on savait très bien ce qu’ils allaient faire derrière, et ce qu’ils allaient faire derrière c’était la même chose.
Donc à un moment, tu vois, c’est Sisyphe : tu vides le verre, il se remplit et à la bonne tienne. À un moment je suis allé boire ailleurs.

Intervieweur : Gibolin 2000.
Tu demandes quoi ? Tu demandes plus de souveraineté ? Tu demandes quoi ? À ce que si on récupère un peu plus de souveraineté ça va permettre de faire avancer correctement les débats ? Pas ?

Jérémie Zimmermann : Directive, la souveraineté. Allons enfants !

Intervieweur : Ce sont les arguments des gars qu’il y en face.

Jérémie Zimmermann : Attends ! Déjà souveraineté c’est un de ces mots-valises qui veulent dire tout et son contraire. Et puis surtout, pour commencer, moi je ne demande rien. Comme je t’ai dit je ne sais vraiment pas pourquoi je suis là, parce qu'aujourd’hui je ne représente rien ni personne que moi-même. Tu m’avais interrogé en tant que porte-parole de La Quadrature du Net, il y avait une position que je venais te livrer, c’était à moitié ce que moi je pensais et ce qu’on pensait dans ces discussions collectives. Mais là, vraiment, c’est juste moi, donc je ne demande rien ; je ne demande rien à personne.
Je suis allé prendre de la distance, je suis allé réfléchir, je suis allé regarder le monde un petit peu différemment. Il y a ce biais qu’on a tous je crois : quand tu fais quelque chose pendant un an, cinq ans, dix ans, tu sais on dit « quand tout ce que tu as c’est un marteau, tous les problèmes ressemblent à un clou ». Donc il y a un moment où tu te retrouves avec un mode de pensée : tu es administrateur réseau, tu vas tout voir en mode d’administration réseau ; tu es réalisateur, tu vas tout voir en mode de cadre, de lumière, de machin ; tu es politique, tu vas tout voir en matière d’influence de pouvoir, de projets de lois, etc.
Moi j’ai eu ce besoin, pour moi — et je ne dis pas que c’est ce qu’il faut pour le monde —, mais j’ai eu besoin pour moi de prendre de la distance, de prendre du recul, de remettre en question des choses dont j’étais convaincu et de prendre le temps du temps et de prendre le temps de la réflexion.

Intervieweur : Prendre le temps de l’errance.

Jérémie Zimmermann : Donc je ne demande rien à personne. Je souhaite à bon nombre d’entre nous, peut-être par des privilèges similaires aux miens ou par un concours de circonstances, d’avoir l’occasion de réfléchir, de prendre de la distance et de penser à ces choses avec un petit peu de recul.
Maintenant tu me parles de souveraineté.

Intervieweur : Je vais te parler de Brexit.

Jérémie Zimmermann : Il va me parler de Brexit ! Je vais aller me boire une bière en face pendant que tu parleras de Brexit.

Intervieweur : Question d’Internet : est-il possible de réformer l’Union européenne ?

Jérémie Zimmermann : C’est quoi la souveraineté ? C’est la souveraineté des États-nations ? C’est la souveraineté des institutions ? Ou c’est la souveraineté des individus ? Ou c’est la souveraineté de nos corps ? Qu’est-ce que tu veux dire par souveraineté ?

Intervieweur : Qu’est-ce qu’il veut dire ?

Jérémie Zimmermann : C’est qui « il » ?

Intervieweur : La question d’Internet c’est : est-il possible de réformer l’Union européenne pour qu’elle devienne démocratique ? Quelles conséquences sur l’Union européenne si elle se défait ? Frexit ?

Jérémie Zimmermann : Hou ! Frexit. Il a bon dos Internet, franchement ! Écoute ! Pour réformer l’UE, il faut réformer les traités constitutifs de l’UE. Je ne sais pas si tu te rappelles on a eu, en 2006 je crois, un vote sur un traité qui était un projet de Constitution européenne où 55 % des Français ont dit « non ». Dans les années qui ont suivi, le truc, quasiment à la virgule près, est revenu et s’appelait traité de Lisbonne parce que les États membres, ensemble, ont décidé « on va faire un nouveau traité » et ce traité a été adopté. Donc ça ce sont les traités constitutifs de l’UE. Il y a eu le traité de Lisbonne, il y a eu le traité de Maastricht, il y a eu le traité de Rome, etc.
On va utiliser le terme constitution mais c’est, en gros, l’épine dorsale de l’Union européenne. Ces traités-là, pour les modifier, il faut l’unanimité des États membres, les mêmes qui ne laissent rien passer au Parlement qui soit contraire à leurs intérêts nationaux négociés ; il faut l’unanimité ! Un problème simple : le Parlement européen est à Bruxelles, tu sais, et puis il est à Strasbourg aussi. C’est Chirac et Helmut Kohl, je crois, qui avaient décidé ça à l’époque. Quel beau symbole : Strasbourg, l’amitié franco-allemande, les 12 États membres.

Intervieweur : Chirac, pas Mitterrand, non ? Chirac.

Jérémie Zimmermann : Non, je ne sais pas ! Peut-être. Bref ! C’était pour le symbole, c’était beau, c’était bien, tout le monde était content ; à l’époque il y avait 12 États membres ; aujourd’hui il y en a 28. Le centre géographique de l’Union européenne, je crois qu’il est quelque part entre l’Allemagne et la Pologne aujourd’hui. Donc que tous les députés européens aillent une semaine par mois de Bruxelles à Strasbourg, en fait ça fait chier tout le monde. Strasbourg est une petite ville très jolie, très bonne choucroute, bonne bière, etc., mais 99 % des gens du Parlement européen ça les gonfle d’aller de Bruxelles à Strasbourg avec des malles remplies de documents qui se perdent en chemin ; les hôtels sont pleins à craquer, les assistants parlementaires sont cinq dans des chambres doubles. Il y a 800 taxis à Strasbourg pour 5000 personnes qui viennent travailler une semaine par mois dans ce machin-là.
Pour bouger le Parlement européen de Strasbourg, pour dire « bon, allez, on arrête les conneries, maintenant on reste à Bruxelles parce que c’est plus pratique pour tout le monde », il faut l’unanimité des États membres donc il faudrait que la France soit d’accord ; mais la France ne voudra jamais ! Parce que ça apporte du blé à la région, parce que ça truc, parce que ça machin. Donc tu vois, sur un problème qui est anodin ! Il y a une pétition qui a été signée par 90 % du Parlement européen pour dire « on ne veut plus de Strasbourg, on ne peut pas ». C’est, je ne sais plus combien, 23 camions de 12 tonnes qui vont de Bruxelles à Strasbourg une fois par mois pour porter les malles pleines de papier ; ça ne fait aucun sens aujourd’hui. Pourtant ça ne changera jamais parce que la France ne voudra jamais.

Maintenant tu imagines, l’unanimité des États membres quand tu as Victor Orbán en Hongrie, quand tu as « Droit et justice » en Pologne, quand tu as les Italiens, les Autrichiens et toute cette bande de fachos qui arrivent au pouvoir en capitalisant sur la déliquescence des institutions et des partis politiques ! Quand est-ce qu’il y aura une unanimité des États membres sur quoi que ce soit dans un futur proche ou éloigné ?

Donc souveraineté, machin ! [Jérémie joue du pipeau, NdT]. Moi, si tu veux, j’aimerais bien te parler de la souveraineté des individus et comment on fait. Je suis ravi d’être ici, tout ça machin, mais on n’a fait que parler déjà un peu de moi, ce qui m’embarrasse, et beaucoup de lieux, des institutions et des machins. Maintenant, tu sais, mes sujets c’est Internet, ce sont les ordinateurs, ce sont les réseaux d’ordinateurs, c’est le logiciel libre et les machins comme ça.
Donc ça veut dire quoi la souveraineté des individus ? Ça veut dire quoi être soi-même, avoir la garantie d’être soi-même, avoir la liberté d’être soi-même, de pouvoir devenir quelque chose, de pouvoir expérimenter avec des idées, de pouvoir expérimenter avec soi-même ? Ça veut dire quoi ça, aujourd’hui, quand dès que tu commences à réfléchir et que tu appuies sur une touche de ton clavier, il y a une entreprise de la Silicon Valley qui stocke ça sur son disque dur ? Qu’est-ce que ça veut dire la souveraineté quand dans nos poches on a des machins qui sont des espions bourrés de censeurs avec deux caméras, un micro, un truc, un machin, qu’on ne sait pas contrôler, parce qu’ils comportent cette puce, le baseband, qui est un truc entièrement propriétaire, fermé, contrôlable à distance.

Intervieweur : Et que personne ne sait ce qui se passe à l’intérieur.

Jérémie Zimmermann : Et que personne ne sait ce qui se passe à l’intérieur, tu vois ! Donc s’il fallait vraiment parler de souveraineté, parlons de la souveraineté des individus et de comment les machins dans les États-nations, dans les frontières, les institutions et les trucs qui sont censés nous représenter, vont pouvoir, éventuellement, nous aider à reconquérir cette souveraineté individuelle qu’on a perdue.

Intervieweur : RGPD ?

Jérémie Zimmermann : Pfff ! Elle est bonne celle-là.

Intervieweur : Pourquoi elle est bonne ?

Jérémie Zimmermann : Règlement général de la protection des données. Encore une fois quand tu vois comment les trucs sont élaborés à Bruxelles ! Il y a des exceptions, il y a des trous partout ; il y a des trous partout dans ce machin. Il y a une notion dite « d’intérêt légitime » ; quand c’est « l’intérêt légitime » du processeur de données, alors il n’a pas à mettre en œuvre les obligations qui sont les siennes.
Il y a cette notion de consentement où, vous avez tous vu, tu cliques sur un site web, on vous dit : « C’est cool, tu es chez nous, tu consens ? Oui/non ? Si tu ne consens pas tu te casses. » Peut-être qu’un jour une cour de justice va dire que oui, machin, mais ça va être peut-être dans un an, peut-être dans deux ans et puis il y aura un appel et peut-être trois ans et peut-être cinq ans. En cinq ans, les lobbies industriels ont le temps de faire écrire trois nouvelles législations. Les histoires de Télécoms, le paquet Télécoms c’est quasiment tous les ans qu’il y a un nouveau projet de loi qui arrive à Bruxelles.
Eux jouent la montre, ils ont un texte qui est un amas incompréhensible, qui génère beaucoup d’attention. Tu as plein de juristes, d’avocats qui sont là « oui, RGPD, machin », qui vendent des nouveaux services de prestation ; eh bien oui c’est nouveau, c’est un super business. Tout le monde est occupé avec ce nouveau business-là.

Intervieweur : À brasser du vent !

Jérémie Zimmermann : Et pendant ce temps-là, le comportement des prédateurs, des entreprises de données ne change pas d’un iota. Et pendant ce temps-là, la dépendance à leurs services ne fait qu’augmenter et leur pénétration dans nos sociétés, dans nos institutions, dans nos poches, dans nos modes de vie, devient de plus en plus irréversible.

Je ne veux pas avoir l’air plus cynique que je ne le suis, mais pour avoir vu de l’intérieur comment s’élabore la loi, pour avoir vu aussi comment elle est appliquée et comment les pouvoirs politiques, les uns après les autres dansent autour du pot et font la danse du ventre devant les lobbies industriels et leur donnent le stylo pour écrire la loi eux-mêmes, je me dis que notre salut ne viendra pas de la loi.

Intervieweur : D’où alors ?

Jérémie Zimmermann : Je te renvoie la question. D’où viendra — le salut c’est peut-être un grand mot —, mais nos façons de, osons le mot, résister et de s’organiser pour résister, peut-être qu’elles ne passeront pas par la loi et attendre que le règlement machin finisse de tomber avec tous ses trous, avec toutes ses incertitudes, avec tous ses machins qui seront transposés de 12 façons différentes.

À titre personnel, même au travers de La Quadrature du Net et même avant dans mes passages de militant dans d’autres organisations avant La Quadrature du Net, ma question fondamentale, enfin mes questions fondamentales c’est un, qu’est-ce qu’on fait ? Deux, comment on le fait ?

Intervieweur : Et où on va.

Jérémie Zimmermann : Où cours-je ? Où vais-je ? Et dans quel état j’erre ?
Mais sérieusement qu’est-ce qu’on veut ? Qu’est-ce qu’on défend ? Qu’est-ce qu’on promeut ? Comment on s’organise ? Et surtout comment on fait ça sans tomber dans une forme de routine, sans tomber dans des pièges de devenir les bons clients, d’aller répondre aux consultations, de faire là où on nous dit de faire, de nous asseoir sur la petite chaise qu’on nous a laissée dans un coin de la salle de réunion «  multi-stakeholder ».

Intervieweur : Selon toi on va où là ?

Jérémie Zimmermann : Pfff ! Il se trouve que ma boule de cristal est en panne aujourd’hui donc j’aurais bien du mal à prédire l’avenir. Mais juste en regardant un petit peu le présent, on a des entreprises transnationales dont le pouvoir est bien au-delà de celui des États-nations, qui sont engagées dans des comportements prédateurs au sujet de nos données personnelles, au sujet de nos comportements, au sujet de nos vies ; une influence qui s’étend sur des champs qui vont de la banque à l’assurance, à l’embauche.

Intervieweur : Dans la recherche.

Jérémie Zimmermann : À la détermination de cibles pour des frappes de drones, donc vraiment à toutes les couches de nos sociétés. Et, en même temps que le pouvoir de ces entreprises augmente sur nos vies, on a des pouvoirs publics qui deviennent des parodies d’eux-mêmes, genre la République en marche, cette espèce de petite PME…

Intervieweur : Start-up.

Jérémie Zimmermann : Start-up ça veut dire PME en fait ! Une espèce de petite start-up de novices qui sourient bien sur un poster et qui avancent en marche forcée.

Intervieweur : Ça marche bien !

Jérémie Zimmermann : Attends de voir les Européennes, attends de voir si ça marche bien !

Intervieweur : Ils vont se faire taper ?

Jérémie Zimmermann : Il n’y a plus un poids lourd pour soutenir ! Donc une bande de clowns, comme ça, qui arrivent sur une espèce de coup de poker et qui parient sur la déliquescence des partis historiques qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes et qui, en fait, ont vendu leur pouvoir au plus offrant.
Donc des pouvoirs publics qui ont lâché la main et des entreprises qui sont de plus en plus puissantes. Ça fait un paysage dans lequel de plus en plus de gens ne croient plus dans une espèce de mythologie ambiante que oui, l’État protège, la patrie, liberté, égalité, fraternité ; quand on renvoie des bateaux couler en Méditerranée, qu’on gaze des mémés avec leurs sacs de poireaux, qu’on va faire des perquisitions à quatre heures du matin et assigner à résidence des militants politiques ou qu’on laisse des suprématistes s’armer de l’autre côté de l’Atlantique, on voit des pouvoirs publics qui renoncent.

Intervieweur : Ou qu’on passe des contrats avec des gens qui coupent la tête de certains journalistes !

Jérémie Zimmermann : L’Arabie saoudite ; on pourrait parler de Kadhafi aussi.
Donc sans avoir la capacité même de dire où on va, déjà essayer de souffler, regarder où l’on est, arrêter de se voiler la face sur un certain nombre de choses et regarder avec un petit peu de distance, un petit peu de calme où l’on en est, ça pourrait peut-être être un début d’élément de réponse aux questions comment on s’organise et qu’est-ce qu’on fait.

Intervieweur : Ce n’est pas trop tard pour s’organiser ?

Jérémie Zimmermann : Trop tard ! Il est toujours trop tard et il n’est jamais trop tard ! Trop tard par rapport à quoi ?
Maintenant, le fait est qu’on est de plus en plus nombreux à chercher des façons de s’organiser qui vont au-delà des structures institutionnelles.

Intervieweur : Comment ça va ta petite fiche S ?

Jérémie Zimmermann : Je ne sais pas, tu peux me l’obtenir, en fait ; tu as des gens à qui tu peux demander ? J’espère qu’elle est épaisse parce que, un jour, ça fera comme des décorations qu’on affichera peut-être sur notre plastron. Je n’en sais rien, je m’en fous ! Mais le fait de se dire que quand l’institution a échoué, quand on ne reconnaît plus l’institution, quand dans notre tête, quelque part, on a fini de destituer l’institution, de la renverser de son socle, regarder au-delà et se demander : qu’est-ce qui nous reste à faire ? Est-ce qu’on n’a plus que les yeux pour pleurer et c’est la fin du monde : il n’y a plus de République, il n’y a plus rien ? Ou est-ce qu’au contraire on n’a pas là un champ des possibles qui s’ouvre à nous, un boulevard dans lequel décider de ce que l’on veut être, de ce que l’on veut faire, de comment on veut s’organiser les uns avec les autres ?

Intervieweur : Est-ce qu’il faut qu’on réveille nos vieux démons ? Basculer la table ? Qu’on s’énerve un peu ?

Jérémie Zimmermann : Je ne sais pas si un démon qui dort ça sert à quoi que soit ou bénéficie à quoi que ce soit.

Intervieweur : Un démon que tu réveilles. Tu m’as déjà réveillé le matin, tu sais ce que c’est !

Jérémie Zimmermann : Je préférerais qu’on n’en parle pas. D’une, je ne vois pas vraiment ce que tu veux dire par là. Pourrais-tu préciser ?

Intervieweur : Être révolutionnaire, pour appeler un chat un chat.

Jérémie Zimmermann : Pfff ! Révolution, c’est un de ces mots qui ont été un petit peu aspirés, dénaturés.

Intervieweur : Tu es plutôt Marat ou Robespierre ?

Jérémie Zimmermann : Non, ce n’est pas ça. Il y a l’iPhone 12 qui sort, on va te dire « c’est une révolution ! » ; il y a un nouveau machin « c’est une révolution ! » ; la nouvelle Freebox « c’est une révolution ! » ; machin « c’est une révolution ! »
Déjà dans l’histoire, les révolutions ça n’a jamais été des événements très prévisibles, très calculés. Très souvent c’est un mélange d’un petit nombre de gens qui sont organisés et qui savent plus ou moins où ils vont et d’un certain nombre de conditions historiques qui font qu’un pouvoir en place est devenu une sorte de scène de théâtre, un truc en carton qui est prêt à s’effondrer sous son propre poids.
Est-ce que les conditions aujourd’hui sont réunies pour que le pouvoir en place s’effondre sous son propre poids ? Peut-être que ce sont les prochaines élections européennes qui le diront ; peut-être que c’est autre chose ; peut-être que c’est quelque chose qui n’est pas du ressort des élections qui nous le dira ; bien malin celui qui viendra s’asseoir sur ce fauteuil plus ou moins confortable, avec une bière plus ou moins tiède.

Intervieweur : Du gibolin.

Jérémie Zimmermann : Du gibolin plus ou moins tiède.

Intervieweur : L’abus d’alcool est dangereux pour la santé.

Jérémie Zimmermann : Exactement. Attention les enfants ! Pour te dire qu’il sait ce qui va se passer tu vois ! Donc ces conditions, par définition, on n’en sait rien !
Pour moi la deuxième partie de la question c’est comment on s’organise et qu’est-ce qu’on veut ensemble ?

Intervieweur : Qu’est-ce que tu penses du Comité Invisible2 ?

Jérémie Zimmermann : Par définition il est invisible donc c’est difficile d’en penser quelque chose. Sur les trois bouquins, L’Insurrection qui vient, À nos amis et Maintenant, déjà j’en recommanderais la lecture. Je ne suis pas d’accord avec tout.
L’Insurrection qui vient je l’ai trouvé un peu brouillon, un peu adolescent dans le style.
À nos amis j’ai trouvé qu’il posait de très bonnes bases pour aider ceux qui souhaitaient regarder le monde différemment à le faire. Par exemple, il y a un truc que j’ai gardé de À nos amis : de dire qu’en fait quand on regarde ces clowns en papier qui tiennent les institutions aujourd’hui, les centres de pouvoir ne sont plus là où a l’habitude de les voir. Il y a un Parlement avec ses colonnes, sa moquette épaisse, ses dorures, ses statues, ses machins, en fait c’est devenu une sorte de théâtre et en réalité le vrai pouvoir aujourd’hui il est dans l’infrastructure : c’est EDF, c’est Areva, c’est Google ; ce sont les réseaux de routes, de trains ; c’est dans les réseaux que se trouve le vrai pouvoir ; c’est le New York Stock Exchange ; et cette analyse moi je la trouve juste. De dire qu’à mesure que ces clowns ont laissé le pouvoir leur échapper parce qu’ils l’ont vendu au plus offrant, eh bien le pouvoir s’est retrouvé au plus offrant et le plus offrant ce sont les groupes industriels transnationaux qui ont eux bâti l’infrastructure de leur fortune qui très souvent repose sur la captation de ressources, voire l’exploitation, au sens propre, de ressources.
Donc pour moi ça a été important de lire ça dans À nos amis parce que je l’avais plus ou moins compris en côtoyant de loin certains de ces acteurs. Mais eux, là vraiment, ils l’ont formulé de façon assez implacable.
Le dernier, Maintenant, je le trouve intéressant aussi pour des raisons différentes et là encore je ne suis pas d’accord avec tout : la façon dont ils parlent des communs, du bien commun, je trouve qu’il y a beaucoup à redire, mais ce n’est pas pour autant que je mettrais le tout à la poubelle et, de toutes façons, je n’ai pas besoin d’être d’accord à 100 % avec quelqu’un pour trouver que ce quelqu’un est intéressant. Mais dans Maintenant ils apportent non plus des clefs de compréhension, mais, quelque part, des clefs de mise en œuvre, des clefs d’action, en disant « tu te sens écrasé dans un monde injuste, tu vois tous ces machins qui déconnent, etc., eh bien tiens ! pense destitution. Imagine qu’en fait le président ce n’est plus le président de tous les Français machins, c’est peut-être juste un clown, un pantin ; que la Caisse d’assurances machin, que l’Assemblée, le Parlement, ce ne sont pas les trucs tricolores, les dorures et les machins, en fait c’est peut-être juste une bande de glandus qui n’ont rien compris. Et juste le fait dans sa tête d’être capable de se dire pfff ! en fait ça ce n’est pas important, ça permet de regarder au-delà.

Intervieweur : Les désacraliser.

Jérémie Zimmermann : Il y a ça dans cette notion de destitution et je trouvais que c’était un des trucs intéressants.
Tu parlais de ma fiche S tout à l’heure, je ne sais pas si ça va me faire étiqueter anarcho-autonome, comment ils disaient ? Ultragauche, radicalo-violent, je ne sais pas quoi ! Encore une fois je m’en fous et puis, de toute façon, le Comité Invisible c’est une de mes sources d’inspiration, c’est un des trucs que je lis. Si tu étais Google tu saurais tout ce que je lis, même si j’essaie de faire attention.
Je trouve qu’il y a des choses intéressantes partout même chez des gens avec qui tu n’es pas forcément d’accord.

Intervieweur : On en est où de la surveillance. Est-ce que 1984 était censé être un manuel ? Comment tu vois l’évolution des pouvoirs politiques ?

Jérémie Zimmermann : 1984, c’est évidemment une autre de mes inspirations, presque un livre de chevet. Je l’ai lu trois-quatre fois ; je recommande à n’importe qui de le lire et de le lire en anglais d’ailleurs ; peut-être le lire une fois en français et ensuite le lire en anglais parce que le verbe d’Orwell est vraiment [Jérémie envoie un baiser, NdT] ! Maintenant c’est presque un poncif, c’est presque un lieu commun d’invoquer 1984 quand on va parler de surveillance. Mais 1984 c’est de la douceur à côté de ce qu’on vit. Je ne sais pas si tu te rappelles, il y a un coin de la maison de Winston Smith, un petit coin dans lequel il peut se mettre, il ouvre une latte de son parquet, il sort un carnet et il écrit des trucs dedans et Big Brother ne le voit pas. C’est quoi un coin de ta maison où Google ne te voit pas aujourd’hui ? Où tu vas ? Sans parler des machins que les gens mettent dans leur salon qui écoutent en permanence et c’est 20 % des foyers américains, 13 % en Allemagne j’ai vu, qui ont un dispositif espion, un machin d’écoute dans leur salon, qui écoute en permanence ce qu’ils disent.

Intervieweur : Les enceintes connectées le font aussi.

Jérémie Zimmermann : Et les téléphones Android ou Apple ou truc machin. 1984 c’est de la petite bière à côté ; c’est normal il l’a écrit dans les années 30 ou 40, je ne sais plus. En quelle année il l’a écrit ?

Intervieweur : On va demander ça à la communauté, ils vont nous trouver.

Jérémie Zimmermann : Internet ! Aidez-moi à ne pas avoir l’air imbécile.
Sans aller jusque-là les éléments pour moi les plus importants dans 1984 ce n’est pas tant Big Brother et la surveillance parce que ça on l’a dit, on l’a répété.

Intervieweur : C’est l’autocensure.

Jérémie Zimmermann : C’est l’autocensure mais c’est aussi le job de Winston Smith au Ministère de la Vérité.

Intervieweur : Il est publié en 1949.

Jérémie Zimmermann : Ah ouais, je suis un peu tombé loin avec les années 30.
Au Ministère de la Vérité, Winston Smith bosse à mettre à jour la novlangue. Ça aussi c’est un des poncifs qui vient de 1984, mais la novlangue c’est l’État qui impose les mots à utiliser et ces mots sont imposés pour neutraliser le sens.

Intervieweur : « Parce que c’est notre projet ! »

Jérémie Zimmermann : Et pour neutraliser la capacité à réfléchir et la capacité à penser.
On avait beaucoup rigolé, enfin rigolé jaune, à l’époque de la LOPSI, la loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure, Brice Hortefeux, Sarkozy, tout ça, une loi, je crois, de 140 articles qui touchait à 40 ou 50 codes différents, une espèce de fourre-tout incroyable où il y avait un amendement qu’on avait surnommé l’amendement novlangue qui disait « remplace dans tous les textes législatifs et réglementaires le mot "vidéosurveillance" par le mot "vidéoprotection" ». Donc tu as l’État qui dit « maintenant on ne parle plus de vidéosurveillance, mais on parle de vidéoprotection ». Et on comprend tous pourquoi. La surveillance, tout le monde se dit : hou là, je n’ai pas envie d’être surveillé. Peut-être que la surveillance c’est justifié de temps en temps, mais moi je n’ai pas envie d’être surveillé ! Alors que protection, tout le monde a envie d’être protégé.
Donc on voit comment le sens des mots est utilisé pour neutraliser la capacité à penser.

Intervieweur : Pour discréditer certains.

Jérémie Zimmermann : Et pour moi, c’est vraiment ça le cœur de 1984. Eh oui, on est en plein dedans. George Orwell a été un observateur très fin des régimes totalitaires, des régimes nazis et des régimes soviétiques et a observé comment le pouvoir totalitaire exerçait son pouvoir sur les individus et c’est ça, je pense, l’héritage d’Orwell. Beaucoup ont lu dans 1984 une critique du régime soviétique, mais il s’est aussi éminemment inspiré des régimes fascistes pour écrire son truc.

Aujourd’hui, on est dans une forme de, est-ce qu’il faut appeler ça un pré-fascisme, un proto-fascisme, est-ce que c’est même une bonne idée de s’en référer à des régimes des années 30 et 40 pour décrire le monde dans lequel on est aujourd’hui ? Franchement je n’en sais rien ! Mais la caractéristique de nos régimes autoritaires, aujourd’hui, c’est qu’il y a une composante extrêmement forte d’industries. Ce n’est plus juste un taré avec une casquette et un drapeau qui va donner l’espoir en machin, un truc meilleur parce que tout le monde en a marre, mais ce sont des tarés dans la Silicon Valley.

Intervieweur : Pourquoi des tarés ?

Jérémie Zimmermann : Des tarés parce que si tu regardes la psychologie de gens comme Peter Thiel, Elon Musk ou Eric Schmidt, tu vois que ces gens ont une espèce de bulle idéologique inspirée par Alan Ryan, qui est une espèce d’individualisme forcené.

Intervieweur : Libéral.

Jérémie Zimmermann : Ce n’est pas libéral à ce stade, c’est psychotique, c’est sociopathe ; c’est libéral à un point où tout le monde est ton ennemi et il n’y a que toi sois capable d’écraser tout le monde pour y arriver et ces gens-là sont glorifiés ; ils ont des agences de com’ qui s’assurent de leur image. Elon Musk a une agence de com’ que pour lui, que pour son image à lui. Et parce que ces gens-là ne sont pas le gouvernement, les pouvoirs publics, et que le gouvernement nani-nana, eux sont respectés, eux sont glorifiés et on les voit presque comme étant des modèles. Donc quand ces gens-là impulsent des politiques publiques et je dis la Silicon Valley, mais il n’y a pas qu’eux.

Intervieweur : Le mouvement transhumaniste et tout ce qui va avec.

Jérémie Zimmermann : Les transhumanistes, pfff !
Donc quand ces gens-là impulsent des politiques publiques et que les pouvoirs publics en sont réduits à les suivre en courant, en tenant un petit truc derrière pour essayer de récupérer les miettes derrière eux, eh bien c’est à la fois, quelque part différent des fascismes des années 30 et 40, encore que, dans les années 30, les groupes industriels ont été les premiers à faire la promotion des régimes fascistes parce que eux promettaient des gros contrats, une grosse expansion : en Allemagne, les industries automobiles, de l’armement, de l’acier et machin, étaient ravies de l’arrivée de ce petit gars avec sa moustache parce que ça promettait des jobs et tout ça.

Là on voit arriver quelque chose qui est un peu informe ; le contour est mal défini. Quand c’est une entreprise qui, par définition, est transnationale, elle a beau avoir son siège en Silicon Valley, elle a des conseils stratégiques qui lui viennent de la Virginie où se trouvent les espions ou de Washington où se trouve le Pentagone. Elle a un siège social en Irlande qui vend de la propriété intellectuelle à son siège en France, qui va revendre ses bénéfices à la filiale néerlandaise, ce qu’on appelle un double Irish Dutch sandwich qui permet à Google, par exemple, de faire évacuer 60 milliards de dollars aux Bermudes et de ne payer quasiment aucun impôt sur les sociétés en Europe.

Intervieweur : C’est beau !

Jérémie Zimmermann : Donc ces machins-là n’ont même pas de centre ; il n’y a même pas un endroit où tu peux tourner le regard et te dire : là il y a un problème et là c’est l’ennemi.

Intervieweur : On fait quoi alors ? Le constat. Question d’Internet : après le constat qu’est-ce qu’on fait ? Les solutions ?

Jérémie Zimmermann : Les solutions ! S’il y en avait je ne serais pas en train de boire du gibolin en discutant avec toi. Je serais en train d’y travailler, enfin j’espère, parce que d’une part, j’ai l’impression qu’il y a énormément de choses qui nous sont volées chaque instant et qu’il faut reconquérir. De la même façon qu’il faut reconquérir notre capacité à penser et que pour ça il faut reconquérir notre capacité à prendre du recul.

Intervieweur : Reconquérir oui. Se venger ?

Jérémie Zimmermann : Attends, hou là ! Tu m’as posé une question qui est assez difficile comme ça, tu vas me laisser le temps d’y répondre ; laisse-moi le temps de me planter en y répondant pour ensuite aller…
Reconquérir sa capacité à penser, son esprit critique, donc une forme de prise de distance. Pour une prise de distance il faut prendre du temps ; pour prendre du temps il faut peut-être s’émanciper de ces injonctions permanentes à la rapidité : tu as tweet, contre-tweet, retweet, réponse, tac ! e-mail, réponse clac, bip-bip, bip-bip, des trucs qui clignotent et qui te disent que tu es obligé d’être là, de répondre, où les gens s’inquiètent pour toi si après 12 heures tu n’as pas répondu à un SMS. Il faut peut-être apprendre à reprendre le temps.

Intervieweur : Pourquoi tu me regardes comme ça ?

Jérémie Zimmermann : Je te regarde comme ça parce que tu es en face de moi, que tu tiens un micro et que je m’adresse à toi. Je peux regarder la caméra, mais on m’a toujours appris qu’il ne fallait pas faire ça quand on était filmé. Je ne sais pas ; tu en penses quoi ? Ça va ?
Donc quelque part peut-être apprendre à reprendre le contrôle de nos vies, de notre temps, de nos pensées et par là, peut-être, redécouvrir ou découvrir tout court, si on en a été privé assez tôt, nos humanités. Le fait d’être un humain en face d’un autre humain, avec du gibolin ou pas, avec une bonne assiette de fromage ou des graines ou je ne sais pas quoi, mais ce qui nous connecte, ce qui nous met en face et qui n’a pas des ordinateurs en chemin ; des trucs sans les écrans, sans les claviers, sans les réseaux, mais où on se sent être les uns avec les autres ; où on se sent en lien, où on se sent en solidarité, où on se sent en capacité ; où on partage l’expérience ensemble et de là se demander, en fait, ce qu’on veut faire maintenant. Sans les « du passé faisons table rase » et autres slogans éculés ; sans pensées préconçues, sans idéologie.

Intervieweur : Sans vengeance.

Jérémie Zimmermann : Ah ! On y viendra peut-être, je ne vois même pas ce que je vais dire là-dessus, mais sans trucs préconçus ; avoir vraiment cette capacité honnête, presque naïve, à se demander : maintenant qu’on est là, on est, je ne sais pas, il ne faut peut-être pas le dire, on est six dans cette pièce, eh bien si on coupait la caméra, si on enlevait les écrans, qu’on se mettait autour d’une table et qu’on se demande : on fait quoi ce soir, demain, la semaine prochaine ? Qu’est-ce qu’on veut pour l’année prochaine, pour dans cinq ans, pour dans dix ans ?
Donc retrouver une capacité à être ensemble en dehors d’un monde d’injonctions à l’immédiateté, en dehors d’un monde qui nous pompe les données, qui nous pompe la vie pour nous contrôler et, je n’ai pas envie de paraphraser le Comité Invisible ou des machins comme ça — ce n’est pas une question de se rendre ingouvernable —, mais quelque part de s’émanciper d’un certain nombre de formes de contrôle qu’on a peut-être déjà intériorisées. Tu as parlé de Google et le fait de dire Fuck off Google à des gens ; leur expliquer que Google c’est cette bande de gens qui, au travers du programme des drones US, aide à identifier et suivre des cibles ; que Google fonde l’évasion fiscale à hauteur de milliards d’euros par an ; que Google c’est la surveillance de masse. Tu leur dis ça et ils sont là « ah oui, mais Google ! » Tu vois comme dans 1984 on dit « mais on a toujours été en guerre avec l’Eurasie » ; ces mantras qu’on a tellement entendus qu’on les a intériorisés : « mais Google, c’est Google ! Comment tu veux te passer de Google ! » Eh bien il y a Searx3, un métamoteur de recherche, il y a OpenStreetMap4, il y a, etc.
Donc arriver à balayer des trucs qui sont devenus tellement des certitudes qu’on a perdu l’habitude de les prendre en considération ou de les contester ; c’est une partie de la réponse, je pense, à qu’est-ce qu’on fait.

Une deuxième partie de la réponse, tu as envie de parler de vengeance, je ne sais pas.

Intervieweur : Pour vendetta.

Jérémie Zimmermann : Attends ! Avant ça, une autre partie de la réponse, parce que là je t’ai fait comme une espèce de manifeste analogue en mode « on se retrouve autour d’une table entre humains, sans avoir besoin d’écrans et de machins ». Mais ces écrans et ces machins sont déjà là, ils sont dans nos vies, ils sont partout. Si on devait compter, entre ceux qu’il y a dans nos poches, sur la caméra, sur les machins ; on est six, il doit y avoir 20 écrans dans la salle. Donc la question ce n’est pas de tous les détruire un par un, la question c’est aussi est-ce qu’il y a encore quelque chose à faire ?

Intervieweur : Par exemple des interviews de plus d’une heure sans montage ni coupure ?

Jérémie Zimmermann : Ne me dis pas qu’on en a plus d’une heure !

Intervieweur : On approche de l’heure.

Jérémie Zimmermann : J’ai soif. Il te reste de la bière, du gibolin quelque part ?

Intervieweur : Il n’y en a plus !

Jérémie Zimmermann : La question c’est qu’est-ce qu’on va en faire de tous ces écrans ? Il y a en a certains qui sont véritablement devenus nos espions, nos ennemis et ceux-là il faut être capable de les identifier et peut-être, oui, de s’en séparer ; peut-être de les pirater, de les hacker, de les bidouiller pour en faire quelque chose d’autre.

Maintenant la question c’est comment on utilise des écrans ? Comment aujourd’hui on peut utiliser les ordinateurs ? Et tu me vois venir avec mes gros sabots de 150 mètres de long ! La question du logiciel libre c’est un projet politique qui a 30 ans et c’est un projet politique qu’on a, en quelque sorte, considéré comme acquis. Il y a 15 ans on se battait pour le logiciel libre, pour en parler, pour que les gens le comprennent et en parlent et là, quelque part, il y a eu comme une sorte de lassitude ; mais le paysage a aussi évolué. Au cœur du logiciel libre l'idée c’est que si on ne se garantit pas le contrôle des machines collectivement, alors les machines vont nous contrôler.

Intervieweur : Ou les mecs qui contrôlent les machines.

Jérémie Zimmermann : Évidemment. Donc la façon de comprendre ces questions-là a aussi évolué au fil de temps et il y a peut-être là aussi un ou deux wagons qu’on aurait ratés, voire un train qu’on aurait raté, parce que la question du logiciel s’est déportée vers le matériel. Sans entrer dans les détails techniques chiants, le firmware, je ne sais même pas comment on appelle ça en bon français, en gros le logiciel qui est niché sur le hardware, sur le matériel, et qui est initialisé quand on allume l’ordinateur, c’est un truc dont Richard Stallman a commencé à parler il y a 15 ans en disant « il y a vrai problème, là » ; on était tous « oui Richard, tu es bien gentil, mais bon, on n’a pas le temps de s’emmerder avec ça. »

Intervieweur : Jésus.

Jérémie Zimmermann : Et il se trouve qu’aujourd’hui il n’y a plus vraiment de limites entre ce qui est logiciel et ce qui est matériel. Tu allumes un bout de matériel, il va charger un bout de logiciel dans le matériel et puis ensuite charger un bout de logiciel qui va appeler un autre bout de logiciel dans le matériel et le truc, là, on est complètement largués. Et si tu essaies d’utiliser GNU/Linux, Debian, sans logiciel propriétaire dans ta Debian, il y a 99,9 % de chances que tu fasses ça sur du matériel dont tu as perdu le contrôle parce qu’il contient dans ses puces du logiciel qui est propriétaire et qui, la plupart du temps, est là pour t’espionner.
Et le paroxysme de ça ce sont les architectures d’Intel, un truc qui s’appelle le Management Engine, on a tous besoin de management, bien sûr ! C’est un truc qui permet, n’est-ce pas, dans le monde de l’entreprise, de faciliter à distance, bidule, machin… ; c’est un ordinateur dans l’ordinateur et ça, c’est depuis quelque chose comme 2005 ou 2006 que tous les ordinateurs équipés de processeurs Intel contiennent le machin sur lequel tu vas travailler et un ordinateur dans l’ordinateur qui peut être activé à distance.

Intervieweur : La backdoor qui va bien !

Jérémie Zimmermann : C’est la backdoor universelle.

Intervieweur : C’est beau !

Jérémie Zimmermann : C’est beau ! C’est plutôt pas mal fait. On sait depuis quelque temps qu’il y a le système d’exploitation Minix5 à l’intérieur de ces machins-là, ce qui est drôle parce qu’il a été écrit par Andrew Tanenbaum qui était le mentor de Linus Torvals ; des loops de loops de loops.

Je n’ai pas de solution toute faite, mais se poser la question du logiciel libre en termes éthiques, en termes philosophiques mais aussi en termes pratiques et mettre à jour sa vision de ce que doit être une informatique libre.
Une informatique libre ce n’est pas lire trois fois la GPL [] et se battre machin [Jérémie bat sa coulpe, NdT ; ce n’est pas suivre un dogme ; ce n’est pas brûler un cierge devant une image de Saint Ignucius6 ; l’informatique libre c’est une utilisation des ordinateurs qui permette aux individus de se libérer, de s’émanciper, de contrôler leur vie, plutôt qu’être à la merci d’intérêts prédateurs, qu'ils soient industriels ou étatiques. Et là, j’ai l’impression quelque part qu’on a un petit peu, je ne vais pas dire lâché l’affaire, mais en tout cas perdu du terrain, gravement perdu du terrain.

Intervieweur : Par fainéantise ?

Jérémie Zimmermann : Pfff ! Pas par fainéantise. Regarde le nombre de sujets qui nous sont tombés sur la gueule au cours de ces dix dernières années ; nous on est arrivés, La Quadrature du Net, HADOPI, copyright, machin. Depuis, regarde la neutralité du Net, regarde les équipements qui sont collés au cœur du réseau, regarde la surveillance de masse, regarde le filtrage.

Intervieweur : C'est beau.

Jérémie Zimmermann : Ce que je veux dire c’est qu’on nous a appelés cinq gus dans un garage, on a rarement été plus de cinq à être à temps plein à faire ce genre de machin. Ce n’est pas qu’on se soit fait dépasser par les événements tant que les événements eux-mêmes sont vraiment dépassants, quoi !
Là aussi prendre un peu de recul, mettre à jour notre vision de ces choses-là et comprendre qu’on ne pourra pas être libres et utiliser des ordinateurs si l’on n’a pas une éthique et une pratique strictes de ce que l’on veut y voir. Et passer en revue le matos ; passer en revue le software du début à la fin, s’en donner les moyens.

Intervieweur : Le hardware aussi.

Jérémie Zimmermann : Mais bien sûr ! Tu parlais de souveraineté tout à l’heure, c’est là où les intérêts des individus rejoignent peut-être les intérêts de ce qui reste des États-nations : quand on a vu que les États-Unis ont interdit le hardware de ZTE ou de Huawei parce qu’il y avait des backdoors des Chinois dedans ; que Snowden nous a montré que Cisco c’était rempli de backdoors et tout le monde utilise des routeurs Cisco américains donc a les Américains au cœur de son réseau, etc. Si les gugusses qui étaient dans les ministères de la Défense et les machins et les ANSI [Agence Nationale de la Sécurité Informatique] et les bidules n’étaient pas en train de se rouler les pouces, n’étaient pas en train d’amener des contrats à Thales7 !

Intervieweur : À Palantir8 !

Jérémie Zimmermann : Ou à Palantir, et avaient quelque chose à faire vraiment, ce sont les questions qu’il faudrait se poser aujourd’hui et là on pourrait imaginer des efforts au-delà des nations, au-delà des budgets étriqués des uns et des autres, pour commencer à réfléchir vraiment à du hardware sinon libre, parce que là encore c’est un concept, mais du hardware qui permettrait vraiment à ses utilisateurs de savoir ce qui s’y passe.
Avant que tu ne reprennes il y a une architecture de microprocesseur qui s’appelle RISC-V, RISC, R, I, S, C, comme Reduced instruction set computing qui est, en fait, une architecture de microprocesseur en kit. Tu peux prendre l’ensemble des specs [spécifications] ou un petit bout des specs et faire ce que tu veux avec.

Intervieweur : Tu as testé ?

Jérémie Zimmermann : Non, parce que les premiers trucs RISC-V produits à quelques, je crois, milliers d’exemplaires valaient 1000 balles la pièce ; je n’ai pas encore eu ça entre les mains et puis, franchement, je suis la dernière personne pour aller compiler des machins là-dessus ; je connais des gens dix fois plus balaises que moi pour faire ces trucs-là. Mais il se trouve qu’il y a des gens dans le champ industriel, avec les milliards que ça implique, qui sont en train de se poser ces questions aujourd’hui.
Je ne sais pas du tout où en est le projet : il y a un des gars qui est un des fondateurs du Raspberry Pi, qui est un gros succès mais qui, au passage, est du hardware propriétaire avec des puces de chez Broadcom au milieu pour faire le Wifi ; ce n’est pas une backdoor mais c’est un arc de Triomphe de backdoors au milieu de ces Raspberry Pi et qui a lancé un nouveau projet en disant « le but c’est d’avoir du hardware qu’on ne peut contrôler qu’avec du logiciel libre ». Et ça, ça s’appelle lowRISC, encore R, I, S, C, jeux de mots, RISC, risque, eh bien peut-être que ça c’est un tout petit pixel d’espoir sur un gros tableau noir.

Intervieweur : J’ouvre une parenthèse. Tu te rappelles l’un de nos potes Stman, ça te parle, tu sais, qui gueulait sur le vernis.

Jérémie Zimmermann : Vite fait !

Intervieweur : Bon, on referme la parenthèse.

Jérémie Zimmermann : Donc il y a une vraie question. En gros, le logiciel libre va au-delà du logiciel. L’informatique libre va au-delà du logiciel. Et se poser la question de ces architectures informationnelles qui permettent aux individus de vivre, d’exister, d’expérimenter et de s’organiser en toute liberté plutôt que sous contrôle, là, pour moi, c’est un enjeu absolument crucial. Et hélas, il y a peu de gens, peu de ressources pour ces choses-là aujourd’hui. Je pense que c’est un combat qui mérite vraiment d’être mené.

Intervieweur : Question d’Internet : est-ce qu’il peut nous dire un peu comment il s’organise à titre perso ? VPN tout le temps, ou pas, logs et autres ? J’ai une autre question dans le même sens. Vas-y réponds ! Est-ce que Jérémie peut mettre en avant des logiciels systèmes, moteur éthique et social.

Jérémie Zimmermann : Pour ça retrouvez-moi sur mon blog Jérémie… Bon ! Il y a des trucs que je n’ai pas envie de révéler. Je ne suis vraiment pas un exemple en tout. Oui, j’utilise un VPN [Virtual Private Network] pour tout, c’est le VPN d’un ami.

Intervieweur : Qui est ? C’est un ami qui commence par B ?

Jérémie Zimmermann : Non, c’est un ami qui commence par ce qui commence ! C’est son truc. C’est lui ; si je ne donne pas de nom ce n’est pas pour donner des lettres de nom.

Intervieweur : B comme Benjamin ?

Jérémie Zimmermann : Il y en d’autres qui commencent pas B, tu vois ! Bruno ! Tu vois !
Donc j’utilise un VPN pour tout, mais je n’ai aucune illusion que ça me protège de quoi que soit. Je n’utilise que des logiciels libres sur mon laptop ; oui, donc je n’ai pas un firmware propriétaire, je n’utilise pas le wifi de mon laptop, j’ai enlevé la puce wifi de mon laptop parce que celle-ci je ne pouvais pas l’utiliser avec du logiciel libre.
J’ai un BIOS en logiciel libre qui s’appelle Coreboot.
Sur mon — certains appellent encore ça téléphone —, mais sur mon ordinateur de poche j’utilise tant bien que mal un truc qui s’appelle Replicant qui est une version de LineageOS, qui est un fork d’Android, mais dans lequel il n’y a aucun logiciel propriétaire, donc je n’ai pas la caméra frontale, je n’ai pas le GPU donc l’accélération hardware, je n’ai pas le wifi, je n’ai pas le Bluetooth. Ça m’enlève des trous de sécurité au passage, mais ce n’est même pas une question de sécurité parce que les mises à jour de ce machin-là c’est tous les, va savoir, parce que ce sont des volontaires qui se crèvent la paillasse pour faire ce truc, donc je n’ai pas l’illusion que ça m’apporte plus de sécurité. C’est vraiment à la fois pour des raisons éthiques et pour me mettre un peu dans le bain pour savoir au jour le jour ce que j’utilise et comment je l’utilise.

J’ai arrêté d’utiliser un machin qui s’appelle Signal9, que beaucoup d’activistes utilisent aujourd’hui, qui est une messagerie dite sécurisée ; j’ai arrêté de l’utiliser parce que l’auteur, Moxie, a interdit aux gens de le distribuer sans son autorisation et de le distribuer autrement que par Google. Donc la question est-ce que c’est vraiment un logiciel libre se pose. Tu dis « mon truc c’est un logiciel libre donc tout le monde a le droit de l’utiliser, de le copier, de le modifier et de l’étudier », mais si tu dis ça et que tu dis au passage « au fait les gens n’ont pas le droit de le modifier », qu’est-ce qui se passe vraiment ? Donc il y a ça, il y a le fait que Signal t’oblige à donner ton numéro de téléphone ; pas juste d’avoir un nickname ou un machin jetable. Non ! Tu es obligé d’avoir un numéro de téléphone.
Signal centralise toutes les métadonnées sur son infrastructure à lui qui repose sur Amazon et sur Google et au passage Signal, comme beaucoup de projets qui sont dans le domaine de la sécurité, de la protection de la vie privée, etc., a un financement en grande partie par le gouvernement US. Donc voilà !

Intervieweur : Telegram, non ?

Jérémie Zimmermann : Telegram10 c’est une farce ! Moi je n’en sais rien mais mes potes cryptographes qui savent de quoi ils parlent disent que la crypto de Telegram c’est de la blague.
Un truc qui s’appelle Wire11, qui a l’air intéressant, mais il n’y a pas encore le code source de tout, leur appli c’est une espèce de gros veau ; il n’y a rien qui soit parfait en la matière.
OMEMO12, le protocole de chiffrement qui va avec Jabber, qui n’est pas OTR13, semble assez intéressant. Mais tous ces machins c’est presque du bricolage ; tu vois, je ne suis pas en train de dire tout le monde doit utiliser machin, tout le monde doit faire comme moi, parce que je me rends bien compte qu’il y a encore énormément de boulot et que ces trucs-là sont difficiles.

Maintenant il y a un truc. Sur le côté difficile d’accès, tu vois, là aussi Signal ils ont fait des choix dans leur interface.

Intervieweur : Bleep ?

Jérémie Zimmermann : Bip ?

Intervieweur : Bleep. Ça ne te parle pas ? Même protocole que BitTorrent.

Jérémie Zimmermann : Bleep ça ne me dit rien.
Signal ils ont fait des choix d’enlever de l’interface le fait de vérifier la clef de chiffrement de ton correspondant. Avant, dès que tu ouvrais un truc dans Signal ils faisaient « attention, le truc n’est pas vérifié, cliquez ici. » Et puis tu allais voir : est-ce que c’est la bonne personne ? Tu passes un coup de fil « dis donc c’est bien toi 3AB28 ? » Eh bien ça ils l’ont enlevé de l’interface ; maintenant il faut aller dans « menu, clac, bidule, en bas, option, clac, tu déroules, en bas, tu cliques, vérifier. » Ah ! C’est bizarre ça ! Parce que si tu enlèves ça, ça rend plus facile le fait de s’introduire dans les communications de quelqu’un, même si c’est chiffré. Mais ils l’ont juste poussé, poussé, poussé. Ils l’ont poussé pourquoi ? Tu sais pourquoi ? Pour rendre ça plus user-friendly, plus agréable, plus facile, plus simple d’accès. Un monde plus doux, plus simple plus joli, plus tout ça !
Moi, de plus en plus, j’ai l’impression que penser l’informatique et l’usage des ressources – ordinateur, réseaux, tout ça – en termes de ce qui est facile et pas facile, ce qui est confort et pas confort, user-friendly ou pas user-friendly, c’est en fait un piège intellectuel. Que quand quelqu’un te dit « vas-y clique ici, ça marche tout seul, c’est user-friendly », en fait il est en train de t’arnaquer.

Intervieweur : Apple.

Jérémie Zimmermann : Par exemple Apple. Par exemple Google. Des exemples il y en a plein. Et penser que des outils aussi complexes que les ordinateurs et les réseaux qui les lient puissent être simples, en fait c’est une erreur intellectuelle. Et de la même façon qu’on va dire « tu cliques ici pour parler espagnol ». Non ! Tu sais que tu vas devoir passer quelques centaines d’heures voire quelques milliers d’heures avant de parler espagnol ! « Clique ici pour savoir jouer du violon ! » Eh bien non, ce n’est pas du violon ; c’est peut-être Guitar Hero avec quatre boutons, mais ce n’est pas une vraie guitare. Et personne ne va être choqué à l’idée de se dire qu’il faut passer des centaines d’heures avant de savoir jouer de la guitare.
Je ne dis pas que chacun devrait passer des centaines d’heures à apprendre l’informatique avant d’utiliser l’informatique, mais le fait est que si tu ne prends pas le temps d’essayer de comprendre et d’utiliser des choses qui peuvent te sembler un petit peu arides, eh bien il y a de très fortes chances que tu te fasses arnaquer.

Donc au lieu de penser d’un côté en termes user-friendly et de l’autre côté « oh c’est trop compliqué parce que, tu comprends, moi j’ai autre chose à faire », on devrait plutôt penser en termes de : une politique qui permette aux gens de s’émanciper, de s’organiser et d’agir librement versus une politique du contrôle qui capture les gens, leurs données et leur vie.

Intervieweur : Est-ce que tu vois des choses à aborder ?

Jérémie Zimmermann : Des choses à aborder ?

Intervieweur : Des sujets qu’on n’a pas touchés.

Jérémie Zimmermann : J’en vois plein, j’en vois mille. C’est ton job ici.

Intervieweur : Vas-y. Il est 20 heures 10, tu sais.

Jérémie Zimmermann : Non, je ne sais pas ! C’est toi qui as la montre. C’est toi le maître.

Intervieweur : Tu vois un truc que tu veux aborder avec nous ? Un sujet qui pourrait intéresser notre communauté ?

Jérémie Zimmermann : Tu vas croire que c’est ma marotte. Ah ben tiens, je n’ai qu’à faire un petit peu d’auto-promo. Parce que, après m’être un peu crevé le cul pendant des années…

Intervieweur : Tu es dans un film en ce moment ? C’est ça ?

Jérémie Zimmermann : Non, ce n’est pas ça !
Après avoir fait des erreurs pour moi et pour les autres en mode de combien il faut donner, combien il faut y aller, tu sais, en bossant 7 jours sur 7 parce que le week-end quand tu n’es pas en train de te faire emmerder par des coups de fil de journalistes, alors tu as le temps de travailler pour ce qui doit arriver lundi et que, pareil, après 8 heures du soir c’est là où tu peux commencer ta deuxième journée de travail, où tu peux être un petit peu à l’abri des sollicitations et machins. Donc après m’être cramé à la tâche et après avoir, directement ou indirectement, cramé des gens autour de moi, parfois sans le vouloir mais parce que les gens couraient avec moi et que j’imposais un rythme parfois trop dur, je pense qu’il faut se poser la question aussi : quand on combat, les combats peut-être que ça ne se fait, en fait, jamais sans douleur. Donc apprendre à gérer cette douleur et ne pas se dire parce que tu as 50 journalistes qui t’appellent dans la journée, parce que machin, que tout le monde te demande ton avis, te dire que tu es une espèce de super héros qui ne va jamais mourir, mais réaliser la dureté, la difficulté de ces combats-là et s’organiser pour la gérer.

Pendant mon burn-out et le moment dans ma vie où je me suis aperçu que mon corps tout entier me demandait de tout arrêter – il m’a fallu du temps pour tout arrêter –, la première chose que j’ai recommencé à faire c’est dormir et me faire des nuits de 12 heures, de 8 heures, là où j’en étais à dormir 3-4 heures par nuit, régulièrement, parce qu’il y avait tellement de choses à faire.

Au moment où j’apprenais ça, je réapprenais ça pour moi-même, avec une bande d’amis on a créé un truc tout à fait informel qui s’appelle Hacking With Care. C’est une espèce de jeu de mots ; hacker au sens originel de bidouiller, hacker avec le care, mais en même temps hacker le care ; care que l’on comprend comme les façons que l’on a entre humains de prendre soin les uns des autres, de partager de la bienveillance, de la bonté et, quelque part, de voir ce care comme autant de technologies que l’on peut s’approprier, que l’on peut hacker, que l’on peut partager.

J’ai énormément appris en massage. Cet après-midi encore j’étais en train de faire un massage des pieds à une copine qui est dans une phase difficile. J’ai appris le massage des pieds et mon amie masseuse a appris la cryptographie. L’idée c’était de partager ses compétences, de partager ses technologies et c’est aussi bien le massage que le yoga, que la méditation, que certains soins par les plantes. Et réfléchir ensemble à comment on peut penser, pour le coup vraiment en dehors de la machine, mais réfléchir à l’humain en même temps que l’on réfléchit à la société, à la politique, au combat, etc.

Intervieweur : Il y a un parti politique que tu soutiens ?

Jérémie Zimmermann : Non !
En même temps, quand on faisait ce truc Hacking With Care14, on a commencé à produire des ressources que chacun trouvera sur notre wiki bien sûr, comme des protocoles de massage ; Le massage des mains pour tous, un petit livre qui ressemble au fucking manual de Read the fucking manual que tu peux imprimer, laisser traîner dans ton hackerspace, dans ton bureau avec tes copains, etc. ; le massage des mains comme un truc qui se donne, comme un cadeau et qui, en même temps, crée un espace d’intimité dans lequel on se retrouve, dans lequel on se parle comme on se touche ; on a perdu l’habitude un peu de se toucher dans un monde super individualiste. Retrouver des espèces de canaux de communication entre les individus, je pense que c’est directement connecté à tout ce dont on a discuté sur la façon de s’organiser, sur la façon de se retrouver, sur la façon de reprendre le contrôle de nos vies et ne plus se voir comme des unités autonomes, individualistes, randiennes15, performantes, algorithmiques, etc., mais comme des gens, des humains faits de chair et d’os, de forces et de faiblesses, de moments difficiles et apprendre dans nos vies mais aussi dans nos structures, dans nos mouvements, dans nos modes d’organisation à gérer ces descentes, ces moments difficiles et à ne pas dire « non, non, lui il est fou de toute façon. De toute façon, lui, c’est un connard, machin », mais prendre soin des autres, s’ouvrir sur les autres. Je pense que c’est aussi une partie des réponses. Donc Hacking With Care les uns les autres, mais parti politique, non.

Intervieweur : On arrive à la fin de notre interview.

Jérémie Zimmermann : Il y a bien des questions d’Internet encore ? Non je ne sais pas. Alors Internet, qu’est-ce que vous foutez Internet ? Il faut que vous serviez à quelque chose !

Intervieweur : Est-ce que les lanceurs d’alerte ne devraient pas lancer, proposer une nouvelle version du système politique ? Pouvoir, écologie trois points de suspension.

Jérémie Zimmermann : Les lanceurs d’alerte, proposer. Waouh !

Intervieweur : Que pense-t-il du néo-luddisme, un mouvement moderne d’opposition à toute partie du progrès technique ? Comment contribuer au développement du logiciel libre ?

Jérémie Zimmermann : Tu vois qu’il y a des questions internet. Merci Internet. Je n’ai pas douté un seul instant.

Intervieweur : Y a-t-il une taille critique sur chaque structure ?

Jérémie Zimmermann : Attends ! Là tu viens de lancer trois questions qui en contiennent chacune cinq.

Intervieweur : Cryptomonnaie.

Jérémie Zimmermann : On laissera ça à ceux que la monnaie intéresse.
Sur la question des lanceurs d’alerte : non, ce ne sont pas les lanceurs d’alerte qui doivent faire des propositions. C’est une vraie question de comment on fait émerger les propositions. Elles doivent émerger de partout à la fois et admettre que les propositions ne seront jamais consensuelles. Peut-être que ce mythe de la démocratie représentative où il faudrait 50,000 % de suffrages exprimés parmi des votants qui sont déterminés comme ci, comme ci, comme ça ; peut-être qu’en fait il faudrait s’émanciper de ça et qu’une proposition, à partir du moment où elle a une masse critique de soutiens, alors elle devient valide. Peut-être qu’elle entre en conflit avec d’autres propositions et peut-être qu’il faut les expérimenter. Mais les lanceurs d’alerte, non, ce n’est pas une catégorie de population qui serait au-dessus de toutes les autres.
Maintenant, au travers de l’action du, comme on dit, lançage d’alerte, lancé d’alerte, est-ce qu’en exposant les turpitudes, les mensonges, les crimes des institutions et des entités qui sont censées être les dépositaires d’une certaine forme d’autorité, de représentation, etc., est-ce que cette forme d’exposition-là ne porte pas en elle le germe de propositions ? C’est quelque chose de tout à fait ouvert.

Maintenant il y a des solutions techniques qui ont été avancées et tu parles de cryptomonnaie ; il y a une espèce de techno béatitude…

Intervieweur : Blockchain !

Jérémie Zimmermann : Blockchain voilà. Ah ben tiens, la démocratie ne marche pas, on n’a qu’à faire une démocratie sur la blockchain et ça va marcher ! Right ! Donc il y a une forme de techno béatitude. On nous a dit « oui liquid democracy, machin, tu vois, tu cliques ici ». En fait, le truc c’est du vote électronique et le vote électronique on sait que ça ne peut pas marcher. Quand tu as une machine qui est entre l’expression de la volonté de quelqu’un et un pouvoir quelconque, le pouvoir va aller mettre le doigt dans la machine et la tourner à son avantage.
Donc il n’y a pas un truc magique sinon ça ferait longtemps qu’on l’aurait exprimé et ce n’est pas le fait d’ouvrir les entrailles des institutions comme la NSA avec les machins de Snowden, ce n’est pas le fait d’exposer qui va magiquement changer les institutions, les transformer en quelque chose de meilleur.
Maintenant, le fait d’exposer ça permet de faire réfléchir ; ça permet d’éveiller quelque part les consciences ; ça permet de donner des outils à chacun, se dire : hou là ! Et de faire peut-être ce petit pas de côté, de faire ce petit pas de recul pour prendre de la distance et se demander comment on veut les choses.

Donc les lanceurs d’alerte non, ce ne sont pas des héros non plus à glorifier, à mettre sur un piédestal, etc. On est potentiellement tous des lanceurs d’alerte ; on a tous accès à des savoirs plus ou moins exclusifs, plus ou moins élitistes ; chacun dans sa boîte qui voit un supérieur ou un collègue faire une connerie est susceptible de dire à d’autres qui ne sont pas dans le cercle, qui ne sont pas dans le machin « là il se passe quelque chose et il y a un vrai problème ». Lancer l’alerte c’est presque le devoir de chacun. Il n’y a pas quelques héros avec une cape et un machin qui sont les lanceurs d’alerte et le reste du monde. Des alertes il y en a plein qui méritent d’être lancées.
La deuxième question piège c’était quoi ?

Intervieweur : Que pense-t-il du néo-luddisme, un mouvement moderne d’opposition à tout ou partie du progrès technique ?

Jérémie Zimmermann : Tout ou partie. Non. S’opposer à tout, de toute façon c’est une stratégie perdante parce que tout arrive. Mais c’est intéressant que ça vienne en ces termes-là parce que le luddisme est un mouvement qui a souvent été décrit comme des gens qui étaient contre les machines et qui étaient contre le progrès. En réalité c’est issu de mouvements très structurés de travailleurs, d’employés, qui s’organisaient contre les abus de pouvoir de leur patron. Des gens qui s’organisaient contre l’exploitation, qui ont vu les machines arriver comme un outil de l’exploitation et qui se sont opposés aux machines comme une des formes d’opposition à l’exploitation. Donc le luddisme ce n’est pas juste des gens, des crétins qui vont aller casser les machines ; ce n’est pas du tout ça. Ce sont des gens qui ont eu un recul et une analyse politique du rôle des machines dans les interactions entre les humains et qui ont dit « si les machines doivent être utilisées comme ça, alors on ne veut pas les utiliser ».
Ce qui est intéressant aussi c’est que les luddites ont été écrasés par l’armée. Ils ont tellement fait peur au pouvoir en place qu’on a envoyé l’armée écraser les mouvements luddites, pour dire à quel point ils étaient perçus comme une menace et peut-être pour dire à l’époque combien le pouvoir en place était main dans la main avec les industriels.
Donc l’histoire des luddites je crois que ça en dit long sur l’histoire des mouvements sociaux, sur l’histoire des mouvements de résistance, sur l’histoire des mouvements qui contestent quelque chose qui nous est imposé comme étant « c’est le progrès, c’est l’innovation donc on doit tous l’accepter » ; allez hop ! tous une puce dans le cou, tous les empreintes digitales, tous des caméras partout, tous des machins. Des gens qui vont dire « attends, wait ! On souffle un coup, on réfléchit et on se pose la question : est-ce qu’on veut ça, oui ou non ? »

Je ne sais pas ce que nos amis les internets entendent par néo-luddisme mais qu’il y ait partout dans le monde, dans tous les milieux et pas seulement dans telle ou telle petite niche politique, des gens qui se posent aujourd’hui la question de notre rapport aux machines, de nos interactions avec les machines et entre nous humains au travers des machines et qui se demandent s’il n’y a pas, peut-être, une forme d’urgence à reprendre le contrôle ou d’urgence à sortir de l’urgence, je pense que c’est quelque chose de très sain.

Intervieweur : Rapide, Bullrun !

Jérémie Zimmermann : Rapide : Bullrun !
Bullrun c’est un des 150 et quelques je crois programmes de la NSA qui ont été exposés par le petit nombre de documents qu’Edward Snowden a, en pratique, rendus publics. Il y avait des tonnes on n’en a vus que très peu.
Bullrun est un de ces programmes-là. Il faut rappeler à ce stade qu’on parle Snowden, Snowden, Snowden. Snowden c’est 2013 la publication de ces documents et ces documents étaient tous datés de 2012. Donc c’était il y a six ans. Et six ans, à l’échelle de l’évolution des technologies et à l’échelle de l’évolution des capacités et des ressources des services de renseignement, c’est une ère, ou plusieurs ères !

Bullrun c’était la capacité que s’arrogeait la NSA à aller saboter les technologies permettant de protéger sa vie privée. Et Bullrun c’était un éventail de méthodes pour aller saboter les technologies.
Parfois c’était placer un employé de la NSA dans une équipe de développement pour qu’il ajoute deux-trois bugs que la NSA puisse exploiter pour s’assurer qu’une technologie qui est censée protéger la vie privée ne la protège pas tant que ça.
Parfois, et ça a été encore une fois documenté, c’était aller payer 10 millions de dollars une entreprise, RSA [RSA Security], pour qu’elle laisse un trou de sécurité ouvert au lieu de le corriger.
Parfois, ça a été des gens de la NSA qui allaient s’asseoir dans les comités de standardisation des protocoles pour dire « hou là, là, ça a l’air beaucoup trop compliqué le truc que vous essayez de faire là ! Non, non, on a un truc pour vous c’est plus simple ! » Là encore pour permettre à la NSA de se laisser un pied à l’intérieur des protocoles, des communications, des données, etc.
Donc ce que l’on a vu avec Bullrun c’est, sans doute là encore, une petite fenêtre sur cette capacité-là, mais c’est une volonté des États ou en tout cas des États-Unis et de ses partenaires les Five Eyes.

Intervieweur : Les Five Eyes ?

Jérémie Zimmermann : Les Five Eyes c’est une alliance historique qu’il y a entre les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada, dans laquelle leurs services de renseignement partagent l’information. On ne sait pas exactement ce qu’ils partagent et comment, mais en gros, on l’a vu là aussi dans les documents d’Edward Snowden, le GCHQ [Government Communications Headquarters] britannique va aller espionner des Américains, parce que la NSA « officiellement » n’a pas le droit d’espionner les Américains et ensuite la NSA va échanger l’espionnage d’un citoyen grand-breton contre ça, donc c’est une espèce de marché de dupes ; c’est vraiment un marché pour le coup, une espèce de jeu de poker où on s’échange des cartes.

Ce que montre Bullrun c’est que les États investissent des ressources considérables pour aller affaiblir la capacité des individus et des entreprises à protéger leurs données et leurs communications. C’est un paradoxe immense parce qu'on le sait, cette agence c’est la NSA, la National Security Agency, dont la mission est de garantir, on l’indique, la sécurité nationale des États-Unis et, pour ce faire, elle s’estime légitime à aller affaiblir la sécurité du monde entier y compris des citoyens américains, en rendant les protocoles de communication, le matériel, etc., plus faibles, moins fiables.

Intervieweur : On arrive à la fin.

Jérémie Zimmermann : Peut-être, c’est toi qui vois ; c’est toi le guide.

Intervieweur : On dit toujours « laisser un conseil pour les jeunes générations. »

Jérémie Zimmermann : Ah merde !

Intervieweur : Il fallait t’en rappeler mec ! On va te donner une pré-question, ce n’est pas une question, c’est donne deux-trois livres à lire pour la communauté et ensuite ton conseil pour les jeunes générations.

Jérémie Zimmermann : Il y en a un, je l’ai déjà dit, c'est À nos amis et Maintenant. Le troisième, si vous arrivez à mettre la main dessus Théorie générale de l’information et de la communication de Robert Escarpit. Salut Christophe si tu nous regardes. Un ouvrage, je crois, de 1973 ou 1976 qui est d’une densité ! Il faut presque le voir comme une forme de poésie tellement ce truc est dense ; il y a des équations et des machins. C’est un type qui était un scientifique absolument brillant qui explique les réseaux, qui explique les communications et qui explique aussi le pouvoir que ça implique ; un truc complètement visionnaire et vraiment brillant.
Après peut-être des trucs sur le bouddhisme zen ou sur le taoïsme, mais je n’ai pas de titres en tête.

Et conseil aux jeunes générations ! Ce serait peut-être : n’écoutez pas les conseils des vieilles générations et globalement ne leur faites pas confiance ; leurs matériels, leurs softwares, leurs protocoles, leurs institutions, ayez toujours, toujours un doute critique à leur sujet, y compris sur ce que je vous dis là. Et vraiment cultivez ce doute, cultivez cette critique et inventez-vous, inventez par vous-même, cherchez, essayez, échouez. N’ayez pas peur d’échouer, acceptez l’échec comme une partie du chemin, comme une partie de l’expérimentation. Et surtout ne nous faites pas confiance, détrônez-nous, destituez-nous.

Intervieweur : Jérémie Zimmermann, merci.

Jérémie Zimmermann : Merci à toi.

L'April propose un stage affaires publiques pour le premier semestre 2019

APRIL - lun, 12/03/2018 - 11:12

L'April, association de promotion et de défense du logiciel libre, propose un stage affaires publiques – dans lequel s'inscrira l'émission de radio de l'April Libre à vous ! – pour le premier semestre 2019.

Spécialité du poste : affaires publiques
Début : janvier ou février 2019
Durée : 4 à 6 mois, temps plein, éventuellement en 4/5.
Lieu : Paris 14e
Indemnisation : selon profil

Profil recherché :
Master, études juridiques / sciences politiques / affaires publiques.
Vous êtes intéressé⋅e par les enjeux des libertés à l'ère numérique et par le logiciel libre dans ses aspects éthiques, philosophiques et politiques. Capable de travailler de manière autonome, doté⋅e d'une bonne capacité d'analyse et de synthèse, le milieu associatif vous intéresse. Des compétences techniques ne sont pas nécessaires.

Descriptif du poste :
Dans le cadre de ce stage, vous serez amené⋅e à travailler sur les dossiers institutionnels de l'April (droit d’auteur, interopérabilité et DRM, vente forcée, priorité au logiciel libre dans le secteur public, etc). En étroite collaboration avec le responsable affaires publiques, vous réaliserez des analyses de fond et prendrez plus généralement part à la veille, aux discussions et au travail de sensibilisation réalisés par l'association sur les questions politiques et juridiques autour du logiciel libre. Vous participerez notamment à la préparation de l’émission de radio animée par l’April, Libre à vous ! sur radio CauseCommune : préparation des sujets, recherche et contact d’intervenant⋅es, etc.

Anglais courant souhaité.

Stage indemnisé.

Envoyer CV et lettre de motivation dans un format ouvert.

Offre aux formats odt et pdf.

Répondre au questionnaire sur notre émission de radio Libre à vous !

APRIL - lun, 12/03/2018 - 10:05

Nous souhaiterions obtenir des retours et des suggestions concernant notre émission de radio Libre à vous ! Pour cela nous avons préparé un questionnaire auquel nous vous invitons à répondre. Même si vous ne connaissiez pas cette émission ou si vous ne l'avez pas encore écoutée vous pouvez participer, certaines questions étant d'ordre plus général.

Vos réponses à ce questionnaire sont très précieuses pour nous. Elles nous permettront d'évaluer l'impact de notre émission mais aussi d'améliorer sa forme et son contenu. Il n'est pas obligatoire de répondre à toutes les questions, mais toutes vos réponses seront prises en compte. Dix minutes suffiront pour accomplir cette action.

Commencer à répondre au questionnaire

Lettre d'information publique de l'April du 1er décembre 2018

APRIL - sam, 12/01/2018 - 09:02

Bonjour,

Retrouvez-nous sur les ondes de radio Cause Commune, mardi 4 décembre 2018 de 15 h 30 à 17 h, pour notre prochaine émission Libre à vous ! Notre sujet principal sera logiciel libre et monde associatif. Le podcast sera disponible peu après la diffusion de l'émission. Vous pouvez vous abonner au flux RSS de notre podcast.

La précédente émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio Cause commune mardi 6 novembre 2018. Le sujet principal était téléphonie et libertés. Le podcast ainsi que la la transcription sont à votre disposition.

Nous souhaiterions obtenir des retours et des suggestions concernant notre émission Libre à vous ! Pour cela nous avons préparé un questionnaire auquel nous vous invitons à répondre. Dix minutes suffiront pour accomplir cette action importante pour l'April et pour la promotion du logiciel libre !

Nous venons de publier un résumé de notre analyse de la réglementation des logiciels (libres) de caisse suite à la mise à jour du BOFIP (Bulletin officiel des finances publiques — Impôts) de juillet 2018. Les logiciels libres sont ainsi de mieux en mieux pris en compte par Bercy, notamment suite à notre action.

Le site Chapril est désormais actif avec ses premiers services (instance Mastodon, rédaction collaborative de textes en ligne, planification de rendez-vous, échanges de texte de manière sécurisée) notamment pour des tests en conditions réelles d'usage. N'hésitez pas à tester/utiliser ces services.

L'April fait partie du comité d'orientation et du jury pour l'attribution des labels « Territoire Numérique Libre ». La réunion du jury et la remise des labels a eu lieu à Bordeaux à l'occasion de la 1ère édition de B-Boost. Toutes nos félicitations aux 22 collectivités labellisées et à leurs équipes pour leur engagement et leurs efforts en faveur des logiciels libres et d'une informatique loyale au service de l'intérêt général.

Le groupe Transcriptions vous offre dix nouvelles transcriptions.

N'oubliez pas d'écouter les dernières éditions du Décryptualité.

Vous pouvez noter dans votre agenda que la prochaine assemblée générale de l'association aura lieu samedi 23 mars 2019 à l'université Paris 8 (93200 Saint-Denis), à partir de 14 h. L'AG sera diffusée en direct, en audio et en vidéo.

Nous serons présents prochainement à plusieurs événements pour lesquels nous avons besoin d'aide pour tenir notre stand.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une vingtaine d'articles.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (4 décembre 2018)

La septième émission « Libre à vous ! » de l'April sera diffusée mardi 4 décembre 2018 de 15 h 30 à 17 h sur radio Cause Commune sur la bande FM en Île-de-France (93.1) et sur le site web de la radio.

Au programme : logiciel libre et monde associatif, sujet principal de l'émission ; présentation de Libre en Fête 2019 ; interview concernant Paris Open Source Summit ; événements à venir.

N'hésitez pas à diffuser largement l'annonce de l'émission.

Pour rappel, l'émission dispose d'un flux RSS compatible avec la baladodiffusion, vous pouvez vous y abonner et ainsi ne pas rater la mise en ligne du podcast (notamment si vous ne pouvez pas écouter l'émission en direct).

Testez, utilisez les premiers services services en ligne, libres et loyaux de notre Chapril

Chapril est la contribution de l'April au Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS). Le projet vise à rassembler des acteurs proposant des services en ligne libres, éthiques, décentralisés et solidaires afin de permettre aux utilisateurs de trouver - rapidement - des alternatives aux produits de Google (entre autres) mais respectueux de leurs données et de leur vie privée.

Notre chaton(s) a fini sa gestation, les premiers services sont disponibles.

N'hésitez pas à tester/utiliser ces services.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (4 décembre 2018)
  2. Testez, utilisez les premiers services services en ligne, libres et loyaux de notre Chapril
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. Réglementation des systèmes de caisse : les logiciels libres de mieux en mieux pris en compte par Bercy
    2. 22 collectivités récompensées par un label Territoire Numérique Libre 2018
    3. Écouter l'émission Libre à vous ! diffusée mardi 6 novembre 2018 sur radio Cause Commune
    4. Répondre au questionnaire sur l'émission Libre à vous !
    5. Dix nouvelles transcriptions
    6. Décryptualité
    7. Revue de presse
  4. Conférences, événements
    1. Événements à venir
    2. Événements passés
  5. Vie associative
    1. Assemblée générale de l'April le samedi 23 mars 2019 et April Camp le dimanche 24 mars
    2. Revue hebdomadaire
    3. Adhésions
  6. Soutenir l'association
  7. Rejoindre l'association à titre individuel
  8. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  9. Archives
Dossiers, campagnes et projets Réglementation des systèmes de caisse : les logiciels libres de mieux en mieux pris en compte par Bercy

Depuis le 1er janvier 2018, toute personne utilisant un logiciel ou système de caisse doit détenir un document attestant de la conformité de son outil à la réglementation visant à lutter contre la fraude à la TVA. Un dispositif inscrit à l’article 286 3° bis du code général des impôts et initialement issu de la loi de finances pour 2016, date à laquelle l’April s’est engagée pour la promotion et la défense des logiciels libres ayant des fonctions d’encaissement.

Nous venons de publier un résumé de notre analyse de la réglementation des logiciels (libres) de caisse suite à la mise à jour du BOFIP (Bulletin officiel des finances publiques — Impôts) de juillet 2018.

22 collectivités récompensées par un label Territoire Numérique Libre 2018

Suite aux délibérations du jury, le palmarès du label Territoire Numérique Libre 2018 a été dévoilé mardi 6 novembre 2018. Toutes nos félicitations aux 22 collectivités labellisées et à leurs équipes pour leur engagement et leurs efforts en faveur des logiciels libres et d'une informatique loyale au service de l'intérêt général.

Écouter l'émission Libre à vous ! diffusée mardi 6 novembre 2018 sur radio Cause Commune

La sixième émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio Cause commune mardi 6 novembre 2018 de 15 h 30 à 17 h. Nous avons commencé par une courte présentation du dernier hors-série Les dossiers du Canard enchaîné d'octobre 2018 consacré à la question de la vie privée. Nous avons ensuite présenté la Semaine des libertés numériques qui a lieu au Bar commun (Paris), du 21 au 25 novembre 2018. Notre sujet principal a été téléphonie mobile et libertés. Vous pouvez écouter le podcast de l'émission ou ceux des sujets traités.

Pour rappel, l'émission dispose d'un flux RSS compatible avec la baladodiffusion, vous pouvez vous y abonner.

Répondre au questionnaire sur l'émission Libre à vous !

Nous souhaiterions obtenir des retours et des suggestions concernant notre émission Libre à vous ! Pour cela nous avons préparé un questionnaire auquel nous vous invitons à répondre. Même si vous ne connaissiez pas cette émission ou si vous ne l'avez pas encore écoutée vous pouvez participer, certaines questions étant d'ordre plus général.

Vos réponses à ce questionnaire sont très précieuses pour nous. Elles nous permettront d'évaluer l'impact de notre émission mais aussi d'améliorer sa forme et son contenu. Il n'est pas obligatoire de répondre à toutes les questions, mais toutes vos réponses seront prises en compte. Dix minutes suffiront pour accomplir cette action, importante pour l'April et pour la promotion du logiciel libre !

Pour répondre au questionnaire, rendez-vous sur la page dédiée.

Dix nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec dix nouvelles transcriptions :

Décryptualité

Depuis le 20 février 2017, date du premier Décryptualité, un petit groupe de membres de l’April se réunit chaque semaine : « On a eu envie de faire quelque chose d’un petit peu différent de la revue de presse de l’April, qui soit un petit peu plus large ». Dans un format d’une quinzaine de minutes, les sujets concernant l’actualité informatique sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre.

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide de la revue de presse est disponible pour celles et ceux qui souhaiteraient contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Conférences, événements Événements à venir Événements passés Vie associative Assemblée générale de l'April le samedi 23 mars 2019 et April Camp le dimanche 24 mars

Vous pouvez noter dans votre agenda que la prochaine assemblée générale de l'association se tiendra le samedi 23 mars 2019 à l'université Paris 8 (93200 Saint-Denis), à partir de 14h.

L'AG sera diffusée en direct, en audio et en vidéo.

Nous profiterons de ce week-end pour organiser des discussions, réunions de travail le dimanche 24 mars (le lieu sera précisé ultérieurement).

Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 2 novembre 2018, la synthèse de la revue du 9 novembre 2018, la synthèse de la revue du 16 novembre 2018, la synthèse de la revue du 23 novembre 2018, la synthèse de la revue du 30 novembre 2018.

Adhésions

Au 1er décembre 2018, l'association compte 4 109 membres (3 717 personnes physiques, 392 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante https://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, vous pouvez remplir le formulaire en ligne.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Archives

Pour recevoir automatiquement par courriel cette lettre, inscrivez-vous à la liste de diffusion

Les archives de la lettre sont disponibles en ligne.

Quand Magali boycotte Facebook - Décryptualité du 26 novembre 2018 - Transcription

APRIL - ven, 11/30/2018 - 15:24


Titre : Décryptualité du 26 novembre 2018 - Quand Magali boycotte Facebook
Intervenants : Luc - Mag - Manu - Christian - Lucile
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : novembre 2018
Durée : 13 min 25
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 47 de l'année 2018
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Magali Garnero Trombinoscope de l'April - Licence LAL version 1.3 ou ultérieure, CC-BY-SA version 2.0 ou ultérieure et GNU FDL version 1.3 ou ultérieure, en savoir plus.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Lors de la Semaine des Libertés numériques du Bar commun, Magali a, entre autres, participé à une table ronde sur le thème « faut-il boycotter Facebook ». L'occasion de faire un point sur ce réseau social particulièrement critiqué depuis un an.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 47. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Christian.

Christian : Salut Lucile.

Lucile : Salut Luc.

Luc : On est nombreux ce soir autour de la table. Qu’est-ce qu’on a au sommaire de la revue de presse Manu ?

Manu : Un sommaire très rapide.

Mag : Oui, que quatre articles. Le premier : FIGARO, « Un développeur du logiciel VLC et un hacker français nommés chevaliers de l’Ordre du Mérite », par Elisa Braun.

Manu : C’est super intéressant et en plus c’est sur Le Figaro ; ça parle de Libre de manière très positive avec des médailles à la clef. C’est quand même assez important.

Luc : C’est qui ?

Christian : C’est un chevalier.

Manu : On n’a pas le temps !

Mag : Mais si, c’est Jean-Baptiste Kempf ; c’est un copain, on le connaît.

Luc : Et il est très content !

Mag : Et le hacker c’est Gaël Musquet, pareil, c’est aussi un copain. Article suivant : InformatiqueNews.fr, « L’Open Source : du SI à la transformation numérique », par la rédaction.

Manu : C’est encore une étude qui est faite sur des DSI, des directions de services informatiques, pour montrer que le Libre, l’open sourcemarche bien et marche de mieux en mieux. Donc allez jeter un œil si vous êtes dans une entreprise qui s’intéresse à tout ça.

Mag : Next INpact, « Quand le droit d’auteur devient plus vigoureux que la lutte contre les contenus terroristes », par Marc Rees.

Manu : Ça parle de l’article 13 notamment, et de l’article 11 aussi sur la réforme des droits d’auteur en Europe et il semblerait qu’étant donné les différentes sanctions qui sont prévues dans ces articles, ça risque d’être pire que si on diffusait des contenus terroristes sur Internet. Donc ça fait un peu tache.

Luc : C’est par rapport à la responsabilité des hébergeurs ; ça arrive plus vite, plus fort pour du piratage que pour des trucs de terrorisme.

Manu : C’est un peu ridicule, mais bon ! Le ridicule ne tue pas, pas encore. J’annonce le prochain article parce qu’il y a quelqu’un d’intéressant dedans : Le Drenche, « Faut-il boycotter Facebook ? », de Magali Gardero et Éric Delcroix. Magali Gardero, ça me dit quelque chose, mais je ne vois pas de qui il s’agit !

Luc : C’est marrant, Mag, c’est le même prénom que toi !

Mag : Oui, mais ce n’est pas le même nom, et pourtant c’est la même photo. Bref ! Effectivement j’ai participé à une petite conférence lors d’un évènement qui s’appelle La Semaine des Libertés Numériques1 et le journaliste qui a animé l’évènement a voulu faire beaucoup de provocation en proposant un boycott de Facebook.

Manu : On va parler de ça parce que c’est un sujet des plus intéressants.

Luc : Pour se mettre un petit peu dans l’ambiance, autour de la table qui utilise ou a utilisé Facebook ?

Lucile : Moi j’ai utilisé beaucoup Facebook.

Luc : Mag ?

Mag : Moi je l’utilise professionnellement mais pas personnellement.

Luc : Et après ? Silence éloquent !

Manu : J’ai un compte.

Luc : Tu as un compte.

Manu : Mais je ne poste rien dessus. Peut-être que j’ai un retransfert de Twitter, il faut voir, mais pas grand-chose.

Mag : Il ne poste pas, il espionne !

Manu : Et toi Christian ?

Christian : Eh bien non, moi je travaille les solutions alternatives, le fait de s’en passer parce que n’est pas forcément utile et qu’on peut trouver des solutions ailleurs. Alors ce n’est pas forcément évident, mais il y a des alternatives. Oui.

Manu : Et toi Luc.

Luc : Moi j’ai créé un compte il y a des années de ça, je suis resté 15 jours, j’ai trouvé ça abominable et je suis parti.

Manu : C’est moche ce que tu dis ! Tu ne regardes pas la pulsation des réseaux sociaux, tu n’es pas au courant de ce qui se passe pour le coup ! Tu rates plein de choses !

Mag : Luc, tu as dit que tu avais fermé ton compte Facebook.

Luc : Oui.

Mag : Eh bien j’ai une mauvaise nouvelle pour toi : tu es toujours là et d’ailleurs nous avons des amis en commun.

Luc : OK. Il va falloir que j’aille le fermer.

Manu : C’est un phénomène dont on a déjà parlé plusieurs fois, mais c’est bizarre qu’on le voit, c’est peut-être un compte fantôme.

Luc : Non, non ! J’avais créé un compte à l’époque, c’était il y a des années de ça, et c’est possible ; je n’y suis jamais retourné.

Manu : La suppression ne marche pas de manière immédiate et il faut souvent reconfirmer la suppression. On le sait depuis le hashtag #DeleteFacebook.

Luc : En plus de ça moi, à l’époque, je n’ai pas trop testé « autoriser de fermer son compte » et de le supprimer.

Christian : Voilà. Avais-tu envoyé la copie de ta carte d’identité ?

Luc : C’était bien avant que Max Schrems fasse toute sa démarche. Max Schrems, on le rappelle, c’était à l’époque un étudiant autrichien qui avait dit « je veux supprimer, en accord avec le droit européen, faire supprimer toutes les données qu’il y a, y accéder déjà et faire supprimer » et Facebook avait refusé, fait du blocage. Il avait été obligé de lancer des procédures bien lourdes et ils lui avaient donné toutes ses infos au format papier donc avec quelques dizaines de kilos de papier pour bien montrer qu’ils n’avaient pas tellement envie de se plier au droit européen.

Manu : Fait-il boycotter Facebook ? Qui a tenu l’argumentaire de « oui, il faut boycotter Facebook » ?

Mag : C’était moi qui étais pour le boycott et c’était Éric Delcroix qui était contre.

Manu : Et tu avais beaucoup d’arguments ?

Mag : J’en avais trop en fait. Le problème ça a été de se limiter. Au départ j’ai préparé ma conférence en disant « voici tous mes arguments. Je vais aller maintenant chercher dans la presse pour m’appuyer et avoir des exemples concrets ». La première fois que j’avais fait ça j’avais dû remonter à quatre ans ! Quatre ans en arrière pour trouver des articles qui correspondaient. Là je suis remontée jusqu’à avril 2018. C’est-à-dire qu’il s’est passé tellement de choses en 2018, on a tellement entendu de mal de Facebook depuis le début de l’année que ça a été trop facile pour préparer ma conférence.

Lucile : Moi je suis toujours inscrite sur Facebook parce que j’occupe le terrain, je n’aimerais qu’on prenne ma place. Par contre, on ne me retrouve pas parce que j’ai tellement critiqué l’OTAN, Israël, la Turquie, les Américains, les génocides multiples et variés des Yéménites, des Rohingyas et tout ça, qu’on ne me trouve plus. Donc voilà ! Après on peut dire qu’il y a deux poids deux mesures, parce que les Rohingyas, eh bien il n’y a pas eu beaucoup de fermetures de comptes pour les gens qui faisaient des appels à la haine alors que j’ai des amis syriens qui ont dû recréer des comptes une bonne dizaine de fois.

Luc : Manu, tu peux peut-être nous raconter cette histoire.

Manu : Les Rohingyas c’est une population musulmane qui est génocidée en ce moment dans un pays à majorité bouddhiste et il semblerait que les autorités du pays aient utilisé massivement et pendant plusieurs années Facebook pour construire toute une narration contre les Rohingyas ; elles auraient créé des comptes de trolls, des faux-comptes de popstars et différentes identités fausses. 700 personnes auraient travaillé pendant des années à cette narration : les Rohingyas ce sont les traîtres, les Rohingyas ce ne sont pas des gens qui viennent du pays, les Rohingyas ce sont moins que des animaux il faut les tuer. Le résultat est un génocide qui ne dit pas forcément son nom parce qu’il y a plein de gens qui le refusent et Zuckerberg, vraisemblablement, était au courant depuis assez tôt de toutes ces manigances et, ça fait partie des problèmes, n’a rien fait.

Luc : Facebook a le plus grand mal à filtrer les choses. Un truc moins dramatique avec l’élection présidentielle et tous les trolls, tout ce qu’on appelle les fake news qui est un terme qui ratisse un peu large, mais tout ça, tous les réseaux sociaux n’arrivent pas à filtrer.

Christian : C’est étonnant parce que ça rappelle un autre grand système dont on a parlé la semaine dernière qui fait ce qu’il veut, qui ne respecte pas forcément les lois, les personnes, et à nouveau on se retrouve avec un gros système qui n’est pas forcément intéressant. Il faudra vraiment réfléchir à explorer des alternatives plus intéressantes.

Manu : Mets un nom sur le système dont tu parles !

Christian : On a parlé de You… You… You… Youtube.

Luc : Il n’arrive pas à le dire. Ça lui écorche la bouche. En tout cas aujourd’hui on parle de Facebook ; dans les arguments pour Facebook il y avait quoi ? Ton opposant a dit quoi ?

Mag : Mon opposant a dit que c’est là où il y avait le plus de monde.

Luc : C’est vrai. Oui.

Mag : Donc on ne pouvait pas vraiment en sortir.

Luc : C’est la dictature de la majorité.

Mag : Voilà ! Il a aussi sorti un argument qui m’a fait de la peine pour lui, il a dit que sans Facebook il n’y aurait pas les gilets jaunes. Comme si on avait besoin de Facebook pour promouvoir les gilets jaunes. Avant, les gilets jaunes auraient très bien pu se faire connaître autrement sans passer par Facebook. Et puis non, je ne vais pas être méchante avec les gilets jaunes !

Luc : C’est un sociologue donc il peut trouver intéressant qu’il y ait des mouvements qui se créent. De fait il y a ça.

Lucile : Après, il y a des problèmes qui sont liés généralement à Internet avec les trolls qui peuvent être sur n’importe quel support et l’éducation des gens à la réaction aux trolls, vérifier les profils, ne pas nourrir les trolls, etc. Donc il y aussi un savoir être qui pourrait limiter les dégâts, on va dire.

Manu : Je pense qu’il y a effectivement une forme de pédagogie à avoir et qui est en cours, en fait, par les différents médias qui apprennent à la population à mieux à réagir. Ça va prendre du temps mais éventuellement, les gens vont devenir sophistiqués par rapport à tout cela. On peut l’espérer !

Mag : Dans les autres arguments qui m’ont aussi fait rire, il a parlé de La Redoute ; La Redoute qui récupérait nos données, qui nous envoyait de la pub sous forme de catalogue, pour nous montrer qu’en fait Facebook n’avait vraiment rien de nouveau, que ça existait depuis des années. Il a aussi mélangé les choses en disant « pourquoi vous boycottez Facebook ? Pourquoi vous ne boycottez pas les autres GAFAM ? »

Luc : Donc tu lui as répondu que tu boycottais aussi les autres GAFAM.

Mag : Je lui ai proposé de faire quatre autres conférences sur Google, Amazon, Apple et Microsoft, avec plaisir.

Luc : Donc coup tes arguments c’était quoi ? Tu as quatre arguments majeurs ; il y en a d’autres, il y en a plein d’autres.

Mag : Dans mes arguments majeurs, il y avait le fait que Facebook c’est une énorme entreprise américaine qui fait partie des cinq plus grosses puissances boursières, or ses services sont gratuits, donc il y avait forcément un moyen de se faire du fric derrière notre dos. Je lui ai parlé des données et du non-respect des données qu’ils récoltaient avec la revente, l’analyse et tout ce qu’ils peuvent en faire.

Luc : On rappelle que l’équivalent belge de la CNIL a dit que Facebook ne respectait pas le droit européen ; donc ce ne sont pas juste des allégations.

Mag : J’ai aussi parlé des fake news dont tu parlais et mon dernier argument, qui était mon préféré, c’était les failles informatiques. Quand on voit la tonne d’argent que se fait Facebook sur notre dos, comment ça se fait qu’ils arrivent encore à se faire pirater ? Comment ça se fait qu’ils donnent ? Il y a un exemple qui m’avait bien perturbée : ils ont donné leurs données, toute la vie privée intime à un soi-disant chercheur qui en l'a partagée à tout son réseau.

Luc : Ça c’est l’affaire ?

Mag : Cambridge Analytica2.

Luc : Cambridge Analytica ; à chaque fois je l’oublie. Ils ne les ont pas données qu’à une seule personne. À l’époque ils donnaient à plein, plein de partenaires.

Christian : Ils les donnent ?

Luc : Ils ne les donnent plus mais à l’époque ils les donnaient.

Manu : Il fallait juste signer un contrat.

Christian : Un contrat ? Un contrat avec de l’argent ?

Manu : Non, non ! Un contrat qui t’engageait juste à respecter certaines clauses. Il fallait soi-disant être de bonne foi.

Luc : Et ce n’était pas nécessairement le contrat de Facebook. Il y a un article que j’ai vu passer justement sur toute l’histoire en question où, en fait, ils ont admis qu’ils avaient signé un accord avec le prestataire, ils n’ont pas lu les conditions d’utilisation et c’est le prestataire qui a permis d’alimenter Cambridge Analytica qui a pompé les données de genre 87 millions de personnes et Facebook a lâché le truc sans lire les conditions, le contrat de la personne à qui il était en train de filer les données de 87 millions de personnes. Donc non seulement ils les ont données à n’importe qui, mais manifestement ils n’ont fait aucune vérification.

Manu : Rassurons-nous, Facebook, enfin Mark Zuckerberg s’est excusé : « Pardonnez-moi, excusez-moi, on ne le refera plus. »

Mag : Il a dû le faire au moins une dizaine de fois depuis le début de l’année !

Lucile : J’avais déjà participé à d’autres forums sur des problématiques politiques ou religieuses où on avait aussi des problèmes de trolls, aussi des problèmes de filtrage un peu orienté et tout ça. Ce qui est le plus inquiétant sur Facebook c’est la réécriture de l’histoire, de vos fils, de posts et tout ça. On rentre quand même dans un système où on se sent manipulé. Il y a des gens qui sont conscients de devenir accros parce qu’il y a des optimisations pour que les gens postent et tout.

Manu : Pour qu’ils restent plus longtemps.

Lucile : Quand même, ce que je trouve positif, c’est que quand les gens se font attaquer et boycotter, etc., ils finissent par prendre conscience qu’en fait il faudrait déjà qu’ils publient sur un site personnel parce que tout ce que tu publies appartient à Facebook, un site personnel à l’extérieur et après qu’ils se servent de Facebook comme de n’importe quelle…

Luc : Plateforme de diffusion, en fait.

Manu : Il semble que toi, Luc, tu avais des histoires là-dessus, de gens qui, de l’intérieur, avaient remarqué des choses.

Luc : Ils sont sortis ! En 2017, coup sur coup, deux personnes qui ont bossé chez Facebook et qui n’ont pas eu des petits boulots: il y en a une qui a un nom que je vais écorcher, c’est Chamath Palihapitiya, qui était le vice-président de la croissance d’audience de Facebook ; lui est super virulent, il dit texto qu’il interdit à son fils, à ses enfants, d’utiliser « cette merde », je le cite.

Manu : Depuis qu’il est parti de Facebook, avec de l’argent !

Luc : Depuis qu’il est parti et qu’il se sent vachement coupable. Les deux ont gagné beaucoup d’argent, mais ils l’ont gardé, quand même ! Ils se sentent super coupables, mais il y a des limites à tout ! Une de ses citations c’est : « nous avons créé des outils qui déchirent la cohésion sur laquelle la société est fondée. »

Il y a un deuxième gars qui lui aussi a eu un petit poste chez Facebook, il était président, donc président de Facebook, il s’appelle Sean Parker et en 2017, même chose, il s’est barré. Pas aussi virulent que le précédent, il dit : « Facebook – et ça rejoint ce que tu disais Lucile – a été conçu pour exploiter une vulnérabilité humaine. » Sean Parker explique en gros que Facebook a été pensé pour hacker le circuit de la récompense, donc de la dopamine. L’idée c’est non seulement d’y rester longtemps mais aussi d’y revenir le plus souvent possible. Tout le monde aime être au centre de l’attention : quand on va poster on a des retours et tout est fait pour que les gens aient un retour régulier pour se sentir bien et pour revenir, pour remanger de la pub et remettre des informations qui vont être exploitées derrière.

Manu : Chose amusante, des chercheurs ont étudié les gens qui utilisent Facebook et ils ont déterminé qu’en majorité les gens sont plus malheureux d’utiliser Facebook que de ne pas l’utiliser, donc c’est assez terrible !

Luc : Toutes les études ne vont pas toujours dans ce sens-là, mais c’est vrai qu’il y en a un paquet qui disent ça.

Mag : En tout cas je voulais remercier Julien Roirant, le journaliste animateur de cette conférence contre le boycott.

Luc : Pour le boycott.

Mag : Pour ou contre le boycott et mon partenaire de conférence, Éric Delcroix, qui est un sociologue et qui a écrit plusieurs livres, donc qui aurait très bien pu être pour le boycott. Il avait tous les arguments pour me remplacer et moi j’aurais peut-être… Non ça aurait été compliqué de faire contre le boycott. En tout cas je le remercie d’avoir participé à cette conférence.

Manu : Au Bar commun.

Mag : Au Bar commun, 135 rue des Poissonniers dans le 18e Paris ; c’était un super évènement.

Luc : Merci beaucoup. Salut tout le monde. À la semaine prochaine.

Mag : Salut !

Manu : À la semaine prochaine.

Lucile : Salut.

À l'école du Big Data - Les Amis d’Orwell

APRIL - ven, 11/30/2018 - 08:49


Titre : À l’école du Big Data
Intervenants : Membres du collectif Souriez vous êtes filmé.e.s
Lieu : Émission Les Amis d'Orwell - Radio libertaire
Date : novembre 2018
Durée : 1 h 28 min
Voir le site de l'émission ou télécharger le podcast
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Child using a computer Wikimedia Commons - Licence Creative Commons CC0 1.0 Universal Public Domain Dedication.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Comment l’Éducation nationale prend des libertés avec les données personnelles de 13 millions d’élèves.

Transcription

Jet : Bonsoir. C’est l’heure des Amis d’Orwell sur Radio libertaire. Aujourd’hui beaucoup de monde autour de la table. On va vous parler du Big Data à l’école ; comment l’Éducation nationale prend des libertés avec les données personnelles de 13 millions d’élèves, autant que ça, effectivement. Autour de la table on a cinq personnes avec moi. Il y a Lise aujourd’hui qui assure la technique. Lise aux manettes, super.

Lise : Oui. Bonsoir.

Jet : Je suis avec Flo qui est une des intervenantes de ce soir qui m’a aidé à préparer l’émission. Flo, on a écouté un morceau de Lola Lafon.

Flo : Oui, c’était Lola Lafon Le bilan de compétences.

Jet : On va vous parler notamment des compétences telles qu’on les définit ainsi à l’école. On va vous parler des principaux fichiers scolaires en activité aujourd’hui. Dans Les Amis d’Orwell on en a parlé assez souvent depuis une dizaine d’années en mettant l’accent sur le livret scolaire unique, ce qui s’appelle le LSU, parfois on appelle ça aussi le LSUN, pour numérique. Nous parlerons aussi de Pronote ; c’est une sorte d’usine à gaz numérique éditée par une boîte privée qui équipe 80 à 90 % des collèges et lycées en France. Nous parlerons aussi d’une grande campagne d’évaluation nationale que le ministère impose aux élèves depuis cette rentrée ; ça se déroule en CP, en 6e et en seconde, je crois.

Flo : Oui.

Jet : C’est ça. Et surtout de la manière dont le ministère de l’Éducation nationale gère les données personnelles des enfants. C’est un peu la face cachée de l’« École de la confiance », parce qu’il faut rappeler que c’est le slogan génial qu’a trouvé le ministre de l’Éducation nationale, monsieur Blanquer, pour nous endormir, à l’image du serpent du Livre de la jungle.
Je vais donner un petit peu la parole à tout le monde pour que chacun se présente. D’abord Flo, encore une fois.

Flo : Bonsoir. Je suis institutrice sur Paris et mère d’un élève de 6e.

Jet : On va faire un petit tour de table.

Thomas : Thomas. AED, enfin surveillant dans un collège à Paris.

Jet : AED c’est donc ?

Thomas : Assistant d’éducation. « ED » c’est pour éducation.

Jet : Dans un collège à Paris.

Édouard : Édouard, pareil, assistant d’éducation dans le même collège à Paris, avec Thomas.

Jean-Marc : Jean-Marc, professeur des écoles en CP, donc concerné directement par les évaluations de cette année, dans une école élémentaire de Paris aussi.

Ghjuvanni Ghjuvanni, professeur dans un collège à Villepinte en Seine-Saint-Denis.

Jet : En Seine-Saint-Denis.
On va commencer par parler du Big Data. Peut-être qu’il faut indiquer de quoi ça parle. Ça vous parle le Big Data, en fait, si on fait un petit tour de table ?

Flo : C’était la colle du soir ! Bonsoir.

Jet : La colle du soir. C’est quoi le Big Data ?

Flo : Allez, donne la réponse !

Edouard : Je dirais que c’est le fait de ficher. Toutes les informations qu’on a les mettre sur des serveurs et tout avoir à disposition pour une durée indéterminée, pour ceux d’en haut.

Jet : Le Big Data c’est un amas d’informations sur tout et n’importe quoi. En fait ça ne concerne pas simplement des gens ; ça peut concerner tout simplement des informations sur la température qu’il fait, sur le nombre d’hectolitres, le volume d’eau qui est dépensé au niveau d’une commune.
Évidemment, quand on parle du Big Data à l’école, ça ne veut pas dire que le ministère de l’Éducation nationale est devenu hier soir une filiale de Facebook, mais c’est un petit peu ce que ça sous-entend. Facebook et toutes les grosses compagnies internets font du Big Data pour « servir », entre guillemets, les internautes de publicité ciblée. On parle aussi de Big Data dans les villes, dans la gestion des réseaux d’eau et des réseaux électriques, des réseaux d’énergie.
À l’école, ça veut dire tout simplement que les élèves sont fichés numériquement, on va le voir, et surtout selon leur état-civil, c’est-à-dire fichés nominativement. S’accumule sur leur dos – sans évidemment qu’ils soient complètement au courant, parfois pas du tout, notamment évidemment leurs tuteurs et leurs parents c’est la même chose – une masse énorme d’informations qui concernent leur comportement à l’école, leur assiduité et, de plus en plus leur niveau, leurs résultats scolaires.

Donc effectivement on peut se demander pourquoi l’Éducation nationale a besoin de recueillir autant d’informations sur les élèves et surtout en maintenant des bases de données qui ne restent pas au niveau des établissements, qui sont partagées au niveau académique, parfois au niveau national ; tout ça avec le nom des élèves et, évidemment, il y a un grand projet politique depuis une vingtaine d’années. C’est même parti du niveau européen : il y a eu des directives, il y a eu des mesures qui, aujourd’hui, arrivent à échéance, en fait. L’injonction c’est que chaque personne aura sur son compte une sorte de CV numérique qui s’accumule au fur et à mesure de sa scolarité et après au niveau de ses études supérieures ; cela arrivera à alimenter ce qu’on appelle le compte personnel de formation qui est censé être présent dans le compte personnel d’activité qui a été voté par la loi El Khomri il y a deux ans, effectivement c'était fameuse loi travail et c’était un des articles qui est passé.

Ça c’est, je dirais, la théorie, c’est le basique. Maintenant si on en vient justement à entrer dans les détails, tout à l’heure on a parlé de ces fameuses évaluations nationales. On va faire encore une fois un tour de table ; chacun prend la parole. Est-ce qu’on fait aussi un petit point sur les fichiers qui existent aujourd’hui dans l’Éducation nationale ?

Flo : Peut-être juste pour rappeler, pour avoir une idée de l’ampleur des dégâts si j’ose dire.

Jet : Les fichiers à l’école, ça commence à trois ans. C’est ça. La scolarité est obligatoire, comme vous le savez, de six à seize ans et, au niveau des données personnelles, ça commence à trois ans parce que dès l’entrée en maternelle, dès l'inscription de l’enfant, qui est sans doute en crèche, à l’école maternelle — ça se passe au mois de juin, tous les parents ont connu ça, au mois de juin il faut inscrire son enfant à l’école maternelle pour la rentrée de septembre — eh bien dès l’inscription l’enfant reçoit un matricule comme une espèce de tampon, un code barre sur le front ; ça s’appelle l’INE, c’est l’identifiant national élève et cet INE est versé dans une base nationale, c’est même un répertoire, et qui le suivra toute sa scolarité. Il rentre à l’école maternelle avec un premier fichier qui lui est académique, qui s’appelle Base Élèves, qui maintenant a été rebaptisé, qui s’appelle Onde, o, n, d, e. Ça veut dire quoi Onde déjà ? Ça veut dire : Outil numérique pour la direction d’école, c’est joli encore ! Base Élèves, il y a eu une grosse lutte il y a une dizaine d’années autour de ce fichier qui, justement, voulait rassembler à la fois les éléments d’état-civil, les éléments qui concernent les parents, mais également tout ce qui était relevé de notes, comportement de l’enfant, absences et notamment aussi des données de santé c’est-à-dire qui relèvent des suivis éventuels qui peuvent lui être proposés s’il est en situation de handicap. C’est ça ?

Flo : Il y avait la nationalité aussi à l’époque quand c’est sorti.

Jet : Donc en 2008 Base Élèves a été un petit peu refondu ; à l’époque le ministre c’était Darcos, donc le fichier Base Élèves est sorti un peu édulcoré et aujourd’hui, toutes les données qui ont été enlevées de Base Élèves il y a dix ans sont réapparues il y a deux ans dans le fameux livret scolaire unique numérique.
Ça c’est le premier maillon, en fait, de fichage républicain. Ce qu’on peut dire c’est qu’à l’école ça commence par l’INE plus le fichier Base Élèves qui a été rebaptisé Onde.

Ensuite, il y a le fichier Siècle qui prend le relais au niveau du second degré, donc dès le collège. Je vois qu’il y a pas mal de gens qui prennent des notes autour de la table ; c’est super !
Siècle, en fait là aussi, c’est une grosse usine à gaz. Dans Siècle il y a différents modules, par exemple pour repérer les décrocheurs ; les décrocheurs ce sont les élèves qui sortent ou qui sont susceptibles de sortir du système parce qu’ils sont en échec scolaire permanent ou qui se répète.

Il y a aussi deux passerelles informatiques qu’on appelle Affelnet qui gèrent les affectations, c’est-à-dire en sortie de l’école et en sortie du collège pour affecter les enfants dans l’établissement suivant et vous connaissez tous Parcoursup qu’on ne présente plus ; Parcoursup a remplacé une application qui s’appelait Admission Post-Bac et qui là gère concrètement par algorithme l’affectation des élèves. Là on est vraiment dans le Big Data final à la sortie de la terminale.

Il y a encore énormément d’autres applications. Tout à l’heure on parlera aussi de Pronote qui est une application qui est plutôt gérée dans les collèges, qui bientôt va apparaître dans les écoles.
C’est ça qu’il faut voir, c’est qu’il y a des fichiers qui sont gérés par l’administration, Onde et Siècle, et derrière, tout autour, il y a des logiciels, des progiciels qui sont vendus aux collèges et aux lycées pour, je dirais, créer des interfaces un peu sympa ; Pronote en est une.

Il y a aussi des ENT. Est-ce que ça vous dit quelque chose ? Les ENT sont des environnements numériques de travail qui sont, justement, pour les parents, pour les élèves, pour les profs, des manières de présenter de manière ergonomique l’accès à tous ces fichiers.

Et tout ça, en fait, participe aussi à l’acceptation du système puisque, évidemment puisqu’il y a des facilités d’accès ; il n’y a quasiment plus de cahier de textes, tout est géré en ligne. On relève aussi les notes des enfants en ligne ; on fait l’appel en ligne et effectivement, ça fait partie du sujet qui sera évoqué aujourd’hui avec nos invités.

Ça c’était donc le décor. Est-ce qu’on peut commencer maintenant par parler de la campagne d’évaluation nationale ? Première question : qu’est-ce qui existait avant ? Qu’est-ce que ça change ? Et qu’est-ce que ça implique au niveau des données personnelles des élèves ? Je ne donne pas la parole ; chacun la prend à l’arrache.

Jean-Marc : Donc Jean-Marc, pour travailler en élémentaire depuis une douzaine d’années, j’ai connu un certain nombre d’évaluations nationales sur la tranche d’âge des élèves de primaire. Il y a toujours eu des évaluations qui s’adressaient à une poignée, à un petit échantillon, pour faire des statistiques et pour éventuellement réfléchir à améliorer des choses dans le système scolaire.

Jet : Dans quelles classes ? Dès l’entrée au CP ?

Flo : Ça dépendait des années.

Jean-Marc : Ça dépendait des années. Ces évaluations-là qui s’adressent à un petit échantillon ça peut être effectivement des outils pour réfléchir à un système éducatif, pourquoi pas. Moi je suis arrivé sur le travail, sur mon école, sur le CE1 avec des évaluations nationales de CE1 obligatoires, un peu à la manière de celles d’aujourd’hui en CP, mais tellement obligatoires et avec un tel enjeu que les enseignants qui les faisaient passer touchaient une prime de 400 euros à ce moment-là, pour les faire passer exactement comme le ministère le souhaitait.

Jet : La carotte !

Jean-Marc : Donc la carotte. Pour montrer aussi que quand ils mettent en place des dispositifs tels que celui-là ils sont vraiment loin d’être sûrs d’avoir l’approbation de l’ensemble de la profession.

Jet : Ça c’était à quelle époque ?

Jean-Marc : 2008, Darcos. Blanquer c’était le conseiller de Darcos, à l’époque.

Jet : À l’époque.

Jean-Marc : Ce qu’on a aujourd’hui c’est vraiment dans la continuité de ce que Sarkozy avait essayé de mettre en place. Il avait tenté le coup et puis il y a énormément d’enseignants qui ont l’habitude d’obéir à tout ce qu’on leur demande, qui ne voient pas forcément où est le mal, qui essayent, qui laissent le temps de voir si les choses vont fonctionner ou pas, qui laissent leur chance à celui qui vient d’être élu dans notre belle démocratie ; je pense qu’il y en a aussi pas mal qui ont été contents d’empocher 400 euros.
À ce moment-là il y a eu vraiment des réactions diverses. Il y en a qui se sont dit : on ne va pas s’opposer brutalement à cette chose-là puisque s’il y a la carotte de 400 euros, il y a aussi potentiellement les sanctions qui viennent sur les opposants et les opposantes. Donc il y a eu une vraie réaction de faire passer ces évaluations-là et de faire remonter des résultats qui étaient plafonnés, qui optimisaient les résultats des élèves comme si tout le monde avait vraiment réussi ces évaluations. Cette manière un peu modérée, on va dire, de réagir, je pense que ça a quand même énormément brouillé les pistes et les enseignants ont pu avoir la prime de 400 euros tout en foutant quand même vraiment le bazar dans ce système-là.

Jet : À l’époque, on est d’accord, ce n’était pas numérique ; c’était des questionnaires papier.

Jean-Marc : Mais il y avait quand même une remontée numérique qui se faisait après, mais sur des logiciels de l’époque.

Jet : Un tableau excel.

Jean-Marc : Voilà, un tableau excel, exactement ça, oui. Il n’y avait pas encore cette dimension de garder les données à long terme ; par contre, on était déjà dans le fait qu’on soupçonnait réellement la presse, avec l’accord du ministère, de sortir après un classement d’écoles avec le démantèlement de la carte scolaire qui se jouait à peu près à ce moment-là aussi. Les enjeux c’était plutôt ceux-là à l’époque.

Jet : C’était donc national. C’est-à-dire que ce n’était pas des statistiques ; il n’y avait pas un département choisi : tout le monde devait le passer.

Jean-Marc : Là c'était tout le monde en même temps et c’était en CE1 et en CM2 pour l’élémentaire. Après, pour les autres niveaux, au collège, je ne me souviens plus.

Flo : Et même bien avant cela parce que moi je suis beaucoup plus vieille que Jean-Marc.

Jet : Toi aussi tu es aussi enseignante, professeur des écoles à Paris.

Flo : Oui, dans le primaire. J’ai peur de dire des bêtises, mais en gros, au tout début des années 2000, il y avait des évaluations en CE2 et en 6e ; ça a duré un certain nombre d’années. Pareil, sur livret papier et avec demande de saisie des résultats après.

Jet : Qu’est-ce qui change cette année alors ?

Flo : Je pense que c'est ce qui est nouveau dans ce que propose Blanquer et du coup c’est bien que Jean-Pierre ait parlé de ses origines.

Jet : De son parcours.

Flo : Et de l’idéologie qu’il y a derrière, quand même, qui était la même chez Darcos, chez Sarkozy et compagnie. En fait là, ce qui est nouveau à mon sens, c’est qu’il propose un peu du deux en un. C’est-à-dire qu’à la fois il y a un côté statistique à grande échelle, c’est-à-dire qu’on fait passer des évaluations à tous les élèves de France et de Navarre et on va voir s’ils savent lire ou pas, s’ils savent compter ou pas, etc., et, en même temps, ils ont vendu le fait de faire un retour personnalisé pour chaque élève en disant très précisément à l’enseignant comment il allait falloir remédier en fonction des difficultés, etc. On est à la fois sur un truc statistique qui est vendu comme anonyme et à la fois avec un retour complètement personnalisé, donc pas du tout anonyme, avec cette idée que l’ordinateur va recracher, en fait, un petit programme personnalisé qui va remettre sur les rails les élèves qui en ont besoin.
Et ça je pense que c’est nouveau. Et ça c’est vraiment Blanquer, c’est-à-dire que ça va avec cette idée de sciences cognitives, que finalement avec l’aide des sciences, ils apprendront mieux et on saura exactement ce qu’il faut faire, à quel moment. Et cette idée de nier complètement l’aspect humain des choses, l’aspect psychologique, l’aspect sociologique qui est quand même hyper-important dans le processus d’apprentissage, ouais ça c’est Blanquer tout craché.

Jet : Ce qui a changé avec ces évaluations c’est que tout est nominatif et qu’il y a eu un effort de communication énorme de la part du ministère pour précisément expliquer à quel point une partie du traitement serait anonyme. C’est la première fois que le ministère communique là-dessus. Ça veut dire qu’ils savent très bien que ça devient quand même très sensible : un site internet spécialiste dans l’éducation a révélé il y a quelque temps qu’une filiale d’Amazon était concernée parce que, apparemment, une partie des données sont hébergées par Amazon Web Services qui est une grosse multinationale ; ils ne vendent pas que de l’épicerie et des bouquins, ils font aussi beaucoup de service informatique aux entreprises. Donc le ministère a passé un contrat apparemment il y a deux ans avec une société qui est basée au Luxembourg qui, elle-même, a passé un contrat avec Amazon pour héberger une partie du traitement de ces données. Tout est nominatif ; c’est-à-dire que les enfants, en fait, sont désignés sous leur nom et leur prénom – si c’est à l’école ou au collège ça peut être différent –, mais il y a une partie, tout d’un coup, il y a des résultats qui sont envoyés sur un serveur qui est donc hébergé par cette filiale d’Amazon et, à un moment donné, il y a un anonymat. C’est-à-dire que le ministère affirme que les données nominatives sont conservées au ministère à Paris et que le prestataire extérieur qui est donc en Irlande apparemment – les serveurs sont en Irlande chez Amazon – ne possède aucune donnée nominative.
Ils ont fait quand même une communication là-dessus, sachant que d’habitude ils ne font aucune distinction ; ils parlent de traitement informatique, ils n’informent personne.

Flo : Sachant qu’il y a quand même un paradoxe comme tu le dis entre cette communication qui a été faite sur « non mais tout est anonymisé, ne vous inquiétez pas » et le fait que la DEPP, la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance.

Jet : La performance ; le dernier « P » est important.

Flo : Ça fait rêver ! Donc la DEPP conserve les données nominatives. Elle les conserve nominatives jusqu’à cinq ans après la sortie du système scolaire et cinq ans après la sortie du système scolaire de l’élève, là pof ! elle anonymise ! Ce qui pose quand même des questions. Pourquoi la DEPP aurait besoin, je ne sais pas, pour des statistiques, de garder les données nominatives jusqu’à cinq ans après la sortie du système scolaire ? Il y a quand même quelque chose qui n’est pas net !

Jet : Soit c’est anonyme, soit ça ne l’est pas. Si l’objectif c’est quand même de faire des statistiques, déjà tu n’as pas besoin de l’identité, premièrement et deuxièmement, cet archivage de cinq ans, quelque part c’est ça qui peut faire penser au Big Data, dans le sens où on accumule encore une fois des données sur des durées hyper-longues ce qui peut, justement, pousser les gens non pas à avoir confiance mais à se méfier. Ghjuvanni.

Ghjuvanni : Il faut aussi inscrire ça dans une certaine idéologie qui arrive avec Blanquer, de l’individualisation des primes des enseignants, en tout cas ce qui est annoncé. C’est déjà annoncé pour les enseignants d’éducation prioritaire +, les REP+, et à priori on ne voit pas pourquoi ça s’arrêterait là, ça devrait être étendu aux autres.
Pour les enseignants de REP+ donc qui sont les super réseaux d’éducation prioritaire, il avait été promis une prime, je crois qu’elle était de 3000 euros pendant la campagne de Macron, la campagne pour les présidentielles et ensuite il a été dit : « En fait on va donner une partie de cette prime, l’autre partie va être donnée en gros au mérite ». Or, pour donner au mérite il faut, à un moment donné, avoir des critères qui permettent de faire cette paye au mérite et du coup avoir des données qu’on garde sur plusieurs années pour voir l’évolution des écoles et les résultats des élèves… Parce qu’après l’idée ce n’est pas de stopper les évaluations en 6e ou en CP, elles vont être multipliées à tous les niveaux comme on le voit d’ailleurs dans le cadre de la réforme du bac où il va y avoir une évaluation permanente des élèves. L’idée est aussi là-derrière, parce que la logique – aux États-Unis ils ont appelé ça le Teaching to the test –, c’est-à-dire qu’à un moment on commence à enseigner uniquement pour faire des tests parce que, notamment c’est la commande, les différentes évaluations, et puis aussi parce qu’il y a une partie de la prime, une partie du salaire en tout cas, qui est liée à ça. Comme ça a été dit avant, pour faire des statistiques il n’y a pas besoin de recueillir autant d’informations : on peut prendre uniquement un échantillon et, de toute façon, on n’a pas besoin d’identifier précisément les données, en tout cas au niveau de l’élève.

L’autre argument qui a été donné, en plus des statistiques, c’était de dire que ça permettait de connaître le niveau des élèves, ce que n’importe quel enseignant ou enseignante sait bien au bout d’un mois, deux mois ; il voit à peu près ce qu’un élève arrive à faire, arrive moins à faire, sur quoi il faudra un peu plus travailler, sans avoir besoin de ça, parce que ça voudrait dire qu’avant c’était impossible à faire ! Or, on sait très bien que ce n’était pas le cas.
Du coup si tout ça était déjà fait avant ou n’est pas utile ! Si ce n’est pas utile pour faire des statistiques et si ce n’est pas utile pour avoir une idée du niveau des élèves, à quoi ça sert ? Après, la réponse coule un peu de source derrière.

Jet : Toi dans ton collège en Seine-Saint-Denis, ça se passe comment ces évaluations-là ? Tu as pu voir un peu comment ça se passait ?

Ghjuvanni : Moi ils m’ont puni de refus cette année, parce qu’ils ne m’ont pas donné de 6e.

Jet : Ah ben dis donc, qu'est-ce que tu as fait ? Mauvais élève !

Ghjuvanni : Ça doit être ça. Non je pense que c’était le hasard. Par contre, sur les élèves de 6e on a français et maths, donc on a deux créneaux par classe. Il y a des enseignants qui sont appelés à aller une heure en salle informatique pour faire passer ces évaluations sur ordinateur. Dans d’autres établissements il semblerait que ça soit sur tablette.

Jet : Ça dépend des dotations de chaque établissement. Ces tablettes pour les enfants c’est fun. Quelque part ça doit les amuser de remplir leurs QCM en ligne sur une tablette numérique !

Ghjuvanni : Il y avait un questionnaire qui devait être fait en 50 minutes. Pour ceux qui ont vu c’était presque drôle parce qu’il y avait les phrases exactes, à la virgule près, que l’enseignant devait dire. Ce qui rejoint d'ailleurs l’histoire de la personnalisation, tout ce qui a été dit, qu’on va savoir exactement ce qu’il faut faire pour chaque élève où, en fait, l’enseignant ne serait plus qu’un exécutant de ce qu’il y a à faire, sans avoir à réfléchir ; du coup on attaque la liberté pédagogique de l’autre côté ; sans interdire on oblige cette fois, ce qui change un peu les choses.
Après, sur les conditions de passage des évaluations, que ce soit en CP ou 6e, il y a beaucoup à dire en plus. On en a discuté hors antenne : certains parents ont entraîné leurs enfants aux évaluations parce qu’elles avaient été publiées avant sur Internet, sur le site du ministère ! Il n’y avait pas de secret. Il y a aussi des cas avec des questionnaires qui ont été complètement bâclés ou qui ont été invalidés avant. Enfin bon !
Par exemple, dans mon collège on n’a toujours pas les résultats ; on va arriver le 4 novembre ; peut-être qu’on les aura à la rentrée, en tout cas il se sera passé deux mois sans qu’on les ait. De toute façon l’utilité pédagogique, elle est nulle !

Flo : Ce qui intéressant c’est qu’il y a eu de la résistance quand même sur le terrain et dans le premier degré et dans le second degré, peut-être Édouard et Thomas, vous pouvez raconter comment ça s’est passé sur votre collège.

Édouard : Oui, carrément. Nous en tant qu’assistants d’éducation on n’a aucune information de la part de la direction de l’établissement par rapport à la passation des évaluations de 6e. Ce qu’on a fait c’est que du coup, avec mon collègue, on est allé en heure d’information syndicale et on venait d’avoir les informations via notre syndicat sur ce que ça supposait de faire et ce qui était obligatoire ou non.

Jet : Vous pouvez le citer le syndicat, ce n’est pas interdit, ce ne sera pas censuré à l’antenne.

Édouard : Le syndicat Sud Éducation Paris et, à l’ordre du jour, ce n’était même pas abordé. On savait que ça arrivait pour bientôt, on avait entendu des profs en parler, du coup on l’a ajouté à l’ordre du jour. Quand c’est venu sur la table, les profs ont pris la parole pour dire qu’en termes d’organisation c’était compliqué.

jef : Qu’ils n’auront pas le temps, tout ça…

Édouard : Que de toutes façons, les années précédentes ils n'avaient pas eu les résultats. On est intervenu sur le fait qu’effectivement, comment dire, ça faisait beaucoup de données qui étaient intégrées dans, on va dire, le Big Data et quand on a amené l’argument – si j’oublie des trucs tu me complètes – qu’il y avait une partie des données qui était stockée chez Amazon, il y a quelques profs qui ont tilté un petit peu. Sachant que dans l’établissement où on est ce n’est pas extrêmement politisé non plus. À priori, les profs se résignaient à faire passer ces évaluations-là. Ensuite on leur a appris qu’il n’y avait aucune obligation pour les enseignants de faire passer ces évaluations-là : il n’y a aucune circulaire qui soit parue au Journal Officiel et, du coup, ils ne risquent rien à priori.

Jet : C’était une injonction médiatique en fait. Comme tu dis, il n’y a pas eu de circulaire, de disposition réglementaire qui oblige les profs à le faire passer.

Édouard : Aucune ! Quand on leur dit ça, la première réaction des profs c’était un soulagement par rapport à l’organisation ; dire « tant mieux ! On n’est pas obligé de les faire. OK, on ne les fait pas. » Très vite, consensus sur la question et on a écrit dans la semaine suivante une lettre à la principale qui a été transmise pendant le Conseil d’administration et, de ce que j’ai vu du compte rendu du Conseil d’administration, les parents, surtout, étaient très compréhensifs et comprenaient complètement qu’on ne fasse pas passer ces évaluations. D’autant plus que, comme on disait tout à l’heure, c’est fait à peine un mois après la rentrée ; ça n’a pas vraiment de sens.

Jet : Oui, c’est ça. Si ce n’est même pas compris par les parents d’élèves et les profs, il y a peu de chances qu’il y ait du soutien.

Flo : Et Jean-Marc, sur ton école ?

Jean-Marc : Nous, ça fait déjà quand même des années qu’on est sur des positions assez strictes où on va mettre en avant en pédagogie ce qui sert les élèves et ce qui nous fait vivre des choses intéressantes dans les classes. Donc les évaluations, comme vous venez de dire, à deux semaines de la rentrée pour des élèves qui viennent de maternelle, les mettre tous et toutes à faire l’exercice en même temps avec les phrases à suivre à la virgule près, c’est une aberration pédagogique ; ça, on en est certains. Donc on l’a expliqué tout de suite aux familles à la réunion de rentrée en leur disant qu’on n’allait pas stresser les gamins, qu’on allait leur laisser du temps pour travailler, pour prendre leurs marques, pour coopérer au lieu d’être en compétition les unes et les uns avec les autres.
Il est aussi quand même important de rassurer les familles sur le fait que même si on est sur des positions de refus ou de boycott sur les injonctions ministérielles, disons les choses comme elles sont, on évalue les élèves individuellement en prenant du temps pour travailler avec eux et on va remplir des documents à destination des familles et à destination des collègues qui vont être beaucoup plus précis et beaucoup plus exigeants que ceux du ministère ; pas forcément plus détaillés, ça dépend sur quels points, mais c’est vrai que pour déceler des difficultés d’élèves et pour aider ces élèves il faut les connaître vraiment très bien.
Il y a beaucoup de professeurs qui perçoivent les évaluations du ministre et l’aide après qui va nous être proposée en ligne comme une aide parce qu’ils ne sont pas forcément habitués à passer énormément de temps à concevoir les outils et à concevoir les outils en équipe parce qu’il nous manque du temps pour ça. Et là où l’institution marque beaucoup de points c’est qu’elle nous propose quelque chose clefs en main qui va faciliter la tâche des collègues. Si nous on arrive derrière avec des outils beaucoup plus réfléchis dans le temps et qu’on les présente aux familles, les familles vont tout de suite comprendre notre refus, elles vont nous soutenir, elles vont nous dire merci de faire attention à leurs enfants et de travailler avec eux avec bienveillance et les choses vont être vraiment bien comprises.
Mais si jamais on est dans le rush comme c’est le cas de beaucoup de professeurs qui sont envoyés du jour au lendemain n’importe où, dans des endroits qu’ils ne connaissent pas, avec des équipes qui ne fonctionnent pas, ils vont se saisir des outils de l’institution effectivement comme une vraie aide pédagogique. Et c’est là-dessus qu’il y a un piège, qu’il y a un vrai piège, je pense, qui est réfléchi en amont.
Dans le temps il y a aussi l’idée de supprimer le statut de fonctionnaire et de recruter un maximum de contractuels qui vont être pris du jour au lendemain ; on va leur demander de faire classe devant des enfants et ça va être compliqué pour eux. Donc si les outils existent tout de suite avec des statistiques qui disent « ça, ça marche, tu n’as pas besoin de réfléchir », d’un seul coup c’est compréhensible.

Jet : Il y a un projet politique derrière.

Jean-Pierre : Il y a un vrai projet politique derrière toute cette logique-là et c’est pour ça que les mouvements pédagogiques tels la pédagogie ICEM [Institut coopératif de l’école moderne], pédagogie Freinet ou d’autres qui ont des vrais outils qui ont été conçus sur la durée, c’est une ressource pour nous ; il faut vraiment nous, qu’on puisse nous en saisir, et il y a aussi des équipes, alors je ne sais pas chez les assistants d’éducation dans le secondaire, mais en tout cas il y a aussi des réseaux, à Saint-Denis, dans l’animation dans le premier degré, d’animateurs et d’animatrices qui travaillent en pédagogie Freinet et qui peuvent aussi faire un lien avec le travail des instituteurs et des professeurs des écoles.

Flo : Et je pense que ce qu’on a tendance à oublier aussi, en plus de ce que tu dis, c’est qu’à la fois ça touche effectivement, comme tu le dis très bien, au pédagogique, etc., en fait ça touche à l’essence du métier qui fait qu’à la fois il y a cette liberté qui est hyper-angoissante parce qu’on ne sait jamais si on fait bien, donc quand on vous dit « ça, ça marche » c’est tentant parce que, du coup, ça rassure.
Là, en l’occurrence, il y a aussi autre chose dont à mon avis on n’a pas beaucoup parlé, c’est qu’il se trouve que tous ces résultats d’évaluation étaient à saisir dans un traitement informatique et, comme d’habitude dans l’Éducation nationale, on oublie systématiquement à dessein d’informer les parents que des données personnelles concernant leur enfant vont être saisies dans un traitement informatisé de données à caractère personnel.
Du coup, ce qui s’est passé là, c’est que comme d’habitude on demande de faire passer les évaluations et puis on demande de saisir les évaluations dans le traitement informatique et puis on ne prévient pas les parents. En fait, il y a eu une des attitudes qu’on a vues dans les écoles, parce qu’on a eu des retours comme ça, ce sont des enseignants qui ont fait passer les évaluations mais, parce qu'effectivement ça a fait le buzz cette histoire d’Amazon, etc., qui ont dit « nous, on ne saisit pas. »

Jet : On ne saisit pas informatiquement.

Flo : On ne saisit pas informatiquement les résultats. En fait, il y a eu des espèces d’équipes de choc qui ont débarqué dans les écoles : ils prennent l’IEN [Inspecteur de l’Éducation nationale], les conseillers pédagogiques et tout, ils arrivent et l’argument c’était de dire « mais voyons, les parents ont droit aux résultats. Si vous ne saisissez pas ils n’auront pas les résultats. » Ce qui est quand même complètement dingue c’est qu’ils ont aussi droit, éventuellement, qu’on les prévienne que les données vont être saisies et ça, personne n’en parle.

Jet : C'est juste un peu la loi.

Flo : En fait il y a eu, sur le tard finalement, une espèce de mot qui est arrivé dans les écoles d’abord et puis quelques jours après dans le second degré, dans les collèges, avec les mentions légales Informatique et Libertés. Et ce qui est incroyable c’est que c’est arrivé avec un mail au chef d’établissement – là c’est pour le collège de mon fils – disant « merci de remettre ce papier avec les résultats ». C’est-à-dire, en gros, on prévient les parents que des données ont été saisies, éventuellement qu’ils peuvent s’opposer une fois qu’elles ont été saisies et qu’elles ont craché des résultats.
Et ça, pour le coup, eh bien les parents ne sont pas au courant, ils ne savent pas, en fait, où elles vont ces données, où elles sont saisies ; quand ils ont l’info c’est trop tard. Moi j’ai eu l’info en exclusivité parce que la principale du collège a très peur de moi donc elle me dit : « Je vous le donne tout de suite » et je lui ai dit : « Ah, parce que là vous me le donnez maintenant mais ça veut dire que si des parents s’opposent vous allez devoir effacer ce que vous avez déjà pris du temps à saisir ? »

Jet : Donc aller en Irlande à vélo pour aller effacer les données !

Flo : Elle me dit : « Ah, mais je ne peux pas effacer, c’est tout en ligne ; donc hop ! C’est parti ! » En fait, on a une espèce de droit d’opposition qui est, dans la pratique, pas respectable, qu’on ne peut pas respecter parce que l’info arrive toujours trop tard. Et je pense que ce qui est important de dire ce soir c’est que ce n’est pas qu’elle arrive trop tard parce qu’elle s’est perdue dans le dédale des mails, etc. ; elle arrive trop tard à dessein parce que la position de l’Éducation nationale c’est clairement « pas vu pas pris ». Moins on donne d’infos, moi on n’aura d’opposition, plus on sera tranquille.

Jet : Tous les principes Informatique et Libertés que vous connaissez sans doute sur tous les fichiers possibles et imaginables s’exercent aussi, je dirais même surtout dans les administrations, y compris à l’école. Donc le principe d’information des personnes ou de leurs parents c’est le premier. Le deuxième c’est d’informer sur la finalité du fichier, qui y a accès, qui peut y accéder ; et troisièmement, important, la durée de conservation : combien de temps c’est conservé et ça aussi, pour avoir ce type d’info sur chacun des fichiers, il faut s’accrocher. Tout ça devrait arriver dans les boîtes ou dans les cahiers des enfants à la rentrée ; à chaque rentrée en fait, l’Éducation devrait faire une fiche d’information, même une réunion spécifique là-dessus ; ils ne le font jamais. Dans toutes les réunions de rentrée — tout le monde qui a eu des enfants à l’école a dû se les faire —, dans toutes les réunions d’information généralement on parle de tout, éventuellement à la fin un truc sur les fichiers, mais jamais, il n’y a jamais ne serait-ce qu’une petite fiche remise à chaque parent disant « voilà toutes les informations légales que vous êtes en droit de connaître sur les applications qui seront mises en place ». Le ministère, depuis 20 ans, enfin depuis 20 ans, plutôt depuis une dizaine d’années avec Base élèves, à dessein encore une fois c’est vrai, ne le fait pas, soi-disant pour ne pas éveiller ou quoi, mais en tout cas ce n’est pas du tout l’« École de la confiance » qu’on est en train de nous vendre en ce moment.

Jet : Là-dessus il y a quelque chose à rajouter ? Sur les évaluations, peut-être ?

Jean-Marc : Sur ces questions-là d’informer les familles ou pas, nous, sur notre école il y a dix classes plus les personnes, des enseignants, enseignantes, direction, des aides pour les enfants qui ont des besoins particuliers, donc ça fait une vingtaine d’adultes qui travaillent ensemble et on est arrivé à une position de refus complet de l’école. C’est-à-dire qu’aucun enseignant, aucune enseignante, ne remplit le livret numérique. On a refusé de faire passer les évaluations mais, en plus de ça, chaque trimestre on ne remplit pas le livret numérique comme il est demandé de le faire et ça nous paraît très important.
Avant d’arriver à cette position commune, on s’est posé la question de savoir si on devait impliquer les familles dans leur droit d’opposition à ce que les données de leur enfant soient saisies ou pas. Comme on était vraiment tous et toutes d’accord pour boycotter le dispositif, on s’est dit : on a pris nos responsabilités, c’est bon, on n’a pas besoin en plus d’impliquer les familles, mais on les a informées en début d’année pour leur dire « encore une fois on va faire tampon et on va empêcher l’Éducation nationale de saisir ces données, de mettre en place des choses en plus qui vont potentiellement aggraver le cas, l’avenir de vos enfants en cas de problème. »
J’ai l’impression, dans le débat, qu’on a quand même laissé un petit peu ouverte la question de « à quoi ça va servir toutes ces données ? » Il y avait quand même tout à l’heure l’idée du CV numérique. Ça veut dire qu’un travailleur ou une travailleuse arrive sur le marché du travail et n’est plus en possession de son CV mais c’est son employeur qui, en quelques clics, va pouvoir tout de suite le mettre en concurrence avec les six, la dizaine ou la cinquantaine de personnes qui arriveront.

Jet : Le passeport Orientation formation1 est un truc codé niveau européen et ça c’est une nomenclature de compétences qu’il faut, que chacun puisse avoir sur ce fameux CV. C’est effectivement un truc formaté.

Jean-Marc : Et ça c’est censé être opérationnel quand ? Parce que là, ça se met en place.

Jet : La directive date de 1995, tu vois, donc ça fait 20 ans qu’ils en parlent et ils font les choses pour que ça se passe.

Flo : Ils ont mis en place le fameux socle commun de compétences et de culture, il a été mis en place en 2006 et il y a un socle interprofessionnel en 2015. En fait, les compétences qu’on a à valider, que les élèves ont à valider du socle, sont exactement celles du socle interprofessionnel. Donc c’est vraiment fait pour. Je crois que sur les sept compétences il n’y en a que deux qu’on ne retrouve pas dans le socle interprofessionnel : c’est le fait de parler une langue étrangère et puis tout ce qui est culture humaniste parce que ça, ça ne les intéresse pas. Sinon tout le reste c’est mot pour mot les mêmes compétences ; donc c’est vraiment fait pour que, quand l’élève valide, ça bascule immédiatement dans ses compétences professionnelles. C’est-à-dire qu’on est vraiment en train de former, comme tu le disais Jean-Marc, le passeport, le CV des futurs demandeurs d’emploi.

Jet : On gère l’employabilité des élèves plutôt que savoir ce qu’ils ont réellement appris, ce qu’ils retiennent de l’école. C’est un peu la logique. Thomas, je rappelle, toi tu es dans un collège à Paris.

Thomas : AED dans un collège à Paris, comme Édouard. Si je peux me permettre, on ne gère pas du tout que l’employabilité des élèves parce qu’en fait, comme on disait tout à l’heure, on tend de plus en plus à contractualiser dans les postes d’enseignement, autant dans le primaire que dans le secondaire. Le fait que les données soient conservées après la fin de la scolarité des élèves, ça ne s'oriente pas exactement pour les élèves : ils sont partis, ils sont partis ! Enfin ils sont partis, la plupart dans le secondaire ou autre part. Du coup, le fait de conserver les résultats ça permet rétroactivement de contrôler la progression des professeurs. C’est-à-dire est-ce que vous avez eu des classes compétentes ? Vous n'avez pas eu des classes compétentes ? Du coup est-ce qu’on peut vraiment vous accorder votre mutation ? Ou peut-être pas. On ne gère pas, je pense, que l’employabilité des élèves dans un temps long de « vous êtes en CP mais en fait dans 15 ans vous serez sur le marché du travail ». On gère l’employabilité des gens qui sont déjà employés et pour eux : est-ce qu’on renouvelle votre contrat ou pas ? Est-ce qu’on vous conserve votre poste ou pas ? Je pense qu’il y a aussi ça qui se joue en fait. C’est une intuition ; évidemment il n’y a pas de directive là-dessus, il n’y a pas écrit noir sur blanc « on va contrôler les profs en même temps que leurs élèves. »

Jet : En fait le contrôle de la productibilité des profs est aussi en cause là-dessus.

Ghjuvanni : Et il y a une cohérence dans ce qui est dit. Si on ne prend que la question des évaluations, des compétences ou autres, de manière isolée, on peut porter une critique dessus. Par contre, si on prend l’ensemble des contre-réformes qui sont menées, en fait on s’aperçoit de la cohérence des choses, donc ce qu’on disait sur la question de la paye au mérite ou, tu as raison aussi, la question des mutations, etc., qui vont être mises en avant. Dans tous les cas, avec ce qu’on décrit là, on voit bien une vision utilitariste de l’éducation qui sert uniquement à donner un emploi et, en tout cas pour les enfants des classes populaires parce que pour les autres il y aura ensuite les grandes écoles qui feront leur travail, les écoles de commerce payées à crédit qui elles, feront leur travail ; par contre, pour une grande partie de la population, eh bien l’enjeu c’est de valider le socle de compétences qui ensuite est transféré dans le monde professionnel et c’est, à chaque fois, des choses qui sont hyper-utilitaristes. D’ailleurs, ce n’est pas anodin qu’on ait supprimé les cultures humanistes. On est sur une espèce de formation minimale où on sait la base c’est-à-dire en gros obéir, écrire, compter quand même un minimum. D’ailleurs, les évaluations sont faites en français et en maths aussi.

Jet : Et savoir chanter La Marseillaise.

Ghjuvanni : En gros c’est un peu ça. Il y a aussi cette vision-là qui est donnée à l’éducation et, du coup, faire des évaluations et en faire de plus en plus, ça correspond aussi à une logique de performance puisque dans le nom DEPP il y a « performance » à la fin : être performant aux tests et notamment aux tests internationaux, les trucs genre PISA2, etc., qui sont l’espèce d’objectif à atteindre ; le Graal absolu c’est de remonter au classement PISA parce qu’il y a une espèce de classement international qui est fait par l’OCDE.

Thomas : Ça n’a pas rapport avec la tour de Pise ?

Ghjuvanni : Ça penche un peu ! Il y a cette vision-là de l’école par la performance, par le résultat, d’ailleurs un résultat qui est chiffré et quantifiable, c’est-à-dire que si l’élève a pris du plaisir à faire quelque chose, ce n’est pas quantifiable ; on ne peut pas le mettre dans un fichier numérique, en tout cas c’est assez compliqué ; du coup, ça on l’enlève. Par contre s’il a su faire, je ne sais pas, lire une phrase correctement même s’il ne la comprend pas d’ailleurs, s’il a su la décoder même s’il ne sait pas ce que ça veut dire, là, ça va, ça marche bien parce qu’on est sur quelque chose de purement utilitaire quoi.

Flo : Peut-être qu’il faut préciser parce qu’il ne faudrait pas qu’on ait l’impression que notre propos c’est de dire maintenant avec tous ces traitements de données et ce Big Data, l’école deviendrait - comment dire ça… - un outil de reproduction sociale parce qu’en fait elle l’a toujours été. Je pense que c’est important de dire que oui, il faut quand même être conscient de ce à quoi sert l’école, en gros comme tu le disais très bien Ghjuvanni, les dominants sortiront dominants et les dominés dominés ; ça c’est ce que fait l’école depuis toujours. Ça n’a pas changé !
La petite différence c’est qu’avec cette multiplication de données numériques, les élèves, futurs élèves, etc., n’ont plus les données en main en fait ; enfin les familles n’ont plus les données en main. Ça, ça change quand même pas mal les choses. Moi, pour être institutrice depuis 20 ans, je me rappelle très bien qu’en fin de CM2 on remettait la pile de livrets scolaires, du CP au CM2, à l’enfant. Après, il en fait ce qu’il veut : s’il veut le brûler dans la cheminée il le brûle dans la cheminée, s’il veut l’archiver il l’archive, etc., mais en gros il n’y a pas de trace qui est gardée, ni à l’école… Et là, maintenant, le système qui se déploie c’est « si ton parcours a été chaotique eh bien il va te coller au cul jusqu’à la fin de tes jours ». Ça c’est quand même vraiment une nouveauté et je pense qu’on a une machine à broyer qui n’est pas nouvelle mais qui est encore plus performante que ce qu’elle était parce qu’il n’y a plus de droit à l’oubli, il n’y a plus d’effacement possible.
J’entends tout à fait ce que tu dis effectivement, Thomas, sur le fait que ça peut être aussi un moyen d’évaluer le travail de l’enseignant, mais moi mon idée c’est quand même de dire « enseignants, nous on sera tous morts et enterrés pendant que ce qu’on a écrit sur les gamins leur collera encore au derrière ». C’est quand même ça ! Je ne dis pas que j’ai envie d’être évaluée au mérite, surtout que je suis mal barrée, mais finalement ça me fait moins chier qu’on dise à un de mes anciens élèves quand il a 35 ans, qu’il arrive à pôle emploi : « Je ne comprends pas, en CP, ça a mis du temps quand même l’apprentissage de la lecture ! Vous n’avez validé que début juin ou je ne sais pas quoi ! » Ça ce n’est pas la même chose ! On n’est plus sur le même temps et, du coup, cette machine à broyer qu’est l’école, ce n’est pas nouveau, elle devient de plus en plus efficace et on a de moins en moins la main dessus.

Jet : Donc la « performance » de la DEPP c’est aussi la performance du broyage on va dire !

Jean-Marc : L’idée qu’avec des logiciels informatiques ils puissent contrôler le parcours des enfants et qu’un employeur puisse cliquer et avoir un comparatif qui lui permette de choisir qui il emploie et surtout qui il vire ou qui il va laisser sur le carreau — ça arrivera peut-être à un moment —, mais pour que ce soit efficient il faut quand même aussi qu’il y ait énormément de gens qui travaillent derrière, il faut qu’il y ait une cohérence dans la durée alors que là, tous les trois ans, le fichier change. Nous, les enseignants, on voit comment ça se passe quand on doit s’inscrire sur une base numérique Éducation nationale : une fois sur deux ça ne marche pas ! Donc on est encore très loin du compte.

Jet : Il y a des saboteurs chez vous ! C’est tout !

Jean-Marc : Je ne pense pas. Il y a beaucoup d’enseignants qui ne sont pas du tout carrés en informatique, ça c’est certain, mais en général, pour l’instant les logiciels qui nous sont proposés fonctionnent assez mal. Donc je pense que cette espèce de contrôle géant par informatique c’est aussi un fantasme que le pouvoir a ; il essaye de le mettre en place.

Jet : Qu’il entretient !

Thomas : Qu’il entretient. Pour l’instant ça ne fonctionne pas et je ne sais pas si ça fonctionnera un jour. Je pense que c’est très dangereux et qu’il faut qu’on soit très vigilants et si on peut tout boycotter un maximum il faut qu’on le fasse, d’autant plus que ça nous prend un temps monstrueux et que ce temps-là on ne l’utilise pas avec nos élèves ni avec nos collègues donc il faut qu’on soit vigilants là-dessus. Mais cette toute puissance, je ne sais pas si elle arrivera à un moment, moi je n’y crois pas trop à tout ça.

Flo : Ce qui est troublant c’est l’acharnement que met l’Éducation nationale à faire en sorte qu’aucun élève n’échappe à ces bases de données. Peut-être qu’on parlera un petit peu du parcours du combattant.

Jet : Oui. On parlera tout à l’heure du livret plus directement.

Flo : Et du parcours du combattant que représente le fait de s’opposer à ce que des données soient entrées dans ces bases de données. Là il y a vraiment la volonté de dire : il faut qu’il y en ait zéro qui nous échappe. Par exemple une famille qui aurait choisi de faire l’instruction à la maison, c’est possible, c’est la loi, l’élève est quand même rentré dans la base de données ; il a quand même un identifiant national et il est quand même saisi dans Onde. Pourquoi ? Pour quoi faire ?
Donc il y a vraiment cette volonté qu’il faut qu’ils y soient tous et ça va vraiment jusqu’à de la mauvaise foi caractérisée en ne donnant pas l’information aux parents pour être sûr qu’il n’y ait pas de refus.

Jean-Marc : Je pense que l’un des objectifs ce serait plus ce que vous me disiez tout à l’heure hors antenne, ce serait, je pense, de vendre les données à des sociétés privées pour pouvoir dégager du profit sur la question de l’éducation avec tous les gamins qui seraient en difficulté dans tel ou tel domaine et qui auraient potentiellement la possibilité d’entrer dans une école un petit peu meilleure : balancer après énormément de publicité.

Jet : Ça c’est le débouché ultime.

Jean-Marc : Oui. Mais au-delà de savoir si les enfants vont être fichés jusqu’à la fin de leur vie, c’est proposer quelque chose de marchand à leur famille qui va ensuite payer pour compenser tout ce que l’Éducation nationale n’aura pas fait puisqu’elle manque de moyens, que les enfants sont à la traîne. Ça je le vois à beaucoup plus moyen terme, j’en suis même à peu près convaincu.

Jet : Vous écoutez toujours Les Amis d’Orwell, 89.4 sur Radio libertaire. On va faire une petite pause avec La Rabia, je crois. On revient tout à l’heure pour parler du livret numérique et de Pronote qui casse la baraque dans les collèges et les lycées. On verra ça de près tout à l’heure.

Pause musicale : La grenouille par La Rabia.

Jet : Vous connaissez tous cette histoire de la grenouille qui, jetée dans une casserole d’eau bouillante, évidemment gicle, saute, s’échappe, alors que si on la met délicatement dans de l’eau à température ambiante et qu’on chauffe régulièrement, eh bien elle meurt joyeusement, dans la joie et la bonne humeur.

Vous êtes de retour dans Les Amis d’Orwell ; on parle de fichiers et de l’Éducation nationale. On a fait le tour sur les évaluations qui ont été passées au forceps dans les écoles, évaluations nominatives avec des remontées nominatives au ministère de l’Éducation nationale, également avec un traitement qui passe par les serveurs d’Amazon, qui a fait quelque bruit.

Retour sur le plateau. Je rappelle qu'on a deux professeurs des écoles de Paris ; on a un enseignant de Seine-Saint-Denis en collège et deux AED, Thomas et Édouard ; les AED sont des surveillants d’éducation, assistants d’éducation.

Édouard : Tout à fait.

Jet : On va parler avec vous de Pronote. Qu’est-ce que c’est que Pronote ?

Édouard : Pronote – je vais peut-être me tromper un peu sur deux-trois termes techniques – c’est une plateforme numérique qui est accessible à la fois par nous, la vie scolaire, donc les assistants d’éducation et les CPE [conseiller principal d’éducation], qui est accessible – puisqu’à chaque fois selon leur fonction les acteurs n’ont pas accès aux mêmes choses – par les enseignants également, par les élèves et par les parents.

Jet : C’est comme un portail internet où, avec des identifiants, on peut avoir accès à la base de données interne de l’établissement.

Édouard : Ils peuvent y accéder sur leur téléphone, nous sur les ordinateurs de l’établissement.

Jet : OK ! Ça marche aussi par appli sur le smartphone ?

Édouard : Exactement. Ça sert absolument à tout.

Jet : Donc à l’appel, aux notes.

Édouard : Exactement. Ça sert à faire l’appel. Pour les notes je ne sais pas exactement.

Ghjuvanni : Les notes sont mises dedans et les observations trimestrielles aussi.

Édouard : Les devoirs aussi.

Ghjuvanni : Le cahier de textes.

Édouard : Quand on fait des heures de permanence, il y a toujours un ordinateur dans la salle de permanence et les élèves, systématiquement, nous demandent : « Est-ce que je peux regarder Pronote pour savoir si j’ai des devoirs à faire ? » C’est-à-dire qu’ils ne notent plus rien dans leur agenda, tout est sur l’ordinateur et du coup, pour nous, c’est un outil de contrôle vraiment absolu. On passe la journée dessus.

Jet : Vous, les AED, vous contrôlez l’activité des profs via justement comment ils remplissent le cahier de textes.

Flo : Non !

Édouard : Pas des profs !

Thomas : Si avec l’appel, justement !

Édouard : Les profs un tout petit peu en fait, avec l’appel.

Thomas : L’appel du matin, chaque début de cours.

Édouard : Chaque début de cours. Chaque début d’heure on sait exactement quel prof a fait l’appel, quel prof n’a pas fait l’appel ; on peut leur envoyer des petits papillons pour leur rappeler de faire l’appel quand ils ne l’ont pas fait.

Jet : Papillons sur Pronote encore une fois !

Édouard : Voilà ! C’est une espèce, comment dire, de moyen de leur envoyer un petit signal.

Jet : Ça reprend aussi toute l’ergonomie d’un réseau social ; en fait c’est ça l’idée quelque part. Chaque enfant a son petit compte perso ; il a son cahier de textes numérique ; chaque professeur aussi a les classes, tout s’affiche avec des couleurs différentes, j’imagine, et ça reprend aussi l’ergonomie un petit peu attrayante, ludique, pour que ça passe.

Édouard : Tout à fait. En plus c’est couplé avec l’ENT de l’établissement.

Jet : L'ENT, Environnement numérique de travail, c’est ça ?

Édouard : Exactement. Donc c’est une interface commune avec tous les acteurs de l’établissement donc les élèves, les enseignants et même nous on y a accès, même le personnel administratif ; chacun a son petit avatar, peut mettre sa petite humeur du jour, ce qui occasionne des problèmes, d’ailleurs, parce que du coup les élèves qui vont avoir envie de faire des blagues vont se faire attraper tout de suite ; ça peut aller très loin pour pas grand-chose.

Jet : Des blagues sur Pronote ! Est-ce que tu peux expliquer ?

Édouard : Alors ce n’est pas sur Pronote, c’est sur l’ENT à côté : mettre une photo avec ses copains en train de fumer des cigarettes alors qu’on est en 4e ; ça se voit tout de suite, ça remonte à la direction qui appelle les parents, alors que c’est une blague.

Flo : Parce qu’une des fonctions de l’ENT c’est justement d’interconnecter tous les fichiers déjà existants. C’est-à-dire que l’ENT va être connecté, comme tu le disais, à Pronote mais aussi au LSU, au livret numérique, aussi à Siècle qui est le fichier administratif, etc. Donc tout ça est en lien. D’ailleurs il y a eu un arrêté de 2016, non, plus récent que ça sur les ENT, avec un temps de conservation de données à priori limité, parce que je crois que si l’élève, une fois qu’il est dans les études supérieures il ne manifeste pas sa volonté que ce soit effacé, en gros ce n’est pas effacé.

Édouard : Comme un casier judiciaire.

Flo : Voilà ! Un peu.

Jet : Un casier scolaire. Ça veut dire que vous les AED, les assistants éducation vous avez peut-être plus l’occasion d’avoir les mains dans le cambouis, dans Pronote, que les profs quelque part. Vous suivez un petit peu l’activité…

Flo : Non…

Édouard : Moi je dirais oui, parce que, dans une journée type, les profs font l’appel. Après ils peuvent l’utiliser par exemple dans le cas où ils excluent un élève pendant un cours.

Jet : Là on rentre dans la discipline, dans le dur.

Édouard : Sauf que derrière ce sont toujours des procédures hyper-compliquées sur le logiciel ; moi je sais que dans le collège où on est, les profs ne s’embarrassent pas à utiliser Pronote dans ces cas-là.

Thomas : Ils font un petit papier.

Edouard : Ils font un papier, ils les envoient dans notre bureau et après c’est nous qui gérons.

Flo : Après, ils utilisent Pronote aussi pour mettre les notes des élèves.

Ghjuvanni : On peut même mettre des QCM. Le problème c’est qu’en fait ça dépend de l’utilisation qu’on a. Je crois qu’il y a une force d’inertie assez importante qui fait que ça peut arriver lentement. Aujourd’hui, ils ont sorti une nouvelle version de Pronote ; tous les ans ils renouvellent un peu : il y a des petits trucs qui changent et puis surtout ils rajoutent des fonctionnalités. Encore une fois, ça dépend de l’utilisation des professeurs ; quand on a une utilisation minimale, on ne connaît pas tout.
Par contre, on peut faire de plus en plus de choses ; par exemple dans le cahier de textes qu’il est obligatoire de remplir pour le coup – maintenant il est quasiment uniquement numérique – on met ce qu’on a fait en cours, les notions travaillées parce qu’il y avait ça à un moment donné : il y a un an ou deux, on nous avait demandé, en tout cas dans mon collège, de marquer limite heure par heure tout ce qui avait été travaillé. On peut mettre des liens vers des sites ou des vidéos ; on peut mettre des QCM pour vérifier que les gamins ont bien travaillé chez eux.
En fait on peut faire plein de choses et en centralisant tout sur ce logiciel, sur Pronote, ce qui pose problème, ce qui revient à ce qu’on disait tout à l’heure sur la facilité apparente que cela peut avoir, parce qu’une fois qu’on aura maîtrisé l’outil – et on peut penser qu’avec les nouvelles générations qui vont arriver, qui auront déjà baigné là-dedans parce qu’elles l’auront utilisé en tant qu’élève et ensuite elles l’utiliseront en tant que prof, qu’AED ou autre – on peut penser qu’il va y avoir une espèce de normalisation et on va trouver normal de faire de plus en plus de choses en ligne. Je crois qu’il y a aussi des choses qui peuvent avoir un intérêt en soi. Si les gamins ont fait une sortie quelque part, mettre des photos en ligne sur le site internet, s’il est en interne et tout, ça a un intérêt qui peut exister, on peut aussi faire d’une autre manière, mais voilà ! Le problème, avec toutes les données qu’on rentre, à un moment donné, c’est aussi de savoir mettre une limite à ça !

Flo : Surtout, je pense que justement le danger de ce côté hyper-ergonomique, hyper-pratique, c’est qu’en fait souvent le prof lambda n’a pas conscience qu’il a entre les mains un traitement de données à caractère personnel.

Jet : C’est peut-être fait pour ça aussi.

Flo : Donc il tombe sous le coup de la loi, etc. Moi j’ai fait opposition à Pronote ; je suis la première à le faire dans le collège.

Jet : On t’a remis une médaille ?!

Flo : Non ! C’était l’évènement parce que jamais personne ne s’est opposé, ce qui est normal puisque personne n’a jamais eu l’information comme quoi il y avait des données rentrées dans ce traitement. Du coup, j’ai dû faire une cote mal taillée avec la principale, parce que moi, ce je voulais surtout, c’est qu’il n’y ait pas de notes, pas de commentaires, pas de sanctions, rien d’écrit. Du coup, j’ai cédé sur le fait qu’ils puissent quand même faire l’appel sur Pronote, parce que pour les profs s’il en manquait un dans le truc, c’était très compliqué. J’ai dit « OK ! On le laisse, vous faites l’appel, par contre je ne veux aucune donnée scolaire, de comportement éventuel, etc. » Mais c’était déjà la révolution ! Il a fallu faire un mot à chaque prof pour expliquer que s’il avait déjà entré des données il fallait les enlever, etc., et les profs étaient en panique. Ils ont demandé à la principale ce qu’ils devaient faire.
Ça veut dire qu’il y a un côté apprenti sorcier, quand même. On met des outils dans les mains et à aucun moment on informe. Attendez, à un moment les parents ont leur mot à dire ! Et ça c’est une vraie bataille qu’on a du mal à mener parce que la non-information fournie, elle est volontaire, elle est organisée, etc., et c’est très dur d’aller contre la machine.

Jean-Marc : Sur notre école élémentaire, il y a eu un moment où un collègue a utilisé ce type d’argument qui a quand même aidé les collègues à se mettre d’accord ; ils nous a dit : « Comme l’information on ne l’a pas faite précisément aux familles, voire pas du tout puisqu’on ne nous l’avait pas demandé, potentiellement on est hors la loi. Si une famille se retourne contre nous elle gagnera et, à ce moment-là, ça peut aller au pénal ». Et c’était vrai puisqu’on avait fait un stage, le stage anti-hiérarchie il y a deux ans, qui nous avait informés très précisément sur ces points. On savait qu’aucun de nos parents d’élèves ne nous poserait de problème, par contre, éthiquement on se disait : tiens, il arrive assez souvent que la hiérarchie se mette hors-la-loi vis-à-vis de nous pour nous mettre la pression, mais là elle se met en plus hors-la-loi et elle nous demande de nous mettre hors-la-loi vis-à-vis des familles. Ça, ça a quand même aussi pesé ; sans ça on aurait quand même été en refus, je pense, mais c’était un argument en plus qu’on peut utiliser.

Flo : Peut-être qu’on peut rappeler d’ailleurs, accessoirement, l’information qui est censée être donnée aux familles et qui n’est jamais donnée ou quasiment jamais. En gros, à partir du moment où il y a utilisation d’un traitement informatisé de données il y a le droit d’information, donc on doit informer les familles et, entre autres, informer des finalités du traitement, c’est-à-dire à quoi il sert, quelles informations sont récoltées et sont placées dans ce fichier.

Jet : Pour combien de temps.

Flo : Voilà ! Il y a un droit d’accès, c’est-à-dire qu’elles peuvent normalement aller voir la principale du collège en disant « je veux savoir tout ce qu’il y a dans Pronote ou dans Siècle sur mon enfant », etc.

Jet : C’est peut-être le droit qui est le plus respecté, évidemment si on le demande.

Flo : Faut-il être informé !

Jet : Ça fait forcément chier le directeur ou le proviseur parce que ça lui prend du temps et qu’il faut qu’il imprime des pages.

Flo : Après, il y a un droit de rectification. D’ailleurs je pense qu’il y aurait quelque chose à lancer comme action au niveau du livret numérique parce que, comme c’est un fichier, il y a un droit de rectification. Je pense qu’aller emmerder les instituteurs en disant « moi, ce commentaire-là ne me va pas, vous le rectifiez », je pense que ça pourrait bien mettre le bazar. Et puis, le dernier droit, c’est le droit d’opposition.
En fait, si ces quatre droits-là ne sont pas signifiés aux parents, comme tu le disais très bien Jean-Marc, alors c’est absolument illégal ; ça s’appelle une collecte déloyale de données et donc on se met effectivement hors-la-loi en faisant ça. Et ça c’est un bon argument à utiliser et en tant que parent puisqu’on est tranquille, en gros l’info on ne l’a jamais eue, et en tant qu’enseignant, comme tu le dis, pour dire « ah ben non ! moi je ne me mets pas en danger » parce qu'effectivement, comme tu le disais très bien, si un parent se retourne, c’est du tout cuit, il est sûr de gagner.

Jet : Le droit d’opposition, effectivement, c’est un droit qui est presque régalien, j’allais dire, c’est un truc qui s’impose sur chaque fichier, évidemment celui de Franprix et tout le monde peut comprendre qu’il en faut un, mais peu de gens savent que dans les fichiers de l’Éducation nationale aussi tu as ce fameux droit d’opposition. Évidemment, la loi française est très tordue, comme toutes les lois, et tout le droit fondamental est tordu. La loi française dit « pour des raisons légitimes, pour des motifs légitimes, on peut s’opposer ». Le problème c’est que c’est le ministère de l’Éducation nationale qui est à la fois juge et partie, qui donc fait le traitement, qui décide de le lancer et qui décide aussi, qui juge si c’est légitime ou pas qu’on s’y oppose.

Flo : Mais le RGPD a modifié cet aspect de motif légitime.

Jet : Justement. Le RGPD, c’est donc le Règlement général pour la protection des données qui a été adopté dans toute l’Europe, toute l’Union européenne, le 25 mai dernier ; on a fait d’ailleurs une émission dans Les Amis d’Orwell ; vous pouvez retrouver le podcast sur notre site souriez.info, on en a parlé pendant une heure et demie, c’était juste avant que ça passe. Le RGPD3 s’applique aussi aux fichiers administratifs sauf aux fichiers policiers donc les fichiers imposés. C’est vrai que le RGPD a réécrit un petit peu le droit d’opposition, c’est l’article 21 je crois, dans une formule un peu moins ambiguë et surtout qui laisse vraiment apparaître le fait que c’est aux responsables du traitement, en l’occurrence le ministère et les rectorats, etc., de montrer que le fichage est impérieux et légitime pour la mission de service de public sur laquelle ils sont impliqués et pour laquelle ils ont lancé le fichier. Donc ce serait à eux, effectivement, de prouver à tout le monde que pour que l’éducation se passe bien dans les écoles, les collèges et les lycées il faut absolument qu’il y ait un fichage nominatif qui sorte de l’établissement, qui remonte à Paris et surtout qui soit conservé pendant des années.
Donc le RGPD est, quelque part dans sa formulation, un peu plus protecteur. Pour l’instant personne n’est allé encore au procès. Ce qui va se passer c’est que le ministère va continuer à dire « eh bien moi je trouve que le fichage que je mets en place avec le livret scolaire est légitime, il est impérieux » ; le ministère va dire ça et après ce sera aux parents d’aller devant le tribunal administratif pour contrer cette affirmation-là. La différence c’est qu’effectivement ce sera au ministère de prouver cette impériosité, le côté incontournable du fichage nominatif pour faire l’école et pour apprendre, parce que la mission de l’école ce n’est pas de faire des fichiers, c’est d’enseigner.
On est vraiment au début du droit ; ce droit-là vient de changer. Effectivement c’est le parcours du combattant pour s’opposer, depuis dix ans c’est la croix et la bannière.

Flo : C’est la croix et la bannière parce déjà il faut avoir l’information ; à priori le parent lambda il ne l’a pas.

Jet : Mais même ceux qui l’ont !

Flo : Après, même un parent qui aurait l’information, en général pas donnée par l’école mais récupérée, je ne sais pas, sur le Net ou parce qu’il est allé à une réunion, etc., il en a entendu parler, même une fois qu’on a cette information, eh bien ce n’est pas gagné. Comment je vais dire ça ? En fait il faut trouver l’équilibre entre l’aspect, ce dont tu parlais Jet, de loi ; en gros il faut être clair, que ce soit un principal de collège ou un directeur d’école, la loi il ne la connaît pas. Il y a juste l’article 21 du RGPD à lire et vous en savez plus que votre chef d’établissement ; ce n’est pas mal parce que ça les impressionne toujours.
Ceci étant dit, je pense qu’il ne faut pas oublier que c’est une lutte et que, comme c’est une lutte, c’est aussi un rapport de force. Ça ne suffit pas de dire « le RGPD a dit ». Évidemment, si on est nombreux c’est plus facile, donc pour ça il faut faire de l’information, il faut faire des réunions, il faut diffuser au maximum.

Jet : Des réunions entre parents et professeurs.

Flo : Et après, il faut être hyper-sûr de soi. C’est-à-dire que moi, par exemple, je me suis opposée dès le début du LSUN pour mon fils en CM1.

Jet : Tu as aussi fait opposition à Base élèves.

Flo : Il se trouve que ça a été respecté à la lettre parce que j’ai envoyé un courrier plus que salé à l’institutrice, en gros en lui disant que si elle saisissait je la traînais devant le tribunal. Du coup elle s’est dit : non, je ne vais pas saisir, je vais faire un livret papier.
La deuxième année j’ai même eu un courrier de l’inspectrice me disant « on fera un livret papier » : un courrier signé de l’inspectrice ! Comme quoi, quand on tape très fort du poing sur la table ! Ça ne veut pas dire qu’on y arrive toujours. Il faut connaître un tout petit de lois et, en même temps, il faut y aller super fort.
Ça se complique vachement au collège, d’abord parce qu’il y a plus de fichiers et en plus, parce que l'information est encore moins donnée. Quand j’ai rencontré la principale du collège en début d’année, là, elle a commencé par me dire « ah mais moi on me demande de faire du tout numérique alors je ne sais pas comment je vais pouvoir faire » ; là-dessus il faut être sans pitié. Il faut dire « j’entends bien ce qu’on vous demande, mais c’est la loi ». En gros, il faut bien voir que ce soit l’institutrice, le directeur, le professeur ou le principal de collège, il va être écartelé entre ce que le parent va demander et ce que sa hiérarchie lui demande et, en gros, c’est à celui qui va crier le plus fort. L’objectif est très clair ; il faut qu’il ait plus peur du parent d’élève que de son inspecteur ou de son DASEN [Directeur Académique des Services de l’Éducation nationale] ou directeur, recteur, etc. Et pour ça c’est vrai que, moi je le dis très franchement, il faut arrêter d’être gentil avec les maîtresses parce que la maîtresse elle est peut-être gentille, mais elle remplit des fichiers sur votre enfant.

Jet : Ou les maîtres aussi !

Flo : Ou les maîtres, non parce que lui est gentil, mais elle remplit des fichiers sur nos enfants et qui vont les suivre bien après leur sortie du circuit scolaire.

Jet : Ça ne suffit pas juste de dire « je n’étais pas au courant ! ».

Flo : Ce n’est pas pour rien que Blanquer a imaginé cette idée de « l’École de la confiance » parce qu’il sait que c’est comme ça qu’il arrive à faire passer ses trucs. Je ne sais pas pourquoi il y a cette espèce de vieille idée : les gens ont assez confiance dans l’école et sont un peu persuadés que le maître, la maîtresse, sont gentils ! Eh bien non, ils ne sont pas gentils ! Il faut juste vérifier ce qu’ils font et surtout il faut leur dire « ça oui, ça non ». Voilà ! Il faut prendre une position hyper-ferme là-dessus.

Jet : Base élèves, je vous rappelle, ça été lancé il y a dix ans, en 2008. À l’époque il y a un collectif, d’ailleurs dont tu fais partie Flo, un collectif de résistance à Base élèves qui s’appelle le CNRBE qui a été créé il y a dix ans. Le site internet est encore actif, il est bien foutu, il y a plein de documents, des fois il y a même trop de documents, donc retraitbaseeleves.wordpress.com4, ça se trouve assez facilement. Il y a régulièrement des articles pour expliquer, même des propositions de courrier type à envoyer, à utiliser, qu’on soit dans le premier degré, à l’école, au collège ou au lycée pour justement agir en tant que parent. Mais également, l’intérêt ce n’est pas que son enfant n’y soit pas, c’est aussi vraiment que la prise de conscience se fasse au sein de l’établissement ; il faut jouer à la fois sur les syndiqués, les non-syndiqués, FCPE [Fédération des Conseils de Parents d’Élèves] ou pas, il faut y aller.
On a eu envie d’inviter aujourd’hui au téléphone Camille qui est une mère d’élève qui, par l’intermédiaire de ce collectif, le CNRBE, a témoigné. Elle nous a envoyé une lettre de dix pages ; c’est trop long pour qu’on puisse la lire, en plus ce n’est pas très pratique. Elle nous a vraiment expliqué son parcours du combattant depuis un an et demi, en fait. On l’a lue tous les deux, Flo, et c’est vrai que ça retrace vraiment toute la mauvaise foi, même tout le mépris qu’on peut avoir finalement. Elle s’est tapée son professeur, le directeur de l’école – sa fille était en CE2 en 2017, aujourd’hui elle est en CM1 ; elle s’est tapée l'IEN, donc l’inspecteur de circonscription, c’est l’inspecteur qui gère une circonscription, c’est-à-dire quelques établissements et le DASEN, donc le directeur académique des services de l’Éducation nationale, donc c’est le grand ponte, dans chaque département il y a un DASEN qui est donc en dessous du recteur.
Dans sa description c’est typique, c’est quelqu’un qui est au courant qu’il y a un fichier qui est lancé ; avant même que les données soient enregistrées elle en parle à son professeur, elle fait un courrier ; le professeur lui dit « pas de souci » ; ensuite il ne se passe rien pendant un an et demi et, tout d’un coup, elle se rend compte : il y a un bilan fin de cycle, CE2 c’est la fin du cycle 2, c’est ça ? Le cycle c’est trois ans, donc à la fin du cycle 2 il y a un bilan qui est effectué et les parents remarquent que c’est sous forme informatique et ils se rendent compte que finalement le livret scolaire a été rempli pour leur enfant, alors qu’elle a fait un courrier, qu’on lui a dit « il n’y a pas de souci ».
C’est là qu’elle reformule, elle refait une lettre de refus. Je vous passe les détails, mais encore une fois elle est passée par l’IEN, par le DASEN, elle a plusieurs réponses et des fois c’est du tac au tac, elle reçoit la réponse et le soir même elle répond. On comprend bien, en plus, qu’elle y connaît plus, comme tu disais, qu’elle en connaît vraiment beaucoup plus que le DASEN sur la question du droit et de ce qu’elle a en possession pour contrer le diktat, mais finalement la machine l’a déjà écrasée !

Flo : Surtout, ce qui est intéressant, c’est que dans son histoire, on voit bien dans les réponses, que ce soit la réponse de l’inspecteur ou du directeur de l’académie, c’est qu’en fait ça ne leur pose aucun problème de mentir vraiment de manière éhontée dans le courrier en disant « l’information a été donnée ». Elle dit : « Eh bien non, l’information n’a pas été donnée ; si l’information avait été donnée, je l’aurais eue » ; et il redit dans le courrier d’après : « L’information a été donnée ». Du coup, là leur histoire est vraiment kafkaïenne parce que vu la manière dont ils connaissent eux assez bien le dossier, ils auraient pu tomber face à une équipe qui cède. En fait, là l’équipe ne cède pas ; c’est-à-dire qu’elle a cette attitude de dire « on va demander à l’inspecteur » ; évidemment l’inspecteur va dire « vous remplissez ! » Voilà !
L’avantage c’est qu’ils sont très énergiques tous les deux, ils sont bien décidés à ne pas lâcher, mais en gros, ça va se finir au tribunal.

Jet : En fait ils se sont rendu compte en juin de cette année que le bilan de fin de cycle avait été informatisé. Ils ont refait les courriers et ils ont eu une réponse du DASEN, une réponse qui refusait, en fait, leur refus. C’est comme ça que ça se passe.
Je crois qu’ils n’ont pas encore dans leurs arguments, il ne me semble pas qu'ils aient notifié l’article 21 du RGPD qui est beaucoup plus clair et qui devrait peut-être être plus facile à motiver.
La réponse du DASEN c’est que le livret scolaire est nécessaire pour le brevet des collèges qu’on passe en 3e. Vous avez entendu parler de cet argument, ou pas ?

Jean-Marc : C’est un argument qu’on nous sort souvent en disant « si vous boycottez, si vous ne remplissez pas, ça va mettre en péril l’avenir scolaire, l’orientation de vos élèves ». Et comme pour l’instant ces fichiers numériques sont quand même relativement récents, ils ont changé, même le droit, là, a changé récemment, enfin ce n’est pas encore vraiment en place, donc eux sont dans le bluff quand ils nous disent « à cause de vous, vos élèves n’auront pas le brevet ou n’auront pas le bac ou ne pourront pas avoir une bonne orientation », ils sont dans le bluff parce qu’ils ne savent pas. Mais on ne peut pas non plus être sûrs du contraire. Donc nous, on est quand même obligés de prendre le risque ou de réfléchir avec ce risque-là ; on ne sait pas trop.
Ça nous met dans une position un petit peu, des fois, inconfortable. C’est pour ça que je parlais tout à l’heure d’une position assez consensuelle et molle, soutenue par exemple par le texte de l’intersyndicale parisienne : il y a l’appel à ne pas remonter les résultats et à l’époque, donc en 2008, il y avait plutôt l’appel à ne faire remonter que des résultats positifs, donc le maximum pour tous les élèves.

Jet : Une espèce de grève du zèle quoi !

Jean-Marc : Et ça c’est peut-être plus mou que de boycotter tout, mais au moins sur cette question de « est-ce qu’on met en péril les élèves », si on leur met à tous 20 sur 20, potentiellement ils peuvent tous avoir la meilleure orientation possible et le brevet. Donc ça peut-être quand même aussi une manière de semer la zizanie, ça c’est clair, mais aussi de favoriser les gamins et aussi ceux qui auraient des mauvaises notes ou de l’absentéisme de ne pas le faire figurer et, en plus, de leur mettre des bonnes notes.

Jet : Pour finir juste un truc à propos de Camille et après on passe à autre chose. Finalement ils ont réclamé l’information qu’ils n’ont jamais eue. En fait le document qu'ils ont reçu en octobre, il y a un mois, c’était un document qui date d'il y a deux ans, qui est de l’ONISEP et qui n’est même pas du tout à jour par rapport à tout ce que le ministère fournit d’ailleurs sur son propre site.

Ghjuvanni : Tout à l’heure on a dit qu’effectivement il fallait crier plus fort que le rectorat, là-dessus on est bien d’accord. Ça c’est pour le côté parent, mais après pour les enseignants ou même pour les personnels de Vie scolaire qui manient aussi de Pronote, puisqu’on parlait de ce logiciel-là qui est ultra majoritaire dans les établissements du second degré, notamment dans les collèges, il y a aussi la question, encore une fois, à se poser : mais toutes ces données qu’on rentre à quoi vont-elles servir ? On l’a bien décrit lors de l’émission à quoi ça pouvait servir. Du coup il faut aussi, à un moment donné, en tant qu’enseignant ou enseignante ou assistant d’éducation ou CPE se poser la question de dire « mais quand on parle de l’intérêt de l’enfant, l'intérêt de l’élève, etc., est-ce que, en faisant ça, on répond à son intérêt ? » Un exemple tout bête, mais quand on remplit une mauvaise appréciation, une appréciation négative sur un bulletin papier qu’on fournit à la famille et qui reste au sein de l’établissement, on a une information et on transmet une information à la famille. Point barre.
Quand on la met dans un fichier numérique dont on ne maîtrise pas les données, dont on ne maîtrise pas la transmission des données – d’ailleurs c’est un peu drôle parce que ça été dit dans le fameux rapport qui a mis du temps à sortir, de 2018, qui s’appelle « Données numériques à caractère personnel au sein de l’Éducation nationale »5, qui est fait par le ministère.

Jet : Il a mis six mois à sortir.

Ghjuvanni : Qui dit pendant tout le long de la quarantaine ou cinquantaine de pages, en fait « les enseignants rentrent des informations mais ne savent pas à quoi ces informations vont servir ». À un moment donné, il faut se poser la question de savoir à quoi elles vont servir et ensuite, en conséquence, choisir en conscience de les remplir ou pas. À mon avis, une fois qu’on sait à quoi elles vont servir ou à quoi elles peuvent servir, on ne les remplit plus du coup. Il y a eu, par exemple, plusieurs cas, mais je crois un ou deux surtout qui sont ressortis, d’élèves qui ont eu 18 ans et qui étaient sans papiers, qui, au moment où ils ont fait leur demande de papiers à 18 ans, se sont vu refuser leur titre de séjour parce qu’il y avait marqué qu’ils manquaient de motivation dans leur bulletin scolaire.

Jet : Exact.

Ghjuvanni : À un moment donné c’est aussi ça l’influence qu’on a sur la vie des élèves et sur le futur des élèves. Donc se poser ces questions-là. Et sur la question du brevet, dernièrement ils ont sorti une étude, je crois la semaine dernière, sur le brevet en Île-de-France avec un décalage entre le taux de réussite réel, en tout cas ce qu’on a, et le taux de réussite uniquement sur l’examen final c’est-à-dire en supprimant la validation des compétences : on a des écarts qui sont abyssaux. Je crois que dans les Yvelines ils sont à 15 % de réussite en examen final et en Seine-Saint-Denis je crois que c’est 22-23 %, quelque chose comme ça ; on est sur des chiffres qui, de toute façon, montrent que la validation des compétences ne ressemble à rien et ne veut rien dire. D’ailleurs, dans la plupart des établissements, elles sont remplies à la va-vite, à l’arrache sur un bout de table en fin d’année.
Quitte à remplir ça aussi mal que ça autant tout remplir et tout valider pour tout le monde. À moment donné c’est aussi ça le rôle qu’on doit avoir nous en tant que personnels de l’Éducation !

Jet : On a encore quelques minutes pour boucler. À ce propos je rappelle le site du CNRBE : retraitbaseeleves.wordpress.com, il y a pas mal de choses concernant ce dont on a parlé. On a fait une émission il y a deux ans dans Les Amis d’Orwell sur le livret scolaire, c’était en décembre 2016, les archives sont sur souriez.info. Sur le Big Data aussi on a fait une émission sur l’exposition Terra Data qui s’est terminée en janvier 2018, c’est aussi vachement intéressant, si vous avez l’occasion d’y aller. Un truc à dire aussi Flo ?

Flo : Oui. On vous conseille la lecture des dossiers du Canard enchaîné qui doivent être encore en kiosque.

Jet : Ça reste trois mois en kiosque.

Flo : « #vieprivée c’est terminé ». Il y a notamment deux articles sur l’école qui sont édifiants et qui valent vraiment le détour.

Jet : Qui résument très bien la problématique.

Flo : Donc en kiosque en ce moment. Agenda ?

Jet : Qu’est-ce qu’on peut dire au niveau de l’agenda. Justement il y a un truc en rapport avec l’éducation.

Flo : Oui, lundi 12 novembre : grève, manifestation justement contre la réforme Blanquer. Si mes informateurs sont bons je crois que le rendez-vous est à 14 heures à Luxembourg ; donc ça c’est lundi 12 novembre pour l’éducation.

Jet : Ensuite on a repéré quelque chose qui se passe en forêt de Romainville ; on va sûrement faire des émissions ou une émission prochainement là-dessus. Donc c’est une forêt à la ville de Paris ; le 5 c’est lundi prochain, il y a un appel à venir aider les camarades qui bloquent les travaux ; c’est un projet de la région qui veut raser un tiers de la forêt pour faire une énième base de loisirs, super, aux portes de Paris. Il y a gens qui parlent de Zad et compagnie, c’est du délire mais pourquoi pas ! Donc lundi 5 rendez-vous là-bas sur place.

Flo : Oui. Dès 7 heures 30 du matin et toute la journée pour bloquer les machines ; les métros les plus proches sont Bobigny, Pantin, Raymond Queneau ou bien Mairie des Lilas.

Jet : Suivez vos agendas préférés, notamment il y a quelque chose qui se passera sans doute le 10 novembre autour de la grosse poubelle nucléaire de Bure, une journée de soutien aux opposants. Et également on a repéré aussi à la Porte d’Orléans, le 5, c’est lundi prochain également.

Flo : Ah oui, en soutien aux camarades de Marseille qui luttent pour préserver la Place de la Plaine qui est un quartier populaire de Marseille qui est en train de se faire totalement saccager. Il y a un rendez-vous, c’est lundi 5 novembre à 19 heures à La Parole errante avec des courriers qui seront lus, écrits justement par des gens de la Plaine.

Jet : Merci à tous nos invités. On passe la parole à Enrique maintenant et on retrouve Les Amis d’Orwell dans quinze jours parce que Les Amis d’Orwell c’est un vendredi sur deux donc à 21 heures sur Radio libertaire, 89.4. Je le répète : le podcast souriez.info, souriez « ez » point info parce que, évidemment, « Souriez vous êtes filmés » c’est l’association qui a lancé cette émission Les Amis d’Orwell il y a maintenant 12 ans, 13 ans.
Merci Lise pour ta performance géniale. On finit en musique avec ?

Flo : La Rumeur.

Lise : On finit avec La Rumeur.

Jet : On finit avec La Rumeur. Bien joué ! Bon choix ! À très bientôt à toutes et à tous. Merci.

Libre et open source express: Red Hat, chatbots, le Mérite pour deux libristes

Red Hat reprend l’entreprise israélienne Noobaa, une alliance pour des chatbots "ouverts", la médaille de l’Ordre du Mérite pour Jean-Baptiste Kempf (VideoLAN) et Gaël Musquet (OpenStreetMap).

Pages